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Chapitre 13
— Donc, reprit Yahiko pour la troisième fois en plongeant sa main dans un bol de biscuits apéritifs, résumons.
Zetsu roula des yeux et plaça les pieds sur la table basse, les retirant aussitôt quand Nagato fit claquer sa langue en guise de réprobation.
C'était une chose qu'Itachi posât ses pieds sur la table, il ne pouvait pas dire grand-chose, ce n'était pas la sienne. Mais quand c'était un de ses amis, là, il avait le champ libre pour les empêcher de faire des trucs pas hygiéniques, comme installer leur voûte plantaire à des endroits qui n'étaient pas destinés à ça.
— Non, mais le résumé, il est vite fait, trancha le coach sportif, Konan est une pétasse et y a que vous deux pour craquer sur des meufs pareilles.
Mal à l'aise, Yahiko s'agita dans son bout de canapé et Zetsu lui porta un regard un peu embué de fatigue et d'alcool.
— Non, mais c'est vrai, t'avais eu un truc pour sa meilleure amie, non ?
— Pas spécialement, corrigea Yahiko, c'était Konan qui espérait nous favoriser une rencontre, mais on n'avait pas accroché. Donc, là, elle te demande la moitié du revenu de la vente de la maison, la garde de Mikan et une pension alimentaire ?
— Mettre autant d'énergie à se faire détester, ça force le respect, commenta Zetsu en hochant la tête.
— Mais qu'est-ce que j'ai bien pu lui faire pour qu'elle me déteste autant ?
— T'étais un mauvais coup ? suggéra le coach d'une voix peu assurée.
Il se ramassa une taloche sur le haut du crâne puis il tourna la tête vers Yahiko qui venait d'aplatir sa main sur lui, l'incitant à contempler leur ami, abattu, le visage crispé par l'incompréhension.
— Peut-être… Avant qu'elle décide de divorcer, ça faisait quelques mois qu'elle ne voulait plus que je la touche, révéla-t-il avec un peu de honte.
Yahiko grimaça, dissimula cette moue dans son verre, espérant que la conversation dévierait vers autre chose, mais Nagato persista :
— C'est arrivé sans prévenir. Avant, elle était plutôt partante tout le temps. On m'avait dit que la parentalité tuait la sexualité, mais chez nous, ce n'était pas le cas. Mais elle m'aurait prévenu, si ça avait été bien que pour moi, non ?
Il consulta ses deux amis, tour à tour, un peu mal à l'aise de parler de ce qui s'était passé dans sa vie intime. Il baissa les yeux en constatant que Yahiko était aussi embarrassé que lui, alors que Zetsu réfléchissait à la question.
— Elle te trompe. Me regardez pas comme ça, je suis pas en train de partir du principe que toutes les grognasses sont infidèles, mais c'est méga cohérent.
— En quoi ? protesta Yahiko. Tu affirmes ça depuis leur séparation, mais t'as pas de preuve.
— Aucune preuve, confirma l'homme à la tache de vin, mais bon, une nana qui aime la bite et qui, d'un coup, se retrouve à verrouiller sa culotte, ça veut dire qu'elle a trouvé une autre bite.
— C'est toujours ma femme, parle pas d'elle comme ça, protesta Nagato un peu mollement.
Yahiko approuva. Lui non plus n'aimait pas vraiment entendre ce genre de mots à propos de Konan.
— En plus, continua Nagato, ce n'est pas possible. Konan a des défauts, mais elle n'est pas une menteuse, elle ne me ferait pas une chose pareille. Elle avait piqué une crise de colère quand elle a appris que son père avait trompé sa mère en disant à quel point l'infidélité la dégoûtait.
— Et si tu cédais ? suggéra Yahiko avec réticence. Tu lui accordes tout ce qu'elle veut, mais en échange elle conserve la garde alternée.
D'ailleurs, c'était vraiment étrange que Konan réclamât la garde pleine de son enfant. Elle aimait le système de la garde alternée, de son propre aveu. Elle appréciait réellement avoir une semaine durant laquelle elle pouvait se consacrer à elle, ses loisirs et sa vie de femme. Pendant ces jours, ils pouvaient se voir, sortir, faire des activités de couple qu'ils ne pourraient pas faire s'ils avaient Mikan avec eux, principalement parce qu'il refusait que Mikan les vît ensemble pour l'instant.
— C'est hors de question, répondit Zetsu à la place de Nagato. Et puis quoi encore ? C'est elle qui se barre, il faudrait peut-être voir à pas déconner. Tu veux pas qu'en plus, il lui file sa chemise, son honneur et les clés de sa bagnole ?
— Zetsu a raison, trancha Nagato.
Yahiko hésita, posa son verre sur la table basse, grimaça quand il se rappela qu'il y avait des dessous de verre prévus et déplaça son récipient. Il ne comprenait pas. Vraiment, la semaine passée, Konan semblait déterminée à apaiser la situation, à faire en sorte que le divorce fût rapide, efficace et sans conflit. Il ne comprenait pas pourquoi elle avait approuvé une telle chose et il était certain que cette fois, elle n'avait pas signé sans lire.
— Si tu refuses de capituler, vous allez devoir régler ça devant un tribunal.
— J'ai bien compris, se lamenta Nagato. Mais je ne signerai pas. Si elle veut la guerre, alors elle l'aura.
— Mais tu vas perdre, tenta de raisonner Yahiko. Tu vas perdre le procès parce qu'elle a un avocat parmi les meilleurs du pays et pas toi.
Nagato haussa les épaules.
— Peut-être, mais au moins, j'aurai tout essayé.
La conversation dériva, les deux amis de Nagato étant bien déterminés à lui changer les esprits et ils parlèrent longuement du rencard de Zetsu qui s'était conclu par la prévision d'un second rendez-vous. Le coach sportif était un peu anxieux, même s'il préférait feindre une grande aisance.
Il partit peu de temps après, laissant Yahiko et Nagato seuls.
— Écoute…
Yahiko revint sur le sujet sans prendre de pincettes.
— Je ne voulais pas en parler devant Zetsu, mais tu sais très bien qu'il y a des choses qui vont t'être reprochées, des choses que tu ne pourras pas défendre. Ton passage à vide pendant la grossesse de Konan, par exemple, elle a dû gérer seule l'entièreté de sa grossesse et…
— Obito venait de mourir, protesta Nagato. Tu ne vas tout de même pas me reprocher d'avoir été en deuil !
— Moi non, apaisa Yahiko en posant sa main sur l'épaule de son meilleur ami. Bien sûr que je ne te le reproche pas, tu étais proche de lui et je comprends que sa mort t'ait secoué. Cependant, tu n'as pas le droit de parler de ça.
Grognant, Nagato se renfonça dans le canapé. Il allait répliquer, mais le son d'une clé pivotant dans la serrure le retint et l'incita à se redresser, les deux hommes s'orientant vers la porte.
— PARRAIN ! s'exclama Mikan en apercevant Yahiko qui se leva pour réceptionner l'enfant qui courait vers lui.
Il la fit tournoyer dans les airs, avant de plaquer un bisou sur son front en souriant. Itachi les contourna pour s'approcher de son colocataire, demander s'il se sentait mieux.
Les deux hommes savaient que Nagato mentait en prétendant être plus en forme, mais aucun ne rectifia, leurs regards s'étant portés sur Yahiko et Mikan qui discutaient d'un ton joyeux.
À les voir ainsi, Nagato sentait son cœur s'apaiser. Il n'y avait pas plus attendrissant comme spectacle, un véritable baume sur ses blessures, de contempler son frère d'armes écouter les histoires de sa princesse avec autant d'attention qu'il suivait un briefing de mission.
À les voir ainsi, Itachi était saisi par la ressemblance entre Mikan et Yahiko. La même teinte de cheveux, de grands yeux bleus, une énergie et une vitalité hors-norme, le rire facile, une bonne humeur presque contagieuse. Pendant une seconde, il lui sembla contempler un père et sa fille. Il fronça les sourcils et regarda à deux fois, avant de rendre son attention à son colocataire.
Se pouvait-il franchement que Yahiko fût le véritable géniteur de Mikan ?
— Tu es encore venu pour me faire des reproches.
La voix de Konan fusa, le saisissant alors qu'il fermait la porte avec plus de force qu'il ne l'aurait voulu. Elle émergea du salon de la maison encombré de cartons – elle commençait à faire du tri dans les différentes pièces de son domicile, bien déterminée à repenser la décoration pour s'approprier les lieux.
— C'est bien, cette fois, je n'ai pas besoin de contextualiser, c'est un progrès, siffla Yahiko. Et là, c'est quoi, ton excuse ?
Elle haussa les épaules en se dirigeant vers la cuisine.
— Tu veux boire quelque chose ? J'allais faire une pause.
— Tu m'écoutes quand je te parle ?
— Pas vraiment, quand il s'agit de mon divorce, admit-elle en sortant une tasse du placard. Tu as dit toi-même que tu ne serais pas de mon côté.
Yahiko avança dans la pièce, constatant qu'elle n'avait pas échappé à la mise en carton faite par Konan. Elle posa la tasse du placard près de lui, en saisit une nouvelle et versa de l'eau à chauffer dans une casserole.
— J'ai dit ça, confirma-t-il. Et tu m'avais promis que tu réviserais les exigences. La seconde version, c'est un odieux foutage de gueule et tu sais très bien qu'il ne signera pas. Qu'est-ce que tu cherches, exactement ? À le tuer ? Ou tu veux qu'il te déteste ?
— Bien sûr que non, répliqua-t-elle sèchement. Mon avocat a un plan qui sert mes intérêts et je compte bien le suivre jusqu'au bout.
Elle posa deux sachets de thé dans les tasses, vérifia l'eau.
— Il faut aussi que je pense à moi. C'est bien beau de me dire « pense à lui, le pauvre ! », mais, et moi ? Avec mon petit salaire, je ne pourrai pas avoir un appartement correct et les moyens de donner une vie convenable à Mikan. Avec l'argent de la maison, je pourrai assumer jusqu'à notre installation ensemble.
Elle posa entre eux une boîte de biscuits.
— Beaucoup de gens m'ont dit « tu pouvais aussi rester avec ton mari ». Eh bien non. Non, ce n'est pas acceptable, une telle situation. Il n'a pas besoin de l'argent de la maison, lui, il a trouvé un super appartement à prix d'or.
— Il vit en colocation, précisa Yahiko, mettant en relief la chance relative qu'avait eue Nagato. Et tu devrais bénir l'existence d'Itachi, scanda-t-il.
Elle esquissa un sourire qu'elle eut du mal à réprimer.
— Je la bénis, ne t'inquiète pas.
Abattant le plat de sa main sur le plan de travail, Yahiko jura.
— Mais merde, Konan, arrête de tout prendre à la plaisanterie, comme ça ! Tu ne te rends pas compte de qui tu es en train de rendre furieux ! Tu as de la chance qu'Itachi l'ait empêché de venir te parler, ça aurait pu mal tourner !
L'eau fut versée sur les sachets et elle porta un regard à son amant.
— Je ne comprendrai jamais pourquoi tu as si peur de lui, c'est un véritable nounours tout mou, depuis qu'il a quitté les forces spéciales. Le pire qu'il pourra faire, c'est venir pleurnicher sur le pas de la porte pour que je change d'avis.
— Tu es odieuse, grogna Yahiko en repoussant sa tasse. C'est détestable. Tu ne changeras pas d'avis ?
— Non. Je mérite cet argent. Il me revient de droit.
— C'est pas toi qui as payé la maison !
Elle ricana.
— Et à ton avis, pourquoi il a pu faire la carrière qu'il a faite, si ce n'est parce que j'ai sacrifié la mienne ?
— Encore Hanae qui parle à travers toi. Je ne sais pas comment elle a pu te persuader de ce genre de foutaises… Les sacrifices que tu as faits pour lui, il les a faits pour toi aussi. Nagato a des défauts, c'est vrai, mais–
— Es-tu en train d'essayer de me convaincre de retourner vers lui ? s'horrifia-t-elle.
Il fit silence, ramenant sa tasse vers lui.
— Non, bien sûr que non, finit-il par répondre en contemplant son thé. J'aimerais seulement que tout se passe pour le mieux.
— Ça va bien se passer, sourit-elle. Je te jure que mon avocat a un plan qui débouchera sur un résultat qui arrange tout le monde. Fais-moi confiance.
Elle glissa sa main sur la joue de Yahiko dans une caresse rassurante, et il ferma les yeux sous le contact, pas nécessairement apaisé.
Ce qu'Itachi vivait était tellement rare qu'il se demandait s'il n'allait pas le noter dans son agenda pour s'en souvenir. La nuit était tombée depuis un moment, l'heure du rendez-vous avec son oncle était passée de déjà plus de vingt minutes et il était toujours seul à table.
Le directeur de l'établissement s'était déplacé en personne pour l'avertir du contretemps que Madara connaissait, l'enjoignant à regarder la carte des hors-d'œuvre pour commencer sans lui et Itachi avait refusé, demandant simplement un verre de quelque chose – « surprenez-moi » avait-il susurré dans un sourire et l'homme s'était empourpré légèrement, s'en allant en soupirant un « ma parole, c'est de famille ».
Sa commande était venue avec la serveuse – au demeurant fort charmante – qui avait déposé devant lui un récipient rempli d'un liquide anisé et alcoolisé surprenant. Depuis lors, il sirotait la boisson en tendant l'oreille vers les airs joués par l'orchestre qui se produisait rien que pour lui.
C'était un agréable moment. Parfois, Itachi se demandait comment Madara pouvait parvenir à privatiser des salles de restaurant entières. Quand il en avait parlé à Jiraiya, celui-ci avait simplement soupiré « c'est l'apanage des puissants ».
Il était vrai que les Uchiha avaient toujours eu beaucoup d'influence dans le pays et Itachi s'était senti un peu bête de s'être posé la question. Depuis qu'il vivait par lui-même, sans s'encombrer de l'aura de ce nom si lourd à porter, il avait tendance à oublier pourquoi il avait fait ce choix.
Avoir du pouvoir ne l'intéressait pas. Tout ce qu'il voulait, c'était jouer dans des films et rentrer chez lui pour lire des polars. L'impact qu'il laisserait sur le monde l'indifférait parfaitement et il n'avait pas l'envie de servir un dessein plus grand, soumettant cette intelligence que son père disait hors-norme et exceptionnelle à des institutions dont il se fichait. Tout ce qu'il voulait, c'était être heureux.
Et il l'était en ce moment. Bien sûr, il y avait toute cette problématique autour du divorce de son colocataire qui rendait l'homme légèrement sur la défensive – un euphémisme, s'il en croyait les pincettes que Yahiko employait pour s'adresser à son meilleur ami.
Heureusement qu'il y avait la petite fille, toujours présente pour détendre l'atmosphère par une maladresse, un bon mot, un devoir d'école qui nécessitait de déployer des trésors d'inventivité ou qui la faisait réfléchir sur des questions qui laissaient les deux adultes tout à la fois perplexes et attendris.
Itachi retira ses lunettes, prenant quelques secondes pour se réadapter au monde qui s'étendait devant ses yeux, frustré par cette myopie qui rendait sa vision floue et inefficace. Bien embêté, il secoua sa serviette pour la déplier, la passer sur les verres souillés, avant de les rechausser dans un soupir. Il fallait qu'il fît recontrôler sa vue, il avait l'impression qu'elle avait encore baissé.
La première audience du procès pour le divorce de son colocataire aurait lieu le lendemain, donc Nagato serait probablement déjà couché quand il rentrerait, incapable de dormir, tournant et virant dans son lit sans pour autant se relever.
Depuis la réception de la seconde proposition d'accord amiable, Itachi avait développé une sorte de méfiance à l'égard du meilleur ami de Nagato, défiance qui semblait partagée, s'il comptait le nombre de moments où Yahiko et lui s'étaient retrouvés à se dévisager sans un mot, cherchant la faille, cherchant le problème.
Chaque fois que le nom de Konan était prononcé, Itachi portait son regard sur la silhouette de Yahiko, guettant la moindre trace de ce qu'il avait cru déceler, sans parvenir pourtant à trouver un quelconque indice attestant qu'il était peut-être plus de parti pris qu'il ne voulait bien l'admettre.
À aucun moment Itachi n'avait pensé à parler de ses soupçons à son colocataire. Pour quoi faire ? S'il avait raison, cela se saurait bien assez tôt, l'avocat de Nagato était peut-être incompétent, mais il ne pourrait pas rater une telle chose. Et s'il avait tort, il aurait instillé des doutes à quelqu'un qui avait grand besoin d'avoir des appuis stables et solides, pour ne pas s'effondrer.
Il avait essayé, en outre, de parler de son métier à son colocataire, de tout lui dire. Mais à chaque fois qu'il avait tenté d'orienter la conversation vers une telle voie, il avait échoué. « Je ne suis pas étudiant en cinéma, je suis acteur. Un acteur plutôt connu. Pas dans un genre que tu apprécies, malheureusement », cette simple phrase ne parvenait pas à sortir, ce n'était jamais le bon moment.
Il s'était dit qu'il aurait tout le temps d'en parler après le divorce, quand Nagato aurait finalement une idée de comment sa vie allait s'organiser dans quelque semaines.
Consultant sa montre, il constata que le retard de Madara s'étendait à présent à trente minutes et il eut un signe d'agacement qui ramena vers lui la jeune serveuse. Elle lui suggéra quelques amuse-gueules pour patienter et malgré lui, il fut sec :
— Je ne veux pas grignoter, je veux savoir ce qui retient mon oncle si longtemps. A-t-il un souci ?
— Je vais me renseigner, répondit-elle en tremblant un peu. Toutes mes excuses.
— Non, ne vous excusez pas, c'est moi, pardonnez-moi, je suis inquiet, ce n'est pas dans ses habitudes d'être en retard… Ça ne me donnait pas le droit de mal vous parler.
Le pâle sourire qu'elle eut trouva un écho sur la figure d'Itachi, puis elle s'en fut rapidement, revenant un instant plus tard pour annoncer :
— Il est en chemin, il sera là dans quelques minutes.
Effectivement, quelques minutes après, Madara franchit la porte, un air agacé sur le visage, son frère cadet sur les talons. Il s'approcha de la table où se trouvait Itachi et s'assit, interrompant la voix qui s'exprimait en chevrotant.
— J'ai entendu, Sénateur Kurosaki, mais je ne comprends pas à quel instant votre problème devient mon problème.
La voix déformée de l'homme haleta.
— Bien sûr, ce n'est pas votre problème, Monsieur… C'est entièrement mon problème. Un simple contretemps, garantit-il d'un ton un peu plus ferme. Je vais m'en occuper dans les plus brefs délais.
— Je ne doutais pas de votre bonne volonté.
— Je vous remercie pour votre temps, conclut le sénateur avec empressement, je–
Madara ne prit même pas la peine d'écouter l'homme jusqu'au bout, il raccrocha et tendit son téléphone à Izuna qui l'attrapa sans broncher.
— Débarrasse-moi de ça, veux-tu ? demanda-t-il avant de se tourner vers Itachi. Je me suis laissé dire que tu t'inquiétais pour moi, fils.
Souriant à son oncle, Itachi hocha la tête, observant Izuna qui pivotait les talons.
— Oui, pardonnez-moi, je ne pensais pas que vous étiez en communication avec un sénateur, sinon, j'aurais pris mon mal en patience. Votre frère ne souhaite pas dîner avec nous ?
— Il est plutôt taciturne et solitaire… Il trouve que je traîne trop à table, sa compagnie ne serait pas un véritable plaisir.
Madara fit un signe et le repas put commencer.
— Comment vas-tu, fils ? J'ai cru comprendre que la cérémonie n'avait pas donné les résultats que tu attendais…
Touché, pensa Itachi. Il tenta de mettre de côté la peine que cet échec lui faisait, de relativiser, puis il dégagea les cheveux qui avaient glissé hors de l'élastique qui les maintenait normalement en place.
— En effet. Cependant, durant cette cérémonie, j'ai pu discuter avec Hagoromo Ôtsutsuki, lança-t-il, l'air de rien.
— Oooh, c'est bien, ça, je sais combien tu l'admires.
Clignant des yeux pour approuver, Itachi se tortilla un peu sur sa chaise.
— Il est vieux, maintenant, mais je lui trouve toujours un charme fou.
Il raconta cette entrevue avec calme, rapporta les propos que Madara appuya avec force, l'encourageant à persister sur la voie qu'il avait choisie, puis la discussion dériva pour planifier comment allaient se dérouler les fêtes de Noël, l'homme d'affaires interrogeant son neveu sur son programme.
L'année précédente, Madara l'avait convié à passer une semaine dans un chalet en altitude, pour savourer la fraîcheur de la neige, les odeurs de feux de cheminée et la relaxation procurée par les spas. Il avait pu prendre des bains dans des sources chaudes en regardant la montagne se couvrir de blanc.
Cependant, Jiraiya, cette année, lui avait dit au détour d'une conversation qu'il allait être tout seul pendant les fêtes et ça gênait beaucoup Itachi qui n'aimait pas que l'homme fût si isolé dans une période censée être joyeuse. Il annonça donc à son oncle sa décision de rester en ville pour tenir compagnie à son père de substitution, précisant qu'ils passeraient probablement la soirée à critiquer la concurrence et à picoler autour d'une dinde.
Madara hocha la tête, lui tendant un regard fier qui l'emplit de plaisir.
— Dans ce cas, je te ferai livrer ton cadeau et j'irai à l'étranger. Puisqu'on parle de garde alternée, comment se porte ton colocataire ?
Itachi eut un rire léger en baissant les rétines sur son assiette.
— Toujours en instance de divorce. Il commence à être réellement en colère contre son ex-femme. Le procès débute demain. Je dois avouer que je ne suis pas confiant… Connaissez-vous Onoki Ryôtenbin ?
Madara hocha la tête, croisant les bras, paupières closes.
— Oui, de réputation. Il n'est pas homme à tolérer l'échec, hargneux comme un bouledogue. Mes avocats ont bien failli se frotter à lui, dans sa jeunesse, quand c'était encore un jeune magistrat fougueux. Il s'est réorienté dans le droit familial peu de temps avant les conflits. Dans mes rangs, j'en ai vu quelques-uns éponger leurs fronts avec soulagement.
— C'est ce que je craignais, grinça Itachi. C'est l'avocat de l'ex-femme.
— Ton coloc est cuit. Qu'est-ce qu'elle demande ?
— Tout. La maison, la garde pleine, une pension alimentaire…
— Elle aura tout. Mais ça devrait t'arranger, non ?
Ne comprenant pas où son oncle voulait en venir, Itachi papillonna des cils, lui offrant un air perplexe.
— Eh bien, si c'est lui qui gagne, il récupère sa maison, donc il pourra retourner à sa vie d'avant avec sa fille. C'est tout à ton avantage qu'il perde.
Le jeune acteur n'avait jamais vu les choses sous cet angle. Il s'était mille fois interrogé sur ce qui se passerait si Konan gagnait, si elle récupérait Mikan, la maison, la pension. Il pensait avoir envisagé toutes les solutions, vraiment toutes. Cependant…
Il força le sourire sur ses lèvres, mais ne put le maintenir plus de quelques secondes.
Que son colocataire pût remporter la mise n'avait jamais effleuré son esprit et un bloc glacé descendit le long de sa trachée quand il réalisa que son oncle avait raison, pire encore, quand il réalisa qu'il ne voulait surtout pas que ça pût avoir lieu.
À bientôt !
