Chapitre 10.

Snape était assis à la table des professeurs, songeur. Il avait repris le téléphone qu'il avait confisqué aux deux pestes il y a de cela plusieurs semaines et s'était remis à lire le fameux message incriminant encore et encore.

C'était de là que tout avait démarré. Enfin, pas tout, mais beaucoup de choses. Et à présent, il remuait sa nourriture dans son assiette en tournant ces mots dans sa tête.

Il avait encore du mal à envisager qu'elle ait rêvé d'un truc pareil, et que cela l'affecte à ce point. Enfin, elle était surement passée à autre chose pour sa part, mais il y avait eu le bal de Noel et ses confessions.

Pourquoi Diable lui avait-il balancé toutes ces choses sur son passé ?

Au moins, elle ne l'avait pas plaint comme une malheureuse petite victime. Ah ça, il s'en souviendrait de la dernière fois qu'il avait balancé les ignominies qu'il avait subi durant son enfance ! C'était justement à la vieille chouette de McGonagall. Il avait sorti ça avec tout le naturel du monde, et elle avait manqué de pleurer. Quel enfer !

Hermione elle, avait ri sans pour autant se moquer de lui et ça lui avait fait du bien de dédramatiser cette situation. C'était ce qu'il s'était efforcé de faire durant bien des années. Après tout, il fallait bien surmonter tout ça et tenir debout.

Il avait même réussi à glisser une plaisanterie sur ses parents, et ça avait fonctionné.

Il en était encore plutôt fier.

Les traumatismes, ça le connaissait. S'il pouvait apporter un peu de sa touche (très particulière, admettons-le) pour l'aider à les surmonter, alors ça démontrerait qu'il n'était pas entièrement fou. Snape se demanda pourquoi il éprouvait le besoin d'ailleurs de rendre service à cette sorcière qu'il détestait.

Peut-être parce qu'elle avait connu la guerre un peu au même titre que lui. Peut-être aussi parce qu'il l'avait vu évoluer à l'aide d'une force intérieure incroyablement grande et qu'au fond, ça l'avait impressionné.

Son côté Miss Parfaite l'horripilait, mais il avait été forcé d'admettre qu'elle était douée. Sans elle, Potter-fils serait mort un nombre incalculable de fois. Elle avait facilité son travail plus encore que ce qu'il n'aurait pu imaginer. Et quelque part, il lui en été un peu redevable.

Ce n'était pas comme avec cet empoté de Weasley qui avait été une véritable épine dans son pied. Lui et ses suppositions, ses décisions idiotes durant la guerre et sa proportion à influencer sans le vouloir le gosse !

En plus, il s'était vraiment mal comporté avec Hermione.

Snape ne supportait pas beaucoup de choses, mais s'il y avait bien un truc qui l'horripilait, c'était l'égoïsme.

Déjà après la guerre, il avait été un véritable boulet pour la jeune femme. Forcément, vouloir une Molly Weasley bis était loin d'être dans les ambitions de Granger, et elle avait dû batailler pour continuer ses études. Le gosse n'avait pas supporté que sa vie ne tourne pas autour de lui.

Evidemment, puisqu'il avait besoin d'une seconde maman !

Et puis, Snape avait suivi leurs frasques plus encore que ce qu'ils auraient pu l'imaginer durant leurs courses aux Horcruxes et il avait déjà constaté que le comportement de ce gamin était inadmissible. Mais Granger avait un faible pour les cas désespérés.

Les cas comme lui.

Oh merde, il avait besoin d'un verre.

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Snape attendait dans un coin, non loin de la hutte d'Hagrid. Il observait le paysage, assis sur un banc en attendant l'arrivée de sa collègue.

Il ne valait mieux pas qu'on les voit ensemble. Déjà qu'ils parvenaient à s'ignorer durant les repas, c'était un miracle. Il avait sans arrêt envie de la vanner pour ses choix en termes de plat et l'étendue de ses grosses fesses.

Même si elles n'étaient pas si grosses. Et que ses formes étaient plutôt bien proportionnées. Merci les elfes de maison, elle avait été squelettique à son retour de la Grande Bataille.

« On y va ? »

Il ne l'avait même pas entendu arriver. Snape remonta son regard le long des longues jambes de la jeune femme qui avait choisi de porter un pantalon noir pour sa sortie. Un pantalon qui moulait justement ces cuisses sur lesquelles ils divaguaient quelques secondes auparavant.

N'en laissant rien paraître, il se leva et la suivit alors qu'elle entamait la marche. Ce soir, elle avait décidé de porter des habits plus moldus. Ainsi, sa veste chaude mais courte lui laissait tout le loisir d'admirer l'envers du décor et Snape ne put s'empêcher de fixer aveuglément ses fesses alors qu'elle s'engouffrait dans la Forêt Interdite.

Cela faisait bien cinq minutes qu'il était plongé dans ses pensées, observant à quel point sa démarche hésitante faisait danser sa chair lorsqu'elle se tourna d'un seul coup vers lui et qu'il manqua d'en tomber à la renverse.

Hermione arrondit le regard, et peina à sortir un mot.

En fait, elle ne s'était pas attendue à ça.

Rêvait-elle ou… Ou lui matait-il le derrière depuis tout à l'heure ?

Non.

Non, enfin… Non. Impossible, n'est-ce pas ?

En son for intérieur, Hermione savait. Car les femmes connaissaient bien les regards des hommes, pour y être confronté chaque jour depuis des lustres. D'ordinaire, elle ne supportait pas cela. Enfin, sauf chez ses compagnons, mais avec les autres, elle ne perdait pas une seule occasion de les envoyer sur les roses en un sort bien placé, suivit d'une correction verbale plus salée encore.

Mais cette fois, elle se sentit bizarre. La jeune femme déglutit, les battements erratiques de son cœur pulsant dans ses tempes alors qu'elle avait la gorge sèche. Une drôle de sensation prit place au creux de son estomac, et l'adrénaline que cela lui provoqua lui donna envie de courir pour se planquer de honte.

Mais peut-être s'était-elle trompée. Alors, elle décida de se secouer la tête, et de lui lancer un sourire poli.

« Vous avez pris un panier ?

_ Quoi ? Non.

_ Vous êtes sérieux ? Déchanta-t-elle.

_ C'est à vous de ramasser les ingrédients, pas moi. »

Hermione serra les dents en sentant le rouge lui monter aux joues.

« J'ai déjà accepté cette chose, alors que c'était totalement injustifié.

_ Vous avez déserté votre poste je vous signale, et c'est à cause de cela que le professeur Chourave ne veut plus m'aider.

_ Oui, et je suis partie à cause de vous et de vos paroles blessantes ! »

Il eut envie de lui rétorquer que ce n'était pas une raison. Mais sa bouche resta close, ainsi que son esprit… Car, même si ça n'avait rien de valable, il ne put s'empêcher de se taire.

L'excuse à sa faute était lamentable, mais il ne put s'empêcher de se sentir illégitime. Car sa parole avait eu du sens pour elle, alors qu'elle n'aurait clairement pas dû en avoir.

Elle aurait dû s'en foutre et passer à autre chose plutôt que de se sentir blessée par ce qu'il lui avait dit. C'était bien ce qu'il s'était efforcé de lui apprendre durant toutes ces années…

« Pourquoi accorder de l'importance à ce que je pense ? »

Snape avait balancé cette question sans réfléchir, quasi en un murmure. Hermione, qui s'était détournée de lui, sentit son sang se refroidir.

Que pouvait-elle bien répondre à ça de toute façon ?

Hermione prit une profonde inspiration avant de retourner à sa tâche, sans un mot. Car elle ne savait tout simplement pas quoi lui dire.

Il avait raison : elle n'aurait pas dû tenir compte de ses remarques.

Snape soupira de dépit. Ce qu'il avait lu dans l'après-midi à son sujet continuait de le hanter, comme chaque jour depuis sa petite découverte. Et il n'avait pas lâché l'idée de la comprendre.

« Dites-moi, est-ce que vous apportez de l'importance aux rêves ? »

Il venait de s'accroupir à côté d'elle tandis qu'elle ramassait des asphodèles, et Hermione se mit à le dévisager en fronçant les sourcils.

« Je ne sais pas. Peut-être… Ça dépend.

_ De quoi, s'inquiéta-t-il sans le montrer.

_ De l'intensité. Du sujet… De ce que je ressens lorsque je suis réveillée. Vous savez, rêver est une manière puissante de se détacher de notre conscience. Ça nous permet de nous révéler et certaines formes de magie utilisent le processus du rêve pour s'exercer.

_ Comment cela ? questionna-t-il, un peu décontenancée.

_ Eh bien, j'ai entendu dire que certains élèves pour quelques branches de la magie un peu instables utilisent leur rêve pour rencontrer leur mentor par exemple. Il y a aussi les rêves partagés ou prophétiques, mais permettez-moi d'être un peu perplexe à ce propos.

_ Vous ne croyez pas en la divination ?

_ Très peu. C'est une science trop inexacte. »

Hermione se leva pour faire quelques pas afin de cueillir des champignons qu'elle récolta dans sa besace.

« Il y a aussi les rêves lucides, glissa-t-elle à demi-mot. »

Snape sentit sa gorge se serrer et il l'aida en tentant de se concentrer du mieux qu'il le put.

« Les rêves lucides ?

_ C'est un processus qui vous permet de prendre conscience de votre rêve, et de le contrôler. »

Snape laissa tomber ce qu'il tenait dans sa main, mais le ramassa aussitôt.

« Personne ne peut faire ça, s'étrangla-t-il.

_ Moi, j'essaie. »

Le sorcier s'arrêta dans sa cueillette et dévisagea la jeune femme qui n'osa pas le regarder.

« Pourquoi, demanda-t-il en fronçant les sourcils.

_ Pour avoir plus de contrôle sur mon esprit. Pour comprendre parfois, comment et pourquoi certaines… pensées me parviennent. »

Hermione rougit et Snape eut envie de s'enterrer dans un coin reculé de la Forêt Interdite.

« Et… vous avez réussi ? demanda-t-il à demi-mot.

_ Oui. »

Hermione se leva et bloqua sa respiration en lui adressant un rictus poli. Ce sujet la mettait mal à l'aise.

Cela touchait un peu trop à son intimité à son goût. Et à des sujets sensibles qu'elle préférait reléguer à son univers onirique uniquement. Merlin, s'il savait !

« Pourquoi toutes ces questions ?

_ Par curiosité.

_ C'est pourtant un sujet peu banal, se moqua-t-elle gentiment. »

Snape soupira, et dans son dos, fit mine de l'étrangler avant de se ressaisir et de tenter de rester zen.

« C'est que… j'ai fait un rêve dernièrement qui m'a mis mal à l'aise. »

Bon, d'accord, c'était un coup très très bas. Mais n'était pas Serpentard qui veut et la ruse faisait bel et bien parti de ses attributions.

« C'est-à-dire, demanda innocemment Hermione en continuant sa cueillette.

_ Cela concernait des choses peu appropriées, c'est tout ce que je peux vous dire.

_ Peu appropriées moralement, ou vis-à-vis de ce que les autres veulent de vous ? »

Snape leva un sourcil. Il ouvrit, puis ferma la bouche avant de réfléchir intensément, le regard dans le vide. Hermione tourna sa tête un instant vers lui, et le vit en intense méditation.

C'est qu'il se posait la réelle question de la teneur de ce rêve. Il n'y avait rien de moralement condamnable là-dedans, en réalité. Cela concernait deux adultes normalement constitués, sans entrave quelconque.

« C'est difficile à dire, mais il n'y avait rien d'éthiquement inadéquat, si telle est votre question.

_ Alors peut-être que vous devriez vous poser des questions sur ce que vous voulez. »

Hermione leva les épaules tandis que Snape la dévisagea.

« Quoi ? Comment ça ?

_ Ce rêve a l'air de vous avoir chamboulé. Vous l'avez fait quand ? Hier, la semaine dernière ?

_ Il y a cinq mois. »

Hermione manqua de s'étouffer avec sa propre salive.

« Cinq mois et vous y pensez encore ? Si c'est parce qu'il comportait des éléments que vous jugez peu appropriés alors que la « morale » ou l'éthique n'ont rien à voir là-dedans, vous devriez peut-être y songer en vous demandant ce qui vous pose réellement problème.

_ Des choses peuvent me mettre mal à l'aise sans pour autant que ce soit condamnable, s'en défendit-il. »

Hermione se releva enfin et se planta face au maître des potions qui la toisa en reculant de quelques centimètres.

« Vous avez rêvé de McGonagall nue ? le lança-t-elle, amusée.

_ Non mais vous êtes malade ou quoi, s'emporta le sorcier. »

Hermione ricana avant de continuer son chemin. Elle allait le rendre barjot.

« Alors quoi ? Un rêve ne mérite pas qu'on y repense encore et encore à moins d'être vraiment déstabilisant et extrêmement répréhensible. Si ce n'est rien de tout ça, je ne vois pas ce qui pourrait continuer à vous déranger ainsi.

_ Je suis inquiet à l'idée qu'il ait put réveiller des sentiments réels.

_ Franchement, vous voulez mon avis simple et sincère ? »

Snape lui jeta un hochement de tête un peu froid.

« On ne réveille pas des sentiments. Ils sont là, ou ils ne sont pas là, mais les rêves n'ont pas ce pouvoir. Ou alors ils ont mis la lumière sur quelque chose qui existait déjà.

_ C'est ridicule, souffla-t-il en levant les yeux au ciel. »

Hermione lui adressa un sourire amusé qui révéla une adorable fossette sur sa joue droite qu'il n'avait encore jamais remarquée chez elle. La queue de cheval qu'elle s'était faite commençait à se défaire petit à petit sous la pression de son immense chevelure. Snape fit un pas en avant et observa l'intérieur de son sac.

Il se baissa pour cueillir encore trois têtes d'aconit qu'il lui glissa dans sa besace.

« Vous avez encore besoin d'autre chose ? »

Ils se trouvaient tout deux bien proches et Snape ouvrit la bouche en fixant ses grands yeux pétillants. Il avait envie qu'elle lui jette un sort pour l'empêcher de faire une énorme connerie.

« Oui, une réponse à une question cruciale. »

Hermione pencha la tête, et plusieurs mèches de cheveux vinrent s'écraser sur son front. Il trouva ça adorable, et agaçant à la fois. Il se retint ainsi de toutes ses forces de les glisser derrière son oreille pour dégager son visage.

« Pourquoi vous avez choisi cet accoutrement ? »

Hermione lui jeta une moue désapprobatrice avant de lui tirer gentiment la langue.

« Ce n'est pas un accoutrement, ce sont mes habits habituels. Je déteste les robes de sorcier, ce n'est pas confortable. J'ai l'air d'une grand-mère qui doit rentrer chez elle pour nourrir ses 20 chats.

_ Alors que vous n'en avez que 19, ce n'est absolument pas le reflet de la réalité è s'insurgea-t-il faussement.

_ Je n'en ai qu'un, et il s'appelle Pattenrond, rectifia-t-elle en lui frappant gentiment le bras. Qui plus est, ce chat à tendance à laisser s'envoler ses poils partout chez moi, ce qui vient toujours entacher mes capes. Bref, il n'y a que des inconvénients, mais Minerva m'impose de porter une tenue appropriée au monde magique.

_ Vous n'avez qu'à contourner le problème.

_ Comment ça ?

_ Prenez un chemisier moldu ainsi qu'une jupe sobre du monde sorcier, cela marquera votre différence. Après tout, vous appartenez aux deux mondes si je ne m'abuse. »

Hermione fronça les sourcils. Ce n'était pas un si mauvais conseil.

« Je ne pensais pas que nos conversations de ce soir porteraient sur ma garde-robe, mais je dois admettre que c'est une excellente idée.

_ Ou alors vous vous pointez en culotte au repas de demain si vous voulez quelque chose de neutre.

_ Ça, c'est une idée beaucoup plus mauvaise. »

Snape rebroussa chemin, se retenant de pouffer. Alors qu'ils arrivaient à l'orée de la Forêt, tout près des jardins, Snape se tourna afin de proposer sa main à la jeune femme pour l'aider à enjamber un fossé.

« Imaginez sa tête si je le faisais vraiment, lui glissa-t-elle au passage à l'oreille. »

Alors qu'elle le rejoignait, Snape se mit à rire plus franchement, suivi de la jeune femme. Hagrid, assis au pied de sa hutte fronça les sourcils en cherchant l'origine de ces rires peu communs.

« Imaginez sa tête si on le faisait tous, reformula-t-il.

_ C'était donc ça votre rêve, se moqua-t-elle.

_ Je plaide coupable : j'ai vu Flitwick en string léopard, et maintenant, je n'arrive plus à le regarder en face. »

Hermione éclata d'un rire franc alors que Snape tenait encore sa main tel un gentleman. Il lui sourit avec malice, et Hagrid, dont la vue avait baissé, venait de mettre ses toutes petites lunettes sur son nez pour les distinguer.

Il leva haut les sourcils en s'arrêtant subitement de tailler son bout de bois.

« Nous pourrions utiliser ces ingrédients pour vos expériences, lança Snape.

_ Maintenant ?

_ Vous aviez prévu quelque chose d'autre ? Parce que moi non. »

Hermione lui adressa un sourire ravi. Ses yeux rayonnèrent de surprise et de gaieté tandis qu'elle sentait déjà l'excitation de trouver un remède. D'ordinaire, c'était elle qui embêtait les autres pour qu'ils l'aident dans ses concoctions expérimentales.

« Ce sera avec joie, s'exclama-t-elle. »

Snape lui lâcha enfin la main alors qu'ils entamèrent leur marche côte à côte dans un silence confortable.

Hagrid les observa passer à côté de lui, hébété. Hermione le salua comme si de rien n'était, et il y répondit à peine.

On pouvait entendre les grillons contrastant avec le silence des jardins déjà obscurcit par la nuit qui était tombée depuis une bonne heure. Lorsque Hermione arriva à l'entrée vide de Poudlard, elle secoua ses baskets qui avaient pris la rosée du soir. Snape détendit ses épaules.

Il jeta un coup d'œil à la jeune femme. Elle avait encore un peu les joues rouges d'effort et de s'être rendu dehors par ce froid. Elle s'arrêta dans son mouvement lorsqu'elle vit son collègue tendre sa main vers elle.

Il glissa ses doigts dans ses cheveux et en ôta deux pétales de gardénia. Il les inspecta d'un regard suspect avant de les glisser dans sa poche avec négligence.

« Désolé, grimaça la jeune femme en tirant ses cheveux en un chignon qu'elle voulut serré, mais qui fut des plus difficile à faire. »

Il eut envie de lui dire que cela n'avait aucune importance, et de laisser ses cheveux ainsi. Cela lui allait beaucoup mieux après tout. Mais il ne dit rien, et suivit la jeune femme jusqu'au chemin les menant vers la Salle sur Demande.

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« Je vous assure que c'est vrai ! lâcha la jeune femme en jetant ses orties séchées dans son chaudron.

_ Vous étiez prête à lui chanter une sérénade ? Se moqua Snape qui coupait ses ingrédients.

_ N'exagérez pas ! »

Snape lui adressa un sourire moqueur et Hermione se demanda bien quelle mouche l'avait piqué pour avoir entamé cette conversation avec lui.

« J'avais juste écrit les paroles, marmonna-t-il. Mais ça ressemblait un peu trop à une chanson de France Gall que ma mère écoutait, et j'ai subitement trouvé l'idée carrément ridicule.

_ Merlin merci, souffla le maître des potions. Je n'ose imaginer si vous aviez pris le micro le soir du bal pour le tournoi en vous mettant à chanter. Il n'aurait plus manqué que vous ayez un coup dans le nez. Quoique, j'aurais pu filmer la scène et n'aurait eu aucun scrupule à vous la ressortir sur écran géant par la suite. Quel gâchis. »

Hermione pouffa et saisit les racines de mandragore que Snape avait coupé pour les jeter dans sa préparation.

« Vous êtes méchant, minauda-t-elle.

_ Bien sûr que je suis méchant. D'ailleurs, vous me la feriez écouter ? Demanda-t-il en un sourire machiavélique tout en croisant ses mains sous son menton.

_ Hors de question.

_ Oh franchement. Il y a prescription.

_ Non.

_ Faites un effort ! On n'a déjà plus le droit de se balancer des sorts, il me faut bien une autre distraction. »

Hermione leva les yeux au ciel tandis que Snape attendait, impassible.

« Je peux utiliser la légilimencie, menaça-t-il.

_ Vous ne feriez pas ça.

_ Vous croyez ? »

Hermione plissa les yeux vers Snape qui la défia tacitement de le contredire. Elle soupira en prenant sa baguette, puis la pointa sur la radio qui grésilla au loin avant de reprendre sa préparation.

Hermione se balança sur les premières notes de piano tandis que Snape l'observait de loin. Il se secoua la tête et continua de couper quelques racines avant de se lever pour les lui tendre.

« J'étais vraiment une idiote, entendit-il en un murmure quasi inaudible. »

Snape observa sa chevelure ainsi que sa nuque alors que la musique redémarrait de nouveau. La jeune femme se massa le cou et le sorcier soupira en glissant sa main par-dessus son épaule pour jeter les ingrédients dans la potion.

Alors que sa tête se trouvait à sa hauteur, il se racla la gorge.

« Juste deux ou trois mots d'amour, pour te parler de nous. Deux ou trois mots de tous les jours, c'est tout, chantonna-t-il. »

Hermione tourna son visage vers le sien, surprise avant d'éclater de rire. Comment diable connaissait-il ça ?

« Minerva écoutait ce truc sans arrêt dans son bureau, elle m'a rendu tellement fou que je la connais encore par cœur. Je crois qu'elle cogitait sur ses amours passés. Du coup, j'ai commencé à chanter ça à tue-tête partout dans le château pour calmer ses ardeurs musicales, dit-il comme pour répondre à sa question informulée. »

Hermione pouffa avant de lui jeter un regard amusé.

« Ça l'a calmé ? Lui demanda-t-elle. »

Snape prit la main de la jeune femme et la tira vers lui. Elle s'en étouffa presque avant de rire pendant qu'il l'entrainait dans un slow exagéré.

« Je ne pourrais jamais te dire tout ça, je voudrais tant, mais je n'oserais pas, chanta-t-il plus franchement. »

Hermione rit encore alors qu'il la balançait contre lui et qu'elle s'accrochait à son épaule.

« Ça a dû l'énerver au plus haut point, souleva la jeune femme alors que la voix grave du professeur avait raisonné dans la salle, presque plus fort que le morceau lui-même.

_ En toute franchise : elle ne l'a plus jamais écouté après. »

La jeune femme s'en amusa plus encore et Snape put sentir son sourire contre sa joue alors qu'elle venait de s'y coller. Leur danse se fit plus douce et il ferma les paupières alors qu'une chaleur réconfortante prenait place dans son estomac. Son dos était en train de lui faire un mal de chien tandis qu'il était penché vers la jeune femme, mais il refusait de se redresser de peur de briser leur échange.

« C'est ridicule, vous ne trouvez pas ? Lui demanda-t-elle en chuchotant.

_ Si une fille m'avait chanté un truc pareil à mon adolescence, je me serais enfui à toute jambe. »

Hermione lui tapa gentiment le bras avant de lui sourire et de reposer son menton sur son épaule.

« Puis, j'y aurais pensé sans arrêt et ça m'aurait fait le plus grand bien, murmura-t-il pour lui-même.

_ Nous parlons de Ronald Weasley. Il se serait moqué de moi jusqu'à la fin de son existence.

_ Coupez-moi si je me trompe, mais n'était-il pas avec Miss Brown à l'époque ?

_ Si. Comment vous souvenez-vous de ça ?

_ J'étais sans arrêt obligé de les séparer durant les cours. Cette gamine était infernale, vous n'auriez donc définitivement rien risqué. »

Hermione rit contre lui. Le sorcier se redressa enfin pour soulager ses vertèbres. Elle glissa alors son bras autour de son cou tandis que sa main n'avait pas quitté la sienne.

« Mise à part le ridicule, non.

_ Vous n'avez pas eu de chance, lui glissa-t-il en portant une de ses mèches derrière son oreille. Ce garçon ne connaissait pas sa chance d'être entouré. Mais vous savez, si vous voulez à l'avenir faire tomber un homme, chantez-lui plutôt la chanson des sucettes. »

De nouveau, le rire de la jeune femme rempli la salle alors qu'elle se demandait bien ce qu'il se passait.

Cette situation n'était pas anodine : cela faisait bien la troisième fois qu'ils se trouvaient dans cette position.

Depuis qu'il leur était interdit de se battre, Snape avait changé. Et il leur avait été impossible de respecter cette règle de distanciation. En fait, il ne s'était passé aucun jour en trois ans sans qu'ils ne se taquinent d'une manière ou d'une autre. Et ça la rassurait, étrangement.

Alors que le travail de professeur ne demandait pas tant de temps que cela, elle avait peu à peu délaissé les repas chez les Weasley, les visites chez Harry et les sorties du château. Même lorsqu'il ne restait presque qu'eux, car Snape lui, ne quittait jamais les lieux.

Elle observa pensivement son visage tandis que ses doigts trituraient ses mèches noires. Son visage était plus serein que du temps de la guerre, ses traits moins tirés.

Ses pupilles sombres ressemblaient à un puit sans fond dans lequel il était aisé de plonger et ce nez aquilin qui prenait place au milieu de son visage si distingué n'était pas si déplaisant.

Hermione le frôla tandis qu'elle plongea ses iris dans les siennes. Le balancement lent que Snape lui imposait avait la tendance de la relaxer.

Cela ainsi que son parfum étrangement fleuri.

Alors que la musique raisonnait dans la salle pour la cinquième fois depuis plusieurs minutes, Hermione sentit les bras du professeur se serrer autour de sa taille.

« Heureusement que vous ne m'avez pas appris à danser pour le bal, lâcha-t-elle en un souffle.

_ Pourquoi, murmura-t-il alors qu'ils ne se trouvaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.

_ Parce que je vous aurais moins détesté je crois.

_ Qui vous dit que je vous aurais pris en exemple ? »

Hermione lui fronça les sourcils tandis qu'il lui sourit avec malice.

« Honnêtement, j'ai juste jeté Malfoy comme un malpropre dans les bras de Parkinson et j'ai demandé aux autres de suivre avant de me casser. »

Hermione sourit d'amusement alors qu'elle avait senti chaque syllabe du maître des potions prés de sa bouche, bouche qu'elle observa durant toute sa phrase.

Snape le remarqua, et prit son menton entre ses doigts afin de redresser son regard dans le sien. Sans le remarquer, il s'approcha peu à peu, sans qu'elle ne proteste. Puis, il pencha son visage vers le sien.

Hermione ferma les paupières, sans réfléchir.

Son esprit avait quitté sa tête et, alors que la voix féminine répétait des « je t'aime » soufflés à travers sa radio, elle sentit les lèvres du maître des potions se poser sur les siennes.

C'était délicat, doux, timide et franche à la fois. Elle glissa sa bouche avec tout autant de tendresse, et il la captura subtilement afin d'approfondir son geste. Hermione prit une inspiration profonde avant de croiser ses bras derrière la nuque de Snape et d'appuyer son baiser.

C'était vaporeux, subtil et intense à la fois. Aventureuse, Hermione glissa subtilement le bout de sa langue et Snape serra plus encore l'emprise sur son menton. Il y fit appui et elle entrouvrit sa bouche pour l'accueillir en elle.

Hermione ne put s'empêcher de gémir lorsqu'il glissa tout contre elle en un ballet sensuel et il lui semblait fondre dans ses bras.

Ce baiser était le plus captivant, sensible et tendre qu'elle n'avait encore jamais vécu.

Snape ne se lassa pas de la gouter, peu en importait sa position. La jeune femme ressemblait à une sucrerie qu'il ne cessait de déguster. Qu'il ne pourrait jamais cesser.

Mieux valait ne plus penser à rien. Et cela faisait du bien, de ne plus penser.

Il quitta sa bouche de quelques millimètres pour reprendre son souffle, et, alors qu'il s'attendait à ce qu'elle s'éloigne, elle se pencha pour l'embrasser de nouveau.

C'était délicieux, brûlant et aussi unique qu'elle.

En une dernière caresse, elle s'éloigna de lui. Et il eut envie de l'interdire de le faire.

Il n'avait pas envie de retrouver le monde réel. Et elle non plus.

Malgré tout, ils ouvrirent leurs paupières avec lenteur et s'observèrent étrangement.

« On devrait arrêter cette chanson, chuchota Hermione. »

Snape lui accorda un léger hochement de tête avant de pointer sa baguette sur la radio pour l'éteindre. Hermione glissa ses mains le long de ses épaules pour quitter son étreinte. Tous deux prirent une profonde inspiration, et Snape se racla la gorge de gêne avant de retourner à sa paillasse en silence.

Silence qui s'imposa jusqu'à leur départ de la salle sur demande alors qu'ils se dirent poliment un au revoir furtif.