Chapitre 11 :
Baguette de la mort
D'un bout de sa baguette, Remus Lupin installait ses affaires dans leur nouveau logement qui sentait le plâtre et la coquille d'oeuf. Ils n'avaient plus vraiment de carton, tout avait été détruit par l'expérience d'Harry mais ils étaient tous les deux vivants et c'était tout ce qui leur restait."Dis, Remus… admettons que je veuille aller à Poudlard…" marmona Harry. "J'ai reçu la lettre alors… est-ce que ça signifie que j'ai le droit d'y étudier ?"
"Je crois que… oui, si tu veux vraiment y aller le jour de la rentrée alors tu pourras monter dans le Poudlard Express et faire le trajet jusqu'à l'école." répondit-il.
Harry avait vraiment du mal avec les émotions et l'implicite, c'était très facile de lui mentir mais Remus lui avait toujours dit la vérité. Des vérités qui dérangent, des vérités dangereuses et même les vérités qu'on n'avoue jamais aux enfants.
"Tu pourras peut-être enfiler le choixpeau… j'ignore s'il pourra lire en toi, par contre." poursuivit-il. "Ne te fais pas d'illusion, Poudlard ne pourra rien t'apprendre et ils te renverront dès qu'ils s'apercevront que tu n'as pas de magie."
Harry manipula sa baguette préférée du bout des doigts et il sembla réfléchir à la question avant d'affirmer :
"Alooors… je vais devoir faire en sorte qu'ils ne le découvrent pas." dit-il. "Ça risque d'être compliqué mais amusant, tu ne crois pas ? Je vais les duper. J'peux le faire !"
"Quoi ? Tu... non, Harry." Remus se mit à rire tristement. "Je suis désolé si je t'ai donné de faux espoirs mais si tu veux une réponse simple et concise : non, tu ne peux pas aller à Poudlard."
"Tu viens de me dire que je peux y aller tant que j'ai l'air d'un sorcier."
C'était exactement ce que Remus lui avait dit et après avoir vécu avec Harry pendant dix ans, il savait qu'il ne pouvait pas revenir sur ses mots et c'était l'une des raisons pour lesquelles il ne lui mentait pas.
"Tu te crois capable de mentir à tous ces sorciers chaque jour, feindre d'être comme eux pendant sept longues années ? Et puis tout ça pour quoi, Harry ? Qu'est-ce que ça t'apporterait de jouer à ça ?"
"C'est toi qui m'as dit que pour améliorer mes rapports sociaux je dois apprendre à pratiquer le mensonge."
"Ne retourne pas mes propres paroles contre moi, Harry."
"Alors arrête de parler, Remus. Ça ne sert à rien."
"J…"
"Tu ne dois plus m'adresser la parole. Jamais. Adieu…"
Harry n'avait pas lâché son sac-à-dos, seul vestige de toutes ses possessions… du moins, ce qu'il n'avait pas encore fait péter… alors il prit ses jambes à son cou.
"Collaporta !" lança Remus.
Les verrous se refermèrent et Harry se retrouva face à une porte close. Il pouvait courir, crier et hurler mais il ne pouvait plus s'enfuir. Alors il réalisa qu'il avait été sur le point de foutre le camp et il se demanda pourquoi…
"Harry ?" chuchota Remus. "Je suis sincèrement désolé d'avoir plaisanté, je n'ai pas réalisé à quel point c'était important pour toi."
Il lui expliqua pourquoi un cracmol ne pouvait pas aller à Poudlard (encore) : au-delà de la magie, cette école ne pouvait rien lui apporter qu'il ne puisse trouver dans une école pour les moldus. Avec son esprit scientifique, il pourrait faire de grandes études et révolutionner le monde.
"Poudlard ne t'apportera que frustration, colère et mensonges." résuma-t-il. "Tu peux devenir tellement plus que ça, Harry... Pourquoi chercher à se fondre dans une masse pas si impressionnante que ça alors que tu pourrais tous nous dominer ?"
"Je veux y aller, Remus."
Jamais Harry n'avait paru aussi déterminé. C'était plus puissant que la fois avec les robots, plus puissant que la fois avec la chauve-souris et beaucoup plus puissant que toute l'énergie du Voltagium.
"Pourquoi toi tu peux faire de la magie et pas moi ?!"
"Si je pouvais te donner ma magie, Harry, je l'aurai fait… on a essayé, une fois. Un médicomage un peu bourré. Ça n'a pas fonctionné. Ça ne se peut pas... tu ne peux pas et je suis sincèrement désolé."
"Alors je vais te le prouver." dit Harry d'une voix glaciale. "Prends ta baguette."
Remus ne compris pas tout de suite où il voulait en venir... Harry fit trois pas en sa direction puis pencha brièvement sa tête en avant avant de lever son bâton personnalisé : il le provoquait en duel.
"Je ne vais pas te combattre, arrête. C'est ridicule."
Harry leva une main en l'air, il y tenait un petit boitier noir et il s'écria :
"Accio rat des égouts !"
Quand il appuya sur le bouton, rien ne se passa... ou peut-être que si mais de manière imperceptible pour un humain. Remus sentit les poils de son bras s'hérisser, l'instinct du loup. Ça lui donnait la gerbe, à chaque fois.
"Arrête ça, j'ai dit."
Un rat sortit de derrière un meuble défoncé et il s'approchait d'Harry comme si sa vie en dépendait... ses yeux noirs fixaient le petit boîtier et deux autres rats ne tardèrent pas à rappliquer. Ultra-son.
"Avada Kedavra." dit Harry.
L'extrêmité de sa baguette s'alluma d'une lueur verte qui vascilla et l'un des rats tomba sur le franc, de la bave s'écoula de sa bouche ouverte et il trembla quelques secondes avant que son corps ne devienne tout flasque.
"H… Harry ? Qu'est-ce que t'as fait ???"
Remus était si paniqué qu'il avait lâché sa baguette et Harry savait qu'un sorcier apeuré ne lâche jamais sa baguette. Jamais. Règle de survie numéro un. Remus Lupin avait connu la guerre et le Seigneur des Ténèbres qui utilisait ce sortilège comme une marque de fabrique. Il était en état de choc, une sorte de stress-post-traumatique.
"Il est vivant." jura Harry. "C'est juste un poison, je le jure ! Ça a immobilisé ses muscles et son coeur s'est arrêté de battre mais il est encore vivant, je t'assure. Regarde…"
Le manche de sa Baguette de la Mort cachait plusieurs antidotes et à peine fit-il couler une goutte dans la gorge du rat qu'il se redressa. Vivant. Un peu paniqué et désorienté, il se précipita sur la jambe de Remus pour le mordre mais ce dernier reprenait à peine son souffle.
"La goutte du mort-vivant ?" lâcha Remus, toujours blême.
Harry hocha la tête vigoureusement.
"D'accord… d'accord. On va le faire. Ok ?"
"Un duel de magie ?!" s'écria Harry, le sourire aux lèvres.
"Quand j'aurai gagné... enfin... si je gagne, tu n'iras pas à Poudlard."
"Et quand j'aurai gagné ?" demanda l'enfant, pas dupe.
"On pourras en discuter."
Harry leva sa baguette mais Remus secoua la tête : les sortilèges impardonnables étaient interdits ce qui incluait l'usage de cette arme. Quand l'enfant lâcha le bâton sans se démonter, un sourire aux lèvres, le sorcier songea qu'il avait peut-être loupé un détail. Il réalisa qu'il avait défié le petit faon. Son petit faon.
Oh. À quel point était-il fichu ?!
"À vos baguettes… Êtes-vous prêts ? C'est parti !"
-Fin du 11ème chapitre-
…à suivre…
