Helwa attendit une heure, immobile, dans le lit, pour être sûre qu'Elladan ne se réveillerait pas quand elle partirait. Pour passer le temps et occuper son esprit elle avait dressé mentalement la liste des affaires qu'elle devrait prendre avec elle.
Helwa ne voulait surtout pas penser à ce qu'elle ressentait à l'idée de quitter Fondcombe. Elle s'efforçait de toutes ses forces de repousser ses émotions loin au fond d'elle-même. La jeune femme réfléchissait à sa destination. Elle n'en avait pas, pas encore. Helwa pensait descendre dans le sud vers le royaume du Gondor, grand royaume des Hommes. Elle avait eu vent de tensions aux frontières Sud et Sud-Est avec les Haradrims du Harad, plus encore au sud et quelques autres peuplades. Cela ne l'effrayait pas pour autant. Elle savait se défendre désormais.
Quand Helwa jugea qu'il était temps pour elle de se lever, elle s'extirpa le plus doucement possible des draps et de l'étreinte d'Elladan. L'air plus froid de la chambre vint caresser sa peau nue alors qu'elle se dirigeait vers la salle de bain.
Devant le miroir, elle jeta un œil à sa silhouette pâle et mince. La jeune femme était entièrement nue, excepté son cou où trônait désormais un magnifique collier. Une chaîne d'or blanc, retenait une larme de cristal taillée avec un grand talent. Ce pendentif était celui d'Elladan. Le prince lui avait passée autour du coup pendant la nuit, lui en faisant cadeau. Il lui avait affirmée le trouver plus beau sur elle et égoïstement Helwa avait décidé que ce serait la seule chose qu'elle garderait de sa vie ici. Ce serait son seul souvenir tangible de lui.
Dans la salle de bain, la jeune femme s'habilla rapidement, prit quelques affaires de toilette, des tenues de rechange dans sa penderie et les mit dans son ancien sac avec lequel elle était venue de Bree. La boucle était bouclée. Elle chaussa ses bottes en cuir montantes et se dirigea vers la porte. Pendant tout ce temps, Elladan n'avait pas esquissé un seul mouvement, Helwa s'étant préparée en silence.
Alors qu'elle allait passer la porte, la jeune femme se retourna et, prise d'une affreuse douleur agrémentée de regrets, elle se rapprocha de l'Elfe endormi dans son lit. Helwa voulut poser sa main sur ses cheveux mais laissa son geste en suspens, les larmes aux yeux. Si elle le réveillait maintenant, elle savait qu'elle ne pourrait plus partir.
Tout son être lui criait de rester, de se blottir dans les bras de celui qu'elle aimait plus que de raison et de ne jamais le quitter. Mais c'était finalement cet amour inconditionnel et irrationnel qui la poussait à s'en aller. Elle devait le sauver de ses propres sentiments sinon Elladan courrait à sa perte. Helwa partait pour lui, pour lui sauver la vie. Elle tentait de s'en convaincre pour trouver la force de le faire.
Pour qu'il continue à avancer, il fallait qu'Elladan l'oublie. Cet avenir lui mettait le cœur en pièce mais Helwa se persuada qu'elle avait elle-même précipité sa chute en tombant amoureuse de lui, prince Elfe immortel, en le lui avouant et en ayant accepté cette nuit guidée par la passion de leur corps et de leur âme, au mépris de toute décence et de toute raison.
Helwa laissa retomber sa main le long de son corps en serrant son poing, la tête baissée.
Il ne fallait pas s'écouter. Ne rien ressentir. Pas avant d'être parti. Après elle pourrait. Après elle crierait, pendant des heures. Elle pleurerait, pendant des jours. Elle regretterait, pendant des mois. Elle souffrirait, pendant des années. A ce moment il lui fallait être forte.
Helwa releva la tête et murmura un « Adieu Elladan » chargé de ressentiment en se retournant vers la porte.
Elle aurait voulu dire autre chose.
Qu'elle ne l'oublierait jamais.
Qu'il avait changé sa vie.
Qu'elle l'aimait.
Qu'elle espérait qu'il comprendrait.
Mais ces mots comme ses larmes la brûlaient, bloqués en elle comme une boule noire menaçant d'exploser. Alors elle referma la porte avec douceur et précaution alors que tout en elle n'était que chaos et douleur.
Helwa enfila sa cape et se dirigea vers les cuisines pour prendre quelques vivres, essentiellement du lembas. Pour le reste elle se sustenterait sur place.
Dehors elle marcha vers l'aire d'entraînement pour prendre des armes. Elle tenta de se concentrer sur la fraîcheur de l'aube et la beauté de l'endroit pour occuper son esprit. En effet, il était encore très tôt, tout juste l'aube, et le silence l'entourait. Seul le vent et les oiseaux matinaux accompagnaient sa sombre silhouette, se déplaçant furtivement sur les chemins.
Arrivée sur le terrain, elle se dirigea rapidement vers l'armurerie. Elle prit les armes qu'elle utilisait régulièrement à l'entraînement. Elle s'était habituée à leur poids, leur longueur... Elle plaça une dague dans une poche de cuir destiné à cet effet dans sa botte droite, rempli un carquois de flèches, glissa une lame dans un fourreau sur le côté dudit carquois, l'enfila sur ses épaules par-dessus sa cape et prit son arc préféré dans sa main gauche.
Ça n'était pas du vol. Helwa tentait de s'en persuader. Elle s'était entraînée ardument pendant cinq années sans faillir et maintenant elle avait besoin de ces armes pour se défendre. C'était de la... légitime défense anticipée en quelque sorte.
Pourtant au fond d'elle elle n'osait pas imaginer le regard déçu de Glorfindel ou du Seigneur Elrond ou pire celui d'Elrohir. Helwa ne devait pas penser à cela, pas encore. Plus tard, quand elle serait loin. Pour l'instant elle devait rester concentrée sur son objectif.
La jeune femme se dirigea finalement vers les écuries. Elle n'aimait pas les chevaux mais c'était son seul moyen de s'enfuir loin d'ici rapidement et d'avoir une chance que les Elfes ne la retrouvent pas s'ils partaient à sa recherche évidemment. Helwa doutait qu'ils le fassent mais il se pouvait que le Seigneur Elrond, se sentant offensé et trahi par sa fuite, décide de la retrouver et de la juger pour la punir. Helwa n'osa pas imaginer la situation.
En ouvrant doucement la porte du box de Terendul, elle se sentit comme une fugitive, une espionne, presque une criminelle et son ventre se noua. Le cheval s'agita de voir une personne encapuchonnée s'approcher de lui. Helwa abaissa le vêtement et tendit une main rassurante vers l'animal piaffant doucement. Elle murmura en elfique :
—Chut... Mellon le... J'ai besoin de toi.
Ces animaux étaient sensibles aux langues elfiques qu'ils comprenaient aussi bien que les êtres doués de parole. Helwa savait que c'était un bon moyen de communiquer avec ces bêtes. Le cheval se calma et elle put le faire sortir. Contrairement aux Hommes, les Elfes ne montaient pas à cheval avec des rennes ou une selle, ils tenaient leur crinière et montaient à cru ainsi Helwa avait apprise à monter de cette manière. Alors qu'elle l'amenait vers la sortie, le doute s'empara d'elle. Était-elle en train de commettre une erreur ? Devait-elle vraiment partir ?
Helwa n'eut pas le temps d'y réfléchir plus longtemps car un bruit se fit entendre à l'entrée des écuries à quelques mètres d'elle. Une voix ferme et assurée s'éleva de l'endroit d'où venait le bruit :
—Qui va là ?
Si Helwa ne pouvait pas apercevoir la personne à l'entrée, elle reconnut la voix de Glorfindel. Son cœur rata un battement. Il ne fallait pas qu'il la voie ainsi, sur le point de partir. Cependant elle ne pouvait pas reculer avec son cheval au milieu du long couloir longeant les stalles. Toujours pétrifiée sur place, elle vit le général arriver devant elle :
—Helwa ? Mais que faites-vous ici ?
S'en suivit un silence où Glorfindel, étonné, la fixa pendant que la jeune femme resta statufiée sur place ne sachant comment réagir. L'Elfe fronça les sourcils :
—Vous partez ? Où allez-vous ? Demanda-t-il d'un ton doux mais qui attendait une réponse.
Helwa sembla alors se réveiller. Elle regarda de tous côtés pour tenter de trouver une échappatoire. En panique totale elle tenta de balbutier une vague réponse :
—Je... Je... Enfin j'allais...
—Helwa que se passe-t-il ? Auriez-vous un problème ?
A ces mots l'intéressée eut un mouvement de recul. Il ne fallait pas qu'il sache. Pour cette nuit. Pour Elladan. Pour son honneur. Personne ne devait savoir ! Elle enfourcha rapidement son cheval au milieu de l'allée et s'apprêtait à le talonner pour forcer Glorfindel à s'écarter. Cependant ce dernier, plus rapide et perspicace, ayant remarqué son trouble, s'approcha de son côté et attrapa fermement ses rênes :
—Helwa, expliquez-moi ce qui vous tracasse tant. N'évitez pas ainsi la discussion.
Se sentant acculée, Helwa releva sa jambe discrètement, cachée de l'autre côté de son destrier, et attrapa la dague dans sa botte. D'un coup sûr et rapide, elle frappa son maître d'armes à la tête du pommeau de son arme. Ne s'attendant pas à une telle réaction de la part d'Helwa, le tueur de Balrog, malgré ses fulgurants réflexes, ne put éviter le coup que lui assena la jeune femme car toutes ses actions lui avaient été caché par le cheval. L'Elfe s'écroula à terre, assommé.
Helwa resta immobile un instant, la dague dans la main, fixant le corps inanimé de son maître d'armes, semblant réaliser son geste. Elle avait frappé Glorfindel. Pourtant elle n'avait pas eu d'autre choix. Elle devait partir et personne ne devait la retrouver :
—Par tous les Valar... murmura-t-elle, Grand Manwë pardonnez-moi.
Elle replaça sa dague dans sa botte, descendit de cheval et se pencha vers Glorfindel. Doucement elle lui tourna le visage pour vérifier si elle ne l'avait pas blessé gravement. Avec soulagement, elle vit qu'elle ne l'avait que légèrement écorché à l'arrière du crâne.
Helwa se força à fermer les portes à ses émotions et se releva rapidement, déterminée à s'en aller. Elle n'avait que peu de temps avant qu'il ne se réveille et alerte le Seigneur Elrond. Cela aurait été plus simple si elle ne l'avait pas croisé. Elle conduisit son cheval dehors et l'enfourcha à nouveau.
Alors qu'elle allait tourner pour sortir de la faille et se rendre aux abords de la Bruinen, Helwa se retourna vers la magnifique cité faiblement éclairée par les lueurs de l'aube. Elle sentit une larme de tristesse, d'amertume, de colère et même de rage couler sur sa joue. Avec résignation, Helwa se retourna et talonna son cheval sur le chemin.
[Vous voulez me tuer ? Je comprends. Je sais que beaucoup étaient heureux qu'ils se soient enfin trouvés et ne s'attendaient pas à ça mais c'est comme ça que je vois mon histoire donc je vous invite à continuer à lire jusqu'à la fin]
