Bonsoir,

De retour avec un nouveau chapitre qui a fini par sortir péniblement. J'ai été très occupée ces derniers temps par toute sorte de choses dont un projet d'histoire originale. Mais pas seulement puisque j'ai commencé à écrire une nouvelle histoire sur le fandom Harry Potter que j'avais annoncée lors de la publication de l'épilogue de "Que reste-t-il des jours heureux?".
Tout ceci a donc fait que "Résurrection" a été retardée, mais je ne l'abandonnerai pas. Encore deux chapitres normalement et je pourrai la clore.

N'hésitez pas à donner des retours sur l'histoire, ça m'aide beaucoup.
Désolée pour les fautes qui persistent s'il y en a.

Bonne lecture !


Le Ministère s'était mis d'accord avec Sainte-Mangouste pour que les Aurors aient accès à la chambre de Drago afin de commencer les interrogatoires.

« Tu es presque comme neuf, lâcha Harry avec un sourire moqueur en passant la porte.

Il n'avait pas revu l'ancien Serpentard depuis la fois où il l'avait conduit ici et le changement physique était frappant.

– On va enfin pouvoir faire notre travail, ajouta l'Auror plus pour lui-même. Tu n'as pas appelé tes avocats ?

Encore ce ton moqueur qui commença à irriter Drago.

– Non, répondit-il simplement.

Si Potter voulait jouer au plus pénible, il n'allait certainement pas lui rendre la tâche facile.

– Tant pis pour toi, fit Harry en sortant son dossier.

Il tira la chaise qui se trouvait à portée de main et s'assit en repliant une jambe dont il fit reposer la cheville sur son autre genou. Il revint rapidement sur les droits de Drago et sur les termes approximatifs établis par sa lettre de reddition.

– Je veux maintenant savoir ce qu'il s'est passé pendant les trois mois et demi qui ont séparé la chute de Voldemort et ton apparition dans ce village moldu d'Écosse.

Drago serra les dents, mais se soumit à la question parce qu'il savait parfaitement qu'il n'était plus en mesure de parlementer depuis longtemps.

– Lorsqu'il est tombé, j'ai quitté l'allée des Embrumes et je suis allé au manoir, expliqua-t-il.

– Comment es-tu sorti du bunker alors que le transplanage était bloqué ? interrogea Harry.

Drago le regarda une seconde et un sourire vint se placer au coin de ses lèvres.

– Tu sais comment, répliqua-t-il narquoisement.

– Dis-le-moi.

– Tu vas le marquer dans le dossier ? demanda Drago.

Son regard était perçant et son visage impassible. Harry ne broncha pas une seconde.

– C'est Granger qui m'a lancé un sortilège de désillusion pour que je puisse partir sans être vu.

Bien sûr qu'Harry le savait, mais il voulait l'entendre de sa bouche. Et il ne le marquerait pas dans le dossier si Hermione ne le marquait pas dans sa déposition, mais cela, Malfoy n'avait pas à le savoir.

– Et après ? demanda le brun.

– J'ai récupéré quelques affaires et je suis parti. Je savais que je ne pourrai pas transplaner dès le moment où le nouveau Ministère filtrerait les déplacements magiques.

Harry semblait déjà attendre la suite et Drago se résigna totalement. Il lui raconta tout, dès le moment où il s'était installé dans une ancienne propriété de la famille en Écosse jusqu'à ce qu'il soit obligé de la quitter, sachant très bien que les Aurors finiraient par fouiller le lieu. Il s'était alors réfugié dans un village moldu où il se savait plus en sécurité. Il avait commencé à voler dans les maisons de quoi survivre, et puis il s'était fait surprendre. Son récit dura longtemps et Harry notait tout dans le moindre détail ce qui donnait l'impression à Drago qu'on lui demandait de se mettre à nu. Ce qu'il n'avait jamais fait de toute sa vie.

– Tes parents savaient-ils où tu étais ?

– Non, affirma Drago. Granger ne te l'a visiblement pas dit, mais le seul contact que j'ai eu avec ma mère était une lettre où elle me disait de quitter le pays.

– Arrête de parler d'Hermione comme si vous étiez proches, siffla Harry en serrant la mâchoire.

– Qu'est-ce que ça peut bien te faire si c'est le cas ? rétorqua Drago avec un air de défi dans le regard.

– C'est le cas ?

Le ton d'Harry était plus surpris qu'il n'avait voulu le laisser paraître et il se gifla mentalement. Le visage en face de lui se ferma et Drago adopta une attitude nonchalante avant de hausser les épaules.

– Tu lui demanderas, répondit-il, détaché.

– Revenons-en à nos histoires alors.

L'heure du repas approchait, mais Harry ne comptait pas partir avant d'avoir eu réponse à toutes ses questions.

– Que s'est-il passé ensuite ?

– Pourquoi est-ce que tu me demandes des choses que tu sais déjà ? s'impatienta Drago.

– Parce que je veux ta version ! Je fais mon travail et je ne vois pas pourquoi je devrais le négliger simplement parce qu'il s'agit d'Hermione.

– Ça t'énerve, pas vrai ? Qu'elle m'ait aidé.

Harry sentit la colère monter en flèche. Il avait envie d'exploser et de se jeter sur Malfoy pour arracher ce sourire moqueur de son visage. Mais il se retint.

– Je ne comprends pas pourquoi elle fait ça, répondit-il froidement. Tu ne mérites rien de plus que la prison. »

Un silence suivit et dura quelques instants. Puis Drago commença à raconter comment il avait entendu l'équipe d'Aurors fouiller les environs du village. Le moment où Hermione était entrée dans la ruine, celui où elle était ressortie. Sa perte de connaissance et son réveil dans son salon.

La porte de la chambre s'ouvrit sur Emma Stina et Hermione qui jeta un regard curieux et inquiet sur les deux hommes. Drago attrapa la fiole qu'on lui tendit et la but dans le silence religieux qui s'était réinstallé dans la pièce. Au bout d'un temps où la gêne et l'inconfort s'étaient peu à peu infiltrés entre les quatre sorciers, les deux médicomages s'en allèrent. Drago commença à manger et continua son récit de la semaine qu'il avait passée chez Hermione.

Harry continuait de noter ce qu'il entendait, mais il trouvait cela de plus en plus pénible à suivre. Il avait l'impression que l'ancien Serpentard prenait un plaisir sourd à décrire le quotidien qui s'était créé entre lui et Hermione. Qu'il se réjouissait de pouvoir l'atteindre par le biais de sa meilleure amie. Et c'était le cas.

Il ne quitta pas la chambre avant tard dans l'après-midi. Drago montra rapidement des signes de fatigue due aux interventions magiques qu'il subissait encore presque tous les jours, mais Harry ne lui accorda aucun répit. Il exigea que le blond lui explique son rôle dans l'organisation de Voldemort, ses actions pendant les années de guerre et qu'il spécifie tout ce qu'il savait sur les Mangemorts encore en liberté.

Drago n'avait certainement jamais autant parlé de toute sa vie que pendant cette journée et il se sentait vidé de toute son énergie. Harry s'était montré d'une ténacité sans faille et Drago se demandait même comment il faisait pour n'avoir l'air ni fatigué, ni affamé. Le travail d'Auror l'avait endurci, la guerre aussi. Comme tous.

« J'en ai fini pour aujourd'hui, annonça Harry en se levant. Tu seras de nouveau interrogé si nécessaire, par moi ou un autre Auror.

– Potter, appela Drago alors qu'il s'apprêtait à passer la porte.

Harry se retourna, attendant avec un regard dur.

– Non, laisse tomber, finit par marmonner le blond. »

L'Auror s'en alla et Drago se retrouva de nouveau seul. Et il n'eut pas beaucoup de temps pour pouvoir ruminer sa frustration de ne pas pouvoir voir Hermione puisqu'il s'endormit au bout de peu. Au même moment, loin de Londres, la jeune femme qui tourmentait ses rêves avançait péniblement dans une allée ombragée qui était moins sinistre que dans ses souvenirs.

Elle toqua et attendit. Puis un elfe à la voix aiguë ouvrit la porte et l'annonça dans le salon. Hermione entra, hésitante et mal-à-l'aise. Près du canapé, Narcissa Malfoy se tenait le dos droit et posa son regard impénétrable sur elle.

« Mademoiselle Granger, salua-t-elle d'une voix neutre. Approchez.

S'exécutant, la brune ne put s'empêcher de noter la luminosité de la pièce luxueuse. Si loin de ce qu'elle se rappelait de l'endroit. Elle s'assit là où Narcissa lui indiqua, n'osant même pas respirer trop fort.

– J'imagine que vous vous demandez ce que vous faites ici, reprit Narcissa. J'ai besoin que vous me parliez de mon fils.

– Que puis-je vous dire ?

Hermione ne se sentait vraiment pas bien. Le manoir l'oppressait, le regard de la femme en face d'elle l'accablait. Un elfe apporta un plateau de thé et Narcissa s'assit à son tour avec grâce et son visage s'adoucit soudainement.

– J'ai cru comprendre que vous entreteniez une relation sinon amicale, au moins cordiale avec lui, en plus d'être chargée de ses soins à Sainte-Mangouste. Il refuse de me parler pour ne pas m'inquiéter, mais j'ai besoin de savoir dans quelle direction le Ministère compte l'envoyer.

Hermione avala quelques gorgées de thé et inspira un peu d'air pour calmer son esprit.

– Je ne peux pas vous dire ce que prépare le Ministère car je l'ignore, répondit-elle alors. Mais je vous assure que vous n'avez aucun souci à avoir quant à la santé de votre fils. Il va bien et quittera l'hôpital sous peu de temps.

– Et après ?

– Je ne sais pas, s'excusa Hermione. Il sera certainement déplacé en attendant le procès. »

Narcissa hocha la tête et le silence s'installa dans le salon. Du coin de l'œil, la jeune femme observait le salon et l'autre femme qui l'occupait. Elle n'avait jamais parlé à Narcissa Malfoy avait cette année et ne l'avait jamais fréquenté en dehors des horreurs de la guerre et ce jour-là, elle ne put que constater que le temps et les abominations du Mage noir ne l'avaient pas épargnée.

En prenant le temps de regarder ses cheveux devenus un peu ternes, son visage marqué par l'inquiétude, Hermione se dit qu'elle lui faisait de la peine. Perdue dans la solitude, seulement habitée par la peur de perdre son fils et son mari, Narcissa avait perdu sa sévérité et sa froideur uniquement remplacées par les soucis.

« Je vais faire tout ce que je peux pour que la peine de Drago ne soit pas trop lourde, ne put s'empêcher de bredouiller Hermione.

Narcissa posa un sourcil levé sur elle, surprise.

– Vous avez de la bonne volonté, Mademoiselle Granger, mais je ne sais pas si vous avez ce pouvoir.

– Je peux témoigner en sa faveur, répondit Hermione. Dans une moindre mesure, peut-être, mais le Magenmagot sera obligé de le prendre en compte.

Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle s'exposait autant face à la mère de Drago. Il méritait d'être jugé et condamné pour ses actes, peut-être, mais Narcissa était la preuve même qu'il n'était pas fondamentalement mauvais. Ce n'était pas une bonne personne, mais Hermione se convainquit que la femme qui la regardait n'avait pas éduqué un monstre.

– Je vous remercie de vous être déplacée, fit Narcissa après un long silence. Je ne vous retiens pas plus. »

Elle se leva, Hermione à sa suite. Quelques instants plus tard, la brune marchait en direction du Ministère sans vraiment savoir ce qu'elle pensait des minutes qui venaient de s'écouler. Elle retrouva Harry qui l'accompagna à travers le Département de la Justice magique jusqu'à un petit bureau où un long parchemin, une plume et de l'encre l'attendaient. Hermione prit place et, après un moment d'hésitation, commença à rédiger sa déposition.

Elle détailla minutieusement les événements d'Ilfracombe, l'explosion de la grotte et le sauvetage de Drago. Elle passa sous silence les embûches oniriques de sa guérison et s'arrêta quand arriva la dernière bataille dans l'Allée des Embrumes. Elle leva la plume, fit craquer son poignet et inspira profondément. C'était là qu'elle devait choisir. C'était maintenant qu'elle écrivait son destin ou du moins qu'elle l'affrontait. Son regard quitta le parchemin déjà noir d'encre et vogua à travers le quartier des Aurors. Il se posa plus loin sur Harry qui parlait avec un collègue ; son visage concentré derrière ses lunettes rondes.

Hermione s'était battue avec lui pour un monde plus juste, pour que chacun soit libre de vivre en dehors de l'emprise d'un fou. Elle croyait en la justice parce qu'elle ne voyait pas comment vivre autrement. Et dans ce monde qu'ils étaient en train de reconstruire, elle voulait aussi croire que les erreurs étaient possibles et que chaque sorcier pouvait chercher la rédemption. Alors elle se pencha à nouveau sur son parchemin et elle raconta comment Ron et elle étaient tombés sur Malfoy dans le bunker, comment elle l'avait pourchassé et finalement, comment elle l'avait laissé partir.

Elle risquait peut-être beaucoup, mais c'était ce qu'il fallait faire. C'était ce qui était juste. Hermione s'abstint néanmoins de parler de la suite. C'était au-delà de ses forces et elle espérait que cela ne s'ébruite pas. Elle repensa à Ginny. Elle n'avait plus aucune nouvelle, mais personne n'était venu lui arracher la tête alors qu'elle voulait espérer que la rouquine garde la vérité pour elle.

Hermione soupira et relu une dernière fois sa déposition. Elle signa en bas et attendit qu'Harry la regarde pour lui faire signe. Le brun s'approcha et lut le parchemin à son tour. Il se retint de tout commentaire et le plia pour le glisser dans sa veste.

« Je l'ajouterai au dossier, dit-il. Le Magenmagot a fixé la date du procès au 2 février.

Hermione sentit un poids lui tomber dans l'estomac. Ils y étaient. Seulement deux semaines et Drago serait jugé puis enfermé certainement à Azkaban.

– Tu recevras une convocation dans la semaine pour comparaître en tant que témoin. Tout se passera bien, ajouta Harry en posant une main sur l'épaule de sa meilleure amie.

Hermione posa sur lui un regard incertain et répondit avec un petit sourire.

– On se voit ce soir ? fit-elle en enfilant sa veste. »

Harry acquiesça et Hermione quitta le Ministère pour Sainte-Mangouste où son service commençait.

Drago se réveilla avec la sensation étrange que la porte était ouverte. Mais quand il posa les yeux dessus, il n'y avait rien d'anormal dans la pénombre de la chambre. Il s'apprêta à se recoucher quand son regard fut attiré vers la gauche. Son cœur manqua un battement alors qu'il sursautait violemment. Hermione s'agita sur le fauteuil juste à côté du lit, le doigt sur la bouche, lui intiment de ne pas faire de bruit.

« Qu'est-ce que tu fais là ? s'exclama le blond dans un murmure stupéfait en se redressant complètement.

– J'avais besoin de te parler.

– Mais comment es-tu entrée ?

Hermione balaya la question d'un geste de main. Elle n'avait pas beaucoup de temps et devait aller droit au but.

– J'ai vu Harry aujourd'hui.

Un silence tendu suivit son murmure.

– Le Ministère a établi ton procès pour le 2. Tu seras convoqué d'ici quelques jours, mais je voulais te le dire. »

Drago hocha la tête dans le noir. Il sentait bien qu'Hermione était troublée par cette nouvelle et il en fut touché. C'était son passé qui le rattrapait et son futur qui se dessinait dans les jours arrivant, et elle trouvait la bonté de s'inquiéter pour lui. Elle aurait mieux fait de s'en désintéresser et de se réjouir qu'il soit jugé comme le faisait Potter. Mais non, Hermione frémissait et appréhendait le procès, peut-être même plus que Drago le faisait.

Il tourna la tête vers elle et distingua la forme indistincte de son épais chignon dans la nuit. Et il remercia silencieusement qu'ils soient plongés dans le noir quand il approcha sa main de son visage pour laisser couler ses doigts contre sa joue. Sa surprise et son rougissement étaient palpables, mais elle ne le repoussa pas. Elle attrapa sa main et la serra dans la sienne. Drago s'assit sur le bord du lit sans la lâcher et chercha son regard dans l'obscurité.

« Merci, murmura-t-il. Pour ce que tu as fait. Ça va au-delà de toi et moi qui sommes forcés de sauver nos vies. Non, coupa le sorcier alors qu'Hermione bredouillait quelques mots, tu ne peux pas dire que ça va de soi parce que ce n'est pas le cas. La plupart des sorciers n'en auraient pas fait la moitié pour moi. Et je n'aurais jamais fait la même chose pour toi.

– Peu importe, répondit Hermione. Je ne fais pas les choses en calculant qui me le rendra ou pas. Et je sais que tu m'as aidé, à ta façon. »

Le silence reprit ses marques. Le pouce de Drago dessinait de petits cercles sur le dos de la main d'Hermione ; caresses presque imperceptibles mais si intenses à cet instant. La jeune femme se leva finalement, se dégageant vivement. Elle sentait sa peau se couvrir de frissons, soudainement mal-à-l'aise. Drago se leva à son tour et se tint tout près d'elle un moment avant de poser une main sur son bras. Hermione savait qu'il fallait qu'elle parte vite sans quoi elle s'assurait des problèmes, mais elle était incapable de bouger.

« Je dois y aller, souffla-t-elle tout bas. »

Drago retira sa main et se recula légèrement. Et par un élan qui lui était jusqu'alors étranger, Hermione se blottit contre lui, entourant son torse de ses bras hésitants. Ils avaient conscience, l'un comme l'autre, qu'ils n'auraient certainement jamais agi ainsi sans être plongés dans le noir, mais les choses étaient ainsi cette nuit-là. Drago lui rendit son étreinte, fermant les yeux pour mieux apprécier son parfum, sa présence contre lui.

En quelques secondes, il vit toutes les années qu'ils avaient passé à Poudlard et celles qui avaient suivi défiler derrière ses paupières et rien ne lui sembla plus étrange, plus impossible que de serrer Hermione Granger dans ses bras. Mais rien ne lui sembla plus doux, plus rassurant. Il pouvait affronter tous les tribunaux du monde, toutes les peines, avec sa chaleur contre son corps. Peu importait le reste.

La jeune femme se recula finalement et passa une main autour de son oreille pour y remettre une mèche échappée. Elle attrapa la main de Drago et la pressa doucement avant de s'en aller. Un regard rapide dans le couloir et elle passa la porte, réprimant l'envie terrible de se retourner vers le sorcier qui se tenait, droit, derrière elle. Elle s'éloigna de quelques pas.

« Que faites-vous ? entendit-elle.

Hermione se retourna, son cœur s'emballant, vers l'Auror qui arrivait dans le couloir.

– Je m'excuse, mais c'est plutôt à moi de vous demander ce que vous faites, répliqua-t-elle. Monsieur Malfoy n'est pas censé rester dans surveillance et pourtant, quand je passe devant sa chambre, il n'y a personne.

Elle n'en revenait pas tant sa propre audace la clouait sur place.

– Je suis seulement allé me chercher de l'eau, répondit l'Auror avec un air offensé. »

Hermione lui adressa le regard le plus sec dont elle était capable et tourna les talons, le cœur battant à tout rompre. Elle sentait encore contre sa poitrine le torse de Drago qui se mouvait doucement au rythme de sa respiration et les caresses de ses mains contre son dos. Une nouvelle vague de frissons la traversa quand elle s'endormit une fois rentrée chez elle, laissant dans son esprit une envie d'en avoir plus.

Le procès arriva en un clignement d'œil sans qu'Hermione n'y puisse rien. Les soins de Drago étaient officiellement terminés depuis quatre jours quand les Aurors arrivèrent à Sainte-Mangouste pour le conduire au Ministère. Harry à leur tête, ils entouraient le prévenu à travers les couloirs. Hermione les regarda passer avec le cœur lourd. Drago marchait avec la tête et le dos droit, dans un impeccable costume noir comme les ténèbres. Il émanait de lui une telle intensité qu'il semblait avoir deux fois son âge. Hermione repensa au Drago décharné qu'elle avait trouvé plus d'un mois auparavant dans ce village d'Écosse. Celui qui s'en allait maintenant n'avait rien de faible, de vulnérable et Hermione fut frappée par son regard inébranlable autant qu'elle voulut s'approcher de lui pour adoucir son visage.

Le groupe disparut au détour d'un couloir et la brune attendit quelques minutes avant de prendre sa suite. Sa convocation fermement serrée entre ses mains, elle rejoignit le Ministère à l'heure de l'audience. Les journalistes étaient entassés dans un coin du hall, attendant de pouvoir capturer un instant ou saisir une conversation concernant le procès du dernier des Malfoy. Hermione passa son chemin rapidement et se dirigea vers le deuxième niveau où l'effervescence régnait autour du Magenmagot. Elle retrouva Harry qui devait également comparaître pour d'autres raisons que les siennes. Ils discutèrent quelques instants, guettant les abords de la salle d'audience numéro 10 où le procès venait de commencer. Et l'attende commença, inévitable et lancinante. La journée passa avec une lenteur terrible sans qu'Hermione n'y puisse rien.

Cela faisait des heures que le président sorcier menait ses interrogations à son bon vouloir, et cela faisait des heures que Drago répondait platement sans plus prêter attention aux aiguilles de l'horloge qui tournaient à une vitesse ahurissante. Le blond commençait vraiment à regretter de ne pas avoir rappelé ses avocats, mais, objectivement, il trouvait qu'il ne s'en sortait pas trop mal. Potter était venu témoigner, tout à fait professionnellement et parfaitement incontestable. Chaque mot qui sortait de la bouche de ceux qui prenaient la parole était scrupuleusement noté par le greffier et Drago savait que s'il s'en tenait à ce qu'il avait raconté à Potter, personne ne pouvait l'accuser de changer sa version des faits.

Les questions étaient directes et tranchantes : « Que vous a promis Voldemort pour vous convaincre de trahir le monde sorcier ? », « N'avez-vous jamais eu pitié de vos camarades alors que vous accepteriez la Marque des ténèbres ? Après tout, avec des parents comme les vôtres, c'était une prodigieuse destinée. » Drago serrait les dents et s'astreignait à répondre avec autant de neutralité que possible.

« Pourquoi avoir fui pendant trois mois pour finalement réapparaître ? demanda le président.

– J'étais blessé et j'avais besoin de soins.

– Ah oui, répliqua l'homme d'un œil mauvais, revenons-en à cela. Vous envoyez une lettre le 18 décembre dernier dans laquelle vous annoncez votre reddition aux forces du Ministère sous certaines conditions.

Une femme assise près du greffier lut la lettre à l'ensemble du Magenmagot lorsque le président lui fit signe.

– Des conditions somme toute étranges, reprit-il. Vous cherchiez indubitablement à éviter la prison et Sainte-Mangouste était une alternative, soit. Avez-vous vu vos parents ?

– Ma mère, seulement.

– Cela va de soit, lâcha le président avec une ironie déplacée. Vous comprenez bien qu'il était impossible pour les autorités de laisser deux Mangemorts avérés entrer en contact.

Drago se garda bien de hocher la tête ou de laisser transparaître une quelconque expression. Et cela semblait bien agacer le président qui aurait pris un malin plaisir à le faire sortir de ses gonds. Mais c'était sans compter des années d'entraînement pour construire un masque inébranlable ; quoique certains sujets fussent plus sensibles en ce moment que d'autres.

– Qu'en est-il de Mademoiselle Granger ?

Drago ne broncha pas. Il s'était préparé pendant des heures à énumérer mentalement tous les points sur lesquels il devait rebondir ou non, mentir ou non. Mais Hermione était restée en suspend parce qu'il ne pouvait pas dire ce qu'il voulait sans craindre de la mettre en péril également. Il resta de marbre autant que possible, faisant tourner son cerveau à plein régime.

– Pouvez-vous expliciter votre question ? demanda-t-il outrageusement poli.

– Pourquoi avez-vous demandé qu'elle se charge de vos soins ? Entreteniez-vous des relations particulières avant et pendant la guerre ?

– J'ai passé sept ans dans la même école qu'elle et même sans cela, je savais que c'était la meilleure dans n'importe quel domaine. Il s'avérait qu'elle travaillait à Sainte-Mangouste, ce qui était dans mon intérêt. Et non, nous n'entretenions aucune relation d'aucune sorte, ajouta Drago, flegmatique.

– Et maintenant ?

– Aucune relation d'aucune sorte, répéta le blond.

– Vous affirmez donc que vous avez fait appel à elle pour servir votre propre intérêt uniquement.

– Oui.

– Bien, voyons donc ce que le témoin a à dire. »

Deux Aurors se postèrent de part et d'autre de la chaise sur laquelle Drago était attaché et le libérèrent pour le conduire dans un espace séparé de l'autre côté de la salle. Le sorcier se laissa faire comme précédemment lorsque Potter était venu prendre place, attendant que quelqu'un d'autre s'asseye sur la chaise.

Un signe du président et la porte au fond s'ouvrit. Hermione entra et Drago resta coi. Du coin de l'œil, elle posa un bref regard sur lui et s'installa sans s'attarder en face du président. Drago ne laissa rien paraître et cela lui demanda un effort considérable tant il était troublé.

« Mademoiselle Granger, vous souhaitez apporter votre témoignage dans le jugement de Monsieur Drago Malfoy ici présent. Nous vous écoutons.

Hermione n'avait pas vraiment besoin de réfléchir à ce qu'elle allait dire puisqu'elle s'était répété son monologue des dizaines de fois, mais elle prit quelques secondes pour se concentrer pleinement.

– Lors d'une opération menée par une équipe de l'Ordre du Phénix dont je faisais partie sur le site d'Ilfracombe, un sabotage du réseau de cheminette à conduit un groupe de Mangemort à notre position. Nous avons été obligés de nous replier dans une grotte qui servait de stock à du matériel de l'Ordre alors qu'un Mangemort faisait sauter la roche.

Toute l'assistance était pendue à ses lèves, attendant l'accusation qui ajouterait une pierre sur le mur de prison qui se bâtissait peu à peu autour de Drago. Mais Hermione n'en fit rien.

– Je me suis retrouvée bloquée sous les décombres et grièvement blessée, reprit-elle. À ce moment-là, Monsieur Malfoy est arrivé après avoir dégagé un passage, lui-même coincé dans la grotte. Il m'a libéré et porté dehors pour que je puisse prévenir mes collègues. Il m'a sauvé la vie.

Sa déclaration suscita des exclamations de stupeur dans l'assemblée. Visiblement, personne ne s'attendait à ce qu'Hermione Granger, héroïne de guerre et sorcière si brillante, vienne en aide à un Malfoy en témoignant en sa faveur lors de son procès. Personne ne s'y attendait, pas même Drago. Depuis le fond de la salle, il fixait le dos de chaise alors que son cœur prenait des allures arythmiques et que son esprit s'emmêlait autour de ce qu'il venait d'entendre. Mais ce n'était pas terminé car Hermione reprenait déjà.

– J'ai mis près d'une année à me remettre totalement, mais il est incontestable que sans l'intervention de Monsieur Malfoy, je serai morte ce jour-là. Dès ce jour, une dette de sang m'incombait à son égard. Aussi, la brune prit une inspiration pour calmer sa nervosité, le jour de la dernière bataille dans l'Allée des Embrumes, je me suis retrouvée face à Monsieur Malfoy et dans le chaos des affrontements, j'ai pris la décision de ne pas le combattre et je l'ai laissé s'en aller. »

Ses paroles fusèrent dans le Magenmagot comme un coup de vent sec et à nouveau, les exclamations s'élevèrent de toutes parts. Le président était abasourdi ; tout comme ses confrères, il avait espéré que le procès Malfoy junior soit expédié rapidement et avec radicalité. Mais comment ignorer un tel témoignage ? Il enrageait de ne pas avoir pris connaissance de toutes les pièces du dossier et de la déposition qu'Hermione s'évertuait à corroborer.

Drago ne prêta même pas attention aux questions qui suivirent. Hermione venait probablement de le sauver, encore une fois, d'un avenir terrible. Elle avait avoué avoir trahi l'Ordre, dans un infime moment, pour lui laisser la possibilité de s'échapper. Il se rendait compte à cet instant que jamais, il ne pourrait rembourser sa dette envers elle. Il lui serait éternellement redevable parce que les choses étaient ainsi. Hermione Granger avait le cœur sur la main, elle aidait les autres par le seul fait d'exister et par le hasard ou la volonté de Merlin, elle avait atterré sur sa route.

Drago entendait sa voix résonner dans la salle d'audience et s'y accrochait sans s'en rendre compte. Elle affrontait avec tout son courage les questions du président qui allait même jusqu'à remettre en question ses actions au sein de l'Ordre et sa fidélité envers le Ministère. Mais personne ne pouvait contester les actes d'une sorcière comme Hermione et chaque membre du Magenmagot en avait conscience. Il fallait accepter qu'elle témoignait ce jour en faveur de Drago et qu'en cela, il n'était pas un monstre parmi les monstres. Pas complètement.

Hermione se leva et Drago sortit de ses pensées. Il voulait se lever aussi et la rejoindre. Lui dire combien il était reconnaissant, combien cela comptait pour lui. Avant d'atteindre la sortie, elle posa ses yeux sur lui. Ses yeux noisette illuminés de douceur, porteurs d'espoir et de réconfort. Comment était-elle capable de lui donner tant ?

Il voulait lui dire qu'il était désolé pour tout ce qu'il avait fait. Dire qu'il savait que rien ne pourrait racheter ses actes, mais qu'il était prêt à passer sa vie à faire en sorte qu'elle le pardonne, car c'était tout ce qui comptait désormais. Il voulait qu'elle lui pardonne et qu'elle puisse le voir comme il la voyait. Qu'elle puisse l'aimer comme il l'aimait. Il s'en rendait compte dorénavant et se fourvoyait de n'avoir pas su l'admettre plus tôt. Il ne pourrait jamais lui rendre tout ce qu'elle lui avait donné, mais il pouvait lui donner cela.

Elle disparût et le coup de marteau sur le pupitre du président le ramena brutalement à la réalité.

« La séance est levée. »