12. Pli
Cette vignette fait référence au chapitre VIII de Son Orée et son cœur ("Feuillets d'absence", partie "Février"). Je vous conseille de le relire auparavant ;).
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« Oh, au fait – j'ai quelque chose à te remettre. »
Elle couvait quelque chose, ça ne faisait pas un pli. V'là dix minutes qu'elle tournaillait et qu'il attendait qu'elle décloque. Petra fouilla dans son sac pour extirper le lardon de son portefeuille.
« C'est de la part d'un étudiant. »
Hm. Comme s'il ne la voyait pas gaffer sa mirette, attendre délibérément, espérer une réaction – un tressautement, un coup de lorgne, une exclamation, n'importe quoi qui révélerait un intérêt quelconque, ou mieux : qu'il sait de quoi elle cause. Elle ressemblait à un rongeur, une petite souris qui plissait du museau, pleine d'anticipation devant une montagne de noisettes qu'elle savait pourtant être un appât. Il tendit la main sans mot dire.
Évidemment qu'il sait. Qui d'autre ? Et le caractère du môme transparaît dans la nature même du mot. Volatile mais collant. Brouillon mais têtu. Énergique et impulsif. Il n'a même pas signé.
Voyant qu'il ne bronchait pas, elle finit par lâcher le morceau.
« Eren… Oui, c'est ça, Eren Jaëger. »
– Ah. » Il renifla dédaigneusement.
Il cabote sur le flot des mots ininterrompus, de l'écriture penchée, inclinée, tapie même ; on l'eût dit couchée, prête à bondir pour s'enfuir ou, au contraire, mieux acculer sa proie.
« Tu l'as lu ? lui dit-il, à mi-chemin entre flegme et détachement.
Elle prit des airs offusqués.
– Bien sûr que non, pour qui me prends-tu !
Il en lisse les plis, comme s'il gagnait en concret sous la pression de la pulpe de ses doigts, patine le grain du papier gaufré par l'impatience.
– Tu veux le lire ? » lui proposa-t-il avec désinvolture, comme un défi.
Un instant, elle fut tentée – mais un infime sourire commença de poindre, juste à la commissure de ses lèvres ; se moquait-il d'elle ? Non : il était heureux. Le mot la frappa comme un boulet de canon. Elle refusa. Plutôt mourir que lui donner l'occasion de prouver que ça n'avait pas d'importance.
« Non – je lui ai dit que je ne le ferais pas. Il a décampé aussitôt après me l'avoir donné »
Ah. S'enfuir, donc. Instinct de survie malgré tout, fallait-il croire. Il relut le mot, ou bien était-ce qu'il le lisait pour la première fois ? La première lettre, un P, dotée d'une forme étrange comme née du hasard, était plus foncée, d'un trait plus appuyé encore, si c'était possible. Le môme l'avait repassée plusieurs fois.
Elle revint à la charge.
« En deux temps trois mouvements, paf, pouf, c'était plié. Je me suis dit que c'était sacrément expéditif, pour quelque chose t'étant adressé. Il n'a pas mis les formes, hein ? Il n'a pas froid aux yeux. Je ne vous savais pas aussi proches.
Il le replia soigneusement, le glissa dans sa poche, bien à plat.
– Tch. Toujours à parler pour rien dire.
– Moi, ou lui ?
– Toi. Lui. Les deux.
Et aussitôt Petra, le ton enjoué, taquin même, de répliquer :
– A d'autres, dénicheur de merles[1] ! »
Foutre. C'était Levi qui la lui avait apprise, celle-là.
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[1] Selon Bob (j'aime Bob), « expression dont on se sert pour faire entendre à qqun qu'on pénètre sa malice déguisée et qu'on ne s'y laissera pas prendre ; pour dire qu'on ne se laisse pas mystifier. »
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Alors, qu'en pensez-vous ? Moi, je suis toujours frustrée de n'avoir pas pu lire ce mot. Ni Eren ni Levi ne me l'ont laissé voir ! ^^
Ce qui reliait la 10e et la 11e vignette, c'était tout simplement l'utilisation du pronom "tu". Ça change un peu, non ?
Merci à ceux qui m'ont laissé un petit message, ça fait chaud au cœur. Je vous dis à la semaine prochaine pour la toute dernière...
Bises.
