Yo je suis en retard c'est celui d'hier grrr.. je viens seulement de le finir, et celui du jour n'est pas commencé youpi :p


10 – Argent


La relation à l'argent des deux hommes illustrait toutes leurs différences de caractère et de mode de vie.

De l'argent, Jack était constamment inquiet d'en manquer. Depuis son départ de Boeshane, le jeune homme avait dû apprendre à survivre seul, souvent par tous les moyens. C'était une des raisons principales pour lesquelles il était devenu un aussi bon escroc et manipulateur : savoir fasciner et séduire était capital pour pouvoir soutirer les richesses.

Sa beauté aidait, bien sûr.

À une époque, Jack n'avait pas trop été regardant sur le fait de l'employer pour obtenir son objectif, argent compris.

Certains appelleraient cela de la prostitution.

Le capitaine hausserait les épaules, et répliquerait que c'était survivre.

Vraiment, parfois, la frontière entre les deux était mince.

Ce don était une des choses qui lui avait permis d'être remarqué par l'Agence, puis d'y grimper rapidement les échelons. Sa relation à l'argent y était demeurée tendue, le jeune agent d'alors alternant entre économiser comme un rapiat chaque centime reçu et dépenser sans compter celui des autres.

Lorsqu'il s'était enfui de l'Agence, c'était avec une jolie réserve en mains elle ne l'avait jamais quittée depuis, les barres interstellaires demeurant systématiquement dans une poche temporelle au fond de son costume du jour.

Jack n'était ni naïf, ni stupide.

Il savait que tout pouvait toujours changer, du jour au lendemain, sans prévenir.

De l'argent, sa famille n'en avait jamais beaucoup eu. Cela ne les avait pas empêchés de bien vivre, même si c'était parfois chichement. Ses parents compenseraient en péchant, ou en élevant des animaux, producteurs d'œufs, lait, plumes, poils, écailles ou viande, dans le pire des cas.

Jack avait été heureux.

Sa famille était détruite, à présent, et tout ce qui lui restait était ses économies.

Le capitaine avait tout fait pour les faire grossir, et au diable la morale. L'argent était la seule vérité qui demeurait dans ce monde au bout du compte.

C'était devenu encore plus vrai après la trahison de l'Agence, et sa fuite.

Jack avait cru y trouver quelque chose de différent : une morale, un objectif, des aventures.

Une famille.

Des amis.

Et ils l'avaient trahi.

Seul lui restait son argent.

L'ancien agent comptait bien le faire fructifier au maximum.


Si une chose prouvait aux yeux de Jack la nature d'alien du Docteur, c'était bien sa relation à l'argent.

Le Seigneur du temps n'en avait strictement rien à faire.

Jack ne comprenait pas comment c'était possible.

Tout le monde avait besoin d'argent.

Même dans les actes les plus simples de la vie quotidienne, l'argent était indispensable.

Comment le Docteur pouvait-il s'en détourner ainsi ?

Jamais un sou sur lui, sous toutes les formes possibles à travers le temps et l'espace.

N'avait-il donc pas besoin de manger ?

Il fallait bien qu'il achète ses repas quelque part, non ?

Le Tardis était un vaisseau merveilleux, mais il ne créait pas de nourriture de nulle part aux dernières nouvelles.

Dans le doute, Jack avait vérifié, mais il n'avait rien trouvé, à part de nombreuses brulures et ecchymoses.

Dommage, cela aurait été utile.

Comment le Docteur pouvait-il rejeter ainsi l'argent ? Jack ne comprenait pas son dédain. C'était juste.. incompréhensible. Le capitaine connaissait de nombreuses cultures qui fonctionnaient sans argent même, mais il existerait toujours un système de troc, quelqu'en soit la nature.

Le Docteur semblait détaché de cette nécessité, et de toutes les choses matérielles en général.

Jack ne savait pas s'il devait l'envier ou en pleurer.

Il ne comprenait pas.

Il ne comprenait juste pas.

Et cela le rendait fou.

Alors, il était allé demander.

Lors d'une soirée tardive passée à travailler sur les moteurs, il osa enfin poser la question qui lui brulait les lèvres.

Le Docteur haussa les sourcils, et roula des yeux, avant de bougonner quelque chose à propos du 'matérialisme des singes et leur besoin de créer des réserves comme des hamsters mutants'.

Jack continua simplement à le fixer, silencieux.

Le Seigneur du temps soupira, avant de poser lentement ses outils sur le sol métallique en face de la console. Se redressant, il retira ses énormes lunettes, les posant à leur tour sur le siège du capitaine.

-Ma culture est... différente de la vôtre, Jack. Nous ne considérons pas les richesses de la même manière, c'est tout. Sur .. Gallifrey.. Sa voix s'éteignit un instant, avant qu'il ne reprenne. Mon peuple.. Il existait depuis tellement longtemps.. Il avait atteint un point où les richesses matérielles étaient considérées comme anodines.

-Anodines ? Répéta son compagnon.

-Futiles, absurdes, ridicules, symboles de vanité et de consumarisme, traduisit le Docteur, avant de grimacer devant l'expression outragée du capitaine.

-Vouloir assurer son lendemain n'a rien de ridicule, Doc !

-Je comprends votre inquiétude pour le futur, et votre besoin d'économiser, répondit celui-ci, sa voix se faisant plus gentille que d'habitude. Mais cela est issu du fait que vous êtes né dans un monde où la pauvreté existait.

-Et pas vous ? répliqua le jeune homme, ahuri.

-Non, répondit le Docteur en secouant la tête. Oh, bien sûr, les classes sociales existaient toujours, et les préjugés avec.. Il fronça les sourcils, désapprouvant clairement. Mais personne ne souffrait de pauvreté. Nous avions de quoi subsister pour tous, de manière très confortable.

-Je vois, souffla pensif son compagnon. Je .. Non, désolé, je n'arrive pas à imaginer un monde pareil. Cela semble.. idyllique.

-Sur certains points, cela l'était.. et sur d'autres non. Cela avait créé une bulle coupée de toute réalité, soupira son ami, avant de secouer la tête. Et l'injustice n'avait pas forcément disparu, elle avait simplement changé de forme.

-Ouais, c'est toujours ça, marmonna Jack, avant de froncer les sourcils. Mais, Doc, si vous n'approuvez pas ce fonctionnement, pourquoi est-ce que vous avez autant de réserves de bijoux et autres pierreries ?

-Il faut bien pouvoir échanger avec les milliards d'autres peuples, répliqua l'intéressé, en haussant les épaules, avant de lui tourner le dos pour s'accroupir de nouveau face à la console. Passez-moi le marteau à trois têtes, ordonna-t-il, coupant en effet fin à la conversation et laissant un capitaine pensif.


Un siècle et demi plus tard, le désormais immortel était à la tête d'une des plus grosses fortunes terriennes.

Ce n'était pas comme s'il s'en vantait, bien sûr.

Moins les gens en savaient sur lui, le mieux il se porterait.

Et ses proches avec.

Ses proches, ses amis, sa famille, c'était pour eux que Jack économisait.

Oh, pour lui aussi, bien sûr, mais il avait des milliards d'années devant lui à venir, alors il aurait bien le temps de dépenser ses richesses.

L'argent était tout ce qui lui resterait, à la fin.

Alors autant l'économiser.

On ne savait jamais.

Il avait des milliards d'années à tenir, autant les vivre confortablement.

Ironiquement, Jack était un des hommes les plus spartiates au monde.

Son bunker lui suffisait, et ses vêtements. Ses vraies richesses consistaient en sa malle, et ses souvenirs. Son épouse, ses amours, sa fille, son petit-fils, ses amis, ses aventures, ils étaient ses vrais trésors, et leur valeur était inqualifiable.

Aucune somme d'argent ne pourrait jamais les remplacer.

Mais elle pouvait sans aucun doute les aider.

On ne savait jamais.

C'était juste au cas où.

Jack avait connu la pauvreté trop de fois pour ne pas être préparé.

Juste au cas où.

Un jour, peut-être, il en aurait besoin.

Ce n'était pas comme s'il pouvait compter sur quelqu'un d'autre pour l'aider.

À la fin, il ne demeurerait que lui.

Alors autant être prêt.