Thank you ...

Histoire de vous remercier dans une autre langue pour un peu varier ...XD

.

Non mais sincèrement merci à tous ceux qui continuent cette aventure, ça me touche beaucoup surtout que je tiens énormément à cette fic et aux sujets qu'elle aborde.

.

Merci pou vos retours qui donnent vie à cette histoire.

.

Merci à Cha, mon éternelle comparse.

.

Enjoy

.

Chapitre XXIII : " Au fil des jours et des pages "

.

" Quoi ? " s'exclame Dean. " Mais, Bobby… "

" Pas de mais Bobby qui compte…", le coupe celui-ci, enfoncé dans sa chaise, planté derrière son bureau.

Dean se renfrogne aussitôt sous le regard protecteur de son frère.

" J'estime avoir été plus que conciliant avec toi ces dernières semaines… Je comprends très bien que tu veuilles rester près de lui, mais tu es et restes mon employé… À moins que tu aies quelque chose à me dire, fiston ? ", en s'appuyant sur son bureau.

" Non ", baragouinant, les bras et pieds croisés, mode buté.

" On est donc d'accord ", en ouvrant le dossier face à lui.

.

Dean et Sam ont été appelés tôt ce dimanche à l'agence. Bela a contacté Bobby d'urgence. Un de ses clients soupçonné de meurtre s'est fait la malle. Seulement, les premiers indices glanés par Charlie mèneraient à l'autre bout du pays, c'est-à-dire à plusieurs jours voire semaines de Sioux Falls.

" La prime est de 500,000 dollars ", souligne Bobby. " Les frais seront à la charge de Bela. Vous éviterez donc les hôtels de luxe ou les whiskys hors de prix ", en leur tendant à chacun une copie de l'affiche de recherche.

Dean rechigne à s'en saisir, mais suit le mouvement de son frère. Il sent plus qu'il ne voit Bobby lever les yeux au plafond.

" Jeffrey Adigan… Plus connu sous son pseudonyme d'Asmodéus ", commence-t-il. " Plusieurs fois arrêté, jamais inculpé… Ce n'est plus un secret pour personne. Ce Casanova des temps modernes ", avec dédain "… est connu pour être l'homme de main attitré de Calvin Barnes… Cela fait plus de dix ans que la police essaye de le coincer et par la même occasion de faire chuter son boss… en vain… il semble lui vouer une loyauté à toute épreuve, aveugle aux dires des inspecteurs en charge de l'enquête "

" Calvin Barnes ", répète pour lui Sam.

" Tu peux éclairer ma chandelle, le génie ? ", balance Dean en reluquant le portrait de leur fugitif.

" D'après ce que je sais, il est soupçonné de détournement de fonds et de trafic d'influence… Il possède plusieurs sociétés de construction et a réussi à obtenir la moitié des permis de bâtir de la ville… La rumeur veut que sous chacun des immeubles qu'il a fait construire gît un de ses ennemis coulé dans le béton ", lui résume Sam.

" Sympa comme cercueil ", soudain plus intéressé.

" Dix-huit disparitions suspectes lui sont attribuées… Des proches, des collaborateurs, des opposants, des petites amies aussi… Mais sans preuves, ils ne peuvent rien faire. Ils avaient une nouvelle fois tout misé sur Asmodéus, mais c'était sans compter Barnes… C'est lui qui a contacté Bela… la caution s'élevait à deux millions de dollar ", rajoute Bobby.

" Deux millions ! ", siffle Dean, admiratif.

" Le prix de sa loyauté et visiblement de son amitié ", réplique-t-il.

" La petite escapade de son protégé ne va pas jouer en sa faveur ", note Dean.

" Ni en sa défaveur ", rétorque Bobby. " Barnes continue de soutenir Adigan en le déclarant victime de harcèlement judiciaire et si jamais ça tourne au vinaigre, il pourra toujours sortir les violons de la trahison et tout l'orchestre d'avocats qui va avec… ", marmonnant dans sa barbe.

" Si ça tombe, il a déjà les pieds dans le béton ", émet Dean en se redressant sur son assisse.

" Figure-toi que la police y a déjà pensé ", sourire contrit. " mais ils ont revu leur copie quand on a retrouvé sa trace dans le Nebraska ", en leur tentant une deuxième feuille.

.

Une photo floue d'un homme ressemblant au fugitif prise dans une gare routière.

" Charlie en dit quoi ? ", s'enquiert Dean.

" Elle y travaille… mais d'après ses premières observations, il s'agirait bien de notre homme. "

" On part quand ? "

" Dès qu'elle pourra nous en dire plus… C'est un sacré morceau auquel on va s'attaquer et je refuse de vous balancer sur cette affaire sans filet ", en refermant le dossier. " C'est tout ce que Bela et moi avons pu réunir sur ce gars ", en le tendant vers Sam.

" Tu as dit qu'il a été arrêté pour meurtre… On a une idée du nom de la victime ? " lui demande celui-ci.

" Il est soupçonné d'avoir tué de sa dernière petite amie en date ", sourire en coin.

" Bobby ? " insiste Sam, soupçonnant l'anguille sous roche.

" La propre fille de Calvin Barnes, Celia. Retrouvée morte chez elle, étranglée dans son lit. "

" QUOI ? " s'écrient les deux frères d'une même voix.

" Et Barnes l'aide à sortir de prison ? ", s'étonne Dean.

" Rien ne prouve qu'il soit l'assassin ", souligne Bobby. " En attendant, il va falloir se montrer prudent et éviter de marcher à l'aveugle…Ça me ferait chier de devoir faire exploser la moitié de la ville pour retrouver vos têtes d'abrutis figées dans les soubassements d'un immeuble… On est d'accord ? ", bougon.

" Si c'est pas une magnifique preuve d'amour, ça ", minaude Dean en prenant son frère à témoin.

" La plus explosive de toutes ", réplique Sam sur le même ton.

" Virez-moi VOS CULS DE MES CHAISES ", aboie Bobby en retour. " Allez plutôt aider Charlie et lisez-moi ce putain de dossier ", en leur pointant la sortie.

" C'est demandé si gentiment ", balance Dean en se levant.

Sam s'esclaffe avant de le suivre.

" Bande d'idiots ", l'entendent-ils marmonner dans leur dos.

.

www

.

Au même moment, Castiel en termine avec ses exercices de kiné de la matinée. Il prend une douche, enfile vite fait un sweat-shirt et un de ses baggys.

Il n'en peut plus des quatre murs de sa chambre. Il s'y sent à l'étroit, prisonnier, lui qui durant des mois n'a connu que la liberté des trottoirs et, pendant des années, celle des plaines afghanes.

.

Il se dirige vers le salon. Il reste un instant en arrêt sous l'arcade. Lemuel est debout devant une bibliothèque aux livres épars. Castiel n'y avait jamais porté attention jusqu'alors.

Plus jeune, il lisait énormément… Cela lui permettait de voir la vie autrement que par la lorgnette militaire, mais avec les années, cette même lorgnette avait pris tout l'espace.

Cela doit bien faire 15 ans qu'il n'a pas ouvert un livre autre que ceux consacrés à l'armée. Et s'il en a ouvert un, il n'en garde pas de souvenirs, probablement parce qu'il n'a jamais dû le finir.

Il balaye du regard ses moignons. Tant qu'à faire…

Il entre et le bruit de son fauteuil alerte le seul autre occupant des lieux.

" Novak ", le saluant d'un hochement de tête.

Il s'empare d'un livre par le tranchant et s'écarte.

" Il n'y a pas grand-chose d'intéressant ici ", poursuit-il en indiquant le meuble d'un vague geste de la main. " Si vous aimez lire, je vous conseille la bibliothèque municipale… Vous pouvez demander à Josuah de vous y conduire en rentrant de Johnson, c'est ce que je fais ", en s'avançant vers lui. " Sinon, sans vous offenser... ", s'empresse-t-il de souligner. " Vous pouvez y aller en fauteuil… Je m'y suis déjà rendu à pieds… mais je n'aime pas me retrouver dans des espaces vides ", rajoute-t-il en caressant par réflexe sa cicatrice. " J'allais me servir un café avant de m'installer avec ce… roman d'anticipation dans le jardin arrière ", en jetant un œil sur la quatrième de couverture. " Ça vous dit de vous joindre à moi ? "

.

Castiel hésite un bref instant, puis :

" Merci ", mains sur les roues de son fauteuil.

" Je vous conseille Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur si vous ne l'avez pas encore lu ", sourire poli avant de rejoindre les cuisines.

Il n'y a là guère plus d'une cinquantaine de livres, pour la plupart usés, cornés et même pour certains déchirés.

Qui sait ce qu'une page peut réveiller…

Castiel n'a pas vraiment envie de lire, mais de quoi a-t-il vraiment envie à tout bien réfléchir ?

Il lui faut retrouver le goût du tout et du rien. Lire est un premier pas.

Remplir sa tête d'autre chose que de souvenirs de sang et de larmes. Noyer les images de guerre, les remplacer par des images de fiction.

Il note que les livres présents sur les étagères, tout du moins ceux dont il peut apercevoir les tranches du haut de sa chaise, abordent tous les univers, même la violence ou la guerre.

Il se demande combien d'entre eux ont appartenu à d'anciens résidents et combien d'entre eux s'en sont servis comme lecture expiatoire.

Un léger raclement de gorge. Il se saisit du Harper Lee et rejoint Lemuel. Il l'attend avec son livre glissé dans la poche de son gilet en coton noir, une tasse dans chaque main.

.

Castiel leur ouvre la voie, roman sur ses cuisses… Ils sortent et font le tour de la résidence. Un petit chemin dallé longe le mur arrière.

Si Castiel a toujours observé ce jardin depuis sa fenêtre, il ne s'y est jamais rendu.

Il constate qu'excepté le gazon tondu, tout y pousse à la sauvage.

Deux bancs à l'abri du vent et du soleil aux deux extrêmes de la façade arrière. Lemuel se dirige vers le plus éloigné.

Une fois assis, il pose les tasses sur le banc de jardin, sort son livre et l'ouvre en s'adossant au mur.

Castiel scrute chaque recoin. Une habitude. Mauvaise, à perdre, mais encore bien ancrée en lui.

Il perçoit le mince pli sur les lèvres ébène. Une habitude visiblement partagée…

Il prend son livre et l'ouvre. Rien ne le retient.

Dean a téléphoné ce matin. Il ne pourra pas venir aujourd'hui : réunion de travail oblige. Bobby semble apprécier de ruiner les repos dominicaux. Dean lui retéléphonera ce soir pour lui en dire plus.

Mais Castiel a déjà oublié tout cela… Il se laisse emporter au fil des pages et même si sa concentration chancelante l'oblige parfois à relire un chapitre, il s'accroche…

Une autre liberté s'offre à lui.

.

www

.

Jour après jour, Castiel s'adapte…

.

" Putain… Fallait qu'on tombe dans le trou du cul de l'Amérique. Tu verrais le nombre de ploucs assis sous leur porche, sous leurs drapeaux confédérés avec leurs tronches de dégénérés, et je te parle même pas d'la bouffe… ", ronchonne Dean.

Castiel entend Sam à l'arrière qui modère ses propos à coup de " Dean, tu crois pas que t'exagères un peu là ", " Dis ça aux deux hamburgers que tu viens de t'enfiler " ou " N'écoute pas ce qu'il raconte, Cass ", balancé à hauteur de micro.

.

Castiel n'est pas dupe. Dans la voix du chasseur, il entend résonner les mots qu'aucun n'ose dire.

L'enquête s'avère plus compliquée que prévu. Les jours se suivent et les éloignent.

Il y a comme un relent de ce que furent leurs coups de fil à une autre époque. De ceux qui ont construit leur lien si particulier. Ce même lien qu'ils n'ont jamais eu le courage de définir.

Une chose est sûre :

" Tu me manques ", et ces mots, Castiel en viendrait presque à les regretter aussitôt dits, si ce n'était là l'entière vérité.

Dean lui a toujours manqué. Tant là-bas que sur les trottoirs du Michigan. Il aura beau utiliser son fauteuil, ses cauchemars et son mal-être pour tenter de se dénigrer tant à ses yeux qu'à ceux de Dean, c'est juste une évidence contre laquelle il ne peut rien.

S'ensuit un long silence.

" Mec, on sort pas des trucs comme ça au téléphone ", le rabroue-t-il avec cette tendresse bourrue à la Dean.

" Je sais ", réplique Castiel, las et amusé à la fois.

" Merde ! ", sur le même ton.

Cette conversation qui a débuté avec les résumés de leurs journées entre kiné et planques, lecture et interrogatoires, vient de basculer dans cette intimité brumeuse qui n'a jamais vraiment été la leur tout en étant toujours présente.

" Faut qu'y aille ", relance Dean.

" Okay. "

" Je te retéléphone demain soir "

" Okay. "

" Et Cass… ", après un temps d'arrêt.

" Oui, Dean ? ", d'une voix trop neutre.

" Toi aussi ", en raccrochant aussi vite.

Castiel tique en fixant l'écran de son téléphone. Il met du temps à comprendre à quoi se référait Dean avant que son visage ne s'éclaire de ce sourire qu'il n'a jamais eu que pour lui.

.

www

.

Castiel a pris le pli de prendre tous ses repas avec les autres résidents, ou tout du moins ceux présents. Bien que tenant ses distances et restant méfiant, il accepte enfin de participer aux discussions souvent banales qui se déroulent autour de la table et non plus seulement d'en être témoin.

.

Chaque fin de matinée, Josuah vient le chercher et le dépose à Johnson où il retrouve Corbett pour des séances de kinésithérapie de plus en plus longues. Castiel tire sur les fontes avec entrain et ne lésine pas sur l'effort, sous l'œil attentif de son kiné qui ne peut cacher sa satisfaction. Castiel reprend peu à peu le contrôle de son corps.

Hudson est revenu prendre des mesures, griffonnant sur son carnet à élastique, notant l'évolution des moignons. L'échange de regards avec son comparse Corbett en dit long sur les progrès de leur patient.

.

Il fixe à lundi les premiers essais pour les prothèses provisoires et cette nouvelle ravive soudain les peurs de Castiel.

Corbett le rassure en lui affirmant qu'il a retrouvé quasiment toute la souplesse de ses articulations. Que tout se passera bien.

" Vous pouvez dire merci à vos repose-moignons et à votre obstination, voire obsession, à vouloir toujours vous débrouiller tout seul ", a martelé le kiné. " Derrière vos faux airs de ne pas y toucher, vous êtes, en fait, une sacrée tête de lard ", mains sur les hanches avec un franc sourire. " J'adore ça ", en lui tapant sur l'épaule. " Allez, pour fêter ça, je vous offre un café ", en le laissant en plan.

Castiel jette un regard circulaire sur la salle. Parmi les patients, il reconnaît la jeune double amputée croisée quelques jours plus tôt. Elle lui fait un petit signe de la main avant de poursuivre les exercices de push de son unique jambe. Elle ne semble jamais vouloir se départir de cet éternel sourire.

Il se demande ce qu'il cache…

Une fois rentré de ses séances, Castiel a pris l'habitude de déjeuner avec Lemuel. Tous deux ne sont guère bavards et laissent les autres résidents mener les débats, même s'ils n'hésitent pas à donner leur avis pour autant.

Aux jeux des débats, Rob semble imbattable. Il vocifère continuellement à tort et à travers sous les approbations muettes de Martin.

Portia et Cesar ne cessent d'échanger des regards de connivence et de pouffer, ce qui a le don de rembobiner la machine.

Rob semble incapable de franchir l'étape de la colère. Il voue une haine sans bornes à l'armée qu'il estime coupable de tous les maux et à cette société pourrie qui méprise le vétéran qu'il est.

Castiel a appris par Lemuel que Rob a déjà fait plusieurs séjours en prison pour violence aggravée et n'a dû son salut qu'à ce même statut de vétéran qu'il ne cesse de maudire. Il en est à son deuxième séjour à Barker's house…

Mildred a accepté cette entrave aux règles sur les conseils de Visyak. Ici, sa colère peut être canalisée. Dehors, elle signerait sa perte.

.

Les heures qui suivent, Castiel les passe en compagnie de Lemuel dans le jardin arrière quand le temps le permet ou dans la chambre de celui-ci quand ce n'est pas le cas.

Une chambre à la décoration spartiate, tout à l'image de son occupant. Un fils de bonne famille, comme le laissait présager son élégance naturelle. Militaire par choix pour défendre des idéaux qui ont fini par lui exploser à la figure.

Il n'en a gardé aucune amertume. Il l'a vécu comme une expérience, certes douloureuse, mais à ses yeux nécessaire. Dans deux mois, il retrouvera sa famille dans sa villa en bord de mer, en homme neuf, bien que son visage écorné témoigne du contraire.

Quelques séances de psychothérapie et une opération pour se faire implanter un appareil auditif, encore un peu de rééducation et il pourra retrouver son bureau et ses affaires.

.

Si Lemuel dévore les livres au fil des heures, il n'en est pas de même pour Castiel qui continue d'éprouver des difficultés de concentration. Lemuel le rassure, c'est normal.

Alors Castiel persiste… Il laisse parfois le roman reposer sur ses cuisses avant de le reprendre, mais il ne l'abandonne jamais.

.

Le soir, après le dîner, il retrouve Dean. L'enquête s'enlise et le chasseur ronge son frein. Lui et son frère ont pris la direction de la Louisiane. Ils en sont venus à la conclusion que ce tueur pourrait bien être lui aussi à la poursuite de quelqu'un… Peut-être même le véritable assassin de Celia, ce qui expliquerait l'attitude de Barnes.

Castiel parle de ses journées avec moins de réticence. Il évite cependant sciemment d'évoquer l'annonce du docteur Hudson. Il craint encore que son corps le lâche et qu'il ne puisse dès lors tenir sa promesse.

.

À peine quelques semaines se sont écoulées depuis son arrivé à Baker's house.

Il peut bien se l'avouer aujourd'hui : il s'est laissé piéger par la routine journalière instaurée entre ces murs. Sans le vouloir, sans le savoir.

L'émulation de groupe, la patience de Jimmy et de Mildred, le fait d'être entouré de résidents ayant vécus les mêmes traumas et continuant pourtant à trouver un sens à leur existence, ont changé la donne.

Il ne se retrouve plus dans l'attitude d'un Rob constamment en révolte et même s'il n'a pas recouvré la sérénité d'un Lemuel, il s'en sent plus proche.

Il continue de faire des cauchemars, mais ils se font moins fréquents, même si encore trop présents, brisant ses courtes nuits de sommeil.

Il continue d'avoir peur, de se méfier du moindre recoin, du moindre regard étranger, mais ça ne le paralyse plus comme avant.

Il a toujours autant de mal à ressentir et à partager ses émotions, mais ce n'est là qu'un mal accru par ses blessures et ses crises. Toute sa vie n'a été qu'obéissance et retenue.

Il ne sait pas comment faire autrement.

Il a revu Visyak. Il lui parle plus facilement de sa rééducation et de ses relations avec les autres résidents, mais continue de refuser d'évoquer ses cauchemars. Les morts d'Afghanistan.

Refuse cette offre qu'elle réitère à chaque fois : le groupe de parole.

Elle prend son mal en patience. Le laissant venir à lui. Construire à son rythme ce lien de confiance nécessaire pour entamer la suite de la thérapie.

.

Pour la deuxième fois depuis son arrivée, il prend son téléphone et glisse sur son nom.

Il ne sait pas quelle heure il est là-bas. Il ne sait pas s'il sera en quart ou pas. Mais s'il ne le fait pas maintenant, il n'est pas sûr d'en avoir le courage plus tard.

Parce que cet homme, c'est un peu de ce passé qui ressurgit et il n'est pas sûr d'avoir la force d'encaisser ce retour en arrière.

.

Un… Deux… trois sonneries… Quatre… cinq…

" Clarence ? ", fait la voix aux accents chantant à l'autre bout du fil.

" Hello, Benny "

.

Et les mots viennent tout naturellement.

L'enthousiasme de son ancien samaritain lui donne envie de sourire malgré ses tripes nouées et sa gorge serrée.

Benny parle pour deux, lui si posé babille comme un enfant. Castiel l'écoute et répond à toutes ses questions, même si ses réponses sont succinctes. Ça semble suffire à Benny qui, pendant des mois, s'est contenté de ses silences.

Cette nuit-là, Castiel fera un cauchemar plus violent que les autres. Au petit matin, il ouvre les yeux sur un Jimmy somnolant sur une chaise au pied de son lit, un livre en déséquilibre sur ses genoux.

.

Une vie à reconstruire au fil des jours et des pages…

.

Fin chapitre XXIII

.

En espérant que ce chapitre vous aura plu, on se retrouve dimanche prochain si le coeur vous en dit.

.

Love you