Résumé : Fiers de leur atelier de réparation d'objets magiques, Ron et George se voient confier une boite ensorcelée responsable de la mutilation d'une adolescente. Leur mission : lever le sort. Quand ils réalisent que l'artefact appartient à la famille Malfoy dont le dernier survivant a disparu depuis cinq ans, ils sont irrémédiablement entraînés dans une dimension plus complexe et intime.
Disclaimers : L'univers de Harry Potter et les personnages ne m'appartiennent pas. Je ne fais que les emprunter.
Notes : Vous le savez : voici le dernier chapitre de cette histoire, et je dois bien avouer que j'en suis assez fière. Vos messages, que j'ai beaucoup apprécié, m'ont presque fait douter. L'affaire de la boite à secret est résolue et les derniers détails enfin réglés par les bons soins de George Weasley ! Il fallait donc bien arrêter à un moment de raconter cette histoire, sinon, ça ne ressemblerait à rien...
Merci-merci-merci pour vos reviews et à ceux qui continuent à lire !
Je vous souhaite donc une bonne lecture et vous retrouve à la fin de ce chapitre pour une note finale.
Chapitre 10
Phénix
Personne dans la famille Weasley et son entourage proche n'avait connu de deuil depuis la fin de la guerre. Il y avait bien quelques enterrements de temps à autre, mais personne dont on ne connaissait ne serait-ce que le nom. La vie avait pleinement repris son cours et on ne vivait plus dans la crainte de perdre un être cher. Aussi personne n'était préparé au décès d'Andromeda Tonks.
La nouvelle était arrivée un dimanche matin par hibou, alors que Harry se trouvait dans la cuisine du Terrier. Tout le monde savait la vieille femme malade et hospitalisée à Sainte Mangouste. Harry s'occupait de Teddy depuis près d'un mois, emmenant l'enfant voir sa grand-mère à l'hôpital aussi souvent que possible. Ron et Hermione étaient allés lui rendre visite au cours de la semaine, prenant conscience de son état de santé précaire.
Malgré la situation critique, le hibou de Sainte-Mangouste adressé à Harry en tant que parrain du jeune Teddy fit irruption dans la cuisine en ébranlant l'atmosphère joyeuse des dernières semaines. Molly s'affaissa lourdement sur une chaise avant de prévenir le reste de la famille. En quelques heures, tout le monde connaissait la triste nouvelle et les condoléances pleuvaient auprès de Teddy.
Très vite, Ron et Hermione étaient venus prêter main forte à Harry pour l'aider dans les démarches. Ils avaient souhaité que les obsèques se déroulent dans l'intimité, refusant la médiatisation et l'intervention du Ministère. Selon les organes officiels, la mère d'une héroïne de guerre ayant collaborée avec le fameux Ordre du Phénix méritait une attention particulière. D'un commun accord, les trois amis décidèrent d'organiser la veillée funèbre le surlendemain au domicile de la vieille sorcière.
Ron, Hermione et George décidèrent de fermer l'atelier quelques jours. Ron, qui était celui que la nouvelle affectait le moins, négocia avec le mage pour obtenir une cérémonie magique digne de la vieille femme. Il avait opté pour un style classique et traditionnel, ressemblant à la défunte. George s'était chargé de la veillée funèbre et des invitations. Il y avait finalement peu de proches à prévenir mais un nombre non négligeable de sorciers qui connaissait Andromeda. Les hommages s'étaient succédé toute la journée tandis que des hiboux déposaient des fleurs au pas de la porte.
Pendant ce temps, épaulé par Hermione, Harry avait été occupé à régler les dernières démarches auprès de Sainte-Mangouste. L'officialisation de la garde de Teddy était le plus urgent et le Ministère, fidèle à sa réputation, ne facilitait pas les choses en réclamant des pièces aussi inattendues que mystérieuses. Était-il réellement nécessaire que Harry fournisse une attestation officielle justifiant de son statut de sorcier éduqué sur le sol britannique ? Où donc pouvait-on se procurer un certificat d'habitation décente aux normes réclamées par le Ministère ?
La famille Weasley s'était rassemblée au cours de la journée, envahissant le Terrier peu à peu. Seul Charlie ne pourrait pas être présent, une campagne de reproduction des dragons était en cours et il ne pouvait quitter la Roumanie aussi soudainement. De manière un peu ridicule, les discussions se tenaient à voix basse, conservant une atmosphère inutilement feutrée jusqu'au début de la veillée au domicile d'Andromeda.
Aux alentours de minuit, Ron avait observé le mage dessiner des cercles magiques autour du corps exposé de la vieille femme et entonner un chant. Les invités s'étaient tous regroupés, la baguette levée et associant leur magie. Ils s'étaient ensuite tous relayés à son chevet jusqu'au levé du soleil.
Après le temps de recueillement, Ron descendit dans le salon retrouver Percy et Bill. Assis dans un fauteuil peu confortable, il avait regardé distraitement les invités aller et venir dans la maison. Molly qui vérifiait le sommeil des enfants, Kingsley, le vieil ami d'Andromeda, qui ne savait pas où asseoir son grand corps, Hermione qui s'assurait que tout se déroulait convenablement. Harry était adossé à la table de la cuisine, discutant avec Arthur tandis que George donnait un coup de main à Ginny pour préparer la tisane. Bill étouffa un bâillement et s'enfonça un peu plus dans le canapé avant d'interroger ses deux frères.
« Il est toujours là-haut ? »
Percy confirma.
« Je ne m'attendais pas à le voir apparaître ici ce soir !
- Le plus curieux, c'est qu'il ait été prévenu de la veillée, dit Percy jetant un regard suspicieux à Ron. »
Quelques heures plus tôt, Draco Malfoy avait fait son apparition suscitant l'incrédulité chez la plupart des invités. Lui qui avait disparu cinq ans plus tôt réapparaissait à l'enterrement de sa tante. Sa présence avait fait se souvenir qu'Andromeda restait aujourd'hui sa plus proche famille.
En le voyant sortir de l'imposante cheminée, traînant derrière lui un Leonis intimidé par tant de sorciers inconnus, Ron soupçonna que la vieille dame entretenait des relations régulières avec son neveu. Seuls quelques très rares privilégiés avaient accès à la cheminée d'Andromeda. Manifestement, Draco avait obtenu la confiance de la vieille femme, même si Ron n'en était finalement pas étonné.
Un silence pesant s'était fait à son apparition. Personne n'aurait osé créer le moindre esclandre un jour d'enterrement, mais si l'accueil du sorcier n'était pas agressif, aucun ne semblait savoir comment réagir tant sa présence était inattendue. George et Hermione avaient disparu il ne savait où. Aussi, Ron lui avait tendu la main l'entraînant à l'étage où reposait Andromeda sous les regards circonspects du reste des invités.
C'est dans ces moments-là que Ron percevait nettement le poids de sa famille. Il sentait les interrogations de ses frères qui ne manqueraient pas de se liguer pour lui tirer les vers du nez. Il savait aussi que Molly mourrait d'envie de l'interpeller, vexée de ne pas avoir été dans la confidence alors que Ron lui-même n'avait pas pensé que Draco Malfoy viendrait. Il devinait non loin de lui Ginny et ses belles-sœurs qui s'empresseraient de monter des hypothèses sans fin.
Percy et Bill, en tant qu'aînés de la fratrie, devaient se sentir investis d'une forme de responsabilité. Ils étaient les premiers à passer à l'attaque. Tous deux assis nonchalamment, ils n'étaient même pas subtiles dans leur approche.
Quoiqu'il en soit, Ron n'avait pas d'explications à leur fournir. Il n'en disposait pas lui-même. Il avait bien vu que Draco Malfoy était à l'aise dans la demeure, la connaissant sans doute plus que la plupart des convives. L'attitude de l'enfant qui avait demandé à voir sa Grand-mère avant de filer en vitesse à l'étage le laissait aussi pantois. Au vu de leurs dernières activités professionnelles, il était évident que Hermione, George et lui seraient les plus à même d'expliquer la présence du sorcier ici. Pourtant, faute de réponse, Ron ne savait pas comment gérer la pression de ses frères.
« Allez embêter George, plutôt, dit-il avec humeur. C'est lui qui s'est occupé des invitations. »
Percy grimaça car George serait bien plus difficile à aborder et il n'assouvirait très certainement pas sa curiosité auprès de lui. Bill semblait en être arrivé à la même conclusion car il laissa sa tête retomber sur le dossier du canapé.
Draco Malfoy s'était fait très discret le reste de la soirée, descendant pour laisser d'autres se recueillir et veiller sur la défunte. Il se réfugiait dans le jardin ou dans un coin de la bibliothèque, acceptant parfois un tasse de thé avant de disparaître quelque part. Personne ne pouvait se plaindre de sa présence, il semblait se fondre dans le décors et aurait presque pu faire se faire oublier. Si seulement il n'avait pas été porté disparu du monde sorcier depuis plusieurs années.
Bill ferma les yeux un moment. Ron crut qu'il s'était endormi avant qu'il ne les rouvre pour accepter la tasse que lui tendait Ginny. La soirée éprouvait les nerfs de tout le monde, la tisane était la bienvenue.
Ron sentit avec délectation les effluves de menthe verte. Elle devait provenir de la réserve d'Andromeda. Il s'étira longuement, détendant ses muscles engourdis puis se leva avec soulagement. Ce fauteuil était d'une jolie couleur verte, assortie pleinement au mobilier du salon, mais le rembourrage et l'inclinaison du dossier empêchait de lui trouver un quelconque confort. Le dos de Ron pouvait en témoigner. Ce dernier massait son épaule droite tout en avançant lentement vers la cuisine où George se trouvait encore.
Dehors dans la nuit claire, Draco était assis sur le muret séparant la cour du jardin. Il avait seulement besoin d'un peu de calme un instant, et ce lieu isolé tombait à pic. Il bénéficiait de la vue sur la végétation encore ondoyante du début de l'été. Deux magnolias arboraient leurs premières fleurs de la saison dont les pétales blanches épaisses luisaient dans la pénombre. Plus loin, on apercevait la serre derrière la haie de buis et les parterres fleuris. La nuit était claire et l'on distinguait assez bien, suspendue à l'un des arbres, la balançoire que Leonis aimait tant. Elle avait servi à d'autres générations avant lui, s'il fallait en croire les marques laissées par la chaîne sur la solide branche. Les feuilles bruissaient dans un léger vent doux tandis que les insectes nocturnes vaquaient à leurs occupations. Une belle nuit d'été en somme.
L'atmosphère apaisée soulageait Draco qui se sentait las, fatigué de cette journée interminable. Il aurait aimé ne pas être là, faire comme si Andromeda était toujours là, continuer sa vie. Venir le dimanche et croiser le regard serein de sa tante. Le cœur de Draco se serra et il eut soudain envie de pleurer.
C'était un sentiment peu commun pour lui. Ça l'avait pris par surprise, malgré lui, échappant à son contrôle. Inattendu. Presque honteux. La pression dans sa poitrine avait grandit tout à coup. Le haut de sa gorge gonflée, il sentait sa respiration fébrile et le tremblement à peine perceptible de sa mâchoire. Les yeux piqués, la vue presque brouillée, il ne put retenir un reniflement.
Malgré toutes les épreuves vécues ces dernières années, il n'avait pas pleuré une seule fois. Ni la guerre, ni son exil en terre moldue ne lui avaient arraché de larmes, et pourtant, Merlin seul connaissait la dureté de ces épreuves. Après plusieurs années à maintenir un semblant de calme, toujours sur ses gardes, les événements des dernières semaines l'avaient durement éprouvé, plus qu'il le pensait lui-même. La mort d'Andromeda menaçait maintenant de faire sauter la digue qui retenait encore ses émotions.
La solitude était la bienvenue dans la quiétude de ce jardin. Derrière lui, les proches d'Andromeda veillaient. Il ne se sentait pas à l'aise avec eux. Ils ne les connaissaient pas. Leurs regards et leurs questionnements sur sa présence devenaient pesant. Ici, sur le muret, il se sentait un peu plus éloignés de tout ça, gagnant un moment de répit nécessaire pour reprendre contenance. Il inspira profondément.
L'attention générale était davantage portée sur Teddy. Il ne s'en plaignait pas. L'enfant avait perdu la grand-mère qui l'élevait la moitié du temps, et chacun compatissait au manque ressenti par le garçon. Harry aussi était supposé être touché, Andromeda étant devenue une sorte de proche parent par l'intermédiaire de Teddy. Draco savait l'amitié que lui témoignait la vieille femme.
Tout au long de la soirée, Draco avait perçu les hésitations des adultes à son encontre. Quand Leonis avait affirmé fièrement que Andromeda était aussi sa grand-mère, il s'était gardé de démentir alors que les propos de l'enfant témoignaient du lien affectif profond que son fils et lui entretenaient envers la défunte.
A cette pensée, Draco sentit la boule dans sa gorge revenir et ferma douloureusement les yeux. Dans son état de vulnérabilité, il aurait préféré être loin d'ici. Il n'arriva même pas à ressentir une pointe d'agacement quand il entendit quelqu'un approcher. Au son des graviers sous les pas, il sut que la personne s'approchait de lui, et finit par arriver à son niveau. Les yeux toujours clos, il devinait qu'elle s'était assise sur le muret, à peine à un mètre de lui. Un peu plus et il identifiait l'empreinte magique. Il se demanda fugacement si ignorer l'autre pouvait suffire à le faire disparaître.
Il se décida enfin à regarder dans la direction de l'arrivant, et découvrit Ron Weasley fixant distraitement un point sur l'horizon. Il semblait aussi songeur que Draco mais bien moins affecté que lui. Il restait là, sans bouger, silencieux, juste à attendre dans une attitude ouverte et engageante.
Serein. C'est le mot qui lui vint à l'esprit pour le qualifier. Et immédiatement, il accepta sa présence à ses côtés. Ses épaules se relâchèrent. Il était trop confus pour ne pas être sensible à cet air paisible et confiant que dégageait l'autre, lui rappelant ostensiblement Andromeda. Plus tard, il réfléchirait à la signification d'une telle comparaison. Là, à cet instant, il laissa juste Ron rester assis à un mètre de lui.
Les frères Weasley étaient décidément bien différents de l'idée que Draco pouvait s'en faire. Il se demanda vaguement si son état d'esprit actuel ne biaisait pas sa perception des deux hommes. Mais les faits étaient devant lui. En temps normal, il n'aurait pas accepté aussi facilement quelqu'un être témoin de sa faiblesse actuelle.
« Toutes mes condoléances, Malfoy. »
Draco ne s'y attendait pas. Personne ne lui avait encore adressé quoique ce soit. Malgré lui, il se sentit reconnaissant. Ils n'étaient plus les adolescents de Poudlard à se chercher querelle. L'animosité qu'ils avaient entretenue à coup d'insultes et de noises en tout genre ne signifiait plus rien aujourd'hui. Draco le premier pouvait en témoigner mais cela n'indiquait pas pour autant une quelconque affinité entre eux.
« Je ne te l'avais pas encore dit, alors je pensais que c'était approprié. »
La voix de Ron était posée, juste au dessus du murmure mais parfaitement audible. Il semblait sûr de lui et de ses propos, sincère.
« C'était ta tante, après tout. Je pense qu'on n'a pas réalisé que c'était une de tes parentes. Je ne peux pas imaginer ce que tu dois ressentir, Malfoy, mais vous aviez l'air proches. Je suppose que tu dois être affecté. Ce serait compréhensible, du moins. »
Ron chassa un moustique d'un geste souple de la main. Draco pensa à l'adolescent ingrat qu'il avait connu. Le gamin dégingandé et malhabile n'existait plus. Il ne discernait aucun dédain, aucune antipathie, bien au contraire. Il avait affaire à un homme en paix avec son passé, le considérant dorénavant avec détachement.
Quoiqu'il pourrait se forcer à croire, la disposition de Ron Weasley à son égard lui importait. L'approche signifiait plus qu'une simple reconnaissance de sa peine et du deuil qu'il traversait. Draco ne pouvait ignorer la main tendue avec finesse.
« Merci, souffla finalement Draco. »
La nonchalance de Ron était apaisante dans cette journée troublée et morne. Ce dernier examinait toujours l'horizon, évitant ostensiblement de l'observer. Draco ne pouvait que se sentir reconnaissant pour son attitude. Son état émotionnel précaire, la nonchalance qui émanait que Ron suffisait à le laisser se résigner.
« J'ai eu plus d'affection pour Andromeda que pour mes propres parents, confia-t-il. Et de loin. J'ai été incapable de pleurer leur mort. N'est-ce pas odieux de se sentir si indifférent et de n'en éprouver aucune honte ? Je n'ai pas assisté à leurs enterrements et je n'arrive pas à le regretter. Andromeda mérite d'être pleurée. Elle m'a accueilli inconditionnellement, comme si j'étais son propre fils. Elle disait que j'avais hérité du côté Black, n'en déplaise à mon père. Elle ne le supportait pas. »
Il s'interrompit un instant, avalant sa salive difficilement. Ron resta effacé, conscient que le moindre geste, le moindre son pourrait avoir des conséquences désastreuses.
« Elle disait que je ressemblais à Nymphadora, mais je ne sais pas ce qu'elle voyait en moi pour lui donner de telles idées. C'était une femme admirable et je ne l'ai jamais remerciée pour tout ce qu'elle a fait pour moi. Je ne le pouvais pas, pas encore. J'ai toujours besoin d'elle. »
Draco était sur le point de fondre en larmes, accablé par la prise de conscience que Andromeda représentait une figure maternelle. Il réalisait tout juste la profondeur du lien qu'il entretenait avec sa tante. Le moment était sûrement mal choisi, mais il ressentit une forme de soulagement.
« C'est elle qui m'a accueilli quand j'ai fuit les Mangemorts en sixième année.
- On l'avait appris par Remus.
- Avant de retourner à Poudlard, elle m'a serré dans ses bras. J'aimais ma mère ne l'avait fait avant. Je suis resté deux mois ici. J'y ai vécu peu de temps finalement, mais je me suis senti chez moi. »
Il se tut un moment, profitant du souffle du vent. Le bas de leurs robes voletait légèrement. Au loin, une chouette hulula et le son résonna contre les murs de la maison.
« Andromeda voulait emmener Leonis faire de la barque dans les marais de Cornouailles. Elle disait que c'est le lieu idéal pour observer les lutins et manger les meilleures glaces à la menthe. Je ne sais même pas si je pourrais revenir ici avec lui. Il adore faire de la balançoire. Andromeda ensorcelait la branche pour qu'elle se balance toute seule, ça l'amusait beaucoup. »
Draco sembla un instant se rappeler que Ron l'écoutait. L'oreille était attentive mais n'en était pas moins inhabituelle. Depuis Poudlard, il ne l'avait croisé qu'une seule fois à l'hôpital lors de l'hospitalisation d'Andromeda quelques jours plus tôt. Si Draco était troublé par la mort de sa tante et que son comportement dépassait de loin sa retenue habituelle, Ron, malgré son flegme, ne pouvait ignorer leur situation atypique.
Il confiait ses peines en de très rares occasions, et rarement de vive voix, partageant peu ses pensées les plus intimes. Son éducation profondément ancrée lui intimait de garder une réserve maîtrisée et un contrôle constant de ses émotions. S'y attarder plus longtemps que nécessaire était inconvenant et source de désagréments. S'il lui arrivait de déroger aux percepts éducatifs, Ron n'était à première vue pas le candidat idéal pour recevoir ses confidences, malgré la paix qui semblait s'être instaurée entre eux.
Ces dernières semaines, les frères Weasley lui avaient témoigné plus de sympathie et de respect que n'importe quel autre sorcier. Ron semblait sincèrement attentif à ses paroles. Les deux frères allaient au-delà de la simple indifférence respectueuse envers lui. Draco nota avec ironie son inexplicable propension à faire naître des sentiments positifs à son égard chez les Griffondors. Des Weasley. Il ne pouvait de toute façon pas lutter, c'était actuellement au dessus de ses forces.
« Andromeda était mon seul contact avec le monde magique. Jusqu'à ce que vous me trouviez. »
L'aveu plana entre eux.
« Tu ne peux plus rester caché chez les moldus, Malfoy, plus maintenant.
- Bien sûr que si, je peux, répliqua Draco.
- La guerre est finie, tu ne risques plus rien. »
Draco évita son regard et joua du pied avec un caillou. Les confidences prenaient une tournure étrange. Était-il en train de le convaincre de réapparaître dans le monde sorcier ?
« D'ailleurs, je ne me cache pas. Vous m'avez trouvé facilement à ce qu'il me semble.
- Ce n'est pas la question. »
Draco ne voulait pas y réfléchir. Depuis l'apparition inattendue de George et Hermione à l'étude, les événements s'étaient enchaînés sans qu'il ne puisse rien faire. Il s'était senti impuissant, constatant de jour en jour le délitement de la vie qu'il avait construit difficilement. Son équilibre précaire s'était vu ébranlé toujours un peu plus, ravivant sa peur et le submergeant d'émotions toutes plus incontrôlables. Il était épuisé, les nerfs à vif.
La décès d'Andromeda sonnait le glas de son exil dans le monde moldu. Les menaces qu'il avait fuies cinq ans auparavant s'étaient atténuées. La peur brute de la mort imminente n'avait plus lieu d'être. Mais il n'avait pas besoin qu'on lui rappelle l'inconnu dans lequel il devrait bientôt plonger.
« Et puis ton fils finira par entrer à Poudlard. »
Les yeux de Draco s'écarquillèrent de stupeur. Il n'était pas certain de souhaiter poursuivre cette conversation. Leonis n'avait aucune raison d'apparaître dans leur conversation comme un argument.
« Tu devrais parler à Harry.
- Ça ne te regarde pas.
- Tu as raison. »
Ron n'avait pas insisté, le terrain était glissant, tout deux en avaient aussi bien conscience que l'atmosphère de tension qui commençait à se tendre. Ce n'était pas ce qu'il voulait. Le chemin pour arriver à cette conclusion n'avait pas été aisé, et son amitié pour Harry mise à rude épreuve. La paix était revenue dans le monde sorcier et il était temps que chacun retrouve une voie vers le bonheur. Si celle de son meilleur ami pour y parvenir semblait bien trop tortueuse, il n'enviait pas celle de Draco Malfoy.
Ron sortit d'une de ses poches une carte qu'il tripotait. Il semblait réfléchir à la suite. Draco cru reconnaître une des cartes de visite de l'étude.
« Quoique tu décides, Malfoy, je ne serai pas ton ennemi. »
Finalement, Ron se leva du muret et réajusta sa robe de sorcier d'un mouvement inutile. Il s'apprêtait à retourner à l'intérieur où une tasse de thé l'attendait probablement. Il observa longuement Draco Malfoy resté seul. Ron semblait hésiter, son corps dans une posture d'indécision. La parenthèse dans cette nuit était sur le point de prendre fin et il lui appartenait d'y apporter la conclusion. Il mesura l'enjeu, l'importance de ce qu'il dirait face à la vulnérabilité de Draco. Il n'avait pas planifié cet échange et la tournure des propos, mais ils y étaient et il regretterait toute sa vie de ne pas aller au bout.
« Harry a gardé les lettres que tu lui as envoyé, confessa Ron alors qu'il s'éloignait. Elles sont toujours sur lui dans l'une de ses poches. »
Draco n'avait rien entendu de plus tangible concernant sa relation avec Harry depuis longtemps. Les allusions de George Weasley quelques temps plus tôt ne comptaient pas. Le danger des premières années les avait conduit à s'enliser dans le silence, conduisant à une réalité trouble, impalpable, dans laquelle il était permis de douter de l'existence-même d'une relation. A évoquer pudiquement quelques lettres écrites fiévreusement plusieurs années plus tôt, Ron ouvrait-là impitoyablement la voie à d'innombrables réflexions.
Au début, Draco avait pris soin d'éviter de trop penser, son instinct concentré pour survivre à la guerre. Focalisé à les maintenir en vie, son fils et lui. Et Harry en premier lieu. Penser épuisait, distrayait, égarait. Il n'avait pas le luxe de gaspiller son énergie.
Après, au fil des mois et des années, quand le danger était retombé, il avait seulement continué à vivre, loin d'un monde auquel il n'appartenait plus tandis que la découverte des moldus impliquait une attention permanente. Il était bien moins difficile de reléguer les pensées que d'y faire face au risque de perdre définitivement pied. Sans réalité concrète dans laquelle les ancrer, toutes les questions de Draco étaient destinées à rester sans fin. Et Ron redonnait une substance à ces tourments.
Draco s'était retourné vivement vers Ron. Ce dernier remontait l'allée vers la maison d'Andromeda et bientôt il disparaîtrait à l'intérieur.
« Weasley, appela-t-il. Pourquoi tu me dis tout ça ? »
Ron s'arrêta pour regarder Draco.
« Je pensais que tu devais être mis au courant, déclara-t-il.
- Tu fais ça souvent ?
- Quoi ?
- L'ingérence dans la vie de tes amis. »
Ron soupira lourdement et revint à sa hauteur.
« Non, je ne le fais pas. J'ai juste eu l'impression que tu avais besoin de le savoir. »
Avant que tu ne disparaisses définitivement.
« Tu aurais dû être réparti à Poufsouffle.
- Je ne suis pas le seul, crois-moi, répondit Ron en le désignant de l'index.
- Je ne comprends pas.
- Dis-moi, Malfoy, oserais-tu prétendre que tu ne l'aimes plus ?
- Je n'ai jamais affirmé le contraire.
- Harry est bien plus secret qu'il n'en laisse paraître. Il ne le montre pas mais il n'est pas heureux.
- Ce n'est effectivement pas l'impression qu'il donnait à ses fiançailles. »
La voix de Draco s'était faite amère. Il avait senti la baguette transpercer son cœur quand quelques mois après la chute de Voldemort la Gazette ouvrait sur une photographie du couple de l'année.
« A l'époque, ni Harry, ni personne ne pouvait se douter que tu t'efforçais de protéger Leonis. Ça devait ressembler plus à un abandon qu'à autre chose. Je pense simplement qu'aujourd'hui tu as plus de cartes en main que lui et tu es le plus réfléchi de vous deux. Tu as truffé tes lettres d'indices mais Harry est incapable de les déchiffrer. »
Ron s'était remis à manipuler le carton de visite. Les mots étaient choisis soigneusement.
« J'ai eu suffisamment d'arguments sous les yeux ces dernières semaines pour me rendre compte de l'amour que vous vous portez. Et je ne parle pas de l'existence-même de votre fils. Alors plutôt que de constater, impuissant, à la détresse silencieuse de mon meilleur ami, je t'informe qu'il n'a jamais cessé de t'aimer, et j'espère que tu agiras d'une manière ou d'une autre.
- Il ne suffit pas de s'aimer pour réparer les choses.
- Ce n'est pas ce que je te demande, Malfoy. Donne-vous juste une chance d'avancer, dans n'importe quelle direction. »
Ron s'éloignait à nouveau. La brise devenait plus fraîche à mesure que la nuit avançait et Draco frissonna. Harry apparut sur la pas de la porte. Il semblait chercher son ami.
« Ron ?
- J'arrive. »
Ron rejoignit son meilleur ami à l'intérieur. Un groupe devait être réuni aux alentours à en croire les voix étouffées qu'il percevait.
Avant de disparaître dans la maison, il fit une dernière pause à l'attention de Draco.
« Penses-y, Malfoy. »
Dans la pénombre, il ne vit pas Draco hocher lentement la tête, le cœur lourd. Ce dernier, la tête penchée en arrière, les yeux clos, profitait encore un peu du calme de la nuit. Bientôt, les premières lueurs du jour apparaîtraient sonnant la fin de la veillée, le début d'un nouveau jour.
...
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Voici donc la fin de cette histoire. La dernière partie de ce chapitre est aussi une des premières que j'ai écrites. J'avais une vision assez précise de la manière dont je voulais le point final avant même d'écrire le début. Il m'aura fallu six mois pour écrire cette fanfiction en entier et faire des recherches aussi amusantes qu'inutiles sur la marqueterie, l'art de la conversation et les constellations. Pour ébaucher ces textes auront été nécessaires un vieux bloc note promotionnel pour une assurance et un cahier d'écolier bleu grand format, faute de mieux disponible au supermarché.
Je suis assez fière d'avoir mis un point final à cette histoire. C'était important pour moi de finir l'écriture avant de publier quoique ce soit. D'une part parce qu'en tant que lectrice, je suis toujours frustrée quand les fanfictions sont abandonnées au milieu et je ne voulais pas reproduire ce que je n'apprécie pas. D'autre part parce qu'il m'a fallu écrire l'histoire dans son ensemble, et dans le désordre, pour en apprécier l'équilibre et faire les ajustements nécessaires. Parfois mêmes de gros ajustements. Il y aurait sans doute encore beaucoup de travail pour un meilleur résultat mais il m'aurait fallu plus de temps, d'énergie à accorder et d'envie pour poursuivre. J'ai écrit cette fanfiction pour le plaisir avant tout donc je me suis arrêtée ici.
J'espère que l'histoire vous aura plu. Il reste de nombreuses zones non explorées. Vous me l'avez bien fait comprendre ! Je suis très attentive à ce que vous écrivez dans vos reviews, et j'ai douté de cette fin... J'espère que, malgré tout, vous n'êtes pas trop déçus ! Pour certains points, j'ai bien sûr une idée assez précise de "l'histoire qui n'est pas racontée". J'ai fait le choix de ne pas tout approfondir et de me concentrer sur l'histoire principale : la boite à secret, une bribe de l'histoire de Draco et Harry, et surtout le devenir des deux frères Weasley dans la période d'après-guerre. En tout état de cause, je vous laisse imaginer ce qu'il se passe à la périphérie de cette histoire et poser vos propres hypothèses.
Je remercie vivement toux ceux qui ont suivi et commenté fidèlement les publications ! C'est toujours encourageant. C'est aussi très intéressant d'obtenir un retour sur ses textes, de voir l'avis des lecteurs, de tenter de percevoir ce qui vous avez aimé et lu de l'histoire. Alors merci encore à tous ceux qui ont gentiment laissé des reviews. J'ai fait de mon mieux pour répondre à chacun d'entre vous, mais je n'ai malheureusement pas pu répondre en MP à ceux qui ont commenté anonymement. Merci aussi à tous les autres qui ont lu et apprécié, aux anonymes lecteurs (dont je fais souvent partie sur les fanfictions des autres).
Scamille
