Je vous souhaite tous mes meilleurs voeux pour cette année 2021 ! Je ne comptais pas poster aussi rapidement mais vos commentaires étaient très motivants donc me voilà avec un nouveau chapitre ! Merci encore à drou, pcam, Fleur d'Ange, Arya Destiny !
Bonne lecture !
X. Strictement Confidentiel
Pour la troisième fois depuis une heure, Théodore Nott lança un regard plein d'espoir vers la porte de la salle principale du Théâtre. Deux hommes pénétrèrent dans la pièce, faisant léviter du matériel de maintenance derrière eux. Théodore détourna les yeux, déçu.
Pourquoi s'attendait-il encore à la voir entrer ? Hermione Granger ne viendrait pas et il devait s'y résoudre. La diligence qu'il avait envoyée était revenue vide. Selon son employeur, Hermione ne s'était pas rendue aux Archives Publiques des Macmillan le matin même, prétextant être souffrante.
Un dépit certain avait envahi Théodore même s'il s'était efforcé de le dissimuler. Il était déçu mais pas surpris. Hermione n'avait pas paru emballée par l'invitation. Elle avait seulement accepté après son insistance. Théodore savait qu'elle n'était pas malade. Il s'agissait simplement d'une excuse pour se désister.
Théodore reporta son attention sur l'orchestre qui l'attendait pour poursuivre. Il parcourut les quelques mètres le séparant de l'imposant piano à queue placé sur la scène. Il fit un signe de la tête au mage d'orchestre, pour lui signifier qu'il était prêt à reprendre.
« Reprenons au second mouvement. » ordonna ce dernier en levant sa baguette d'un geste gracieux.
A la fin de la répétition, l'une des employées du Théâtre approcha Théodore.
« Monsieur Nott. Quelqu'un est à l'entrée et exige de vous voir. Nous lui avons dit que l'accès n'était pas autorisé avant la représentation mais elle n'a rien voulu entendre et… » commença l'employée avec une grimace.
« Laissez-là entrer. » interrompit Théodore, retrouvant immédiatement son excitation.
L'employée hocha la tête. Théodore quitta sa banquette, les yeux rivés vers la porte. Son appréhension se transforma en déception lorsqu'il constata que ce n'était pas Hermione mais une autre femme qui venait d'entrer. La nouvelle arrivante fit d'ailleurs une entrée remarquée. Il s'agissait d'une jeune femme aux cheveux noirs, plantée sur des escarpins gigantesques, vêtue d'un manteau en fourrure de boursouflet blanc et d'un chapeau en capeline assorti. Elle traversa la pièce d'un pas assuré, se pavanant comme si elle était la propriétaire des lieux. Tous les regards du théâtre s'étaient posés sur elle.
Théodore reconnut immédiatement Pansy Parkinson. Elle n'avait rien perdu de l'attitude prétentieuse qu'elle paradait déjà depuis sa plus douce jeunesse. Même enfant, Pansy avait toujours été une diva. Lorsqu'elle était dans une pièce, toute l'attention était rivée sur elle. La jeune femme monta l'estrade, ses talons faisant écho dans toute la pièce désormais silencieuse, avant de se poster devant lui, arborant un sourire goguenard.
« Théodore Nott. » dit-elle d'un ton formel, ses yeux noirs perçants le détaillant de haut en bas. « Un revenant. »
Pansy jeta un regard curieux à l'orchestre derrière lui puis ajouta :
« Quel genre de bras cassés fais-tu travailler ici, Théodore ? Cette bonne femme ne m'a même pas reconnue. » dit-elle à voix haute, adressant un regard hostile à l'employée.
« Pourquoi devrait-elle te reconnaître ? » s'étonna Théodore.
« Beaucoup de choses ont changé depuis ta fuite à l'étranger, chaton. Premièrement, je suis une célébrité. Deuxièmement, quelle est cette coiffure ? Tu devrais vraiment te faire couper les cheveux. Ne me dis pas que tu vas te présenter comme ça devant tout le beau Londres, ce soir ? » dit-elle en désignant d'un air critique sa chevelure.
Théodore passa ses doigts dans ses cheveux, l'air penaud. Ils étaient plus longs qu'à l'accoutumée. Depuis son arrivée au Royaume Uni, se faire coiffer avait été le dernier de ses soucis. Il avait eu plus urgent à gérer.
« Qu'est-ce que tu fais ici ? » insista Théodore. « La représentation n'est pas avant ce soir. »
« Tu n'es pas heureux de me voir après toutes ces années ? » interrogea Pansy, faisant mine d'être outrée. « Nous étions pourtant de si grands amis avant ton départ. »
Théodore lui adressa un regard sceptique, se demandant si elle était sérieuse. Il avait gardé peu de souvenirs de ses relations au Royaume-Uni. Il se souvenait toutefois très bien que Pansy Parkinson n'avait jamais manqué une seule occasion de le rabaisser pendant leur enfance, par pur divertissement. Il se souvenait d'elle comme une peste capricieuse.
« Tu sais, j'ai été très agréablement surprise de recevoir une invitation de ta part. » révéla-t-elle. « Je pensais que tu m'en voulais toujours d'avoir lancé cet œuf de malagrif tacheté sur ta tête devant tout le monde, quand nous étions enfants. »
Théodore ne s'était pas occupé des invitations. Il aimait composer et jouer de la musique. Toute la logistique et l'administration autour des évènements du Théâtre ne l'intéressaient pas. La famille Nott employait une dizaine de personnes pour gérer ces sujets à sa place.
« Enfin bon, laissons tout ça dans le passé. On fait tous des erreurs, après tout. Tu aurais dû te décaler quand je te l'ai demandé. » ajouta-t-elle d'un ton mutin.
Pansy jeta un regard autour d'elle, l'air appréciateur.
« J'ai entendu dire que tu faisais les choses en grand dans des contrées lointaines. » dit-elle d'un ton admiratif. « Regarde-nous, les deux personnalités les plus en vue du moment. Draco doit êtretellement jaloux. »
« Que devient-il ? » demanda Théodore, davantage par politesse que par intérêt.
Il ne s'était jamais vraiment entendu avec Draco Malfoy. La personnalité de Théodore était bien différente de celle des deux autres. Pansy et Draco avaient toujours semblé s'entendre comme lutins et gnomes. Quant à Théodore, il avait eu l'impression d'être la cinquième roue du carrosse en leur présence. Maintenant qu'il y réfléchissait, il ignorait pourquoi ils s'étaient autant fréquentés à l'époque. Probablement une énième obligation de leur statut.
Les Treize sacrés vivaient en reclus pour des raisons de sécurité. On préférait laisser les enfants se fréquenter entre eux plutôt que de les laisser côtoyer le commun des mortels.
« Oh, Draco ne viendra pas. » répondit distraitement Pansy en observant ses ongles. « Il est probablement occupé à élaborer des plans machiavéliques pour atteindre ses objectifs. De nous trois, Draco a toujours été le seul à avoir les moyens de ses ambitions. »
Elle soupira longuement avant de poursuivre :
« Il ignore ce que signifie le mot détente. Mais ne parlons pas de lui. Aujourd'hui, tu es le centre de l'attention. Enfin jusqu'à ce que je te vole la vedette, ce soir. Tu devrais voir la robe que je vais porter. Magnus Cunningham va probablement enfin me demander en mariage. » ajouta-t-elle avec satisfaction.
Pansy gloussa d'un air rêveur, comme si elle était plongée dans une pensée particulièrement agréable.
« Ne dis pas à Draco que j'ai dit ça. Il me tuerait. Il déteste Magnus. » ajouta-t-elle sur le ton de la confidence.
Elle jeta un regard circulaire à la salle, où les employés finissaient les préparatifs pour la représentation du soir même.
« Les répétitions sont terminées ? » demanda—t-elle avec impatience.
Théodore hocha la tête.
« Parfait. Dans ce cas, allons faire un tour. » dit-elle avec enthousiasme en attrapant Théodore par le bras pour descendre les marches de la scène. « Juste deux petites heures, on sera de retour en un rien de temps. »
« Je ne peux pas partir maintenant - j'ai besoin de me concentrer. » protesta Théodore.
« On dirait que tu as oublié quelque chose d'important à mon sujet pendant ton exil à l'étranger, chaton. » déclara Pansy en esquissant un rictus moqueur.
« Quoi donc ? » demanda Théodore en levant un sourcil, confus.
« On ne me dit jamais non. » déclara Pansy sur le ton de l'évidence avant de l'attirer vers les grandes portes.
Quelques instants plus tard, ils se retrouvèrent dans un salon de coiffure du Cours Écarlate. A leur arrivée, les employées s'étaient empressées de privatiser l'endroit, le rendant inaccessible à d'autres clients potentiels.
« Je n'ai rien contre le reste de la population mais j'aime l'exclusivité. » commenta Pansy sur le ton de la confidence à Théodore, pour se justifier.
« Que fais-t'on ici ? » demanda-t-il en observant ses environs d'un air incertain.
« Tu ne crois sincèrement pas que je vais te laisser aller à ta représentation avec cette coupe de cheveux ? Quel genre d'amie serais-je, si je faisais ça ? » dit Pansy.
Elle se tourna vers les employées du salon, leur donnant des instructions que Théodore eut du mal à suivre. Il se laissa toutefois faire lorsqu'une femme l'invita à prendre place sur un siège confortable. Elle déplia une cape noire et la posa sur ses épaules, afin de couvrir ses vêtements. Théodore eut un mouvement de recul lorsqu'elle enchanta une large paire de ciseaux qui se mit à claquer dans l'air d'une manière menaçante, près de son visage.
« Que comptez-vous faire ? » demanda-t-il, peu à l'aise.
« Détends-toi. Elles ont des doigts de fée. » assura Pansy.
Elle s'installa à son tour sur l'un des sièges, tandis qu'une autre coiffeuse s'approchait d'elle.
« Ne t'inquiète pas, elles vont donner une raison à toutes les débutantes du pays de se jeter sur toi. » poursuivit Pansy avec un sourire en coin.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
Pansy se tourna sur son siège, observant Théodore à travers le reflet du miroir face à lui.
« Par Voldemort… Tu es tellement naïf. Ce serait presque adorable si ce n'était pas aussi pathétique. » critiqua Pansy en l'observant avec pitié.
Théodore leva les sourcils, pantois devant l'insulte.
« Tu te doutes bien que ton retour au Royaume-Uni n'est pas passé inaperçu. Un nouveau bachelor en ville. Et pas n'importe quel bachelor, non… Un héritier du Coven en âge de se marier. » ajouta Pansy.
« Je suis loin d'être le seul dans cette situation, si je ne m'abuse. » rappela Théodore avec embarras.
« Tu connais l'attrait de la nouveauté. » répliqua Pansy. « Et rappelle-toi que nous vivons dans une société patriarcale où seul un homme peut passer son nom. »
Malgré leur statut privilégié chez les Treize sacrés, les femmes n'étaient pas en mesure de passer leur nom de jeune fille à leur descendance. Pour qu'une femme conserve son appartenance au Coven, elle devait se marier à un homme d'une autre dynastie royale ou restée non mariée. Encore une règle que Théodore trouvait archaïque et sordide.
« Les héritiers ne courent pas les rues. Nous sommes toutes en train de faire nos calculs. » ajouta Pansy.
« Toi y compris, j'imagine ? » demanda-t-il avec ironie.
« Ne te lance pas de fleurs, chaton. Je t'ai rayé de ma liste de prétendants quand je t'ai surpris nu comme un ver quand nous avions huit ans. Je n'arriverais jamais à sortir cette image de petit gringalet de mon esprit. » ajouta Pansy en faisant mine de frémir de dégoût.
Théodore ne put s'empêcher de lâcher un rire bref à sa remarque. Jamais il n'aurait imaginé que la personne qui parviendrait à lui arracher un rire aussi facilement serait Pansy Parkinson. Ces dernières semaines avaient été éprouvantes pour lui. Pansy esquissa un sourire en coin, visiblement très satisfaite d'elle-même.
« Et pour être totalement transparente, j'ai d'autres projets en tête. » avança la jeune femme.
« Qui ? » demanda Théodore avec curiosité.
« Magnus Cunningham. Ça fait des années que je le travaille mentalement. Il est amoureux de moi mais ne le sait pas encore. » déclara-t-elle en croisant les jambes avec contentement.
Elle lâcha un long soupir.
« Je te dis simplement que tu dois te préparer à recevoir une vague d'attention féminine et des culottes sur scène, ce soir. » prévint-elle.
Théodore sentit ses oreilles virer au rouge.
« Je ne suis pas intéressé. » grommela-t-il.
« J'en étais sûre. Je le savais. » déclara Pansy, ses yeux s'écarquillant soudainement.
« Sûre de quoi ? » demanda Théodore, sans comprendre.
« Que tu étais attiré par les hommes. » déclara Pansy d'une voix théâtrale, comme si elle détenait une révélation divine. « Un homme qui aime tant la musique et la poésie... ça cachait forcément quelque chose. »
Théodore leva les yeux au ciel.
« Ce n'est pas ça ? » dit Pansy, avec déception.
Un long silence s'installa pendant lequel seuls les claquements des instruments des coiffeuses se firent entendre.
« A moins qu'il y ait déjà quelqu'un. » devina Pansy soudainement, quelques minutes plus tard.
Elle se tourna vers Théodore, s'agitant sur son siège, visiblement surexcitée par la perspective. La coiffeuse de Pansy semblait peiner à faire son travail à cause de son agitation mais elle ne fit aucune remarque. Il vit l'employée jeter des regards impressionnés et craintifs vers le garde du corps personnel de Pansy, qui semblait trop large pour la boutique.
« Tu as trouvé quelqu'un en France, pas vrai ? »
« Il n'y a personne. » répondit Théodore d'une voix ferme, comme pour mettre un terme à la conversation.
Il se renfrogna, et ses pensées divaguèrent vers Hermione. Son absence l'avait blessé plus qu'il ne voulait l'avouer. Il se sentit stupide d'avoir tant insisté après le premier refus de la jeune femme. Pansy ne l'avait pas lâché du regard.
« Nous y revoilà. » commenta-t-elle avec morgue en secouant la tête.
Il lui jeta un regard confus et Pansy leva la main devant elle, faisant mine de tracer une banderole imaginaire dans l'air.
« Théodore Nott. Dépressif depuis 1980. » clama-t-elle d'un ton théâtral. « Je parie que ça te donne un style que les femmes adorent, pas vrai ? Les petites françaises devaient se jeter sur toi. Il parait qu'elles sont bien faciles. »
Pansy reporta son attention sur son propre reflet et ses yeux se plissèrent sous la contrariété.
« Je ne vous ai pas demandé de couper autant ! » dit-elle d'une voix cinglante à l'attention de la coiffeuse.
Cette dernière stoppa son geste, mortifiée.
Lorsque Théodore fut de retour dans les loges du Théâtre de Damasus le Décadent, il dut reconnaître que sa nouvelle coupe de cheveux lui donnait un air bien plus présentable.
« Nous serons à guichets fermés, ce soir. » lui annonça la directrice du Théâtre, avec excitation.
Le grand retour du fils prodigue et prodige, le virtuose à la réputation internationale, avait visiblement attiré les foules. Théodore écouta à peine les paroles de la femme. Comme à chaque fois qu'il s'apprêtait à entrer sur scène, il était immergé dans son propre monde. Pendant l'espace d'un instant, il avait la sensation de s'évader, loin de l'agitation qui régnait autour de lui.
Il ressentait une certaine nervosité qui ne lui était pas familière. Lorsqu'il était sur scène, s'adonnant à sa plus grande passion, il ne ressentait habituellement pas de stress - seulement une euphorie agréable. Toutefois, la perspective d'être de retour dans son propre pays où les attentes étaient monumentales, le rendait anxieux.
Alors qu'il traversait le long couloir, menant à la grande scène principale, Théodore prit une grande inspiration. Sur l'estrade, le bruit de ses souliers lustrés résonna à chacun de ses pas. Immédiatement, une valve d'applaudissements vigoureux retentit. Le théâtre était bondé - du parterre jusqu'au balcon. Théodore jeta un regard bref vers la loge d'honneur, où ses proches se trouvaient et il aperçut le visage de sa mère. Il ne pouvait pas voir l'expression sur ses traits mais il savait qu'il s'agissait d'un mélange d'émotion et de fierté - faisant écho à ce que lui-même ressentait à cet instant précis.
Théodore prit place sur la banquette du piano et leva le visage en direction du mage d'orchestre qui avait levé sa baguette. Les doigts de Théodore se posèrent alors sur les touches en ivoire et il commença à jouer, laissant libre court à sa passion.
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Narcissa Malfoy abhorrait les dîners en famille dans la demeure Malfoy. A chaque fois que l'heure fatidique s'approchait, elle la redoutait, comme elle redoutait une réunion avec des clients difficiles. Narcissa n'affichait jamais rien de son ennui, cependant. Après tout, elle n'était pas de celles qui dévoilaient facilement leurs émotions - et encore moins ses frustrations.
Alors, chaque soir, elle faisait mine d'être impatiente à l'idée de retrouver son fils et son mari autour de la large table en bois sombre du Manoir Malfoy. La plus grande ironie de cette tradition résidait dans le fait que c'était Narcissa elle-même qui l'avait instauré, réclamant expressément à sa famille d'être présente à l'heure du dîner.
« J'ai appris que l'une des filles d'Adamus Carrow attendait un enfant. » lança Narcissa, sur le ton de la conversation, dépliant soigneusement sa serviette sur ses genoux.
Voilà à quoi se résumaient ces dîners quotidiens. Près d'une heure où elle s'efforçait de faire la conversation, évoquant des banalités toutes plus inintéressants les unes que les autres.
« Qui est le père ? L'un des membres de la famille, j'imagine ? Il est difficile de suivre, avec ces gens. » commenta Lucius avec dédain, sortant de son silence.
S'il y avait une chose que les Malfoy adoraient par-dessus tout, c'était de cracher gratuitement sur leurs pairs. Sans doute une manière de faire asseoir leur supériorité sur des familles qui n'arrivaient pas à leur hauteur.
Il était de notoriété que les Carrow n'étaient pas particulièrement regardants sur les liens familiaux lorsqu'il s'agissait de mariages. Les unions entre cousins directs étaient communes et même préférées. Le clan Carrow était aussi connu pour ses penchants fervents pour la polygamie, qu'ils justifiaient par une volonté de peupler la population avec du sang pur.
Il était rare de voir des familles nombreuses parmi les Treize sacrés. Adamus Carrow, le Gouverneur en poste était le patriarche de la famille. Il comptait au total trois épouses. Les gènes de la famille semblaient être génétiquement prédisposés aux grossesses multiples.
Adamus était issu d'une portée de triplés, avec son frère Amycus et Alecto. Il semblait toutefois être le seul à avoir hérité d'un cerveau. Son frère et sa sœur étaient deux brutes peu intelligentes, qui suivaient aveuglément le leadership de leur frère. Avec sa première épouse Desdemona, Amycus avait eu des jumelles - Hestia et Flora - dont l'une était actuellement enceinte.
Il avait une personnalité polarisante - qu'on aimait ou qu'on détestait - mais devant laquelle on restait rarement indifférent. Cela expliquait sans doute comment il avait pu rallier des milliers de fidèles dans sa communauté - qui prônait le sacrifice individuel au nom de la cause de Voldemort. Bellatrix, la propre sœur de Narcissa, était une membre fervente de son culte. Chaque année, elle faisait don de plusieurs centaines de milliers de gallions à la cause.
« Je n'en suis pas certaine, pour être honnête. » répondit Narcissa après avoir avalé une gorgée d'hydromel blanc.
La boisson était divine et complimentait parfaitement le plat confectionné par les elfes - un filet de daurade au thym, accompagné de pleurotes et de mesclun.
Le silence s'installa de nouveau autour de la table des Malfoy, seulement interrompu par le bruit des couverts. C'était sans aucun doute les quarante-cinq minutes les plus éreintantes de la journée de Narcissa. Il était difficile de jongler entre un mari distant - qui avait déjà quitté leur mariage mentalement depuis plus d'une décennie, et un fils qui semblait peu intéressé par la perspective de communiquer avec son père ou de faire semblant pour faire plaisir à sa mère. A la fin du dessert, Draco prit congé et disparut dans ses appartements, visiblement ravi d'avoir rempli sa corvée quotidienne.
Même si les Malfoy affichaient une façade unie et exemplaire devant leurs pairs, leur famille était rongée par des non-dits, les frustrations et des profondes rancunes.
Narcissa n'avait jamais considéré le mariage comme un acte d'amour. Il s'agissait d'un partenariat, dans lequel deux familles trouvaient leurs intérêts respectifs – financier, social, ou politique.
Tandis qu'elle avalait le fond de son verre d'hydromel, Narcissa posa le regard sur son mari, l'observant avec réflexion. Avait-elle réellement aimé celui qui partageait sa vie depuis près de vingt-huit ans ? Probablement. Au début, du moins. Cela lui semblait si lointain qu'elle n'en était plus certaine.
Évidemment, à l'époque, Lucius était apparu comme le prétendant parfait. Un excellent parti, digne de l'attention d'une jeune femme comme Narcissa. Il était issu d'une lignée à la pureté exemplaire. A l'instar des Black, les Malfoy faisaient partie du Coven des Treize sacrés originel.
Narcissa avait également anticipé la chute de sa propre lignée. Toutes ses sœurs étaient des femmes, ce qui signifiait qu'aucune d'entre elles ne pouvait donner à leur descendance le nom Black. Quand bien même Narcissa avait décidé de rester non mariée, elle n'aurait jamais eu la priorité pour obtenir le rôle de Gouverneur pour son clan. Elle était la plus jeune de sa fratrie, derrière ses deux sœurs ainées Bellatrix et Andromeda ainsi que ses deux cousins, Sirius et Regulus.
Depuis, Sirius et Andromeda avaient été complètement radiés de l'arbre généalogique, à la suite de scandales que la famille Black avait préféré étouffer pour ne pas entacher sa réputation immaculée. On agissait désormais comme s'ils n'avaient jamais existé. Toute mention de leur existence avait été savamment rayée des registres.
Les rumeurs au sujet de Regulus différaient. Certains le disaient impotent et d'autres prétendaient qu'il ne partageait sa couche qu'avec des hommes, un problème certain lorsqu'il s'agissait de faire prospérer la génération suivante.
Bellatrix, sa sœur aînée, avait été la favorite pour reprendre le flambeau familial. Narcissa n'avait jamais imaginé sa sœur en ménage. Dès son plus jeune âge, Bella avait été attirée de manière obsessionnelle par l'idée de donner sa vie à la cause de Voldemort.
Elle avait pourtant trouvé en Rodolphus Lestrange un amant idéal - partageant les mêmes penchants dérangés que les siens. Un coup de foudre immédiat. Ils s'étaient mariés trois mois après leur rencontre, dans une cérémonie pompeuse et dramatique, à l'image de Bellatrix. Pour distraire ses invités, le couple avait organisé une chasse aux Dissidents dans un bois bordant la large propriété des Lestrange.
Narcissa avait toujours su que sa sœur était dérangée. Le jour de ces noces lui avait apporté la confirmation. La lueur de passion et d'euphorie extrême dans les yeux de Bellatrix pendant que son nouvel époux torturait un Dissident devant l'assemblée en l'honneur de sa mariée, avait laissé Narcissa particulièrement mal à l'aise.
Quant à cette dernière, son propre mariage avait été à son image - lisse, impeccable, conservateur. Lucius et Narcissa étaient le symbole d'un couple parfait. Deux individus bien nés, intelligents, brillants et ambitieux. Une union faite pour durer.
Leur union - ou plutôt partenariat - avait été un succès d'un point de vue financier. Ils étaient à la tête d'un large empire, qui n'avait fait que croître depuis qu'ils le dirigeaient.
« Heureux au jeu, malheureux en amour. » clamait-on parfois.
Malgré son mariage sans amour, Narcissa ne se décrivait pas comme malheureuse - bien au contraire. De son union avec Lucius Malfoy, elle avait obtenu son plus beau cadeau - son fils Draco. D'autre part, sa vie professionnelle la comblait pleinement et les objectifs qu'elle visait étaient plus ambitieux que jamais. Quant à ses besoins plus personnels, Narcissa s'appliquait à les satisfaire d'une autre manière.
Lorsque le dîner s'acheva, Lucius se retira à son tour dans sa chambre. Ils ne partageaient plus la même couche mais restaient dans la même aile du Manoir. Comme par obligation. Comme si cela signifiait encore quelque chose.
Narcissa prit un long bain après sa journée particulièrement stressante, sentant tous ses muscles se détendre dans l'eau fumante. Elle soupira d'aise.
Lorsqu'elle entra dans son large dressing après son bain, elle enfila une paire de dessous en dentelle bleue délicate puis revêtit une robe cintrée noire à l'encolure ronde qui marquait particulièrement sa taille, et lui arrivait aux genoux. Elle attacha ses cheveux à l'aide d'une pince argentée, appliqua un rouge à lèvres d'une teinte cinabre sur ses lèvres, puis vaporisa l'un de ses parfums favoris.
Lorsqu'elle quitta ses appartements, Narcissa traversa les longs corridors du Manoir silencieux, traversée par une soudaine appréhension, comme une femme qui s'apprêtait à commettre un acte interdit. La sensation était des plus grisantes et elle profita de chaque seconde de cette excitation palpitante.
Narcissa se dirigea vers sa cheminée du Hall, protégée par une grille qui s'effaça lorsqu'elle agita sa baguette d'un geste gracieux. Elle pénétra dans l'âtre, puis jeta une poignée de poudre de cheminette à ses pieds.
Elle fut transportée dans l'âtre de son imposant bureau dans les locaux de Machinations Malforescentes, l'entreprise familiale. Narcissa s'installa à son bureau, ses yeux parcourant d'un air distrait la pile de parchemins soigneusement placée au centre. Elle investissait massivement dans des Fonds vautours, acquérant à bas prix des entreprises endettées pour réaliser une plus-value pendant une phase de restructuration de la dette. Une méthode de spéculation qui avait porté ses fruits pendant la dernière décennie. Narcissa était plus ingénieuse que Lucius dans le domaine de la finance et les meilleures stratégies de Machinations Malforescentes avaient été de son fait.
Quelques minutes plus tard, elle entendit quelqu'un frapper à la porte du bureau.
« Entrez. » ordonna-t-elle, levant les yeux du dossier qu'elle lisait.
Allegra McGrath, son assistante de direction, se présenta à la porte. Il était neuf heures passées et la plupart des employés avaient déjà quitté les lieux.
« Bonsoir Mrs Malfoy. » salua cette dernière d'une voix professionnelle. « Merci d'être revenue aussi tard. Nous avons apporté quelques modifications au contrat et j'ai besoin de votre signature avant la rencontre avec M. Urquhart, demain matin. »
Narcissa hocha la tête, et observa la jeune femme s'approcher du bureau afin d'y déposer un classeur de parchemins sur la table. Tout comme elle, Allegra était une acharnée du travail, préférant favoriser sa vie professionnelle au détriment de sa vie personnelle. Elle lui rappelait ce qu'elle-même avait été, deux décennies plus tôt. Une jeune trentenaire fervente et passionnée, prête à tout pour remplir ses ambitions.
Allegra était une assistante discrète et efficace. Sans doute la raison pour laquelle elles travaillaient aussi efficacement ensemble. C'était la première assistante qui avait réussi à répondre aux nombreuses attentes de Narcissa. La discrétion d'Allegra se manifestait même jusqu'à son apparence physique. Elle portait toujours des robes de sorcière de tons neutres et coiffait ses cheveux bruns en chignons sobres. Elle portait généralement un maquillage discret. Assez pour être présentable sans attirer l'attention pour autant. Tout chez elle était fait pour ne pas être remarquée.
Allegra restait dans l'ombre de Narcissa, telle une seconde main s'attelant à alléger sa charge et à lui faciliter la vie. Exactement comme Narcissa l'avait fait pour Lucius avant de prendre un rôle plus important dans l'entreprise. Avec son mari, elle portait le rôle d'éminence grise. Cette place lui permettait de le conseiller dans la sphère privée et d'influencer sur ses décisions publiques.
« Il y a également deux points que j'aimerais confirmer avec vous. » expliqua Allegra, faisant le tour du bureau pour se placer aux côtés de Narcissa.
Elle se pencha sur le papier qu'elle venait de déposer auprès Narcissa, lui faisant un résumé des sujets en suspens. L'odeur de son parfum, aux saveurs florales et délicates, lui parvint au nez.
« Il faudra leur faire comprendre que nous ne pouvons pas accepter la clause 45b sans une clause d'exclusivité de leur part. » expliqua Narcissa en parcourant les lignes des yeux.
Allegra fit une rature sur le parchemin avant d'y apposer des commentaires. Elle s'était penchée davantage sur le bureau, effleurant l'épaule de Narcissa au passage.
« Eh bien, je crois que nous avons terminé. » annonça finalement Allegra avec satisfaction avant de placer le dernier parchemin dans le dossier. « Je vais effectuer les modifications pour la signature. »
Elle se redressa puis se tourna vers Narcissa.
« Puis-je faire quelque chose d'autre pour vous, Mrs Malfoy ? » demanda Allegra.
Les yeux bleus de Narcissa s'assombrirent tandis qu'elle observait la mine intéressée d'Allegra.
« J'ai eu une longue journée. » annonça Narcissa avec un soupir.
Allegra hocha la tête, un sourire apparaissant sur ses lèvres minces.
« Vous travaillez tellement, Mrs Malfoy. » concéda Allegra d'un ton empathique.
Elle esquissa un geste vers sa robe de sorcière puis d'un mouvement sec, détacha la cordelette. Immédiatement, la tenue tomba à ses pieds, révélant sa silhouette dévêtue, uniquement couverte par de la lingerie noire.
« Vous avez vraiment besoin de vous détendre. » déclara-t-elle, sa voix se faisant plus rauque.
Allegra s'était approchée de Narcissa tandis qu'elle prononçait ces paroles. Elle se pencha dans sa direction avec une lenteur volontairement exagérée, lui laissant tout le loisir d'observer sa poitrine retenue par le soutien-gorge corbeille en dentelle qu'elle portait.
« Permettez-moi. » murmura Allegra d'une voix suave à son oreille.
Ses lèvres effleurèrent la nuque découverte de Narcissa, provoquant un frisson électrisant chez cette dernière. Elle sentit la main d'Allegra se déposer sur son épaule, défilant jusqu'à la naissance de sa poitrine, qu'on devinait grâce au décolleté de sa robe.
Narcissa attrapa son poignet d'un geste ferme, comme pour l'interrompre. Les yeux d'Allegra s'écarquillèrent légèrement, et elle sembla appréhender la réaction de Narcissa. Cette dernière se releva, faisant désormais face à son assistante et la surplombant totalement à cause des escarpins qu'elle portait.
Une lueur de fascination et d'excitation s'installa dans les yeux de la jeune femme, tandis qu'elle observait sa patronne dans toute sa splendeur. Narcissa la força à reculer jusqu'au bureau et à s'asseoir sur la table, écrasant sans cérémonie la pile de parchemins qui jonchaient le meuble.
Narcissa laissa son regard couler sur le corps de la jeune femme, appréciant sa peau laiteuse et le contraste du vêtement sur sa carnation. Elle était mince, avec une poitrine menue, qu'elle trouvait particulièrement charmante.
Allegra sembla retenir son souffle lorsque Narcissa posa son doigt au niveau de sa clavicule, avant de descendre lentement le long de sa peau exposée. Les yeux de Narcissa ne la quittèrent pas tandis qu'elle plaçait habilement son autre main sur le genou de la jeune femme avant de la glisser entre ses cuisses et de remonter lentement jusqu'à son entrejambe. Immédiatement, Allegra laissa échapper un hoquet, et ses joues rosirent. La seconde main de Narcissa attrapa la taille de la jeune femme, et ses ongles parfaitement manucurés d'un rouge vif s'enfoncèrent dans la peau douce et ferme, provoquant un nouveau soupir de son amante.
« Cissy… » murmura Allegra d'une voix haletante, sous les caresses de Narcissa.
Les yeux assombris par un désir ardent, la sorcière blonde se pencha alors vers son amante, posant avidement ses lèvres sur les siennes pour un baiser passionné.
Oui, Narcissa Malfoy était une femme qui savait ce qu'elle voulait. Et rien ni personne ne pourrait se placer entre elle et ses désirs.
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« Qu'est-ce que tu nous as encore ramené, par le caleçon troué de Merlin ? » demanda une voix rauque, résonnant dans les oreilles d'Hannah, la sortant de son sommeil.
Une douleur insupportable lui martelait le crâne, à l'endroit où on l'avait assommée brutalement. Elle n'osa pourtant pas bouger, de peur d'attirer l'attention sur elle et garda ses yeux résolument fermés. Où suis-je ? pensa-t-elle avec panique. Au fil des secondes, ses souvenirs lui revinrent peu à peu. La maison des Rowle… Jacob… Sa fuite. Ces inconnus qui l'avaient retrouvée en plein milieu d'une forêt dense et l'avaient assommée.
Et Terry… Il était probablement mort d'inquiétude en son absence ? Combien de temps s'était-il écoulé depuis son départ ? Les Aurors étaient-ils toujours à sa recherche ?
« Je crois qu'on s'était mis d'accord pour arrêter les kidnappings. » lança une seconde voix.
Cette voix était plus aigüe – vraisemblablement celle d'une femme.
« Une décision absurde si tu veux mon avis. » maugréa la voix rauque.
« Il faut toujours que tu utilises la violence, Fol Œil » répliqua la femme.
« Il n'y a que ça qui fonctionne avec ces satanés fanatiques. » répondit le dénommé Fol Œil. « Un œil pour un œil, comme ils disent. »
« Ça ne te rendra pas ton œil, tu sais. » répliqua la femme avec un rire moqueur.
« Peut-être pas mais ça me fera drôlement du bien. Tu n'as toujours pas répondu à ma question, Tonks. Qui est-cette bonne femme ? » insista Fol Œil.
« Pose la question à Dean. C'est lui qui a décidé de la ramener après notre ronde. » lança Tonks avec un soupir.
« Il va vraiment falloir que quelqu'un lui parle. Il ne va pas continuer à nous ramener des petites créatures blessées à chaque fois qu'il retourne à la surface. » pesta Maugrey, visiblement contrarié.
« Ah, tiens. Le voilà. » annonça Tonks.
Hannah entendit le son d'une porte qui s'ouvrait. Une bourrasque se fit ressentir dans l'air et elle frissonna, frigorifiée. Elle ne portait plus sa cape. Elle entendit des bruits de pas se rapprocher, comme si quelqu'un venait d'entrer dans la pièce.
Hannah entrouvrit légèrement les yeux. Elle se trouvait dans ce qui ressemblait à un vieux hall mal entretenu. Les fenêtres étaient barrées avec des morceaux de bois de fortune. Des meubles divergents s'entassaient dans la pièce, comme si le décorateur avait trouvé le mobilier dans des maisons différentes, et l'avait placé dans cet endroit, lui donnant un aspect décousu.
Hannah distingua trois individus dans la pièce. Un homme imposant, avec une jambe en bois qui claquait sur le parquet tandis qu'il faisait les cent pas, visiblement agité. Il s'agissait probablement de l'homme surnommé Fol Œil.
Une femme aux cheveux courts d'un bleu pétant se trouvait face à lui, accoudée avec nonchalance contre une cheminée condamnée. Le troisième et nouvel arrivant, un homme noir grand et élancé avec un afro court, semblait plus jeune que les deux autres.
« Maugrey n'est pas content de ta nouvelle cargaison surprise, Dean. » commenta Tonks avec un rire en désignant Fol Œil.
« Je n'ai pas eu le choix. Il y avait des Aurors en patrouille dans le coin et j'avais peur que sa présence les rameute dans les environs. » répondit le dénommé Dean en haussant les épaules. « Elle a l'air d'être une civile. »
« Pourquoi ne pas lui demander directement ? Ça fait un moment qu'elle épie notre conversation. » annonça Maugrey d'une voix froide, son œil magique se posant sur Hannah.
A ses paroles, Hannah retint une grimace. Tous les regards de la pièce se tournèrent dans sa direction. Elle garda les yeux ouverts. Elle avait déjà été repérée et il était inutile de feindre qu'elle dormait encore.
L'homme surnommé Dean s'approcha d'elle et Hannah esquissa un geste de recul, effrayée. Elle gémit de douleur en réalisant que sa cheville la tiraillait.
« Je ne bougerais pas autant si j'étais toi. Ce n'est pas très joli à regarder. » commenta Dean en s'agenouillant auprès du vieux canapé enfoncé sur lequel Hannah était allongée.
D'un geste de la tête, il désigna la jambe d'Hannah. Cette dernière suivit son regard et constata avec horreur que sa cheville était désormais enflée et avait pris une teinte violet foncé au niveau de l'os.
« On peut s'en occuper pour toi. » assura Dean d'une voix apaisante. « Lorsque tu auras répondu à certaines de nos questions. »
Hannah lui adressa un regard incertain, puis jeta un regard bref vers la porte par laquelle il était entré, à la recherche d'une issue possible.
« N'y pense même pas. Ou tu finiras décapitée avant même de toucher la poignée. »
« Par Merlin, Fol Œil ! Est-ce que tu as toujours besoin d'être aussi morbide ? » commenta Tonks en levant les yeux au ciel.
« Je m'excuse pour mon ami. Il n'a pas l'habitude de voir des inconnus. Ça le rend très anxieux. » affirma Dean à l'attention d'Hannah, sur le ton de la confidence.
Il se tourna vers son compagnon et ils semblèrent échanger une conversation silencieuse. L'interaction laissa Hannah perplexe.
« De mon temps, on ne traitait pas les prisonniers de guerre comme des invités. » commenta Maugrey avant de se diriger vers une chaise placée au centre de la pièce.
Il se laissa choir sur le siège et, sous le regard abasourdi d'Hannah, déboita sa jambe de bois d'un geste brutal, provoquant un son clapotant. Il laissa échapper un long soupir de satisfaction et posa la jambe en bois sur une table à proximité.
« Quel est ton nom ? » demanda Dean d'une voix douce.
Hannah reporta son regard dans sa direction, l'observant avec timidité.
« Ha... Hannah Boot. » dit-elle d'une voix tremblotante.
« Ton statut de sang ? »
« Sang-Mêlée. » répondit-elle.
« Que faisais-tu dans cette forêt ? Qu'est-il arrivé à ta jambe ? » interrogea Dean, en l'observant avec attention.
Hannah ne répondit pas immédiatement. Elle ignorait l'identité de ces gens et craignait de leur donner des informations susceptibles de lui causer du tort. Étaient-ils des Mangemorts sous couvertures, feignant de ne pas l'être pour lui faire avouer son délit ? Non, pensa—telle. Les Mangemorts portaient toujours des masques et ne révélaient jamais leurs identités.
Un bruit clinquant la fit sortir de ses pensées profondes. Du coin de l'œil, elle vit que Maugrey venait de sortir deux longues lames aiguisées, qu'il frottait entre elles comme pour les rendre plus acérées. Il n'avait pas lâché Hannah du regard pendant qu'il exécutait le geste et la lueur dans ses yeux était particulièrement menaçante. La jeune femme déglutit et elle s'empressa de détourner le regard.
« Je… Je me cachais. » répondit-elle finalement, reportant son attention sur Dean qui l'observait toujours avec circonspection.
« De qui ? » s'étonna ce dernier.
« Des Aurors. » admit Hannah finalement.
« Pourquoi les Aurors seraient-ils après toi ? » insista l'homme.
« Parce que je me suis introduit par effraction chez des gens. » admit-elle.
« Pour quoi faire ? »
Hannah sentit une boule lui obstruer la gorge. Elle plongea le visage dans ses mains, et des larmes commencèrent à ruisseler sur son visage.
« Je voulais juste… Le regarder de p-plus…près…Le toucher… Juste… » commença-t-elle à sangloter. « Jacob… »
Elle sentit une main – celle de Dean - se poser sur son épaule - comme pour la rassurer et l'encourager à continuer. Pourtant, Hannah ne parvint pas à se calmer et ses sanglots redoublèrent de plus belle. Qu'avait-elle fait ? Tout cela n'avait été qu'une terrible erreur. Pourquoi n'avait-elle pas écouté Terry ?
« Je n'ai pas la patience pour ces bêtises. » s'éleva soudainement la voix de Maugrey, agacé. « Laisse-moi m'en charger. »
Hannah sentit soudainement une douleur vive dans son crâne et elle attrapa chaque côté de ses tempes, gémissant bruyamment. C'était comme si une lame invisible avait fendu son crâne en deux.
« Dis-nous la vérité ! » entendit-elle la voix de Maugrey marteler, dans son esprit.
Dans sa tête, les images de la veille défilaient à toute vitesse. La maison des Rowle, son intrusion par la fenêtre entrouverte, sa montée silencieuse jusqu'à l'étage supérieur. Elle se vit penchée sur le berceau de Jacob, fixant sa silhouette innocente endormie, tandis qu'elle murmurait une berceuse et qu'elle serrait sa couverture dans sa main. Elle revit le visage effrayé de sa mère, puis sa course effrénée dans les escaliers pour s'enfuir et s'enfoncer dans les bois. D'autres souvenirs, plus lointains, s'affichèrent dans son esprit. Sa grossesse, son accouchement ainsi que la silhouette grisâtre d'Alfie. La douleur cessa subitement et Hannah ouvrit les yeux, l'air hagard et traumatisé face à cette intrusion. Maugrey avait brandi sa baguette magique devant elle. Sous le choc, Hannah l'observa avec désarçonnement, ne comprenant pas ce qu'il venait de faire. Elle ressentit toutefois la sensation désagréable d'avoir été violentée.
Maugrey fit signe à Dean de s'approcher et ce dernier s'exécuta, le suivant dans un recoin de la salle, à l'abri des oreilles indiscrètes tandis qu'ils entretenaient une conversation privée. La surnommée Tonks n'avait pas bougé d'une semelle et observait Hannah avec intérêt, les bras croisés sur sa poitrine.
« On dirait que tu n'as pas menti. » annonça finalement Dean, revenant vers elle. « Maugrey a regardé dans ton esprit. »
Ses traits avaient perdu l'expression suspicieuse et il lui parut plus avenant.
« C'est ton jour de chance. Tu aurais vraiment pu tomber sur des Aurors et j'imagine que ça aurait été la fin pour toi. » dit-il d'un ton grave.
« Êtes-vous des… dissidents ? » demanda Hannah dans un souffle.
Les trois individus affichaient tous des expressions outrées, comme si elle avait proféré une insulte.
« Nous n'aimons pas trop ce terme. » révéla Dean. « Ici, nous préférons être appelés les Insoumis. »
Hanna écarquilla les yeux. Toute sa vie, elle avait entendu parler des Dissidents - des terroristes hautement dangereux selon le régime. Les rumeurs les décrivaient comme des individus sauvages et barbares, capables de s'en prendre à des innocents pour causer l'anarchie sociale.
Dean leva la main au-dessus de sa tête, puis forma un L avec son pouce et son index.
« Liberté et Dignité. » annonça-t-il d'un ton formel, le regard empli de fierté et de résolution. « Ce pour quoi nous luttons. La liberté d'exister et de vivre en paix en dépit de notre statut de sang. »
Les mots de Dean firent écho dans l'esprit d'Hannah. La liberté d'exister en dépit de notre statut de sang. C'était exactement cette liberté que le régime avait ôtée à son fils. La vision du corps grisâtre de son bébé lui revint en mémoire et Hannah sentit à nouveau des larmes se déverser le long de ses joues.
« Laisse-moi m'occuper de ta jambe. » proposa gentiment Dean.
Elle observa l'homme extirper une fiole transparente de la besace qu'il portait à l'épaule. Il apposa quelques gouttes d'un liquide jaunâtre sur la cheville d'Hannah, ainsi que l'entaille sur sa jambe.
« De l'essence de dictame. » annonça Dean. « Avec ça, la douleur devrait bientôt s'estomper. »
Immédiatement, Hannah sentit une sensation glacée sur sa cheville et elle jeta un regard à sa plaie. L'enflure était toujours présente, mais la douleur était désormais supportable.
« Merci. » dit-elle, les yeux emplis de reconnaissance.
« Pas de quoi. » répondit Dean avec un sourire.
Il s'était levé pour faire face à ses deux compagnons.
« Que fait-on ? » interrogea-t-il avec appréhension.
« On ? C'est toi qui l'as ramené, c'est ton problème, fiston » répliqua Maugrey d'un ton bourru tandis qu'il replaçait sa jambe soigneusement.
Hannah ne put s'empêcher de remarquer qu'il avait perdu son attitude hostile envers elle depuis qu'il était entré dans son esprit. Il avait probablement réalisé qu'elle n'était pas une ennemie et qu'elle se trouvait dans une situation similaire à la leur. Maugrey jeta un dernier regard impérieux dans sa direction avant de quitter la pièce.
« Tu connais la règle, Dean. » rappela Tonks en lançant un regard entendu à Hannah, avant de quitter la pièce à son tour.
« Quelle règle ? » demanda Hannah avec appréhension, décontenancée.
« C'est moi qui t'aie ramenée ici. Ça signifie que je suis responsable de toi. Je me porte garant, en quelque sorte. » répondit Dean avec une grimace, se grattant l'arrière de la tête.
« Qu'allez-vous faire de moi ? » demanda-t-elle, une soudaine nausée lui serrant l'estomac.
« C'est toute la question. Je ne vois que trois possibilités. » annonça Dean.
Hannah resta silencieuse, attendant le reste de ses paroles avec anxiété.
« Je peux te renvoyer d'où tu viens avec un sort d'Amnésie ou bien te tuer. » répondit Dean d'un ton factuel.
Hannah écarquilla les yeux, sentant l'effroi lui parcourir l'échine.
« Et la troisième ? » demanda-t-elle timidement.
« Tu peux rester avec nous. Nous rejoindre. A toi de voir. » dit-il.
Hannah resta silencieuse. Les trois alternatives lui semblaient toutes mauvaises. Ces derniers mois avaient été un véritable calvaire pour elle, et elle s'était enfoncée dans une profonde dépression, dont elle ne voyait pas le bout du tunnel. Tous les jours que Voldemort faisait, Hannah se demandait s'il n'était pas plus simple pour elle de partir. Quitter cette souffrance horrible qu'elle devrait supporter au quotidien.
Pourtant, s'être retrouvée devant ses gens, tandis qu'elle tentait d'échapper aux Aurors, lui avait permis de réaliser qu'elle possédait un instinct de survie. Elle prit conscience à cet instant précis qu'elle ne voulait pas mourir.
Quant à la perspective d'être renvoyée - elle savait que c'était trop dangereux. Quel sort l'attendait, si les Aurors l'arrêtaient ? Elle serait emprisonnée à Azkaban sans le moindre doute. S'étaient-ils déjà rendus à son domicile pour l'interpeller ? Elle n'avait aucun moyen d'en être certaine.
Il était également probable que la mère de Jacob ne l'ait pas reconnue. Après tout, leur rencontre remontait à des mois, à la maternité de Ste Mangouste. Hannah ne pouvait toutefois pas prendre ce risque. Son cœur se serra de culpabilité lorsqu'elle pensa à Terry. Ces derniers mois, ils étaient devenus des inconnus vivant sous le même toit.
« Je… Je ne peux pas y retourner. » dit-elle finalement, d'une voix chevrotante. « Je vais rester ici. »
« Tu fais le bon choix. Notre cause est noble. » lui assura Dean, un sourire s'étirant sur son visage.
Hannah hocha la tête. Ce régime lui avait arraché son fils des bras de manière brutale et traumatisante. Il lui avait ôté toute sa joie de vivre. Si elle devait passer le restant de sa vie à lutter pour éviter que d'autres personnes se retrouvent dans la même situation - c'était un risque qu'Hannah était prête à prendre.
Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Hannah a finalement décidé de rejoindre la résistance ! Malheureusement, Hermione ne s'est finalement pas rendue à la répétition de Théodore - quelle déception. Pauvre chou :'(
Et êtes-vous surpris par la relation extra conjugale de Narcissa ? Je trouve que c'est intéressant de voir la dynamique familiale des Malfoy, surtout pour comprendre le cadre dans lequel Draco a grandi.
J'attends vos avis et à très vite pour la suite !
(Im)pur soit le sang,
Fearless
