Résumé : Et si tout avait commencé non pas en 845, mais en 1940? Dans un monde où la guerre fait rage et où la haine détruit tout, y a-t-il encore un espoir pour eux? Eren x Livaï, UA, M.

Disclaimer: Les personnages et l'histoire de l'attaque des titans appartiennent à Hajime Isayama. Je n'ai fait qu'écrire cette petite histoire.

A ma petite femme d'écriture, comme toujours, qui me soutient dans toutes mes idées - ou conneries, ça dépend du point de vue aha !

Ce chapitre est assez... Sanglant. J'espère qu'il vous plaira, n'hésitez pas à me laisser un petit commentaire pour connaître votre avis !

Chapitre 11 : La mort n'a pas de frontières

« La mort est une surprise que fait l'inconcevable au concevable. »
- Paul Valéry

Musiques du chapitre : Sciophobia – Jo Wandrini ; Zero Eclipse – Hiroyuki Sawano ; Symphonicsuite (Apple Seed) – Hiroyuki Sawano.

15 septembre 1940, près de Tellancourt, frontière franco-belge.

Le soleil était couché depuis une heure et les soldats et résistants cachés entre les arbres de la forêt longeant la base militaire se tenaient immobiles, les yeux grands ouverts, armes aux poings, prêts pour le signal. Les deux groupes de résistants s'étaient séparés un peu plus tôt et il avait suivi le commandant Pixis, naturellement.

S'engager avait été une évidence, du haut de ses 22 ans, et lorsque l'armistice avait été signée, il avait tout aussi naturellement suivi ses camarades dans le maquis. Alors, se retrouver ici, face à cette base ennemie remplie de soldats surarmés devait être une fierté. Oui, il se sentait enfin entier, prêt à tous les sacrifices, tant qu'ils gagnaient. Car l'horreur, il l'avait vue depuis des mois qu'il se battait. Les massacres, les viols, les tortures. Il lui suffisait de fermer les yeux pour se souvenir de tout ce qu'il avait vu ou entendu.

Et pourtant, là, face à ce mur haut de vingt mètres, il se sentait presque perdre pieds. Malgré sa foi en le commandant Pixis, malgré sa volonté – presqu'indéfectible – de venger sa famille et ses amis tombés au combat ou assassinés sauvagement, il n'était plus très sûr de vouloir réussir. Cette peur, ce sentiment atroce qui insinuait qu'au fond, c'était surement la fin, lui tordait les entrailles. Cette boule qu'il sentait dans le creux de son estomac, présente depuis le début de la journée, atteignait son paroxysme. Et pourtant, que pouvait-il faire, là, entouré de tous ces hommes prêts au même sacrifice que lui ? Partir ? S'enfuir ? Il savait que cela aurait été idiot, voir suicidaire. Autant que de rester, finalement.

Quelle connerie.

En entendant le signal du commandant, il sentit son corps se crisper entièrement, son sang se glaçant dans ses veines. Ainsi, on y était. La fin arrivait à grands pas, accompagnée de son amie la faucheuse.

Il sentit ses pieds se décoller lentement du sol boueux, automatiquement, reproduisant les mouvements des personnes qui l'entouraient. Tel un bambin reproduisant les gestes de sa mère. Un pas, un deuxième, et le cortège funèbre s'enclenchait, avançant vers son dernier voyage. Il voyait le mur approcher à mesure qu'il avançait, suivant les autres, inconnus sans visage.

Son arme serrée entre ses doigts moites, un fusil d'assaut récupéré sur le corps encore chaud d'un ennemi, il continuait à avancer, en silence, évitant à tout prix de se faire repérer. Il savait que ce moment arriverait bien trop tôt, et pourtant il aurait tout donner pour le voir s'éloigner. L'espoir, fou et déraisonnable, d'une chance de survie stagnait dans sa poitrine, faisant battre violemment son cœur déchiré.

Tournant la tête vers la gauche, il dévisagea l'homme à ses côtés, voyant les émotions violentes qui passaient sur son visage. La peur, la haine, la rage de vivre. L'espoir. Il savait que sur tous ces visages, ces mêmes expressions seraient visibles.

Devant, en première ligne, le commandant Pixis marchait, l'arme en avant. Quelle idée stupide, d'avoir un jour décidé qu'il était l'homme à suivre. Sa mère lui répétait constamment de faire attention, et de ne croire qu'en son instinct. Belle leçon de vie. Elle devait se moquer de lui, là où elle reposait à présent. Mais il allait bientôt la rejoindre. Cette seule pensée le rassurait, un peu. Au moins, il ne serait plus seul.

Encore quelques pas, à s'enfoncer dans cette vase immonde, avant d'être repérés par les ennemis. Avant que le massacre ne commence. Il se rappela la douceur de sa mère, la poigne de son père. Les jeux avec ses frères, les rendez-vous secrets avec Marie, la fille de ses voisins. Leur premier baiser, alors qu'il avait dix-sept ans. Sa première soirée, avec ses amis. La première fois qu'il faisait l'amour, sur ce petit coin recouvert de mousse, dans la forêt longeant sa maison. Marie, encore et encore. La belle Marie, qui l'attendait quelque part. Sa splendide fiancée, jurant de l'attendre pour qu'ils se marient. Levant le visage vers le ciel, il fit une dernière prière à un Dieu en qui il n'était plus sûr de croire.

Et soudain, tout ne fut que chaos.

Les coups de feu retentirent tout autour de lui. Il visa, tira, et un ennemi tomba au sol. A nouveau il visa. Autour de lui tout n'était que mort et désolation. Les hommes et les femmes à ses côtés tombaient, d'autres tuaient, et le bruit des balles frappant leur cible éclatait tout autour de lui.

Apeuré, il courut vers une zone protégée par de la taule rouillée, et s'affala au sol, poussant dans la boue pour rapprocher ses jambes au plus près de lui. Les battements désorganisés de son cœur étaient incontrôlables. Anarchiques. L'épouvante laissait place à la réalité de l'horreur présente autour de lui. Juste à ses côtés tomba un homme, le visage aux yeux vitreux à jamais tourné vers lui. Il laissa échapper un cri de pure terreur, faisant sursauter l'homme – trop jeune – caché à côté de lui. Il croisa son regard, rencontrant le même affolement qu'il ressentait au fond de ses entrailles torturées.

Dans un instant de folie pure, parce qu'au fond ils savaient que c'était terminé, ils se serrèrent la main de toutes leurs forces, se transmettant un courage qu'ils n'avaient plus. L'homme lâcha finalement sa main, se leva et courut vers l'ennemi dans un cri monstrueux en tirant sur tous les ennemis lui faisant face.

Et il resta caché, couard, levant suffisamment la tête pour voir son ami d'un instant s'écrouler, face contre terre, transpercé de toutes parts par des balles ennemies. Il se baissa à nouveau, les yeux clos, les mains serrées sur ses oreilles pour tenter de couvrir les bruits monstrueux des cris alentours.

Soudain il sentit une pression au niveau de son épaule et leva la tête pour voir d'où venait le contact. Deux yeux le dévisageaient, silencieux, inquisiteurs. Une question muette passa entre eux, un élan d'audace ridicule, et le jeune homme se releva, suivant l'homme qui l'avait touché. Il courut, arme devant lui, tirant au hasard, sans réfléchir. Il sentit une douleur intense au niveau des jambes qui lâchèrent, le faisant tomber au sol. Il cria de souffrance, son corps s'enfonçant dans la boue alors qu'il tentait de se relever sans y parvenir. Plus aucune force n'arrivait à le faire se redresser, il ne sentait plus rien en dessous de la ceinture serrée à sa taille.

Ses forces le quittaient lentement, alors qu'une nouvelle douleur le frappa à l'épaule. S'écroulant face contre terre, le visage dans la boue, il comprit. C'était terminé. Dans un dernier souffle de vie, il revit les longs cheveux roux de Marie, ses boucles folles, ses yeux d'un bleu translucide et vif.

Et il ferma les yeux, le corps englué dans la boue, ses dernières forces le quittant alors qu'il laissait échapper un dernier souffle de vie.

xXx

Eren observait les lumières éclatant dans la nuit au loin, là où devait avoir lieu la première attaque. Caché derrière un arbre comme le reste des troupes d'Erwin, il sentait la peur commencer à l'envahir. Les battements erratiques de son cœur vrillaient à ses oreilles. Les cris parvenaient jusqu'à eux, sans discontinuer. Il voyait Erwin poster un peu plus loin devant lui, concentré sur sa radio portable avec laquelle il communiquait avec le reste des troupes.

La main posée sur son pistolet-mitrailleur, un MP 38 récupéré lors de l'attaque du train de marchandises allemand, il tentait de contrôler sa respiration en vain. L'assaut allait bientôt débuter, ils n'attendaient plus que le signal du commandant.

Il tourna la tête en entendant un bruissement juste à côté de lui, rencontrant le regard affolé d'un jeune homme qu'il ne connaissait pas. Ce dernier se mordait la lèvre inférieure, serrant entre ses mains sa propre arme. Le résistant lui rappelait quelqu'un. Il fouilla sa mémoire à la recherche d'une piste et haussa les sourcils en se rappelant le discours d'Erwin Smith. Comment s'appelait-il, déjà ?

- On n'a pas eu le temps de se présenter, le salua-t-il d'une voix basse et rauque. Je suis Marlowe, et toi ?

- Eren. Tu fais partie des ailes de la liberté ?

- Ouais. J'ai suivi des amis, à la fin de la guerre. On était dans le nord, au début, mais Thomas voulait rejoindre sa famille. – Il montra un jeune homme blond au visage enfantin, un peu plus loin. – Alors nous voilà.

Eren serra sa main tendue, lui adressant un petit sourire. Le jeune homme à la coupe au bol le lui rendit en réalisant une petite grimace.

- Et toi, c'est quoi ton histoire ?

- Je… Ma mère s'est fait tuer, il y a quatre mois. J'ai pas pu rester les bras croisés alors que ces enfoirés massacraient tout le monde.

- Je comprends.

Ils se turent, se crispant en entendant les tirs éloignés, les cris et autres bruits incompréhensibles. Eren tourna la tête vers le commandant au moment où ce dernier levait le bras, lançant l'assaut. Il se redressa, suivant le mouvement, Marlowe sur ses talons. Un peu plus loin avançait Mikasa, qui tentait de se rapprocher un peu de lui. Elle finit par le rejoindre, le visage fermé, les yeux plissés par la concentration. Les autres étaient mélangés avec le reste des soldats et résistants, prêts à en découdre.

Ils avancèrent à l'aveuglette, suivant le reste de la formation, veillant à faire le moins de bruit possible. Enfin, ils aperçurent la porte grillagée de la base. Une dizaine de soldats armés la tenait, sur leurs gardes. Tous accroupis dans les buissons, ils attendirent le signal du commandant qui ne tarda pas à éclater, dans un cri de rage. Les premiers tirs suivirent de près, tuant quatre soldats avant que les ennemis ne ripostent. Ces derniers tiraient dans leur direction, les balles frappant au hasard les cibles encore invisibles. Dans un deuxième cri du haut gradé, ils commencèrent à traverser les derniers remparts broussailleux avant le no man's land entre eux et la porte.

Rapidement, le reste des soldats gardant la porte fut éliminé. Autour du jeune homme, quelques hommes étaient tombés, signant leur fin. Eren enrageait, avançant trop rapidement, dépassant quelques hommes. Il fut tiré en arrière au bout de quelques pas par une force inconnue, pour se retrouver face au visage marqué par la rage de sa sœur.

- Ne va pas te faire tuer, crétin.

Le jeune homme cligna un instant des yeux avant de tourner la tête vers la première ligne d'hommes des ailes de la liberté. Certains se firent descendre d'un coup, alors que des ennemis les avaient repérés. Il finit par hocher la tête en se mordant la lèvre inférieure, reprenant ses esprits. Il grogna en voyant un groupe de soldats allemands courir vers eux, les visant avec des armes imposantes. La première salve de tirs les frappa violemment, tuant six hommes sur le coup. Erwin cria un ordre qui se perdit dans le vacarme assourdissant des combats et deux hommes le dépassèrent, munis d'un engin étrange.

D'immenses flammes s'échappèrent de l'engin de mort, enflammant les ennemis qui se trouvaient à portée. Eren eut un haut-le-cœur en sentant la chair calcinée, écarquillant les yeux d'horreur en observant les hommes en feu courir dans tous les sens en hurlant devant eux. Cette arme était monstrueuse, une pure abomination dévastatrice. Autour de lui, un homme vomissait ses tripes en se tenant le ventre. Marlowe affichait une expression dégoûtée, la main sur le visage pour couvrir l'odeur insupportable.

Le vacarme lui vrillait les tympans. Il se sentait presque déconnecté de la réalité, observant les hommes tomber autour de lui, les cris de douleur et l'odeur insupportable de la mort emplissant l'air ambiant. Il sursauta en entendant une explosion un peu plus loin derrière lui au moment où il passait les portes pour rejoindre le commandant. Se tournant, il baissa la tête pour voir un morceau de jambe à ses pieds. Putain de merde.

Ils allaient tous y passer si ça continuait. Le jeune homme tira sa sœur à lui, la protégeant de son corps. Il pria pour survivre, pour avoir une chance de continuer à sentir son cœur battre lorsque le soleil se lèvera. Pour pouvoir entendre à nouveau les rires de Connie et Sasha. Pour avoir l'occasion de discuter encore avec Armin, lorsque le reste du monde s'endort. Pour pouvoir sentir à nouveau la main de sa sœur dans la sienne. Pour revoir encore le sourire moqueur du capitaine Livaï.

Mikasa le suivait, avançant en évitant les corps sur le chemin. Elle tirait sur les ennemis qui leur barrait la route, impassible. Dans ses yeux dansait une lueur folle, déterminée à détruire tout ce qui se dresserait malencontreusement sur leur chemin.

Devant eux Erwin continuait à avancer, les traits fermés, tirant des salves ininterrompues sur les ennemis qui lui faisaient face. Au loin, Eren remarqua des membres des Roses Pourpres, frappant de leur côté les allemands. Le plan fonctionnait. Les soldats étaient pris en étau, encerclés de toutes parts.

Et soudain, le signal de repli fut lancé. Les yeux s'agrandissant, Eren sursauta et commença à reculer, Marlowe sur les talons. Il perdit sa sœur dans la foule désarticulée, la cherchant en vain dans les troupes l'entourant. Continuant à avancer, il surveillait ses arrières, où les soldats ennemis étaient tenus en joue par des membres de leur camp.

Il se pressait pour attendre la porte, trottinant en tenant son arme. Son nouvel ami le dépassa, croisant son regard et lui adressa un grand sourire avant de continuer sa route. Eren vit alors un éclat, derrière l'un des bâtiments. Il tourna la tête pour voir d'où provenant la lumière et cria en se jetant sur le jeune homme, le poussant de toutes ses forces. La balle tirée par le soldat qu'il avait repéré frappa le mur derrière Eren. Il voulut le viser pour le tuer mais fut trop lent et Marlowe eu à peine le temps de se relever qu'il fut transpercé de part en part par une balle dans le front.

Dans un cri rauque, Eren tira à plusieurs reprises sur le soldat, le projetant en arrière. Il se jeta ensuite sur le corps inerte, le tirant vers lui. Il sursauta en sentant une main sur son épaule et tourna la tête pour se retrouver face à Christa, le visage ensanglanté.

- Il faut partir, Eren ! On ne peut pas l'emmener, il est trop lourd. Avance !

Dans un sursaut de vivacité, Eren hocha la tête et, après un dernier regard au corps sans vie de Marlowe, courut derrière la jeune fille, la suivant dans les bois. A peine fut-il à l'abri dans la forêt qu'il entendit le bruit des avions fonçant vers la base militaire.

xXx

Mikasa grogna en scrutant le champ de bataille autour d'elle. Le repli à peine annoncé, elle avait perdu Eren de vue. Dans un grincement de dents, elle suivit le mouvement en essayant de le retrouver.

Autour d'elle, des soldats se battaient, tentant de s'échapper. Elle se retrouvait entourée de dizaines d'inconnus, certains plus vifs que d'autres. La peur et le dégoût se mélangeaient sur leurs traits, créant un air qui aurait pu être comique dans une autre situation. Mais là, entre les giclées de sang et les hurlements lui perçant les tympans, elle commençait à se sentir mal.

Un homme courut devant elle, une partie de son bras gauche en moins, avant de s'effondrer au sol. Un frisson de dégoût la parcourut, alors qu'elle tentait de rejoindre la porte. Un peu plus loin, elle vit Connie, tentant de se relever aidé par Sasha qui hurlait comme une folle. Elle les rejoignit en évitant les tirs ennemis, attrapant le bras du jeune homme pour le tirer violemment devant elle. Il bondit vers la porte, courant en suivant la miss Patate nationale.

Il fallait qu'elle retrouve Eren. Elle se tourna, scrutant le paysage macabre autour d'elle. Aucune trace de son frère. Putain. Elle poussa les hommes qui couraient sans but vers la sortie, avançant à contre-courant. Des flammes sortaient du bâtiment le plus proche d'elle. Elle se mordit les lèvres en tentant d'avancer, malgré les embûches sur son chemin, bouts de corps et de métal brûlé.

Un mouvement sur sa droite lui fit tourner la tête. Elle se retrouva face à deux soldats ennemis, qui lui tournaient le dos, approchant silencieusement de la porte arrière du bâtiment le plus proche d'elle. Elle mit son arme en joue, rechargeant en avançant vers eux.

Elle tua le premier d'une balle dans la poitrine, passant par son dos. Son camarade se retourna en s'exclamant de surprise, faisant face à la jeune femme qui le visait, le visage tordu par la rage. Il fonça vers elle, dirigeant son poing fermé vers son visage. Le coup la déstabilisa, lui faisant lâcher son arme. Elle attrapa le bras encore tendu, le tordant dans le dos de l'homme qui hurla en gesticulant. Elle sentit le bras craquer sous la force de sa poigne et lâcha en observant le corps désarticulé tomber au sol. Ramassant rapidement son pistolet, elle tira dans la tête du soldat, une flaque de sang apparaissant lentement autour d'elle, tel le halo d'un ange.

Mikasa repositionna son arme, vérifiant le chargeur, et se dirigea vers l'intérieur du bâtiment en plissant les yeux pour tenter de s'habituer à l'obscurité. Des bruits de vêtements qui se déchirent, de coups fracassant les os, de cris de douleur, de rires moqueurs se faisaient entendre.

Silencieusement, elle se glissa vers l'intérieur en essayant d'habituer ses yeux au noir. Petit à petit, elle distingua un petit groupe, s'acharnant sur des hommes au sol, au milieu de la pièce qui semblait vide. Glissant l'arme dans son dos, rattachée à une lanière en cuir, et attrapa une dague cachée au niveau de sa cuisse, se rapprochant doucement de l'homme le plus près d'elle, installé un peu en retrait. Elle planta la dague dans sa gorge à nu, l'autre main sur sa bouche pour l'empêcher de crier. Le soldat tomba au sol dans un bruit sourd et elle resta immobile en jetant un coup d'œil au reste du groupe. Ils ne l'avaient pas encore repérée. Bien.

Mikasa approcha encore un peu, essayant de distinguer l'identité des hommes au sol. Impossible, il faisait trop sombre. Dans un petit soupir silencieux, elle tira l'un des hommes en arrière et planta sa dague entre ses côtes flottantes, remontant vers les poumons. Une giclée de sang recouvrit son torse et son visage.

Elle lâcha le corps inerte lorsqu'un homme la repéra, criant pour annoncer sa présence aux autres. Putain, ils étaient encore cinq, contre elle seule. Elle courut vers l'ennemi le plus proche, abattant son arme en frappant violemment sa tête qui éclata sur le sol dans un crac immonde. Elle fut tirée en arrière par deux mains puissantes agrippées à ses cheveux, raclant le sol en tentant de lui faire lâcher prise. Elle balança son bras en arrière, dague dans le poing fermé et la planta dans le mollet de son assaillant. Il la libéra en tombant dans un hurlement macabre et elle se releva en frappant l'ennemi qui lui faisait face de sa dague toujours en main.

Mikasa récupéra son fusil dans le dos d'un mouvement ample et tira sans réfléchir, frappant un autre ennemi en plein cœur. Elle sentit soudain une douleur fulgurante au niveau de ses omoplates et s'écarta en titubant. Posant la main sur la zone douloureuse, elle sentit le liquide qui s'échappait d'une blessure dans le milieu de son dos. Elle grogna, les pics de souffrance s'enfonçant dans son être, le long de sa colonne vertébrale. D'un geste vengeur, elle se tourna, lame en avant, et frappa dans le vide.

Elle tourna la tête vers l'endroit où l'homme s'était écarté, récupéra son arme pour le tuer, visa et fut à nouveau frappée dans le dos. Elle se sentit tomber au sol, récupérant sa dague au passage pour l'enfoncer de toutes ses forces dans l'entrejambe de l'homme qui s'était écarté. Il s'écroula en hurlant, vomissant de tout son saoul sur le sol sale.

Elle s'éloigna en se servant de ses mains frottant sur le sol, de ses pieds glissant sur des fluides inconnus. Tournant la tête pour essayer d'analyser la situation autour d'elle, elle se retrouva face à une paire d'yeux sombres la dévisageant en silence. Ses yeux qu'elle commençait à bien connaitre, appartenant à un corps bien mal en point.

- Jean ? Merde, Jean ! Ça va aller ! Je suis là…

Elle se traîna vers lui, lui attrapant la main, récupéra son pistolet pour tirer sur le dernier homme encore debout, le tuant sur le coup. Rapidement, elle se releva en serrant les dents face à la douleur lancinante qui déchirait son dos et sa pommette.

- Il faut partir, le signal de repli a été lancé. Tu peux te relever ?

Il gémit en poussant sur ses bras, grognant de douleur et s'appuya sur le bras tendu de la jeune fille. Deux autres hommes, appartenant aux ailes de la liberté, étaient avec lui. Le premier semblait déjà mort, roué de coups ; quant au deuxième, il parvint à se relever, utilisant une barre en métal comme béquille. Ils sortirent du bâtiment en douceur, pour ne pas aggraver leurs blessures.

Ils rencontrèrent rapidement deux résistants qui s'enfuyaient. L'un d'eux récupéra le blessé, le soulevant dans ses bras. Le deuxième soutint Jean avec l'aide de Mikasa, allant vers la porte de sortie en titubant sous le poids du jeune homme.

La porte fut passée sans encombre grâce aux soldats encore présents dans l'enceinte de la base. Arrivés dans la forêt, le résistant l'aida à asseoir Jean contre un arbre et elle s'agenouilla à ses côtés, laissant l'homme rejoindre les autres.

- Ça va aller, Jean. On va te soigner.

Il lui sourit en toussant sous la douleur. Mikasa tira sur le tissu de son haut, se mordant la lèvre pour tenter d'oublier sa propre souffrance. Une bande de tissu se retrouva dans sa main et elle entoura le bras blessé du jeune homme, serrant pour arrêter le sang. Elle déboutonna la chemise imbibée de sang, dévoilant son torse musclé. Une rougeur apparut sur ses joues, qu'elle tenta de couvrir en baissant le visage et scruta le ventre de son ami.

Des bleus violacés commençaient à apparaître sur le haut de son corps, traces de tous les coups qu'il avait reçus. Elle glissa une main tremblante vers ses côtes, lui arrachant un gémissement de souffrance.

- Je crois que tes côtes sont au moins fêlées, si ce n'est pas cassé. Vu que tu as pu marcher, je pense que ça va aller. Mais…

- Merci.

Elle releva la tête pour croiser son regard alors que la base explosait derrière eux. Le bruit des bombes détruisant tout sur leur passage semblait à des milliers de kilomètres alors qu'ils se perdaient, dans les yeux l'un de l'autre. Elle finit par lui sourire, silencieuse.

Dans un sursaut de lucidité, elle se leva pour scruter l'ensemble des hommes revenus de la base et croisa le regard sombre de son frère. Ils s'observèrent sans rien dire et il finit par détourner la tête, s'éloignant un peu du reste des troupes. Mikasa soupira, rassurée, et se baissa à nouveau, pressant la main de Jean en lui parlant doucement, le rassurant tendrement.

xXx

Les cris étaient trop puissants, détruisant les oreilles du commandant Erwin. Il fallait fuir à tout prix, où il ne s'en sortirait pas. Le signal de repli avait été lancé à l'instant, et il vit tous ses hommes courir vers la sortie, en dehors de ceux protégeant leur repli. Lorsque les civils eurent passé la porte, le blond siffla, ordonnant le repli des soldats. Il les aida à quitter la zone, tirant sur les allemands qui tentaient de fuir.

Et enfin, il put quitter la base. Il courut, passant la porte, lorsqu'un cri rauque lui fit tourner la tête. Merde.

Deux de ses hommes étaient aux prises avec l'ennemi, se battant contre une dizaine de soldats en se protégeant derrière un bâtiment encore stable. Au loin, l'explosion caractéristique de la bombe d'Hanji éclata, et il sentit le poids de ses épaules s'éloigner. Ils avaient réussi.

D'un coup d'œil vers la forêt, il s'assura que les civils allaient bien, avant de rebrousser chemin pour atteindre ses hommes. Il se jeta contre le mur en évitant une balle perdue, et scruta les dégâts. Ralph était blessé au niveau de l'épaule, serrant un tissu sur la plaie suintant de sang. A ses côtés, Djel semblait concentré, visant les troupes ennemies, essayant de créer un passage pour qu'ils puissent fuir.

- Allez-y, je m'occupe d'eux, grogna Erwin en rechargeant sa précieuse ERMA EMP-35.

Ils hochèrent la tête et Djel prit la direction de la porte, couvrant leur avancée et protégeant Ralph de son corps. Ils atteignirent la zone sans trop de difficultés, Erwin finissant d'achever les derniers soldats et les rejoignant en courant.

Et les avions alliés apparurent au-dessus de leur tête, lâchant une première bombe qui détruisit le bâtiment loin derrière eux. Le souffle de l'impact arriva jusqu'à eux et ils accélérèrent le pas, se précipitant vers la forêt, couverts par les résistants cachés dans les buissons. Ils réussirent à atteindre la douce protection des arbres lorsqu'une deuxième bombe explosa, un peu plus près, et Ralph se laissa tomber dans la boue, lâchant son arme à ses pieds, le souffle court, les traits tirés alors que Djel et Erwin le rejoignaient. Derrière eux, les flammes commençaient à s'élever dans le ciel noir de suie. Mais c'était terminé.

xXx

Le capitaine Livaï était éreinté. Il venait de récupérer l'espion, qui avait été blessé en fuyant. Une plaie suintante de sang couvrait une partie de son abdomen, l'empêchant de se déplacer. Putain de connerie. L'homme avait une quarantaine d'année, ses cheveux lui arrivant aux épaules étaient sales, abimés. Son visage strié de coupures était ensanglanté, marqué par les derniers évènements.

L'homme était soutenu par Gunther, le portant sur son dos alors qu'ils se dirigeaient en courant vers le mur. Rapidement, ils furent rejoints par Hanji et les autres, se préparant à passer grâce aux grapins. Il aida son subordonné à attacher l'espion dans son dos grâce à des lanières de cuir apportées par Hanji, serrant le cordage en arrachant un grognement au blessé. Puis il se tourna vers la jeune femme en haussant un sourcil.

- La bombe est posée ?

- Ouaip. On peut y aller, Monsieur Grognon. En marche !

Il se renfrogna, se détournant vers le mur de vingt mètres. Réajustant sa ceinture, il appuya sur le bouton et projeta le grapin vers le sommet du mur, le figeant dans la pierre. Il fut irrésistiblement attiré vers ce point, se rattrapant au dernier moment à l'extrémité de sa main gauche, les pieds crissant sous la pierre. Il grimpa en tirant sur ses bras pour se remettre debout, vérifiant que les autres avaient réussi à escalader la façade sans difficulté. L'espion semblait trop mal en point, Livaï se surprenant à prier pour sa survie assez longtemps pour qu'il puisse leur communiquer les informations cruciales qu'il possédait.

Il se reconcentra sur son objectif, la forêt. Rappuyant sur le bouton il dirigea ses poignets vers les arbres hauts, se projetant dans les airs dans un sifflement aigu. Il se réceptionna sur une branche solide avant de relancer le grapin agripper un point plus bas encore. Il arriva finalement au sol, rejoint rapidement par les autres.

- Allez, Quatr'yeux, montres nous ce que tu sais faire, grogna Livaï.

Hanji lui adressa un grand sourire, dégainant un interrupteur de sa poche de pantalon. Elle se tourna vers le mur et appuya sur le détonateur. Soudain, un bruit se fit entendre de l'autre côté de la façade, le sol tremblant sous leurs pieds. De la fumée, noire de suie, apparut au-dessus de la base, suivie rapidement par des flammes si hautes qu'ils les virent sans difficulté.

- On fonce au point de rencontre. Gunther, ça va aller ? demanda le capitaine en se tournant vers l'homme.

- Il respire encore, j'imagine que c'est positif.

Livaï hocha la tête et lança le signal de repli au groupe qui courut dans la forêt, vers le camp improvisé par Erwin. Le capitaine fermait la marche, suivant ses camarades qui avançaient à vive allure dans les massifs, suivant Magath qui tenait le plan de la zone. Il se sentait fatigué, sale. Les explosions commençaient à se faire entendre au loin, vers l'avant de la base militaire. Les anglais étaient arrivés.

Son esprit voyagea vers les troupes du commandant, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine. Encore des morts, encore cette merde à devoir gérer. Ils avaient perdu Anna Sparks, tuée par un soldat ennemi qui gardait le bunker contenant les chasseurs. Moses, un homme aux côtés de qui il s'était battu, sur la frontière franco-allemande, avait récupéré le corps après les combats. Et il savait au fond de lui qu'elle ne serait pas la seule à perdre la vie cette nuit.

Fichue guerre. Fichu plan qui les avait tués. Un bref instant, il vit l'éclat émeraude des yeux du gamin, riant dans le sable. Son cœur se serra, violemment, tordant ses entrailles. Il tenta de refouler ces sentiments qui lui faisait mal, quête illusoire alors qu'il se souvenait de leurs derniers mots. « Je vous manquerais ? » Il n'était pas sûr de pouvoir gérer ça. Il avait la sensation qu'une chape de plombs écrasait son thorax, le cœur au bord des lèvres.

Il courut un peu plus vite, espérant que l'effort lui permette de penser à autre chose. Les os de ses jambes crissaient sous la puissance de ses enjambées, projetant de la terre à chaque pas. Il finit par ralentir en voyant le reste du groupe faire de même, approchant de la base. Magath lança le signal donné par Erwin avant leur départ, prévenant leur arrivée aux éclaireurs postés devant eux. Il s'arrêta totalement, observant la forêt devant lui. Les autres avaient continué à avancer et il en profita pour faire le vide dans son esprit. Il devait retrouver ses esprits, avant de revoir les survivants. Et les morts.

Soufflant un grand coup, il commença à marcher en évitant les débris de bois et de feuillages sur son chemin. Il remarqua alors un mouvement devant lui et scruta la nuit qui l'entourait. Un homme avançait vers lui, lentement, marchant lui aussi dans cette forêt incongrue.

Il récupéra son arme plaquée dans son dos, la braquant sur l'intru qui approchait. Presqu'aucune lumière ne les éclairaient, rendant ardue sa tâche. Un craquement se fit alors entendre proche, trop proche de lui, et il distingua un corps, dos à lui, à moitié caché derrière un arbre. Il fit un pas vers le côté, arme en jour, et le corps se retourna en sursaut, écarquillant les yeux. Des yeux plus verts que les plus belles pierres précieuses. « Eren ? » Il lâcha subitement son arme au sol dans un claquement sourd.

Deux bras se refermèrent alors sur lui, l'attirant contre un torse ferme. Il ouvrit la bouche d'étonnement, et finalement, après de longues secondes à rester paralysé, il serra à son tour le corps chaud contre le sien. Ce corps tremblant où battait violemment un cœur, au même rythme déchaîné que le sien.

- Tu es vivant… Murmura la voix rauque d'Eren, le visage niché dans ses cheveux décoiffés, le tutoyant sans le remarquer.

Le gosse sentait le cramé, le sang, la bile, mais il était là. Etouffé dans son étreinte irréelle, le capitaine se sentit faiblir, grognant face à son impuissance. Alors, il ne dit rien, se contentant de serrer le corps tremblant, glissant une main dans ses cheveux trop longs.

Finalement, doucement, il s'écarta du jeune homme dont les tremblements avaient fini par se calmer. Ce dernier chercha son regard auquel il se raccrocha fermement, lui adressant un timide sourire en coin. Le capitaine lâcha un petit rire amusé, passant une dernière fois sa main dans les cheveux soyeux d'Eren.

- C'est pas très malin de se balader comme ça, gamin. J'aurais pu t'abattre.

- Mais vous ne l'avez pas fait, capitaine.

Livaï frissonna. Le gamin le vouvoyait à nouveau et, étrangement, il n'appréciait pas ça. Il détourna les yeux en se renfrognant.

- Livaï.

- Je… Quoi ?

Le capitaine releva la tête vers le jeune homme qui affichait une mine perplexe, les lèvres entrouvertes lui donnant un air ahuri. Il soupira avant de se baisser pour récupérer son arme qu'il rangea dans son dos et de glisser ses mains dans ses poches.

- Arrête de m'appeler « capitaine ». On n'est pas dans l'armée, alors appelle moi Livaï, morveux. Et tutoies-moi, merde.

- Oh… Je… C'est étrange, cap – Emh. Livaï…

Le capitaine hocha la tête, le visage impassible. Contrairement au reste de son corps qui s'était enflammé, contre son gré. Il finit par se détourner, faisant un signe au gosse en direction de la zone de repli. Ce dernier acquiesça et ils se rendirent vers le camp où étaient regroupés les autres survivants.

xXx

Eren avait encore du mal à contrôler les battements anarchiques de son cœur lorsqu'il rejoignit les autres. Le capitaine était en vie, il l'avait serré dans ses bras. La sensation de son corps contre le sien était encore présente dans toutes les pores de son corps tremblotant alors qu'il marchait derrière lui.

Il remarqua le commandant Erwin en grande discussion avec Gunther, et Mikasa qui restait immobile face à un brancard improvisé, dos à lui. Un corps était allongé sur la bande de tissu, mal en point. Il s'approcha doucement vers sa sœur, les sourcils froncés, le capitaine juste devant lui rejoignant le même point.

Mikasa se tourna alors vers lui, le visage pâle comme la mort. Elle cligna quelques instants des yeux, ne semblant pas le reconnaître puis les écarquilla en faisant un pas vers lui, le corps tremblant.

- Eren…

- Qu'est-ce qui se passe ?

Il s'approcha, la poussant sur le côté pour s'approcher du corps étendu. Il leva les yeux vers le visage de l'espion blessé en piteux état et eut un sursaut choqué avant de tomber au sol en lâchant un gémissement de pure détresse.

- Non. Non. Non… Pas toi… Papa !

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Voilà le chapitre 11, j'espère qu'il vous a plu, même s'il est assez violent... J'avoue avoir eu quelques difficultés à l'écrire aha.

A la prochaine pour le chapitre 12 et quelques réponses !