Chapitre 22 : Septembre

.

Un mois plus tard,

Mi-septembre 1943,

.

Charlus reconnut qu'un mariage au Château de Fortarôme avait quelque chose de grandiose lorsqu'il vit Ambuela remonter l'allée formée par des chaises en métal au bras de son père.

Derrière l'autel du Mage de Cérémonie s'étendait à perte de vue une partie des vignes de la famille Fortescue, et l'odeur de fraîcheur était délicieuse et relaxante. Il avait joué son dernier match de la saison la semaine dernière, ceci devait participer au relâchement total de ses épaules.

Sa cousine avait opté pour une robe à la coupe simple dans un style champêtre assumé. Elle était ravissante et respirait l'innocence… Seuls les nombreux rubans vert pomme taillés dans le blanc crème de sa robe, et l'absence de voile, indiquaient d'une manière subtile qu'elle était loin de l'être. Sa robe était assez large pour cacher ses quatre mois de grossesse, mais Charlus avait bien vu ce ventre la veille, lors de la répétition de la cérémonie.

Ceci lui avait déjà fait un choc. Mais là, voir son oncle confier la main de sa cousine d'un an sa cadette à Parkinson le secoua un peu plus. Elle avait vingt-quatre ans, elle était déjà enceinte, mais la voir prendre un autre nom et savoir qu'elle partirait ce soir à l'autre bout de l'Europe lui donna un instant le vertige. C'était sa cousine, sa petite cousine Ambuela, la personne avec laquelle il avait fait toutes ses bêtises avant d'entrer à Poudlard.

« Ne me dis pas que tu vas pleurer, Charlus.

-Mêle-toi de ce qui te regarde, Darius. »

Quand même. Quand est-ce qu'il la reverrait, hein ?

Merlin. Elle, en tout cas, c'était aujourd'hui qu'il la revoyait. Mais que faisait-elle là ? Ah oui, c'était la sœur de Pollux Black, un ami de Parkinson. Comment faisait-elle pour rester toujours de glace, fidèle à elle-même, sans pour autant devenir fade à contempler ?

Parce qu'il était retourné au vernissage les jours suivants, pour regarder à nouveau le tableau. Il se l'était à peine avoué. Et lorsqu'il avait fini par trouver le courage de s'avouer qu'elle le fascinait un peu trop et qu'il ferait bien d'acheter le tableau, celui-ci avait déjà été acheté par un New-Yorkais. Il en aurait pleuré de dépit. Il en avait pleuré de dépit… avant de la voir passer dans le Chemin de Traverse avec la même fille qui lui ressemblait que lorsqu'il l'avait vu chez Tissard et Brodette.

Est-ce que… Est-ce que c'était un signe ? Un signe lui disant qu'il pensait trop à elle ? Un signe lui disant qu'il pouvait le faire ? Un signe l'autorisant à espérer quelque chose d'elle en plus de sa conversation ? Il avait pris ses distances suite au Pique-nique printanier des Croupton et son entortillement dans les lianes. Vous n'êtes pas quelqu'un d'assez sérieux pour moi. Ses distances physiques, hein. Parce qu'il pensait souvent à son visage brièvement éclairé par un sourire, à son cou de cygne, à sa poitrine menue et ronde, à sa taille fine et longue, à ses doigts agiles et souples, à sa bouche pincée d'ennui ou de rire… Le Vif d'Or prenait souvent une teinte d'argent dans ses rêves ces temps-ci, et il devait bien reconnaître qu'il avait reconnu le gris des yeux de Dorea Black dans cette teinte argentée.

Et pourtant, il était sûr que s'il lui disait vouloir la fréquenter plus… régulièrement et intimement, elle ne le croirait pas et elle se moquerait de lui.

Merlin, il y avait pensé. Il suffisait qu'il l'ait sous les yeux pour songer à elle d'une manière plus sentimentale. A l'origine, il ne voulait que troubler son impassibilité et voir disparaître sa froideur dans ses draps. C'était plus… une compétition avec lui-même qu'autre chose, sûrement. Il voulait réussir là où tout le monde avait échoué. Peut-être même était-ce un jeu.

Mais à présent…

L'énerver avait été vraiment amusant. Elle ne se laissait pas démonter. Elle ne répliquait pas non plus des niaiseries adolescentes. Elle trouvait le bon mot pour entretenir une conversation pour qui ne se vexait pas. Elle renvoyait le Souafle et non le Cognard. Elle attendait avec sérénité une réplique car elle n'humiliait pas l'adversaire. Elle était au-dessus de cela.

Il ne voulait plus seulement sa bouche ou sa peau. Il voulait aussi écouter sa bouche et faire frissonner sa peau. Il voulait qu'elle vienne à lui avec le petit sourire sincère qu'elle avait parfois, ou même avec son visage de glace, c'était très bien aussi. Il voulait qu'elle lui parle, qu'elle… se laisse un peu séduire… pas seulement par le corps mais aussi par l'esprit. De la tendresse et du sentiment en soi.

Bon sang, ceci ne lui était pas arrivé depuis combien de temps ? Depuis… Au moins cinq ans ? Quatre ans et demi ?

Que c'était ironique. La personne la moins transparente dans ses sentiments avait éveillé des émotions chez lui !

« Tu l'aimes ?

-Quoi ? s'étonna-t-il un peu fort. »

Darius le regardait avec insistance et sans moquerie. Charlus crut même voir de la compassion dans son regard. Mais non, il n'était pas… amoureux de Dorea Black ! Elle lui plaisait, d'accord. Il avait envie de la toucher, d'accord. Il avait aussi envie de passer du temps avec elle, d'accord. Mais il n'était pas amoureux ! Et puis, comment Darius pouvait savoir qu'il pensait à elle ? Il avait bien fait attention à ne pas parler d'elle pour ne pas que ceci remonte aux oreilles de son grand-père et que…

« Ambuela. Est-ce que tu fais cette grimace et est-ce que tu es presque en train de pleurer parce que tu l'aimes plus qu'une cousine mais que tu t'en rends compte seulement maintenant ? développa Darius.

-Pardon ? bafouilla-t-il en écarquillant les yeux.

-Tu fixes sa robe avec intensité depuis le début de la cérémonie, chuchota Darius. Tu sais, tu peux encore t'opposer au mariage et lui avouer ce que tu éprouves pour elle. Elle choisira ensuite. Bon, elle est enceinte, donc il faudra que tu endosses la paternité de l'enfant mais…

-Mais je n'aime pas Ambuela, le coupa Charlus. Je… Je réfléchissais seulement à… à pourquoi elle avait pris Renora Parkinson comme demoiselle d'honneur, mentit Charlus. »

Heureusement que son frère était occupé à fixer lui aussi Ambuela. Charlus ne savait pas mentir, et il était sûr que ses joues avaient chauffé.

« Oh. Excuse-moi, j'ai mal interprété ton comportement, lui répondit immédiatement Darius. Toutes ses amies sont déjà mariées, et Tante Falbala lui a dit qu'une demoiselle d'honneur devait, par définition être une demoiselle… Elle venait de se réconcilier avec ses parents, après ton éclat de voix un peu virulent, alors elle n'a pas osé insister. Et puis, je crois que c'est la cousine préférée de Parkinson. Qu'est-ce qu'il m'énerve, celui-là d'ailleurs.

-Au moins un point sur lequel nous sommes d'accord, commenta Charlus entre ses dents. »

C'était la première fois depuis longtemps que son grand frère lui souriait avec quelque chose de complice. C'était étrange.

« Je vous déclare unis, par les liens magiques du mariage, conclut le Mage. »

Même pas de bisou ? Bah zut alors. Le mariage d'Anderson et Emily avait été plus émotif. Au moins, Ambuela semblait heureuse. Son visage était brillant de larmes, et elle regardait Parkinson comme s'il venait de la sacrer Sorcière de l'Année. En fait… Elle avait le même regard que Tante Falbala lorsque celle-ci regardait Oncle Willem. Un regard totalement niais et rempli d'admiration. Et après, on disait qu'Ambuela et sa mère étaient aux antipodes l'une de l'autres ? Ben voyons. Elles étaient au moins toutes les deux en admiration devant leurs maris qui avaient une bonne quinzaine d'années de plus qu'elles. Pourvu qu'Ambuela ne tourne pas non plus trop comme sa mère. Il ne voulait pas d'une cousine idiote.

Au moins, ils étaient plutôt accordés. Leurs pas de danse étaient fluides.

« Charlus, tu devrais inviter une jeune fille à danser, intervint la voix de son Grand-père Priscus. »

Charlus leva les yeux au ciel. Il ne lâchait jamais l'affaire ?

« J'en inviterai une à danser avant la fin du mariage. Laisse-moi contempler ma cousine, rétorqua-t-il avec insolence.

-Parle-moi sur un autre ton, Charlus Priscus Potter. Tu portes mon nom. Sois-en digne.

-Oui, Grand-père, répliqua-t-il sur le même ton.

-Et il serait bien que tu nommes ton fils Priscus, maintenant que nous en parlons.

-Non, Grand-père, continua-t-il en levant les yeux au ciel.

-Ne prends pas ce ton avec moi !

-J'aimerais entendre la musique, Grand-père. »

Il s'éloigna de quelques pas sous les rires étouffés de Darius. Eh bien, son frère était-il de bonne humeur aujourd'hui ?

Et comme par hasard, où ses pas le menèrent-ils ?

« Mr Potter, le salua-t-elle la première en lui tendant sa main gantée pour l'occasion. »

Merlin. Elle s'était adressée à lui en premier.

« Miss Black, répondit-il en se baissant pour approcher sa bouche de sa main.

-J'espérais vous voir ici, avança-t-elle même.

-Vraiment ? demanda-t-il en essayant de garder les rênes des battements de son cœur.

-J'avais ouï dire que vous étiez le cousin d'Ambuela, reconnut-elle. »

Est-ce que ses joues rosissaient ?

« Vraiment ? ne trouva-t-il qu'à répéter.

-Mon frère Pollux est le meilleur ami du marié, continua-t-elle et Charlus s'émerveilla qu'elle entretienne pour la première fois la discussion sur un autre sujet que sa Magie Antique. Lorsqu'il m'a dit que j'étais invitée au mariage, j'ai failli refuser l'invitation puisque je n'apprécie guère ce genre de fête et que mon cavalier devait être Theophilius, puis j'ai pensé que je pourrais vous y voir. »

Est-ce que c'était normal qu'il entende le martellement de son cœur jusque dans ses tempes ?

« Pour moi ? ne parvint-il qu'à bafouiller.

-J'essaie d'éviter de me retrouver en présence de mon cousin et de ses sales manies en règle générale, avoua-t-elle en baissant les yeux d'une manière charmante avant de relever la tête avec un petit sourire crispé.

-Pourquoi ?

-Il ne pense qu'à m'attirer à l'écart et à me tenir bien trop près de lui, précisa-t-elle en jetant un coup d'œil nerveux autour d'elle.

-Il n'a jamais eu droit au cocon de lianes ? demanda-t-il en croisant les bras devant lui. »

Bien Charlus. Tu sais encore dire plus de deux mots par phrase.

« Si, une fois. Mais il s'est plaint à mon père et j'ai reçu la pire correction de ma vie, dit-elle en grimaçant. »

Il écarquilla les yeux. Elle se défendait magistralement, et elle se prenait une soufflante ?

« Excusez-moi, c'était très familier, se reprit-elle en lui faisant un autre sourire crispé.

-Non, non, je suis simplement choqué que ton père prenne sa défense, lui répondit-il avec sincérité.

-Theophilius est son neveu et son filleul, expliqua-t-elle en jetant un autre coup d'œil derrière son épaule. Pourrions-nous nous éloigner comme la dernière fois, s'il vous plaît ? Je n'ai guère envie de devoir retourner au bras de mon cousin s'il me retrouve. »

Oh Merlin, c'était plus que ce qu'il n'aurait jamais espéré.

« Je… Je vous choque ? s'inquiéta-t-elle en mordant ses lèvres avec une anxiété visible.

-Non, absolument pas, pourquoi ?

-Eh bien, vous me regardez étrangement. »

Pas étrangement, Dorea, je te dévore du regard, oui. Tu me proposes de nous isoler, comment puis-je ne pas m'imaginer le meilleur des scénarios ?

« C'est que ta robe te va à merveille, préféra-t-il répondre. »

Mais si je pouvais te l'enlever ce serait encore mieux.

Non, il n'avait pas pensé ça.

« Ah, merci, souffla-t-elle en rosissant à nouveau. Je… J'ai pensé que ce pouvait être bien de porter une autre couleur que le noir.

-Et le bleu, se permit-il d'ajouter.

-Je n'ai pas de… ah oui, c'est juste, j'ai une robe bleue. »

Aha… il était grillé. Il s'était mieux souvenu qu'elle de sa garde-robe. Pathétique.

« Alors je me suis fait confectionner une robe verte pour l'été, reprit-elle. Avant que mon cousin n'arrive, pourrions-nous…

-Oui, bien sûr, se reprit Charlus en secouant la tête. Voyons, je pourrais t'inviter à danser le temps de trouver un coin tranquille du Château de Fortarôme dans mes souvenirs.

-Faites, approuva-t-elle en exécutant un autre petit sourire crispé. »

Mais est-ce que ses sourires étaient vraiment crispés ? Ne retenait-elle pas plutôt ses lèvres de découvrir ses dents ? Ou bien, c'était peut-être son sourire naturel ? Ou alors…

« Alors ? insista-t-elle en souriant un peu plus.

-Bien sûr, pardonne-moi, je suis distrait, se reprit-il à nouveau en lui tendant sa main. M'accordes-tu la prochaine danse, Dorea ?

-Volontiers, Mr Potter, souffla-t-elle en souriant à nouveau. »

Que s'était-il passé dans sa tête pour qu'elle vienne d'elle-même à lui, tout sourire ? Est-ce qu'elle l'appréciait ? Elle l'avait sous-entendu au Pique-nique des Croupton, mais au vu de la position dans laquelle elle l'avait laissé, il avait imaginé qu'elle avait changé d'avis et…

« Vous êtes peu bavard, aujourd'hui, Mr Potter ? souffla-t-elle au bout de plusieurs minutes de valse.

-Je suis surpris de pouvoir t'avoir dans mes bras après ce qu'il s'est passé fin juin, au Pique-nique des Croupton, avoua-t-il en posant ses mains sur sa taille pour la faire s'envoler. »

Elle l'aida en posant ses mains gantées sur ses épaules pour s'élever plus facilement avant de revenir devant lui. Elle était grande, il pouvait la regarder dans les yeux comme son égale, sans avoir besoin de baisser la tête. C'était… La sensation que ceci provoquait chez lui était étonnante.

« Je ne vais pas vous tenir rigueur d'avoir voulu tenter quelque chose, seulement de l'avoir fait aussi vite et avec autant d'insistance, Mr Potter, répondit-elle à mi-voix. Je suis une jeune fille respectable, je vous l'ai dit.

-Respectable ? Je serais curieux de savoir ce que tu veux exactement dire par respectable, s'entendit-il demander. »

Misère, il allait encore tout gâcher.

« Je vous expliquerai tout à l'heure, lorsque personne ne pourra nous écouter. »

C'était une proposition ? Un sous-entendu ? Est-ce que cela voulait dire qu'elle ne faisait rien en public ? Qu'elle voulait garder… une réputation impeccable ? Il l'entendit rire pour la deuxième fois, et il aima encore plus ce son à présent qu'il était dépourvu de tout cynisme.

« Qu'ai-je dit pour vous perturber de la sorte, Mr Potter ? demanda-t-elle avec amusement.

-Peu de chose, je suis simplement tout de joie de pouvoir te faire danser, avoua-t-il à moitié.

-Tout de joie ? Vraiment ? Je ne vous avais pas encore entendu un tel langage. Est-ce de l'ironie ?

-Oh non, je suis vraiment… heureux de danser avec toi, insista-t-il. »

Quand il avait dit qu'elle savait sourire, il ne pensait pas à ce point. Car à présent, son sourire dévoilait le bout de ses dents parfaitement alignées. Il disparut plutôt rapidement, mais Charlus le garderait bien en tête pour les prochains jours. Les prochaines semaines aussi.

« Croyez-vous que si je nous soumettais à un sortilège de Désillusion mon cousin qui arrive droit sur nous s'en rendrait compte ? dit-elle rapidement.

-Je le crains, reconnut-il en jetant un coup d'œil par-dessus son épaule. Mais il faut faire quelque chose. Je vais le retenir pendant que tu iras dans les jardins. Attends-moi dans la roseraie, je t'y retrouve dans quelques instants. »

Il eut à peine le temps de finir sa proposition que la musique se suspendit. Il se retourna après avoir fait un clin d'œil à Dorea Black pour tomber nez à nez avec Theophilius Beurk. L'odeur nauséabonde qui se dégageait de lui, le fit faire un pas en arrière.

« Beurk, fit-il avec dégoût. »

C'était amusant comme certains noms convenaient tout à fait à leur propriétaire.

« Potter, cracha-t-il. Pousse-toi de devant ma cousine.

-Ta cousine ? Laquelle ? J'étais avec une jolie fille, si tu vois ce que je veux dire, elle ne peut pas être apparentée à un insecte comme toi, dit-il posément en le voyant virer au rouge colère – ou honte, allez savoir.

-C'est ma cousine, cracha Beurk. Dorea Black est ma cousine et elle sera bientôt ma femme, alors garde tes mains loin d'elle.

-Ta femme ? Tu es encore bloqué sur cette idée, Beurk ? fit Charlus avec un véritable agacement cette fois.

-Ce n'est pas une idée, c'est la réalité. Tu n'auras qu'à guetter l'annonce, elle ne va pas tarder, fit Beurk avec arrogance. D'ici un mois nous serons fiancés.

-Mais bien sûr, se moqua Charlus avec une désagréable sensation dans la gorge.

-Tu verras, Potter !

-Elle ne voudra jamais t'épouser, Beurk, fais-toi une raison.

-Toi, ne traîne pas dans mes pattes ! Tu es en train de l'embobiner comme tu les embobines toutes, cracha Beurk dans un chuchotement plein de postillons. Que crois-tu qu'elle fait avec toi ? Elle essaie de me rendre jaloux ! Et ça marche très bien ! Si tu l'approches à nouveau aujourd'hui, tu verras que je ne plaisante pas quand je te dis de te tenir loin d'elle ! Je ne vais plus attendre longtemps avant de l'épouser à présent !

-Fer-me-la, martela Charlus en l'attrapant par le col de sa robe. Simplement, ferme-la et laisse-la un peu tranquille !

-Lâche-moi ! Lâche-moi ! Je ne fais que te prévenir, Potter ! Ça te tombera dessus ce soir si tu ne fais ne serait-ce que la regarder à nouveau ! Je te…

-FERME-LA, ESPECE DE PUANT ! »

Il avait peut-être crié un peu fort en poussant Beurk au sol. Quelques murmures commençaient à monter autour d'eux et il en vint même à entendre la voix de sa cousine. Merlin, pas aujourd'hui, non.

« Charlus, mais qu'est-ce qui te prend ? lui parvint la voix basse de sa mère. »

Elle lui prit le bras pour le faire reculer, mais Charlus n'arrivait pas à détacher son regard du visage plein de rage de Beurk. Son rictus aux dents jaunes et mal alignées le fit chercher sa baguette dans la poche intérieure de sa cape. Il sentit la main de sa mère essayer de retenir son bras.

« Laisse-moi régler son compte à ce Verascrasse prétentieux, siffla-t-il entre ses dents. Il m'emmerde depuis des années, et j'ai enfin une bonne raison de…

-De rien du tout, le coupa sa mère. C'est le mariage de ta cousine, et tout le monde te regarde. Va te calmer dehors et reviens tout à l'heure, lui ordonna sa mère. »

Il regarda une dernière fois ce pouilleux de Theophilius Beurk, et tourna les talons. C'était pour Ambuela, juste pour elle qu'il se retenait de provoquer Beurk en duel. Juste pour elle. Elle avait eu assez d'ennuis en préparant son mariage, elle n'avait pas besoin qu'il gâche lui aussi ce jour.

Il marcha à grand pas vers la fontaine au fond du jardin pour y plonger la tête et tenter de se calmer. Ce sale rat, comment osait-il tenir des propos pareils sur Dorea ? Comment pouvait-il se montrer si sûr de lui ? Alors qu'elle lui avait dit plusieurs fois qu'elle cherchait par tous les moyens à le fuir ! Elle essayait bien de fuir Beurk, hein, en venant le trouver ? Elle était bien venue pour lui, hein ? Et cette histoire de fiançailles imminentes n'était qu'un mensonge, hein ?

Bordel, pourquoi n'arrivait-il pas à cesser de penser à elle ? Encore et encore ? Et pourquoi l'imaginer se marier à Beurk lui donnait envie de vomir ? Pourquoi…

« Mr Potter ? souffla la petite voix tant désirée. Vous allez bien ? Vous êtes passé devant moi sans me voir pour plonger la tête dans cette fontaine au milieu de la roseraie. Et puis, j'ai entendu des éclats de voix. J'ai cru reconnaître la vôtre alors… »

Il s'appuya sur le bord de la fontaine en pierre pour reprendre sa respiration. Il ne devait pas… il ne pouvait pas croire ce que Beurk lui avait dit. Elle ne jouait pas avec lui pour rendre jaloux Beurk. Ce n'était pas possible. Elle fuyait son cousin comme la peste. Elle…

« Mr Potter ?

-Un instant, demanda-t-il en expirant et inspirant à fond. Un instant. »

Ils restèrent silencieux un long moment durant lequel les mêmes questions tournèrent en boucle dans l'esprit de Charlus.

« Est-ce que… Ton cousin, est-ce qu'il t'horripile vraiment ? demanda-t-il finalement en se détournant de l'eau de la fontaine pour s'asseoir sur le rebord en pierre.

-Je vous l'ai déjà dit, lui répondit-elle avec étonnement. Pourquoi cette question ?

-Tu sais, si tu veux le rendre jaloux, tu…

-Le rendre jaloux ? s'étrangla-t-elle. Mais ça va pas ! Moins je le vois, mieux je me porte ! C'est une vraie sangsue, il s'arrange toujours avec mon père pour être mon cavalier lorsqu'il y a des réceptions !

-Avec ton père ? s'étonna-t-il brusquement en tournant la tête vers elle. Il ne te demande pas à toi ?

-Il sait que je refuse systématiquement lorsqu'il me le demande, alors à présent il s'adresse directement à mon père, expliqua-t-elle avec un haussement d'épaule.

-Mais… Mais pourquoi ne dis-tu pas à ton père que tu refuses d'être accompagnée par Beurk ? s'étonna un peu plus Charlus. »

Elle ne répondit pas. A la place, elle glissa sa main autour de son coude et l'enjoignit d'un regard à s'éloigner de la fontaine. Elle avait le même regard que celui du portrait, lointain et pensif. C'était à ce moment-là qu'elle était la plus belle… et la plus inaccessible. Elle semblait dans un jardin secret où personne d'autre qu'elle ne pouvait mettre les pieds.

« C'est mon père qui décide, c'est tout, dit-elle enfin d'une voix morne. Il a le dernier mot. Et ne me dites pas que vous ne comprenez pas ce que je veux dire.

-Mais si tu le détestes tant que ça, ton père…

-C'est le filleul de mon père, je vous l'ai déjà dit, le coupa-t-elle. Il l'adore et il ne supporte pas que je le dénigre. Je fais profil bas pour ne pas mettre mon père en colère.

-En colère ? Mais enfin, tu connais assez de sortilèges pour ne pas craindre…

-Il ne faut pas lever sa baguette sur ses parents, le coupa-t-elle à nouveau. Et recevoir des gifles n'est pas très agréable, surtout quand on n'a jamais le dernier mot. Je préfère approuver en apparence et m'enfuir plus tard, comme je l'ai fait aujourd'hui. »

Est-ce que… Il… Son père la giflait jusqu'à ce qu'elle cède ? Ou bien elle fuyait autant que possible ? C'était pour cela qu'elle n'avait pas beaucoup paru aux réceptions ces dernières années au point qu'il ne l'ait pas revue plus tôt ? Mais… qui était son père, bon sang ? Il voulait contrôler la vie de sa fille ?

« Et puis ce n'est pas bien grave, j'aime peu les réceptions, et généralement je parviens à les éviter, ajouta-t-elle avec un autre de ses sourires crispés.

-Je t'ai pourtant vue à plusieurs réceptions ces temps-ci, releva-t-il puisqu'il avait l'impression de la voir tout le temps.

-Ah oui ? s'étonna-t-elle. Je me souviens du Pique-nique printanier de ma cousine en juin, et de cette fois où vous avez été très grossier, c'était un mariage en Irlande je crois, au moins de février.

-Non, nous nous sommes vus plus de fois, insista Charlus en fronçant les sourcils pour se souvenir. A la réception des Meliflua, en avril, pour la commémoration des sorcières brûlées vives. Tu as renversé mon verre sur nous.

-Nous nous sommes croisés ce jour-là, il est vrai, reconnut-elle comme si elle venait de s'en souvenir.

-Nous avons même discuté avant d'être interrompus par mon Grand-père. Mais le Bal pour la Nouvelle année au Ministère surtout.

-Peut-être, approuva-t-elle distraitement en se penchant vers une rose d'un rouge éclatant. »

L'écoutait-elle toujours ou bien était-elle retournée à son état pensif ?

« Avec ce mariage, nous en sommes à cinq réceptions en moins d'un an, une tous les deux mois, insista-t-il.

-J'ai eu vingt-trois ans en février. Mon père tient à ce que je rencontre des gens, reconnut-elle avec un haussement d'épaule en se penchant pour humer une autre rose, de couleur blanche cette fois-ci. »

Ah. Rencontrer des gens. Il voulait la marier en soi. Son frère l'avait sous-entendu au repas de fiançailles d'Ambuela. Pourquoi cette idée l'irritait-elle ? Pourquoi l'imaginer au bras de Beurk ou même de n'importe qui d'autre le révoltait-il ?

« Il veut que tu te maries, c'est cela ? demanda-t-il en essayant de maîtriser l'agressivité inexplicable de sa voix.

-Sûrement, reconnut-elle avec ce petit ton distrait qui finissait par lui aussi agacer Charlus.

-Et quels sont tes critères ?

-Mes critères ? s'étonna-t-elle en tournant ses grands yeux gris mouillé vers lui. »

Il prit sur lui pour ne pas l'embrasser là, tout de suite.

« Pour l'homme que tu veux pour époux, dit-il difficilement.

-Oh, ça, souffla-t-elle en retournant plonger son nez dans les roses qui bordaient l'allée. C'est vraiment agréable une roseraie, commenta-t-elle. Eh bien, déjà un homme qui veuille de moi, ce serait bien.

-Pas ses critères, mais les tiens, s'impatienta-t-il.

-Je n'ai pas vraiment de critères. Enfin, si. J'en ai plein. Trop pour qu'ils se retrouvent tous dans un seul homme, reconnut-elle. Ce doit être pareil pour tout le monde. »

Elle se pencha vers une rose mauve et sourit en inspirant à plein poumons.

« Je crois que ce sont mes préférées. Après les rouges, peut-être, dit-elle si distraitement que Charlus se demanda un instant si elle lui parlait à lui ou si elle se parlait à elle-même.

-Alors ? Dis-moi en un, insista-t-il en sentant ses mains se faire moites.

-Vous êtes quelqu'un de bien insistant, Mr Potter, je n'aime pas beaucoup ça, dit-elle en faisant la moue. Ce comportement, par exemple, n'est pas ce que je recherche pour ma vie. J'ai besoin de quelqu'un qui puisse comprendre que j'ai parfois besoin d'être seule, et de garder certaines choses pour moi. Mais les hommes ne le comprennent pas. Vous voyez bien que j'ai vingt-trois ans et que je ne suis pas mariée, ceci veut dire cela.

-Ce n'est pas de l'insistance, protesta-t-il. J'aime seulement qu'on réponde aux questions que je pose.

-Si vous le dîtes, abdiqua-t-elle avec un haussement d'épaule. Sinon, j'aimerais un époux avec lequel je serais à l'aise et avec lequel je pourrais dire tout ce que je veux et auquel je pourrais tout dire aussi, dans la limite de la décence, bien sûr.

-Tu aimes discuter, traduisit-il avec soulagement. »

Soulagement ? Oh non, il était en train de voir s'il pouvait correspondre aux critères de Dorea Black. Merlin. Ce n'est pas parce qu'il mourrait d'envie de l'embrasser et plus qu'il devait s'imaginer… Non, non, non, tout ceci allait beaucoup trop loin.

« J'ai des difficultés à trouver des personnes avec lesquelles je trouve agréable de discuter, corrigea-t-elle.

-Et j'en fais partie ? demanda-t-il fébrilement sans pouvoir se retenir.

-Je crois, dit-elle en retournant fureter autour des rosiers. »

Je crois ?? Mais ce n'était pas une réponse, ça !

« Mais surtout, j'aimerais épouser un homme que je pourrais respecter. »

Hein ? Respecter ? Qu'est-ce que ça voulait dire ? Et respectable, maintenant qu'il y pensait, que voulait-elle en dire ?

« Je ne comprends pas, reconnut-il de la manière la plus franche possible.

-Je veux épouser un homme dont je n'aurais pas à rougir en société, un homme sérieux et qui ne soit pas stupide, expliqua-t-elle simplement.

-Mais en quoi un homme que tu aimes pourrait-il… te faire honte ? »

Elle le regarda de cette manière si impénétrable dont elle avait le secret. Il manqua de dépasser la limite où il se sentirait stupide, mais elle reprit la parole.

« L'amour est un bien grand mot, Mr Potter, dit-elle de ce petit ton distrait. Lorsqu'on épouse quelqu'un, peut-on vraiment l'aimer ? sans vraiment le connaître ? Ne le connaît-on pas mieux après avoir vécu avec lui ? Je ne parle pas d'inclination. Mais d'amour. Aimer ses enfants, soit. Mais aimer un époux, il vaut mieux attendre quelques mois de mariage pour le savoir, non ? »

Mais… Elle réfléchissait beaucoup. Trop pour lui. Il ne se posait pas la question, lui. Il se fiait à ce qu'il ressentait. Et là, il avait simplement envie de l'embrasser pour…

« Qu'est-ce que tu entends par respectable ? demanda-t-il précipitamment la gorge soudainement très, très sèche. »

Elle le fixa longuement, pencha la tête sur le côté comme pour étudier la question, puis se mit à rire. Troisième fois qu'il entendait ce son, et il était à nouveau encore un peu différent des autres fois.

« Si vous me posez la question, c'est que vous n'êtes pas assez sérieux pour moi, finit-elle par répondre. »

Comment pouvait-elle savoir… Oh bon sang, elle mordillait ses lèvres comme si elle était gênée. Et lui, il ne pouvait plus que les fixer. Il fit un pas de plus vers elle et son cerveau, tout à fait retourné par tout ce qu'elle lui avait dit, finit par déclarer forfait, surtout lorsqu'elle ne repoussa pas la main qu'il avait posée sur sa joue.

« Mr Potter, souffla-t-elle à mi-voix. »

Il plaqua sa bouche sur la sienne, tout à fait conscient qu'elle pouvait lui lancer un maléfice cuisant en moins d'une seconde. Mais elle ne le fit pas. Alors il resta contre sa bouche, tout à fait ahuri de la sentir si douce contre la sienne, si tendre au toucher et si avenante à la caresse. Il fit glisser sa main un peu plus dans ses cheveux alors qu'elle ne se reculait toujours pas, et trouva une douceur à laquelle il n'avait pas goûté depuis des mois. Il lui proposa d'un frémissement et d'une pression sur sa bouche de baisser la tête en arrière pour qu'il puisse l'embrasser mieux que cela, et la surprise manqua de le figer lorsqu'elle entrouvrit timidement les lèvres pour embellir leur baiser.

Il goûta à nouveau à un baiser doux, délicat et désiré. Elle tremblait dans ses bras, et lui tremblait à l'intérieur de lui. Il avait chaud, d'un coup.

Puis tout vola en éclat.

« Mais ça va pas ! s'exclama-t-elle en se dégageant brusquement. Je… Mr Potter ! Je vous ai dit que j'étais une demoiselle respectable et…

-Quoi ? s'emporta-t-il car il ne comprenait plus rien. Tu as besoin d'une bague au doigt même pour un baiser ? »

Elle le fixa avec un regard assassin en passant le dos de sa main gantée sur sa bouche. Une trace de rouge à lèvre s'étala le long du gant blanc et de sa joue.

« Et si je vous dis oui, que faites-vous ? dit-elle lourdement.

-Que je t'épouserais bien juste pour te mettre dans mon lit ! »

Sa baguette fut pointée sur sa carotide la seconde suivante. Quand il disait qu'il finirait par tout gâcher, il n'était pas loin de la vérité vu la position dans laquelle il se trouvait à présent.

« Rassurez-moi immédiatement : vous ne le pensez pas ? »

Je dis toujours ce que je pense ! voulut-il répliquer pour voir de quelle manière elle allait s'en prendre à lui cette fois.

« Bien sûr que non, reconnut-il.

-Vous aimez simplement jouer avec le feu ?

-Je crois.

-Donc ceci ne s'ébruitera pas ?

-Parce que tu as peur que je raconte à tout le monde combien tu as soupiré dans mes bras ? »

Elle appuya sa baguette sur sa gorge un peu plus et il sentit chauffer le bois à cet endroit-là.

« J'aurais plutôt peur que mon père vous emmène avec lui en Europe de l'Est, siffla-t-elle entre ses dents. »

Disait-elle cela parce que son père était un sous-fifre de Grindelwald ou parce que c'était une menace appropriée à l'époque ?

« Même si je lui demandais ta main ? »

Non, non, non, il n'avait pas dit ça.

« Voyez-vous ça, se moqua-t-elle. J'attends de vous voir ne serait-ce qu'essayer. »

Et elle partit. Juste comme ça.

.

.

« Où étais-tu ? siffla Theophilius Beurk.

-Loin de toi, rétorqua Dorea Black en esquivant habilement la main rêche de son cousin.

-Ne me dis pas que tu as laissé Potter te toucher ! Pourquoi as-tu du rouge sur la joue ! s'exclama Theophilius Beurk avec hystérie en attrapant le poignet de sa cousine pour la tirer derrière un arbre et l'y maintenir, la main autour du cou.

-Je n'ai pas de compte à te rendre ! répliqua-t-elle en se débattant.

-Tu as tous les comptes à me rendre !

-Ma vie ne te regarde pas ! dit-elle en lançant un sortilège d'expulsion. »

Theophilius Beurk tomba sur le dos à plusieurs mètres de là. Dorea Black en profita pour prendre de l'avance et s'éloigner des jardins.

« Tout ce qui te concerne me regarde ! Tu seras ma femme, Dorea ! Tu es à moi ! A moi ! s'énerva Theophilius Beurk en se remettant précipitamment sur ses pieds.

-Tu peux toujours te fourrer la baguette dans l'œil ! Je préfère épouser n'importe qui plutôt que toi ! dit-elle avec mépris sans arrêter sa marche.

-Répète un peu ça !

-N'importe-qui-plutôt-que-toi, articula-t-elle distinctement. »

Dorea Black s'était arrêtée et avait simplement tourné la tête sur le côté, comme s'il n'était pas digne d'être regardé lorsqu'on lui parlait. Le sourire de Charlus Potter dansa derrière les yeux de Dorea Black et Theophilius Beurk ne le manqua pas une seconde puisqu'il lisait dans ses pensées.

« J'avais prévenu ce fils de chien, éructa Theophilius Beurk avant de cracher au sol. »

Theophilius Beurk prit sa baguette et la pointa sur sa cousine. Dorea Black n'en eut même pas conscience puisqu'elle était de dos.

« Oubliettes, chuchota-t-il. »

Mais rien ne se passa.

« Oubliettes, insista-t-il. »

Ce n'était même pas elle qui repoussait le sortilège puisqu'elle continuait de s'éloigner sans lui prêter attention. Non. C'était autre chose qui empêchait Theophilius Beurk de faire oublier Charlus Potter à Dorea Black. Quelque chose qui fit voir rouge à Theophilius Beurk. Les sentiments.

« Confundo, essaya-t-il avec un cri de rage. »

Sa cousine lui tomba enfin dans les bras lorsque ses yeux se révulsèrent. Theophilius Beurk s'appliqua à dissocier le nom de Charlus Potter du sorcier. Il créa de toute pièce un Dardus Chotter irritable et collant et un Charlus Potter Attrapeur, inaccessible et inconnu. Il accentua les côtés agaçants de Charlus Potter dans ce que sa cousine devrait se souvenir à l'avenir de Dardus Chotter, et à supprimer lentement et sûrement le nom de Charlus Potter de la vie personnelle de sa cousine. Il affina sa vision du mariage de son esprit pour qu'elle trouve uniquement sa pensée à lui, le mariage comme une alliance pour un foyer où l'épouse aimante obéit à l'époux. Il modela tout ce qu'il voulait, comme Oncle Cygnus le lui avait appris.

Puis il la déposa au sol, sortit son mouchoir pour essuyer sa joue barbouillée de rouge, caressa ses lèvres sans oser les goûter et se redressa.

L'avoir à ses pieds le fit se sentir puissant.

.

.

Deux semaines plus tard,

.

« Même si je lui demandais ta main ?

-Voyez-vous ça. J'attends de vous voir ne serait-ce qu'essayer. »

La provocation de Dorea Black tournait encore et encore dans la tête de Charlus. Son rouge à lèvre étalé depuis la commissure des lèvres jusqu'au milieu de sa joue aussi. Ses yeux gris mouillé impénétrables encore plus. Sa voix distraite et tranchante le rendait fou.

« Voyez-vous ça. J'attends de vous voir ne serait-ce qu'essayer. »

Est-ce que c'était une provocation ou une demande ? Un souhait ? Une proposition ? Une moquerie ?

Et qu'en avait-il à faire ? Il avait vingt-cinq ans ! Il avait largement le temps pour penser au mariage ! Et Dorea Black ? Sérieusement ? Comment pourrait-elle vouloir épouser un homme comme lui, un Joueur de Quidditch qui agissait de manière impulsive alors qu'elle était si calme, si réfléchie, si brillante ? C'était n'importe quoi. Il se prenait la tête pour rien.

Ses lèvres, en même temps, annonçaient tant d'autres douceurs à découvrir… Juste une fois. Il aimerait les goûter encore juste une fois. Avec sa langue douce et maligne. L'embrasser encore une fois devrait être possible quand même, non ?

Il avait l'impression d'avoir quinze ans et d'imaginer son premier baiser. C'était tellement pathétique. Elle n'avait pratiquement rien fait pour l'attirer à elle. C'était même plutôt l'inverse ! Il sentait encore le bout brûlant de sa baguette magique sur sa carotide. C'était même peut-être pour cette raison qu'il avait rasé toute sa barbe pour ne laisser qu'une moustache qui rebiquait vers le haut. Mais il avait eu beau frotté sa savonnette sur le rond qui brûlait, rien n'y avait fait. Et il s'en passerait bien à l'avenir, de la baguette de Dorea Black sur sa gorge.

« Voyez-vous ça. J'attends de vous voir ne serait-ce qu'essayer. »

Alors pourquoi ne faisait-il que penser à elle ? A ses cheveux doux et bouclés, tout aussi dérangés par l'ordre que ses propres cheveux ? Pourquoi l'imaginait-il blottie contre lui dans son lit ? Pourquoi la guettait-il sur le Chemin de Traverse toute la journée depuis quinze jours ? N'avait-il rien de mieux à faire que de chercher les inflexions de sa voix dans le brouhaha ambiant du Chaudron Baveur ?

« Comment s'appelle-t-elle ? »

Charlus releva le nez de son verre de Whiskey-Pur-Feu pour fixer le barman d'un œil vide. Il était en train d'essuyer des chopes de Bièreaubeurre à la moldue avec un torchon.

« Hein ? demanda Charlus de manière très distinguée.

-La gonzesse pour qui tu bois, comment s'appelle-t-elle ? expliqua le barman. »

L'œil bleu vif du barman et ses cheveux roux dirent vite fait quelque chose à Charlus. Il avait déjà dû le croiser à Poudlard un jour.

« Tu la connaîs pas, marmonna-t-il.

-J'ai une bonne mémoire des noms. Si elle a notre âge, ça devrait faire tilt.

-Notre âge ? Excuse-moi, je ne te remets pas, reconnut Charlus. »

Les gens le reconnaissaient, c'était aisé quand on était joueur de Quidditch international. D'ordinaire, il faisait semblant de reconnaître les gens pour vite passer à autre chose. Mais ce soir, il pensait un peu trop à Dorea Black, qui avait mystérieusement pris congé après leur échange houleux, au mariage d'Ambuela. Il avait entendu Pollux Black dire que sa sœur avait fait un malaise et que leur mère était venue la chercher. Mais Charlus savait ce qu'il en était : il l'avait contrariée, et elle l'avait fui, voilà tout.

« Edwin Weasley, j'étais à Gryffondor deux années en dessous de toi, Potter, rappela brièvement le barman.

-Il y avait beaucoup de Weasley à Gryffondor, lui dit Charlus pour s'excuser de ne toujours pas voir.

-Je sais, et tous de ma famille ou presque, se moqua Edwin. J'étais le petit qui jouait toujours de l'harmonica.

-Je crois que je vois maintenant, se souvint Charlus. Et aujourd'hui, tu bosses au Chaudron Baveur ?

-Je fais les soirs du lundi au jeudi pour manger en attendant d'obtenir mon diplôme de Médicomagie, lui apprit Edwin.

-Bravo mon gars. Tu ne fais plus d'harmonica ?

-Si, pour les jours de fête. »

Charlus regarda à nouveau la couleur ambrée de son Whiskey avec un soupir.

« Alors, ta gonzesse ?

-Pas envie d'en parler. Ça me prend déjà assez la tête depuis des semaines, avoua-t-il.

-Elle n'est pas commode ?

-Elle est difficile à… tu garderas ça pour toi, hein ? C'est fatiguant de voir ma vie étalée dans Sorcière Hebdo, dit-il en soupirant.

-Pas de souci, lui assura Edwin en remplissant le verre qu'il tendait devant lui, vide.

-Elle est… Ce n'est même pas vraiment ma gonzesse, reconnut-il avec amertume. Elle est si difficile à… cerner. Une fois j'ai l'impression qu'elle m'apprécie, la fois d'après qu'elle ne peut même pas me voir en peinture.

-Tu l'as vue combien de fois ? »

Une fois par mois depuis décembre à peu près… Donc une dizaine de fois ?

-Une dizaine de fois, par là, avoua-t-il en se sentant ridicule.

-Et les rendez-vous se sont bien passés ? demanda à nouveau Edwin en essuyant à présent les verres à Whiskey.

-Ce n'était pas vraiment des rendez-vous, reconnut Charlus en se sentant encore plus mal. »

Pourquoi n'avait-il jamais osé inviter Dorea Black à un rendez-vous ? Pourquoi, lorsqu'il l'avait vue seule ou avec cette fille qui lui ressemblait n'avait-il pas accouru à elle pour l'inviter à boire un verre ? Pourquoi était-il resté si discret ?

« Comme vous l'avez dit, Sorcière Hebdo aime colporter des rumeurs sur la façon dont vous vivez, non ? Permettez-moi de ne pas y être mêlée. »

Elle avait besoin de discrétion, c'était tout.

« Je suis une femme respectable, Mr Potter. »

Et il en avait déduit qu'elle n'accepterait de toute façon jamais.

« Quand l'as-tu vue alors ? s'étonna Edwin.

-Par-ci par-là, fit vaguement Charlus.

-MOI JE VOUS DIS…

-Gueule pas comme un Eruptif, Beurk !

-ECOUTE-MOI BARJOW AU LIEU DE…

-Excuse-moi Potter, je reviens, dit précipitamment Edwin. »

Charlus regarda Edwin faire le tour du comptoir pour accéder à la table bruyante.

« Ecoute Beurk, parle-moins fort, entendit Charlus. »

C'était Theophilius Beurk tout à fait ivre mort qui hurlait de rire comme le détraqué qu'il était. Charlus avait bien envie de venir donner un coup de main à Edwin pour le faire sortir du bar, histoire de finir ce qu'il avait commencé au mariage d'Ambuela.

« ELLE EST A MOI, D'ACCORD ? DEMAIN JE VAIS VOIR SON PERE, ET IL ME LA DONNERA ! ELLE SERA MA FEMME ! DOREA BLACK SERA MA FEMME RIEN QU'A MOI ! JE VOUS LE DIS !

-Beurk, je vais te foutre dehors si tu continues à…

-ME TOUCHE PAS, WEASMOCHE ! TRAITRE-A-TON-SANG ! ELLE SERA A MOI JE TE… »

Charlus vit à peine Edwin lancer un sortilège de Saucisson à Beurk avant de le foutre dehors avec un coup de pied en prime. Il ne vit plus grand-chose, tout focalisé qu'il était sur les mots de Beurk. Sa femme ? A lui ? Cet insecte répugnant ? Qu'il puisse la toucher ? La… Bordel !

« La pauvre fille, elle mérite mieux qu'un Veracrasse comme Beurk, commenta Edwin avec une grimace écœurée. Il se plaint tous les soirs au bar qu'elle ne veut pas de lui, mais qu'un jour son père la lui donnera. Franchement, ce serait du gâchis que son père valide ce mariage.

-Tu… Tu crois ?

-Ben tu te rappelle de Dorea Black, non ? s'étonna Edwin. Tu sais, le Glaçon ? Un beau brin de fille un peu orgueilleuse à laquelle on essayait tous d'arracher un rendez-vous ? Mais si, elle était dans mon année à Poudlard. Attends, j'ai les annales dans mon appartement de fonction, je reviens. »

« Il se plaint tous les soirs au bar qu'elle ne veut pas de lui, mais qu'un jour son père la lui donnera. »

Il ne pouvait pas… Beurk ne pouvait pas faire ça ! Et elle, est-ce qu'elle ferait semblant d'accepter ? Est-ce qu'elle se retrouverait piégée, vu qu'elle n'aurait nulle part où aller ? Est-ce que… Pourquoi cette idée lui donnait envie de vomir ? L'imaginer avec Beurk ? Mariée ? Dans son lit ? Des enfants ?

Il posa sa main devant sa bouche pour ne pas dégobiller ses trois Whiskey-Pur-Feu.

Mais des enfants avec des yeux bruns plutôt que les yeux jaunes de Beurk. Des enfants qui jouent au Quidditch. Des enfants… avec lui ? Etait-il vraiment en train d'imaginer… leurs enfants ?

« Tiens, regarde, elle est là ! »

Il sursauta en entendant la voix d'Edwin et à nouveau lorsqu'il lâcha le gros livre des annales de la promotion 1920 sur le comptoir. Qu'elle est belle, reconnut-il en approchant son nez de la photo. Elle était encore plus belle aujourd'hui, mais elle était déjà vraiment belle à l'époque. Un petit côté encore plus froid, mystérieux et vaporeux. Comme un souvenir.

« Enfin, peut-être qu'elle a mal tourné avec un père comme le sien, lui dit Edwin.

-Un père comme le sien ? s'étonna Charlus.

-Il paraît qu'il ne se contente pas d'approuver les discours de Grindelwald, si tu vois ce que je veux dire. Après, ce ne sont que des rumeurs. Mais comme il est fauché et qu'il est toujours fourré en Europe de l'Est pour du commerce… on peut se poser des questions, développa Edwin. Bon, Potter, c'est pas que je veux te virer, mais il est bientôt deux heures. Tu me règles et puis tu sors ? C'était sympa de discuter avec toi. T'as pas pris la grosse tête comme d'autres que j'ai vus récemment. »

Charlus plongea machinalement la main dans sa poche pour en ressortir deux Gallions qu'il donna à Edwin en lui disant de garder la monnaie. Edwin le remercia d'un signe de main avant de virer les autres clients du Pub.

Charlus se leva, et emprunta le réseau de Cheminette pour rentrer plus rapidement chez lui.

Sa maison lui parut pour la première fois vide et silencieuse. Le salon où il recevait sa mère et Ignatius lui parut terne et sans vie. Le couloir sale et triste. La pièce où il rangeait ses multiples trophées, sans intérêt. Ses escaliers caducs. Sa chambre froide.

Ses draps n'avaient jamais été aussi froids lorsqu'il se laissa tomber tout habillé sur son lit. Froids et sans odeur citronnée. L'odeur citronnée des cheveux de Dorea Black. Il pourrait étaler ses longs cheveux bouclés sur les oreillers. Glisser ses doigts sur sa jambe nue, peau à peau. Il pourrait glisser ses mains froides et calleuses sur sa taille de guêpe. Il le pourrait.

Si elle était là.

Pourquoi l'idée de ne pas avoir réussi à lui soutirer plus qu'un baiser le mettait-il dans cet état-là ? Pourquoi l'imaginer coincée pour toujours au bras de Beurk et ne plus pouvoir l'attirer avec lui dans les Jardins du Château de Fortarôme lui serrait l'estomac ? Pourquoi prenait-il les propos d'un ivrogne au sérieux ?

« Ne reste pas fermé à l'idée de te marier. »

C'était de la folie. Il avait réellement parlé avec elle combien de fois ? Deux ? Trois ? Le bal du Nouvel An (mais c'était plus pour l'embêter et la mettre dans son lit), le pique-nique des Croupton, le mariage d'Ambuela ? Il ne l'avait pas vue en coup de vent plus que cela ? Dans l'ascenseur du Ministère, lorsqu'il était ivre au mariage d'Adalbert Yaxley. Il l'avait aperçue de loin à peu près autant de fois ? La librairie, Pré-au-Lard, les deux matchs… Mais son portrait l'avait obsédé pendant des jours ! Et…

« Ne reste pas fermé à l'idée de te marier. »

Pourquoi la voix de sa mère se rappelait-elle à lui comme ça, hein ?

« L'amour est un bien grand mot, Mr Potter. Lorsqu'on épouse quelqu'un, peut-on vraiment l'aimer ? sans vraiment le connaître ? Ne le connaît-on pas mieux après avoir vécu avec lui ? Je ne parle pas d'inclination. Mais d'amour. Aimer ses enfants, soit. Mais aimer un époux, il vaut mieux attendre quelques mois de mariage pour le savoir, non ? »

Attendre le mariage pour savoir si l'on aime. Quelle drôle d'idée. Et en même temps… Elle l'obnubilait assez pour qu'il envisage la question plus sérieusement. Elle lui plaisait, c'était indéniable. Rien que repenser au baiser qu'elle lui avait donné le rendait patraque. L'imaginer à côté de lui, dans ce lit…

C'est de la folie. C'est de la folie. Beurk raconte n'importe quoi. Son père, même s'il est son parrain, n'ira pas contre la volonté de sa fille, si ? Mais il avait entendu tellement de mises en garde contre ce Cyrus ou Cygnus Black, venant de Dorea elle-même ! Elle n'était pas idiote, elle aimait discuter avec lui, elle le lui avait dit, elle avait répondu au baiser qu'il avait initié, elle…

« Mais surtout, j'aimerais épouser un homme que je pourrais respecter. »

« Je veux épouser un homme dont je n'aurais pas à rougir en société, un homme sérieux et qui ne soit pas stupide. »

Un homme sérieux… qu'est-ce qu'elle entendait par sérieux ? Honnête ? fidèle ? loyal ? Elle ne le trouvait pas stupide puisqu'elle lui parlait et qu'elle avait même cherché sa conversation !

« Arrête de te monter la tête, Charlus ! Tu ne vas pas agir comme Beurk et allais t'imposer à elle en passant par son père, nom de nom ! »

« Même si je lui demandais ta main ?

-Voyez-vous ça. J'attends de vous voir ne serait-ce qu'essayer. »

Elle s'attendait pourtant à ce que ses fiançailles se passent de la sorte, non ?

Dorea Black… Potter. Dorea Potter ? Dorea et Charlus Potter ? Mmh…

STOP.

« Même si je lui demandais ta main ?

-Voyez-vous ça. J'attends de vous voir ne serait-ce qu'essayer. »

Elle n'avait pas dit non, non plus. Elle attendait même qu'il essaie, non ?

« Argh ! »

Il se leva de son lit pour tourner comme un lion en cage. Il lui avait parlé six ou sept fois ! Parfois pour échanger de simples politesses ! Il l'avait embrassée une fois ! Rien de plus ! Et il pensait déjà au mariage ? Mais c'était la faute de Beurk aussi ! Et si elle se retrouvait coincée avec lui ?

Et voilà qu'il avait à nouveau envie de vomir !

Il ne pouvait pas se laisser faire une chose pareille ! Il ne pouvait pas la laisser entre les mains de Beurk ! Ou même de n'importe qui d'autre ! Cette idée le révoltait ! Il voulait qu'elle soit dans ses draps à lui ! Qu'elle l'embrasse lui ! Qu'elle tremble encore dans ses bras à lui ! Il la voulait pour lui !

Mais elle ? Qu'est-ce qu'elle en pensait ?

Bordel, il tournait en rond encore et encore à la fin !

.

« Dorea Potter, chuchota-t-il au vide de sa chambre lorsqu'il finit par se réveiller. »

Il n'eut que le concert des oiseaux pour l'approuver.

« Dorea et Charlus Potter, précisa-t-il. »

La caresse du vent franchit la fenêtre entrouverte pour venir s'échouer sur sa joue.

Elle était courageuse.

Etait-elle loyale ? Et fidèle ? Forcément.

Sa famille ne ferait pas de manière puisqu'elle était Sang-Pur. Grand-père ne pourrait qu'approuver. Il cesserait même de lui présenter des filles stupides.

Il ne pouvait pas la laisser à Beurk de toute façon. Beurk ne méritait pas une fille aussi belle et intelligente qu'elle. Et il méritait une bonne leçon aussi. Il demanderait, au moins pour lui montrer qu'elle lui plaisait vraiment et qu'il avait été sincère lorsqu'il l'avait embrassée. Que ce n'était pas que pour jouer ou pour s'emparer de son corps. Elle comprendrait peut-être. Elle lui hurlerait sûrement dessus, mais au moins, il pourrait lui expliquer qu'il avait envie de passer du temps avec elle. Et puis si là, elle l'envoyait paître, il se forcerait à abandonner. Mais il la préviendrait des intentions de Beurk tout de même.

Quelle heure était-il d'ailleurs ?

Il se redressa brusquement et dévala les escaliers pour jeter un coup d'œil à la grande horloge. Onze heures ? Mais Beurk avait peut-être déjà fait sa demande !

Il remonta en quatrième vitesse dans sa chambre, sauta dans sa baignoire, loua Merlin d'avoir coupé sa barbe deux semaines plus tôt pour ne pas avoir à l'entretenir, et enfila la dernière robe de sorcier que sa mère lui avait fait acheter. Il essaya de se coiffer, abandonna, et courut chercher son balai pour les longues distances.

Il n'avait jamais fait voler ce balai aussi vite. Il se rappelait vaguement avoir entendu que la Maison des Black se trouvait à Londres. La boussole fixée sur le manche et la carte magique dans sa poche, il filait à toute allure au dessus des nuages. C'était sans doute le Vif qu'il avait le plus voulu attraper jusqu'à aujourd'hui.

Une heure plus tard, lorsqu'il approcha de Londres, il ralentit légèrement pour ouvrir la carte des localisations magiques londoniennes. Il trouva aisément le nom de Black dans la liste et le marqueur qui lui indiqua où chercher sur la carte. 12, Square Grimmaurd. Plein Sud !

Il survola Londres un temps qui lui parut immensément long avant de trouver la rue désirée. Il atterrit, releva son balai, et avança jusqu'au numéro 12 en ignorant les regards perplexes des Moldus qui habitaient là. Mais comment aurait-il pu savoir que les Black – la famille Anti-moldue par excellence ! – habitait dans un quartier entièrement moldu ?

Voilà. C'était là. Il y était.

.

.

.

(Merci FelicityCarrow pour toutes tes reviews ! je les lis toujours avec grand plaisir ! Bonne année et à très vite !)