Bonsoir à tous,
Merci de continuer à suivre cette histoire ! Sans plus tarder, le chapitre. Peut-être mon préféré jusque là.
Quelques précisions d'usage :
L'univers Harry Potter et ses inspirants personnages appartiennent à JK Rowling bien entendu.
Le Rating M sera justifié pour langage, mention de thèmes difficiles et relations explicites de tous ordres donc homophobes goudebaille !
Autre précision : Chaque chapitre comporte un titre se rapportant à une ou plusieurs chansons ayant un lien avec le chapitre. J'ai beaucoup écouté Deezer durant l'écriture, de tout mais principalement du rock et du métal. Vous trouverez donc une playlist dédiée en suivant ce lien en ôtant les espaces : deezer . page . link / ZXLLLWSaGXfqHtjz7 (ou simplement en tapant le titre de cette histoire) qui sera alimentée au fur et à mesure de la publication.
Chapitre 11 : Broken
Playlist : Broken – Seether
Miles Away - Winger
Still Breathing – Green Day
Give me Novocaine – Green Day
En ce matin d'automne, peu avant les vacances, Draco Malefoy se dirigeait vers son cours de Défense contre les Forces du Mal, plongé dans ses pensées.
De grands cernes bleutés marquaient les contours de ses yeux. Il n'avait pas très bien dormi. Encore. Il avait rêvé. Encore. De la guerre, de ses parents et comme d'habitude du jour où on lui avait dit qu' Harry Potter avait été raflé par une patrouille et qu'on lui demandait de l'identifier formellement.
Plus précisément, ce qui lui était passé par la tête en sachant à quel sort il condamnait ses camarades de Poudlard, ou ses parents, selon sa réponse. La panique qui l'avait saisi lorsqu'il gravissait les marches menant des cachots à la salle principale du manoir Malefoy, marches qui ne lui avaient jamais parues aussi difficiles à monter, comme si les fibres de son corps cherchaient à résister et n'obéissaient plus à son cerveau. Lorsqu'il avait croisé le regard vert du brun ce jour là, malgré son visage horriblement défiguré, il avait su immédiatement qu'il s'agissait effectivement d'Harry Potter, et pourtant, il avait tout de même menti à Voldemort, en pleine connaissance des conséquences qu'impliquaient un mensonge, une félonie ou toute tentative de désobéissance. En cet instant -là, il avait su déployer l'étendue de ses pouvoirs d'Occlumens, durement acquis avec l'aide de son parrain. Et il avait sauvé Potter, Hermione et la Belette. Sans même y penser deux fois. Sans même y penser, d'ailleurs. Viscéralement, il avait menti.
Il avait donc encore une fois passé une mauvaise nuit.
Et il avait évité d'aller voir Hermione, elle n'avait tout de même pas à être au courant de tout. Et surtout pas qu'elle était le sujet principal d'une grande partie de ses cauchemars, elle et Potter, bien sûr. Alors qu'il se disait que la brunette était néanmoins l'une des meilleures choses qui lui étaient arrivées depuis un sacré bout de temps, un coup violent à l'arrière de la tête l'envoya à terre, sous les ricanements de voix qu'il reconnut presque instantanément. Encore eux.
« Eh bien Mangemort, on ne sait plus marcher ?
Trois élèves se trouvaient au-dessus de lui à le regarder et riaient sans même s'en cacher. Il tenta de se relever, et fut aussitôt repoussé contre les dalles du couloir par un coup de poing dans le nez qui l'étourdit quelques instants en provoquant un fort saignement.
« Salaud de Mangemort, quand est-ce que tu vas comprendre que nous ne voulons pas de toi ici ? Que tu n'as rien à y faire ? Va donc en taule comme ton père, quoiqu'il se trouve sous terre maintenant, bouffé par les vers, bon débarras ! Ou à Sainte Mangouste chez les tarés comme ta mère !
– Personne ne parle de ma mère ! Personne ! »
Le jeune homme sauta sur ses pieds, dégoulinant de sang, et empoigna le premier agresseur qui lui faisait face . Il lui décocha un coup de poing mais l'adversaire esquiva sans grand effort. Il n'était pas de taille et il en avait conscience mais en cet instant, rien d'autre ne comptait, rien que cette rage qui le consumait. Il ripostait autant qu'il le pouvait, mais les agresseurs étaient organisés et déterminés. Ils avaient mis leurs menaces à exécution : « On se reverra sans ton garde du corps ». Il eut une pensée furtive pour Hermione qui lui souriait, et, il ne savait pourquoi, pour Potter qui le défiait du haut de son balai de venir disputer un match de Quidditch. Puis, le noir.
Hermione fut surprise de constater que le siège à côté d'elle était vide lorsqu'elle entra en cours de DCFM ce matin-là. Elle était passée à la bibliothèque vérifier quelque chose et avait manqué le petit déjeuner. Le professeur Black fit un vague commentaire sur l'absence de Draco mais personne ne savait où il se trouvait alors il débuta son cours. Hermione fixa la chaise longuement, et éprouva soudain une violente sensation de nausée. Le nœud au fond de son estomac lui signifia que quelque chose n'allait décidément pas. Elle n'aurait su l'expliquer, Draco n'aurait pas simplement séché la classe sans une bonne raison. Et puis lorsqu'elle pensait à lui en cet instant, elle le sentait souffrir. La part rationnelle de son esprit savait que ce n'était pas possible, mais elle sentait que quelque chose n'allait pas. Qu'il était en danger et qu'elle était encore capable de lui venir en aide. Alors elle se leva et sortit sa baguette.
« Professeur, il faut partir à sa recherche ! Tout de suite !
– Miss Granger, je n'ai pas que ça à faire, courir après des mioches qui font le mur pour éviter les derniers jours de classe. Assise.
– Je ne vais pas m'asseoir. Pas avant de l'avoir retrouvé, je...
La magie qui émanait d'elle devenait de plus en plus palpable.
– Oh je vous en prie, si vous avez perdu la trace de votre petit ami, ce n'est pas le problème de cette classe, Miss. Assise.
– Je. ne. Suis. Pas. un. Foutu. Clébard et je ne vais pas m'asseoir et le laisser. Bougez-vous ! Et ce n'est pas mon petit ami. Je pense qu'il est …
– Miss Granger, vous êtes hystérique., grinça le portrait, vous n'avez pas toujours raison
– Fermez- la Snape ! Et vous, dégagez ou je vous jette un sort.
– Pardon ? Miss, venez vous de dire à Snape de la fermer et de menacer un professeur ? 1 semaine de retenue. Et si vous quittez cette salle, ce sera davantage.
Hermione s'était avancée, son professeur se décala néanmoins par prudence. Elle se tourna vers Harry qui la fixait silencieusement, quelques sièges plus loin.
– Harry, il me faut la carte.»
Par un simple regard, il sut qu'elle avait raison. Il la lui tendit sans un mot.
Hermione n'entendait déjà plus personne, elle était déjà sortie de la salle de classe et courait dans les couloirs en oubliant presque de reprendre son souffle. Elle arriva enfin essoufflée, hagarde, les poumons en sang, en haut du couloir du 2e étage où le point Malefoy était indiqué. Il ne se trouvait pourtant nulle part. Le point sur la carte commençait à clignoter d'un air menaçant. Draco ne pouvait que se trouver ici, devant elle, sous un sort de dissimulation dans une alcôve. Elle fit fuser plusieurs antisorts autour d'elle, semblant être une sorte de feu d'artifice humain, et finit par le faire apparaître. Il était méconnaissable. Ses yeux étaient tuméfiés et il était couvert de sang, provenant de son nez et de son arcade sourcilière principalement. Littéralement une flaque de sang s'élargissait autour de lui à vue d'oeil. Peut-être un Sectumsempra. Il pourrait également avoir des coupures mais elle n'en était pas sûre. Lorsqu'elle le vit, elle lança son Patronus corporel vers l'infirmerie et tous ceux qui pouvaient l'entendre. Elle se précipita ensuite vers lui et lança tous les sorts de régénération qu'elle connaissait et le mit dans une sorte de stase une fois qu'elle fut certaine que le jeune homme respirait même si il était toujours inconscient. Puis elle attendit, avec Draco dans ses bras, la venue de la directrice et de l'infirmière de Poudlard. Elle psalmodiait des paroles inintelligibles qui ressemblaient à une mélopée ou à de la magie tellurique. Son corps entier irradiait de magie protectrice qui nimbait les deux amis d'une lueur dorée
La directrice et l'infirmière finirent par arriver à toutes jambes et par prendre les choses en main. Elles lui arrachèrent presque Draco des mains et le firent immédiatement léviter vers l'infirmerie.
« Venez, Miss Granger, suivez-nous. Intima la Directrice
– Non, je dois retourner en classe. Il faut que j'y aille. On m'attend. »
Ses yeux étaient exorbités, ses vêtements couverts du sang de Draco. Elle marchait de manière automatique. Les deux femmes la laissèrent partir sans répliquer, l'aura de magie qui émanait d'elle les tenant à distance.
« Alors j'imagine que ce n'était rien de grave ? Vous regrettez votre coup de sang à présent, mais je ne peux laisser passer un tel débordement... fit d'un air moqueur Sirius sans lever le nez de son livre en entendant les pas d'Hermione. Ce n'est que lorsqu'il remarqua le silence qui s'était fait soudain dans sa classe qu'il finit par lever les yeux et la regarder.
Sa chemise d'uniforme était maculée de sang, comme ses mains et même certaines mèches de ses cheveux. Elle avait l'air hébété, fixe. Et elle était si pâle, d'une blancheur fantomatique. Mais ce qui était remarquable par dessus tout, était l'aura d'or pâle grésillant légèrement qui l'entourait.
La jeune femme s'assit sans un mot, ouvrit son manuel à la page indiquée au tableau et commença à recopier le paragraphe qui y était inscrit.
Lorsque la fin du cours arriva quelques minutes plus tard, elle rangea ses affaires, se leva et parvint jusqu'au bureau de Sirius. Il allait lui dire quelque chose, il ne savait trop quoi, lorsqu'elle s'écrasa contre son bureau dans un bruit sourd. Il ne put que la saisir de justesse avant qu'elle ne s'évanouisse dans ses bras. Les flots de sentiments contradictoires qui l'assaillaient alors qu'il tenait la jeune femme contre lui sur le chemin de l'infirmerie le déstabilisèrent totalement. Sentir ce corps frêle lui fit prendre conscience de son erreur. Ses murs étaient beaucoup trop épais et trop hauts et tous ceux qui s'y heurtaient s'y blessaient gravement.
L'aura dorée avait disparu. Il avait eu tort. Encore.
Sirius était dans sa salle de classe, attablé devant une pile de parchemins non corrigés et une bouteille de Whisky Pur Feu. Il venait encore de passer plusieurs heures plongé dans la Pensine et avait déjà beaucoup bu.
« Tu n'es qu'un incapable. Un bon à rien. Le seul boulot qu'on te trouve, tu n'es pas capable de le faire correctement. Tu es indigne de porter le nom des Black. »
L'alcool n'y faisait rien, il ne parvenait toujours pas à faire taire la voix dans sa tête cette fois ci.
« Ils sont peut-être morts à cause de toi. Tous les deux, par ta faute. Tu étais obligé de l'ouvrir. De la rabaisser devant tout le monde. Et pendant ce temps, il se vidait de son sang. Et maintenant...
Elle savait. Tu aurais su aussi, si c'était arrivé à Moony ou à Prongs. Tu n'aurais pas su dire pourquoi. Tu l'aurais juste su.
Prongs est mort. Par ta faute.
Moony est mort. Par ta faute.
Tu n'étais pas là. Alors et s'ils mourraient aussi ? Encore une autre série de noms à ajouter sur la liste des cadavres qui te suivent.
Tu ne peux rien toucher, rien approcher. Sans le détruire. Sans le transformer en cendres. Il faut te faire une raison, Black. Tu es empoisonné. Tu es comme le Sinistros, un gros chien noir qui sème la mort partout où il passe.
Tu es mauvais. Un mauvais frère, un mauvais ami. Tu n'es pas là. Et ils meurent tous. Sans toi. Ou à cause de toi. Il n'y a que toi à blâmer. Tu avais mérité toutes ces années à Azkaban. C'était mieux pour tout le monde magique tout entier. C'était mieux, au moins comme ça ils étaient à l'abri. Tu étais loin d'eux.
Et maintenant, encore, ils meurent tous. Et toi, non, tu ès tout ce temps. Après tout ce qui est arrivé en ton absence. Pourquoi, est-ce que tu l'as seulement mérité ? Certainement pas. Tu es revenu, toujours aussi inutile et toujours aussi arrogant, comme si tu n'avais pas évolué du tout durant tout ce temps. Tu n'as donc rien appris de tes erreurs ?
Tu ferais mieux de retourner d'où tu viens, dans la fumée et les limbes de cet endroit où tu te trouvais pendant que tous les autres vivaient, souffraient, mourraient. Mais tu ne peux plus retourner là-bas. Alors il ne te reste qu'à vivre. Et espérer que tu ne sois pas également responsable de la mort de ces deux -là. »
Il buvait verres sur verres, fumait clope après clope, se perdait dans les images de ses meilleurs amis, de son frère. De son filleul, d'Hermione. Et du visage pâle de Draco. Le tout finit par former un mélange indistinct et il perdit peu à peu conscience.
Lorsqu' Hermione reprit ses esprits, elle mit quelques instants à reconnaître les lits de l'infirmerie de Poudlard. Elle ignorait combien de temps elle avait bien pu être inconsciente, ni qui l'avait transportée ici. Sa première pensée fut pour Draco. Draco, qui baignait dans son sang, qui était inconscient lorsqu'elle l'avait trouvé, pourvu quelle soit arrivée à temps, qu'il soit encore en vie...
Lorsqu'elle tourna la tête, elle vit Draco allongé, endormi, à sa gauche. Ou peut-être dans le coma.
Son visage était affreusement tuméfié, oscillant entre le noir, le rose et le violacé par endroits et contrastant fortement avec la pâleur laiteuse de sa peau. Son arcade était couverte de sang coagulé. Il faisait peur à voir. Il était encore plus émacié que d'habitude et Hermione observa qu'il semblait encore avoir maigri.
Mme Pomfresh finit par s'apercevoir qu'elle était consciente et vint l'examiner rapidement.
« Bonjour... J'ai été inconsciente... combien de temps ?
– Bonjour jeune fille ! Je suis contente de voir que vous êtes réveillée. Vous êtes restée inanimée 3 jours. Vous avez subi un épuisement suite à un pic d'anxiété très intense et votre magie était presque totalement drainée lorsque vous avez perdu connaissance. Heureusement qu'on vous a vite amenée ici, Miss. Vous semblez aller bien à présent. Votre niveau de magie se rétablira progressivement d'ici quelques jours. Il ne faudra simplement pas tenter de sortilège hautement complexe d'ici là. Vos amis peuvent venir vous chercher.
– Mes amis ? Mon ami le plus proche se trouve dans le lit à côté du mien. Je dois retourner en classe au plus vite.
– Dans ce cas, vous pouvez partir demain. Je vous ferai prévenir lorsque M. Malefoy se réveillera. Dormez encore une nuit ici et vous pourrez reprendre vos activités demain. C'est les vacances vous le savez ? »
Hermione obtempéra et s'enfonça dans ses oreillers. Elle avait oublié que c'était les vacances d'automne. Le grattement qui la réveilla quelques heures plus tard était relativement discret mais présent. Hermione ne bougea pas lorsqu'elle vit distinctement malgré la pénombre la porte de l'infirmerie s'entrouvrir. Une petite forme sombre entra, suivie d'une forme humaine. L'ombre la plus petite vint bondir sur son lit et se coucher près d'elle. C'était Nyx. Il ronronna sourdement en se lovant contre elle. Hermione continuait de fixer l'ombre qui se déplaçait à présent vers l'armoire à antidotes courants. Elle prit un flacon et repartit en sens inverse, toujours silencieusement. Elle marqua un temps d'arrêt près de leurs lits, émit un soupir et poursuivit. Une odeur d'alcool et de tabac froid flottait autour d'elle, mêlée à une eau de toilette masculine.
Le lendemain matin, Hermione se réveilla très tôt. Elle jeta un regard vers le lit près d'elle. Draco n'était toujours pas revenu parmi les vivants. En revanche, Nyx était roulé en boule sur son estomac. « Au moins, je n'aurai pas à le laisser sans surveillance » se dit la jeune femme en souriant. Elle rassembla rapidement ses affaires et quitta la pièce. Il fallait absolument qu'elle passe à la salle de bains. Elle se sentait encore totalement couverte du sang de Draco, même si ce n'était manifestement plus le cas. Et aussi faible qu'elle était en cet instant, le besoin de sentir l'eau chaude sur ses muscles endoloris était plus impérieux encore.
Après plusieurs minutes dans les couloirs déserts, elle arriva à destination : la salle de bains des préfets. Privilège d'ancienne héroïne de guerre, elle avait obtenu le mot de passe. Elle avait vraiment besoin d'une douche. Ou d'un bain, se dit-elle en voyant la grande baignoire accueillante qui s'étendait devant elle. Elle ouvrit les robinets, fit mousser une grande quantité de bain moussant parfumé et se plongea avec bonheur dans la mousse givrée qui l'enveloppa instantanément. Elle fit quelques mouvements de nage puis s'adossa contre le rebord de la baignoire qui formait un banc en pierre dans l'un de ses angles. Elle ferma les yeux un instant, et se mit à somnoler, aidée par le parfum fleuri de la mousse et la chaleur qui émanait du bain. Lorsqu'elle ouvrit les yeux quelques temps plus tard, elle eut une impression étrange, sensation confirmée lorsqu'une voix dit d'un air narquois : « Ah, c'est toi... »
Elle entendit un frisson de vêtements froissés puis un clapotis.
« Alors on se réveille ? » Fit la voix, et une odeur de Whisky Pur Feu et de tabac envahit la pièce. Le professeur Black se trouvait dans la baignoire, une bouteille aux lèvres.
« Qu'est-ce que vous faites là Black ? C'est …
– C'est professeur Black, merci. Fit Sirius en souriant d'un air singulier et un peu absent. Et le mot que tu cherches, c'est …
– Inconvenant ? Grossier ? Inapproprié ? De quel droit est ce que vous vous permettez...
– J'avais envie d'un bain. Et puis la baignoire est bien assez grande.
– Mais je suis dedans ! Et je n'ai rien sur moi.
– Et alors ? Il y a plein de mousse et pas grand chose à voir.
– Connard. Dit Hermione en pensant : « Sympathique ! »
Il était vrai qu'elle avait beaucoup maigri ces derniers temps, ses nouveaux vêtements flottaient sur elle. Il faudrait qu'elle songe à manger quelque chose de temps en temps. Mais tout de même, quelle familiarité !
– Pardon ? Sirius avait l'air amusé. Hermione rougit et prit soudain conscience de la situation.
– Désolée, je ...pensais à haute voix. Et puis, qu'est ce que vous faites avec cette bouteille ?
– J'avais soif.
– C'est... Oh et puis zut, vous me la passez ?
– Ça, c'est inconvenant Miss !
– Passez moi cette bouteille.
Il la lui tendit en silence, les sourcils levés devant ce ton autoritaire qu'il n'avait que très peu eu l'honneur de recevoir. Elle prit une bonne rasade sans même tousser.
– Depuis quand est-ce que tu bois ?
– Je ne bois pas, dit elle en reprenant une lampée avant de repasser la bouteille à Sirius.
Ils restèrent un moment l'un près de l'autre en silence.
– Je... je suis désolé de ne pas... tu sais, t'avoir crue. Je te connais pourtant. J'aurais dû te croire...
– Vous connaissiez la Hermione d'avant. Je ne suis plus cette fille.
– D'avant. La guerre ?
Hermione ne répondit pas et reprit une gorgée.
– Je... pardon d'avoir été un connard.
– J'accepte vos excuses. Professeur. Dit-elle après un moment.
– Et si Monsieur Malefoy se réveille...
– Quand il se réveillera, tout ira bien. Je ne veux pas penser à lui. Parlez d'autre chose s'il vous plaît.
– Désolé d'avoir dit que c'était ton copain. En général je ne me plante pas.
– C'est mon...ami. C'est tout. Et je ne suis pas son genre.
– Ah. Bien.
– Bien ?
– Je veux dire... Ok, compris. » Il but une autre gorgée.
Hermione était relativement recroquevillée sur son banc pour cacher sa nudité supposée, et Sirius était assis tranquillement, portant à nouveau le liquide à ses lèvres. Ses cheveux humides ramenés en arrière, le visage tourné vers le plafond sculpté. Il exposait son torse fin couvert d'encre un peu délavée et ses bras pâles et arborescents de veines. Hermione se dit qu'il était vraiment très beau ainsi, abandonné, calme, détendu et comme... exorcisé d'une part de la noirceur qu'il semblait porter en lui. Il était probablement également complètement ivre, mais ça, c'était une autre affaire. Il rit soudain, un rire franc et surprenant que la jeune fille n'avait jamais entendu auparavant.
« J'ai toujours adoré cette salle de bains. Même gamin, j'y ai passé des heures.
– Ah oui ? Tout seul ? Hermione se rendit compte de ce qu'elle venait de dire, à un professeur de surcroît. L'alcool lui montait à la tête.
– Parfois. D'autres fois, on faisait trempette avec les Maraudeurs. On faisait tout ensemble à l'époque.
– Vraiment tout ? Hermione le fixait avec un petit air malicieux, le Whisky Pur Feu aidant.
– Voyons Miss Granger ! Un peu de retenue par Merlin !
– Vous sembliez très proches, c'est tout ce que je dis...
– Mais bien sûr. Oui, nous l'étions. Tous. Un jour, enfin durant des mois pour être exact, on a tanné Lunard pour qu'il nous donne le mot de passe de cette salle, et quand il n'a pas voulu, pour respecter le règlement bien entendu, tu connais Lunard, tu sais comment il est, on a pris la cape de Corny, tu sais la Cape, et on s'y est planqués tous les trois. On a attendu qu'il aille à la salle de bains et on l'a suivi en douce. Il était en train de se laver les cheveux quand on a lancé un magnifique charme de colorisation sur son shampooing ! Il s'est retrouvé avec les cheveux qui clignotaient de toutes les couleurs de l'arc en ciel, pendant quatre semaines. On était tous tellement heureux de notre blague ! Peter n'a pas pu stopper son fou-rire et il l'a entendu. Alors on est sortis de sous la cape et on a surgi devant Lunard complètement ahuri qui planquait ses parties en couinant comme une souris, je te jure, une souris qui couine ! Il a fini par en rire, bien sûr, et on a tous terminé dans le bain à tenter de se couler mutuellement et à se balancer des paquets de mousse en se marrant comme des phoques. C'est fou ce que Corny peut être retors, il aurait pu être à Serpentard c'est évident ! Et Lunard avait vraiment mérité une trêve pour oublier ses problèmes ….C'était avant les histoires de filles et tout le reste. Je les aime comme des frères, tous. Ils sont ma famille. Ils sont ce que j'ai de plus précieux au Monde ! »
Sirius s'agitait, riait aux éclats, ses pupilles brillaient d'un éclat insensé, il était à nouveau le jeune homme fougueux et passionné qu'il avait été. Il vivait la scène qu'il venait de raconter, il venait de perdre au moins quinze ans en quelques instants. Il n'avait pas bu une seule gorgée durant tout le récit.
Hermione le regardait, silencieusement, consciente qu'elle vivait un moment privilégié et rare. Elle ne voulait pas briser cette bulle de lumière et de joie que le récit de Sirius avait su créer. Il était beau. Plus encore. Son sourire, si pur, qu'elle se sentait bouleversée de l'intérieur, retournée. Puis Hermione vit le moment exact où la réalité rattrapa Sirius d'un bloc, comme une bourrasque glacée qui le gela de l'intérieur, figeant son sourire, ternissant ses yeux gris du voile de tristesse habituel, faisant trembler ses mains.
« Étaient » dit-il dans un souffle. « Ils l'étaient. Ce que j'avais de plus précieux. Excuse-moi, j'ai froid. Je vais y aller. Profite de ton bain. »
Il se leva, sortit de l'eau, oubliant sa pudeur, oubliant qu'une élève était présente en train de le regarder. Il était hébété, comme ivre. Probablement ivre, d'ailleurs. Comme frappé jusqu'à l'étourdissement. Le monde autour de lui semblait plongé dans l'éther, la douleur seule lui indiquait qu'il était en vie. Il exposa son dos couvert de cicatrices, puis son corps entier en allant chercher une serviette dont il se drapa rapidement. Hermione n'eut pas le temps de faire ou dire quoi que ce soit qu'il avait déjà enfilé son jean et sa chemise et était sorti de la pièce en titubant un peu, sa bouteille à la main. Sonnée par cette rencontre, elle décida de rester encore un peu avant d'aller se coucher. Tout cela l'avait complètement chamboulée, et il y avait de quoi.
Hello ! Alors ? Promis, plus de joie dans le prochain ! Et surtout, les conséquences de celui-ci. Prenez soin de vous et n'oubliez pas, les review sont la monnaie des auteurs !
