Retrouvailles

-... Parrain...?

Le regard sombre se détacha des flammes pour venir se poser sur le jeune homme qui le dévorait des yeux.

Lorsque, bien des années plus tard, Hermione raconterait cette histoire, elle serait bien ennuyée de dire si ce qu'elle vit à cet instant tenait plus de l'illusion ou de la réalité. À l'encontre de toute bonne éducation malefoyenne, Drago venait de se précipiter vers son parrain pour l'enlacer longuement dans une étreinte virile. L'instant de surprise passé, Snape lui tendit brièvement son étreinte et lorsque quelques minutes plus tard il lui saisit doucement les épaules pour l'éloigner à nouveau de lui, nul n'aurait pu dire lequel des deux avait les yeux les plus brillants d'émotions.

Tout en gardant sa main sur l'épaule de l'ancien professeur, Drago, un sourire à la fois heureux et fier sur les lèvres, tendit sa main vers Ella qui les regardait de loin pour l'inviter à les rejoindre. Là, il passa son bras autour de ses épaules et la présenta le plus simplement du monde à l'homme qui comptait plus qu'un père pour lui.

-Parrain, je suis heureux de te présenter Ella, celle qui illumine ma vie depuis maintenant un peu plus d'un an.

Celle-ci adressa un timide sourire à l'homme au regard sombre qui se dressait face à elle et, nullement impressionnée, elle lui tendit la main pour la lui serrer.

-Enchantée. Je suis heureuse de pouvoir vous rencontrer, contre toute attente, ajouta-t-elle malicieusement. Drago m'a si souvent parlé de vous...

-C'est heureux que ce soit lui qui l'ai fait plutôt que d'autres. Je suis donc à peu près sûr qu'il n'a pas trop noirci mon image.

Ella étouffa un rire espiègle avant de répliquer.

-Ne vous inquiétez pas. Même s'il ne vous a pas décrit comme une terreur, il n'a pas omis votre caractère, comment dire...? Assez peu affable ? Ainsi, je pense qu'il a su rendre fidèlement votre personnalité...

Hermione assistait à l'échange, soufflée de l'audace de la jeune femme face à celui qui avait incarné pour une génération d'élèves la terreur des cachots. Étonnamment, Snape ne répliquait pas et on aurait même pu imaginer un instant l'ombre d'un sourire effleurer ses lèvres.

Une fois remis de ses émotions et les présentations faites, Drago ne put s'empêcher de poser la question qui lui brûlait les lèvres.

-Parrain, comment t'en es-tu sorti ? Tout le monde te croit mort...!

-Et ça restera comme ça ! J'ai, comme tu le fais si justement remarquer, assez chèrement payé mon droit au calme et à la paix. Calme et paix qui sont trop souvent troublés à mon goût ces derniers temps. Quant à savoir comment, Drago, je ne saurais te le dire. J'ai des soupçons, ajouta-t-il en jetant un œil discret du côté d'Hermione, mais sans certitude. Toujours est-il que ce soir-là, quelqu'un a décidé que ma vie ne s'arrêterait pas là. Je n'ai pas encore décidé s'il fallait que je le remercie de son geste ou que je l'en maudisse...

-Mais Parrain...

-Stop Drago! Je n'aborderai pas plus ce sujet ce soir. Ce n'est ni le moment, ni le lieu et nous avons d'autres chats à fouetter. Pour commencer, je veux un rapport exhaustif de ce qui s'est passé durant la Répartition de ce soir.

Drago et Hermione se concertèrent du regard, ne sachant pas vraiment par où commencer. Snape prit alors les choses en main tout en soupirant d'un air exaspéré.

-Faisons simple. Miss Granger acceptez vous de me confier ce souvenir ? Nous gagnerons en temps et en précision, deux éléments qui nous manquent cruellement à ce stade.

La jeune femme leva les yeux au ciel avant de se poster face à son ancien Directeur, et laissa ses yeux noisettes se perdre dans les orbes noires. Un court instant surpris par son audace, Snape ne perdit pour autant pas de temps avant d'entrer dans son esprit ?

-Legilimens

Il assista alors à toute la Répartition et fut plus bouleversé qu'il ne l'aurait voulu lorsqu'il entendit le petit discours d'Hermione à l'attention de sa maison. Ne voulant pas s'attarder plus que nécessaire sur ce souvenir de peur de déclencher une vague de questions de la jeune femme, il parvint assez rapidement au moment de l'apparition de Magnus Angestrel. Son regard planté dans celui de Mc Gonagall le fit frissonner malgré lui et il prit le temps d'analyser ce moment, bien que conscient de la gêne d'Hermione.

Lorsqu'il revint à la réalité, la jeune femme se tenait doucement la tête, les yeux fermés et il se sentit vaguement coupable de son état.

-Tenez. Une potion contre les migraines. Soyez sûre que je suis désolé d'avoir forcé ainsi ce souvenir mais je devais pouvoir ancrer ce moment en moi pour ne pas avoir à y revenir. Drago, ajouta-t-il en se tournant vers son filleul, ce garçon est dans ta maison. Je veux que tu gardes constamment un œil sur lui. Débrouille toi comme tu veux, je te tiens pour responsable de ses moindres faits et gestes. Miss Granger, vous allez devoir redoubler de vigilance, c'est vous que ce garçon suivait sur le Chemin de Traverse et si nos pronostics s'annoncent malheureusement bons comme je le pense, ce sont tous les nés Moldus et Sang-mêlés de Poudlard qui sont en danger. Drago, cela concerne donc également ton épouse.

Hermione prit la parole.

-J'ai eu une idée dernièrement et celle-ci s'est renforcée ce soir. Pourquoi ne pas ouvrir un club de duel que nous animerions ensemble, Drago et moi ?

-Encore une fois, Miss Granger, votre incapacité à voir plus loin que le bout de votre nez est désolante. Un club de duel ? Histoire de renforcer Magnus ou qui qu'il soit ? De donner libre court à sa folie ? Bravo !

-Laissez moi finir, voulez vous ? Et ravalez vos sarcasmes pour une fois, ça nous fera des vacances ! Bien sûr, je ne parle pas des premières années ! Mais à partir de la 3ème année, cela me semble jouable et apprendra à nos élèves à se défendre ! Car qui que ce garçon soit, il n'est pas seul en liberté ! Quelques uns des Mangemorts n'ont jamais été retrouvés et sont présumés morts par la ministère parce que ça les arrange bien !

-Et peut-on savoir d'où vous tenez vos informations Miss?

-Je vous rappelle qu'Harry et Ron sont Aurors... Et ils me tiennent régulièrement au courant même s'ils ne peuvent s'opposer à la politique du Ministère.

-Je vois. Pour une fois que ces deux incapables ont une utilité, profitons-en. Des noms, Granger !

-"S'il vous plaît" et "merci" ne vous écorcheront pas les lèvres, je pense. Les Lestrange, Nott, Greyback. C'est tout...

-Et c'est déjà bien suffisant !

Un court silence se fit durant lequel Snape semblait peser le pour et le contre et ils l'entendirent finalement maugréer de mauvaise grâce.

-Je finis par penser que votre idée de duel n'est peut-être pas idiote pour une fois. En revanche, et ceci est valable pour tous ! Je veux un rapport détaillé et journalier de tout ce qui pourrait sembler anormal dans ce maudit château ! Granger ! Je vous tiens pour responsable de ces rapports ! Drago ! Vous ne me lâchez pas ce merdeux d'une semelle ! Et soyez gentil de veiller sur votre épouse. Je n'ai aucune envie d'en ramasser les morceaux un jour où l'autre ! Ce sera tout !

Hermione, Ella et Drago, soufflés par le déluge d'ordres assénés par leur ancien Professeur ne purent qu'assiter, muets, à sa disparition dans une explosion de poudre de cheminette. Comme d'habitude, Snape savait soigner ses sorties.

Le lendemain, les deux Directeurs de maison se trouvaient devant la directrice pour lui soumettre leur projet de club de duels pour les élèves à partir de la 3ème année. Cette dernière fut emballée et leur avoua être un peu plus rassurée à l'idée que les élèves soient bientôt en mesure de se défendre un peu plus que la moyenne. La journée se passa sans incident notable et lorsqu'Hermione poussa le soir la porte de ses appartements, elle ne fut pas autrement surprise d'y trouver une silhouette désormais familière devant la cheminée.

-Bonsoir Monsieur.

-Miss Granger.

Il avait dit "Miss" il était donc à priori de bonne humeur. Elle nota cette information dans un coin de sa tête tandis qu'elle lui déroulait un rapport de la banalité de cette journée. Finalement, il leva la main pour lui intimer de se taire et planta son regard noir dans le sien.

-Rien à signaler, donc. En revanche, je veux que vous me parliez de ce qui s'est passé durant la Répartition...

-Oh! Euh... Disons que ce qui nous a interpellé, Drago et moi, c'est le silence qui s'est fait tout d'un coup lorsque Minerva s'est retrouvée face à Magnus...

Il leva la main, excédé et sa voix doucereuse traversa péniblement ses lèvres serrées.

-Laissez ce cornichon décérébré ou il est Miss Granger. Je ne vous parle pas de lui mais de vous... Je veux que vous m'en disiez plus sur ce pourquoi vous avez pour la première fois depuis des siècles, interrompu une Répartition...

Elle rougit violemment sous la force de son regard et ses mots peinèrent d'abord à franchir ses lèvres pour ensuite se déverser à flots.

-Je me suis rendue compte que tout le monde applaudissait chaque élève réparti dans une maison et que tous, y compris Serpentards, les acclamaient avec un égal enthousiasme jusqu'au premier élève de l'année réparti à Serpentard. Là, personne n'a applaudi en dehors de cette maison et j'ai trouvé cela injuste. Comment voulez-vous reconstruire quelque chose si dès l'enfance nous encourageons la division et les à priori ou même si nous fermons les yeux ? Nous valons mieux que ça et l'avenir vers lequel je veux mener ces enfants ne ressemble pas à ça ! C'est fini ! Je ne tolérerai plus la mesquinerie entre Gryffondor et Serpentard ! Ceux qui ont fondé cette école n'ont pas élevé une maison au dessus des autres ! Quels héritiers prétendons nous êtres alors que nous ne marchons pas dans leurs traces ? Alors que nous détruisons lentement mais sûrement tout ce à quoi ils ont dévoué leur vie ? Comprenez moi bien, Professeur. Je ne suis pas mieux que ceux que je reprends. J'ai moi-même des idées reçues vis à vis de Serpentard mais je sais qu'elles sont mortifères. Je sais que trop de personnes en ont souffert et que je pleure encore aujourd'hui trop de disparus qui seraient peut-être encore là sans cette haine entretenue depuis des années. Alors j'ai décidé que c'était fini. Que plus jamais je ne regarderais un enfant comme un Serpentard, un Poufsouffle ou un Gryffondor mais comme un sorcier en devenir. Comme un enfant à qui je dois faire découvrir le meilleur de lui-même pour qu'il puisse trouver sa place dans le monde qui sera le sien. Mais j'en ai assez dit et je ne vous apprends rien. Vous savez bien mieux que moi comment la haine gratuite peut pousser un enfant innocent à dévoiler le pire de lui-même.

Elle se tut, le souffle court, les joues roses de s'être laissée emporter par sa passion. À cet instant, et durant une seconde, Snape se surpris à la trouver belle. Rien ne laissa transparaître ce fugace sentiment, reparti aussi vite qu'il était arrivé, sinon une étincelle fugitive dans son regard habituellement froid. Il détourna le regard sans un mot, bien trop remué par les paroles qui venaient d'être dites pour être capable de prendre la parole sans trahir son émotion. Il se réfugia comme à son habitude dans le sarcasme, ultime bouclier pour endiguer la reconnaissance qui l'envahissait.

-Très chevaleresque, Miss Granger.

Le ton froid était là mais la fêlure bien audible, aussi la jeune femme ne s'y trompa pas et ne répondit pas à l'apparente froideur de son invité. Elle se contenta de hocher la tête en souriant, profitant qu'il lui tourne la dos pour ne pas être vue.

Si Snape n'avait que cela à dire, c'était pour elle le plus beau des compliments et inexplicablement, elle fut heureuse lorsque l'évidence de la situation la frappa.

Elle avait réussi à toucher le cœur ou du moins ce qui le constituait de l'austère et sarcastique Maître des Potions.