Merci encore pour vos retours et vos commentaires ! Voici déjà le dernier chapitre avant l'épilogue, j'espère qu'il vous plaira ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !

Si vous aimez écouter de la musique en lisant, je peux conseiller quelques morceaux, ceux que j'écoutais en écrivant : Carmina Burana: fortune plango vulnera, Sonata n°14 Beethoven 1er mouvement, le quattro stagioni (4 saisons - estate, presto) vivaldi, requiem dies irae mozart ET celui de verdi - pour les scènes d'action, Lacrimosa mozart

Bonne lecture ! (-ᴗ•)

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CHAPITRE XII - REQUIEM

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Lorsque Ron revint à lui, il était allongé dans l'un des lits blancs familiers de Sainte Mangouste. Il se redressa vivement et le mouvement lui déclencha une sensation de vertige. Il se tint la tête en attendant qu'elle disparaisse.

-Weasley ! Doucement, lui dit Padma, posant une main sur son épaule.

-Que s'est-il passé ? demanda-t-il précipitamment. Combien de temps…

-Tu as perdu connaissance à la fin du dernier souvenir, pas plus de quelques minutes. Comment te sens-tu ? As-tu mal quelque part ?

-Ça va, je vais bien. Je me sens juste un peu courbaturé…, répondit-il en s'étirant.

-Le médicomage a dit que tu as fait une crise de tétanie, sans doute à cause de la douleur causée par le sort utilisé à travers ta connexion avec Potter.

-Mens Carcerio, c'est ça ? Je n'en ai jamais entendu parler.

-Oui… C'est un sort qui emprisonne une personne dans son propre esprit. C'est une magie ancienne, extrêmement difficile à maîtriser.

-Sternwood est réputé pour être un sorcier plutôt médiocre.

-Ce qui peut expliquer pourquoi le sortilège a failli tuer Harry. Sans ton intervention, il n'y aurait pas survécu. Les médicomages sont en train de chercher le contre-sort.

Ron tourna la tête vers la fenêtre et observa quelques minutes le passage des nuages dans le ciel.

-Est-ce que tu l'as vu, toi aussi, dans le désert blanc ? demanda-t-il à Padma après quelques instants de silence.

Elle le regarda avec confusion.

-De quoi ?

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Après avoir fait son rapport complet à Robards et insisté qu'il se sentait bien, Ron décida de rentrer chez lui en attendant que le contre-sort soit trouvé. Il était épuisé, tant physiquement que psychologiquement. Padma n'était donc pas présente lors de la dernière séquence, dans cet espace vide et blanc. Était-ce la véritable conscience de Harry qu'il avait rencontré ou bien un fragment de son imagination lorsqu'il s'était évanoui ?

Il raconta cette ultime plongée à Hermione, qui l'écouta sans l'interrompre. Son visage était sérieux, préoccupé, et en même temps, il pouvait y lire sa profonde tristesse en réalisant que Harry était probablement bien au-delà de toute rédemption.

-Maintenant, il n'y a plus qu'à attendre qu'il se réveille, conclut-il avec un soupir.

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Ce n'est que quelques heures plus tard que Robards le contacta enfin.

-Il s'est progressivement réveillé en fin d'après-midi, le sortilège n'a pas laissé de séquelles apparentes.

-Tu as pu lui parler ?

-Il ne s'est pas montré vraiment coopérant, plutôt le contraire. Les médicomages ont insisté pour le garder en surveillance cette nuit, nous le transférerons demain au Ministère.

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-Weasley ? Weasley !

La voix pressante venait du salon. Désorienté, il se redressa puis jeta un coup d'œil vers l'horloge de la chambre. Quatre heures douze. Se sentant d'un seul coup parfaitement réveillé, il se précipita hors de la pièce, vers la cheminée d'où apparaissait la tête de Robards, léchée par les flammes vertes, une expression alarmée peignant ses traits.

-Robards ?!

-Il faut immédiatement que tu viennes au Bureau, Ronald, il y a une urgence !

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Malgré l'heure extrêmement matinale, la salle de conférence était en pleine effervescence à son arrivée. Il trouva immédiatement son supérieur qui s'agitait anxieusement au milieu de notes lui arrivant de tous les côtés, volantes comme apportées par ses subordonnés.

-Chef ! interpella-t-il Robards. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

-Il s'est échappé, répondit l'homme, clairement épuisé. Vassiliev avait de toute évidence placé des hommes à Sainte Mangouste depuis le début. Cette nuit, ils ont éliminé nos agents sur place et l'ont aidé à s'enfuir.

-Merde. Mais c'est pas vrai !

Il avait pensé que c'était enfin terminé. Toute sa frustration, mêlée à sa fatigue, refit surface.

-J'ai envoyé des Aurors à Square Grimmaurd, mais je doute qu'il s'y rende, poursuivit Robards.

-Briggs et Lopez ?

-Toujours introuvables.

-Le domicile du procureur, Jae-son Lee ?

-Vide. L'homme a également disparu sans laisser de traces.

-Le restaurant de Vassiliev ! Le Trans-Sibérien. C'est probable qu'il s'y réfugie.

-J'y ai déjà envoyé l'équipe de Williamson en surveillance, il nous tiendra au courant s'il y a le moindre mouvement.

Un Auror s'approcha, visiblement anxieux.

-Nous… Nous avons reçu une note du chenil du Département de la Régulation des Créatures Magiques… Le chien de Potter a été récupéré il y a deux jours, sur mandat d'un procureur moldu, pour une affaire en cours…

-Pourquoi est-ce que nous n'avons pas été mis au courant ?

-Il… Il semblerait que l'Auror qui se soit présenté soit... Vous, monsieur Weasley.

Ils se regardèrent. Robards lâcha les documents qu'il avait dans la main sur la table.

-Bon sang. Ils ont dû se procurer un de tes cheveux, dans la chambre de Potter à Sainte Mangouste.

Alderson fit soudain irruption dans la salle en courant, un paquet dans les mains

-Boss ! Ça vient d'arriver pour vous ! C'est marqué urgent !

Il le déposa sur la table devant eux. Ron défit le papier kraft et ses yeux s'écarquillèrent. Il avait déjà vu ces documents, obtenus grâce à des menaces épouvantables. La liste des activités et contacts de David Hammond rédigée par Simon Brewster, au douzième étage d'une tour en construction en pleine nuit. Il y avait là toutes les preuves nécessaires pour condamner le Directeur du Département de la Justice et l'envoyer finir ses jours à Azkaban.

-Qui les a envoyés ?! demanda-t-il en se tournant brusquement vers Alderson.

-Il n'y a pas d'expéditeur. Juste une note anonyme disant "ça peut vous être utile".

Robards, qui tournait les pages les unes après les autres, intervint.

-Il faut immédiatement en informer Kingsley Shacklebolt.

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Le soleil s'était levé depuis quelques heures déjà et la journée s'annonçait maussade, les nuages gris formant une chape uniforme au-dessus de la ville. Il en était à sa cinquième tasse de café de la matinée quand l'énorme ours translucide du Patronus de Williamson surgit au milieu de la pièce, interrompant les conversations animées des Aurors.

-Rapport urgent ! Il y a eu une explosion au Trans-Sibérien, le bâtiment a été entièrement soufflé. Nous avons pu voir Potter et un de ses complices sortir des décombres, mais ils ont transplané avant que nous ne puissions les intercepter.

Il marqua une pause. Un silence absolu régnait dans la salle de conférence.

-Nous avons trouvé le corps de Bogdan Vassiliev. Il est mort.

D'un seul coup, le silence fut rompu par le tumulte des exclamations et discussions, chacun tentant de comprendre les implications des paroles de Williamson.

Kingsley Shacklebolt, qui était arrivé dès qu'il avait été informé de ce qu'il se passait, appela à l'ordre et au calme. Avec Robards, ils prirent le contrôle des opérations avec fermeté, aucune information ne pouvant sortir de la pièce sans leur consentement.

Il était désormais évident pour Ron que Harry allait s'en prendre directement à Hammond, il ne voulait même pas imaginer dans quel état son ancien ami se trouvait. Il venait de perdre l'homme qu'il s'était mis à considérer comme une figure paternelle, le père de Sasha, pour qui il s'était lancé dans une quête effrénée de vengeance, jusqu'à en perdre la raison.

L'Auror lui-même ressentait une vague de tristesse mêlée à la douleur, qu'il le savait, provenait du transfert lié à la plongée dans les souvenirs du jeune homme. Il fit part de sa réflexion à ses supérieurs.

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-Il est capital d'interpeller David Hammond et ses hommes avant que Potter ne puisse les atteindre, afin de les traduire devant la justice pour leurs crimes, dit Shacklebolt, après avoir rassemblé les Aurors autour de lui.

-Il réside dans une villa, sur la côte sud du pays, poursuivit Robards. D'après nos informations, ainsi que ce que nous avons appris dans les documents rédigés par Brewster, il a une vingtaine de gardes personnels surveillant sa propriété jour et nuit. Il s'attendra sûrement à une action de la part de Potter, mais pas à celle des Aurors.

-L'objectif principal reste Hammond, mais si l'opportunité se présente, Harry Potter doit également être capturé.

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Après avoir longuement préparé leur stratégie, les différentes équipes sélectionnées pour la mission, au total une vingtaine d'hommes, se préparèrent avec appréhension.

Ron ajustait ses protections en peau de dragon par-dessus son uniforme quand Crane et Morton s'approchèrent.

-Alderson a décidé de rester au QG pour celle-ci, il ne se sent pas prêt, après notre dernier raid, dit Crane, en l'aidant à passer une lanière derrière son bras.

-C'est sans doute mieux comme ça. Et vous, comment vous vous sentez ?

-Bien, mais c'est plutôt à toi qu'on devrait demander ça, Ron, répondit doucement Morton. Merlin, plonger dans l'inconscient de son meilleur ami pour découvrir… Tout ça… Je n'ose même pas imaginer ce que tu as pu ressentir.

Il la regarda, scrutant son visage préoccupé.

-Ne t'inquiète pas, je vais bien.

-En tout cas une chose est sûre, quand tout sera fini, je demande un poste à l'administration.

-Et manquer toute cette action ?! Tu es folle ! lança Crane à Morton avec un sourire.

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La vingtaine d'Aurors transplana directement devant les murs d'enceinte entourant la villa, dissimulés sous leurs sorts de désillusion. Sans perdre un instant, ils placèrent les barrières anti-transplanage en silence, et cette fois-ci, les agrémentèrent de sortilèges inhibiteurs de portoloin. Le réseau des cheminées avait été désactivé depuis le Ministère, éliminant toute possibilité de leur échapper.

Furtivement, ils entrèrent dans la propriété. Dans la grande cour, ils ne rencontrèrent aucun garde. Ils avancèrent rapidement vers la demeure principale, une grande maison aux murs couleur sable, à l'architecture d'inspiration arabe. À l'avant du bâtiment, se trouvaient deux avancées supportant de grandes terrasses encadrées d'arcades orientales. Sur les côtés, les ailes étaient surplombées de hautes tours carrées, faites de pierres ocres et de bois.

Alors que les Aurors avançaient, ils se trouvèrent face à un autre groupe d'hommes, bien moins nombreux, et moins bien équipés. Ron reconnut immédiatement Harry, vêtu des mêmes vêtements que le jour de son arrestation, qu'il avait probablement remis en s'enfuyant de Sainte Mangouste. Un côté de son visage présentait des entailles profondes, visiblement soignées en urgence, et des traces de sang étaient encore visibles près du col de son T-shirt qui remontait légèrement sur son cou. Ron ne doutait pas qu'il cachait d'autres blessures sous ses vêtements.

Son regard était noir, empli de rage et de haine, son corps entier semblait tendu, traduisant son état d'esprit, et Ron se demanda s'il était encore capable de penser de façon rationnelle. Autour de lui, il reconnut quelques hommes de Vassiliev, notamment Aslan, dans un état similaire à celui de Harry. Les deux groupes se scrutèrent, baguettes levées, sans le moindre son. Harry fut le premier à briser le silence.

-Écarte-toi de mon chemin, Ron, lança-t-il avec détermination.

-Que comptes-tu faire, comme ça ?

-Je vais éliminer David et Hammond et tu ne m'en empêcheras pas.

-Je ne peux pas te laisser faire ça, Harry. Tu devras me battre d'abord pour ça.

-Et ajouter ton sang par-dessus celui que j'ai déjà sur les mains ? Es-tu si cruel ? demanda-t-il, inclinant la tête sur le côté.

-Hammond doit être traîné devant la justice. Il doit recevoir la punition qu'il mérite, l'humiliation qu'il mérite.

Il s'interrompit, puis reprit, tentant une dernière fois de raisonner l'homme en face de lui.

-Aide-moi à l'arrêter, ensemble, toi et moi.

Harry ne répondit pas.

Soudain, un sort heurta l'un des Aurors derrière Ron qui s'écroula avec une expression de surprise figée sur son visage. Les gardes de Hammond, dissimulés dans le bâtiment, lançaient l'attaque.

D'un seul mouvement, les deux groupes se positionnèrent face à leurs attaquants, Harry et Ron se retrouvant côte à côte, baguettes levées, prêts à se défendre. Aslan se trouvait à la gauche de son partenaire, Crane et Morton, à droite du jeune homme roux. Aurors et criminels formaient un grand demi-cercle autour de la maison, bloquant les issues.

Le temps sembla se suspendre quelques secondes avant que les sorts ne se mettent à voler, attaque contre défense, défense contre attaque. Ron pouvait sentir Harry bouger sur son côté, lançant tantôt un Protego, tantôt un Confringo. Ce dernier atteignit sa cible qui fut projetée par-dessus la rambarde du balcon où elle se trouvait.

Ron stupéfia un garde qui se tenait près de l'entrée de la villa. Peu à peu, ils réussirent à percer les défenses de leurs opposants et pénétrèrent dans la maison.

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Après le hall d'entrée, passant sous d'immenses arcades, toujours de style oriental, ils parvinrent dans un patio intérieur, sans plafond, d'où ils pouvaient observer les étages ouverts le surplombant, entourés de rambardes richement décorées d'arcs polylobés. Tout autour du patio, à couvert derrière de grandes colonnes, les gardes de Hammond continuaient de faire pleuvoir leurs sorts.

-David Hammond ! cria Ron, tout en s'abritant derrière un pilier de l'entrée. Par ordre du Ministère de la Magie, vous êtes en état d'arrestation !

Les Aurors ripostaient, se protégeant derrière les meubles du patio. Ils réussirent à avancer progressivement vers l'intérieur. Ron les suivit avec précaution, réalisant qu'il avait perdu Harry de vue. Un jet de lumière rebondit par ricochet sur le sol près de ses pieds. Il leva la tête vers la source du sort et croisa le regard de Sternwood.

Échevelé, portant une robe de soie bleu roi, il lançait frénétiquement des sorts autour de lui et tentait de toucher les Aurors par chance.

Ron se précipita vers lui, baguette levée.

-Expelliarmus !

-Protego ! contra Sternwood, son bouclier vacillant faiblement sous l'impact du sortilège

-Stupefix !

Le trait de lumière rouge toucha l'homme blond à l'épaule et il s'effondra. L'Auror pointa de nouveau sa baguette vers lui.

-Incarcerem !

Une fois satisfait par la qualité de son sort de contention, Ron positionna le sous-secrétaire inconscient assis, dos contre l'une des colonnes du patio. Il reculait, quand un faisceau lumineux bleu venant de l'arrière passa au-dessus de sa tête et s'écrasa violemment en hauteur sur cette même colonne.

Il n'eut pas le temps de réagir. Les yeux écarquillés, il ne put que regarder, impuissant, les débris de roche ocre s'écraser sur Sternwood. Il était vrai qu'il n'appréciait pas l'homme, mais il ne lui aurait jamais souhaité une telle fin.

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Un cri désespéré retentit sur sa gauche et le sortit de sa stupeur. Ron tourna la tête au même moment où Aslan se jetait sur la trajectoire d'un sort destiné à Harry sous les yeux de ce dernier.

-ASLAN ! hurla-t-il, s'élançant vivement pour rattraper l'homme avant qu'il ne tombe au sol.

Secouant ses épaules et lui hurlant de se réveiller, sa voix se brisait à chaque fois qu'il appelait son nom. Ron le vit ensuite lever la tête et suivit son regard. À l'étage, surplombant le patio, David Hammond, baguette en main, le fixait du regard, une expression enragée sur son visage empourpré.

Harry se releva brusquement et se précipita vers les escaliers, à l'autre bout de la pièce. Le cœur battant à tout rompre, Ron lui emboîta immédiatement le pas, esquivant les sorts lancés vers lui. Ils se retrouvèrent de nouveau côte à côte dans les escaliers, tentant de s'abriter des sorts lancés par Hammond et ses gardes.

Ils se regardèrent et Harry hocha la tête. Ron jaillit hors de l'escalier pendant que l'autre homme le couvrait, lançant inépuisablement sorts après sorts. Il se trouva dans un large couloir, apercevant son objectif qui tentait de prendre la fuite et se lança à sa poursuite. Dans le couloir en face, de l'autre côté du patio, il pouvait voir Harry se débarrasser efficacement et brutalement des sorciers sur son chemin.

Ils se rejoignirent devant les grandes terrasses qu'ils avaient pu observer de l'extérieur, visibles derrière les arcades ouvertes. Hammond se tenait devant eux, à quelques mètres à peine.

Ron leva sa baguette et lança un premier sort.

-Stupefix !

L'homme le fit dévier sans effort, avant de tourner son arme vers lui.

-Diffindo !

Ron leva son bouclier à temps, mais fut forcé de reculer sous l'impact du sort. Avant qu'il ne puisse lancer son attaque suivante, il fut projeté au sol par un Expulso qui le fit glisser jusqu'au fond du couloir.

Il se releva, un vive douleur dans son bras gauche lui fit craindre qu'il ne soit cassé. Il put voir Harry s'élancer vers Hammond et les deux hommes entamèrent un duel vicieux, rivalisant de sorts plus violents les uns que les autres.

Un garde fit soudain irruption de l'escalier et Ron réagit immédiatement.

-Fulgari !

Sa cible se retrouva plaquée au sol sans avoir eu le temps de réaliser ce qu'il se passait. L'Auror le stupéfia puis l'entrava. Au moment où il se relevait, une énorme explosion venant du rez-de-chaussée secoua la demeure, faisant trembler la structure entière. Des morceaux du plafond ainsi que des murs se mirent à tomber et le sol se fissura sous ses pieds.

Il s'accroupit près d'une rambarde, se protégeant la tête de son bras valide, et se mit à scruter les alentours pour tenter d'apercevoir Harry. Il le repéra, juste à l'extérieur du couloir, sur l'une des terrasses. Debout, haletant, du sang coulant de blessures au bras et à la tête, il tenait son arme pointée sur Hammond. Celui-ci était à genoux en face de lui, ses mains vides ouvertes à ses côtés, ses lèvres bougeaient, mais Ron était trop loin pour entendre leur conversation.

Soudain, une expression de pure haine transforma les traits du jeune homme, ses lèvres se retroussèrent en une parodie de sourire puis il leva brusquement sa baguette.

-Harry ! NON ! hurla Ron au même moment en s'élançant vers lui.

-Sectumsempra !

Le sort toucha l'homme en pleine gorge, sectionna chair, tendons et artères simultanément, et le sang gicla, s'ajoutant à celui déjà présent sur le visage de Harry. David Hammond s'écroula, mort. En le tuant ainsi, l'ancien Auror venait de sceller son sort ; s'il était capturé, au mieux, il irait à Azkaban pour le restant de ses jours, au pire, il recevrait le baiser du détraqueur.

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Ils étaient désormais seuls, tous les deux face-à-face, leurs silhouettes se détachant sous la grande arcade donnant sur la terrasse. Les nuages noirs obscurcissaient maintenant le ciel, et les plongeait dans une pénombre presque nocturne, éclairée par les flammes ravageant le mobilier détruit dans le patio.

-Harry ! C'est fini, ils sont tous morts ! Rends-toi maintenant !

-Je ne peux pas, Ron ! Ce n'est pas fini ! Je dois leur faire payer. Je dois leur faire payer à tous !

Dans ses yeux, la lueur des flammes se reflétait, faisant brûler son regard. Couvert de sang, haletant et souriant férocement, iI semblait avoir définitivement perdu toute raison.

-Je te l'ai dit, je ne me rendrais pas sans me battre !

-Regarde-toi ! explosa Ron. Regarde ce que tu es devenu ! Tu ne vaux pas mieux qu'eux ! Tu ne vaux pas mieux que Voldemort !

-Je crois que toi et moi, nous n'avons plus rien à nous dire, siffla Harry.

Sans une seule hésitation, il leva sa baguette et lança le premier sort, obligeant l'Auror à reculer dans le couloir. Ron pouvait sentir la colère et la haine le submerger, conscient qu'il s'agissait des effets résiduels du transfert, mais il était incapable de lutter contre ces émotions. Peu à peu, elles prenaient le dessus et l'engloutissaient lentement, le poussant à répondre aux attaques de son adversaire avec la même détermination.

Ce n'était plus l'homme qu'il connaissait, son meilleur ami, avec qui il avait grandi, son frère. Il l'avait trahi, lui, ainsi que tous leurs amis, leur famille, et tentait à présent de le blesser, ou pire, consumé par sa quête de vengeance sans fin.

Il s'apprêtait à le stupéfier quand Harry se jeta sur lui et repoussa son bras vers le haut, ce qui causa au sortilège de s'écraser au plafond, en faisant tomber des morceaux autour d'eux. Son autre main s'accrochait au biceps de l'Auror pour l'empêcher de bouger, et seuls des grognements d'effort s'échappaient de leurs bouches entre leurs dents serrées alors qu'ils tentaient de dominer l'autre. Ron lui décrocha soudainement un coup de genou sournois dans l'aine et son opposant le relâcha et s'écarta vivement.

Leurs assauts redoublèrent de vigueur et ils échangèrent sorts contre sorts sans temps morts.

-Fulgari !

-Scalpero ! lança Harry, tout en esquivant de justesse l'attaque précédente.

-Protego ! s'écria l'Auror, une seconde trop tard, le jet de lumière lui entaillant douloureusement le haut de la cuisse.

Avec un puissant Expulso, Ron projeta son adversaire au sol. Il atterrit contre la rambarde qui surplombait le champ de bataille toujours actif dans le patio intérieur. Harry se releva difficilement, se tenant le côté gauche avec le bras, et cracha un filet de sang. Il leva les yeux vers Ron.

-Tes sorts paraissent toujours aussi affectueux, souffla-t-il, visiblement gêné pour respirer.

Avant que l'Auror ne puisse lui répondre, le sol fragilisé céda et Harry disparut.

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Ron resta figé en place, ne comprenant pas immédiatement ce qu'il venait de se passer. Puis d'un seul coup, il s'élança vers les escaliers, les descendit en courant et se précipita dans le patio, où les derniers gardes restants étaient maîtrisés par les Aurors.

Il repéra instantanément Harry, qui, un genou à terre, son autre jambe repliée sous lui, essayait de se relever au milieu des débris tout en retirant avec une grimace une longue tige métallique s'étant apparemment plantée dans son flanc pendant sa chute. Couvert de sang, il leva les yeux vers Ron en l'entendant approcher et son regard intense se fixa sur lui avant que son corps brisé et épuisé ne bascule sur le côté et heurte le sol.

Ron parcourut les derniers mètres en deux foulées rapides puis se laissa tomber à genoux à ses côtés. Il posa sa main valide par-dessus celle de Harry, couvrant la plaie qu'avait laissée la tige de fer et qui saignait profusément. Il sentit son ami le repousser avec son autre main, sans le quitter du regard. Il laissa son bras retomber, se sentant complètement impuissant. Il pouvait voir la poitrine du jeune homme se soulever de façon asymétrique, du sang rouge vif coulait de sa bouche et de son nez ; terrifié, il n'osait pas penser à ce que cela signifiait.

Puis Ron vit ses yeux se fixer lentement sur quelque chose au-dessus de son épaule et, dans une dernière exhalation, il esquissa un sourire. L'Auror perçut le moment exact où son regard s'éteignit, son visage se détendit, suivi par le relâchement de son corps entier. Son poing se resserra dans le tissu du T-shirt de Harry, un sanglot le secoua violemment et il se pencha en avant, jusqu'à ce que sa tête touche la poitrine inerte du jeune homme allongé.

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Ils avaient onze ans, et se rencontraient pour la première fois, quai 9 ¾ , en route pour leur première année à Poudlard.

Ils avaient douze ans, et survolaient Londres dans la Ford Anglia du père de Ron, poursuivant le Poudlard Express.

Ils avaient quatorze ans, et s'entraînaient à danser la valse ensemble en préparation du Bal de Noël.

Ils avaient quinze ans, et Harry se tenait près de Ron, une main posée sur son bras après avoir rendu visite à son père à Sainte Mangouste.

Ils avaient dix-sept ans, et Ron venait de lui sauver la vie dans la forêt enneigée.

Ils avaient vingt ans, et venaient de terminer une partie de quidditch dans le grand champ derrière le Terrier, un grand sourire sur leurs visages.

Ils avaient vingt-huit ans, et Ron se tenait recroquevillé au-dessus du corps sans vie de son meilleur ami.

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Ron ne savait pas depuis combien de temps il se tenait assis là, les mains posées sur ses cuisses, paumes vers le ciel, dans le jardin devant la grande villa à moitié détruite. Quand les premières gouttes de pluie tombèrent sur son visage, il leva la tête puis ferma les yeux, laissant l'averse laver le sang, emporter ses émotions, et ses larmes se mélangèrent à l'eau qui glissait le long de ses joues. C'était enfin fini.