Chapitre 10 : Des aveux, des cris et des frayeurs
Lotpie et Junior étaient revenus vers les autres, et étrangement, tout le monde les attendait en silence. À cet instant, le prince sembla assez intimidé, car c'était l'heure des aveux, et qu'il n'avait jamais réellement parlé de ses problèmes ou du moins ce qu'il ressentait. Il mima Lotpie, qui s'était assis sur une pierre près des autres, et posa ses deux mains sur la table en réfléchissant à la formulation qu'il pouvait entreprendre. Ce qui était compliqué, c'était qu'à tout moment, les personnes qui étaient présentes ici, pouvaient informer son père d'où il était, ce qui allait compliquer tout le reste. Enfin, compliquer ? Peut-être qu'il était encore temps de rentrer, non ? À vrai dire, Junior était vraiment perdu, et ne savait même plus quoi penser.
« Pourquoi vous êtes partis du royaume ? Il est temps d'avouer à tout le monde. »
En levant le regard, il vit celui du fantôme caché derrière ses lunettes. Ce dernier le regardait quelques instants. Junior se rendit rapidement compte que tout le monde le regardait à présent, à nouveau. Il ne pouvait pas se résoudre à fuir de nouveau…
« Mon père ne veut plus que je me batte à ses côtés., finit-il par articulé difficilement, Je veux simplement lui prouver que je suis assez fort… Que maintenant je peux me débrouiller par moi-même et que je n'ai plus huit ans. »
Il marqua une pause en baissant la tête et en soupirant. En s'écoutant parler, il avait simplement eu l'impression d'avoir une réaction d'enfant, et il s'en voulut légèrement…
« C'est plus compliqué que ça en à l'air…, se rattrapa-t-il, Mais j'aimerai vraiment qu'on me fasse confiance, et pas qu'on lègue le reste sans que je fasse quoi que ce soit.
– Votre père… Il veut sûrement juste vous protéger, vous savez…
– Je sais Hervé., grommela le prince, Mais, je suis persuadé que je peux être utile ! J'en ai marre de passer par moment derrière les soldats, ou même derrière les terreurs… Donc je me suis enfui, sans savoir réellement où aller… Et je vous ai fait croire que j'avais un truc à faire ici, alors qu'au final je vous ai juste suivis, les gars. »
Il avait ponctué ses dernières paroles en regardant tour à tour Kaoryl, Lotpie, Cassandre puis Boo. Même s'il savait que le fantôme savait déjà la vérité, cela était difficile pour lui de se mettre à nu.
« C'est un peu ce que j'ai fait aussi., avoua finalement Boo pour détendre l'atmosphère, Enfin, si on ferme les yeux sur certains détails du moins. C'est l'une des raisons pour laquelle je me suis mis à suivre aveuglément Kaoryl. »
Ce dernier hoqueta à son prénom, puis rougit quelques instants ne s'attendant pas à être pointés du doigt par apport à cette conversation.
« Vous avez déjà mon point de vu, plus ou moins. Et je les ai suivis., rajouta Lotpie en pointant de la tête le fantôme et le koopa »
Cassandre quant à lui hocha simplement la tête pour affirmer les propos qui avaient déjà été dits. Junior ne savait pas réellement comment il devait prendre ses informations. C'est vrai au fond, cela faisait trois jours qu'il suivait les garçons, mais il ne s'était jamais réellement posé la question de ce qu'ils faisaient et pourquoi ils étaient là. C'était assez compliqué pour lui d'analyser cette situation surtout avec l'œil nouveau qu'il avait à présent.
« On ne dira rien au roi, pas vrai Hervé ?, sourit Gustave
– J'étais comme vous quand j'étais plus jeune, les potios ! Faut dire que vu ma force, on voulait à tout pris que je rejoigne les soldats de tir ou d'assaut. Mais c'est en sortant faire mon chemin seul que j'ai appris que je voulais être mineur., sourit-il comme réponse, Maître, je pense que partir vous découvrir sera la meilleure solution. Mais, faites attention aux représailles de votre père. Personne ne sait réellement de quoi il est capable.
– Oui…
– Allez on se rentre ! Il se fait tard !, s'exclama Hervé, Je dois avoir des pizzas au congèle pour le dîner ! »
La soirée s'était passée calmement, et personne n'avait réellement reparlé de l'incident qu'il y avait eu. Ils avaient mangé, et étaient partis se coucher, et tout le monde semblait dormir à point fermé. Tout le monde sauf Kaoryl qui regardait par la fenêtre depuis le lit de la chambre d'amis. Il était couché avec Cassandre à ses côtés, alors que Lotpie dormait au-dessus de la penderie de la chambre, de son bon vouloir. Il n'arrivait pas à trouver le sommeil, réfléchissant beaucoup à tout ce qu'il s'était passé. Son aventure…, le prince… et tout le reste. C'était assez compliqué pour lui d'avoir à vivre tout ça, et il se demandait sincèrement si l'aventure était faite pour lui finalement.
Il soupira longuement, mais discrètement, en se retournant et en s'enfonçant beaucoup plus dans la couette. Il regarda quelques instants le maskass qui était à ses côtés. Il entendait vaguement sa respiration lente, et il n'y avait aucun doute sur le fait qu'il dormait. Son regard s'échoua ensuite sur la décoration de la chambre. Il y avait des tableaux sur les murs en tapisseries. Tout semblait assez ancien, mais chaleureux. Ce n'était pas l'ambiance assez flippante qu'on pouvait retrouver dans de vieux chalets. La seule lumière qui permettait au koopa de voir était celle de la lune. C'était celle également qui permettait à Boo de lire son journal au coin de la fenêtre. Kaoryl pria par la même occasion que ce dernier n'ait pas remarqué qu'il était réveillé. Il ne voulait pas l'inquiéter, ni même vraiment parler de ce qu'il ressentait… Car au fond, il se dit que c'était débile de réagir de la sorte. Enfin, ça l'était forcément, car personne ne semblait réagir comme lui le faisait, du moins. Pourquoi les événements ne semblaient le bouleverser que lui, et pas les autres ?
Il sentit quelque chose se poser sur son épaule. C'était froid, et assez indescriptible. Mais il baissa les yeux, c'était la même sensation qu'il avait eue lorsque Boo lui avait tiré le bras la première fois qu'il s'était rencontré. Il se tourna calmement pour voir le fantôme, ce dernier avait abandonné son journal sur le bord de la fenêtre, et volait à présent près de lui. Kaoryl lui sourit paisiblement, espérant que cela allait suffire pour rassurer le fantôme. Mais en voyant que ce dernier tenait à présent dans sa main le carnet de Kaoryl, ce dernier se mit à rougir en détournant le regard.
« Viens., chuchota le fantôme »
Kaoryl sortit des draps discrètement et récupéra son carnet. Ils sortirent de la chambre, puis allèrent dehors sur le perron du chalet. Alors qu'il y avait une table sur la terrasse, Kaoryl préféra s'asseoir sur les escaliers en bois, recouvrant ses bras et ses jambes de sa cape. Sa respiration faisait de la fumée dans l'air, la soirée s'était refroidie. Il ne faisait pas aussi froid que dans la mine, mais ça créait une ambiance que Kaoryl aimait. Le fantôme se mit à sa hauteur, et les deux regardèrent l'horizon en silence. Le jardin de la taupe n'avait pas été entretenu depuis longtemps, et ça se voyait, car l'herbe était haute, et la nature semblait avoir pris le dessus sur le reste. Même le chemin en pierre avait été presque recouvert entièrement.
« Je comprends si tu m'en veux., déplora Boo en brisant le silence
– D'avoir lu ?
– Oui. »
Kaoryl baissa un instant la tête et ferma les yeux pour se concentrer uniquement sur ses pensées et sur ce qu'il pensait. À vrai dire, il était tellement inquiet de savoir que Boo avait lu ce qu'il pensait, qu'il n'avait même pas réfléchi au fait que le fantôme n'aurait pas dû faire ça.
« Je m'en veux à moi-même., révéla-t-il finalement, Je suis trop émotif.
– Si je peux être honnête avec toi, Kao'... »
À ce surnom que seul son père avait pour habitude de prononcé, Kaoryl rouvrit les yeux et se mit à regarder le fantôme. Ce dernier semblait regarder ailleurs, réfléchissant à ce qu'il pouvait dire, ou du moins à la formulation qu'il pouvait avoir.
« Je me souviens plus des émotions que l'on a quand on est vivant., souffla-t-il finalement, Je ne peux donc pas vraiment me mettre à ta place concernant ça.
– Tu ne ressens rien ? »
Le silence. Kaoryl s'en voulut légèrement de sa question indiscrète, et il ne voulait pas mettre mal à l'aise le fantôme. Il se dandina légèrement pour s'installer un peu plus confortablement et il se tritura les doigts sous sa cape pour ne pas que l'on voie son stress.
« C'est ce que je pensais jusqu'à présent. J'ai pas été tout à fait honnête avec toi. »
Les yeux émeraudes du koopa recroisèrent celle du fantôme. C'était la première fois qu'il le voyait si démuni et peu sûr de lui.
« Je ne suis pas venu avec toi pour t'aider. Mais parce que tu m'as fait découvrir le premier sentiment… Le fait de m'inquiéter pour Cassandre.
– Lorsqu'on était encore au château ?
– C'est ça. Je pensais vraiment ne pouvoir plus rien ressentir. Mais même si je suis dépourvu de cœur, j'avais vraiment la sensation d'avoir quelque chose en moi qui se serrait. Et tout s'est enchaîné par la suite. L'énervement pour Lotpie, l'inquiétude de vous voir foncer dans la lave, la gêne de parler en public… Tout ça, c'est nouveau pour moi.
– Même si je connais ses émotions depuis mon enfance, je ne sais toujours pas les contrôler, tu sais…
– Et c'est pour cette raison que je ne sais pas comment t'aider… Mais si jamais tu veux en parler, sache que je serais toujours là pour t'écouter.
– Merci. J'essayerai d'y penser.
– Tu devrais essayer de te reposer. »
La fatigue n'avait pas réussi à le faire dormir beaucoup. Il avait vu le soleil se lever, et avait senti Mass'Cassandre sortir de la chambre, sûrement pour aller préparer le petit déjeuner de la troupe. Il ne savait pas non plus où Boo s'était rendu, et il se trouvait à présent seul dans la pièce avec Lotpie. Ce dernier dormait toujours sur deux oreillers qu'il avait mis au-dessus du grand placard au fond de la pièce. Kaoryl ne comprenait pas vraiment pourquoi il était là-haut, alors qu'il y avait une chauffeuse et un canapé dans la pièce qui semblait tout de même plus confortable. Mais il ne se posa pas plus de questions, étant déjà assez fatigué physiquement et moralement de tout ce qu'il s'était passé. Il s'assit dans le lit et se gratta les yeux, mais telle fut son erreur, car ses yeux lui piquèrent plus que précédemment.
Il bâilla en s'étirant, et se motiva enfin à poser ses pieds par terre pour pouvoir se lever. Il remit sa cape sur lui, et attrapa ses chaussures pour les mettre à ses pieds. En avançant par la suite, il vit l'écharpe jaune de Lotpie traîner par terre. Il l'attrapa entre ses doigts, la regardant quelques secondes. Elle lui faisait penser aux foulards des aviateurs… Et en y réfléchissant davantage, il se dit que connaissant le paratroopa, c'était forcément ça. Il posa ladite écharpe sur la chaise qui était près de la porte, et sortit sans faire un bruit pour ne pas réveiller celui qui dormait encore.
Il descendit lentement les escaliers, priant pour ne pas qu'elles grincent trop et arriver en bas, il vit Mass'Cassandre et Boo dans la cuisine ouverte. Le fantôme tenait dans ses pattes une feuille alors que Cassandre mélangeait dans un bol une pâte avec un fouet.
« Bonjour. Vous faites quoi ?, demanda-t-il en s'asseyant sur le bar qui séparait le salon de la cuisine
– Des crêpes. Cassandre veut en faire pour tous les mineurs. Apparemment, les fondants de ton père n'étaient pas terribles, du coup il veut rattraper le coup.
– Il n'a jamais vraiment su cuisiner. »
En disant ses mots, Kaoryl avait esquissé un sourire. Du plus loin qu'il se souvienne, c'était toujours lui qui préparait les plats. Il faisait des choses basiques et rapides, mais voir son père dégusté ce qu'il lui avait préparé après une longue journée de travail le réconfortait toujours. En repensant à son père et à la lettre qu'il avait écrite, ses pensées se redirigèrent vers le prince, et ce qu'il avait avoué hier. C'est vrai qu'il avait pensé à plein de choses cette nuit, mais les dernières informations qu'il avait reçues ne l'avaient pas intrigué jusqu'à présent.
Il vit le fouet se tendre devant sa tête, tenu par Cassandre. Il le prit dans sa main, et le maskass s'avança vers la gazinière, et posa son saladier à côté pour pouvoir commencer la cuisson. Kaoryl regarda un instant le fouet qu'il lui avait été donner.
« Je peux goûter ? »
Il n'eut le temps de se retourner qu'il ne vit qu'une lueur passer devant et lui prendre le fouet des mains. En levant le regard, il vit Lotpie, en train de voler la tête à l'envers et porter le fouet à sa bouche. Il redonna ensuite le fouet à Kaoryl et vola en direction de Cassandre. Le Koopa se leva de sa chaise et marcha en direction de levier pour nettoyer le fouet et les quelques assiettes de la veille, en silence. Lotpie quant à lui s'assit sur le plan de travail en tailleurs.
« Tu as l'air de bonne humeur pour une fois., affirma le fantôme qui avait posé la feuille de recette
– J'ai SUPER bien dormi !, accentua-t-il en s'étirant les bras, Et puis si tout se passe bien aujourd'hui, on pourra quitter ce chalet miteux et cette mine agaçante.
– On n'a pas vraiment de prochaine destination, tu sais.
– Ah oui, j'avais oublié le manque d'organisation de cette "aventure". »
"Et le revoilà de mauvaise humeur", pensa le fantôme pour lui-même. Son regard se posa ensuite sur Kaoryl, réfléchissant au fait que cette remarque aurait pu le froisser. Mais la tortue restait à ne rien dire dans le silence, et continuait à faire la vaisselle. Il espérait qu'il n'ait pas entendu, même si au fond, il savait qu'il ne disait rien pour ne pas montrer ses sentiments.
Sa réflexion fut coupée par de lourds bruits de pas venant des escaliers. Il leva la tête un instant pour voir Junior arriver lentement. Pour la première fois, son foulard était abaissé, et on pouvait voir son menton ainsi que ses deux canines aiguisées. Il fit un bon pour sauter trois marches d'un coup, et fit un bond pour se mettre au bar.
« Ça tombe bien, j'ai faim !, s'exclama-t-il en esquissant un sourire »
Le reste du groupe le regarda avec étonnement. C'était la première fois qu'il s'adressait à eux de cette façon. Mais Cassandre donna la spatule qu'il tenait à Lotpie pour se précipiter à prendre un bol et le remplir de lait chaud. Lotpie sembla regarder avec questionnement la spatule, puis la poêle. Puis la crêpe… Il ne savait pas vraiment ce qu'il devait faire avec. Cassandre servit rapidement le prince d'un chocolat chaud, et lui mit quatre crêpes et de la pâte à tartiner devant lui. Sans aucun mot, le prince ne se laissa pas prier et commença à manger et Cassandre se mit à regarder Lotpie qui était toujours en train de réfléchir.
« C'est en train de cramer, Lotpie., souffla Boo en pointant la poêle »
En réalité, il soufflait plus par le manque d'éducation du prince que par les bêtises du paratroopa. Pas même un bonjour ni un merci. C'était donc ça la vie d'un prince ? Avoir tout ce que l'on veut sans même lever le petit doigt et remercier les gens ? En regardant les autres ne rien dire, et trouver ça normal, il leva les yeux au ciel. Mass'Cassandre tenta de récupérer la crêpe cramée que Lotpie avait laissée sur le feu, alors que ce dernier s'éloigna un maximum de la gazinière, pour éviter qu'il doive de nouveau s'en servir.
« Si les informations vous intéressent, maître…, commença le fantôme en tentant de se calmer, Les mineurs sont au travail pour miner en profondeur et tenter de créer le puis.
– Bah j'espère bien, c'était le plan. Ils font leur taff quoi.
– Sauf le respect que je vous dois…
– Arrête-toi là, Boo., murmura Lotpie en voulant lui donner un coup de coude »
Mais le fantôme se rendit intangible à cet instant pour laisser Lotpie le traverser avec maladresse. Ce dernier se rattrapa en s'envolant se dépoussiéra le bras en grimaçant légèrement. Junior qui avait avalé la totalité de son déjeuner leva les yeux en direction du fantôme, et semblait le pulvériser du regard.
« Le manque de politesse que vous avez m'irrite sincèrement.
– Si t'es pas content, tu peux partir.
– Et l'immaturité va de pair visiblement.
– Encore une fois, tu peux toujours partir. »
Lotpie regardait la scène se dérouler sous ses yeux, alors que son regard faisait des allers retour entre Junior et Boo. Les deux autres qui étaient dans la pièce ne disaient rien, et vaquaient à leurs occupations. Le paratroopa prit une grande inspiration pour essayer de s'interposer entre les deux, mais il fut coupé en voyant que, même si le prince essayait de garder une voix calme, ses sourcils étaient froncés, et il semblait serrer les dents de colère. Il préféra alors reculer…
« La façon dont vous vous êtes emportés contre Kaoryl, la façon dont vous semblez si cruels et dépourvus d'émotions… Ni compréhensif. Vous faites tout pour votre propre profit. Vous avez compris que votre château avait besoin de la mine et simplement pour cette raison que vous tentez de les aider.
– Ne me fais pas porter le chapeau alors que c'est toi qui m'as forcé à les aider ! Moi j'ai rien demandé !
– Je voulais faire en sorte que vous fassiez bonne figure, c'est tout. Mais j'aurais clairement pu me passer de votre aide. À par gueuler, vous n'avez pas fait grand-chose.
– Je ne te permets pas de me parler comme ça !
– "Si vous n'êtes pas content, vous pouvez partir." »
Alors que Junior se levait pour répondre au fantôme, il fut coupé dans son élan par un bruit de verre qui se casse. C'était Kaoryl qui venait de faire tomber une assiette qu'il avait voulu essuyer. Mais au propos tenu, il avait été assez choqué et n'avait pas fait attention, puis l'avait fait tomber. L'impact l'avait brisé en plusieurs morceaux. Il se baissa silencieusement pour ramasser ses bêtises les joues rouges en sachant que tout le monde devait le regarder à présent. Il vit des mains avec des mitaines l'aider pour ramasser les morceaux, et en levant la tête il croisa le regard de Lotpie qui semblait aussi gêné que de la situation.
« Merci Lotpie.
– T'inquiète. »
Les deux se relevèrent pour jeter les morceaux à la poubelle. Et avant même de pouvoir se retourner, ils entendirent la porte d'entrée claquer violemment. La place du prince était vide, et il avait laissé le reste de son petit déjeuner sur le comptoir.
« Encore une fois, Boo…, articula Lotpie en serrant les poings, C'est normal ! C'est le prince ! Il se comporte comme ça, car on lui doit le respect !
– Le respect, ça va dans les deux sens.
– Dis-lui toi, Kaoryl. Il n'écoute que toi ce fichu fantôme !
– J'en ai marre de vos gamineries. Toi t'es toujours en train de te prendre la tête avec tout le monde ! Et toi tu t'énerves trop facilement !, s'emporta la tortue en jetant le torchon qu'il tenait sur levier, Je reste avec Mass'Cassandre, vous deux vous vous débrouillez pour ramener le prince ici.
– Mais…
– Vous pourrez vous embrouiller sur la route, mais loin de moi ! »
Le silence envahit la maison, alors que son cri semblait résonner à travers ses oreilles. Kaoryl ne s'était jamais emporté comme ça… Du moins, ça fait longtemps qu'il n'avait pas réagi de la sorte. Boo souffla bruyamment et se rendit intangible devant tout le monde, alors que Lotpie emprunta le chemin qu'avait pris le prince. Kaoryl soupira longuement en baissant la tête. Il sentait son estomac se serrer, les remords commençaient à monter… Mais il ne pouvait pas retourner les voir en s'excusant… Vu leur vitesse, il n'allait sûrement pas réussir à les rattraper. Lorsqu'il releva la tête, il vit Mass'Cassandre lui tendre une crêpe fermée et remplie de pâtes à tartiner.
« M-merci, mais… »
En voyant l'insistance du maskass pour qu'il prenne la crêpe, il ne broncha pas et l'a prise et les deux restèrent dans la cuisine.
Le fantôme et le paratroopa n'eurent à aller bien loin pour retrouver Junior, car il se trouvait sur le toit de la maison située juste en face du chalet dans lequel ils étaient. Les deux s'envolèrent jusqu'à lui, et Lotpie se mit en tailleurs à ses côtés et Boo restait à planer à leur hauteur.
« Laissez-moi tranquille. J'ai pas besoin de vous.
– Oui, mais la mine a besoin de vous., déclara Lotpie, On peut finir ce qu'on a commencé, et on se séparera par la suite, si vous y tenez.
– Besoin de moi ? C'est pas ce que ton pote a dit.
– Ne mélangez pas tout. Ce fantôme, c'est pas mon pote., grommela-t-il en levant les yeux au ciel, Et je suis pas d'accord avec ses propos. »
Boo roula des yeux aux propos futiles du paratroopa, puis remonta ses lunettes.
« Pourquoi vous continuez à vous suivre si vous vous supportez pas ?
– Pour Kaoryl. »
Le fantôme et le koopa se regardèrent après avoir prononcé cette phrase en même temps. Boo dévisageait Lotpie, il ne s'attendait pas à une réponse comme ça de sa part. Il s'attendait même à une réponse comme "parce qu'ils ont besoin de moi", mais la réponse était tellement spontanée qu'elle semblait forcément naturelle.
« C'est clairement le moins intéressant de votre groupe. Pas de personnalité, timide, peureux à une brindille qui se casse, et il n'est même pas capable d'aligner deux phrases sans bégayer ! Même votre pote qui ne parle pas reste quelqu'un avec beaucoup de caractère et…
– Je pensais comme vous. »
Pour la première fois, Lotpie coupa la parole du prince, et les deux paires d'yeux se posèrent sur lui.
« Kaoryl, qu'on le veuille ou non, c'est le genre de personne qu'on finit par apprécier par ses défauts., rit doucement le fantôme en regardant les nuages au ciel
– Puis bon, indirectement, c'est lui qui nous a motivés à quitter notre confort pour le suivre., renchérit Lotpie »
Pour la première fois, les deux semblaient en accord sur ce qu'il disait. Le prince souffla, puis d'un bond il se remit debout sur le toit. Il remit son foulard en place sur son museau, et craqua ses doigts entre ses paumes, ayant sa queue de cheval qui flottait au vent.
« On finit ce qu'on a commencé, et après vous n'existerez plus à mes yeux. »
« Tu es sûr que tu n'en as pas trop fait ? »
Kaoryl avait posé cette question à Cassandre qui portait une grosse boîte avec plusieurs crêpes dedans. Ce dernier hocha la tête, alors que les deux s'aventurèrent dans la mine pour retrouver les mineurs. Le koopa troopa avait également une boîte dans ses bras aussi, qui pesait quand même son poids. Mais il ne disait rien et continuait à suivre le maskass.
Tout le long, il n'arrêtait pas de se demander comment aller Lotpie et Boo, et s'ils avaient trouvé le prince ? Il s'en voulait toujours de les avoir agressés et réfléchis depuis à une formulation correcte, rapide et sincère pour s'excuser auprès d'eux le plus naturellement qu'il pouvait. Mais c'était vraiment dur de trouver les mots.
Ils arrivèrent dans la pièce centrale où il y avait toujours Gustave. Ce dernier salua les enfants de la main avec un sourire chaleureux. Les deux déposèrent les boîtes sur la table.
« On a ramené des crêpes., sourit à son tour Kaoryl, C'est Cassandre qui les a faites avec l'aide de Boo.
– C'est cool, merci. Je dois avouer qu'aujourd'hui j'hésitais à aller chercher des croissants tellement j'avais la flemme de préparer un petit déjeuner.
– Comment avance la mine ?
– Les gars sont motivés, c'est déjà une bonne chose. On a une troupe à la surface qui fait le guet au cas où on aurait une mauvaise surprise. Et le reste essaye de miner le plus rapidement, comme ça dès le puis construits on pourra facilement reboucher le reste dans la journée.
– J'espère que ça ira.
– Bah vos amis et le prince sont déjà partis voir comment ça avançait, vous pouvez toujours les rejoindre. »
Le koopa ne pensait pas qu'ils se seraient déjà réunis tous les trois, mais d'un bond il acquiesça de la tête et se précipita vers le bruit du son des pioches. Il voulait vraiment les retrouver pour s'excuser, et il était suivi par Cassandre qui courrait derrière lui. Le long du chemin, il y avait de la lave par carré à un mètre d'intervalle. Sûrement pour savoir jusqu'à où se dirigeait le liquide rouge se disait Kaoryl. Quelques mètres plus loin, il vit un précipice. Le son des coups de pioches était de plus en plus fort à cet endroit. En s'y approchant, une échelle en bois y était posée… Et le trou semblait faire plus d'une centaine de mètres en profondeur. Au bout, il put apercevoir une espèce de machine jaune, alors que certains mineurs cassaient des rochers sur la à l'aide de leur pioche.
Pris d'un vertige, Kaoryl recula de quelques pas. Il n'avait jamais vu un trou si profond… Hier encore il n'était pas là, et ça le stressait un peu. Il n'arrivait pas à emprunter l'échelle, paralysé par la peur… Il sentit quelque chose lui prendre la main, et lorsqu'il tourna la tête, il vit Mass'Cassandre le regarder, ayant son autre main sur la lanière de son sac à dos. Mais en entendant un bruit de foreuse percer la roche, Kaoryl recula encore plus. D'une part, il se sentait assez inutile, mais de l'autre, il n'arrivait pas à aller rejoindre les autres.
La machine jaune était donc la foreuse qui le permettait de creuser aussi rapidement et plus profondément. Ils virent ensuite Lotpie sortir du précipice avec une chaîne à la main. Il la passa à une poulie qui était accrochée à la roche en hauteur. Il tira ensuite sur la chaîne pour ne pas laisser de mou, et l'attacha à un mousqueton qui était planté dans le sol près de Kaoryl. Il se tourna ensuite vers les deux, en leur faisait un signe de main.
« Yo ! Ils ont fini le trou dans quelques minutes. Faut juste réussir à remonter la foreuse après. »
Kaoryl comprit rapidement que le mécanisme avec la poulie était fait pour remonter la foreuse. Ils étaient arrivés trop tard, et Kaoryl ne pouvait même pas aider davantage. Il sourit à Lotpie par respect, mais il se sentait vraiment inutile sur le coup.
« 'pie !? C'est bon c'est accroché !?, hurla une voix qui venait du plus profond du précipice
– YES ! »
Les mineurs commencèrent à monter un à un avec la très longue échelle en bois qui avait en réalité été rafistolée avec plusieurs petites échelles. Ils se réunirent tous au niveau du mousqueton, et commencèrent à tirer la chaîne pour faire remonter le gros engin qui était resté au fond. La charge semblait lourde même pour la dizaine de personnes qui étaient là. Junior se décida finalement à les aider, et lorsque ses muscles se contractèrent pour tirer de toutes ses forces, on pouvait voir à quel point il était devenu plus musclé qu'auparavant. Une fois la machine remontée, et la chaîne accrochées plus loin à un autre mousqueton pour ne pas qu'elle tombe, un soufflement de soulagement sortit de la plupart des bouches des soldats.
« Manque plus qu'à déverser la lave dedans !, s'exclama Hervé en souriant
– C'était plus rapide que prévu ! Heureusement que vous étiez là maître pour réparer notre bonne vieille foreuse !
– Je ne pensais pas que vous auriez des dons en mécanique !, s'exclama un goomba qui peinait à porter une pioche avec sa bouche
– Bah bien sûr que si., rit-il, Comment je ferais pour réparer la Junior-Mobile, sinon. »
Après cela, ils s'étaient réunis autour de la table pour savourer le petit déjeuner qu'avait préparé Mass'Cassandre. Enfin, même s'il fallait plus parler de déjeuner vu l'heure qu'il était à présent. Le prince s'était éloigné du groupe initial, et restait en retraite en parlant et en rigolant avec les autres mineurs. Lotpie, quant à lui était toujours au côté de Hervé, et lui parlait tout bas. Kaoryl, lui, ne se sentait pas de manger. Il n'avait vraiment pas le moral à ça, ni même à écouter les conversations qu'il y avait à droite à gauche.
La pause déjeuner s'était passée rapidement, et ils étaient tous repartis au travail. Le groupe les avait suivis pour savoir si tout allait bien. Ils devaient faire à présent une allée et dégager le chemin pour faire couler la lave dans le trou, sans faire de blesser. Ils se munirent tous alors de pelle et de pioche pour déblayer le chemin, et les premières gouttes de lave commencèrent à tomber dans le trou qui avait été formé auparavant. Ils essayaient alors de creuser un trou un peu plus imposant pour la faire s'écouler beaucoup plus vite, mais une roche semblait beaucoup trop solide pour pouvoir être cassée à coup de pioche. Il fallait la retirer à main nu, mais elle était située au-dessus du précipice, ce qui était assez dangereux de s'y rendre.
Boo avait tenté de la retirer puisqu'il planait, mais le souci était qu'il n'avait pas assez de force. Il avait bien voulu un coup de main de Lotpie, mais ce dernier était occupé à parler avec Hervé, et ne faisait pas attention à ce qu'il se déroulait sous ses yeux.
« Il nous faut un volontaire pour risquer sa vie à retirer cette roche !
– Je vais le faire. »
Tout le monde se tut et se retourna vers Kaoryl qui marchait vers le précipice d'un pas décidé. Tout le monde ne savait pas vraiment comment réagir, ou savoir s'il devait l'empêcher ou non… La pierre était située entre la lave et le précipice, et le fait de la retirer allait risquer soit de tomber dans le trou, soit de se prendre la lave dans la figure soit les deux. Mais Kaoryl était décidé à le faire… Il ne saurait réellement dire pourquoi, mais l'adrénaline eut raison de lui cette fois-ci, et il voulut se rendre utile une bonne fois. Il se mit au bord du précipice pour tenter de retirer la pierre, de toutes ses forces, sous les yeux des autres mineurs inquiets de la situation, mais il était trop tard pour l'en empêcher.
Pris de remords, le fantôme se mit tout de même derrière Kaoryl pour tenter de le sauver s'il lui arrivait quelque chose. Kaoryl réussit enfin à soulever la pierre qui glissa le long de la falaise créant un grand courant de lave qui jaillit tout droit dans le précipice. Mais en voulant s'éloigner de la chaleur que créait la lave, Kaoryl trébucha sur une pierre… À cet instant, où le temps semblait s'être arrêté, il était suspendu dans le vide maintenu simplement par deux doigts qui étaient dans la patte du fantôme… Mais il glissait de plus en plus et avant que Boo ne lâche prise :
« LOTPIE !, hurla le fantôme de toutes ses forces »
Sa voix résonna dans les parois alors que le cri de Kaoryl qui tombait dans le vide le suivit. Le cœur du pilote se serra alors qu'il se mit à courir du plus vite qu'il pouvait pour ensuite plonger dans le ravin les ailes déployées. À la surface, tout le monde regardait la scène avec effroi, ne sachant pas si Lotpie allait réussir à sauver le Koopa vu à a vitesse à laquelle il tombait. Ce dernier par peur se mit dans sa carapace, ce qui eut pour effet d'alourdir sa chute. La chaleur envahit le corps de Lotpie, tellement la vitesse le prenait et le fait que la lave tombait au même moment qu'il plongeait. Il fronça les sourcils.
« SORS DE TA CARAPACE ! Tu tombes trop vite !, s'écria-t-il »
Mais Kaoryl ne sembla pas l'écouter, et il restait enfermer dans sa coquille alors que sa chute se faisait de plus en plus rapide. La chaleur commença à donner un mal de tête au paratroopa, alors que ses ailes lui brûlaient dû à la vitesse à laquelle ils tombaient. Lotpie serra les dents, le Koopa ne voulait donc pas l'écouter ! Il tenta vainement de tendre ses bras le plus possible pour tenter ne serait-ce que frôler la tortue, mais la lave qui s'était accumulée au fond du trou n'était plus qu'à quelques centimètres d'eux. Comme un miracle, Lotpie réussit à attraper Kaoryl en s'agrippant à sa cape. Il la tira vers lui d'un coup sec, alors qu'il continuait à tomber, pour pouvoir agripper la carapace de son ami dans ses bras. Il tenta ensuite de battre des ailes le plus rapidement qu'il pouvait pour ne pas continuer de tomber, mais il sentit quelque chose l'aider à se stabiliser dans les airs. C'était Boo qui s'était rendu visible et qui tentait d'aider les deux tortues à remonter. Il s'était accroché à Lotpie depuis le départ pour tomber à sa vitesse et l'aider à remonter.
Une fois les trois alliés remontés à la surface, et alors que le groupe de mineurs restant souffla dans le soulagement, Lotpie posa furieusement Kaoryl au sol, du moins Kaoryl toujours enfermé dans sa carapace, et il fronça les sourcils en le regardant et se posa lui-même au sol. Cassandre accourut vers la tortue pour savoir si tout allait bien.
« Sérieusement !? Tu n'as pas voulu m'écouter ! À cause de tes conneries, on a failli y passer bordel ! Tu aurais pu simplement nous laisser faire au lieu de forcer à vouloir te rendre utile ! »
Mais alors qu'il s'attendait à une réplique de son ami, ce dernier resta enfermé dans sa coquille, d'un silence e plus complet. Ce qui déstabilisa Lotpie qui se remit à voler. Il souffla d'exaspération, en levant les yeux au ciel.
« Je commençais à t'apprécier, vraiment., souffla-t-il toujours énervé, Je t'ai même défendu auprès du prince ! Mais j'ai pas envie de me prendre la tête indéfiniment pour un mec aussi peureux que toi, et j'ai pas que ça à faire de sauver tes fesses, car tu es maladroit !
– Je pense que tu en as assez dit.
– T'es toujours en train de te la ramener toi, tu peux pas te taire ! »
Alors que son regard se posa instinctivement sur Boo, ce dernier secoua la tête. Étrangement, c'était plus dans l'incompréhension que dans la dérision comme à son habitude. C'est en le regardant quelques secondes qu'il comprit sa bourde et il se rendit compte que la voix n'était pas celle de Boo. C'est en croisant le regard du prince qui semblait furieux qu'il comprit.
« Je…, reprit difficilement le paratroopa dans la gêne, Je suis désolé maître. Je pensais que c'était Boo qui avait prononcé cette phrase.
– Je ne veux plus jamais vous voir., rouspéta le prince en se retournant en direction des quatre aventuriers »
