Bon, j'espère qu'après avoir tant dilacérer vos petits coeurs, vous appréciez ces chapitres un peu plus calmes ! Mais prenez garde, ce n'est pas fini... mais en attendant, je gage que vous devriez aimer ce chapitre ! Merci à tous pour vos reviews et vos lectures, ça me fait chaud au coeur !
(et bonne naissance à Lwyz, qui semble lire mes en-têtes et mes bêtises... et qui me file un coup de vieux assez monumental xD)
Bonne lecture !
Sherlock - 23 ans - Août 2003
– John, mon chéri, bien dormi ?
Bâillant à s'en décrocher la mâchoire, John ne répondit pas immédiatement à Violet Holmes. Il avait dormi comme une masse, épuisé. Comme souvent quand il était en permission, il avait tendance à se reposer énormément, au grand dam de Sherlock, hyperactif. En son absence, Sherlock vivait sur Londres, mais cela faisait longtemps que l'Imperial l'avait viré du campus universitaire. Il semblait vivoter de part et d'autre, squattant régulièrement chez son frère. John n'était pas inquiet, son amant était clean depuis des mois et des mois, désormais. La passion des crimes glauques ne lui avait pas passé pour autant, et il soûlait la police pour s'infiltrer sur les scènes de crime. Il racontait le tout avec emphase à John dans des lettres enflammées, et des appels emphatiques.
Quand John rentrait, il demandait toujours à rentrer à Northampton, pour voir Sieger et Violet. Il passait également à Forest Hill, profitait de sa mère, en pleine forme depuis que son mari pointait aux abonnés absents. John n'avait plus jamais eu de nouvelles de son père.
Mais Sieger et Violet avaient une place particulière dans le cœur de John. Maintenant qu'ils pouvaient en discuter librement, John aimait évoquer leur enfance à Musgrave, à quel point il avait été élevé dans la demeure ancestrale des Holmes lui aussi, et il aimait les parents Holmes.
Se servant du café et des haricots, il lui fit signe que tout allait bien.
– Ta mère vient déjeuner à midi, l'informa-t-elle inutilement. Tu sais où est passé Sherlock ? reprit Violet.
Depuis que Elizabeth Watson allait mieux, elle avait aussi repris contact avec Violet, et les deux femmes s'entendaient très bien et se voyaient régulièrement, même en l'absence de leurs progénitures. John avait fini par avouer à sa mère qu'il était en couple avec Sherlock. Elle n'avait eu aucune réaction, sinon, celle, pensive, de se demander à elle-même si elle n'avait pas pu le prédire à compter du jour où ils s'étaient rencontrés.
– Non, je sais pas où est Sherlock. Harry vient aussi ? demanda John.
– Oui, ta mère m'a même dit qu'elle amenait sa petite amie... enfin, normalement, si elles ne se sont pas encore disputées. Nous ne servirons pas du tout d'alcool, du coup.
John sourit tristement. Harry avait toujours un problème de boisson, qu'elle combattait plus ou moins activement à cause de Clara.
John et elle avaient un jour eu une longue conversation sur leur orientation sexuelle respective, Harry souffrant de son homosexualité après tant d'années à l'assumer en façade. Le fait que son petit frère sorte avec un homme et vive son idylle avec celui qui avait été son meilleur ami n'avait rien arrangé. John lui avait expliqué (comme il l'avait fait à sa mère, au demeurant) qu'il n'avait pas de penchants homosexuels, et se considérait d'ailleurs plutôt hétérosexuel, considérant qu'il avait toujours été attiré par des femmes. À l'exception de Sherlock, qui transcendait absolument tout. Harry l'avait décrété bisexuel, et John avait accepté l'étiquette. Puis avait aidé sa sœur, autant qu'il le pouvait en se trouvant sur une base militaire à l'autre bout du pays, à assumer réellement son homosexualité. Et puis, elle était tombée folle amoureuse de Clara, qui était tombée amoureuse d'elle en retour. Clara était pour beaucoup dans son envie de redevenir sobre, et ses progrès, mais Harry avait un talent particulier pour tout gâcher quand elle allait bien, et chaque rechute occasionnait des disputes monumentales entre les deux femmes, qui étaient incapables de se quitter pour de bon, qu'importait le nombre de fois où elles rompaient.
– Et Mycroft ? demanda John en finissant son petit-déjeuner dans la cuisine agréable des Holmes. Et... Eurus ?
Même si, techniquement, le repas de famille était pour lui, et fêter la fin de ses études de médecine et son entrée dans le monde réel — il était déployé dans trois semaines en Afghanistan en tant que médecin, interne sur le terrain en chirurgie traumatique, s'il y parvenait — le tout avait lieu chez les Holmes, et il paraissait logique que Violet réunisse sa famille.
– Mycroft est retenu, il a du travail, répondit la matriarche, tout en griffonnant d'une main sur une recette.
(Elle devait probablement ajuster les quantités en faisant les calculs de tête). Sa réponse concernant Mycroft n'était pas surprenante, il n'était que rarement là, et John ne s'en portait plus mal. Plus il voyait l'aîné Holmes, plus il flippait du pouvoir que ce dernier semblait acquérir. Il ne l'avait jamais dit clairement, mais il était évident que si John brisait un jour le cœur de son petit frère, personne ne retrouverait son cadavre.
– Eurus... Non, ce n'est pas une bonne idée.
Violet croisa le regard de John en disant cela, les coins de sa bouche tressautant. D'après les psychiatres, Eurus faisait « des progrès ». Il pourrait être « envisageable » de la laisser sortir temporairement. Qu'elle puisse « retrouver une vie normale ». Beaucoup de suppositions, de guillemets et d'incertitude. Sieger avait proposé de faire un repas familial, tous ensemble, hors de Sherrinford.
Mais Sherlock avait tenté de parler de John à sa sœur, de la relation qu'il entretenait avec lui. Il n'avait pas rencontré un très franc succès. L'idée qu'elle vienne à ce repas était absurde, mais John posait la question par politesse.
– Je vais chercher Sherlock... il ne doit pas être bien loin.
Violet lui fit un signe distrait de la main, replongée dans ses recettes. Bien élevé et poli, John avait toujours proposé d'aider en cuisine depuis qu'il était assez grand pour le faire (et il avait l'habitude, avant, de mettre et débarrasser la table comme tous les enfants Holmes, de toute manière), mais s'était toujours fait jeter de la cuisine. Il fallait reconnaître que seule Violet savait ce qu'elle faisait, et il valait mieux ne pas la contrarier.
Sur le chemin, il croisa Sieger, qui lui annonça que Sherlock était sorti tôt ce matin, et John lui indiqua en retour que sa femme était à l'œuvre aux fourneaux, et qu'il valait mieux considérer la cuisine comme un terrain miné, désormais. Sieger le remercia chaleureusement, retournant vaquer à ses occupations, tandis que John partait en quête de son compagnon dans le jardin.
Il n'eut pas à aller bien loin. Sherlock était invisible de la maison, mais pas trop loin non plus, au pied d'un arbre. Il ne fumait pas, contrairement à un vieux souvenir de John qui l'avait déjà découvert ici des années plus tôt, quand il découvrait à peine la cigarette, mais semblait nerveux.
– Hey, Génie.
Sherlock se redressa précipitamment, comme surpris de le voir là. John s'en étonna. D'habitude, son compagnon prévoyait absolument tout et s'enorgueillissait de ne jamais être pris de court.
– Ça va ? demanda-t-il doucement devant le regard fuyant de son amant.
Sherlock le serra dans ses bras pour toutes réponses, puis l'embrassa, et les questions de John disparurent. Sherlock savait qu'en présence de ses parents, dans la chambre juste à côté, il avait tendance à fuir les étreintes totalement passionnées et les baisers trop langoureux, qui avaient comme conséquences de les exciter.
De fait, leur vie sexuelle était parfois nettement contrariée. Sherlock n'avait aucun statut officiel lui permettant de venir voir John sur la base. Mycroft travaillait sur la question, a priori, mais sans grande efficacité. Quand John était en permission, ils étaient chez leurs parents respectifs, et il fallait que ceux-ci soient absents pour qu'ils puissent s'en donner à cœur joie et être bruyants. Ça n'empêchait pas les douches ensemble, la masturbation respective, et épisodiquement des nuits d'hôtel londoniennes juste avant que John ne reparte, mais ils étaient jeunes et avides du corps de l'autre.
Alors Sherlock, qui aimait les solutions tordues, plutôt que se trouver un appartement décent à Londres (et non pas la chambre de sept mètres carrés qu'il louait sous les toits, encombrée de tellement de bazar qu'il était impossible d'y vivre ou d'y dormir dans une position confortable), avait décrété qu'il leur restait la pleine nature.
Il fallait reconnaître que la maison Holmes était relativement isolée de tout. Ses parents ne venaient jamais dans le bois attenant, ni aucun promeneur égaré.
Et Sherlock avait un goût certain pour le risque, et une vague tendance à l'exhibitionnisme, à laquelle John avait bien du mal à résister.
Ainsi, quand son amant glissa une main ferme entre leurs corps pour ouvrir la fermeture de son pantalon et le tira en avant pour aller s'enfoncer dans les fourrés, John oublia tout le reste, et se perdit dans son étreinte.
Le déjeuner fut fastueux. Violet s'était surpassée, redoublant d'inventivité mathématique pour leur concocter des plats originaux, mais toujours bons (Sherlock s'y était essayé une fois, au motif qu'il maîtrisait la chimie, et que ça ne devait pas être bien compliqué. Cela avait été un échec complet), et tout le monde s'était régalé.
Harry était présente, plus blonde et lumineuse que jamais, son teint éclatant de joie, sa main fermement serrée dans celle de Clara, et personne n'avait fait de commentaires sur l'absence totale de bouteilles de vin, de bière ou de digestifs à table. Sherlock, avec son absence de tact habituel, avait bien commencé une phrase, mais le pied de John avait incidemment et fortuitement trouvé son genou sous la table, et il s'était tu.
Elizabeth rayonnait également, paraissait nettement plus jeune et apaisée que ces dix dernières années, et John était heureux de voir sa famille heureuse. Même l'arrogance déplacée de Sherlock n'avait réussi à ternir le repas de fête, et il avait furieusement rougi quand tous avaient levé leur verre (d'eau) pour le féliciter de sa brillante réussite.
– Merci, mais je n'ai pas tout à fait fini ni eu mes résultats... avait-il bredouillé, modeste. La cérémonie officielle de l'armée a lieu en septembre...
Sherlock avait levé les yeux au ciel. Le reste de la table l'avait imité, pour une fois. John serait officiellement diplômé sous peu, et il devait à présent dix ans de sa vie à l'armée.
Pour les dix prochaines années, il ne verrait sa famille et Sherlock que de manière encore plus épisodique que maintenant, selon les conflits sur lesquels il interviendrait.
– John, tu dors ?
L'interpellé rouvrit les yeux. Il était tard, et demain il repartait avec Sherlock pour Londres. Il y verrait tous ses amis de la fac, plus quelques anciens de lycée, pendant deux jours, avant de reprendre le train pour la base militaire. Le repas de ce midi avait été long, et ils avaient également passé l'après-midi tous ensemble. John attendait sur le lit que son amant revienne de la salle de bains, et il avait fermé les yeux deux minutes, sommeillant sans même s'en rendre compte.
– Non, marmonna-t-il. Mais j'aimerais bien. On va se coucher ?
Il étouffa un bâillement. Face à lui, éclairé par la lumière de la lampe de chevet, Sherlock était à moitié nu, la peau encore humide de sa douche.
– Non, répliqua le génie. Je veux... J'ai besoin de...
Il hésita, tordit les mains, mordit ses lèvres. Jamais John ne l'avait vu aussi nerveux et hésitant.
– Génie, ça ne va pas ?
Sherlock se laissa tomber sur le matelas, sur le dos, contemplant le plafond et sans répondre. Inquiet, John rampa aussitôt pour le rejoindre, et s'installa au-dessus de lui, caressant doucement son visage.
– Parle-moi, Sherlock. Tu peux tout me dire.
Le regard désabusé de son compagnon lui fit corriger son propos.
– Okay, pas tout à fait tout, vu que je ne suis pas en mesure de comprendre la moitié de ce que tu racontes quand tu parles de chimie, de musique, ou de déductions, mais hé, depuis le temps, je ne m'en sors pas si mal quand même !
– C'est vrai, reconnut Sherlock, souriant face à l'air victorieux de son John.
– Donc, dis-moi ?
– Tu vas partir, murmura Sherlock. Loin. Longtemps.
John réalisa que la discussion était plus grave que prévu. Il arrivait que Sherlock ait besoin d'être rassuré.
– Pas forcément plus longtemps que ces dernières fois, mon amour. Autant que faire se peut, on aura toujours les lettres, le téléphone. On est devenus bons pour ça.
Sherlock soupira doucement, fermant les yeux. John caressait toujours son visage, installé au-dessus de lui sur ses hanches.
– Mais tu vas partir dans un pays en guerre, et... j'ai peur.
– De quoi ?
– Que tu m'oublies.
John sourit. Si Sherlock avait eu peur qu'il meure, il n'avait pas de réponses rassurantes et crédibles à apporter. En revanche, la peur de l'oubli et de l'abandon était nettement plus facile à combler.
– Impossible. Je t'aime depuis que tu es né, je ne pourrai jamais t'oublier.
– Oui mais...
John fronça les sourcils. Ce n'était vraiment pas le genre de Sherlock de douter ainsi. Pas après tout ce qu'ils avaient vécu.
– Sherlock, parle-moi mon amour. Explique-moi.
Il descendit des hanches de son amant, s'installant à côté de lui sur le flanc, tandis que Sherlock roulait sur le côté pour lui faire face. John mêla leurs jambes nues, prit les mains de Sherlock dans les siennes, et attendit.
– Tu seras loin. Tu n'auras pas de permission aussi souvent. Tu vivras dans l'adrénaline du moment. Tu devras beaucoup travailler. Et tu ne seras qu'avec des autres hommes.
– C'est ça qui t'inquiète ? Que je te trompe avec mes camarades ? Sherlock, je n'aime pas les hommes. Juste toi.
– Non, je ne suis pas inquiet que tu me trompes. Je... je suis inquiet des autres. Qu'ils te regardent. Qu'ils te déshabillent du regard. Qu'ils s'imaginent des choses. Qu'ils essayent de t'avoir.
John allait répondre que c'était parfaitement impossible. Il évitait (ce que Sherlock savait parfaitement) de mentionner que la personne à qui il téléphonait et écrivait autant était un homme. Certains le savaient, mais la plupart de ses camarades croyaient à tort qu'il s'agissait d'une fille, et John ne faisait rien pour les détromper. C'était plus simple ainsi plutôt que devoir lutter contre les critiques, les moqueries, les insultes sous couverts de virilité, et les « tapettes » lancés au détour d'une conversation. Dans ces conditions, il doutait de se faire draguer par un autre homme sur sa future base.
Mais Sherlock n'avait pas fini, et il avait arraché sa main de celles de John pour aller farfouiller à l'aveuglette sur la table de nuit, et John attendit patiemment.
Sa surprise fut absolument totale quand son compagnon lui colla une petite boîte carrée de bijouterie dans les mains, beaucoup trop petite pour être une montre. Il n'osa pas l'ouvrir, éberlué, tandis que Sherlock le fixait.
– C'est une question ? finit par murmurer John, trop ému pour parler plus fort.
– Non, pas vraiment. Ce n'est pas légal, ici. Un jour, peut-être. Mycroft y travaille. Je ne sais pas si je le voudrai, on verra bien. C'est juste... un symbole ? Une preuve de notre attachement mutuel ? Je voudrais que tu la portes, mais tu n'es pas obligé, je ne demande rien, je veux juste... que tu aies quelque chose de moi. Pas juste les lettres.
Il savait que John, tout comme lui, avait un carton (de plus en plus important) de toutes ses lettres et leurs souvenirs.
– Quelque chose toujours sur toi. À porter. Et moi aussi du coup. De toujours avoir quelque chose qui me relie à toi.
Il balbutiait, parlait trop vite, angoissé. Il pouvait bien affirmer le contraire, c'était une sorte de demande en mariage, une preuve d'engagement. John songea que Sherlock était toujours le visionnaire d'eux deux, le plus intelligent. Il avait envisagé de donner ses plaques militaires à Sherlock, pour qu'il puisse les porter autour de son cou, et garder quelque chose de lui en Angleterre.
Sherlock avait eu la même idée, mais était allé beaucoup plus loin, et était entré dans une bijouterie pour lui acheter une bague. Pour leur acheter des bagues.
John ouvrit l'écrin. Deux anneaux d'argent et de platine, simple et discrets. Rien d'ostentatoire, rien de fou, et rien qui ne pourrait indiquer que l'autre propriétaire était un homme.
– Oui, murmura-t-il en passant une alliance à son doigt.
Sherlock sentit son cœur arrêter de battre.
– Oui, répéta John en passant le deuxième anneau à l'annulaire de Sherlock.
John l'embrassa du bout des lèvres, avec amour.
– Oui à toutes les significations de ces bagues.
Reviews si le coeur vous en dit ? :) Prochain chapitre - octobre 2004
