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Le visage sombre et les traits tirés, les membres de l'équipe de la Section des Crimes Violents se réunirent à la première heure le lendemain matin pour faire le point sur l'avancée de l'enquête au cours des heures passées.

-La victime s'appelle Oona Simpson, commença le Lieutenant, se tenant devant le tableau pour faire le topo. Elle a dix-sept ans. Elle était étudiante à Poudlard et était chez ses parents pour les vacances de Noël.

-D'après son frère, elle aurait quitté le domicile familial vers dix-neuf heures, dit Rose à la suite. Elle n'avait pas encore son permis de transplanage et avait l'habitude de prendre un bus moldu dont l'arrêt se situe à une vingtaine de minutes de marche de chez elle. Nous avons vérifié tous les bus en service ce soir-là, elle n'en a pris aucun.

-Elle a donc été tuée en chemin, affirma Harry.

Ce dernier observa le tableau où apparaissaient les images de la scène de crime, photographies comme souvenirs des Aurors.

-Cette ordure l'a aussi étranglée avec un bas, observa-t-il.

-A-t-on trouvé quelque chose d'utile sur place ? Un indice ? N'importe quoi ? demanda Jack en passant sa main dans ses cheveux d'un geste fatigué.

-Rien qui n'appartienne au suspect, répondit Liam en secouant la tête. Il a été méticuleux dans le nettoyage de ses traces et n'a rien laissé derrière lui. Le sac, l'agenda, et même le bas qu'il a utilisé appartenaient à la victime.

-Spencer n'a jamais laissé aucun indice derrière lui, commenta Rose. Il a uniquement été coincé grâce à un témoin accidentel du véhicule.

-Nous avons un témoin ici aussi. Un livreur de pizza a aperçu la victime lors d'une de ses courses. Il a dépassé une voiture qui avançait très lentement et c'est à cet instant qu'il a vu Simpson qui marchait devant. Il est fort probable que Spencer soit le conducteur.

-Est-ce qu'il a relevé l'immatriculation ? s'enquit Jack avec une lueur d'espoir dans les yeux.

-Il a dit qu'il faisait trop sombre pour apercevoir la plaque, mais il pense que la voiture était une Sedan noire. Le véhicule qu'il utilisait avant son arrestation était également une Sedan, mais blanche. C'était un moyen facile de se dissimuler au milieu des moldus. Il l'a probablement fait repeindre et a changé la plaque.

-Nous devons à tout prix localiser ce véhicule, déclara leur supérieur. Liam, Rose, rendez vous près de la scène de crime et essayez de trouver des témoins ou des enregistrements de vidéo-surveillance moldus. Vous deux, ajouta-t-il en désignant Harry et Gabriel. Allez à Sainte Mangouste pour superviser l'autopsie. Il n'y a pas de temps à perdre si on veut coincer ce fils de pute.

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Si on demandait son avis à Harry, il dirait qu'il préférait lire les rapports d'autopsie plutôt que d'y assister. Peu importait qu'il ne s'agisse pas de sa première fois, il ne pourrait jamais s'habituer à cette expérience dont il aurait bien voulu se passer, et, jusqu'à présent, il avait réussi à y échapper. C'était malheureusement du devoir des Aurors de superviser les autopsies dans le cadre des enquêtes criminelles, tout comme c'était un moyen de relever des indices qui pourraient échapper au légiste.

Le jeune enquêteur se tenait debout à côté de son partenaire, tous deux vêtus d'une casaque bleue stérile à usage unique, bien loin des tenues de tissus dont il avait eu l'habitude auparavant. Calot sur la tête et masque chirurgical sur le nez, Harry avait l'impression d'être un vrai médicomage, comme ceux qu'il avait vu récemment à la télévision moldue.

Au centre de la salle blanche climatisée et aseptique, allongée sur la table en inox éclairée par la lumière vive du scialytique, se trouvait Oona Simpson. Le corps était resté dans le même état que lors de sa levée sur la scène de crime par l'équipe médico-légale, quelques heures plus tôt. Le Docteur Adler, magicolégiste en charge, et ses deux techniciens entamèrent l'examen après un dernier regard vers leurs observateurs pour s'assurer qu'ils étaient prêts.

Ils commencèrent par desserrer le bas de nylon entourant son cou et couper les liens autour des poignets et des pieds. Ils enlevèrent ensuite les vêtements en les plaçant précautionneusement dans des sachets scellés.

-Vous voyez comment la culotte est roulée sur le haut de sa cuisse ? demanda le légiste en faisant signe aux Aurors. Elle a été enlevée puis remise, avec difficulté apparemment, sans doute à cause de la pluie hier soir. On ne peut écarter l'agression sexuelle.

Harry sentit une vague de nausée mêlée à de la colère l'envahir. Il serra les poings, apercevant du coin de l'œil une réaction similaire chez son partenaire. Les techniciens plongèrent la salle dans le noir, puis passèrent scrupuleusement leurs baguettes au-dessus du corps nu de la jeune fille, l'illuminant d'une lumière bleutée.

-Ils recherchent des traces de résidus biologiques, souffla Gabriel à Harry en apercevant son regard curieux.

Le jeune Auror n'avait jamais vu ce sort auparavant, il semblait bien utile. Une fois ce premier examen terminé, la lumière revint et le processus se poursuivit. À chaque étape, l'un des techniciens prenait des photos instantanées qui s'affichaient directement sur le grand tableau blanc dans le fond de la pièce. À côté de ces clichés, les observations du médicomage s'écrivaient automatiquement au marqueur noir, à la façon d'une plume à papote.

-Cause de la mort : asphyxie par compression de la trachée, commenta le Docteur Adler d'un ton détaché. Vous voyez ces traces pourpres autour de son cou ? Le suspect a serré et desserré le bas de façon répétitive, provoquant une congestion, ce qui a causé l'apparition de ces marques rouges sur le visage, autour des yeux et de la bouche, ainsi qu'un saignement au niveau des oreilles.

Après l'inspection extérieure du corps, le légiste incisa le thorax de la victime d'un geste précis de baguette, formant un Y parfait des épaules au pubis. Il découpa ensuite la cage thoracique avec soin. Peu à peu, les organes furent enlevés, rincés, pesés, examinés et déposés dans de larges cupules métalliques sur une table adjacente.

-Hémorragie sévère au niveau des poumons. C'est la preuve d'une suffocation longue et de forte intensité. Cela a dû être incroyablement douloureux.

Le légiste passa ensuite à l'estomac, avec tout autant de minutie, relevant un reste de gâteau, probablement son dessert, non digéré. Il conclut enfin son examen, au grand soulagement des Aurors.

-Je dirais que l'heure de la mort se situe entre dix-neuf et vingt-et-une heures hier. Une chose est certaine, le suspect est expérimenté, ce n'est pas l'œuvre d'un amateur.

Ses mots furent suivis par quelques minutes de silence, uniquement perturbées par le bruit des techniciens occupés à ranger le matériel.

-C'est un putain de dégénéré, oui ! explosa soudain Harry qui se tourna ensuite vers le Lieutenant. Comment les Aurors ont-ils pu le laisser filer il y a deux ans ? Si vous aviez fait votre travail correctement, ce monstre n'aurait pas fait de nouvelles victimes aujourd'hui !

-Dans ce cas, il y a trente ans… commença à rétorquer son partenaire avant de s'interrompre.

-Quoi ? contra agressivement le jeune Auror en relevant le menton dans un geste de provocation.

-Pourquoi je me fatigue, soupira l'officier, se tournant ensuite vers le légiste. On ne s'attendait pas à ce qu'il se remette à tuer si vite, après Édimbourg. Il commettait des crimes de façon régulière avant son arrestation, environ tous les deux ans. Je ne comprends pas pourquoi il a réduit ce délai.

-Les meurtriers n'ont pas besoin de raisons pour commettre leurs crimes, intervint sombrement Harry.

Celui-ci s'approcha lentement du corps et inspecta les pieds de la jeune fille, les tournant légèrement avec ses mains gantées.

-Auror Cooper ? Que faites-vous ? interrogea le médicomage.

-Rien. Gabriel, un mot.

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Ils sortirent de la salle sous le regard interrogateur du Docteur Adler. Après s'être débarrassés de leur tenue de bloc, ils se retrouvèrent seuls dans le bureau principal du Département Médico-légal.

-Il n'y avait aucun point sur le talon, dit abruptement Harry.

-J'ai remarqué.

-Et la victime d'Édimbourg ? demanda le jeune Auror, incapable de se souvenir s'il avait vu ce détail dans le dossier.

-Il n'y avait rien de mentionné dans le rapport d'autopsie non plus.

-Alors ce n'est pas le même gars.

-Il y a une possibilité que Spencer aie changé son mode opératoire, comme l'a dit Wellick, argumenta le Lieutenant en se mettant à arpenter le bureau. Ça s'est déjà vu chez plusieurs tueurs en série. Un suspect avait pour habitude de tuer des couples âgés, puis a commencé à s'en prendre à des jeunes femmes. On pensait qu'il s'agissait de deux coupables différents, mais quand on a fini par l'arrêter, on a découvert qu'il s'agissait du même type. C'est possible que ce soit le même cas pour Spencer. Cette fois, il n'a pas marqué sa victime d'un tatouage.

-Il ne l'a pas marquée ? répéta pensivement Harry. Autre chose, il y a trente ans, les victimes ne présentaient pas de signes d'agression sexuelle. J'en suis certain.

-Spencer était jeune à cette époque, il n'avait peut-être pas encore cette maturité dans ses crimes. Ses meurtres récents avaient définitivement un caractère sexuel même s'il a toujours su effacer ses traces habilement.

Leur conversation fut interrompue par les vibrations du téléphone de Gabriel.

-C'est le Chef, informa-t-il Harry en décrochant sur haut-parleur.

-L'autopsie est terminée ? demanda leur supérieur sans préambule. Quels sont les résultats ?

-Rien qui ne nous aide à attraper Spencer, répondit le jeune Auror, dépité.

Un long soupir s'éleva de l'appareil puis Jack leur lança "on se retrouve au bureau" et raccrocha.

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Seuls Harry et Jack étaient restés au Département pour la pause déjeuner, leurs collègues préférant prendre brièvement l'air, ne serait-ce qu'une demie-heure. Les deux hommes étaient perchés sur le bureau de Harry, avalant un repas sur le pouce tout en discutant des pistes à explorer quand une voix hésitante se fit entendre.

Ils tournèrent la tête et un jeune homme s'approcha timidement d'eux. Il devait avoir une vingtaine d'années, des cheveux blonds en bataille et un regard profondément triste.

-Excusez-moi, dit-il. Je suis le frère d'Oona Simpson. On m'a dit que je pouvais récupérer ses affaires ici ?

Les deux Aurors l'emmenèrent un peu à l'écart et le firent s'asseoir pour lui rendre le sac de la victime. Sans un mot, il ouvrit le sac et se mit à fouiller dedans.

-Je suis vraiment navré, lui dit Jack. Nous aurions dû vous l'apporter directement.

Le jeune homme sembla avoir trouvé ce qu'il cherchait et sortit un petit agenda à la couverture de cuir rose du sac. Il se mit à le feuilleter.

-À cette heure-ci, elle aurait dû retrouver ses amies pour un dernier déjeuner en ville avant la rentrée, commença-t-il d'une voix tremblante. Elle était toujours occupée et très sociable. Je lui avais proposé de transplaner avec elle, mais elle a refusé en disant qu'elle aimait prendre le bus. J'aurais dû insister, j'aurais dû l'emmener moi-même.

Il se mit à sangloter, se couvrant les yeux d'une main.

-Ce n'est pas de votre faute, le réconforta le vieil Auror. Ce n'est de la faute de personne, sauf du meurtrier.

Au même instant, un officier de la Section voisine apparut, un petit paquet entre les mains.

-Qu'est-ce que tu veux ? lui lança Harry d'un ton abrupt.

-J'ai reçu ça par erreur, c'est un colis pour le Lieutenant Corner.

-Tu n'as qu'à le poser sur son bureau, répondit-il en le désignant, avant de porter de nouveau son attention vers le jeune homme éploré.

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L'après-midi, pendant que Liam et Rose continuaient à visionner les enregistrements de vidéo-surveillance des autorités moldues, Harry et Gabriel partirent inspecter les alentours de la scène de crime. Le jeune Auror ne pouvait s'empêcher de trouver les lieux familiers et ce n'est qu'en apercevant le panneau indiquant le nom d'un quartier voisin que ses souvenirs lui revinrent.

-Foxton ? s'exclama-t-il avec incrédulité.

-Quoi ? Tu connais cet endroit ?

-Viens, allons-y.

-Où ça ? À Foxton ? demanda son partenaire en lui emboîtant le pas.

Ils remontèrent la route jusqu'à une intersection et Harry emprunta une rue qui longeait une voie ferrée. Un peu plus loin, les toits des maisons du quartier résidentiel de Foxton se dessinaient dans la brume froide, la fumée émanant des cheminées s'élevant tranquillement dans le ciel. Le jeune Auror s'arrêta sur le bas-côté, rejoint par son partenaire perplexe.

-Qu'est-ce qu'on fait là ? C'est quoi cet endroit ?

-C'est ici que nous avons retrouvé ta mère, il y a trente ans, murmura Harry.

-Quoi ? s'écria Gabriel en écarquillant les yeux.

L'officier observa les lieux avec intensité, essayant visiblement de digérer l'information, pendant que son équipier poursuivait sa réflexion.

-Ce n'est pas loin du champ où a été tuée Oona Simpson. Peut-être que Spencer est venu par ici aussi.

Ils tournèrent la tête pour inspecter les alentours et finirent par repérer une caméra à l'arrière d'une maison avoisinante qui donnait sur la route. Ils se présentèrent aux propriétaires moldus comme officiers de police et demandèrent à visionner l'enregistrement dans le cadre d'une enquête. Les Moldus ne posèrent pas plus de questions et les firent entrer dans la maison.

C'était un couple âgé, environ quatre-vingts ans et les deux étaient légèrement malentendants. Dans un coin du salon richement décoré d'objets de toutes sortes et de dentelles, beaucoup de dentelles, il y avait un ordinateur sur lequel apparaissait le fil vidéo de la caméra.

-Nous l'utilisons pour surveiller l'accès arrière du jardin, expliqua le vieil homme aux inspecteurs. Notre voisine vient régulièrement nous voler nos navets et nous voulons la prendre sur le fait. Sans preuves, la police ne veut rien faire, c'est à se demander ce que font les autorités, vraiment.

-Allons, Arnold, n'importune pas ces jeunes gens. Tu vois bien qu'ils ont du travail. Montre-leur le film, ordonna sa femme avant de se tourner vers les Aurors. Je vous sers un thé ? Des biscuits ?

-Ah, non merci, madame, répondit poliment Gabriel.

-Parfait ! Je vais chercher ça tout de suite, dit-elle joyeusement et elle disparut vers la cuisine.

-Rah, ça ne marche jamais ce fichu engin, grommela le vieil homme en essayant d'ouvrir les fichiers de l'ordinateur.

Harry ne s'y connaissait vraiment pas assez pour l'aider et se demanda si les bruits qui provenaient de la machine, une sorte de tintement répétitif à chaque fois que son propriétaire appuyait sur une touche, étaient normaux. Il tourna son regard interrogateur vers son partenaire qui, penché à côté de l'octogénaire, essayait de lui montrer où cliquer.

-Je pense que c'est ce dossier, "CAM 01.17" là, dit patiemment ce dernier en le montrant du doigt.

-Si le quartier est calme ? Oh ça va, ça vient. Plus tant que ça, depuis qu'il y a tous ces jeunes en vélomoteur, répondit le vieil homme en continuant de cliquer partout sauf sur le bon dossier, ouvrant et fermant une multitude de nouvelles fenêtres sur l'écran.

Le Lieutenant glissa un regard de détresse vers Harry, lui demandant visiblement son aide, mais celui-ci haussa les épaules et fit mine de l'ignorer. En entendant la vieille femme revenir de la cuisine, il se tourna vers elle et s'écarta pour la laisser passer avec son plateau chargé de victuailles.

-C'est notre petit-fils qui a tout installé, il travaille dans les télécoms, Gogole, c'est bien ça Arnold ? C'est un bon petit, dit-elle en déposant le plateau sur la table basse. Vous me faites penser à lui. Tenez, prenez une part de pudding.

Elle tendit à Harry une petite assiette avec une généreuse part de gâteau sans qu'il n'ait le temps de protester. Gabriel, quant à lui, avait enfin réussi à prendre le contrôle de la souris et se mit à chercher le fichier désiré.

-Henry, appela-t-il. Je l'ai trouvé !

Le jeune Auror s'approcha et ils demandèrent poliment au couple de les laisser le temps qu'ils regardent la vidéo, obligés de se répéter plusieurs fois avant d'être enfin compris.

La rue était sombre, à peine éclairée par les lampadaires épars et la pluie rendait la visibilité mauvaise. Les deux Aurors repérèrent un homme, vêtu d'habits sombres, capuche relevée sur la tête, qui était accroupi derrière un talus et dos à la route.

-Qu'est-ce qu'il fait ? demanda Harry, perplexe.

-Dur à dire, répondit Gabriel en plissant les yeux.

Soudain, une jeune femme apparut en haut de l'écran et marcha le long de la rue, sa jupe pastel ressortant dans la nuit sombre.

-C'est Oona Simpson.

Quelques secondes après que la jeune fille soit sortie du champ visuel, l'homme se leva et se mit en marche à sa suite. Cependant la pluie qui tombait drue et la distance rendait son identification difficile, même si les deux enquêteurs étaient certains qu'il s'agissait de Spencer. Harry parvenait à peine à contenir le dégoût qu'il ressentait en observant le suspect.

-Il faut retourner là-bas, déclara-t-il. On a peut-être manqué quelque chose.

Une heure, une tasse de thé et trois parts de pudding plus tard, ils parvinrent enfin à partir, remerciant les deux octogénaires pour leur coopération ainsi que leur hospitalité.

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Le soleil hivernal commençait déjà à descendre dans le ciel, faisant baisser la température déjà fraîche. Les deux Aurors retracèrent le trajet de la victime jusqu'à l'endroit où elle avait été tuée, inspectant scrupuleusement les alentours, jusqu'à ce que Harry, qui commençait à fatiguer, laisse échapper un gémissement.

-Oh, j'ai trop mangé, se plaint-il en se massant le ventre. Je crois que le pudding passe mal.

-Je t'avais dit d'arrêter après la première part. On ne sait même pas ce qu'il y avait dedans, je suis certain que ce n'est pas un gâteau qui est censé être croustillant, ni avoir des poils.

-J'ai définitivement senti le goût des raisins secs.

-Je ne crois pas qu'il y avait de raisins secs.

-Tu es sûr ? Ça y ressemblait beaucoup pourtant.

Le jeune Auror continua de marcher quelques secondes avant de s'apercevoir que son partenaire s'était soudainement arrêté.

-Qu'est-ce que tu fais ? chouina-t-il pathétiquement. Qu'est-ce qu'il y a ?

-À ton avis, ce mini-van, il est garé là depuis combien de temps ? demanda le Lieutenant en pointant le véhicule arrêté quelques mètres plus loin sur le bas-côté.

-En quoi ça nous est utile ?

Ils s'approchèrent du van et Gabriel laissa échapper un "bingo !" à voix basse. Devant le regard confus de Harry, il s'éclaircit la gorge.

-Depuis quelques années, les Moldus ont pris l'habitude d'installer des caméras dans leurs voitures. Une histoire d'assurance, je crois.

-Qu'ils sont astucieux. Ça se fait pour les balais ?

-Quoi qu'il en soit, ça enregistre jour et nuit, poursuivit son partenaire sans relever son commentaire. Peut-être qu'on y voit notre suspect.

Ils retrouvèrent le propriétaire du véhicule sans difficulté, son numéro de téléphone figurant sur un papier laissé sur le tableau de bord. Comme pour le couple âgé, ils se présentèrent en tant que détectives moldus et demandèrent à avoir accès à la vidéo du van.

Harry était accroupi près du véhicule, le teint pâle et se tenant le ventre, pendant que son partenaire le poussait avec son pied en répétant "attention, tu vas tomber", lorsque l'homme arriva quelques dizaines de minutes plus tard. Il s'éclaircit la gorge et les deux Aurors se ressaisirent rapidement, reprenant une attitude plus professionnelle. L'homme avait apporté avec lui son ordinateur portable qu'il plaça sur le capot et il y inséra la carte mémoire de la caméra.

Gabriel lança la vidéo, sélectionnant l'heure estimée du meurtre. Sur l'écran, la même rue apparaissait sous un angle différent et les enquêteurs purent clairement voir une voiture noire garée plus loin, tous feux éteints. Un homme s'approcha de celle-ci et y monta, le même homme que sur la vidéo précédente et cette fois-ci, lorsque le Lieutenant appuya sur pause, son visage apparut clairement.

-Spencer, fulmina Harry. Ordure. Il était bien là.

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Sur le grand tableau, les images des vidéos défilaient en boucle à côté des photos et des annotations récapitulatives de l'enquête. Les quatre membres de l'équipe le fixaient en silence d'un œil morne, éreintés par cette longue journée et le manque de sommeil. Debout côte-à-côte près du bureau de leur supérieur, Harry et Gabriel étaient en pleine réflexion.

-C'est exactement comme ce qu'il s'est passé il y a trente ans, murmura le jeune Auror.

Il sursauta en sentant Rose se glisser silencieusement entre eux, une tasse de thé à la main. Elle leur lança un regard suspicieux.

-C'est quoi ces messes basses ? interrogea-t-elle. De quoi vous parlez ? Trente ans ?

-Ouais ! Dites-nous tout ! lança Liam, assis à son bureau. Où est-ce que vous avez trouvé ces enregistrements de vidéo-surveillance ?

La porte du Département s'ouvrit brusquement à la volée et ils tournèrent tous la tête pour regarder Jack entrer et courir vers eux.

-Une patrouille a repéré la voiture du suspect ! s'écria-t-il. La brigade volante va le prendre en chasse. Il faut qu'on y aille aussi ! Pas de temps à perdre !

Il y eut un instant de silence, le temps que ses paroles prennent sens dans leurs esprits fatigués, puis ils se mirent tous en mouvement comme un seul homme, se précipitant vers la sortie.

Soudain, une sonnerie de téléphone retentit dans le bureau désert, légèrement étouffée. Les Aurors s'arrêtèrent et se regardèrent, chacun vérifiant ses poches pour s'assurer que ce n'était pas le sien. Harry fit quelques pas en arrière, l'oreille tendue pour tenter de localiser la source du bruit.

-On dirait que ça vient de ça, dit-il en pointant le petit paquet sur le bureau du Lieutenant.

Il le prit et le colla à son oreille puis le retourna pour lire l'étiquette sur laquelle était inscrit "à l'intention du Lieutenant Gabriel Corner".

-Ton colis sonne, Gabriel.

Celui-ci le saisit des mains de Harry, l'inspecta puis le posa sur son bureau et l'ouvrit d'un rapide mouvement de baguette, révélant un téléphone neuf. L'officier jeta un regard vers ses collègues qui l'observaient tous avec appréhension et, lentement, il décrocha en haut-parleur.

-Qui êtes-vous ? lâcha-t-il sèchement.

-Comment vous portez-vous, Lieutenant ? répondit une voix rauque et tranquille.

-Spencer ?

Harry écarquilla les yeux, imité par ses collègues, et tous se rapprochèrent un peu plus pour mieux entendre la conversation.

-Je vois que vous vous souvenez de ma voix.

-Qu'est-ce que tu penses être en train de faire ? Qu'est-ce que ça signifie ?

-J'ai quelque chose à vous dire.

-Quo-

-Édimbourg. Ce n'était pas moi. Je ne voudrais pas m'attribuer le mérite du travail de quelqu'un d'autre.

-Qu'est-ce que tu entends par là ?

-J'ai bien tué Oona Simpson, mais je ne suis pas coupable pour l'affaire d'Édimbourg.

-Arrête ces conneries, tu-

-Je vous rappellerai.

-Spencer !

Le son de la tonalité résonna dans le bureau silencieux. Harry fut le premier à prendre la parole.

-Ce malade appelle après avoir commis un meurtre ?!

-Est-ce qu'on peut tracer l'origine de l'appel ? demanda Jack

-Je m'en charge ! s'exclama Liam en faisant signe à Gabriel de lui lancer l'appareil.

Le téléphone de Jack se mit à vibrer et il décrocha instantanément.

-Quoi ? Mh. Bien.

Il raccrocha après un très bref échange et soupira longuement.

-C'était la brigade volante. Un jeune sans permis qui avait emprunté la voiture de son père. La plaque d'immatriculation avait été placée par-dessus l'originale.

-Quel genre d'ordure fait ça ? demanda Rose avec incrédulité. Il remplace les plaques, ose envoyer des colis aux Aurors et nous appeler…

-Pourquoi est-ce qu'il t'a appelé ? lança Harry au Lieutenant. Pour quelle raison ?

-Est-ce que tu te rappelles ce qu'a dit le professeur Wellick ? Il m'appelle à cause de ce que je lui ai dit il y a deux ans.

-C'est ridicule ! Il se fout complètement de nous !

-Lieutenant ! intervint Liam. J'ai trouvé d'où venait l'appel !

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Harry et Gabriel transplanèrent immédiatement aux coordonnées que leur avait transmis Liam. Ils apparurent dans une rue sombre et silencieuse, à l'écart des quartiers bondés. L'appel provenait d'une cabine téléphonique publique et, après l'avoir minutieusement inspectée, les deux Aurors ne trouvèrent aucun indice leur permettant de localiser leur suspect.

Harry savait qu'ils n'avaient aucune chance de l'attraper ce soir-là ; il ne pouvait s'empêcher de se sentir frustré et furieux d'être ainsi tourné en ridicule par un meurtrier qui se jouait d'eux et semblait y prendre plaisir.