Bonjour à tous, j'espère que vous allez bien ?

Nous sommes samedi, donc voici le chapitre 9 d'Ascendant. En espérant qu'il vous plaise :)

On se retrouve en bas ?


CHAPITRE 9

Ma nuit ne fut pas reposante. Comme celles qui suivirent.

Il ne réapparut pas, malgré la présence de ses frères et sœurs au lycée. Tous les matins, je guettais avec la même anxiété l'arrivée de leur voiture, soupirant à chaque fois que la M3 rouge de Rosalie apparaissait, sans aucun autre véhicule à sa suite.

La place à côté de moi en biologie restait désespérément vide, me rappelant sans cesse son absence. Au bout d'une semaine d'absence, le professeur me demanda si je savais où était mon voisin, ce à quoi je ne pus répondre. Je n'en savais strictement rien. Et c'est ce qui me blessait le plus.

J'essayais parfois de l'imaginer, que ce soit dans une autre ville telle que Forks, dans une humidité nuageuse constante, ou dans une grande ville telle que New York. Le plus difficile était sans doute lorsque je l'imaginais en Alaska, auprès des Denali. Je n'étais pas de nature jalouse, mais je ne pouvais passer à côté du comportement séducteur de Tanya vis-à-vis d'Edward lors de leur visite. Sitôt que cette idée apparaissait, je m'empressais de penser à autre chose, voulant épargner mon cœur.

Edward était parti pour une durée indéterminée. Peut-être même ne reviendrait-il jamais. Alice ne pouvait pas m'apporter de réponse, ses visions étant basées sur les décisions prises par la personne qu'elle surveillait. Malheureusement pour nous, Edward ne prenait aucune décision concernant un éventuel retour.

Alice était aveugle. J'étais malheureuse.

Au fur et à mesure que le temps avançait, la douleur provoquée par son départ s'intensifiait. En y repensant, je n'avais pas l'impression d'avoir totalement réalisé qu'Edward venait de me quitter durant les premiers jours, comme si mon cerveau n'arrivait pas à assimiler une telle nouvelle. Malheureusement, à force de voir la chaise vide à côté de moi en cours, à la cantine, de voir ses frères et sœurs arriver seuls au lycée, son absence me frappait à chaque fois un peu plus fort.

Et je réalisais. Edward était parti. Edward m'avait quittée.

Je savais que nous n'étions pas en couple, mais je ne trouvais pas d'autres mots pour qualifier ce que je ressentais à propos de son départ. Départ que je ne comprenais qu'à moitié.

Edward n'avait cessé de me répéter que fréquenter des vampires n'était pas une bonne idée, que c'était dangereux pour moi. Mais ne m'avait-il pas sauvé deux fois ? Par deux fois, il avait manqué de m'attaquer mais s'était retenu et avait retrouvé la raison. A chaque fois, il retrouvait le contrôle de lui-même, empêchant un malheur d'arriver. Pour moi, il n'y avait pas de meilleures preuves : j'étais en sécurité à ses côtés.

Malheureusement, il ne voyait pas les choses de la même manière. Si je me concentrais sur sa retenue, lui se focalisait uniquement sur ses pertes de contrôle. Il était donc parti pour me protéger.

Quelle idée risible. Ne savait-il pas que je n'étais pas moins en danger sans lui à mes côtés ? Je manquais de mourir à chaque instant ! Et ma maladresse n'y était pas pour rien.

« Bella ? » m'interpella Charlie, me sortant de mes pensées. « Je vais chez Billy ce week-end. Tu voudras venir avec moi ? »

Je cachais une grimace en repensant à Billy Black et à son fils. Si le père était agréable, le garçon en était tout le contraire. Une seule rencontre avec lui m'avait amplement suffi.

« Je… J'ai des choses de prévues. »

« Quoi ? »

Charlie n'était pas d'un naturel très curieux, d'où ma surprise lorsqu'il me demanda plus d'informations. Et bien sûr, il fallait qu'il en demande lorsque je lui mentais !

« J'irai certainement faire du shopping avec les filles. »

Charlie approuva ce plan d'un hochement de tête. Je soufflai de soulagement, ne donnant pas plus de détails sur l'identité des filles en question. Je n'avais aucune envie d'inviter Jessica ou Angela, sachant pertinemment que je n'avais pas du tout l'intention d'aller en ville. Et il était hors de question de dire que j'irai avec elles alors que non : Forks était une petite ville et Charlie saurait immédiatement que j'avais menti.

De plus, je n'avais pas l'intention d'inviter Alice. Si mon cœur avait dû encaisser le départ d'Edward, il avait également dû supporter l'éloignement de sa sœur. Pas qu'elle m'ignore, mais nous ne faisions que nous adresser des regards et des sourires polis, gênés. Je ne savais pas trop comment réagir en sa présence, ce qu'elle devait certainement ressentir.

Charlie enfila rapidement sa veste de shérif et mit les voiles, s'éloignant vers sa deuxième maison : son travail. Lorsque Renée m'avait emportée avec elle alors que je n'étais qu'un nourrisson, mon père avait non seulement dû supporter sa séparation avec elle, mais aussi le fait qu'elle m'emmène dans ses bagages. Charlie s'était alors réfugié dans son travail, prenant très à cœur la sécurité des bonnes gens de Forks. Difficile de trouver un shérif plus dévoué à son travail que lui !

Trouvant la maison trop vide après le départ de Charlie, je montais rapidement dans ma chambre pour prendre mon sac de cours et mon portable. Comme d'habitude, je jetai un coup d'œil à mes notifications, mais mon cœur se serra en constatant que je n'en avais aucune.

Le lendemain de son départ, j'avais essayé de joindre Edward à plusieurs reprises, que ce soit en l'appelant ou en lui envoyant des messages. Malheureusement, le téléphone sonnait dans le vide avant que l'appel ne bascule sur sa boîte vocale. La première fois que j'avais appelé, ma voix s'était étranglée dans ma gorge, si bien que j'avais dû raccrocher avant d'émettre des bruits encore plus gênants. La deuxième fois, j'avais laissé à Edward un message mi furax, mi désespéré. Les fois suivantes, je ne laissais plus aucun message, croisant uniquement les doigts en espérant qu'il se décidera à décrocher.

Ce qu'il ne fit jamais.

Plusieurs semaines étaient passées, mais toujours aucune nouvelle d'Edward. Je m'étais résolue à ce qu'il ne revint plus jamais et arrêtais donc de l'appeler. Après tout, s'il voulait me parler, il savait comment me joindre et où me trouver.

D'un côté, n'avoir aucun signe de sa part me donnait envie de me rouler en boule et pleurer de tout mon soûl. D'un autre côté, j'avais envie d'aller le chercher et de lui botter les fesses pour être parti. Ces deux parties se disputaient sans cesse en moi.

Mais je ne pouvais continuer ainsi. Mon cœur était brisé, mais je devais continuer à avancer. Pour Renée, pour Charlie, mais surtout pour moi.

Je voyais que mes parents se faisaient du souci pour moi. Les mails de Renée étaient de plus en plus inquiets, alors que Charlie m'observait avec de plus en plus d'attention, comme s'il guettait le moment où je finirais par craquer. Je devais me reprendre, être forte, et ce peu importe combien c'était difficile.

Secouant la tête pour chasser toutes mes pensées, je m'empressai de redescendre pour aller au lycée. Enclenchant le contact, je ne pus m'empêcher de me rappeler les premiers jours d'absence d'Edward. Tout le monde au lycée avait eu vent de notre rapprochement, d'où les dizaines de questions que l'on m'avait posées sur l'absence de ce dernier. Jessica s'était fait un malin plaisir de colporter l'information « Edward a rompu avec Bella » à travers tout le lycée, ne faisant que renforcer mon comportement inamical envers elle. Je ne cherchais pas à lui expliquer qu'il n'y avait rien eu de plus que de l'amitié entre Edward et moi : Jessica n'entendait que ce qu'elle voulait entendre. De son côté, Mike s'était réjoui de la nouvelle et m'avait immédiatement proposé de sortir avec lui, ce que j'avais poliment refusé.

Heureusement pour ma santé mentale, tout le lycée s'était habitué à l'absence d'Edward. De ce fait, plus personne ne me demandait où il se trouvait et pourquoi il était parti, m'évitant de sombrer à nouveau.

La journée passa lentement, comme toutes les autres. Les professeurs parlaient vite, nous préparant pour les examens de fin d'année, mais la pause de midi fut encore pire. Jessica draguait ouvertement Mike, qui ne l'écoutait que d'une oreille, concentré sur la conversation que partageaient Éric et Tyler. Vexée, elle se tourna vers Angela et moi, planifiant une sortie shopping pour acheter des robes pour le bal de fin d'année.

« Toutes les files iront chercher leur robe à Port Angeles » prédit Jessica. « Je pense qu'il faudra pousser jusqu'à Seattle pour trouver des robes originales. »

« Seattle ? Ça ne fait pas loin juste pour des robes ? »

Je jetai un coup d'œil à Angela, totalement d'accord avec ses propos. Aller jusqu'à Seattle pour une robe de bal ? Jessica et nous n'avions visiblement pas la même vision des choses. De plus, elle n'avait pour le moment aucun cavalier pour l'accompagner à la soirée. Quel était donc l'intérêt de chercher une robe de bal ?

« Bien-sûr ! Je ne veux pas me retrouver avec la même robe qu'une autre fille. » Jessica sembla vexée par notre désintérêt. Rejetant ses cheveux derrières son épaule, elle mangea une feuille de salade avant de reprendre la parole.

« Si je roule, vous accepterez de m'accompagner ? » s'enquit-elle.

Angela et moi échangions un coup d'œil avant d'accepter à contrecœur. Même si je n'appréciais pas Jessica, j'étais heureuse qu'elle me propose de l'accompagner. Non pas que je comptais faire les boutiques avec elles puisque je ne voulais pas aller au bal, mais je profiterai de cette excursion à Seattle pour acheter plusieurs livres introuvables à la bibliothèque de Forks.

« Nous n'avons qu'à y aller demain ? » proposa-t-elle.

Après avoir reçu notre approbation, nous nous dirigeâmes ensemble vers notre prochain cours, Jessica bavassant sans cesse sur ses progrès (invisibles) avec Mike. Elle était sûre d'aller au bal avec lui. Visiblement, elle ne voyait pas qu'il ne s'intéressait pas du tout à elle. Je soupirai, exaspérée par son comportement.

Levant les yeux, je croisais le regard doré d'Alice, qui m'observait de loin. Elle m'adressa un petit sourire, avant que Jasper ne la rejoigne et passe un bras sur ses épaules, comme pour la réconforter. Gênée par l'amour qui se dégageait d'eux, je baissais les yeux avant de m'engouffrer dans ma salle de classe.

Le reste de la journée passa encore plus lentement que la matinée. Tous mes camarades poussaient des soupirs à fendre l'âme, espérant que cela accélérerait le cours du temps. A mes côtés, Angela était silencieuse, se contentant de prendre des notes. J'accueillis avec bonheur la fin des cours, saluant mon amie avant de grimper dans ma camionnette.

Arrivée à la maison, je constatais que Charlie était déjà rentré de son travail. Certainement pour préparer son weekend en compagnie de Billy.

« Bonsoir papa » le saluai-je.

« Ah Bella ! Comment a été ta journée ? »

« Normal. » Mon ton blasé devait lui en dire assez, puisqu'il ne me demanda pas plus de précisions. « Nous allons à Seattle demain pour faire du shopping » continuai-je immédiatement.

Surpris par notre destination, il ouvrit des yeux grands comme une soucoupe.

« Sea… Pour du shopping ? Ce n'est pas un peu loin ? »

« Jessica voulait absolument y aller. Elle roulera » expliquai-je en haussant les épaules. « Tu sais, il faut qu'elle ait une robe unique pour le bal » ajoutai-je, sachant pertinemment que Charlie ne pousserait pas la conversation plus loin puisqu'il s'agissait de shopping.

Effectivement, mon père se contenta d'un hochement de tête avant d'aller se servir une bière dans la cuisine.

« Tu feras attention Bella » me prévint-il, la tête dans le réfrigérateur. « Seattle est une grande ville et… »

« Phoenix est beaucoup plus grande et je me débrouillais très bien » le coupai-je. « Ne t'inquiète pas, papa ».

Me lançant un regard peu convaincu, il referma le frigo et alla s'installer dans le canapé. Des devoirs m'attendant, je montais rapidement dans ma chambre pour les faire pour ne pas avoir à y penser demain. Ils m'occupèrent toute la soirée jusqu'à l'heure du coucher.

Le lendemain matin, Charlie était déjà parti, me laissant une note sur le frigo pour me souhaiter une bonne journée entre filles. Un klaxon devant la maison me fit sursauter et j'engouffrai une barre de céréales avant de rapidement me brosser les dents, de saisir un parapluie et de sortir en courant de la maison.

« Salut Bella » m'accueillirent Angela et Jessica tandis que je montai à l'arrière de la voiture de cette dernière, me dépêchant de refermer la portière avant que la pluie ne trempe l'habitacle.

« Super temps pour du shopping » marmonnai-je sarcastiquement tout en bouclant ma ceinture.

« Nous resterons dans le centre commercial couvert » m'indiqua Angela alors que Jessica monta le son de l'autoradio, d'où un rock enflammé s'échappa.

« Oui » ajouta Jessica. « J'ai déjà en tête plusieurs boutiques… »

Je cessai immédiatement de l'écouter. Plus de trois heures de route m'attendaient en sa compagnie, mais si je voulais réussir à les supporter, il allait falloir que je me ménage un peu. J'étais incapable de supporter une Jessica bavassant en l'écoutant sans arrêt.

Celle-ci roulait vite, pas le moins du monde gênée par la pluie. Je me concentrais sur le paysage, regardant les arbres verts défiler derrière la vitre, puis le Pacifique une fois que nous arrivâmes à Port Angeles. Dans les rues, les passants tentaient de se protéger de la pluie comme ils pouvaient, certains avec des parapluies, d'autres avec leurs mains ou un journal. Ils essayaient de s'abriter sous des devantures de magasins ou de restaurants, mais le vent du front de mer les trempait quand même.

Une fois Port Angeles derrière nous, je découvris alors les alentours de Forks qui m'étaient inconnus, verdoyants et pluvieux, mais également magnifiques. Jessica avait arrêté de parler, se contentant de chanter en rythme les paroles des musiques qui défilaient. A ses côtés, Angela était silencieuse, contemplant comme moi le paysage.

Après avoir traversé la baie Eliott grâce au ferry, nous arrivâmes à Seattle. Au loin, nous pouvions voir au loin le Space Needle, tour si emblématique de la ville. Les buildings qui longeaient les rues semblaient toucher le ciel, perçant la couverture nuageuse de leurs étages les plus élevés.

Jessica naviguait sans aucun souci dans les rues fréquentées, se frayant des passages entre des véhicules sans peur. La pluie s'était quelque peu atténuée depuis notre départ de Forks, me laissant espérer que la journée ne serait pas aussi catastrophique que je l'avais pensé.

Les yeux rivés sur la fenêtre, j'admirais la ville qui s'offrait à mes yeux, ses habitants se dépêchant sur les trottoirs pour ne pas arriver en retard à leur travail, les touristes flânant le long des rues sans se presser.

Jessica répara un parking et s'y gara rapidement. Déployant nos parapluies, nous sortîmes de la voiture.

« Le centre commercial est par là » nous indiqua-t-elle en prenant la tête de notre petit groupe.

Les rues étaient animées, les boutiques et les restaurants étaient déjà ouverts, mais Jessica ne leur adressa pas un regard, traçant en direction du centre commercial. Angela et moi restâmes derrière elle tout en essayant de suivre le rythme.

Le front de mer était magnifique, les vagues grises se fracassant contre la surface de l'eau. La pluie et le vent rendaient ce spectacle encore plus incroyable, me rendant béate devant tant de beauté.

Lorsque j'avais quitté Phoenix et ma mère, j'étais friande des soleils tapants et incandescents, de la chaleur qui faisait onduler l'air au-dessus du goudron. Au moment de déménager chez mon père, j'avais fortement appréhendé l'humidité et la couverture nuageuse quasi constantes qu'offrait Forks à ses habitants. J'avais peur de me pas m'habituer.

Seulement, je me suis habituée plus facilement que je ne l'aurais jamais cru. Et je savais très bien ce qui avait facilité mon adaptation. Je n'irai pas jusqu'à dire que j'aimais Forks, mais je me plaisais à y vivre.

Jessica fendait la foule devant elle, ne se laissant pas ralentir par les passants pressés agglutinés sur le trottoir. Un sourire fendit mon visage en visualisant une image de BD, dans laquelle une bulle de pensée flotterait au-dessus de sa tête avec une image de la robe parfaite pour le bal de fin d'année.

Grâce au rythme de notre guide, nous arrivâmes rapidement au centre commercial. Soulagées, ne pliâmes nos parapluies pour les glisser dans nos sacs, histoire d'avoir les mains libres pour trouver les robes parfaites, les « perles rares » selon Jessica.

Le centre commercial était énorme, s'élevant sur plus de quatre étages avec un hall central, duquel on pouvait voir des dizaines d'escaliers qui se croisaient. Le plafond était en réalité une sorte de verrière, laissant la lumière naturelle éclairer le hall.

Jessica ne nous laissa pas le temps d'admirer l'architecture moderne qui nous entourait, puisqu'elle nous prit chacune par le bras pour nous tirer vers la première boutique. Ce fut mes derniers instants de tranquillité, et j'en vins à regretter que le trajet en voiture n'ait pas été plus long.

La journée passa lentement alors que nous voguions de boutique en boutique. Dans chacune d'elles, Jessica essayait des dizaines de robe et les vendeuses autour d'elle ne savaient plus où donner de la tête. Angela regardait dans les rayons mais n'essayait que celles qui lui plaisaient vraiment. Quant à moi, je restais la plupart du temps assise sur les fauteuils destinés aux accompagnateurs, priant pour que Jessica se dépêche de choisir.

Pendant qu'elles se changeaient, j'avais tout le loisir et le temps de laisser mon esprit vagabonder vers une personne dont je ne souhaitais pas me rappeler. Malheureusement, si ma raison me disait clairement de ne pas penser à lui, mon cœur lui ne pouvait s'empêcher de ressentir un manque et de le signifier à mon cerveau. Plus le temps passait, plus il me manquait d'une manière déraisonnable. Plus j'y repensais, plus je le détestais d'être parti pour des raisons aussi futiles.

Heureusement pour moi, Jessica et Angela sortirent de la cabine à ce moment-là, m'empêchant d'y penser davantage.

A la fin de la journée, mes amies avaient enfin trouvé leurs robes de soirée. Celle d'Angela était lavande, ce qui allait à merveille avec sa peau caramel, ses chaussures argentées et mettait en valeur sa silhouette fine. Jessica avait quant à elle acheté une robe rose fuchsia assez osée, avec un décolleté prononcé. Ses chaussures blanches avaient un talon vertigineux, qui me donnait envie de fuir au loin rien qu'à les voir.

C'est les bras chargés de paquets à l'effigie des boutiques que nous reprîmes le chemin du parking pour déposer notre fardeau dans la voiture de Jessica.

« Un petit restaurant avant de rentrer, ça vous tente ? » nous demanda cette dernière en verrouillant sa voiture.

Je jetais un coup d'œil à Angela, ne souhaitant qu'une chose : rentrer et filer au lit pour reposer mes pieds en compote après avoir marché toute la journée. Je voyais bien que mon amie n'était pas plus ravie que moi à l'idée de devoir encore marché, mais aucune de nous n'osait contrarier Jessica au risque de passer les trois heures de route du retour dans un silence embarrassé. Nous préférions encore subir une Jessica de bonne humeur pendant quelques heures plutôt que de devoir la supporter de mauvaise humeur.

Alors que nous marchions le long de différents commerces, je remarquai une petite librairie. Plusieurs vieux livres étaient exposés en vitrine, me faisant saliver devant leurs couvertures somptueuses.

« Ça vous dérange si je jette un coup d'œil ? » demandai-je aux filles en m'arrêtant au niveau de la porte d'entrée.

Jessica regarda la boutique en plissant le nez, guère attirée par les livres, pendant qu'Angela me disait que je n'avais qu'à les rejoindre au restaurant quand j'aurai terminé. D'un hochement de tête entendu, je saluais mes amies avant de rentrer dans la boutique.

L'odeur des vieux livres et du papier me frappa une fois le pas de porte passé. Au-dessus de moi, une clochette tinta, signalant mon arrivée. L'éclairage était tamisé et les bibliothèques en bois lourd conféraient une atmosphère chaleureuse à l'endroit.

« Bonsoir » me salua un vendeur de derrière son comptoir.

Je lui retournai la politesse avant de naviguer entre les rayons, caressant du bout des doigts les tranches des livres. Au bout des rangées, plusieurs canapés recouverts de velours vert étaient disposés de façon à créer un endroit convivial et confortable.

Au bout de plusieurs minutes, je choisis une édition des Hauts de Hurlevent, mon édition actuelle tombant en morceaux. Au moment où je saisissais le sachet avec mon achat, mon portable vibra dans ma poche.

Nous sommes au Romio's Pizza & Pasta. A

Soulagée d'avoir l'adresse du restaurant qu'avaient choisi les filles, je regardais rapidement sur Maps pour voir où il était situé avant de me mettre en route.

Jetant un coup d'œil autour de moi, je constatai que la nuit était bien tombée pendant que j'étais dans la librairie. Les familles qui flânaient le long des rues avaient été remplacées par des groupes de jeunes bruyants, qui fumaient et empestaient l'alcool.

Guère rassurée par la nouvelle ambiance de la ville, je fourrai mes mains dans mes poches tout en tenant fermement les anses de mon sac à main et du sac contenant mon livre. J'accélérai, priant pour ne pas m'étaler de tout mon long sur la chaussée, souhaitant rejoindre le restaurant et mes amies le plus rapidement possible.

Soudainement, alors que je longeais une ruelle sombre où les magasins étaient tous déjà fermés, un caillou atterri à mes côtés et des rires gras me parvinrent. Mon cœur accéléra sa course alors que mon cerveau essayait de comprendre ce qu'il se passait. Je pressai le pas, mais les rires se rapprochaient rapidement, faisant grimper mon angoisse d'une manière exponentielle.

« Hé ! » m'interpella une voix masculine.

Mon cœur ne ralentit pas sa course, battant frénétiquement dans ma poitrine, me donnant l'impression qu'il allait en jaillir. Baissant les yeux sur le trottoir devant moi pour ne pas trébucher, je ne me retournai pas et continuai d'avancer.

Les rires reprisent lorsqu'ils constatèrent que je les ignorais superbement. Malheureusement pour moi, chaque éclat de rire me faisait prendre conscience et leur proximité. La distance entre nous m'amenuisait, faisant résonner chaque battement de cœur dans mes oreilles, si bien que j'avais l'impression que même mes poursuivants pouvaient les entendre.

Une autre voix d'homme m'appela à nouveau, et le sang quitta mon visage alors que je tournais dans une rue parallèle. Malheureusement, la ruelle dans laquelle je m'étais engagée était encore plus sombre et des poubelles encombraient les trottoirs. La route était cabossée, trouée, réduisant mes chances de ne pas tomber. Derrière moi, le groupe continuait de plaisanter, à croire qu'il faisait simplement une promenade de santé.

Je respirai fort, complètement paniquée, mais n'osai pas me retourner pour regarder mes poursuivants. La ruelle sombre était jonchée de déchets, de cartons vides, de canettes de bière et de bouteilles d'alcool. L'odeur alcoolisée emplissait mes narines, me provoquant un hoquet de dégoût.

Mes pas résonnaient dans la rue, alors que j'entendais clairement les hommes se rapprocher de moi. Mes yeux s'emplirent de larmes alors que je me maudissais pour ma maladresse. Je m'en voulais de ne pas avancer plus vite, de ne pas pouvoir courir sans tomber et perdre encore plus de temps. Je m'en voulais également pour m'être isolée et avoir laissé les filles aller seules au restaurant. Je m'en voulais pour avoir accepté cette sortie.

Soudainement, une grande main attrapa mon bras, me forçant à me retourner. J'entendis à peine le bruit que fit le sac contenant mon livre lorsqu'il toucha le sol tant j'étais concentrée pour garder mon sac à main à l'épaule. Épouvantée par la tournure des évènements, j'osai enfin regarder mes poursuivants.

L'homme qui m'avait attrapé le bras était grand et brun, avec des cheveux crasseux et son haleine avinée me disait tout de son état actuel. Derrière lui, un homme aux longs cheveux roux portait une barbe de plusieurs semaines, laquelle n'était pas bien entretenue. Un autre homme portait des vêtements sales, plein de cambouis, alors que le dernier n'était pas dans un meilleur état.

« Tu voulais partir ma jolie ? » me souffla le premier.

Son souffle sur mon visage me donna la nausée, alors que je devais être aussi blanche qu'un lavabo. Mon cœur battait en un rythme des plus désordonnés, diffusant la panique dans mes veines. J'étais incapable de respirer normalement, mes pouvons ne semblant plus être en capacité d'inspirer de l'oxygène.

Je tirai sur mon bras dans une veine tentative d'évasion, mais la poigne de l'homme se resserra fortement dessus.

« Où crois-tu aller comme ça ? » grogna-t-il en me crachant des postillons dessus.

Dégoûtée, j'essayais à nouveau de tirer mon bras mais il me retint. Le rouquin s'avança alors vers moi et m'asséna un coup de poing dans la mâchoire, me faisant siffler de douleur. Le coup me prit par surprise, et mes dents se refermèrent sur ma langue sous la force du mouvement, remplissant ma bouche de sang.

Ma langue pulsait douloureusement alors qu'un autre homme me frappa la tempe, faisant battre fortement le sang dans ma tête. Le dernier s'approcha de moi d'un air vicieux, avant de me donner un coup de pied dans le genou, me faisant hurler de douleur. Sous le choc, je tombai par terre, mes genoux raclant le sol dans ma chute.

Une douleur s'empara insoutenable s'empara de mon épaule alors que l'homme qui me tenait le bras depuis le début le tordit d'un mouvement brusque, faisant craquer mon articulation. J'hurlais à m'en briser la voix, espérant de toutes mes forces que quelqu'un m'entendrait.

Malheureusement, personne ne vint. Les hommes continuaient de rire et de plaisanter, me donnant la nausée. J'essayais de ramper sur les pavés de la ruelle, mais un des hommes posa son pied sur ma cheville avant d'appuyer dessus de tout son poids. Le bruit des os brisés me parvint en même temps que des hurlements à m'en glacer le sang. Je mis quelques secondes à comprendre qu'il s'agissait de mes propres cris, alors que le rouquin me donna un coup de pied dans mes côtes.

Douloureusement, je me mis sur le côté en chien de fusil, espérant ainsi atténuer les coups. Au-dessus de moi, ils continuaient de rire et un des hommes tira sur mes jambes sans se préoccuper de mes membres brisés, alors qu'un autre ouvrit ma ceinture et le bouton de mon jean.

« S'il-vous-plaît » sanglotai-je pitoyablement. « Arrêtez… »

Les hommes se stoppèrent avant de se regarder, me donnant l'espoir qu'ils allaient me laisser tranquille. Malheureusement, le roux poussa un rire diaboliquement avant de tirer une nouvelle fois sur mon bras douloureux, m'arrachant un nouveau cri. Dans la manœuvre, il déchira mon t-shirt, laissant mon sous-vêtement apparent.

Les larmes roulaient sur mes joues, laissant une traînée humides sur ma peau, accentuant la sensation de froid qui régnait dans la ruelle. Les hommes me contemplaient d'une manière prédatrice, jouissant de me voir prostrée et blessée, roulée en boule sur le sol humide dans une ruelle jonchée de poubelles.

L'homme brun qui m'avait tenu le bras se pencha sur moi et me renifla, alors que je fermais les yeux d'horreur. Ce n'était que la sensation de fraîcheur sur la peau de mes jambes qui me permit de prendre conscience qu'il me retirait mon pantalon, caressant brusquement mes cuisses puis mes mollets. Un autre homme s'agenouilla à mes côtés et ses doigts glissaient de mon cou à ma poitrine, qu'il toucha à travers mon sous-vêtement.

Vexé que je ne bouge pas et ne cris plus, il me gifla. Un sanglot s'échappa de mes lèvres alors que je prenais conscience de la situation. Ils allaient me violer dans cette ruelle.

Les larmes continuaient de couler inlassablement, alors que j'entendis une braguette être ouverte. Des mains calleuses s'emparèrent de mes cuisses, les ouvrant largement, alors que des mains pétrissaient douloureusement ma poitrine.

Soudainement, alors qu'une main crasseuse descendait le long de mon ventre pour effleurer mon slip, les rires s'arrêtèrent puis les bruits de bagarres me parvinrent. Surprise et effrayée, j'ouvris difficilement les yeux et regardai autour de moi.

Les quatre hommes n'étaient plus penchés au-dessus de moi, me contemplant de leurs yeux de détraqués, mais ils se battaient avec un homme blond. Cette vision me fit hoqueter d'horreur et d'incompréhension. Comment quatre hommes pouvaient-ils se faire un par un homme seul ?

Toutefois, je ne pris pas le temps de répondre à cette question, essayant de me relever tant bien que mal. Malheureusement, mon genou et ma cheville brisée m'empêchèrent de me redresser et je dus me contenter de ramper malgré mon épaule déboitée. Chaque mouvement était douloureux, faisant apparaître des points noirs dans mon champ de vision, renforçant mon angoisse.

Derrière moi, les bruits sourds de la bagarre s'intensifiaient alors que mes agresseurs ripostaient, essayant de se défendre comme ils le pouvaient avec l'alcool qui coulait dans leurs veines. Serrant les dents, je continuais d'avancer aussi vite que possible, souhaitant mettre le plus de distance possible entre cette ruelle et moi.

Alors que j'avais à peine rampé sur quelques mètres, tous les bruits se turent et un coup de pied me propulsa contre une poubelle. Mes poumons se vidèrent de tout l'air qu'ils contenaient et mon cœur résonna encore plus douloureusement dans ma tête.

« Hum » gémit une nouvelle voix masculine dans un reniflement sonore.

Ce geste m'étonna et m'effraya encore plus. Pourquoi cet homme me reniflait-il ? Lentement, j'ouvris les yeux pour découvrir l'homme penché au-dessus de moi, me contemplant de ses yeux sombres. Ses cheveux blonds étaient noués sur sa nuque grâce à une corde, alors que sa peau crayeuse ne cessait de me rappeler les personnes les plus pâles que je n'ai jamais côtoyées.

Un hoquet de stupeur s'échappa de ma bouche et il se lécha les lèvres tout en fixant le sang qui s'écoulait de ma tempe qui avait frappé le conteneur.

« Vous… Vous êtes… » bégayai-je sans réussir à finir ma phrase.

« Oui » me confirma-t-il avant de glisser une mèche autour de son index. « Et toi, tu es Bella. »

Mon cœur s'arrêta à l'entente de mon nom. Cet homme ne me disait rien et je ne me souvenais pas de l'avoir rencontré. D'où me connaissait-il ?

Je n'eus pas le temps d'y réfléchir davantage car il attrapa mes cheveux et me redressa, me faisant hurler de douleur. Une fois debout, il me jeta par-dessus son épaule et se mit à courir à une vitesse inhumaine, confirmant une fois de plus mes soupçons.

Chacun de ses pas étaient douloureux, son épaule rentrant dans mes côtes douloureuses, mon épaule blessée remuant dans tous les sens. Les larmes coulaient librement sur mes joues alors que mon corps essayait tant bien que mal d'encaisser la vague de douleur qui me submergeait.

Je priais silencieusement pour m'évanouir et ne plus avoir à supporter la douleur, mais rien ne se passa. Je continuais de souffrir alors que mon ravisseur courait sans montrer le moindre signe de fatigue.

Il courut pendant ce qui me semblait des heures, moi sur son épaule, lui me reniflant de temps à autre. Soudain, il s'arrêta net et mon corps ne réussit pas à amortir l'arrêt, me faisant serrer les dents pour ne pas crier ma souffrance.

J'ouvris les yeux doucement et mis du temps à m'habituer à l'endroit sombre dans lequel il nous avait conduit. Un rire enfantin me fit sursauter alors que le blond me posait sur mes pieds. Je serrai les dents, essayant de me pas mettre tout mon poids sur ma cheville blessée, alors que l'homme recula pour laisser une femme entrer dans mon champ de vision.

Cette dernière portait de la fourrure sale, alors que sa crinière rousse était complètement emmêlée et parsemée de feuilles mortes.

« Beau travail, James » roucoula-t-elle en caressant amoureusement la joue de l'homme blond. Ce dernier se pencha vers elle et l'embrassa langoureusement, sa main saisissant une des cuisses de la femme pour la poser contre sa hanche.

Un gémissement s'échappa de leurs lèvres scellées alors que je me détournai de ce spectacle, rouge de honte. La pièce dans laquelle nous étions ressemblait à une cave. Des tâches de moisie se répandaient sur les murs chargés de tuyauterie, alors que des flaques d'eau stagnante se formaient ici et là.

Plissant le nez à cette odeur de renfermé, je ne remarquai pas que le couple se rapprochait de moi rapidement. Une gifle me fit revenir à la réalité, alors que ma tête basculait en arrière sous le coup.

« Tu vas rester ici » m'informa la femme.

« Pou… »

James ne me laissa pas le temps de finir ma phrase, s'assénant un coup de pied dans le ventre qui me fit voler à travers la pièce pour m'écrouler contre un mur, alors que le rire de sa compagne résonnait sur les murs.

L'impact de mon corps brisé contre le mur fut atroce, amplifié par ma chute sur le sol. Des bouts de plâtre tombèrent sur mon corps, me faisant tousser fortement. Ma vue se troublait, mon cœur n'arrivait pas à se calmer, alors que mes tempes battaient douloureusement.

Je fermais les yeux, pensant que j'aurais préféré mourir dans la ruelle plutôt qu'ici, avec ces deux vampires sadiques.

J'eus une pensée pour Angela et Jessica, qui devaient certainement s'inquiéter de ne pas me voir arriver. J'eus une pensée pour mon père, qui ne devait pas encore être au courant de ma disparition. J'eus une pensée pour les Cullen, que je ne reverrai plus jamais. Et j'eus une pensée pour Edward, à qui je n'avais jamais pu dire combien il comptait pour moi.

Sur cette dernière pensée, je sombrai.


Bon, j'espère ne pas vous avoir perdus et que ce chapitre vous a plu ? Dites-le moi en commentaire !

Malgré les cours, j'arrive à conserver une petite avance dans les chapitres (je viens de boucler le chapitre 13), le rythme de publication ne devrait donc pas changer pour l'instant :)

Je vous donne rdv la semaine prochaine pour la chapitre 10. En attendant, prenez soin de vous.