Chapitre 13

This Christmas - Donny Hathaway

Quand Edward Cullen quitte ma vision, le monde me parait plus terne. Cependant, une certaine légèreté flotte autour de moi. Je me sens bien, même si ce soir, c'est Noël. Pour la première fois depuis la mort de Riley, cette fête est moins douloureuse.

Je reste sur le pas de ma porte pendant un moment après voir regardé la voiture s'éloigner jusqu'à disparaitre dans l'angle de ma rue.

Je rentre chez moi après un soupire, et me concentre sur ma mission du lendemain : faire visiter New-York à mon client. Pendant un long moment, je ne pense qu'aux endroits que je veux lui faire découvrir.

L'appréhension mêlée à l'envie m'empêche de m'endormir. Je finis par faire une liste écrite des endroits où je veux l'emmener, et je ne peux cesser de penser, et d'imaginer un millier de scénarios.

Je n'arrive pas à définir ce qu'est en train de devenir notre relation ; je n'ai pas les bons mots mais, malgré tout, malgré mes peurs et la culpabilité qui me ronge, j'aime ça. J'aime vraiment ça. Je n'arrive plus à lutter contre, et, cette soirée avec lui intégrant ma vie, ma famille, je n'ai plus envie de le faire… plus du tout.

J'aime ce qu'on partage, peu importe ce que c'est, finalement, et ça me fait du bien. Jacob et Angela ont sûrement raison… Il faut que je cesse de réfléchir et que je me laisse vivre, pour une fois.

Grâce à lui, cette nuit, seule dans mon lit en plein New York, j'ai pleinement la sensation d'être vivante.

À mon réveil, trop peu d'heures plus tard, je suis un peu moins légère.

J'ai envie de le voir, oui. Mais ma culpabilité a transformé mes rêves en cauchemars et, dans ceux-là, Riley m'en voulait d'être attirée par un autre homme. Je sais que c'est idiot. Je sais que je ne devrais pas ressentir ça. Je sais que ça n'était qu'un rêve. Je le sais... mais mon ventre est noué et j'ai du mal à penser à autre chose qu'au fait qu'un autre homme que mon mari m'attire.

Je bois mon café lentement, les yeux rivés sur la rue enneigée en contre bas.

Une épaisse couche de neige couve l'ensemble de la rue et des voitures garées. Le soleil se lève timidement et, les reflets de celui-ci faisant briller la neige, et je trouve ça joli. Cette matinée à un arrière-goût de magie qui me fait du bien.

Vers 11h, je pars courir.

Je ne sais pas pourquoi, mais je sais que ça va être nécessaire, et bénéfique. J'ai besoin de canaliser l'ouragan que je ressens à l'intérieur de moi. Je déborde d'énergie, littéralement.

Je déteste courir, pourtant, le faire me fait un bien fou. Je traverse plusieurs blocs, m'obligeant à ne penser à rien d'autre que la sensation de brulure de mes poumons et les picotements dans mes jambes. Malgré l'heure, je croise peu de monde. La ville est calme, presque endormie. Le lendemain de Noël, New York est toujours d'un calme détestable mais, aujourd'hui, cela me fait du bien.

Le début d'après-midi arrive trop lentement, ou trop rapidement, selon les points de vue.

J'avoue être un peu angoissée par la perspective de cet après-midi avec cet homme mais... quelque part, j'en suis heureuse.

Ce sentiment là commence réellement à dominer tout le reste. J'ai envie de passer du temps avec lui. J'ai envie de l'entendre rire à nouveau, et de sentir mon cœur s'accélérer à sa seule vision.

Finalement, tout ce qu'il fait subir à mon corps commence à me plaire… C'est étrange, non ?

Je finis de me préparer quand ma sonnette retentit dans l'appartement, me faisant sursauter alors que j'enfile mes bottes fourrées.

Sans même le voir, je sais que c'est lui.

Je jette un coup d'œil à mon reflet dans le miroir de l'entrée, passant une main dans mes cheveux qui n'ont pas encore fini de sécher et qui sont déjà bouclés comme jamais. Je n'aurai définitivement pas le temps de les attacher ou de me coiffer plus, mais, tant pis.

Quand j'ouvre, évidement, Edward se tient derrière la porte, et, une nouvelle fois, je le trouve plus beau que jamais. L'est-il à chaque fois, d'ailleurs ? Ou est-ce simplement une impression qui me broie le cœur ?

Je me sens sourire quand son regard accroche le mien. Il est beau. Vraiment, vraiment beau. Son jean foncé, son gros pull gris clair, son écharpe et son caban bleu marine… Qui ne trouverais pas cet homme sublime ?

- Je suis en avance, avoue-t-il dans un sourire en me dévisageant. Désolé.

- Oh non je... non, tout va bien. Vous êtes pile à l'heure.

Un vague sourire étire sa bouche quand je le laisse entrer dans mon appartement.

Je prends conscience après une seconde que c'est la première fois qu'il y pénètre.

Il regarde autour de lui lorsque je referme la porte en inspirant discrètement. Son odeur se mêle à celle de mon chez-moi, faisant s'accélérer mon cœur doucement.

J'aime plus que ce que je ne peux me l'avouer cette sensation. Il est là... chez moi.

- Vous courrez ? demande-t-il après une seconde où je me demande ce que je vais bien trouver à lui dire pour le reste de la journée que nous devons passer ensemble.

Je jette un coup d'œil sur mes chaussures encore pleines de boue qui sont restées dans l'entrée.

- Je... ce matin, oui.

Il hausse un sourcil, me demandant silencieusement pourquoi je lui réponds de la sorte mais je n'ai pas vraiment envie de lui expliquer que le stress à prit le pas sur mon envie de le voir au milieu de la matinée et que j'ai dû aller courir pour évacuer -tenter, seulement- tout ça. Je me contente de lui sourire, espérant que sa curiosité ne me pousse pas à lui en parler plus.

- J'espère que vous êtes bien couvert. Nous allons être essentiellement dehors.

- J'ai pris mes précautions, s'amuse-t-il en désignant son gros pull qui ressemble à un sweat très épais. J'avoue ne pas être habitué à ce temps.

- Quoi ? Jamais de froid à Miami ?

Il sourit, encore. Et mon estomac se retourne, encore.

- Jamais. Des tornades, des inondations, de l'humidité et des tempêtes tropicales, mais pas de froid.

- Je vais certainement laisser tomber mon idée de venir vivre dans cette ville.

Il éclate de rire, ce qui me détends. Je file récupérer mon sac et mon téléphone posé sur le petit bar de ma cuisine, le sentant suivre des yeux mes faits et gestes.

- Mais nous passons Noël sous 25 degrés, reprend-il un sourire dans la voix.

- C'est un détail non négligeable, avoué-je en le rejoignant dans l'entrée.

- Tout à fait… chez nous l'hiver n'existe pas… la neige non plus.

- Je note ça quelque part pour ne pas passer à côté d'un été sans fin.

On se sourit un instant.

J'oublie presque qu'un taxi nous attends en bas, et que j'ai prévu une centaine de chose à lui montrer, et à lui raconter.

- On y va ? finis-je par demander après un silence qui fait s'accélérer mon cœur.

Il acquiesce dans un sourire et m'emboite le pas quand je sors de l'appartement que je referme derrière nous.

Dans l'ascenseur, j'essaye -une nouvelle fois- de comprendre ce qui me lie à cet homme sans vraiment y parvenir. Je me sens bien avec lui. Je me sens ne confiance, au point d'être naturelle malgré les tourbillons qu'il provoque en moi. Je sais, également, qu'il sait bien plus de choses sur moi que j'en sais sur lui. Je me note pour mission d'en découvrir plus sur cet homme, quitte à y passer la journée.

En bas, j'enfonce mon bonnet sur ma tête et me camoufle dans mon écharpe. Il ne neige pas, pour une fois, mais l'épais manteaux qui est tombé cette nuit n'a pas fondu d'un pouce. Vu les températures polaires, je suis heureuse d'avoir mis deux pulls.

Edward à une hésitation en voyant le taxi qui nous attends en bas de mon immeuble.

- Vous n'allez...

- Edward... vous désirez visiter NY en bon touriste que vous allez être aujourd'hui, nous allons prendre un nombre incalculable de Yellow Cab.

Un sourire étire sa bouche alors qu'il relève les yeux vers moi. Je ne changerai pas d'avis là-dessus. Hors de question qu'il pense pouvoir mener notre journée. Je mène.

- Ok, concède-t-il en levant les mains devant lui en signe de paix quand il se rends compte que je ne changerai pas d'avis.

- Je ne vous laissai pas le choix, de toute façon.

Un rire me parvient quand je monte dans le taxi en me sentant rougir.

Lui parler de la sorte me trouble mais me plait vraiment de plus en plus. Au regard qu'il me lance en grimpant à son tour dans le véhicule je comprends que le fait de lui tenir tête de la sorte lui convient, aussi. Je me doute qu'il aime avoir, pour une fois, quelqu'un qu'il ne commande pas au doigt et à l'œil. Cela doit le changer, définitivement.

J'indique l'adresse où je veux aller pour commencer notre visite et réchauffe mes mains en les frottant entre-elles.

- Alors, où va-t-on exactement ? finit par demander Edward après une minute dans le taxi surchauffé.

J'enlève mon bonnet que je garde entre mes doigts, et sourit, gardant le silence.

- Vous n'allez rien me dire ?

- Vous n'avez pas l'habitude qu'on vous guide n'est-ce pas ? m'amusé-je devant son regard sérieux.

- Non, avoue-t-il. C'est une première.

- Ne vous inquiétez pas, vous n'auriez pas pu trouver meilleure guide, plaisanté-je.

- Oh, je n'ai pas douté de vous un seul instant.

J'ignore le rougissement qui réchauffe mes joues et me concentre sur un fil qui dépasse de mon bonnet en laine noir.

Tu vas survivre Swan. Tu peux le faire.

- Vous courrez souvent ? finit-il par demander après un instant alors que le taxi sort de Greenwich Village.

- Je dois avouer que non.

Il hausse un sourcil, m'incitant silencieusement à poursuivre alors que je soupire mentalement.

- Je... je déteste ça.

- Mais vous le faites quand même ? demande-t-il visiblement amusé par mon aveu.

- C'est rare, vraiment rare, ris-je en me sentant rougir. Je suis loin d'être une grande sportive. J'avais juste besoin de me vider la tête, et je trouve qu'il n'y a rien de mieux.

Il opine du chef, comme s'il comprenait parfaitement mes propos incongrus.

- Je déteste l'instant où je cours. J'ai littéralement la sensation que mes poumons et mon corps entier vont prendre feu mais, j'aime profondément la sensation du... après. J'ai la sensation de flotter… C'est très libérateur.

Je m'attends presque à ce qu'il se moque de moi, mais il reste sérieux, ses yeux s'ancrant aux miens avec démesure.

- J'adore ça aussi, avoue-t-il.

- Vous courrez ?

J'm'en serais doutée, tiens.

- Hum, non. Je n'arrive pas à trouver un grand intérêt à courir sans but. Mais je fais de la boxe française deux fois par semaine depuis 6 ans. La sensation de flottement est... d'autant plus intense qu'après un footing…

De la boxe. Bordel.

Des images de lui torse nu sur un ring ou tapant dans un sac de sable affluent et une vague de chaleur me submerge. Bordel ! C'est encore plus sexy de l'imagine ainsi que...

- Vous devriez essayer, un jour, poursuit-il en ignorant mes pensées largement déplacées. Après une séance on se sent...

- Heureux ?

- Libre.

- Ça va souvent de pair, fais-je remarquer dans un léger sourire.

- On est d'accord.

On échange un sourire, à nouveau.

Ses yeux époustouflants de clarté fouillent les miens plusieurs secondes. Je lui souris doucement, espérant atténuer l'envie de me blottir contre lui qui me mord le corps.

Le reste du trajet se fait silencieusement. Je suis moins stressée que ce que j'imaginais. Je suis même... contente. J'espère simplement que ce que j'ai prévu pour aujourd'hui va lui plaire et qu'il va aimer ma ville.

Arrivés à Brooklyn, mon client observe par la fenêtre du véhicule les rues illuminées.

- C'est moi ou les maisons sont de plus en plus colorées ?

Je ris doucement.

- C'est notre premier point de visite, m'amusé-je quand on pénètre dans Dyker Heights. Nous voici dans le quartier le plus décoré des Etats-Unis, et probablement du monde.

Le taxi nous dépose dans la rue principale du dit quartier, et Edward proteste quand je paye la course mais je lui demande de m'accorder au moins ce plaisir-là. Je suis le guide ; je paye.

Dehors, pas de mal de monde circule à pieds dans les rues environnantes.

Les décorations sont incroyables.

Je ne suis pas fan de Noël, je ne suis pas fan de la neige et de tout ce que ça entoure, mais je dois avouer que le résultat est impressionnant, et beau. J'enfile mon bonnet et mes gants quand on entame notre marche dans la rue qui illumine le visage d'Edward.

Nous ne sommes pas des enfants mais, je crois que peu importe l'âge auquel on visite ces lieux, et ça n'est pas la première fois que je viens ici, cet endroit fait toujours le même effet.

Nous sommes ébahies, littéralement.

Pendant un moment, nous marchons dans les rues du quartier, découvrant maison après maison, les centaines de décorations.

- Impressionnant n'est-ce pas ? finis-je par demander à mon vis-à-vis qui est silencieux depuis plusieurs minutes.

- Ces gens sont... quelle idée incroyable ! s'extasie-t-il dans un rire. Toutes ces décorations... Chloé serait folle de voir ça !

Ses yeux brillants me font plaisir. Il a l'air vraiment d'apprécier le quartier et toutes les décorations.

- Il faudra l'emmener, un jour. Les enfants adorent ce quartier. Plusieurs maisons sont classées pour la beauté des lieux et la magie qui règne ici.

- Ça ne m'étonnes pas. C'est vraiment beau.

- Et vous n'avez pas vu le meilleur !

Je lui lance un regard et un sourire de biais alors qu'il hausse un sourcil, curieux.

Nous passons sous les arbres illuminés de guirlandes de mille couleurs pour accéder à la rue derrière celle où nous nous trouvons.

Les lumières qui illuminent son visage sont superbes.

Il est d'autant plus beau ici, au milieu des décorations et de la neige. Je ravale mes pensées idiotes et l'emmène devant la maison la plus décoré de l'état de New-York.

La bâtisse en brique se dresse fièrement devant nous. Des dizaines d'étoiles illuminées de différentes formes couvre l'ensemble de la façade, les arbres et arbustes sont entourés de guirlandes rouges et or, et des jouets géants se dressent fièrement, dansant et diffusant de la musique de Noël qui résonne dans la rue.

Tout n'est que Noël. Tout, absolument tout.

Malgré tout, je me sens sourire devant le visage émerveillé d'Edward. C'est vrai, c'est beau. On en prend plein la vue.

- C'est réel ? demande-t-il en ne quittant pas la maison des yeux.

- Ça l'est.

On échange un sourire qui me réchauffe tout entière.

On quitte le quartier après presque une heure en remontant dans un taxi qui nous ramène plus haut dans Manhattan.

Edward à l'air... détendu, accessible. Presque... normal. En observant son profil se dessiner dans le paysage environnant, je sens mon cœur s'accélérer et une douce chaleur se diffuser en moi. Il n'est pas normal. Il est loin d'être comme les autres.

- Jacob était content de sa soirée ? demande-t-il quand on traverse le pont de Brooklyn, le taxi ralentis par les embouteillages.

- Oui, il m'a appelé ce matin. Il a été ravi que vous veniez.

- C'était gentil d'avoir proposé.

Cette fois, c'est à moi qu'il s'adresse directement. Je me sens rougir une nouvelle fois alors que je peste intérieurement. Je ne saurais réellement expliquer mon geste mais j'ai aimé l'avoir avec moi pour ce réveillon... vraiment.

- C'était une belle soirée, dis-je juste, sentant mes mains trembler.

À nouveau, un sourire étire sa bouche.

À nouveau, j'ai envie de me blottir contre lui.

- Alors, où va-t-on maintenant ? demande-t-il après m'avoir dévisagé quelques secondes dans une intensité inédite.

Je me contente de lui sourire, ce qui le fait grimacer.

- Vous ne me direz donc rien ?

- Ne rêvez pas...

Je le vois lever les yeux au ciel, ce qui m'amuse réellement.

- Vous n'aimez pas les surprises ?

- J'imagine que ça dépend de quoi on parle, avoue-t-il dans une moue enfantine qui me fait rire.

- Anniversaire surprise ?

- Je déteste.

- Quelqu'un qui débarque à l'improviste ?

Il sourit doucement, ancrant son regard clair au mien.

- J'imagine qui ça dépends qui débarque.

- Visite surprise ?

- Avec vous, ça me va.

Je souris à mon tour en secouant la tête.

- Donc, vous appréciez.

- Plus que je ne saurais vous le dire, s'amuse-t-il dans un sourire qui fait s'accélérer mon cœur.

- Bien. Vous n'avez donc pas besoin que je vous décrive notre après-midi à venir.

Prit à son propre jeu, je le vois rire en secouant la tête. Il à l'air d'osciller entre l'amusement et l'étonnement.

- Vous êtes... différente de ce que j'imaginais de vous.

- Différente ? répété-je incertaine de ce que je dois comprendre.

- Différente, confirme-t-il.

Je me mords les joues puis jette un coup d'œil à la route, tentant de me distraire de ce qu'il me fait ressentir. Nous y sommes presque. Je ne sais que penser de ce qu'il dit et je n'arrive pas à totalement saisir ce qu'il insinue. Je tente de me persuader qu'il me trouve différente en bien, et non en chose bizarre.

- On arrive à notre deuxième point de visite, l'informé-je quand le taxi atteint les bords de Washington Square Park.

Edward regard par la fenêtre un instant puis nous descendons du taxi.

Le parc s'ouvre devant nous. Ça n'est pas grand, ça grouille de monde, mais l'arche est belle et les lumières illuminent ici aussi les arbres et la fontaine de manière superbe. On fait le tour du petit parc pendant plusieurs minutes, marchant tranquillement dans le neige qui craque sous nos pas.

- C'est très joli, admet mon compagnon en me jetant un coup d'œil après avoir admiré les décorations pendant un instant.

- Effectivement, dis-je en ne pouvant détacher mon regard de lui.

Un silence passe alors qu'on se dévisage dans un silence plus lourd que précédemment. J'aimerais détourner les yeux, lui parler d'autre chose mais, là, pour l'instant je… je n'ai d'yeux que pour lui. J'ai la sensation que tout le reste autour disparait quand il me regarde de cette manière.

- Je... hum, je veux vous emmener quelque part d'autre, enfaite, avoué-je en me sentant légèrement rougir.

Son regard se voile de curiosité, pourtant, il ne dit rien quand je l'entraine à quelques rues. Ici, la foule s'est dissipée.

Nous sommes loin de brouhaha qui règne dans les rues principales en cette période et sur le parc, et le silence autour de nous me fait du bien.

On marche un moment en échangeant des banalités sur nos vies respectives.

Edward n'a pas toujours vécu à Miami. Il est né dans une bourgade de l'état de Washington, Forks, qu'il décrit comme étant le bout du monde. Sa façon d'en parler me fait rire à plusieurs reprises. Là-bas, il n'y a apparemment rien que des chasseurs et des ours mal léchés. Il a quitté son village natal à l'adolescence pour ses études et n'y a jamais remis les pieds. Sa mère a déménagé entre temps pour pouvoir se rapprocher de la ville où il étudiait, -San Fransisco- et le reste de la famille à suivit.

- Miami a donc été un choix personnel ?

- Je voulais vivre au soleil toute l'année.

- La Californie existe pour ça, fis-je remarquer en contournant un passant.

- Je préfère Miami. Je trouve que c'est une ville plus... humaine. Et puis, je vais à San Francisco régulièrement pour passer du temps avec ma mère.

- Votre frère vit là-bas aussi ?

Il hoche la tête en enfonçant ses mains dans les poches de son manteau.

- Il vit aux abords de la ville. Lui et Rosalie, sa femme, tiennent un garage qui marche bien.

- Loin des buildings de Miami, remarqué-je.

- On a un tas de différences, s'amuse-t-il en haussant les épaules. Pour autant... on est les meilleurs amis du monde.

- Vous avez de la chance. J'aurai aimé avoir un frère.

- Oh, je vous prête le mien volontiers.

J'éclate de rire sans m'en cacher, ce qui semble l'amuser réellement.

- J'ai Jacob, lui rappelé-je. Je crois que j'ai ce qu'il me faut.

- Vous êtes sûre ? Emmett est une armoire à glace, il pourrait être pratique.

- Avez-vous regardez Jacob ? Ce type... il est plus musclé que Schwarzenegger !

Il rit à son tour. Putain, ce son me colle la chair de poule à chaque fois !

- C'est vrai, admet-t-il. Donc... pas de frère et sœur ?

- Non. Je... je n'ai pas de famille à proprement parlé.

Il fronce les sourcils. Je soupire légèrement en triturant mes mains entre-elles une seconde. Comment lui dire ça ?

- Je... je n'ai pas connu mes parents. Ils sont morts quand j'étais bébé.

- J'en suis navré, souffle-t-il, soudain plus grave.

- Ça n'est rien, balayé-je en haussant les épaules. Je... enfin, si mais... je ne les ai pas connus. Je ne me souviens pas d'eux. Quelqu'un qu'on n'a pas connu ne peut pas nous manquer.

Un léger de voile de tristesse terni un peu l'éclat de ses yeux. Son père. Oui, c'est vrai… Bravo Swan.

- J'ai été de famille d'accueil en famille d'accueil, poursuivi-je, en restant volontairement légère. Je n'ai jamais eu personne à part Jacob... puis Riley. On s'est créer notre propre famille. Je crois que ça nous a suffi.

- Vous avez l'air très soudés, souffle-t-il en ignorant ma remarque sur Riley.

- Comme vous l'êtes avec votre famille, j'imagine.

Il sourit tendrement, et soudain, tout en moi s'affole. Cette douceur sur son visage me retourne tout entière, c'est incompréhensible ce que je ressens.

- Sûrement, oui.

J'inspire profondément pour me reprendre puis on contourne un bâtiment en brique. Mon point de visite se dessine, ce qui me fait sourire.

- Nous voilà devant ma rue préférée de NY ! finis-je par déclarer quand on s'arrête devant une ruelle qui forme un léger S et qui est en pente.

Le mélange de pierres anciennes et de briques est superbe. Les guirlandes éclairent la rue entière et les dizaines de petits commerçants ont décorés leurs vitrines de manières grandioses.

- On est loin de Time Square, avoué-je, soudain hésitante quand je me rends compte que l'intimité de cette rue. Je...

- C'est... c'est vraiment superbe, me coupe-t-il dans un sourire discret. Cette rue est très jolie.

- Vous voulez voir les boutiques ?

Il hoche la tête avec envie, ce qui me rassure.

Pendant une demi-heure, nous prenons le temps d'admirer chaque façade décorée avec soin.

La neige craque sous nos pas, le soleil brille haut dans le ciel, faisant luire le manteau blanc autour de nous.

Il fait froid, certes, mais la seule présence d'Edward semble me réchauffer tout entière.

Plusieurs fois, son regard croise le mien.

Plusieurs fois, il me frôle, faisant s'accélérer honteusement mon cœur... j'm'en fou presque, je ressens, seulement. Et je savoure la chaleur et les frissons qui me secouent quand son corps est près du mien comme ça. J'aime ça… pour de vrai.

Nous pénétrons dans une des boutiques -ma préférée de toutes. L'odeur de bougies et de fleurs mêlées inonde mes narines en même temps que le propriétaire nous salut joyeusement.

J'achète plusieurs bougies, et, à la caisse Edward insiste pour payer la totalité de mes achats.

- Vous n'êtes pas sérieux ! C'est pour moi !

- Et alors ? se moque-t-il en tendant déjà sa carte bleue au propriétaire qui s'amuse visiblement de notre querelle.

- Je… non ! m'exaspéré-je en lui arrachant la carte des mains, ce qui le fait se tourner vers moi.

- Isabella rendez-moi immédiatement cette carte.

- Non !

- Je…

- Vous n'allez pas payer mes bougies Edward !

- Ça me fait plaisir.

- Je… je m'en fou, bafouillé-je en le voyant faire un pas vers moi.

- Moi non.

Son bras se tend vers le mien que j'écarte au mieux, tentant de garder sa carte le plus loin possible. Sa proximité fait s'accélérer brutalement mon cœur quand son parfum vient jusqu'à moi, étourdissant mes sens. Son regard, bien que sérieux, brille d'une once d'agacement mêlé à de l'amusement. Que je lui tienne tête à se point à l'air de le mettre en joie bien que je ne comprenne pas totalement pourquoi.

- Rendez-moi cette carte bleue.

- Edward…

- Isabella, je ne compte pas vous supplier et je n'aimerais pas vous mettre dans une situation embarrassante dans cette jolie boutique alors…

- Une situation embarrassante ? répété-je, figée par la chaleur qui émane de son corps pratiquement collé au mien et qui transperce nos vêtements avec bien trop de facilité.

- Ma carte, ordonne-t-il, les yeux brillants d'un amusement qui me tord le ventre.

Quelques secondes, rien que quelques secondes, il se penche d'autant plus vers moi pour saisir sa carte bleue -avec bien trop de facilité à mon goût.

Son visage à quelques centimètres du mien, mon cœur sursaute avant d'accélérer douloureusement, impactant mon corps entier. Le désir longe brutalement mes veines, me faisant respirer plus vite alors que ma peau se pare de frissons quand ses doigts caressent les miens vaguement, avant qu'il ne m'arrache sa carte bleue des mains sans aucune douceur.

- Ma carte, ma décision, souffle-t-il la voix grave.

Incapable de ne pas ressentir quoi que ce soit, je me noie littéralement dans son regard où brule une étincelle qui me noue la gorge. Quand son regard glisse sur mon visage pour venir caresser mes lèvres, ma respiration se coupe.

Je le laisse s'éloigner la seconde d'après, incapable d'émettre un son pour protester lorsqu'il tend sa carte au vendeur pour régler mes achats.

L'espace de quelques secondes, le désir à définitivement envahi mon corps et mon âme tout entiers, et je me suis laisser submerger sans même résister un seul instant.

Je grogne littéralement quand il me tend mon paquet, un sourire gigantesque sur ses lèvres parfaites.

Qu'ai-je bien pu faire pour mériter pareille torture ?

Nous sortons de la boutique sous mes grognements, ce qui l'amuse littéralement.

- Ça n'est que quelques bougies, fait-il remarquer en reprenant notre marche dans la petite ruelle enneigée, cessez d'être aussi dramatique !

- Je suis dramatique ? m'agacé-je en voyant combien mon comportement de folle furieuse l'amuse.

Ses yeux brillent d'une étincelle de fierté qui me donne envie de… arg !

- Quelle sera donc votre réaction quand je vous offrirai un bateau ? m'interroge-t-il avec sérieux, me faisant m'arrêter au beau milieu de la ruelle.

- Quoi ?

- Je plaisante ! s'empresse-t-il de dire avant de rire à gorge déployée.

- Ça n'a rien de drôle !

Ma réaction amplifie son rire. Bon sang ce qu'il peut être arrogant ! A nouveau, il s'approche de moi alors que je fulmine littéralement, amplifiant son rire quand je tente de m'échapper et qu'il me ramène contre lui en m'attrapant par le coude.

- Vous êtes…

- Vous ne pouvez pas simplement dire merci et passer à autre chose ? demande-t-il en retrouvant son sérieux, son regard brillant de son jeu s'accrochant au mien.

- Je… merci, marmonné-je, soudain nerveuse. Mais, je… pas de bateau Edward, jamais.

Son sourire presque invisible étire ses lèvres, me faisant frissonner sous la chaleur et l'intensité de son regard.

Il me faut toute la force du monde pour quitter ses bras et le désir que sa proximité provoque en moi pour reprendre notre balade.

À la sortie de la rue, une nouvelle fois, nous avons un débat animé sur les chats et les chiens. Je ne sais comment nous en sommes revenus à en parler mais, bon sang, cet homme ne lâche-t-il jamais l'affaire ?! Je n'arrive pas à croire qu'il ose dire que ces animaux adorables ne servent à rien !

- Ils sont bien plus propres que les chiens, grimacé-je avec dégout.

- Un toilettage et c'est réglé !

- Je n'arrive pas à croire que tu sois à ce point convaincu par ces bêtes sales et puantes !

- Je n'arrive pas à croire que tu sois attiré par ces animaux diaboliques ! Combien de romans tragiques parlent de chats noirs ?

Ma bouche forme un rond parfait alors que j'ai envie de rire et de grogner en même temps. Il ne laisse donc jamais tomber ?

- Ça n'est que des légendes !

- J'n'y crois pas un seul instant !

J'éclate de rire sous ses yeux réjouis alors que mon cerveau me cri que nous venons de nous tutoyer sans y faire attention. Je n'ose pas imaginer ce qu'il en pense ! Nous nous sommes vouvoyez tellement, tellement de temps que lui dire tu me parais étrange et déplacé mais après ce début d'après-midi avec lui... j'ai du mal à ne pas avoir envie de le faire ; Il est tellement... humain, drôle, accessible et gentil. J'espère seulement que cela ne le dérange pas et que...

- Où est-ce que tu m'emmènes maintenant ? demande-t-il en se tournant totalement vers moi quand mon regard se perd dans la rue, perturbée par les questions qui me torturent pour rien.

Visiblement, le tutoiement ne le gêne pas autant que moi. Pourquoi ai-je besoin de me faire une montagne de tout ?

- Je ne dirais rien ! Tu vas voir.

Un sourire époustouflant illumine son visage entier. Je ne sais pas bien si cela vient de ma réponse ou du tutoiement mais, qu'importe, savoir que je suis à l'origine de ce sourire fait décoller mon cœur.

Nous marchons quelques blocs pour remonter plus haut dans la ville, retrouvant l'effervescence d'Union Square.

- Un marché de Noël ? s'étonne-t-il quand l'entrée de celui-ci se dresse fièrement devant nous, deux sapins géants tenant une banderole or et rouge.

- Pas un, le marché de Noël.

- Le ? se moque-t-il en pénétrant dans la première allée de ce dernier.

- Le, confirmé-je dans un regard noir à son attention. C'est, à mes yeux, un des plus beaux de la ville.

- C'est vrai que c'est vraiment très joli, approuve-t-il sans me quitter des yeux une seule seconde.

Je me sens rougir, et son sourire s'agrandit, visiblement ravi de l'effet qu'il me fait. Il me trouve jolie ? Vraiment ?

Les musiques de Noël s'enchainent à travers les stands, et je m'émerveille d'un rien, ce qui amuse visiblement mon partenaire. Il se moque plusieurs fois ouvertement de moi, m'avouant finalement qu'il me trouve adorable de cacher ma passion pour Noël à ce point.

- Je n'ai aucune passion pour Noël, fis-je remarquer en me vexant faussement, ce qui amplifie son sourire.

- Tes yeux brillants crient le contraire !

Je lève les yeux au ciel. Mes yeux brillants... non mais franchement !

- Ma mission pour te faire aimer la neige va peut-être être plus facile que ce à quoi je m'attendais finalement, continue-t-il en ignorant mon regard meurtrier.

Ai-je dit que cet homme était adorable ?!

- Ah ah ah ! Laisse-moi m'étouffer de rire avant ça. Je n'aime pas Noël. Rien n'est merveilleux à Noël ! Je trouve ridicule de s'extasier devant autant devant un mensonge.

Ma phrase le fait s'arrêter au milieu de l'allée, laissant des passants qui nous bousculer quand je me tourne vers lui.

- Noël n'est pas un mensonge, mon contredis-t-il l'ombre d'un sourire sur les lèvres.

- Si.

- Non ! C'est une fête.

- Et le père Noël ?

- De la magie.

Je retiens mal un rire sarcastique alors qu'il a l'air plus sérieux, à présent. Il me dévisage un instant dans un silence qui fait naitre une bouffée d'incertitude en moi. Qu'a-t-il à me regarder comme ça ?

- Pourquoi toute cette colère contre Noël ? finit-il par demander d'un air presque grave.

Je me sens déglutir, perdant mon sourire un peu plus.

- Noël a été pendant des années inexistant, avoué-je en haussant les épaules avec désinvolture.

Je me demande brièvement pourquoi j'ai la sensation que lui raconter ça va me soulager alors qu'on se connait à peine…

J'aimerais que dire cela ne me fait rien, mais mon cœur se serre malgré moi. La petite fille en moi n'a toujours pas guérie, je le comprends à cet instant et l'impact est vif, piquant.

- Je n'étais jamais en famille, pour Noël, continué-je en détournant le regard de ses yeux qui me scrutent avec attention pour observer mes mains.

J'ai réellement besoin d'une distraction. La façon dont il me regarde…

Je repositionne mon gant nerveusement, incapable d'ignorer mes tremblements. La main d'Edward atterrie sur la mienne la seconde d'après.

Mon cœur loupe plusieurs battements quand je relève le menton vers lui, incapable de ne pas le faire. J'ai la sensation d'être happée, littéralement. Je veux le voir. Je veux le voir, vraiment. Lui… et seulement lui.

L'air crépite quelques secondes tandis que je me perds dans l'intensité de son regard où flotte des tas d'émotions indéchiffrables.

Autour de nous, la fête, le cidre chaud, la musique, la neige, les rires des passants... mais je ne vois que lui.

Nos doigts se mêlent en silence, ignorant les tambourinements de mon cœur et tout ce que son contact fait naitre en moi.

Il ne dit rien pendant plusieurs longues secondes alors que mon corps entier se réchauffe. Son contact m'apaise, et son parfum affole mon cœur quand il s'approche un peu plus de moi, m'entourant d'une brume cotonneuse et douce dans laquelle j'ai envie de rester pour toujours.

- Donc, je vais devoir te faire aimer la neige, et Noël.

Je me mords la lèvre nerveusement, voyant l'amusement le traverser légèrement, détendant l'atmosphère lourde d'émotions autour de nous.

- Ça en fait des missions, murmuré-je, incapable de parler plus fort.

- J'ai tout mon temps, avoue-t-il en souriant doucement.

Bordel.


Hello !

Je sais, je suis en retard.

Je sais, ça n'est pas l'heure de publier mais... bon, on fait ce qu'on peut !

Ceci étant dis, je tiens à vous souhaiter la plus belle des années pour 2021 ! J'espère que celle-ci nous apportera la paix, la santé, et l' de joie, de partage, de rire, et de lecture (et d'écriture) :) Je vous le souhaite de tout cœur !

Vous me laissez un mot ? J'aimerais savoir ce que vous ressentez là, maintenant.

J'vous embrasse, merci pour tout.

Tied.