Le jour où on a chié dans le salon :
Chapitre 23 : Baby Blues :
Étalé sur le sol de cette nouvelle maison bien trop grande pour lui, Dabi observait le plafond du salon, plongé dans le noir et une bouteille de saké à la main. La petite était chez sa mère qui avait presque exigée de l'avoir auprès d'elle et Hawks se trouvait en mission de déplacement. Il ne serait pas rentré avant quelques jours surement et ne pouvait donner de nouvelles à Dabi.
La journée avait été particulièrement éprouvante et en réalité, il n'avait pas vraiment envie d'y penser tant les souvenirs tournaient de manière infernale en boucle dans sa tête. Il n'y avait rien à garder, rien de bon à garder en tout cas. Nouvelle gorgée de saké, il ne faisait même plus attention à son estomac qui s'accrochait comme il le pouvait en appelant au secours, il ne faisait plus attention à rien. Après tout, il était seul, personne pour lui dire quoi faire, totalement seul pour la première fois depuis sa réinsertion. D'habitude, il y avait bien la petite pour le distraire mais là rien. Rien mis à part lui et ses souvenirs à la con. Nouvelle gorgée.
La fuite de chez lui à ses quinze ans. Nouvelle gorgée.
Ses brûlures qui avaient envahies sont corps afin de le détruire dans un vœu de mourir dans ses propres flammes sans penser aux conséquences. Nouvelle gorgée.
Les agrafes chirurgicales. Nouvelle gorgée.
L'adaptation et la cicatrisation. Nouvelle gorgée.
Le premier meurtre et la panique. Nouvelle gorgée.
Les premiers vols pour s'en sortir. Nouvelle gorgée.
Stain… Nouvelle gorgée plus longue que les autres.
Shigaraki. Nouvelle gorgée.
La Brigade Genesis. Nouvelle gorgée.
L'Alliance. Nouvelle gorgée.
Le Front. Nouvelle gorgée.
Les larmes de sang, l'envie de vomir. Nouvelle gorgée plus timide.
Les cris de détresse, l'appel à l'aide, bientôt il se retrouva en position fœtal à pousser des cris d'agonie alors que ses joues se coloraient de toujours plus de rouge. Là, tout de suite, il avait une envie irrépressible, celle de mourir, de se faire du mal, de mettre fin à ses jours.
Dans un élan nerveux, tous ses muscles se contractèrent et il forma une boule humaine tremblante et gémissante alors qu'il se mordait la partie encore saine de sa main jusqu'au sang. De nouvelles larmes, un cri d'agonie et bientôt, l'envie de gerber le prit aux tripes. Pourtant, il se contenta de mordre encore plus fort jusqu'à ressentir son propre fluide dévaler à l'intérieur de sa gorge, jusqu'à sentir son propre sang couler le long de ses avants bras alors qu'il plantait ses ongles rongés dans sa peau déjà meurtrie. Putain, que ça faisait mal, il avait mal partout et l'envie d'hurler le prenait toujours plus. Il aimerait vivre putain, vivre et mourir, mourir puis vivre, se déchirer pour vivre entre les deux et mourir toujours un petit peu. Un petit peu plus chaque jour pour finir jusque dans le cercueil sept pieds sous terre. Un nouveau cri, son estomac se tordait tellement qu'il eut un mouvement brusque. Les mains compressées contre son ventre, les genoux le maintenant et le front contre le sol, il vomit un mélange de bile et de sang, d'eau et de reste du maigre repas qu'il avait pris.
Sa tête lui tournait affreusement, il aurait aimé fermer les yeux pour ne jamais se réveiller ou du moins pas avant le lendemain matin, pas avant d'aller mieux. Pourtant, une idée chassa celle-ci, chassa la plus cohérente qui lui imposait le repos. Il allait attendre Hawks. Il le fallait, lui seul pouvait l'aider. Nouveaux vomissements, il ne s'arrêtait plus, son dos lui faisait atrocement souffrir à force d'être vouté mais il ne voulait pas se redresser. Non, il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas sous peine de vomir à nouveau, sous peine de faire un malaise et de tomber dans les pommes.
Tel un enfant, il eut soudain peur de vomir encore, peur de tomber, de perdre connaissance alors qu'un adulte lui aurait intimé d'aller se coucher. Mais lui ne voulait pas, non. D'un coup, en détournant la tête, il voulu souffrir, encore, toujours plus. Aussi, il oublia un instant ses peurs et se souvint de la haine qu'il se portait à lui-même avant de la porter au monde. Il étendit son bras et se saisit de la bouteille couchée sur le sol de parquet anciennement ciré et fumé de gris.
Allongé sur le sol, le bras étendu devant lui et le menton posé sur les lattes, il observait, groggy et presque hors de lui, hors de son propre corps, le cadavre de la bouteille de saké qui roulait mollement sur le sol. Il l'avait vidée à lui seul. Il ne l'avait même pas particulièrement trouvée bonne, non, il en avait juste eu besoin.
Ses muscles semblèrent se détendre avant que des frissons semblables à des milliers de fourmis ne le prennent, comme pour lui rappeler que le malaise n'était jamais très loin. Et si au tout début cette sensation lui paru agréable, il sentit bien vite le mal de cœur le prendre. Mais il n'avait même plus la force de bouger et se contenta de geindre alors qu'il se brûlait la gorge à la bile et les yeux à la sécheresse de ne plus pouvoir les inonder.
Il se sentait minable, mais il voulait mourir. Son putain de futur boulot d'agent à la botte de la commission, pour sa soi-disant repentance, lui rappelait sans cesse ses anciens problèmes, sa nouvelle vie et de ça il n'en pouvait juste plus. Il voulait crier, tous les engueuler, mais il ne pouvait pas, il n'en avait plus la force. Hawks… Méritait-il ne serait-ce que de revoir Keigo ? Perdu dans sa détresse, il ne remarqua pas le bruit d'aile ni celui caractéristique des pas qu'il entendait généralement sur le toit, signe que son oiseau était rentré.
Il n'entendit pas non plus le bruit d'atterrissage sur les dalles et encore moins celui de la clef que l'on mettait dans la serrure. Son brouillard noir devint plus flou alors qu'une lumière de réverbère entrait dans son champ de vision. Il ne vit pas l'expression surprise de son oiseau ou même son sourire au départ attendrit se transformer en une grimace de panique. Tout ce qu'il entendit fut simplement les semelles rassurantes de son homme marteler le sol, signe de course. Si ses muscles avaient été assez forts, il aurait souri. Ses yeux lui piquèrent à nouveau mais le liquide chaud et salé ne s'empara pas de ses joues, tandis qu'un genou à terre, Hawks l'amenait à se rapprocher de lui. Dabi enserra sa taille et d'énormes sanglots s'emparèrent de sa gorge.
« Je suis tellement désolé Keigo… Arriva à peine à souffler le brun.
-Désolé ? Demanda le blond, totalement perdu, les mains en suspends dans le dos de son homme, signe d'attente et de désarroi. Désolé pour quoi ?
-Je ne ferais jamais un bon père, tu devrais te trouver quelqu'un d'autre. Une mère peut-être pour que ce petit bout soit équilibré ou un homme bien comme Izuku, un comme celui de mon petit frère, mais pas celui de mon petit frère pour pas le rendre malheureux. Si je fuis un malheur ce n'est pas pour en créer un autre par mes conseils douteux. Je suis vraiment le pire Keigo.
-Là… Calmes-toi Touya, calmes-toi… Chut… On va aller te coucher, viens avec moi.
-Ne m'appel pas Touya ! Hurla le brun alors que sa voix passait des graves aux aigues d'un seul coup. Ne m'appel pas Touya. J'ai essayé Keigo, vraiment, mais je ne mérite pas ce nom. Même pas celui de Dabi, même pas celui de Crématorium. Je n'ai le droit à aucun nom que ceux que j'aime me donnent. Pas même papa pour le futur.
-Pourquoi ? Demanda le blond avec calme alors qu'il caressait les cheveux de son homme afin de l'apaiser.
-Parce que… Parce que je ne mérite pas l'amour qu'on me porte. Je ne mérite que la mort, pas l'amour. Je ne mérite pas l'amour d'un être aussi innocent que ma fille. Je ne mérite pas ton pardon pour ce que je t'ai fait ou fait faire. Je ne mérite le pardon de personne ! Hurla-t-il comme il le put avec une voix cassante et tremblante d'insécurité. Je ne mérite rien de positif… Déclara-t-il après un long moment de silence. Je ne mérite rien… Rien… Personne ne mérite rien plus que moi… Personne. Et pourtant tu m'aimes. Tu ne devrais pas m'aimer. Ma peine va finir par te briser. Hoqueta le brun avec un regard d'enfant terrifié et un ton du même gosse perdu en pleine forêt alors qu'il resserrait toujours une prise faible sur les hanches de son blond, de peur qu'il s'en aille face à ses paroles.
-Ne raconte pas n'importe quoi enfin. Souffla le blond au creux de son oreille alors qu'il caressait ses cheveux, le ton doux.
-Je suis très sérieux Keigo. Je ne te mérite pas. Je ne mérite pas cette enfant ! Je lui dirais quoi plus tard quand elle nous demandera comment on l'a eu ? Comment on s'est rencontrés ? Comment on s'est aimé ? Papa ne voulait pas de toi. Putain mais quel con j'ai été !
-Touya ! Qu'est ce que tu fais ! Couina Hawks alors que son homme gigotait.
-Me mords ! Me griffe !
-Pourquoi ?
- Ça me fait du bien. Haleta le brun qui sentit le nouveau malaise le parcourir alors qu'il se séparait du blond pour vomir.
-Touya… »
Le cœur serré, Hawks s'empara de son homme et se dépêcha de l'emmener sous les couvertures chaudes. Sous les lamentations du brun, il l'enroula avec les duvets et lui apporta un sceau. Il l'observa et à peine eut il le temps de le rejoindre qu'il s'était endormit, épuisé et dévasté.
Doucement, l'oiseau prit sa panthère blessée entre ses bras. Comment allait-il faire ? Déjà, il ne laisserait plus jamais Dabi seul à la maison avec ses démons. Ensuite… Ensuite… Il ne savait plus trop quelle était la marche à suivre. Il en parlerait au brun le lendemain matin. Enfin… Si celui-ci se souvenait de tout bien sûr.
