NDT : Voici le dernier chapitre, assez court, avant l'épilogue qui donnera quelques détails sur ce nouveau futur.


Hermione se tenait debout dans la véranda à l'arrière du manoir Malfoy, un verre de punch à la main. Tom, de façon très agaçante, s'était débrouillé pour la marquer d'un sortilège qui l'invoquait à chaque fois qu'elle attrapait un verre contenant de l'alcool, après quoi il lui enlevait la boisson des mains et la remplaçait par autre chose. Il ne la réprimandait jamais, ne la brimait jamais, ne faisait jamais rien d'autre que s'assurer que les choses se passent à sa façon à chaque instant, chaque jour, et si elle n'était pas tout le temps si fatiguée elle aurait exprimé ce qu'elle en pensait de façon plus nette.

Draco arriva derrière elle.

— Salut cousine. Joli mariage, commenta-t-il avant de l'examiner. Jolie robe.

Hermione tira sur le corsage de la robe blanche.

— Ton grand-père l'a choisie, marmonna-t-elle. Cet homme a toujours un avis bien tranché à propos des vêtements.

Draco rit. Abraxas Malfoy avait, dans cet univers, fait en sorte d'éviter d'être emporté par un cas de dragoncelle, probablement parce que Tom Riddle avait promis à Hermione de ne pas le tuer. Les gens autour de lui avaient toujours tendance à mourir, avait-elle remarqué. Ils tombaient malades. Ils partaient pour de longs voyages et rencontraient de tragiques accidents. Ses mains, cependant, restaient publiquement vierges de toute trace de sang. Elle le suspectait, lui et les autres membres de ce qui était resté une société secrète, de faire des choses dont elle ne voulait pas entendre parler lorsqu'ils partaient en "retraite spirituelle". En fait, il lui avait caressé les cheveux et dit de ne pas tracasser sa jolie petite personne avec ces choses-là. Elle lui avait rappelé que la semaine d'immunité qu'elle lui avait accordée était finie depuis longtemps. Avec un sourire suffisant, il avait répondu : « Horcruxes. »

Draco l'observait maintenant avec une lueur étrange dans ses yeux trop intelligents.

— Tu as changé, dit-il. Tu es plus dure. Plus froide. Plus semblable au Ministre Riddle que tu l'étais il y a un mois quand tu m'as fait subir un monologue de trois heures à propos des festivités à venir cette saison.

— Je suis désolée à ce propos.

Il se pencha contre la rampe de pierre à côté d'elle.

— Intéressant, vu que cela n'a jamais eu lieu.

Les doigts d'Hermione se resserrèrent autour du pied de son verre de punch.

— Tu vas le briser si tu ne fais pas attention, remarqua Draco Malfoy.

Hermione posa avec précaution le verre sur la table la plus proche.

— J'avais régulièrement des rêves très étranges à propos de toi, continua Draco. Des visions, pourrait-on dire.

— Je ne m'en étais pas rendu compte, répondit Hermione.

— Oui.

Draco prit une gorgée de sa boisson et Hermione pensa avec une certaine amertume que c'était probablement du vin. Bien sûr, il semblait posément sobre, alors peut-être que non. Elle pouvait voir le piège verbal qu'il avait construit, quel qu'il soit, se refermer sur elle.

— Nous n'étions pas cousins, une situation qui a toujours été un peu bizarre vu ton histoire de née-moldue mais grand-père a insisté pour que je te fréquente et a sorti comme prétexte des cracmols et d'obscures bâtards descendants de la famille. Notre relation était un peu plus belliqueuse, continua-t-il avant de prendre une autre gorgée. Tu étais une Gryffondor avec un vilain crochet du poing gauche.

Elle déglutit difficilement et Draco observa le mouvement.

— Donc ce n'étaient pas seulement des visions, déduit-il. Explique-moi.

Elle se détourna de lui et se frotta le visage.

— Je me rappelle d'un monde différent, finit-elle par dire. Je pense que tes visions correspondent à ce que j'ai vécu.

— Est-ce que tu te rappelles quoi que ce soit de l'époque où nous nous roulions des pelles pendant des heures dans la tour de Serdaigle ? demanda Draco.

Hermione le regarda avec une horreur non feinte et il se mit à rire.

— Tu n'as vraiment aucune idée de tout ce qui s'est passé, n'est-ce pas ?

Elle posa une main sur son épaule et dit :

— Je me rappelle que j'ai épousé le Ministre de la Magie, un homme qui a changé le monde pour moi et autour de qui les gens ont tendance à disparaître.

Ce fut au tour de Draco de déglutir difficilement.

— Je me rappelle que j'ai besoin d'un secrétaire, ajouta-t-elle. Quelqu'un en qui je peux avoir confiance sans réserve et qui peut m'aider avec mes… problèmes de mémoire.

— Je n'arrive vraiment pas à t'imaginer en Gryffondor, répondit Draco, acceptant l'offre de façon implicite. Il faudra que tu me racontes comment c'est arrivé quand nous passerons en revue certains détails de ta scolarité.

— Mes meilleurs amis étaient Ron Weasley et Harry Potter, dit-elle doucement.

Cette douleur continuait à la tirailler. Elle suspectait qu'elle ne passerait jamais complètement. Elle était allée les regarder jouer tous les deux au Quidditch dans un parc et, si elle avait reniflé en voyant combien ils étaient joyeux et insouciants, eh bien c'était parce que la grossesse brouillait terriblement ses émotions. Elle avait même dit à Tom qu'elle l'aimait lors d'une crise de sentimentalité d'origine hormonale.

— Weasley et Potter ? Les sportifs décérébrés de Gryffondors ?

Draco semblait penser qu'elle se moquait de lui.

— Padma et toi ne vouliez même pas aller voir les matchs la plupart du temps. Tu me disais que c'était barbant.

— Ça l'était. L'est. Passe-moi ça.

Confus, Draco lui tendit son verre. Il devait contenir de l'alcool car Tom fut à ses côtés en un instant.

— Mon amour.

— Je pense que je commence à apprécier ce petit sort d'invocation. Il te garde sur le qui-vive, ce qui n'est pas un mince exploit pour un homme aussi âgé que toi.

Il lui tapota le menton avec tolérance et amusement puis dit :

— Puis-je te demander pourquoi tu m'as invoqué, mon amour ? Et je préfère sans âge plutôt qu'âgé.

— Draco a accepté d'être mon secrétaire personnel, roucoula Hermione avec un plaisir manipulateur. Il m'aidera à m'adapter à cette charmante version de la réalité. Et, amour, tu es âgé.

Tom lui adressa un regard ennuyé.

— Je suis sans âge, tout comme tu le seras aussitôt que tu ne seras plus enceinte. Je m'inquiète de comment la grossesse et la suspension du processus de vieillissement pourraient interagir et je n'ai pas l'intention de vous utiliser, ni toi ni mon enfant, comme sujets de test.

Il se tourna vers le blond qui essayait de ne pas attirer l'attention et ajouta :

— Je ne voudrais pas sembler me mêler excessivement de tes choix de recrutement, mon amour, mais comment M. Malfoy est-il au courant du petit changement de réalité ? Ai-je besoin de le tuer ?

Le garçon essaya de ne pas avoir l'air nerveux alors qu'il murmurait :

— J'ai toujours eu des visions d'Hermione – de tas de choses – qui étaient différentes de ce qu'elles étaient. Elles se sont arrêtées quand vous avez annoncé vos fiançailles et qu'elle est soudainement devenue… plus la même personne.

— Il a toujours été bon en occlumancie, dit Hermione. Du moins dans mon monde.

— Cela pourrait être une explication, confirma Tom Riddle tout en regardant Draco avec un peu trop d'intérêt. Il faudra que nous explorions plus profondément si une telle chose permet aux gens de voir les deux versions de la boucle temporelle.

Il plissa les lèvres en une moue théâtrale pour montrer qu'il était en train de réfléchir et Hermione roula des yeux.

— Qui d'autre est bon en occlumancie ? demanda-t-il.

— Essaye la mère de Draco, suggéra Hermione. Ou Severus Snape.

— Qui est Severus Snape ?

— Le Maître des potions de Poudlard.

Draco fit non de la tête.

— C'est Horace Slughorn qui est le Maître des potions de Poudlard.

— Et jamais un flagorneur moins plaisant n'a confectionné de Felix Felicis, ajouta Tom. Quoi qu'il en soit, je trouverai ce Snape. Je présume que tu préfèrerais que je ne fasse rien de déplaisant à ton secrétaire ou à sa famille, amour ? Tu étais assez protectrice envers Abraxas quand il était jeune. Mais Snape, c'est acceptable ?

Draco écarquilla les yeux quand Hermione poussa un soupir pour exprimer qu'en effet, elle ne voulait vraiment pas que Tom Riddle fasse du mal aux Malfoy. Elle lui avait donné une liste dès qu'elle était revenue dans le présent et il s'était plaint à grand bruit qu'elle lui causait bien des difficultés. Mais il l'avait mise de côté avec un pas-tout-à-fait-accord de laisser tranquilles les personnes inscrites dessus, si elles étaient encore en vie. Snape ne faisait pas partie de la liste, comme le savait parfaitement Tom. Il avait mémorisé les noms aussitôt qu'il les avait vus. Bien sûr, Draco Malfoy n'avait pas fait partie de la liste d'amis à épargner non plus. Draco vivrait, cependant, et Severus Snape finirait probablement mentalement disséqué dans l'une des propriétés isolées des Malfoy quand Tom tenterait de découvrir quelle compétence magique inhabituelle permettait aux gens de percevoir la version originale du monde qu'il avait changé.

Tom prit le verre de vin des mains d'Hermione.

— Surveille-la, instruisit-il Draco. Elle persiste également à essayer de chiper du fromage non pasteurisé et je n'ai pas encore inventé de sort pour mettre fin à cela. Si tu deviens son secrétaire, il faudra que tu rejoignes ma petite organisation mais nous pouvons attendre après la lune de miel pour te Marquer.

Hermione soupira en réponse aux propos de Tom alors qu'il prenait sa main et embrassait ses doigts.

— Il faut que j'aille faire quelques sourires de plus au Ministre français de la Magie, dit-il. J'ai envoyé Regulus se charger de la délégation bulgare et la dernière fois que je les ai entendus ils débattaient des droits des créatures.

Il feignit de frissonner de dégoût à cette idée avant de se pencher en avant pour chuchoter à l'oreille d'Hermione :

— Et je t'aime, ma jeune épouse. Profondément.

— Ton avis est biaisé car mes conseils t'ont gardé sain d'esprit, répondit-elle alors qu'il se reculait. Et en vie.

Draco fut soudainement pris d'un grand intérêt pour la vue de son propre jardin tandis que Tom Riddle exprimait sa profonde appréciation à la fois pour son épouse et pour les conseils de cette dernière.