Même nuit, quelque part dans les couloirs de Poudlard

[Musique : Matt Bettinson – Eternity ; puis Emanuele Patetta - Death of a Hero]

Je vous invite à lire se passage lentement, très lentement, puis d'accélérer. Je l'ai fais au rythme de cette mélodie, Eternity, c'était une expérience vraiment… frissonnante. A priori, c'est plus ou moins dans les temps. J'adore ce son et l'écoute souvent. J'ai changé de style d'écriture exprès… parce que je me suis fais un besoin de l'adapter à la vision qu'elle m'inspirait. J'ai plusieurs fois revécu la scène, les yeux fermés aux sons des notes. C'est particulier.

Ensuite j'ai complété la fin avec un autre morceau qui me semblait pour cet instant, pour cette scène là, bien fait.
Un, deux, trois… partez !]


Un bourdonnement léger. Un vrombissement régulier. Un cliquetis ponctuel.

Vroooommm...
C'était son tour de garde, nocturne.
Vroooommm...

Des pas, dans les escaliers ?

Vroooommm...

Un grondement.

Son regard nyctalope grimaça, dans la nuit.

Remus Lupin aurait juré entendre quelque chose. Un bruit.

Il était un ancien Maraudeur. Maraudeur.

Les trouble-fêtes l'amusaient parfois… Parfois.

Et le déchirait de mélancolie, souvent. Trop souvent.

Des reflets. Tantôt les blagues éhontées de sa mémoire.

Des reflets. Tantôt sa lupine cornée. Des histoires...
Et des lubies.

Celles de ses amis...
Morts, aujourd'hui.

Il se ressaisit. Enfin, tenta...
Il était un professeur, maintenant.

Il devait s'assurer qu'aucun élève ne fasse les mêmes escapades.
Les mêmes que lui...

Il entendit une porte se refermer. Selon le lieu... celle de la Salle Commune des Serpentard.
Donc Trop tard.

Il rebroussa chemin en marchant toujours aussi lentement.
Oui, trop tard...

Pas à pas.

Il s'éloignait du passé...
Il quittait sa voie.
Lentement.

Il se perdit dans ses pensées...
Où il entendait des voix.
Depuis un moment...

Des voix. La Lune.
Les voix de ses amis disparus. Un écho perdu….
Les voix de sa femme, sacrifiée. Une onde envolée...
Les voix de son fils, gazouillant. … dans le silence.
Les voix des élèves, déconcentrés. … Dans les pierres usées.
Les voix de ses collègues, austères ou railleurs. … Dans l'air.
Il entendait les battements de son cœur, lent.

Chaque pulsation, dans ses veines. Pom-pompom.

Dans sa peau. Pom-pompom.

Dans son corps. Pom-pompom.

Dans son crâne. Pom-pompom.

L'écho des voix. Pompom...

Il entendait…

Par Merlin... Il entendait vraiment une voix, là, maintenant. Sifflante.
Il marchait. Ses pas résonnaient.

Quelque chose l'attirait. Là, dans cette partie du château. Aiguë.
Plus près. Encore plus près !

Il accéléra. De pas en pas, de plus en plus vite. Puissante.
Son cœur tressauta. Qu'est-ce qu'il se passait ?

Il approchait. Il devait, approcher. Encore. Pure.
Il tendit l'oreille et suivit. Vite, lestement... une chanson.

Fredonnée par une voix angélique. Enivrante.
Que faisait une jeune fille dans la nuit ?

Il se rapprocha de plus en plus du chant. Il commença à reconnaître sa propriétaire.
Son cœur tambourinait fortement, ses émotions, désespérèrent.

Il entendit aussi un vrombissement désagréable, funèbre.

Les palpitations grondaient dans ses oreilles, il ne savait plus quel bruit suivre.

ICI !

Il ouvrit des portes avec fracas.
Une salle de classe vide et poussiéreuse.

Le seul son qui s'échappait désormais, c'était sa respiration haletante.
Et cet écho. Ce sifflement, qui résonnait encore.
Il en fit le tour, mais il n'y a avait rien. Personne.
Il s'appuya contre un des murs en pierre froide et se laissa glisser jusqu'au sol.
Il avait halluciné. Personne.
Ses mains sur sa tête, il planta ses ongles dans son cuir chevelu en bataille.

Et hoqueta. Il était si las de vivre.

Et il était si mal d'avoir survécu à Tonks, sa femme.

Elle n'était pas son grand amour. Il en aimait une autre.
Mais elle le savait. Et elle lui avait donné un fils.

Un enfant merveilleux qu'il avait dû confier à sa grand-mère, Andromeda.

L'excuse était son travail professoral.
La vérité, c'était qu'il n'arrivait pas à mentir à son fils.

Non, papa ne va pas bien...

Il perdait l'esprit.
Ce cliquetis horrible.

Ses voix, ses bruits..

Ses sons habituels à Elle, le hantaient.
Tout était de sa faute. A Elle, à Lui.

Et puis plus rien. Juste le silence.


Emanuele Patetta - Death of a Hero (2019 Version) —

Ses pleurs résonnaient, dans la classe et les couloirs.
Une brise froide sinuait, déplaçait la poussière.
Flottant devant la Lune, sur sa pâle lumière.

C'était un contraste saisissant.

C'était un tableau blessant.

Cet être si sensible, si courageux. Cet homme si grand.

De stature, d'esprit, de cœur. Fatigué mais puissant.
Car le Loup le détruit, la magie le nourrit.
Le sorcier banni, avec sa maudit lycanthropie.
Le voir là, recroquevillé, secoué de spasmes de douleur, vibrant.
Hermione Granger, dans le couloir, était déchirée par cette vision.

Son vénéré professeur, son ami, lui semblait si seul en cet instant.

Elle aurait dû faire demi tour, rester invisible. Garder sa position.
Si la Griffondor en elle ne l'avait pas poussé à s'avancer.

Laissant juste quelques pas entre elle et l'homme.
L'avait-elle tant abandonné, en somme ?
Pourrait-il l'entendre ? Pourrait-il l'écouter ?

- « Professeur Lupin... » chuchota-t-elle, alors que ses hoquets redoublaient. « Professeur… Non… Remus ? »
- « Hermione... » pria-t-il, le visage entre ses genoux tremblants.
- « Oui, c'est moi. » chuchota-t-elle.
- « Je deviens fou... » murmura-t-il sur le même ton.
- « Non, vous êtes sain d'esprit. » dit-elle de sa voix douce. « Soyez courageux, professeur. »
- « Comme tu l'as été ? » ironisa-t-il, étouffé, sans oser relever le visage.
- « Cela passera, avec le temps. Soyez fort, je vais rester avec vous. »
- « Tu es partie, Hermione. » murmura-t-il, sombre, resserrant ses bras autour de sa tête. « Ce jour là, tu es partie. Pourquoi tu es partie… ?
- « Je sais, Remus. Je suis désolée... »
- « Je te hais… »
- « Je sais… Pardon… Remus… Au revoir. » dit-elle tristement, en s'éloignant.
- « Non... » chuchota le Loup-garou, frissonnant. « Non, tu ne sais pas. Personne ne sait. Personne ne saura jamais...»


Note d'auteure :
Je suis toute... émue ? Cette interlude existe depuis le quasi début de cette fiction. A vrai dire, c'est le premier vrai morceau que j'avais écris, inspirée, mais ne savais où le caser dans le scénario. J'ai même songé à l'inclure à une autre fiction... puis, avec le temps, il s'accordait de plus en plus à cette histoire.
Je l'ai écris comme dans un songe, rêvé encore et encore. Il me fait toujours autant d'effet, presque autant que cette musique. Mais je m'égare. Bref !
J'espère qu'il vous plaira, et j'appréhende vos retour avec impatience et angoisse.

Réponses aux commentaires : Là tout de suite je n'ai pas le temps, mais je m'y atèle dès que j'ai un moment de libre. J'étais très heureuse de voir que vous me suivez toujours... Bonne lecture mes dragons 3