Les archives d'Ollivander's
Personne dans leur petit groupe d'amis ne comprenait vraiment la fascination de James et Constance pour cette histoire de baguettes. Même Polly n'y voyait qu'un simple dysfonctionnement, rien de plus. Cependant, Constance ne pouvait pas se résoudre à une explication aussi simple, et la curiosité de journaliste de James avait été piquée, alors ils se lancèrent tous les deux dans des recherches frénétiques.
Car cette histoire était en effet des plus intrigantes.
Constance le savait maintenant, tout cela était bien plus compliqué que ce qui paraissait. Le problème principal de Constance était que les baguettes ayant créé les incidents les plus dévastateurs avaient été détruites par les Aurors. Elle n'avait donc à sa disposition qu'une seule baguette complète, et des fragments de deux autres baguettes appréhendées. Jusqu'ici, ça allait.
Ce qui l'intriguait vraiment, c'est qu'une fois qu'elle avait posé son diagnostic et que le Bureau des Aurors avait indiqué que toute personne possédant ou ayant possédé une baguette similaire devait les contacter, le constat qu'ils avaient fait était stupéfiant.
La dizaine de sorciers qui s'étaient manifestés affirmaient qu'ils s'étaient fait voler leur baguette.
Tous, sans exception.
Et Lucy Weasley était l'une d'entre eux.
Lucy ne l'avait pas précisé quand elle était venu acheter sa nouvelle baguette, mais elle n'était pas mécontente de se débarrasser de l'ancienne, qui l'empêchait de dormir depuis des mois tant elle produisait des étincelles lumineuses la nuit. Son père était même venu se renseigner pour elle à la boutique fin mai, Constance s'en rappelait à présent. Et puis, au cours de l'été, Lucy s'était fait voler sa baguette, alors que les incidents de baguettes folles s'étaient mystérieusement et soudainement arrêtés.
Tout s'était éclairé pour Constance dans cette salle d'examen du Bureau des Aurors où elle avait pu confirmer à l'aide de sortilèges et instruments en tous genres que, non seulement la baguette explosive du match de Quidditch était bien composée de bois d'olivier, cœur de ventricule de dragon, 25 centimètres, très rigide ; mais aussi que les fragments des deux autres baguettes étaient bien du même bois d'olivier, sombre, noueux, et terne. L'odeur incongrue qui se dégageait des spécimens devant elle lui avait rappelé une conversation dans sa boutique et une certaine Tante Muriel, il n'en avait pas fallu plus pour qu'elle soit convaincue que le bois d'olivier était à l'origine de tous leurs problèmes et qu'elle devait examiner le plus de ces baguettes possible.
Malheureusement, comme elle s'en était vite rendue compte, cela n'allait pas être si simple. Les baguettes d'olivier fabriquées par Ollivander avaient apparemment soit disparu, soit été détruites par les Aurors.
Elle avait réussi à joindre Garrick après de nombreuses tentatives infructueuses. Il était visiblement partit à la recherche d'une grotte abritant des licornes dorées en Papouasie, et lorsqu'il avait enfin pu passer sa tête fripée dans une cheminée, il avait affirmé à Constance que ni lui ni son père n'avaient jamais fabriqué de baguettes en olivier, le bois était apparemment bien trop faible en tant que conducteur magique. Les baguettes dont elle parlait devaient remonter à l'époque de son grand père, qui avait beaucoup expérimenté avec toutes sortes de bois.
Il ne lui restait plus qu'à se reposer sur les archives, et à étudier ses livres d'herbologie en long en large et en travers afin de trouver pourquoi cet olivier là portait beaucoup trop bien la magie, et à espérer avoir un peu de chance…
Le lendemain de son aventure au Ministère, Constance se mit au travail. Elle dut faire plusieurs allers-retours, mais finit par sortir de la cave - ou "la salle des archives" pour les intimes - des dizaines de journaux d'archives ayant appartenus aux différents membres de la famille Ollivander. Son établi, habituellement encombré d'ingrédients, potions et baguettes en tout genres, était recouvert de carnets noirs. Elle dut faire un dernier voyage, cette fois-ci au sein même de la boutique, derrière le comptoir, où les archives des dix dernières années se trouvaient. Lorsque son butin fut étalé devant elle, elle poussa un long soupir et s'attela à classer tout cela par ordre chronologique. L'organisation n'étant pas le fort des Ollivander, elle en eut pour un bon bout de temps. Polly était débordée par les arrivages continuels d'ingrédients envoyés par Garrick, et considérait que le nouveau hobby de Constance ne nécessitait pas son aide, ainsi, la jeune australienne ne pouvait compter que sur elle-même.
Enfin, c'est ce qu'elle croyait.
Alors que la boutique était officiellement fermée depuis quelques heures, que Polly était partie et que la nuit tombait sur Londres, la clochette de la porte d'entrée tinta. Constance se maudit de n'avoir pas pensé à fermer, puis sortit de l'atelier.
"Alors, elles sont où ces archives ?"
"James ? Mais qu'est-ce que tu…?"
"Je n'allais pas te laisser t'amuser toute seule, quand même…" Les mains dans les poches, un appareil photo et son sac en bandoulière, il s'avança dans la boutique.
Constance resta coite quelques instants, perchée en haut des escaliers donnant sur la coursive et l'atelier. Elle finit par descendre, verrouiller la porte, puis fit signe à James de la suivre. Une fois de retour devant l'établi, James lâcha un long sifflement.
"Je t'avais prévenu, ça ne va pas être une partie de plaisir." Constance s'affairait près de la bouilloire alors que James parcourait l'atelier du regard.
"Tu ferais bien de poser tes affaires, on va en avoir pour un moment je pense." lui dit Constance dans un sourire. Elle servit deux tasses de thé, attrapa la première des piles qu'elle avait faites, et la posa sur la petite table entre les larges fauteuils en velours.
"J'avais prévu de commencer par le commencement, avec les premiers carnets du grand-père de Garrick. Ils datent de 1871, apparemment Gerbold avait seulement 20 ans quand il a repris la boutique, tu te rends compte ! Garrick m'a affirmé que ça devait être son grand-père qui avait touché au bois d'olivier donc je pense que c'est une bonne piste."
"Connie. Assied-toi. Si tu continue à parler et à courir dans tous les sens comme ça on ne va aller nulle part tu sais." Son sourire en coin était en place sur ses lèvres, et cela suffit à faire taire Constance. Elle lui fit quand même une tape sur le bras, d'où est-ce qu'il se permettait de se moquer d'elle comme ça, non mais…
Un carnet chacun dans les mains, une tasse de thé (accompagnée d'un sortilège de chaleur perpétuelle, bien sûr) à portée de bouche, et la radio en bruit de fond, ils s'attelèrent à la tâche. De temps à autre, l'un d'eux lisait un passage à voix haute, commentait les remarques laissées par Gerbold Ollivander sur ses essais divers avec de nombreux ingrédients, ou bien chantonnait l'air diffusé à la radio. Constance sortit une feuille et y reporta quelques informations qui l'intéressaient pour ses propres confections de baguettes. Gerbold parlait notamment dans son cinquième carnet (mai 1877-octobre 1878) de ses expérimentations avec des crins de Vaudelune, qui n'avaient pas été concluantes, bien que prometteuses. Constance voulait aussi approfondir le sujet de l'utilisation du bois d'arbres originels dans la confection de baguettes, sujet apparemment testé par Gerbold, dont les effets secondaires - bien plus complexes que ce à quoi il s'attendait - comprenaient entre autres une capacité à être passées de génération en génération, des manifestations sensorielles, ou encore la conservation d'un lien avec l'arbre qui avait permis leur création.
Ce fut l'estomac de Constance qui rompit l'ambiance studieuse qui s'était installée dans le petit atelier. La soirée était déjà bien avancée, et il est vrai qu'elle n'avait rien mangé depuis son sandwich englouti sur le pouce à midi…
James faisait semblant de n'avoir rien entendu, mais ne put réprimer un petit rictus. Constance posa son carnet en cours de lecture (ils arrivaient presque à la moitié de ceux de Gerbold) et alla fouiller dans la réserve de nourriture que Polly et elle avaient accumulée dans le placard au-dessus de l'évier.
"Ramen, ça te va ?" fit-elle à l'attention de James, commençant déjà à ouvrir les sachets et à faire bouillir de l'eau sans attendre sa réponse. Elle leur trouva deux bols propres, tandis que James dégageait la petite table près de la fenêtre. En trois minutes, le repas était prêt. Ils manquèrent tous les deux de se brûler la langue tant la soupe était chaude.
Une fois leur diner avalé, ils restèrent prostrés sur leurs fauteuils, comme incapables de se remettre au travail.
"Je n'en peux plus de lire tous ces inventaires de ventes, c'est d'un monotone… Si encore c'était des gens qu'on connaissait ça pourrait être drôle de voir quelle baguette les as choisi et si ça leur correspond bien, mais là…" Constance bailla à s'en décrocher la mâchoire. James s'était levé pour s'étirer, et avait récupéré les deux bols vides pour faire la vaisselle. En retournant vers son siège d'adoption, il attrapa son appareil photo.
Demain il devait aller faire un mini-reportage dans un village sorcier du nord de l'Ecosse, alors plutôt que de repasser à la Gazette le matin, il avait embarqué son matériel en partant ce soir. Bien évidemment il n'était pas censé s'en servir en dehors du travail.
Mais quand une Constance à moitié endormie, les joues encore rouges de la chaleur de la soupe, lovée dans son fauteuil de velours, les yeux brillants à la lumière des bougies qui les entouraient le regardait comme cela, il ne répondait plus de rien.
Il releva l'appareil d'un geste lent, remplaçant son regard par l'objectif, et retint son souffle. Constance replaça une mèche de cheveux derrière son oreille, le fantôme d'un sourire sur les lèvres. Le déclic de l'appareil fut suivi par le léger vrombissement de la photo s'éjectant. James la récupéra, et le temps se figea alors que le double de Constance prenait forme sur le papier.
La vraie Constance s'était levée, avait gentiment écarté l'appareil photo d'une main, et glissant l'autre dans la nuque de James, l'embrassait doucement. Les deux mains prises, James lâcha la photo encore floue pour plonger ses doigts dans les cheveux de Constance. Elle le sentit sourire contre ses lèvres, puis la serrer contre son torse, l'appareil lui rentrant dans le dos.
"Je devrais te prendre en photo plus souvent." lui dit-il dans un souffle, son sourire toujours scotché sur le visage.
Elle lui prit l'appareil des mains, et se dégageant de son étreinte, se recula de quelques pas, puis appuya sur le déclencheur. Les cheveux de James étaient plus en bataille que jamais, ce qui la fit sourire.
"Peut-être que c'est mon tour, maintenant." La photo serait indéniablement ratée, James s'étant élancé après elle en riant, la faisant tomber sur l'un des fauteuils de l'atelier. L'appareil oublié, ils se perdirent l'un dans l'autre de longues minutes, jusqu'à ce que Constance, déposant un dernier baiser au coin des lèvres de James, ne s'écarte assez pour lui dire : "Il faut que je te montre quelque chose."
Elle se releva, un air malicieux dans le regard, et fouilla les piles de carnets sur l'établi pour finalement en sortir un à l'aspect bien plus récent que ceux qu'ils avaient étudiés jusqu'ici.
"Alooors, James Sirius Potter…" Elle fit défiler les pages, puis s'arrêta subitement. "Ah ! Voila. Le 4 juillet 2015… Un peu impatient à l'époque ?" demanda-t-elle le sourire aux lèvres.
"Qu'est-ce que…? Ce sont les notes d'Ollivander ? Sur moi ?" Une étincelle de curiosité s'était allumée dans les yeux de James. "Est-ce que tu as celles de mon frère aussi, parce que ça, ça m'intéresse…"
Constance lui adressa un faux regard noir, un sourcil levé, puis procéda à la lecture.
"Donc… l'aîné d'une fratrie de trois, onze ans et un mètre quarante cinq, bla bla bla… Mmmmh… Ah! Energique, malin, impatient - tu vois je te l'avais dit -, sincère, studieux, charmeur, fier, protecteur, attentif… Eh bien, il ne tarit pas d'éloges ! Mmmmh, a essayé de l'if, de l'érable… Pour finalement être choisi par une baguette en chêne rouge ? Ta baguette est en chêne rouge ?" Constance avait l'air sincèrement surprise. "Intéressant… et un cœur… de crins de licorne, encore plus intriguant comme combinaison." Elle reporta son regard sur James, l'observant comme si elle le voyait pour la première fois.
"Qu'est-ce qui t'intrigue autant ?" lui demanda James, se redressant sur le fauteuil. Il trouvait la théorie derrière la fabrication des baguettes aussi abstraite que fascinante.
Constance prit son temps avant de lui répondre. Elle était trop occupée à le regarder.
"Disons que le chêne rouge privilégie les sorciers un peu… hyperactifs. Enfin, plutôt, toujours prêts pour la prochaine aventure, si petite soit-elle. Et ce sont souvent des créatifs, qui ont milles idées à la minute dans la tête, mais je suppose que le crin de licorne doit… tempérer un peu tout ça et donner quelque chose d'assez…" Elle jeta un œil au carnet. "Flexible, 27 centimètres… Oui, elle est parfaite pour quelqu'un de curieux, très altruiste et incroyablement sensible."
Elle croisa le regard de James, referma lentement le carnet, ne put s'empêcher d'admirer la minuscule fossette qui se courbait au coin de la bouche du jeune homme, retourna s'assoir près de lui dans leur cocon de velours, et se dit que jamais une baguette n'avait si bien choisi son sorcier.
Bien le bonjour à vous en ce vendredi 13 :)
Je crois que ce chapitre est l'un de mes préférés, le puzzle se met en place doucement, James et Connie se révèlent de plus en plus, et il ne manque que quelques éléments avant que tout ne fasse sens. Je suis très curieuse de savoir si cette scène entre nos deux amoureux vous a plu, et aussi comment vous pensez que tout cela va se terminer... En tous cas je pense que vous n'imaginez pas le voyage fou qui attend au tournant !
Dans le prochain épisode : Fiesta endiablée chez Farces pour sorciers facétieux, le retour de la bande au complet, et surtout, le début de la fin...
See you soon,
Emma
