Un mois et demie plus tard, 14h28 - Londres

Dans la brume matinale de Hyde Park, les deux femmes avancent dans l'allée d'un pas lent, comme pour mieux apprécier l'atmosphère paisible de l'endroit. La brune à gauche, tenant fermement la blonde par le bras, espérant mieux la soutenir. Si le vent s'est levé dans la capitale britannique, leurs coeurs, eux sont désormais au repos. Loin des tourments des dernières semaines, Regina se sent effectivement plus apaisée, presque tranquille. Cinq semaines auparavant, une voix familière lui a expliqué qu'elle n'aurait, désormais, plus à s'inquiéter. Lorsqu'elle est arrivée à l'aéroport d'Heathrow, toutefois, elle n'aurait certainement pas pensé rester plus qu'une journée ou deux à Londres. Mais encore une fois, le destin parait en avoir décidé autrement pour la journaliste. Une semaine après son arrivée dans la capitale, elle a contacté son supérieur pour lui annoncer qu'elle ne serait certainement pas de retour au Canada avant un long moment. Comme à l'ordinaire, Gold s'est contenté de lui signifier qu'il se souciait peu des décisions de la brunette, tant que ses affaires à lui suivaient leur cours habituel.

Quand les deux femmes interrompent leur marche devant une grande statue de bronze, la blonde lui fait justement remarquer qu'à leurs pieds, une petite plume blanchâtre donne l'impression de vouloir défier l'ambiance étrange de cette matinée brumeuse.

« J'ignore ce que tu as fait à Elsa pour qu'elle t'apprécie autant, » admet la tatoueuse en un sourire. « Mais je n'aurais certainement pas cru qu'elle nous laisse sortir de l'hôpital sans elle, alors qu'elle ne quitte plus ma chambre depuis un mois.

-On a eu l'occasion de passer quelques moments ensemble ces derniers temps, » explique la brunette, un peu embarrassée. « Je pense qu'elle a compris que j'avais besoin de te parler.

-De ton fameux message vocal qui a disparu ? » la taquine Emma, un sourire aux lèvres.

Piquant un fard, la journaliste détourne le regard pour essayer de garder son calme, sachant pourtant qu'elle est destinée à cette conversation depuis plusieurs semaines.

« De ça oui, effectivement, » admet-elle à demi-voix.

« Elsa a évoqué ce fameux message vocal, sans plus rentrer dans les détails, » précise la blonde d'un air plus sérieux.

« Tu sais que lorsqu'on s'est rencontrées, je me suis dit que tu étais la personne la plus insupportable de l'univers ? » demande Regina, espérant détourner un peu le sujet.

« Tu ne l'as pas simplement pensé, tu me l'as dit, » remarque la tatoueuse, amusée. « À plusieurs reprises, d'ailleurs.

-Je te trouvais incroyablement agaçante et arrogante. Et j'avais du mal à accepter le fait que tu parvenais à lire en moi comme dans un livre ouvert, » explique la brunette d'un seul souffle. « Ensuite, j'ai dû me rendre à l'évidence et accepter le fait que si j'avais autant de mal à te supporter, c'est justement parce que tu ne troublais pas seulement mon égo. J'ai réalisé qu'on se ressemblait, en fait, pas mal plus que ce que j'aurais cru, et j'étais assez enragée par cette idée.

-Parce que je te provoquais sans cesse ? » se moque la blonde.

« Parce que plus tu te rapprochais de moi, plus tu mettais en danger les travers que j'essaie de dissimuler depuis plusieurs années. En d'autres termes, j'étais assez effrayée par toi.

-Aveu assez intéressant pour mon propre égo, » la taquine Emma.

« Et en même temps, j'étais effrayée parce qu'en apprenant à te connaître, j'ai appris à t'apprécier et... à tomber complètement sous ton charme, » conclue la brunette rouge d'embarras.

« Pas mal pour la fille qui t'a insultée de basic white bitch la première fois qu'on s'est vues, » pouffe la tatoueuse, sous le regard accusateur de la journaliste.

« Je retire ce que je viens de dire, tu es toujours aussi insupportable, » sourit Regina, le coeur battant à ses tempes.

« Tu sais que c'est un mécanisme de défense, » lui rappelle la blonde d'un air tendre. « Je joue la carte de l'arrogance parce que je ne veux pas admettre que tes paroles me touchent. Tu agis de la même manière lorsque tu te sens en danger, d'ailleurs.

-Malheureusement, ouais, » admet la brune, se remémorant leur querelle de Noël.

« Il te faut juste une personne un tout petit peu plus patiente pour supporter tes sautes d'humeur et les moments où tu rêves de te barricader dans ton propre palais des glaces et ne plus jamais en sortir, » devine Emma.

« Le genre de personnes qui m'écoute parler de ma petite amie et de nos plans d'avenir sans broncher, qui accepte de se faire frapper juste pour dénoncer de la violence conjugale et qui prétend être la belle-fille idéale uniquement pour que je voie ma famille ? » demande la journaliste, se mordillant la lèvre d'embarras.

« Prétendre ?! » éructe la blonde, faussement offusquée. « Tu oses dire que je prétends être la belle-fille idéale ?! Mais pour qui te prends-tu ? Je suis la belle-fille idéale, » affirme-t-elle levant son menton de fierté. « On peut appeler Cora pour lui demander d'ailleurs. Je suis sûre qu'elle sera de mon avis, pour le coup ! »

À sa droite, la portoricaine laisse échapper un gloussement, incapable de la quitter des yeux.

« Pourquoi tenais-tu absolument à venir ici, au fait ? » questionne-t-elle en ramenant son attention vers la statue qui se tient devant elles. Celle-ci est une large structure d'acier, représentant un homme à cheval, la course de l'équidé figée dans le temps, interrompant son galop pour l'éternité.

« C'est ma statue préférée, en fait, » admet la blonde en haussant les épaules. « Ça s'appelle la statue de l'énergie physique. Je trouve qu'elle est assez intéressante à admirer. On dirait qu'elle appelle au mouvement, à la création, à la prise de décision, tout en étant incroyablement reposante. À mon sens, elle représente le conflit entre toutes les énergies qui nous traversent, au cours de notre existence. Mais elle symbolise aussi l'attachement de l'humain à sa vie et son désir de toujours aller de l'avant, puisque le cavalier regarde délibérément vers l'horizon et l'avenir. Après ces dernières semaines, je la trouvais très à propos.

-Parce qu'elle représente l'optimisme ?

-Si on veut, oui, » acquiesce Emma, tout en contournant la statue. « Mais en même temps, je crois qu'on est toujours tournés vers l'avenir, quoi qu'on fasse. Peu importe ce que l'on fait, nous sommes entourés de signaux qui nous poussent vers l'avant, qui nous permettent d'entrevoir le futur et de vouloir nous y jeter à pieds joints.

-J'ignorais que tu étais poète à tes heures, » la taquine Regina d'une voix douce. « À moins que tu ne sois en train de parler de voyance et de ce genre de choses un peu ésotériques, » ajoute-t-elle en riant.

« Quand t'étais ado, t'avais une robe noire, non ? Genre avec des manches longues que tu remontais toujours sur tes coudes ?

-C'est extrêmement précis comme question mais oui, effectivement, » répond la journaliste, prise au dépourvu. « C'est assez lointain mais je me souviens d'une robe que j'adorais et que ma mère détestait car elle la trouvait trop révélatrice, uniquement parce qu'elle s'arrêtait juste au-dessus de mes genoux et non au-dessous. Enfin, on ne va pas s'attarder sur les opinions de Cora quant au monde moderne, » soupire-t-elle. « Comment tu peux deviner ça ? Et pourquoi cette question ?

-C'est pas très important, » se contente de répondre la blonde en saisissant sa main instinctivement. Entrelaçant leurs doigts, elle choisit d'ignorer la teinte rosée que sont en train de prendre les joues de la brunette. Au contraire, elle l'attire vers elle, l'incitant à continuer leur promenade matinale dans le magnifique parc londonien. Suivant ses propres souvenirs, Emma emprunte un chemin sur la droite, qui mène au lac Serpentine, un point d'eau artificiel créé pour favoriser la biodiversité dans le parc. Lorsqu'elles auront dépassé le pont, menant à la rive nord du lac, elles pourront découvrir les incroyables jardins de Kensington, vestiges de l'époque Victorienne. Telle une magnifique forteresse, le palais éponyme se dresse d'ailleurs sur les bords de la Serpentine depuis décennies, véritable château royal au bord d'un lac légendaire...

Trois mois plus tard, Whyte Creek, Canada

Un peu nerveuse, Emma fait craquer ses phalanges entre ses paumes, comme pour mieux dissimuler son trouble. Elle passe ensuite sa main dans ses cheveux, désormais plus courts, avant d'appuyer son menton sur son poing. Il ne suffit qu'un peu d'observation à Regina pour comprendre que la blonde est particulièrement soufflée par ce qui vient de se produire. D'abord nonchalante, la tatoueuse a fini par accepter ce défi de bon coeur, évidemment motivée par ses amis. Elsa et Naveen se sont d'ailleurs installés à la droite de la jeune femme, comme pour mieux l'encourager. De son côté, Tiana s'est confortablement assise à côté de Regina sur le canapé vieillot, observant ses amis d'un air amusé. Mais contrairement à Elsa ou Naveen, elle n'est pas aussi fascinée par ce qui se passe sur le plateau de jeu. Si elle ne déteste pas nécessairement les échecs, elle n'a aucun engouement pour ce divertissement sur lequel son époux a visiblement jeté son dévolu. Néanmoins, elle est très étonnée de voir que la tatoueuse, ayant toujours un coup d'avance sur son adversaire, est désormais totalement déstabilisée. Justement, ses pupilles émeraudes ne quittent pas le plateau, avant qu'elle se décide à faire avancer sa tour de quelques cases, espérant sans doute atteindre le cavalier de Regina.

De son côté, la brunette déplace un fou en direction opposée, poussant la blonde à prendre l'un de ses pions. La journaliste porte alors son attention vers la tour qu'elle a simplement avancée quelques coups avant, bloquant ainsi la reine d'Emma. Après de nouveaux déplacements qui font presque tressauter Naveen sur sa chaise, d'appréhension, la blonde place ses deux mains dans ses cheveux en grognant, avant de finalement abattre son roi sur le plateau. Face à elle, Regina se contente d'un rictus amusé, avant de lui adresser un clin d'oeil complice.

« C'est ce que j'appelle une magnifique ironie du sort, ou le karma, » se moque alors Naveen en bousculant Emma pour la taquiner.

« Écrase, » soupire-t-elle, apparemment quelque peu irritée par cette défaite. À l'inverse, Regina commence à rassembler ses pièces pour les remettre dans la boite.

« Apparemment t'étais pas la seule à être championne d'échecs dans ton lycée, » ajoute-t-il en riant, heureux de voir que son amie est loin d'être infaillible.

« Disons qu'il n'y avait pas beaucoup de distractions chez moi quand j'étais enfant, » explique Regina, comme pour justifier sa victoire. « Et la plupart des jeux et jouets modernes sont considérés comme des menaces, pouvant nous pervertir. Alors j'ai passé pas mal de temps sur des plateaux d'échecs ou de dames, en fait. J'ignore pourquoi, mais apparemment les échecs ne sont pas la création du Malin, » ajoute-t-elle en gloussant, avant de se lever pour s'installer sur les genoux d'Emma, ignorant totalement l'agacement de la blonde. De toute évidence, ce geste fait rougir la tatoueuse, qui en profite pour serrer la journaliste contre elle.

« Hors de question de commencer des embrassades et autres niaiseries, » ordonne alors Tiana à l'adresse des deux femmes, tandis qu'elle noue un foulard sur sa tête pour mieux discipliner ses cheveux. « C'est bientôt la Golden Hour. »

Jetant un coup d'oeil à l'horloge sur le mur du salon, Emma se redresse, obligeant Regina à quitter sa position confortable pour se lever à son tour.

« La Golden Hour ? C'est quoi exactement ? » demande-t-elle devant l'euphorie visible des quatre autres. Désormais, une atmosphère plus légère, presque électrique s'installe dans la pièce. Chacun commence à rassembler ses affaires, ou à remettre ses chaussures, comme pour suivre une habitude presque mécanique.

« L'heure parfaite, le moment où la luminosité est la plus belle durant la journée, » assure Elsa, remettant son sweatshirt sur ses épaules, avant de s'asseoir sur une chaise de la cuisine pour enfiler ses baskets.

« Quand le soleil se couche à l'horizon, quelques minutes avant qu'il ne disparaisse, la lumière qu'il nous transmet est plus dorée, presque orangée. En photographie, on appelle ça la golden hour, soit le meilleur moment de la journée pour prendre des clichés. Mais il n'est pas nécessaire d'avoir un appareil sur soi pour apprécier cet instant magique, surtout au printemps et en été, » détaille Emma, apparemment aussi impatiente que ses amis. « Alors on va aller sur le lac pour mieux l'apprécier.

-On va pagayer jusqu'au milieu du lac pour simplement apprécier le coucher de soleil ? » résume la journaliste, peu habituée à tant de simplicité et d'euphorie pour un simple phénomène naturel.

« Exact, » affirme un Naveen qui a rejoint la cuisine et disposé des verres de plastique sur le comptoir pour les remplir avec du vin blanc. « Mais comme nous sommes adultes, on ajoute un peu de piment à cet instant. On ne va pas juste apprécier le coucher de soleil, on va l'apprécier en dégustant un fantastique vin blanc. Crois-moi, il n'y a pas de meilleure sensation au monde.

-Euhm je ne sais pas si… peut-être que je m'en tiendrais à l'eau ou du soda… » bredouille une Regina un peu nerveuse en observant ce liquide qu'elle n'a pas touché depuis plusieurs mois. Sans même attendre, Emma prend délicatement sa main dans la sienne et lui adresse un regard tendre.

« T'es pas obligée si tu n'en as pas envie, c'est juste une suggestion, » la rassure-t-elle. « Mais tu sais aussi que tu n'as rien à craindre. Je suis là et tout va bien. À 3000 pour cent, » ajoute-t-elle en lui faisant un clin d'oeil.

De l'autre côté du comptoir de cuisine, l'homme interroge la journaliste du regard, sa bouteille de vin presque en suspens au-dessus du cinquième verre.

« Je vais prendre une limonade, merci, » se contente alors de répondre la brunette, rassurée d'avoir fait ce choix. Haussant les épaules, Naveen range la bouteille de vin et rempli le verre de la journaliste avec un liquide plus transparent, qui émet rapidement de petits bruits discrets.

Saisissant le col du chemisier de la blonde, Regina se dresse sur la pointe de ses pieds pour déposer un baiser sur sa joue, comme pour la remercier. Laissant son regard se promener sur les traits parfaits de la tatoueuse, la brunette s'arrête encore sur les marques rougeâtres, presque brunes, qui ornent désormais la nuque d'Emma. Depuis les évènements de Londres, la blonde sait qu'elle gardera certainement ces lourdes cicatrices de brûlures pour le restant de ses jours. De la même manière, elle a dû interrompre ses joggings matinaux et se contenter d'exercices légers, afin de laisser à son corps le temps nécessaire pour récupérer. Heureusement, les tatouages qu'elle a depuis longtemps sur son corps semblent être suffisamment bien placés pour dissimuler en partie ses brûlures et, pour le reste, la jeune femme ne cesse de répéter qu'elle préfère prendre une pause dans ses activités que ne plus jamais pouvoir les faire. Si sa résilience impressionne la brunette, Regina se doute qu'elle n'est pas uniquement due à son enfance particulière.

« Bon, vous êtes prêts ? » demande alors une Tiana plus autoritaire. « Le soleil ne va pas nous attendre, même si vous êtes vraiment adorables, les filles, » ajoute-t-elle en adressant un clin d'oeil complice à son époux.

Les cinq amis rejoignent alors la cour arrière du chalet qu'ils ont loué pour mieux profiter de leur semaine de vacances, dont un petit ponton offre un accès exceptionnel au Eagle Lake. Lorsqu'Emma avait expliqué à Regina que le petit groupe se rejoignait régulièrement dans ce chalet pour passer d'agréables moments entre amis, la brunette avait immédiatement accepté la proposition. Elle avait plutôt apprécié les quelques fois où Alex l'avait invitée dans son propre chalet et devait admettre que profiter de la nature lui apportait une certaine paix intérieure. Loin du centre-ville, de son travail et de sa routine, elle pouvait mieux se détendre, prendre le temps d'apprécier ses congés et, désormais, profiter de moments uniques avec Emma. Depuis leur arrivée deux jours plus tôt, elle avait effectivement eu l'impression de passer son temps dans les bras de la blonde, d'être plus proche d'elle qu'elle ne l'avait jamais été. Leurs échanges étaient plus complices qu'à l'ordinaire et, si elle était encore un peu réservée à leur égard, Regina apprenait de plus en plus à apprécier les amis de la tatoueuse. Chaque jour, le petit groupe passait justement plusieurs heures en canots, à explorer le lac, se baigner ou tout simplement bronzer sous le soleil printanier.

Lorsque les deux canots sont à l'eau, les cinq amis commencent à pagayer doucement pour rejoindre le bras mort du lac, d'où la vue sur les montagnes environnantes est sans égal. Férue de nature, Tiana mène évidemment la troupe, orientant les autres depuis le canot qu'elle partage avec Naveen et Elsa. De leur côté, Regina et Emma partagent une embarcation à deux, la direction de celle-ci provoquant parfois de petites taquineries entre elles. Au début, la brunette avait effectivement beaucoup de difficulté à se démener avec la pagaie malgré les conseils de sa petite amie. Mais après plusieurs heures de promenade sur le lac, la journaliste a fini par apprivoiser un peu mieux ce nouveau moyen de transport. Toutefois, lorsqu'elle pagaie, à l'avant du canot, elle a du mal à se concentrer sur ce qu'elle fait et non sur l'impressionnant décor naturel qui se dessine devant elle. Le Eagle Lake est en effet entouré de montagnes et de forets magnifiques, s'étendant presque à perte de vue, leur donnant l'impression qu'ils sont seuls au monde. Lorsqu'elle se retourne vers Emma pour s'assurer qu'elle va bien, Regina rougit néanmoins de toujours rencontrer ses pupilles émeraude, comme incapables de se détacher d'elle.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » sourit la brunette en pivotant sur le petit banc pour faire face à la tatoueuse, ignorant délibérément le reste du groupe qui s'éloigne.

« Je m'émerveille en t'observant, » rétorque une Emma qui adore, depuis trois mois, désarmer la journaliste avec son honnêteté brute quant à ses sentiments.

« J'ai l'air d'un enfant qui découvre le monde, un peu pathétique, » lance Regina, espérant détourner le sujet par autodérision.

« Mais tu es absolument captivante à observer, » ajoute la blonde, taquine. « Et j'avoue être assez obnubilée quand je vois ton regard pétiller de curiosité.

-Arrête ça, » grogne la journaliste, rouge d'embarras, tandis qu'elle se rapproche de la tatoueuse. Lorsqu'elle penche la tête vers elle, leurs deux nez se touchent en un geste de tendresse qui provoque immanquablement un sourire à la blonde.

« T'as passé trois semaines à l'hôpital à me dire que je devrais cesser de garder mes sentiments pour moi et essayer de les exprimer, quelles que soient leurs conséquences, » rappelle Emma d'un ton de défi. « Ne te plains pas si je suis tes conseils.

-Là, tu essaies seulement de me désarmer, et de me faire rougir, » rectifie la brune, reprenant un peu le contrôle de ses émotions.

« Les deux peuvent être totalement complémentaires, » argumente alors Emma, ravie de la déstabiliser, encore une fois.

« Tu m'énerves, » sourit Regina, agacée que ses joues prennent encore une teinte rosée.

« Parce que je suis totalement insupportable, » suggère sa petite amie, qui n'échangerait cet instant pour rien au monde. « Mais c'est pour ça que tu m'aimes. »

Pour la faire taire, la journaliste se penche un peu plus, emprisonnant ses lèvres entre les siennes. Cette fois déstabilisée, la blonde prolonge leur baiser, se souciant peu du fait que ses amis sont certainement arrivés à l'endroit qu'ils souhaitaient rejoindre, tandis qu'elles sont, évidemment, loin derrière. Mais justement, elle se sépare de Regina, observant un peu mieux le ciel au-dessus d'elles. À l'horizon, celui-ci commence à prendre une teinte plus dorée, alors que le soleil disparait derrière les montagnes. La brunette semble d'ailleurs s'émerveiller de la couleur plus brillante que prennent les arbres et les vallées autour d'elles. Reprenant leur baiser, Emma songe qu'elle n'aurait jamais pu espérer un instant si précieux, quelques semaines auparavant. De son côté, Regina commence à comprendre pourquoi la blonde et ses amis surnomment ce moment l'heure parfaite. Car à part ceux qu'elle partageait avec Henry, elle n'a pas souvenir d'instants plus heureux dans son existence...

Fin.