-STAY-

Oh the reason I hold on

Chapitre 9

Bella

- Ton poisson est aussi bon que le mien ?

- Divin, répondis-je en repoussant la chair blanche du bout de ma fourchette.

Pendant un instant, je reste silencieuse, perdue dans mes pensées qui me torturent. Je n'arrive pas à me détendre, et, bien que Jacob soit parfait depuis qu'il est arrivé, je ne peux cesser d'être nerveuse. Je jette un regard sur la Tamise, en contre bas, qui brille aux lumières de la ville autour de nous. Londres est superbe ce soir, j'ai presque la sensation de la découvrir pour la première fois alors que je suis née ici.

- Tout va bien ? demande Jacob face à moi après un moment.

Mes yeux retrouvent son regard noir où quelque chose de tendre brille. Je frissonne malgré moi et resserre les pans de mon gilet contre ma poitrine.

- Tu avais l'air… ailleurs… ajoute-t-il dans un léger sourire.

- Je me disais que la vue est…

- C'est pas mal, oui, approuve-t-il en dirigeant son regard vers l'extérieur. Tu verras celle que j'ai de mon bureau à New York… c'est incroyable. Time square et le monde sous mes pieds.

Je tente de sourire, mais mon ventre me brule.

- J'imagine oui, murmuré-je en baissant les yeux.

- As-tu réfléchis à ce dont on a parlé la dernière fois que je suis rentré ?

Mon regard, perdu dans mon assiette -à laquelle j'ai à peine touché- retrouve son visage. Jacob est beau. Les yeux noirs, le teint mat, un superbe sourire… son charme m'a séduite rapidement. Il dégage quelque chose de particulier, ça, c'est certain. Je repousse les sensations que cela me procure alors qu'il attends que je lui répondre.

- Je… pas vraiment.

Je pique dans un bout de brocolis pour tenter de garder la tête froide et les idées claires.

- Tu devais y penser, fait-il remarquer, son sourire se figeant légèrement.

Je porte le légume à ma bouche et mâche lentement, espérant trouver là de quoi lui dire.

- J'ai pas mal bossé ces quinze derniers jours.

La déception flotte dans ses yeux, comprimant ma poitrine.

- Bella…

Mon sang se fige un peu, sentant l'angoisse me serrer la gorge. L'espace d'une seconde, je tente de trouver un échappatoire. Je ne fais que repousser l'échéance, je le sais parfaitement. Je sais parfaitement aussi que je ne veux pas le décevoir, ou faire qu'une nouvelle dispute éclate à cause de ça.

- Je… je te donne ma réponse avant que tu repartes, d'accord ? abdiqué-je, espérant étouffer un nouveau conflit.

- Ca ne te fait plus que 48h, approuve-t-il, retrouvant son sourire.

Le mien s'étire sur mes lèvres, puis retombe dès qu'il baisse les yeux sur son plat qu'il a presque fini. Je grignote ma nourriture, sans réussir à retrouver mon appétit.

- Tu pourrais au moins essayer de te forcer, finis par dire Jacob après m'avoir observé plusieurs minutes. Ce diner va me couter une fortune.

Je serre les dents, en proie à un malaise tant sa réflexion est blessante et diminuante.

- Je… le foie gras m'a calé, mentis-je en n'osant le regarder.

Il y a un silence, puis il soupire. Sa main attrape la mienne sur la table, me faisant sursauter. Sa peau est chaude. J'ai l'impression, à coté du contact de ses doigts, que la mienne est glacée. Son contact m'apaise. J'ai l'impression que brutalement, mes tortures mentales se calment. Après une seconde à inspirer, je retrouve son visage serein en tentant d'ignorer la chamade de mon cœur.

- Je sais que mon absence est… difficile, pour toi, murmure-t-il doucement après m'avoir longuement dévisagé. Je le sens… tu es… tu n'as pas l'air très heureuse. Je veux juste être certaine que tu ne m'en veuille pas…

- Ca n'est pas le cas, Jake, pas du tout, assuré-je, touchée par ses mots. Je ne t'en veux pas, tout ça était programmé depuis des mois…

Tout, sauf Edward.

Ma propre pensée me fige et mon estomac se retourne douloureusement.

Je me sens pâlir. D'un coup, j'ai l'impression que je vais vomir.

- Tu m'excuses ? demandé-je au moment où il ouvre la bouche pour me répondre.

Ses sourcils se froncent mais il me relâche alors que je me lève de ma chaise, tentant de calmer les tremblements de mes mains devenues brutalement moites.

- Je dois aller aux toilettes.

Il acquiesce, malgré une once d'inquiétude dans les yeux. Je serre les dents en traversant la salle bondée pour regagner les toilettes du hall. Mes jambes trembles, et j'ai littéralement la sensation que mon estomac vient de remonter dans ma gorge.

Devant le miroir des toilettes, je m'appui sur l'évier en marbre, luttant contre mes larmes alors que mon reflet me renvoie l'image d'une pauvre fille pleine de peurs et de colère.

Voilà des semaines que je cache tout, absolument tout, et j'ai la sensation, ce soir, que mes mensonges vont m'engloutir.

Est-ce ça, l'enfer ?

Je suis plus calme quand je regagne la table où Jacob m'attends, le téléphone fixé à l'oreille.

Je m'assoie en silence, attrape mon verre pour boire une gorgée de vin. Par je ne sais quel miracle, j'ai réussi à me calmer et à faire cesser le tremblement de mes mains en inspirant lentement pendant plusieurs minutes. Jacob face à moi, toujours au téléphone, discute factures, bourses et contrats juteux pendant plusieurs minutes, ce qui me laisse le temps de me reprendre totalement. Ma place est ici, maintenant, avec l'homme superbe en face de moi.

- C'était Riley, m'informe Jacob quand il raccroche.

Je hoche la tête en finissant mon verre de vin. Ses yeux noirs transpercent les miens.

- Tu sais, c'est le mari à Victoria, la directrice dont je t'ai parlé.

Je tente de rester de marbre mais mon cœur s'accélère malgré moi.

- Je me souviens, oui.

Le sourire de Jacob s'agrandit.

- Ils en ont parlé, explique-t-il avec enthousiasme, un poste est bien libre pour septembre.

Ma respiration se bloque dans ma gorge. Bon sang, pourquoi suis-je incapable d'affronter ça ?

- A moins que tu n'en aies pas envie, reprend Jacob devant mon silence, son visage perdant petit à petit sa joie.

- Si… je… si. C'est juste…

- On en a déjà parlé, me coupe-t-il en se crispant légèrement.

- Je me souviens, oui.

Ma réplique presque acerbe le fait baisser brutalement les yeux, honteux.

Tout me revient brutalement, rendant ma respiration lourde alors que ma poitrine se serre. Notre dispute, la fureur de Jacob face à mon besoin de réflexion, ses mots, ses gestes, mes bleus… Je frissonne, repoussant la peur qui grignote mon estomac.

- Je ne veux pas t'imposer quoi que ce soit, finit-il par dire en retrouvant mon regard. Tu sais que je ne veux pas vivre sans toi.

- Je sais, murmuré-je.

La tendresse dans ses yeux me bouleverse soudain alors que ses doigts retrouvent les miens. Il est amoureux de moi. Je le sais, je le sens. Je sais aussi que je tiens à lui, même si il n'est pas parfait, et même si je fais tout le contraire de ce que je voudrais faire pour être quelqu'un de bien pour lui.

Je me suis attachée à lui à force d'attention, de mots d'amour et de pensées.

Pourtant, ce soir, j'ai la sensation que tout est différent.

- Tu veux un dessert ?

- Je…

- Ou on rentre ?

Un léger sourire étire ses lèvres. J'inspire lentement, ayant peur de laisser paraitre la nervosité que je ressens au fond de moi.

- Comme tu veux.

- L'addition ! ordonne-t-il au serveur qui se tient raide comme un piquet un peu plus loin.

L'homme acquiesce vigoureusement en disparaissant.

Dans le taxi qui nous ramène à l'appartement, je reste silencieuse. Ma nervosité atteint des sommets alors que Jacob à mes cotés est de nouveau au téléphone, programmant sa semaine à venir.

J'empêche par tous les moyens mes pensées de se diriger vers Edward. Je sais, par Alice, qu'il est partit chez leurs parents pour le Week-end. Je ne peux m'empêcher de me dire que, peut-être, cela est lié à Jacob et son retour. J'espère que non. J'espère avoir tord, j'espère qu'Edward n'est pas partit simplement pour éviter Jacob. Sans que je n'arrive bien à me raisonner et à comprendre pleinement pourquoi, à la pensée d'Edward, mon cœur s'apaise légèrement.

- On est arrivé, m'indique Jacob, me faisant sursauter.

Quand on regagne l'appartement, ma nervosité remonte en flèche. Je me déchausse, enlève ma veste et me dirige vers la salle de bain avant que Jacob n'ait le temps de me parler.

Devant le miroir, j'ai du mal à me regarder en face.

Quand je suis avec Edward, je suis pratiquement convaincue de ne pas être un monstre… D'être juste quelqu'un qui suit son instinct. Mais quand je me retrouve avec l'homme qui est censé partager ma vie, je n'arrive même plus à me regarder dans la glace sans me dégouter. Qui suis-je devenue ? Comment puis-je faire comme si tout allait bien alors que j'ai la sensation que je vais tourner de l'œil chaque fois que Jacob me touche ? Je veux être capable d'être la femme qu'il attends de moi.

- Tout va bien ? demande Jacob derrière la porte fermée de la salle de bain, me faisant sursauter plus que jamais.

- Oui je, je me change.

Lorsque je suis de retour dans la chambre, en pyjama, Jacob, assis sur le lit relève les yeux vers moi.

Il est beau. Et, même s'il semble déçue de me découvrir dans cette tenue et non plus dans ma robe, son regard est tendre.

- Tu aurais pu rester habillé, murmure-t-il en se redressant.

Je me sens déglutir.

- Je… j'étais trop à l'étroit, mentis-je en haussant les épaules.

Il m'approche doucement, presque prudemment.

- Tu es fatiguée ?

- Un peu.

Il hoche la tête puis, lentement, se penche vers moi pour m'embrasser.

Je le regarde faire en me raidissant totalement. Mon cœur s'accélère jusqu'à sursauter quand sa bouche se pose sur la mienne. J'inspire profondément son odeur quand il se recule, espérant me détendre. La culpabilité noue mon estomac une nouvelle fois, me renvoyant l'image du monstre en moi qui éclate de rire, heureux de me voir peiner à ce point.

- Je vais prendre ma douche. Ne t'endors pas.

Il disparait dans la salle de bain à son tour, alors que j'ai du mal à respirer. Quand j'entends l'eau couler, je me couche et tente de me raisonner. J'ai fait l'amour des centaines de fois avec Jacob, et ça a toujours été bien. Parfois même plus que bien. Je n'ose même pas imaginer comparer les étreintes que je vis avec Edward, je ne saurai probablement plus quoi faire si je le faisais… m'enfuir à l'autre bout de la planète, probablement.

Pendant dix minutes, j'inspire profondément, repensant à toutes les choses qui m'ont faite tombée sous le charme de Jacob avant qu'il ne revienne dans la chambre, vêtu d'un simple boxer noir. Il est beau, vraiment beau, malgré mon cerveau détraqué et mon comportement des plus horribles.

Lorsqu'il se couche à mon coté, une partie de moi pense que j'aurai peut-être dû essayer de m'endormir. La lumière s'éteint dans un cliquetis, et, dans le noir, mon cœur s'accélère tout seul. L'appréhension mêlé à la peur prennent place dans mon corps, me faisant trembler quand la main de Jacob se pose sur ma hanche.

Quand, sans un mot, il se penche vers moi pour m'embrasser, mon cœur s'arrête de battre. Je repousse plus loin mes souvenirs, mes appréhensions et oblige mon cerveau à savourer la caresse de la bouche de Jacob contre la mienne.

Il a toujours été tendre avec moi. Prévenant. Doux et respectueux.

Je suis bien avec lui.

Je n'ai aucune, aucune raison de m'enfuir.

Nos souffles s'accélèrent quand il me rapproche de lui, me collant contre son corps musclé.

Il me veux. Il me veux suffisamment pour vouloir vivre avec moi. Cela est la meilleure raison qu'il y ait pour que je me laisse aller entre ses bras. Sa douceur me rassure alors que ses mains m'effleurent, allumant doucement mon corps fatigué et angoissé. Une partie de moi sent que tout ça n'est juste… pas assez, mais pour ce soir, je veux rester contre son imposante carrure.

Mes pensées et mes envies se mêlent, m'empêchant de rester totalement de marbre. Je me sens sourire légèrement contre sa bouche, rassurée, quand mon corps ondule presque seul contre le sien.

Tout n'est pas perdu.

Il me déshabille lentement, prenant le temps d'embrasser ma peau avec tendresse. J'ai toujours aimé ça, chez lui. Je cesse de réfléchir, repoussant tout autour de moi quand son corps nu retrouve le mien. L'étincelle de désir est là, elle brille doucement, mais surement au creux de moi alors qu'il se rallonge sur moi, m'écrasant légèrement sous le poids de son corps, mais peu importe.

Je le désir encore. Cette constatation me fait soupirer de satisfaction.

Jacob me fait l'amour lentement, prenant le temps d'aimer mon corps malgré tout ce qui nous sépare.

Malheureusement pour moi, et alors qu'il glisse en moi dans le rythme qu'il aime, l'étincelle ne s'enflamme pas. Je lève les hanches, l'embrasse plus profondément pour tenter de prendre feu, mais rien ne vient. Rien.

Quand il se crispe au dessus de moi, je ferme les yeux et essaye de me laisser aller à ce que je ressens… mais je réalise douloureusement que mon problème est là : je ne ressens presque rien. Rien de plus que cette petite étincelle qui s'éteint en même temps que Jacob grogne entre ses dents, laissant son plaisir exploser.

Je me pince les lèvres quand il retombe contre moi, cessant de bouger.

Pendant un court moment, il reprends sa respiration avant de se rallonger à mon coté, enroulant ses bras musclés autour de moi. Je refuse totalement de réfléchir pendant plusieurs minutes, sentant les larmes bruler mes yeux alors que ma culpabilité revient en flèche. Je pourrais m'en tordre de douleur.

- Tu es parfaite, murmure-t-il avant d'embrasser mon front.

Je me contente de forcer sur mon sourire qui s'échoue dans le noir de la pièce, et d'inspirer lentement pour essayer de me calmer. J'ai la sensation que mon corps va exploser face au désarroi que je ressens alors que mes pensées s'affolent.

Tout le temps qu'il me faisait l'amour, j'ai espéré ressentir autre chose.


Le lundi, alors que je descends la poubelle en bas de l'escalier, je me fige en apercevant la voiture d'Edward arriver dans la rue. Je fronce les sourcils en la voyant ralentir jusqu'à tourner vers le parking du bar. J'ignore s'il m'a remarqué ou me voit, mais, si c'est le cas, il ne fait rien pour me le montrer.

Il est de retour ? Déjà ?

Sans que je ne le veuille, mon cœur s'accélère lorsqu'il se gare à sa place habituelle, à coté de ma Chevrolet. Brutalement, et alors que sa portière s'ouvre lentement, la panique m'envahit sans prévenir. Je remonte les marches rapidement et m'enferme dans l'appartement. Jacob, devant la télé, relève les yeux vers moi face au fracas que je produis.

- Ca va ? demande-t-il en reportant son attention sur l'écran.

- Oui oui. J'ai… hum, j'ai descendu la poubelle.

- Bien.

Le silence qui suit me rassure presque. Il à l'air tellement absorber par son film qu'il ne me voit pas me diriger vers la fenêtre doucement, prenant l'excuse de vérifier si le linge de Jacob est sec pour pouvoir regarder dehors. Mon ventre se noue en voyant Edward ouvrir le portail de chez lui. Son sac de voyage à la main, ses lunettes de soleil sur les yeux, il n'accorde pas un regard au bâtiment dans lequel je me trouve, ce qui me frustre et me rassure d'un même ensemble.

Je veux qu'il me regarde, et, à la fois, si il le fait, je crois que je vais tomber.

Jacob part demain matin, et, même si ce Week-end s'est bien passé jusqu'à présent -hormis le monstre en moi qui me torture- je sais que je suis dans une impasse. Il va falloir que je fasse un choix, rapidement, très, trop rapidement.

- J'ai réservé au Smith's pour ce soir, m'informe Jacob après plusieurs minutes où je reste figée devant la fenêtre.

Edward à disparut depuis longtemps, mais je n'arrive pas à me détacher de la trace que son passage à laissé.

- D'accord, répondis-je, distraite.

- Pas de grognement ? De soupire ?

Je dirige mon attention sur l'homme dans mon canapé qui ne m'accorde pas un regard. Sa large nuque et ses cheveux coupés très courts m'accueillent.

- De...

- Tu râles toujours quand je t'emmène diner dans ce genre de restaurant.

- Je… je veux te faire plaisir. Tu pars demain.

Et, sans l'avouer, je crois que j'aimerais aussi me faire pardonner pour la petite amie atroce et infidèle que je suis. Son profile sourit légèrement alors qu'il pianote sur son téléphone rapidement.

- On pourrait aller à l'opéra, après.

- Si tu veux.

- A moins que tu veuilles que l'on rentre tôt.

- C'est toi qui te lève aux aurores.

Il soupire, puis verrouille son téléphone qu'il balance plus loin.

- Une autre fois, j'ai envie de profiter de toi avant de partir.

Mon cerveau perturbé se bloque sur sa dernière phrase alors que mon cœur s'affole, laissant l'angoisse se glisser en moi.

- On pourrait aller boire un verre, sinon ? proposé-je en m'approchant du canapé.

Jacob relève les yeux vers moi, un sourire moqueur sur les lèvres.

- J't'en prie Bella…

- Quoi ? demandé-je en me raidissant légèrement.

- C'était sympa une fois, mais on va pas se mettre à fréquenter ce genre d'endroit…

Je me fige, outrée qu'il tienne des propos pareils. Il reporte son attention sur l'écran, me laissant silencieuse pendant une minute alors que mon cerveau fouille mes souvenirs. Il avait pourtant l'air d'apprécier la compagnie du groupe la dernière fois. Il m'a même dit qu'Emmett était vraiment sympa en quittant la soirée !

- Je… tu as dit...

- C'était pour te faire plaisir. Franchement, tu as cru que je m'étais réellement amusé avec eux ?

Soufflée, je mets quelques secondes à répondre alors qu'un rire moqueur le secoue.

- Ils sont… on est vraiment pas du même monde. Ils sont sympa hein, mais je ne comprends pas qu'on puisse se contenter de… ça.

J'ai envie de rire tant je suis abasourdie qu'il tienne des propos aussi irréalistes. L'arrogance dont il fait preuve me déçois et me blesse. Ils sont mes amis, surtout et avant tout. Je ne comprends même pas qu'il dise des choses d'une telle méchanceté.

- Ils s'en sortent très bien. Leur bar est un de ceux qui marche le mieux ici, les défendis-je.

- Tant mieux pour eux, mais, t'attarde pas à les fréquenter, tu ne seras bientôt plus là.

Mon cœur s'arrête dans ma poitrine.

- Je… je n'ai encore pas donné ma réponse.

Même si cela est presque invisible, je le vois se raidir. Je ne peux cependant pas regretter ce que je viens de lui dire. Pour lui, tout est toujours tellement facile, tellement évident ! Jamais il n'a eu à se poser la moindre question concernant notre relation.

- Tu n'as pas encore pris de décision ? demande-t-il d'une voix plate.

Je déglutis en le voyant se redresser.

- Tu sais que je pars demain aux aurores, reprend-t-il face à mon silence.

- Je sais.

Il se tourne légèrement vers moi alors que son visage se ferme. J'inspire doucement, espérant désamorcer le conflit avant qu'il ne commence réellement.

- Je ne comprends même pas ce qui te fais douter.

- Jake…

- C'est vrai, je te propose de venir vivre dans la ville la plus incroyable du monde, d'avoir de nouvelles ambitions, de nouvelles...

- Tu peux comprendre que tout quitter n'est pas facile, me défendis-je.

Il fronce les sourcils.

- Je le ferais sans hésiter pour toi.

La culpabilité ronge brusquement mon cœur devant la sincérité de ses traits. Il est surement l'être le plus imbus que je connaisse, mais Jacob est quelqu'un de sincère.

- Je peux comprendre que cette nouvelle vie te fait peur, soupire-t-il après quelques secondes où je ne sais pas quoi lui répondre. Mais tu auras tout ce que tu veux, un nouveau train de vie, un poste génial dans une école de prestige, un appartement avec vue sur Central Park. J'ai déjà des locataires pour la maison de Londres, on pourra être ensemble tous les soirs...

- Je… quoi ? le coupé-je, le cœur battant.

- Quoi ? répète-t-il en fronçant les sourcils alors que je me sens blanchir.

- Tu… qu'as-tu dis ?

- J'ai déjà des locataires pour Londres ? On sera ensemble tous les soirs ?

- Tu as acheter un appartement ?

Il se fige, l'hésitation peignant son visage quelques secondes. J'me fou de la maison d'ici, bien que ça devrait surement m'inquiéter, me toucher plus que ça. Ca n'est pas le cas. J'm'en fou totalement. J'n'ai même pas envie d'y remettre les pieds tellement je me sens bien dans mon petit appartement. Jacob est visiblement perdu, troublé par ma réaction. Je dois être désormais livide, voir transparente.

- Jacob ? insisté-je avec la sensation que je vais tomber.

- Je l'ai fait pour nous.

Mes jambes tremblent tellement que je dois m'asseoir sur une chaise de la salle à manger pour ne pas tomber. Il à acheter un appartement, il a...

- Tu n'es pas contente ? demande-t-il le plus sérieusement du monde.

Mon calme disparait en une seconde alors qu'il se relève du canapé pour venir vers moi.

- Tu rigoles j'espère ? Je t'ai dit que je voulais réfléchir Jacob ! Et toi tu… tu achètes un appartement à New-York ? Pour nous deux ?

- Bella… menace-t-il alors que je me relève, n'arrivant plus à rester en place.

- Tu te fous de moi ? Je t'ai dis qu'il me fallait du temps Jacob !

- Mais pourquoi ? s'emporte-t-il si vivement que sa voix se brise. A quoi as-tu tant besoin de réfléchir ? Je te demande de venir vivre avec moi à New York, ça devrait couler de sources !

Sa voix s'étrangle à mesure que sa colère crève le plafond. Mon cœur s'arrête de battre quand il s'approche de moi, furieux.

- Qu'as tu besoin de prouver ? Que tu peux t'assumer sans moi ? Que tu peux vivre comme ces gens juste en bas ?

- Jacob…

- Toi et moi chérie, on est pas du même monde ! Tu ne comprends donc pas ? Tu ne t'en sortirais même pas seule avec ton minable salaire !

- Je t'interdis…

- Quoi ? s'époumone-t-il en attrapant mon bras pour me ramener contre lui d'un geste si vif que mes jambes se dérobe sous mon poids.

- Jacob… tu me fais mal…

- Tu m'appartiens ! s'écrit-il, en furie. Tu ne pourras pas vivre sans moi !

Sa main serre tellement mon avant bras que j'ai la sensation que mon sang l'a déserté. La panique s'insinue sous ma peau alors qu'il ne décolère pas, s'écriant des mots intelligibles que je n'arrive plus à comprendre. La douleur de mon bras remonte le long de mon coude jusqu'à mon épaule alors que je sens mes larmes débordées sans que je n'arrive à le contrôler.

- Arrêtes, Jacob s'il te plait… tu me fais peur…

Il se fige, se tait d'un seul coup, puis me regarde, les yeux exorbités.

Avant que je ne puisse faire ou dire quoi que ce soit, il me relâche et part à grandes enjambées jusqu'à la porte d'entrée.

Incapable de bouger, je le regarde disparaitre sans plus réussir à respirer. Lorsqu'il à quitté mon champ de vision, je me laisse glisser le long du canapé jusqu'à m'asseoir par terre, la respiration rapide et hachurée de tout le poids des sanglots qui m'oppressent la poitrine et m'empêchent de respirer.


Je me réveille en sursaut en entendant du bruit dans l'appartement. En ouvrant difficilement les yeux, je me rends compte que je suis toujours dans la même position dans laquelle je me suis couchée : en chien de fusil.

J'entends des placards s'ouvrirent alors que je me redresse dans le lit, le corps engourdis par mon sommeil coupé trop tôt. Il me faut quelques secondes pour me souvenirs de notre dispute, de la façon dont il m'a hurlé dessus et de ses gestes… presque instinctivement, mes doigts frottent mon poignet encore douloureux.

Brutalement, j'ai du mal à respirer.

Je me force à sortir du lit et à regagner la cuisine sur la pointe des pieds. Jacob, de dos, tangue légèrement. Je fronce les sourcils alors qu'il peine à se servir un verre d'eau.

- Putain, l'entendis-je dire quand il fait tomber de l'eau à coté de son verre pour la deuxième fois.

- Jacob ? demandé-je doucement.

Il se fige, puis, se tourne vers moi.

Son visage s'éclaire brutalement alors qu'il me découvre dans la pièce. A son expression, je vois qu'il n'est pas dans son état normal. Lorsqu'il s'approche, mon corps se raidis tout seul. J'ai presque du mal à respirer face à la peur qui me brasse sans ménagement. Pourtant, ses traits sont tendres presque… inoncents.

- J'suis un con, lâche-t-il en se stoppant à un pas de moi.

- Jacob…

- J'aurai jamais du te parler comme ça, me coupe-t-il en balayant l'air entre nous.

Il empeste l'alcool, ce qui me rassure presque.

- Tu es saoul.

- Pas qu'un peu, avoue-t-il en fermant légèrement les yeux.

Son corps tangue, me faisant froncer les sourcils, soucieuse qu'il tombe.

- J'veux pas être un con, reprend-t-il quand je retrouve son regard vitreux. J'veux vivre avec toi et…

- On va aller dormir Jake, on en reparlera demain.

- Non non non, balaye-t-il d'un geste de main maladroit. Je… je vais te laisser le temps que tu veux…

Il laisse passer un silence en fronçant les sourcils.

- Bon… pas trop, trop longtemps non plus, mais… si tu veux attendre un peu pour me rejoindre, je suis près à t'attendre, déclare-t-il d'un ton très solennel en levant un doigt devant son visage.

A nouveau, il tangue. Je le tire par la main, l'empêchant de tomber de justesse. Il s'appui contre moi de tout son poids en me prenant contre lui pour m'éteindre. Je serre les dents, mi-agacée, mi-amusée par son comportement. Depuis quand se saoul-t-il ?

Après un parcours compliqué jusqu'à la chambre, je l'aide à s'asseoir sur le lit. Il s'y affale totalement, manquant de m'emporter avec lui. Je suis agacée à présent. Je ne supporte que très mal les gens saouls et au vu de notre dispute avant qu'il disparaisse pendant des heures sans jamais répondre à mes appels, je n'arrive pas à me détendre.

- T'es tellement jolie, déclare-t-il en me regardant lui enlever ses chaussures. Je… Bella je crois que je veux me marier avec toi.

Mon cœur s'arrête dans ma poitrine. Même si il est saoul, même si il doit tout exagérer ce qu'il pense, je sais, qu'au fond, il en a envie. Il m'en a déjà parlé, une ou deux fois. Cette perspective devrait probablement rendre heureuse, euphorique. Mais ça n'est pas le cas. Cela créer juste une dose de panique douloureuse et irrespirable.

- Moi je crois que tu as trop bu Jacob, répondis-je après avoir soupirer. On en reparlera plus tard.

- D'accord, on en reparle demain.

Je me mords la langue, me maudissant en espérant qu'il aura oublié tout ça d'ici à demain. A la suite de plusieurs minutes où je lutte et l'aide pour le déshabiller, je finis par réussir ma mission et me recoucher auprès de lui.

Cependant, quand j'éteins ma lampe de chevet, je reste de longues minutes les yeux ouverts dans le noir. Je suis crispée, totalement crispée. Je n'arrête pas de revoir son visage en colère, furieux, avant qu'il ne quitte l'appartement quelques heures plus tôt.

- J'ai trop… putain, j'ai trop bu, baragouine-t-il dans le noir.

Je soupire en me tournant sur le coté, espérant qu'il va finir par s'endormir.

Je le sens bouger à plusieurs reprises, puis il finit par venir se coller à moi, me prenant contre lui alors que je tente de continuer à respirer calmement.

- J'suis un con, répète-t-il contre moi, son souffle alcoolisé me faisant frissonner.

- Tu l'es, oui, avoué-je sans m'en cacher.

Lui dire de la sorte me soulage à moitié.

- Mais c'est toi… Tu me rends fou...

Il se tait, inspire ma peau.

- Je t'aime et j'ai tellement peur de te perdre.

Mes paupières se ferment alors que les larmes perlent à mes yeux. Je me déteste. Je déteste ce que je suis en train de devenir, ce que nous sommes en train de devenir ! Comment puis-je me sortir de tout ça ? Retrouver ce que je ressentais, avant, dans ses bras ?

- Je t'aime aussi Jacob… mais… ce soir...

- J'suis un con, répète-t-il d'une voix enrouée. Je veux te rendre heureuse.

- Alors sois gentil avec moi.

Je le sens hocher la tête dans mon cou avant qu'il embrasse ma peau, me serrant plus fort contre lui.

- Je… je ne sais pas ce que je serais capable de faire si je te perdais, murmure-t-il avec une profondeur dans la voix qui fait se glacer mon sang. Je deviendrais probablement fou.

La peur s'empare de moi brutalement, me faisant respirer plus vite entre ses bras. Il n'a pas idée de l'impact de ses mots cette nuit. Cela me conforte encore plus dans le fait de me retrouver face à un problème bien trop important pour moi.

- Je veux te rendre heureuse, répète-t-il encore, perdu dans son discours décousu et pourtant plein de sens.

- Dors Jake, réussi-je à dire au bout de plusieurs longues secondes où je me bats contre moi même pour ne pas paniquer littéralement. On en parle plus tard.

Il soupire comme un gamin capricieux avant de me répéter qu'il m'aime. Je ne réponds pas, trop absorbée par mes pensées et mes peurs alors qu'il soupire dans mon cou avant de ne plus bouger.

Pendant longtemps, je reste dans ses bras, refoulant tout ce que ses mots provoquent en moi.

J'ai peur de lui. J'ai peur de sa force, j'ai peur de sa colère. J'ai peur de ne pas réussir à tout gérer, et, ma vie avec lui, et celle que j'ai ici. J'ai peur de ses mots… Serait-il capable de me faire vraiment du mal, si jamais je le quittais, un jour ? Au fond de moi, je sais que oui. Je le sens, et je refoule ce sentiment quand je me rends compte que je suis en proie à une crise de panique.

Alors que son souffle endormi et régulier berce la chambre, je sens l'étaux d'un piège atroce se refermer sur moi.

J'ai peur de devoir faire ce choix qu'il m'a demandé de faire il y a quinze jours déjà. J'ai peur de ne pas avoir, finalement, tant le choix que ça… il a acheter un appartement… pour nous deux, là bas à New York. Je vais devoir aller avec lui à New York. Je vais devoir par d'ici, quitter ma petite école du quartier d'à coté où Alice et moi travaillions. Je vais devoir quitter Londres, cette ville dans laquelle je suis née, et où j'ai grandis. Je vais devoir quitter mes parents, mes amis, Alice, Emmett, Rosalie.

Mon cœur se serre. Ma gorge devient douloureuse tant je m'applique à ne pas laisser mes larmes couler.

Je vais devoir quitter Edward.


Helloooo ! On est pas jeudi mais c'est presque comme si non ?

Mes publications ne sont absolument pas régulières sur cette romance, c'est une cata :') (ne m'en veuillez pas)

J'vous annonce, en avant première, que j'ai commencé à écrire une nouvelle romance qui me trottait dans la tête depuis un moment ! Je ne sais pas très bien quand je la publierai ici mais je voulais vous prévenir… cela aura un rapport avec Noël et un Edward portant une cravate (oui, oui) J'espère que cette petite indication vous ouvre l'appétit (si j'ose dire) !

Merci pour vos mots et votre soutien pour cette histoire.

J'espère que vous l'aimerez autant jusqu'au bout.

J'ai une question concernant Stay : d'après vous… que va décider Bella ? Comment notre Edward national va-t-il réagir ?

Vous savez ce qu'il vous reste à faire pour lire la suite au plus vite ! (si j'ai plein de reviews je publierai peut-être plus tôt, allez savoir!)

J'vous embrasse,

Tied.