JAROD

« Le cœur a ses raisons que la raison ignore » J'ai entendu beaucoup de personnes s'approprier cet aphorisme philosophique de Blaise Pascal. Enfin parlons de diaphore si l'on veut faire preuve de précision. Ici voyez-vous les raisons et la raison sont à prendre dans deux sens différents. J'ai souvent tendance à faire, ça lorsque je suis confronté à quelque chose qui m'ébranle. J'entends par là me mettre analyser presque systématique tout ce qui me passe par la tête et ainsi me concentrer là-dessus pour faire abstraction d'une « problématique » extérieure. Un peu comme un enfant qui fait un cauchemar et qui pour se rassurer, récite une liste ou quelque chose qu'il connaît par cœur, avant ensuite de pouvoir fermer les yeux et se rendormir en toute quiétude. Enfant il m'est arrivé de le faire en récitant le tableau périodique. Mais je n'étais plus un enfant et à présent j'essayais de me raccrocher à une analyse quelconque. Mais rien n'y faisait. Mon cœur qui battait ardemment semblait peu à peu se soustraire à ma raison. Bien qu'en théorie les choses ne fonctionnent pas de la sorte. Le cœur est un organe et… Et je digresse encore vers quelque chose de rationnel pour ne pas perdre pied.

Je perds les pédales ! Mais ne sommes-nous pas humains ? Pourquoi est-ce que soudainement, je me sentais si coupable de la désirer autant que l'on désire le plus convoité de tous les trésors en sachant pertinemment que jamais nous ne pourrons l'avoir. J'étais perdu et à de nombreuses reprises, j'avalais bruyamment ma salive.

Elle était contre moi, elle simplement recouverte d'un plaid. Je pouvais même sentir certaines parcelles de sa peau contre la mienne. Et lorsqu'elle tenta de me retirer ce qu'il me restait de tissu, nous nous retrouvâmes sur le sol. Moi sur le dos, elle sur moi. Les rapports de forces étaient une fois encore inversés et la menotte qui nous liait l'un à l'autre, rendait chaque mouvement compliqué je l'avoue.

Rien n'avait de sens. Ni cette tempête dehors qui nous avait obligé à trouver refuge ici. Ni ses menottes qui nous liaient l'un à l'autre. Ni cette promiscuité… Rien, si bien que j'avais l'impression d'être dans un rêve, non un fantasme et je savais que cela n'était pas appelé à durer. Que tout n'était qu'une question de temps avec que tout s'arrête.

Et alors que dans ma tête, tout se bousculait, je la vis posée sur moi un regard qui en disait long sur ce qu'elle ressentait. Elle m'observait avec intérêt et je compris bien vite que c'est mon corps qui attirait toute son attention. Elle n'était pas insensible, loin de là et encore une fois, son regard laissa transparaître la réminiscence d'une époque révolue – sur le papier – Je ne pouvais dès lors m'empêcher de sourire lorsque je la vis en faire de même après avoir énoncé que ce débardeur était un de mes fétiches.

Et voilà qu'une fois encore nos yeux se retrouvèrent animés par le ballet des flammes dans la cheminée. Jamais je n'avais éprouvé tant de fascination pour personne. Elle était là, la petite mademoiselle Parker transparaissait à nouveau par ce regard que je savais insondable pour le commun des mortels. Elle acheva, avec mon accord, de me défaire de ce qu'il me restait, abaissant aussitôt mon caleçon jusqu'à mes cuisses, car elle ne pouvait aller plus loin.

Et alors que j'allais m'en débarrasser, ses lèvres se retrouvèrent contre les miennes. Plus rien n'avait de sens, excepté ma raison peut-être qui prit le dessus et m'y un terme presque aussitôt à ce baiser. J'en avais le souffle coupé, alors que rien ne s'était passé. Mon cœur lui cognait si avidement contre ma poitrine, que je pouvais sentir ses pulsations jusqu'aux bouts de mes doigts et mon regard plongé dans le sien achevé de me troubler comme jamais auparavant.

« - Il n'y a pas que toi… Ça, ce qu'on fait est dangereux… »

Mais elle n'en avait que faire et semblait prendre tout ça à la légèreté. J'aurai dû m'en offusquer et ainsi remettre entre nous de la distance, mais non je restais immobile. C'était tellement agréable de sentir tout son corps nu sur le mien si agréable que j'étais en érection et je ne m'en sentais ni gêné si désolé. Et ce sourire en coin, que dire de son sourire ?

« - Vu la tête que tu as fait après avoir dégusté ces deux verres d'alcool je ne m'y risquerai pas. »

Puis là le silence, du moins si l'on omet le vent, la pluie, les éclairs et le tonnerre à l'extérieur. Mon regard était rivé sur le sien, j'en arrivais à oublier le froid et les tremblements qui nous avaient obligés à nous rapprocher l'un de l'autre. Je n'avais plus envie de réfléchir pour une fois, plus envie de rien, si ce n'est d'elle.

Alors cette fois, c'est moi qui écrasa mes lèvres contre les siennes et qui sentit mille et un frissons me parcourir le corps lorsqu'elle entrouvrit la bouche et lia sa langue à la sienne avec fièvre. Sa poitrine s'écrasa alors contre mon torse humide rendant le contact encore plus intense. Tout alla si vite, sans qu'aucun de nous ne se pose la moindre question. Nos bouches, nos langues, elles demeuraient incapables de se quitter sauf lorsqu'il fallait reprendre de l'air. Mais un obstacle persistait…

« -Attends, attends ! » lui dis-je entre les lèvres.

« - Cela ne serait-il pas plus facile sans menotte ? » demandais-je presque innocemment sans jamais la quitter du regard.

PARKER

C'était insensé, irréel comme un étrange rêve qui surpasse la réalité, qui la modifie, qui nous fait dire qu'on apprécie un moment qu'on ne devrait pas. C'était exactement ce qui était en train de se produite. Si l'on m'avait dit la veille que je me retrouverais nue sur Jarod, un poignet menotté au sien, j'aurais éclaté de rire en disant que c'était Weather qui avait voulu écrire un porno. Mais non, ce qui se produisait dans ce chalet n'avait rien à voir avec de la fiction pour adultes, c'était bel et bien vrai et ma raison avait totalement déserté mon esprit et mon corps. Je voulais profiter de cet instant, surtout parce que j'avais la certitude que jamais cela ne pourrait se reproduire. N'allais-je pas le ramener au Centre aussi tôt que possible ?

Alors que j'avais achevé de le mettre aussi nu que moi, il s'était dérobé à mon baiser, et loin de mal le prendre, je demandai des explications. Ce à quoi le caméléon me parla de danger. Je n'avais pu me retenir de rire. Nous étions littéralement en train de geler sur place, et lui me parlait du danger que je pouvais représenter ? Je soulignais le fait que mourir de froid incessamment sous peu n'était guère plus sécuritaire. L'excuse était parfaite, je ne mentais pas, j'avais froid tout comme lui… mais j'avais envie de lui et malgré son apparente hésitation, une certaine partie de son corps trahissait Jard en me prouvant que lui aussi. Je lui avais proposé de prendre lui aussi un verre histoire de se détendre un peu et de se réchauffer le gosier quelques secondes, mais il refusa.

- Ça réchauffe, rétorquai-je en haussant les épaules.

Nos regards étaient restés quelques secondes braqués l'un dans l'autre quand soudain, il sembla céder, m'embrassant à pleine bouche. Un baiser que je lui rendis au centuple sans me faire prier. Je me collai à lui, nos corps semblaient s'appeler. Il mit momentanément fin à notre étreinte buccale et je trouvai ce supplice insupportable.

- Quoi encore ?!

Sa question alors me fit rouler des yeux.

- Tu te fiche du monde ? Les manchots se débrouillent très bien, toi t'as encore une main de libre, ça devrait aller non ?

J'étais peut-être enivrée par le désir, la passion, l'alcool immonde que j'avais ingurgité, ou que sais-je encore, mais je n'étais pas stupide. Je ne le détacherais pas.

- A prendre ou à laisser mon vieux.