Chapitre 10

Je restai un long moment silencieuse, intériorisant tout ce que nous venions d'apprendre. Au fond, je m'attendais un peu à ce que les choses soient liées. Ce qui était arrivé à Copenhague n'était pas un accident, c'était un attentat. Ce constat était tellement gros, tellement invraisemblable que j'avais l'impression de transporter une bombe. Comment allait réagir la communauté sorcière ? Pour la plupart d'entre nous, toutes nationalités confondues, les conflits étaient loin et jamais personne n'imaginerait qu'on voudrait attaquer les membres du monde magique aussi brutalement.

« C'est du délire, finis-je par murmurer avant de fermer les yeux.

— Personne ne va croire à notre enquête, marmonna Tim.

— Bien sûr que si, détrompa Quincy. Il nous faut des preuves. »

Je soupirai.

« Le soucis c'est qu'on en a très peu, répondis-je.

— Il nous reste les analyses de la potion, contredit le policier. Si Malefoy arrive à révéler les propriétés de celle-ci, on pourrait savoir ce que souhaite réellement notre tueur. Il lui faut du temps. »

Je hochai la tête, rassurée par la présence de mon meilleur ami. Valait mieux qu'il nous montre l'étendue de son génie avant de décevoir tout le MACUSA sur les prétendus capacités du potionniste le plus brillant de sa génération. D'ailleurs, ça faisait un moment que je n'avais pas de nouvelles de Drago. Je regardai ma montre et je faillis jurer.

« Les gars, je dois aller travailler, me rappelai-je. Je suis sensée commencer dans une heure ! Je suis en retard ! »

Je pris mon manteau et mon écharpe, pressée de quitter les lieux. Déjà que j'affichais un quota d'absence incroyable, si en plus il fallait que je sois à la bourre au boulot…

« Ton sac ! me rappela Tim en sautillant avec mon bien. »

Je me précipitai vers lui pour m'en emparer.

« Merci ! dis-je. S'il-vous-plaît, prenez soin de mon blond, qu'il ne lui arrive rien de fâcheux. Je vous textote ! »

Je n'avais pas le temps de repasser voir mon ami mais je pense qu'il était entre de bonnes mains.

« On s'en occupe comme si c'était une nouvelle recrue ! Affirma Quincy. »

Je lui fis un signe de main avant de passer la porte. Je ne fus par surprise quand les portes de l'ascenseur s'ouvrirent de voir Ron appuyé contre le panneau, les bras croisés et l'air décontracté. Il avait enlevé sa cape de sorcier et portait l'uniforme des Aurors.

« Toi, tu es en retard, devina-t-il.

— Ma supérieure va finir par me virer un jour, grommelai-je en rentrant me poser à ses côtés. Je n'arriverai jamais à comprendre les gens qui mènent des doubles-vies. Ils meurent de fatigue à la fin !

— Elle n'a pas l'air de vouloir te renvoyer, fit-il remarquer avec amusement.

— C'est parce que je suis sortie avec l'une des boss de la boîte, expliquai-je en pensant à Melissa. Elle se ferait mal voir si elle me renvoyait.

— Plutôt utile, en effet, se moqua-t-il.

— Ma foi, je ne m'en plains pas, admis-je en lui retournant son sourire. »

Il avait l'air d'être un tantinet contrarié malgré son ton léger. Je me souvins alors qu'il avait eu une réunion avec le Président du Congrès ce matin.

« Qu'a dit Quahog à propos de ta mission ? l'interrogeai-je. »

Il soupira avant de décroiser les bras et de venir mettre les mains dans ses poches.

« Il m'a fait comprendre que la prochaine fois, il serait préférable que je ramène notre criminel vivant, raconta-t-il. »

Le MACUSA appréciait que les Aurors ne tuent pas les sorciers coupables de crimes parce que c'était à la justice américaine de s'occuper de régler leur cas. Mais je suppose qu'on ne réfléchissait pas trop à ce genre de détail en plein combat avec un type sans scrupule.

« Sam est compréhensif, il ne peut pas te demander de risquer ta peau juste pour faire plaisir aux juges sorciers, répliquai-je.

— Si, il peut, me contredit-il avec douceur. Mais il préfère fermer les yeux sur quelques « détails ». »

Comme si neutraliser un trafiquant de sorciers était un détail sans importance. Ron me fixa quelques secondes.

« Tu veux que je t'emmène ? proposa-t-il.

— Ça ira, merci, souris-je. Je vais prendre de la Poudre de Cheminette. Il y a un arrêt dans la rue où je travaille. Il est peu utilisé parce que c'est loin du quartier sorcier.

— Comme tu voudras, accepta-t-il en hochant les épaules. »

Je boutonnai mon manteau avant d'enrouler mon écharpe autour de mon cou. Il avait beau faire grand soleil au dehors, le froid mordant de janvier ne trompait pas sur la saison hivernale de New York.

« Assure-toi que mon équipe n'embête pas trop Drago, dis-je en lui lançant un coup d'œil.

— J'y veillerai personnellement, répondit Ron.

— A ce qu'ils l'embêtent ou à ce qu'ils le laissent tranquille ?

— Je n'ai pas encore décidé, avoua le roux avec malice. »

Je levai les yeux au ciel. Ces hommes allaient me rendre folle.

« On va aller boire un verre ce soir avec tous les Aurors, informa mon compère. C'est un peu pour fêter la fin de ma mission. Il y aura Greg et Claire. Les hommes du Mediator et celui-ci sont chaleureusement invités aussi.

— Qui nous a invités ?

Moi, souligna-t-il. Et on ne remet pas en question mes invitations. »

Ah ben si c'est gentiment demandé.

« Je verrai, déclarai-je. Si mon humeur est à la fête, pourquoi pas. »

Il rit.

« Moi qui pensais que ton état d'âme était toujours enclin à festoyer. »

Mes lèvres s'étirèrent malgré moi. Il était vrai que je ne disais jamais non à un verre. Mais ça, le rouquin n'avait pas besoin de le savoir.

« Au revoir, Weasley, saluai-je en quittant l'ascenseur.

— A ce soir Parkinson, rectifia-t-il. »


J'étais arrivée à l'heure au travail et ma boss ne m'avait pas virée. Elle n'avait même pas osé me lancer une petite critique de tout l'après-midi. J'avais toujours eu un peu de mal avec l'autorité. Je suis quelqu'un qui est pour le respect mutuel et l'égalité entre les gens. Je pense pas que le boulot de Christine (ma boss) valait plus que le mien, comme mon boulot n'était pas plus indispensable que celui de la dame qui faisait le ménage tous les matins dans le bureau. Pareil pour mon équipe de Mediator. Sans Quincy, je pouvais dire adieu à ma source d'infos criminelles préférée. Et sans Tim, au revoir la bonne humeur et le savoir-faire militaire lié à sa formation d'Auror.

Les yeux posés sur un rapport de test concernant les vertus d'une nouvelle crème soi-disant miraculeuse, je pensai à la vie que je menais. C'était étrange d'avoir le quotidien d'une ingénieure Non-Maj' tout en étant chef militaire pour le Congrès Magique des Etats-Unis. Ça avait un petit côté incongru, quoi qu'un poil excitant. J'avais juste un peu de mal à jongler entre chaque quotidien. Je n'avais pas menti en faisant comprendre à Ron que je n'avais aucune idée sur comment mener une « double-vie ».

J'avais toujours été quelqu'un d'ambitieux, qui ne se laissait pas abattre par les obstacles. Mais je crois que je commençais à fatiguer. Le métier de Mediator était dur. Vraiment. J'avais une pression énorme et, malgré mes sessions avec les psys du département des Aurors, j'avais encore du mal à gérer le côté psychologique du job. J'avais quand même vu une personne se faire tuer sous mes yeux quelques jours plus tôt.

Bon, je ne pouvais pas dire que Ron ne m'avait pas prévenue avant que j'accepte la proposition de Quahog. Mais je n'avais pas réalisé à quel point j'étais encore faible. Je manquais d'endurance, de force et d'entraînement. Et ce n'était pas ainsi que j'allais faire avancer mon enquête. Au fond, je savais que je ne pourrais pas tout gérer dans ma vie : mon poste, celui du Mediator et mon épanouissement personnel. Et même si j'appréciais mon quotidien de New-Yorkaise lambda, le monde magique semblait toujours m'appeler à lui. J'étais née sorcière et je ne pouvais décidément pas continuer de faire comme si la magie n'avait jamais coulé dans mes veines. J'avais tenté de rayer ce trait-là de ma vie et finalement, j'avais presque sauté sur l'occasion de réintégrer le monde sorcier. Et en acceptant l'un des métiers les plus dangereux qui soit. Y avait quelque chose qui ne tournait pas rond dans ma tête quand même.

Il fallait que je prenne une décision. Et nul doute que ça allait bouleverser mon quotidien.

Je laissai tomber mon travail avant de me lever et de prendre mon sac. De toute façon, je n'arrivais pas à lire ce rapport. Les mots s'alignaient dans mon esprit sans que je puisse y trouver un sens. Je décidai donc de laisser tout en plan et me dirigeai ensuite vers le bureau de Melissa, avec l'espoir qu'elle s'y trouverait.

« Parkinson ? m'appela-t-on. »

Je me tournai vers Christine avec un petit grognement. Décidément, ça ne passerait jamais avec elle. Deux ans et demi que je travaillais dans cette boîte et pas moyen de tisser des liens amicaux avec ma supérieure. Elle m'appelait toujours par nom de famille, histoire de bien appuyer sur sa position hiérarchique. Nul besoin de préciser que je me faisais un malin plaisir à l'appeler par son prénom. Juste pour lui faire comprendre que, la hiérarchie, Pansy Parkinson n'en avait rien à carrer.

Si j'avais gardé le même état d'esprit que lorsque j'étais journaliste pour la Gazette du Sorcier, ça aurait fait bien longtemps qu'on m'aurait virée de la boîte. A l'époque, j'étais têtue, persévérante et acharnée. Je le suis toujours mais de façon plus mesurée. Quand on était Mediator, on ne pouvait pas se permettre de prendre des décisions qui pouvaient mettre en danger la vie de son équipe.

« Oui, Christine ? lançai-je en lui offrant mon sourire le plus vénéneux. »

Elle fronça les sourcils, comme à chaque fois que je prenais ce petit air supérieur. Putain, on ne faisait pas chier une Serpentard ma petite.

Je voyais bien dans son regard qu'elle me détestait. Je crois qu'elle me percevait comme une rivale, quelqu'un qui pouvait atteindre à ses ambitions. C'était stupide selon moi. Elle était belle, intelligente et brillante. Bon, je l'étais aussi (en toute modestie) mais y avait pas de quoi en faire tout un plat et vouloir m'écraser. Où était passé la solidarité et l'entraide féminine ? On aurait pu faire des grandes choses ensemble.

« Où vas-tu ? interrogea-t-elle.

— Voir Melissa, j'ai une requête importante à lui faire et j'ai besoin de l'approbation d'un des supérieurs. »

Elle haussa un sourcil surpris. Depuis notre rupture, Melissa et moi évitions de nous exposer devant les employés pour éviter les commérages. Autant dire que la langue de vipère devant moi s'était pas gênée pour répandre les pires rumeurs sur moi. Comme quoi j'étais une salope qui passait sous le bureau pour avoir des avantages au travail. Je n'avais jamais demandé à changer de poste, n'avait pas reçu d'augmentation depuis des lustres et la distribution de mes tickets resto était toujours retardée. Si c'était ça les avantages, je préférais encore coucher avec Quahog.

« Elle n'est pas ici, elle s'est envolée pour Singapour hier soir, informa-t-elle. »

Je m'en doutais et ça foutait en l'air mes plans.

« Mais heureusement pour toi, je fais partie des responsables, continua-t-elle en pinçant les lèvres pour se retenir de sourire. Donc tu peux t'adresser à moi à la place. »

C'était bien ma veine. Nous étions en plein milieu de l'open-space et je voyais du coin de l'œil que certains collègues semblaient tout à coup très intéressé J'étais tentée de lui dire que je repasserais plus tard mais j'avais envie que ça soit fait aujourd'hui.

« Je démissionne, lâchai-je comme une bombe. »

Christine ne s'attendait certainement pas à ça au vu de la surprise sur son visage.

« Je ne me reconnais plus dans ce que je fais, j'ai besoin de changement et je ne pense pas que l'entreprise puisse m'offrir ce que je recherche, poursuivis-je avec fermeté.

— Mais… c'est tellement soudain, balbutia-t-elle. »

Devant mon expression ferme, elle se reprit très vite.

« Quand souhaites-tu partir ?

— Aujourd'hui, maintenant, répondis-je.

— Très bien, approuva-t-elle. »

Je lui arrachais une grande épine du pied apparemment sinon j'aurais rencontré plus de résistance. C'était pas plus mal, je n'avais pas besoin d'argumenter avec elle.

« J'en informerai les ressources humaines et les CEO, dit Christine. Tu peux récupérer tes affaires et partir dès que tu le souhaites. Si jamais tu as besoin, tu pourras toujours nous appeler au cas où. »

Je hochai la tête avant de tourner les talons.

« Bonne chance pour tes recherches de nouvel emploi, lança-t-elle tout haut. »

Les regards des employés étaient braqués sur moi. Quelle vicieuse celle-là. Je lui refis face.

« J'ai déjà un nouvel emploi, avouai-je sur le même ton. »

Au départ, je voulais garder ça pour moi mais c'était pas trop mon genre de me laisser humilier. Je pris un pan de ma veste pour la dégager et laisser apparaître mon chemisier. Mon insigne de la police, ainsi que celui du MACUSA (non reconnaissable pour les Non-Maj') étaient apposés sur le côté de mon buste.

« Je travaille en tant qu'enquêtrice spéciale pour la NYPD, soulignai-je. »

Gros silence dans l'open-space. Je n'aurais pas pu la choquer plus si je l'avais poignardée par derrière.

« Comme je te disais, j'aspire à un métier un peu plus… différent. »

Le terme différent était un euphémisme. Je changeai carrément de monde. Des chuchotements se firent entendre autour de nous.

« A bientôt, Christine, saluai-je en tournant les talons. »

Et en réalité, j'espérais ne plus jamais la revoir.


Quincy m'avait envoyé l'adresse de la petite fête des Aurors. Je ne me voyais pas refuser d'y aller alors que toute l'équipe du Mediator avait répondu à l'appel. Quelle image aurais-je donné de moi ?

J'avais ramené un petit carton avec toutes mes affaires accumulées à mon bureau. Autant dire pas grand-chose. J'étais pas trop du genre à décorer mon espace de travail. Pour moi, la simplicité valait mieux qu'une pile de post-it rose que je n'utiliserai jamais et des cadres photos de la famille américaine typique que je n'avais pas. Puis de toute façon, les Non-Maj' n'auraient jamais compris pourquoi les photos bougeaient. Je n'avais jamais pu m'habituer aux photographies Moldues. En ne capturant qu'un instant, elles manquaient tellement d'âme !

Comme il s'agissait d'une soirée « haut de gamme », Quincy m'avait demandé de faire un effort. Je l'avais un peu pris mal parce que j'étais vraiment loin d'être la plus mal lookée de New-York en temps normal. J'avais quand même couru en talons hauts et en robe de soirée après notre tueur et Nicole. Mis à part le meurtre et la fuite du suspect, on ne pouvait pas dire que mon équipe avait manqué de classe.

J'avais donc décidé d'enfiler une robe vert émeraude aux manches longues et au dos nu. Simple mais élégante. La couleur faisait ressortir mes yeux et mettait en valeur mes cheveux noirs. Pas de coiffure élaborée pour ce soir, pas le temps. Puis sans magie, ça prendrait des lustres avant que je n'arrive au résultat escompté. Rouge à lèvre rouge, pendants en argent et manteau bien chaud, et j'étais fin prête.

La soirée se déroulait dans un restaurant non loin du MACUSA. Je fus surprise par le monde à l'intérieur et me demandai si tous ces gens travaillaient bien au bureau des Aurors de New York.

Tim me fit des petits signes de main près d'une table. Je m'approchai mais il n'y avait pas de chaises pour s'asseoir.

« Tu as l'air fatigué, me fit-il remarquer. Même si tu es sexy au possible.

— J'ai démissionné, expliquai-je.

— Quoi ?! s'offusqua-t-il.

— Relax, je parlais de mon job Non-Maj', précisai-je avant qu'il n'alerte tout le monde pour rien. Je suis toujours ton boss, mec. »

Je vis le soulagement repasser sur ses traits.

« Putain tu m'as fait peur, soupira-t-il.

— Tu es donc Mediator à temps plein, entendis-je à mon côté. »

Je tournai les yeux vers Ron. Il portait un costume sombre, les pans de sa cravate dépassant de la poche avant de son pantalon. Il avait dû en avoir marre de celle-ci et l'avait enlevée pour être plus à l'aise. Sa cape de sorcier était suspendue à son bras gauche et il avait une coupe de champagne dans chaque main. Il était renversant.

« Est-ce que ça pose un problème ? fis-je en lui prenant un des verres sans lui demander la permission.

— Aucun, souffla-t-il avec une petite moue pincée face à mon impolitesse. Ce verre était pour Claire. »

Je jetai un coup d'œil à l'Auror. Elle était dans en coin, en plein flirt avec un autre Auror que je ne connaissais pas.

« Si tu veux mon avis, elle n'en a plus besoin, lui désignai-je avec un petit sourire entendu. »

Il poussa un petit grognement avant de faire apparaître deux chaises pour que nous puissions nous asseoir.

« Apparemment, elle a trouvé meilleure compagnie, me moquai-je.

— Parkinson, tu ne trouveras pas meilleure compagnie dans cette pièce que la mienne, plaisanta-t-il avec une lueur étrange dans le regard. »

Petit couinement de Tim.

« Et celle de Tim, rajouta le géant roux sans me quitter des yeux.

— Vraiment ? interrogeai-je en posant mes coudes sur la table et en me penchant vers lui.

— Vraiment, approuva-t-il sans se démonter et sans ciller. »

Je crois que j'aurais pu continuer à me perdre dans ses yeux si quelqu'un ne nous avait pas tout à coup interrompu.

« Vraiment vous me désespérez, répliqua soudain une voix à côté de nous. Comment osez-vous oublié le seul et unique Drago Malefoy ? se rembrunit faussement mon meilleur ami. »

Aussi beau que Ron, il vint s'asseoir entre nous deux, sur une chaise qu'il venait lui-même de faire apparaître en un quart de secondes. Je m'empêchai de rire devant cet acte purement protecteur et territorial. Il essayait de faire passer un message au rouquin.

« Heureusement que tu es le seul et unique, commenta Ron qui ne semblait pas apprécié d'être interrompu. Deux comme toi et ça serait la fin.

— Eh oui, les Malefoy sont rares, contrairement aux Weasley, répondit Drago. Vous êtes combien dans ta famille, une cinquantaine ? »

Je levai les yeux au ciel tout comme Tim.

« Hey, on arrête tout de suite, ordonnai-je en les fusillant du regard avant que Ron n'ait pu répondre quoi que ce soit. Ou je vous fous dehors à grand coups de pieds au cul.

— Quelle paroles pleines d'élégance, souffla mon membre d'équipe.

— Tu nous mettrais dehors ? s'étonna Ron avec amusement.

— Ne la provoque pas, le prévint Drago en buvant une gorgée de son verre de Whisky pur feu. Tu n'as aucune idée de ce qu'elle est capable lorsqu'elle est à bout.

— Non, admit-il doucement. Mais j'aimerais bien voir ça un jour… »

Son timbre de voix s'était fait plus rauque. Je fis de gros efforts pour ne pas rougir. Était-ce moi ou il y avait un gros sous-entendu derrière ses paroles ? Drago fit comme s'il n'avait rien entendu tandis que Tim accueillit avec joie l'arrivée de Quincy. Lui aussi s'était mis sur son trente-et-un. Sa coupe afro lui allait à la perfection.

« Alors, comment s'est passée ta démission ? s'enquit-il en venant s'asseoir sur le banc à côté de Tim.

— Tu savais ?! se révolta notre coéquipier. »

J'étais tout aussi étonnée que lui. Je n'en avais soufflé mot à aucune personne avant d'arriver.

« J'ai deviné à sa mine fatiguée que la journée avait été longue, lui répondit-il. J'en déduis donc qu'elle a enfin pris sa décision de quitter son job horrible.

— Pas étonnant que tu sois enquêteur, le félicita Drago, qui avait apparemment trouvé ce qui clochait chez moi. Aucun détail ne t'échappe. »

Le côté observateur et déductif de Quincy James n'était plus à contester. Cet homme était né pour être inspecteur et résoudre des crimes. Il était une aide précieuse pour le monde sorcier. Drago mit à nouveau à disposition une chaise pour Quincy et me demande de changer de place pour qu'il puisse discuter en toute tranquillité avec lui et Tim. Je me retrouvai à nouveau à côté de Ron.

« Contente d'être « libre » ? Me demanda-t-il avec amusement en parlant de ma démission. »

Je haussai les épaules.

« Libre est un bien grand mot, je suis maintenant entièrement à la merci du MACUSA, rappelai-je sombrement.

— Tu es le Mediator, Pansy, signala-t-il gentiment. Tu as le poste militaire le plus élevé du Congrès Américain. »

Ça avait quelque chose de badass dit comme ça mais je vous assure que la pression ressentie était encore plus lourde.

« Comment vont réagir les sorciers quand ils sauront qu'une Anglaise sans pouvoir a eu l'un des postes le plus importants du MACUSA ? Objectai-je. On ne peut pas cacher quelque chose d'aussi gros bien longtemps. »

Il resta un moment silencieux, à m'observer. Je crois qu'il essayait de voir en moi. Toutes mes peurs, mes incertitudes. C'était comme s'il pouvait les lire. Je bus une gorgée de mon champagne pour cacher ma gêne.

« Parkinson, émit-il en posant une main sur mon bras. Je sais ce que tu ressens et je sais à quel point c'est difficile. Ça va être très compliqué quand Sam déclarera le retour du Mediator et il faudra te montrer prête à affronter l'animosité de beaucoup de personnes. »

Je baissai la tête, retenant ces informations. La main de Ronald vint soulever mon menton pour que ses yeux puissent rencontrer les miens.

« Tu vas te faire beaucoup d'ennemis, poursuivit-il. Mais tu vas pouvoir compter sur l'aide de beaucoup de gens aussi. Ils seront tes meilleurs alliés, ta meilleure arme dans les moments durs. »

Il relâcha sa prise afin de me faire signe du côté de mes amis. Tim, Drago et Quincy étaient lancés dans un débat à priori passionnant sur les potions. Plus loin, je vis Claire Patil me faire un petit signe de main et un sourire avant de retourner à son prétendant. De l'autre côté de la pièce, Greg Limus était en train de discuter avec des Aurors. En croisant mon regard, il souleva son verre dans ma direction pour me saluer.

Sur un canapé en cuir, Sam Quahog était occupé à faire la cour à une jolie femme. En remarquant que je les observais, il m'adressa un sourire dévastateur et un petit clin d'œil entendu. Dans un autre coin du restaurant, Hortensia Dale s'évertuait à empêcher quelques Aurors de terminer la bouteille de rhum. Elle soupira fortement, abandonnant l'idée d'y arriver, avant de me voir. Elle haussa les épaules en secouant la tête et m'adressa un sourire entendu que je lui rendis faiblement.

Mon observation me ramena à Ron Weasley, l'air si sérieux qu'il en paraissait inquiétant.

« Ils ne sont pas tous ici ce soir mais tu peux sûrement inclure les Nilsen, ta famille, tes parents, Zabini, Neville et Luna dans le calcul, conseilla-t-il. »

Toutes ces personnes étaient là pour moi. J'avais la gorge serrée. Je n'étais pas d'un naturel très émotif mais je crois que si je n'avais pas eu aussi peur de montrer mon soulagement, j'en aurais pleuré de joie. Le roux attendait que je dise quelque chose.

« J'espère qu'être fonctionnaire au MACUSA offre des avantages sociaux, finis-je par souffler. »

Il éclata de rire.

« La nourriture de la cantine est atroce, exposa-t-il. Mais tes frais de trajets sont remboursés et tu as droit à pas mal de jours de congés. Le salaire n'est pas mauvais non plus.

— A ce propos, me rappelai-je. J'aimerais être augmentée. »

Il me jeta un long regard avant de venir porter son verre à ses lèvres. Je crus qu'il allait dire non. J'avais beau me plaindre, mon salaire, même à mi-temps, avait été plutôt conséquent.

« Ça me paraît honnête : tu risques ta vie pour la communauté sorcière. Et maintenant que tu travailles à temps plein, tu mérites un bon salaire. J'en toucherai deux mots à Sam. »

J'opinai du chef. L'argent n'avait jamais été un souci pour moi mais j'avais envie d'être payée à ma juste valeur. Quand tu étais Mediator, tu n'avais pas d'horaire et tu devais rester disponible en permanence.

L'ambiance dans ce petit restaurant était devenue plus légère d'un coup. Je remarquai qu'une musique passait en fond et que certains Aurors avaient commencé à se réunir dans un coin pour danser. Je me mis sur pieds avant de prendre la main du rouquin.

« Danse avec moi, Ronald, l'invitai-je en le trainant vers la piste de danse.

— Tu connais déjà mes talents de danseur, plaisanta-t-il sans résister.

— Hum. »

Nous avions déjà dansé ensemble au Cochon Aveugle. Mais ça n'avait pas dur » assez longtemps pour que je puisse juger ses qualités en danse. Les autres sorciers nous lancèrent des coups d'œil surpris mais ne nous portèrent pas plus d'attention que ça.

Je me rapprochai de lui tandis qu'il posait une main contre mon dos nu. Avec mes talons, je lui arrivai au niveau du cou. Ses gestes étaient lents, comme s'il avait envie de prendre son temps, de savourer l'instant.

« Qui aurait cru un jour que je partagerais une danse avec une Serpentard, plaisanta-t-il. »

Il était détendu et se mouvait doucement, m'entraînant dans son sillage. Il avait fait d'énormes progrès depuis le bal de la Coupe de Feu. Il ne me marchait pas sur les pieds et faisait attention à ses gestes. Où était donc passé le grand dadais si maladroit dans son corps grandi trop vite ?

« Ma réputation va en prendre un sacré coup, Ronald, renchéris-je avec un sourire. Je compte sur toi pour ne pas trop ébruiter cette affaire.

— Malefoy n'a pas l'air de s'en plaindre, remarqua-t-il en haussant un sourcil.

— Il sait que je suis une tête de mule, expliquai-je. Lui et Blaise n'ont jamais pu me détourner de ce que je voulais. »

Il émit un petit rire amusé.

« Ça je veux bien le croire. »

Il me fit virevolter et je ne pus m'empêcher de rire lorsqu'il me ramena contre lui.

« J'ai l'impression d'être Elizabeth Bennet dansant avec William Darcy, ris-je. »

Petit sourire en coin de sa part.

« Si tu veux mon avis, j'ai plus l'attirail de Bennet et toi de Darcy, répondit-il.

— C'est mon côté froid et calculateur qui te fait dire ça ? pouffai-je.

— Entre autres. »

Nous nous observâmes un moment. Quoi « entre autres » ?

« Je n'aurais jamais pensé que tu connaîtrais Orgueil et Préjugés, déclara-t-il.

— Malia m'a fait lire le bouquin, expliquai-je. La plus belle histoire d'amour selon elle. Moi, ça fait longtemps que j'aurais envoyé balader le mec à la place de l'héroïne.

— Comme je l'avais deviné depuis longtemps : tu es d'un romantisme fou Parkinson, commenta-t-il avec une pointe d'amusement.

— J'ai plus aimé le film que le livre.

— Celui avec Keira Knightley ?

— Oui. »

C'était surprenant de savoir qu'il regardait des films Moldus. Je me rappelai avoir vu une télé dans son appartement. Un sorcier n'en aurait pas eu une s'il n'y avait pas vu une utilité.

« Je déteste lire, avoua Ron.

— Comment ?

— Oui, et j'ai pourtant essayé de m'y mettre, rit-il mal à l'aise. »

J'étais estomaquée par cette confession.

« Mais… tu es très cultivé pourtant, balbutiai-je.

— C'est parce que j'ai réussi à trouver des substituts à la lecture, expliqua-t-il avec amusement. J'adore les films, les séries et les documentaires. Ma télé est devenue une amie fidèle à mes insomnies. Et je ne crois pas me tromper en disant que ma culture cinématographique me permet de compenser ce que je ne lis pas. »

C'était étrange de discuter de cette manière avec lui. Entourés d'autant de personnes, comme si rien ne pouvait venir percer notre bulle. Sa poigne était douce mais assurée. Mes lèvres touchaient presque le col de sa chemise. Je levai les yeux vers lui. Il arborait un visage impassible. Ses orbes bleus se contentaient de m'observer. J'aurais pu me sentir mal à l'aise mais mon regard n'arrivait pas à se détacher de son expression.

« Weasley, je crois que tu me plais. »

C'était sorti tout seul. Avais-je trop bu de champagne ? Mon souffle se bloqua dans ma poitrine, j'étais trop choquée par mon propre comportement. Il s'était stoppé, l'expression soudain neutre. Je venais de faire éclater notre bulle. Je me maudis de ne pas réfléchir plus souvent avant d'ouvrir la bouche.

« Parkinson, je ne pense pas que ça soit possible entre nous, trancha-t-il. »

Au moins, Ron Weasley avait le mérite d'être clair.