Auteure: Tch0upi

Disclamer: Les personnages appartiennent à Masashi Kishimoto

Pairing: NaruSasu, peut-être d'autres.

Rating: T (pour violence et possibles scènes explicites)


Double Tranchant

Chapitre 13


Après avoir passé quelques coups de fil, Naruto retourna à l'intérieur du bâtiment. Son cœur était lourd dans sa poitrine, lourd de s'imaginer tellement de scénarios différents, lourd de se poser toutes les questions du monde et lourd de culpabilité. Parce que si Sasuke avait fichu le camp en pleine nuit, c'était sa faute.

Aussitôt qu'il eut mis le pied dans l'air commune des bureaux, il se fit de nouveau accoster par Neji, suivi par les agents Kiba, Sakura et Ino.

Naruto s'arrêta face à eux et remarqua la présence d'une cinquième personne. En posant les yeux sur sa silhouette, il déglutit. Il était grand, mais pas spécialement musclé, un type normal. Ses cheveux noirs étaient ramenés haut sur sa tête et il avait une expression ennuyée, malgré un petit trait entre ses sourcils.

- Shikamaru Nara, lâcha-t-il.

- Que s'est-il passé ? scanda Neji sans prendre plus de détours. Où est mon partenaire ?

La tension était pesante et palpable dans la pièce. Les gens qu'il avait devant lui étaient des flics, bien sûr qu'ils savaient que quelque chose n'allait pas. En plus, il s'agissait des partenaires et collègues de Sasuke. Ils savaient tous que Sasuke enquêtait sur le crime organisé. Naruto avait mal d'y penser, mais les probabilités qu'il ait été enlevé par l'un des membres d'Akatsuki, des gens sur qui Sasuke investiguait, des gens dangereux qu'il dérangeait et embêtait plus de fois qu'il ne le fallait, étaient dangereusement hautes.

- On l'appelle sans cesse, mais il ne répond pas, continua Sakura, l'inquiétude déformant ses traits.

- C'est quoi ce bordel, en plus ils ont trouvé son arme ? renchérit Kiba, un air sombre ayant remplacé son habituelle figure enjouée.

- J'ai traqué le signal du portable de Sasuke, lança Shikamaru en le sondant d'un regard suspect. Son téléphone a fait le trajet jusqu'ici ce matin…

- Quoi ? fit Ino en se tournant vers l'expert en informatique. Mais comment c'est possible ?

Shikamaru le toisa.

- Tu leur dis ou c'est moi qui leur dis ? demanda l'informaticien.

- Son portable c'est moi qui l'ai, avoua Naruto en soupirant.

Pour prouver ses dires, Naruto plongea une main dans la poche de son pantalon et en ressortit le téléphone de Sasuke. Neji devint presque blême.

- Pourquoi c'est toi qui l'as ? Où il est, Sasuke ?

- Neji…

- T'as passé le weekend chez lui, non ?

- On s'est engueulé, OK ? expliqua rapidement Naruto. Cette nuit. Et… il s'est barré, en laissant son portable sur le plancher de sa chambre. J'ai cru qu'il allait revenir une fois le coup de la colère passé. Mais…

- Pourquoi vous êtes-vous engueulés ?

- Je t'en pose des questions moi !? s'énerva Naruto en faisant un pas vers le sergent.

- C'est toi le dernier qui l'a vu ! hurla Neji en se rapprochant à son tour du blond. Alors si tu veux que j'arrête de jouer à l'enquêteur avec toi, eh ben arrête d'être aussi suspect qu'un putain de criminel !

- Qu'est-ce que t'as dit ?! gronda Naruto.

- HEY ! Du calme, tout le monde ! retentit une voix colérique et tout le monde se figea à l'arrivée du lieutenant.

Naruto se tourna vers Kakashi. Le lieutenant les considéra un à la fois, ses yeux lançant des éclairs.

- On est à la maternelle, ici, ou quoi ? grogna-t-il. Un peu de tenue, s'il vous plaît ! Des voitures patrouilles sont en ce moment en train de faire le quartier. Sasuke ne peut pas être allé bien loin à pied au milieu de la nuit par cette température glaciale.

Neji serra les poings.

- La température et le fait qu'il soit à pied rendent sa disparition encore plus inquiétante, grommela Neji en croisant les bras.

- Pour ça je suis bien d'accord avec Neji, lança Naruto.

- Et si ce sont les mecs de l'Akatsuki qui l'ont choppé ? questionna Kiba. Je dis ça, je dis rien, mais Sasuke se rapproche beaucoup d'eux quand il enquête… C'est plus que possible qu'ils en aient eu assez.

- Si c'est le cas, eh bien on devra fouiller leurs planques, déclara Kakashi. Mais ça, ce sera un travail beaucoup plus complexe, et on aura besoin d'aide.

- Attendez, interrogea Kiba. Quoi ? On a les localisations de ces planques, au moins ? Sasuke bosse sur eux depuis des années et il ne sait même pas lui-même où ils se réunissent !

- Ces endroits changent constamment, les informa Naruto sombrement et tout le monde se retourna vers lui. Nous aurons besoin de filature, d'agents qui sont infiltrés.

Un silence gênant s'ensuivit. Avec toutes ces paires d'yeux rivés sur lui, il se sentit comme une proie dans la ligne de mire de son prédateur. Après tout, pour le reste de l'équipe, Naruto était encore, aux dernières nouvelles, l'intello qui avait remplacé Shikamaru pendant son congé. Pour tous les policiers qui travaillaient ici, à l'exception du lieutenant, il était un simple employé du département des renseignements criminels. Un informaticien, un gars banal – comme l'avait d'ailleurs décrit Sasuke.

Il n'était pas censé avoir des connaissances au sujet des enquêtes. Au sujet du crime organisé. Au sujet de l'Akatsuki.

- T'as dit quoi, là ? lâcha finalement Neji.

Devant ces paires d'yeux agrandis et confus, Naruto jeta un regard lourd de sous-entendus à Kakashi. Celui-ci lui renvoya un simple haussement d'épaules.

- C'est ta décision, Naruto. Personnellement, je ne crois pas que garder ta couverture à ce stade changera quoique ce soit. Sasuke t'a déjà démasqué…

Aussitôt que le lieutenant eut proféré ces paroles, les agents explosèrent. Neji, Kiba, Sakura et même Ino lâchèrent un « Quoi ? » sonore qui fut suivi d'innombrables questions.

- Une couverture ?

- Quelle couverture ?!

- Sasuke t'a démasqué ? Qu'est-ce que ça veut dire ?

- T'es qui, exactement ?

- C'est une blague ou quoi ?

Kakashi leva les mains pour tenter de contrôler ce chaos.

Mais un cri résonna soudain, venant couper court à la discorde qui sévissait dans les bureaux. Naruto fronça les sourcils en levant le menton vers le couloir – c'était un agent de patrouille qui avait appelé du renfort. Du tapage se fit entendre ensuite, beaucoup de mouvement et plusieurs voix s'élevèrent. On entendit même la voix de ce qui ressemblait à une vieille femme apeurée qui ne pouvait être qu'une civile.

- Sergent Uchiwa, attendez ! Vous êtes sûr que… ?

- Mais vous êtes blessé !

Naruto sentit son sang se glacer dans ses veines et, sans réfléchir, il se précipita. Neji se tourna également, tandis que Kiba et Sakura s'écartaient du chemin et enfin, il posa les yeux sur celui qu'il attendait si désespérément.

Sasuke était là ! Il était là, avec tous ses morceaux ! Il était vivant…

Naruto éprouva un indescriptible sentiment de soulagement, si fort qu'il crut qu'il s'effondrerait. Ce fut comme un tsunami d'émotions, qui le submergea jusqu'à le noyer. La culpabilité, la tristesse, la joie, l'amour. Dans sa tête rejoua la scène de leur dispute et ce qui en avait suivi mais en ce moment plus rien n'avait d'importance – Sasuke était revenu. Combien d'heures s'étaient écoulées, maintenant ? Six, peut-être ? Ses jambes se mirent à trembler, il eut presque envie de sourire, d'éclater d'un rire incontrôlable, mais bien vite, il se rendit compte de l'état dans lequel se trouvait le jeune homme et il retomba dans la dure réalité.

Sasuke avait des marques de violence sur le visage, résultat d'une bagarre qui n'avait visiblement pas joué en sa faveur. Sa lèvre inférieure était enflée et ensanglantée. Sa pommette, son arcade, sa mâchoire. Du sang et des bleus couvraient son visage et il semblait boîter difficilement.

- Sasuke !

Le jeune sergent, qui n'avait pas ralenti sa marche, le gratifia d'un regard noir et d'une expression enflammée.

- Toi, s'époumona-t-il, sa voix rauque. Je t'interdis de m'approcher…

- Sasuke ! Tu… s'exclama Ino avec horreur.

Elle désigna la traînée de sang que Sasuke avait tracé sur son chemin. Naruto écarquilla les yeux, mais au même moment, Sasuke, le doigt levé et prêt à repousser Naruto davantage, s'effondra – directement dans ses bras. Son corps ne lui obéissait plus et, à se fier au dégât sanglant qui le suivait, il était plus gravement blessé qu'ils ne l'avaient d'abord pensé. Naruto le rattrapa sans hésiter, poussé par son instinct. Il passa ses bras autour de lui, le sécurisant contre son propre corps.

- Sasuke !

Naruto glissa son bras sous ses jambes et l'allongea doucement par terre.

- Qu'on appelle une ambulance immédiatement ! cria Kakashi derrière eux avant de se précipiter à côté du blond.

Sakura s'empressa également de se poster auprès du blessé. Elle se jeta sur ses genoux et commença à l'ausculter.

- Sasuke, tu m'entends ? s'enquit-elle en lui tapotant la joue. Sasuke, hey !

Au comble du désespoir, Naruto lui prit le visage, mais les yeux du sergent demeuraient fermés. Toute trace de colère ou de ressentiment avaient disparu. Il était paisible, il était…

- Sasuke, reste avec moi. Sasuke !

- Il est complètement out, l'avisa Sakura.

Naruto ignora les mouvements derrière lui, le chaos qui ravageait le poste de police à ce retournement de situation inattendu. Il força son regard à ne pas se remplir d'eau. Voir Sasuke ainsi, ses paupières obstinément closes, ses joues tachées de sang, sa peau blanche où l'on voyait les hématomes encore plus violacées. Putain de merde, il avait pris toute une raclée ! Et lui n'avait pas été là pour le protéger, comme il aurait dû ! Itachi devait le maudire dans sa tombe… tout ce qu'il avait fait promettre à Naruto… et il avait échoué si lamentablement…

Sakura avait, entretemps, défait la veste du sergent dans des gestes erratiques, et Naruto manqua de s'étrangler en constatant que les vêtements de Sasuke en dessous étaient complètement imbibés de sang, une large tache obscure sur son t-shirt gris.

- Il saigne beaucoup trop ! lâcha Sakura.

- Qu'est-ce que tu peux faire en attendant les secours ? demanda Naruto, agenouillé face à elle auprès du corps inerte du sergent. Sakura !

- J'ai besoin d'une serviette, vite ! ordonna-t-elle à personne en particulier.

Sa directive lancée, les agents derrière s'empressèrent d'obéir. Bien vite, quelqu'un trouva, non une serviette, mais un vieux t-shirt. Sakura l'attrapa et le roula en boule, puis le posa sur la plaie de Sasuke. Ensuite, elle prit la main de Naruto et la plaqua dessus.

- Garde une pression là ! dit-elle. Appuie très fort. Il faut à tout prix stopper l'hémorragie en attendant l'ambulance.

- Il est si froid, commenta Naruto. Pourquoi est-il si froid ? Il a passé la nuit à l'extérieur… ?

- C'est possible, approuva Sakura, mais beaucoup de scénarios sont aussi possibles, alors il vaut mieux ne pas se faire d'idées tout de suite. Naruto, oublie un instant que c'est Sasuke et retrouve ton sang-froid.

- C'est quoi, Sakura ? murmura Naruto en indiquant la plaie béante. Couteau ?

- Ça m'en a tout l'air, répondit l'ex-infirmière.

Naruto reporta son attention sur le corps de Sasuke sous lui et fit exactement ce que lui avait demandé Sakura – même si c'était difficile. Il tenta de bien garder la pression sur sa plaie et de faire abstraction de ses sentiments. Oublier que c'était Sasuke, allongé sur le plancher du commissariat, entre la vie et la mort.

Pourquoi réagissait-il comme ça ? Ce n'était pas la première fois qu'il secourait un collègue gravement blessé, qu'il devait administrer des soins d'urgence ! Il avait l'habitude. Il était entraîné pour ça. Alors pourquoi réagissait-il comme un foutu débutant ? Il avait l'impression de voir du sang pour la première fois, ce qui était absolument risible !

C'était impossible. Impossible de se forcer à croire que ce n'était pas Sasuke, là… inerte, blanc, livide, en train de se vider de son sang. Pas alors que, la nuit dernière, il était plein de vie entre ses bras. Tous les deux perdus dans le plaisir… Sa merveilleuse peau claire parsemée de rougeurs là où Naruto déposait des baisers. Sasuke avait été un véritable volcan, chaud et explosif. Ses joues pleines de couleur. Ses yeux remplis d'étoiles…

Il sentait à peine son pouls, à présent. Il sentait à peine son torse se lever au rythme de sa respiration. Les mains du blond étaient pleines de sang… de son sang…

- Écartez-vous ! entendit-il alors, ce qui coupa court à son incessant monologue interne. L'ambulance est là, vite, on se bouge ! Laissez-les passer !

Naruto fronça les sourcils et regarda Neji, toujours debout non loin.

- Déjà ?

- Apparemment, une dame avait déjà appelé les secours !

Naruto assimila l'information sans vraiment la comprendre. Les paramédics arrivèrent en trombe, dépliant le brancard à vitesse grand V. Kakashi et Kiba se mirent à deux pour déplacer les meubles qui encombraient l'allée. Naruto, malgré lui, dut s'écarter. Il enleva ses mains en ayant l'impression d'avoir tenu entre elles la vie de Sasuke. Son propre cœur faillit lâcher – il se releva précipitamment et observa les ambulanciers s'accroupirent auprès de Sasuke et le prendre en charge.

Il y avait tellement de sang.

Reste avec moi, Sasuke. Je t'en prie.

Le rouge couvrait tout. Le plancher, ses mains, tout ce qu'il avait touché.

Rien ne fera de sens si tu meurs. Toute cette histoire. La mort d'Itachi…

- Son pouls est très faible, constata l'un des hommes.

- Dépêchons-nous, faut pas traîner ! s'écria son partenaire.

Naruto observa la scène se jouer comme s'il se trouvait de l'autre côté d'un voile. Comme si c'était une foutue pièce de théâtre.

En deux temps trois mouvements, les ambulanciers avaient placé Sasuke sur un brancard et avaient disparu, prenant immédiatement la direction de l'hôpital. Leur départ jeta un tel froid dans le commissariat qu'il faillit en frissonner.

Un silence de mort régna pendant un long moment.

- Putain de merde, lâcha Kiba en se passant une main dans les cheveux. Je ne m'attendais pas à ça en rentrant au boulot ce matin…

- Tu crois ? commenta Ino, tout aussi bouleversée.

- Il a été poignardé, expliqua Sakura, la seule qui semblait avoir la totale maîtrise de ses émotions en se redressant lentement. C'est pire que ç'en a l'air, à cause de tout ce sang. Il est entre bonnes mains, maintenant.

Sakura se tourna vers Naruto. Kiba, Neji et Ino en firent de même.

Le grand blond semblait en état de choc. Immobile, il était incapable de réagir. Par où commencer ? Naruto baissa les yeux sur ses mains. Ses doigts rouges, couverts d'une épaisse couche de sang…

Sakura s'approcha doucement et claqua des doigts devant ses yeux pour finalement le faire revenir à lui.

- Naruto, dit-elle. Regarde-moi.

- Bon, je me rends à l'hôpital, annonça Kakashi qui réapparut soudain après avoir suivi les ambulanciers jusqu'au stationnement.

Il se tourna vers Neji.

- Il y a une dame à l'entrée, celle qui a appelé les secours. Elle dit avoir ramené Sasuke jusqu'ici en voiture. Vous me la faites parler et elle ne repart pas d'ici avant d'avoir tout raconté dans les moindres détails, je me suis bien fait comprendre ? Inuzuka, accompagne Neji, d'accord ? Faites-moi un beau rapport lorsque vous aurez terminé !

- Tout de suite, lieutenant, acquiesça Neji.

- Oh et, Nara ? poursuivit le lieutenant en pivotant vers Shikamaru, toujours debout dans le coin de la pièce. Assure-toi de venir en aide à tes collègues, tout ce que tu peux trouver en suivant l'histoire de la dame. Adresses, numéros de téléphone, coordonnées.

Shikamaru hocha de la tête. Le sergent Hyûga soupira en se tournant vers son collègue patrouilleur. Kakashi jeta un regard vers Naruto.

- Ça va, Naruto ?

Naruto crut qu'il allait défaillir. Ses jambes étaient molles et flageolantes. Il s'appuya sur le bureau derrière lui et prit un moment pour se ressaisir. À ses côtés, Sakura posa une main sur son épaule.

- Ouais, marmonna-t-il après une longue pause.

Il se racla la gorge et regarda le lieutenant.

- Ouais, ça va. Je me nettoie et je te rejoins, Kakashi.

Le lieutenant acquiesça gravement, puis quitta les lieux.

Presque aussitôt, l'adrénaline retomba et Naruto ferma les yeux. Neji et Kiba soupirèrent bruyamment avant de se diriger vers le bout du couloir où, apparemment, la citoyenne qui était venu en aide à Sasuke attendait toujours.

Que s'était-il passé ? Était-ce bien réel ? Il n'arrivait plus à penser clairement. Tout ce qu'il voyait, en fermant les paupières, c'était le visage de Sasuke, son abdomen perforé et le sang…

Tellement de sang…

- Naruto, l'appela Sakura. Viens, je vais t'aider à te nettoyer.

Il hocha finalement du menton. Faisant abstraction des images d'horreur qui circulaient désormais dans sa tête, il se redressa et prit la direction de la salle de bain.


- Est-ce que ta mission est compromise ?

Naruto soupira en garant la voiture dans l'une des places libres du stationnement de l'hôpital. La voix résonna dans l'habitacle et il coupa le moteur, se laissant aller sur son siège.

- Naruto ? Parle-moi.

- Je vais pouvoir te répondre dans quelques heures, probablement… marmonna-t-il en jetant un œil à l'immense bâtisse imposante de l'hôpital.

- Il est vivant ?

- Aux dernières nouvelles, oui, répondit Naruto.

- Alors rien n'a changé. Naruto, tu n'es pas à l'abri de commettre des erreurs.

- Faire des erreurs quand la vie de quelqu'un est en jeu, c'est impardonnable, grogna le blond en fusillant son téléphone, accroché aux trappes d'aération de son tableau de bord. Ce n'est pas toi qui vas me l'apprendre. Je sais ce que je fais.

- Ne te blâme pas pour ce qui s'est passé.

- Bien sûr que je me blâme.

- Les services secrets sont déjà sur l'affaire, tu sais ?

- Je sais, souffla Naruto.

- C'est juste une sacré malchance que Sasuke n'ait pas eu son portable sur lui, nous aurions facilement pu retracer les mecs de l'Akatsuki. Est-ce que Karin t'a rappelé, au fait ?

- Non. Hey, tu peux lui filer un appel vite fait pour l'avertir de ne pas creuser pour rien ? Bon, faut que j'y aille, s'exclama Naruto en débouclant sa ceinture de sécurité.

Il attrapa son téléphone et sortit de sa voiture.

- Je te rappelle, lâcha-t-il.

- Fais pas de conneries, Naruto.

- Je ne suis pas un idiot, grommela-t-il avant de terminer l'appel en glissant son doigt sur l'écran tactile.

Il se dirigea ensuite vers l'entrée de l'hôpital. Il s'agissait de l'entrée de courtoisie et non des urgences, alors il n'y avait pas grand-monde en ce début d'après-midi nuageux et enneigé. Il faisait froid et la neige n'avait pas cessé depuis le milieu de la nuit. Et encore une fois, il ne pouvait s'empêcher de se demander si ses doutes s'avéraient factuels. Sasuke était aussi froid qu'un foutu cadavre, sa peau blanche comme ce blizzard et ses lèvres presque bleues. Est-ce que ses tortionnaires l'avaient laissé dehors ? Mais que s'était-il passé au juste ? Il savait qu'il n'aurait pas de réponses avant que Sasuke ne se soit remis…

À espérer qu'il veuille seulement lui adresser la parole.

Naruto se présenta au comptoir d'accueil.

- Oui ? s'enquit une infirmière qui passait par là. Je peux vous aider ?

- Bonjour, je viens voir un jeune homme qui a été admis ce matin. Sasuke. Sasuke Uchiwa, qu'il s'appelle.

- Vous êtes de la famille ?

Naruto ravala sa salive, ignorant la nausée qui l'assaillit à cette question merdique. Il détourna un instant les yeux, puis fouilla dans son veston pour en ressortir son badge.

- Non, répondit-il. Un collègue de travail. Je peux ?

- On ne peut pas autoriser un interrogatoire tant que le patient est…

- Ce n'est pas pour un putain d'interrogatoire, grogna Naruto. Je veux juste m'assurer qu'il va bien !

L'infirmière soupira puis s'installa devant l'ordinateur pour vérifier dans quelle chambre se trouvait Sasuke. Elle avait l'air pressée et légèrement agacée, mais Naruto ne fit aucun commentaire, se contentant d'attendre. Il ne faisait que ça, attendre, depuis la nuit dernière. Attendre, encore et encore. Attendre que Sasuke rentre chez lui, attendre de savoir s'il allait bien, s'il ne l'avait pas perdu à tout jamais.

- Il est au quatrième, chambre 421-B, annonça enfin la jeune femme.

Sans demander son reste, Naruto se retourna et s'élança dans le couloir.

- Mon-monsieur ! s'écria l'infirmière. Attendez !

Elle se précipita à sa poursuite, mais Naruto continua sur un rythme cadencé, ne se retournant aucunement. Il fonça vers l'ascenseur et gravit les trois étages qui le séparaient de Sasuke. Il avait semé l'infirmière après à peine quelques secondes – ça ou alors, elle avait décidé de ne pas s'attarder, ayant fort probablement d'autres chats à fouetter.

Naruto arriva au quatrième et s'engouffra dans un dédales de corridors, où de fortes odeurs d'antiseptiques flottaient et lui donnaient le tournis. Il détestait les hôpitaux… C'était un cliché gros comme la terre, mais il détestait – il avait horreur des hôpitaux. Être ici était pratiquement physiquement douloureux.

Enfin, au détour d'un couloir, il tomba nez à nez avec Kakashi.

- Ah ! Naruto.

Le lieutenant était devant une porte, accompagné d'un médecin en robe blanche et qui tenait un calepin entre ses mains.

- Où est Sasuke ? Comment va-t-il ?

Le médecin se tourna vers Naruto avec curiosité.

- C'est un policier, lui apprit Kakashi en posant une main sur l'épaule du blond. Il est avec moi.

L'homme, d'un certain âge, acquiesça avant de se racler la gorge, non sans avoir détailler Naruto des pieds à la tête. Lorsqu'il reprit la parole, il s'adressa directement à lui.

- Eh bien, comme je le disais au lieutenant, votre ami a été poignardé et battu sévèrement. Il souffre également d'hypothermie légère.

Cette information lui serra le cœur douloureusement. Naruto déglutit, mais tenta de garder son calme.

- OK, et quoi d'autre ?

- Il a perdu énormément de sang, continua le docteur, ce qui n'améliore en rien son état. Mais ce n'est pas tout. Monsieur Uchiwa a une commotion cérébrale et des côtes cassées, mais heureusement elles n'ont perforé aucun organe interne.

Naruto reçut ces nombreux diagnostics comme un coup de hache dans les jambes. Il ne s'était pas imaginé que le bilan serait aussi lourd, aussi grave.

- Il est en très mauvaise posture. Mais si ça peut vous rassurer, je ne crains pas pour sa vie.

Naruto releva ses yeux bleus vivement.

- Vraiment ?

- Oui, vraiment. Ses signes vitaux sont normaux. Faibles, mais normaux. C'est un jeune homme robuste et en excellente santé, il s'en remettra avec, certes, énormément de repos. Et je ne pèse pas mes mots, messieurs.

Naruto soupira, ses paupières lourdes se refermant. Il sentit la main de Kakashi lui tapoter le dos.

- Rentre chez toi, lança-t-il. Tu as besoin de repos toi aussi.

- Non, s'exclama aussitôt Naruto. Non, non, non. Pas question. Je reste.

- Ça ne servirait à rien, monsieur l'agent, réitéra le docteur poliment. Votre ami ne reviendra pas à lui de sitôt. Il est sous puissante médication. Il ne saura même pas que vous êtes là.

- C'est pas grave.

- On parle de plusieurs jours, monsieur.

- Rien à foutre, gronda Naruto. Je reste.

Et c'était définitif. Le médecin, mal à l'aise, jeta une œillade au lieutenant. Kakashi soupira et leva les mains.

- Bon, très bien. Je ne m'en mêle pas.

Naruto laissa son regard dériver vers la chambre, mais on ne voyait rien. La porte était fermée et la fenêtre sur celle-ci était trop petite pour qu'il y voit quoique ce soit de cette distance et de cet angle.

- Merci infiniment, docteur, continua Kakashi en serrant la main de l'homme. Je vous confie mon agent, et je vous prie de me contacter s'il y a des changements, ou alors s'il se réveille.

- Bien sûr.

- Ah ! Et je dois aussi vous prévenir que je ferai envoyer des patrouilleurs pour monter la garde. On ne sait jamais, avec le crime organisé.

Le médecin déglutit.

- Naruto, ajouta le lieutenant.

Le blond se tourna. Il n'eut pas besoin de soutenir le regard de Kakashi bien longtemps pour savoir ce que le lieutenant attendait de lui.

- Veille sur lui.

Sur ce, il se retourna et s'éloigna dans le couloir. Évidemment, Kakashi était débordé de travail, surtout avec le retour inattendu de Sasuke dans un état pareil. Rapports, encore des rapports à rédiger. C'était un possible enlèvement. Et si ce ne l'était pas, eh bien Sasuke avait quand même été battu gravement, et il y avait des coupables à trouver et à envoyer devant la justice.

Mais Naruto ne se racontait pas d'histoires. C'était un enlèvement. Il n'avait pas besoin d'attendre que Sasuke se réveille pour qu'il le lui confirme. C'était écrit dans le ciel.

- Monsieur ? l'appela le médecin.

Naruto secoua la tête et redirigea son attention sur l'homme devant lui.

- Excusez-moi.

- Il y a des aires communes où vous pouvez attendre, de ce côté-ci. Si vous préférez, il y a la cafétéria au rez-de-chaussée.

- Merci. Est-ce que je ne pourrais pas, euh… attendre là… avec lui ?

Il y avait sûrement quelque chose de désespéré dans le ton de sa voix, ou une lueur dans son regard qui prit en pitié le docteur, puisqu'après un moment, celui-ci céda.

- Attendez quelques instants, soupira-t-il. Je vais m'assurer que tout va bien et je vais aménager la chambre pour que vous puissiez vous y installer.

- Merci.

- Il faudra juste remplir ce papier et me montrer votre badge, s'il vous plaît.

- Pas de soucis.

L'homme lui présenta les documents et Naruto s'éloigna avec un stylo tandis que le médecin retournait à ses besognes. Il s'affaira à remplir le formulaire, y inscrivant ses nom et prénom, son numéro de matricule, et tout le blablas nécessaire au personnel de l'hôpital. Ensuite, alors que le médecin et les infirmières préparaient un coin dans la chambre pour lui, Naruto se réfugia au toilette pour se passer de l'eau au visage.

Il s'arrêta devant le miroir et scruta son reflet. Comment les choses avaient-elles pu dégénérer à ce point ?

La nuit dernière semblait si loin déjà. Sasuke lui avait résisté depuis leur première fois, mais cette nuit, il s'était laissé aller dans ses bras. Cette nuit, Sasuke lui avait tout donné de lui, sa confiance, les yeux fermés, son corps, son âme, ses sentiments. Naruto avait eu envie d'éclater la tête de cet imbécile de Sasori qui avait lâché la bombe au pire moment possible… mais au fond, c'était lui le responsable pour cette chute terrible qu'avait ressenti Sasuke. C'était lui qui, au départ, n'avait pas su résister au charme du sergent. Lui qui s'était laissé séduire, lui qui n'avait pas vu le train arriver à toute vitesse. Lui qui, au lieu de repousser Sasuke, au lieu de le protéger à distance en gardant un œil sur lui, s'était rapproché jusqu'à en vouloir davantage. Il avait mêler travail et sentiments – une erreur qu'il n'aurait jamais dû commettre.

Tout avait commencé par cette idée stupide de rendez-vous. Naruto ne se souvenait même plus pourquoi cette idée lui avait même frôlé l'esprit. Mais Sasuke, ce jour-là, semblait si plein de désir, il avait été si ouvert, si attiré par lui que Naruto n'avait pas pu éclaircir sa tête suffisamment pour demeurer froid et distant. Sortir avec lui, aller dîner dans un restaurant… c'était quelque chose que Naruto n'avait jamais vraiment expérimenté, et la pensée d'une soirée normale avec un mec qu'il trouvait de son goût, un rendez-vous romantique, tout ce qu'il y avait de plus ordinaire, ce que la plupart des gens de son âge faisaient le soir, l'avait attiré indéniablement. Il avait eu envie de cette douceur candide, cette chaleur que Sasuke pouvait lui apporter. Juste pour un instant, Naruto s'y était collé, il s'y était blotti et…

Il pouvait encore dépeindre dans sa mémoire le visage légèrement rougi de Sasuke. Ses lèvres, si près des siennes… « Tu en as envie… moi aussi… pourquoi s'en priver ? » Et juste comme il se disait que cette soirée ne pouvait être plus magnifique, plus magique… Sasuke lui en avait donné encore plus. Ce n'était pas juste du sexe. Oui, leur nuit d'amour avait été plus que géniale, au-delà de toutes ses conquêtes passées… Il y avait un truc chez Sasuke qui ramenait Naruto constamment à lui.

Naruto secoua la tête. Il termina de se rincer le visage puis se retourna et reprit le chemin jusqu'à la chambre. Le docteur n'était nulle part en vue, mais une infirmière l'invita à entrer.

- Il vient de recevoir une transfusion, dit-elle à voix basse même si c'était inutile de chuchoter puisque rien n'allait réveiller Sasuke pour un long moment.

Naruto inspira profondément avant de finalement mettre un pied dans la chambre.

La femme était en train de placer une chaise près du mur, à quelques pas du lit. Naruto voulut ouvrir la bouche pour la remercier de lui donner cette passe-droit, mais sa voix mourut dans sa gorge quand il posa les yeux sur Sasuke.

Le jeune homme était immobile, allongé là comme une épave. Sa peau était si blanche, si défaite de toute couleur, qu'il en paraissait translucide, diaphane. Ses cheveux contrastaient encore plus maintenant, d'un noir de jais aussi profond que des plumes de corbeaux, étalés sur l'oreiller sur lequel sa tête était posée, légèrement tournée sur le côté. Il était si paisible, comme ça… Il ne voulait pas le déranger, ou briser la quiétude dans laquelle il était. Sasuke avait besoin de calme, de repos, et il avait surtout besoin d'être loin de lui. C'était sa faute s'il était dans cette posture, après tout…

Naruto s'approcha malgré tout, d'abord avec hésitation. Il détailla son corps, caché sous une quantité de couvertures, excepté un bras qui était à découvert, pour permettre à un soluté d'être branché à lui, piqué dans le creux de son coude.

Lentement, presque comme dans un rêve opaque, Naruto s'abaissa jusqu'à s'assoir sur la chaise, son regard ne quittant jamais Sasuke. Une nouvelle vague d'émotions diverses le frappa… allant de la tristesse de voir Sasuke ainsi à une lourde colère pour ceux qui lui avaient fait ça. Peut-être que c'était inévitable de toute façon. Kiba avait raison : Sasuke était enquêteur. Il bossait sur le crime organisé, sur les pires vermines qui soient. Et pour ce faire, il devait creuser, il devait pousser leurs limites et envahir leur espace. Ce n'était pas si surprenant que ces gens en aient eu assez.

Mais Sasuke n'aurait pas dû avoir à les affronter tout seul, au milieu de la nuit. Il n'aurait pas dû partir comme ça en coup de vent… et ça le ramenait indiscutablement à lui. À la façon dont il avait coincé Sasuke avec une semi-vérité. Ils avaient été ensemble. On ne pouvait pas le dire autrement, ce qu'ils avaient vécu avait été ardent, intense, explosif. Naruto n'avait pas peur de penser au mot amour. Pour lui, c'était évident. Pour Sasuke, ça avait été une chute d'une dizaine d'étages.

Des larmes s'étaient mises à couler sur les joues du blond, mais le jeune homme ne s'en rendit pas compte. Il tendit une main qu'il vint, tout doucement, poser sur celle de Sasuke, ouverte sur le lit près de son corps. Elle était toute froide. Naruto y referma la sienne, essayant de lui donner un peu de sa chaleur.

- Pardonne-moi, souffla-t-il. Pardonne-moi, mon amour.

Il inspira profondément, décidant d'assumer ses paroles et ses sentiments. Il décida de les assumer totalement, parce que désormais, ça ne servait plus à rien de se cacher.

Il retourna délicatement la main du sergent dans la sienne et l'embrassa.

- Tiens bon, Sasuke. Et reste avec moi.

Le docteur avait parlé de plusieurs jours. Eh bien il allait attendre.

Aussi longtemps qu'il le faudrait.


À Suivre...


Hello ! :3

Vous allez bien ? J'espère que vous avez aimé ce chapitre ! On voit un peu le PDV de Naruto, où lui il en est dans tout ça. J'ai hâte de vous retrouver pour le prochain, à bientôt ! xx

Tch0upi