Bonsoir à toutes et à tous.

Nous voilà au dixième chapitre officiel! Il marque la fin du premier arc de cette histoire, dont je changerai l'intitulé des chapitres dès le prochain publié. C'est sacrément émouvant, l'air de rien, de voir ce gros projet continuer de grandir.

-Réponse aux reviews anonymes: Athéna, de nouveau, un grand merci pour ta review et ta lecture de cette histoire. Et je suis heureuse que le passage sur Seiya t'ai plu: cela me paraissait important de lui rendre son titre de noblesse, à ce brave Pégase. Deathmask doit se confronter à ses démons (comme tout le monde...) et ce n'est pas facile. Ravie que tu aies aimé les moments Marine/Lia et Sorrento/Julian, parce que ça fait plaisir de faire un peu de mignon aussi! Quant à Hilda, vraiment, merci car cette fiction est ma première tentative d'écriture des Asgardiens, alors ça me fait plaisir que ce que je décris plaise à d'autres. J'espère que cette suite te plaira!

-Disclaimer: -Tous les personnages présents et cités appartiennent à Masami Kurumada. Et le reste est sujet à interprétation!

-L'illustration de cette histoire a été faite par Aelina, dessinatrice incroyable et amie merveilleuse. J'espère qu'FFnet vous l'affichera très bientôt.

-Rating: M.

-Précédemment, Hilda a choisi ses représentants à son tour: l'un par punition, l'autre par récompense. Julian annonce à Sorrento le choix imminent que Poséidon va demander à ses Généraux, et la Sirène Maléfique se confronte à ses souvenirs douloureux. Les Béliers ont fini de remettre à neuf les Armures, poussant les Chevaliers à leur faire face et à les porter pour la première fois depuis cinq ans, pour une occasion très particulière: une cérémonie officielle en l'honneur de Seiya, enfin sorti de l'hôpital. A présent, c'est le nom d'un seul homme que l'on trouve sur les lèvres des habitants de bien des domaines...

Merci, toujours, à Talim76 pour son soutien et ses encouragements constants dans mon écriture. Pour nos headcanons toujours plus développés et renouvelés, qui m'ont encouragée à écrire cette histoire. Merci également pour la bêta-lecture de ce chapitre et les corrections apportées. Cela rassure mon petit coeur d'auteur stressée!

Sur ce, je vous souhaite une agréable lecture.


Chapitre X : Rancœur

Temple de Poséidon, Royaume Sous-Marin

Une ambiance pesante régnait dans la salle de réunion. Appelés à la première heure par leur déité, les Marinas s'étaient rassemblés, échangeant des pronostics sur la raison de cette convocation, même si une supposition sortait du lot. Io sirotait sa tasse de café, observant l'extérieur du domaine par la fenêtre toujours ouverte. Baian se tenait à l'autre bout de la salle, discutant avec Kassa et Krishna. Sorrento, pour sa part, demeurait silencieux, assis dans un fauteuil qu'il avait fait sien au fil du temps, préférant ignorer les regards que lui lançaient ses compagnons d'armes. Thétis chercha à capter son attention, mais il demeura tête basse, pour tenir la promesse que Julian lui avait arrachée. L'expression à la fois inquiète et agacée de l'Autrichien suffit à la jeune femme pour comprendre précisément de quoi il s'agissait, et son visage se ferma en sentant quelque chose se tordre au fond d'elle. Elle saisit la main d'Isaak instinctivement, ce dernier répondant à son geste en la serrant tendrement, bien que curieux face à cette démonstration d'affection peu usuelle en public.

« Ah, vous êtes tous là. Parfait ! »

La voix de Poséidon suffit à elle seule à briser la chappe de plomb qui semblait les étouffer. Ses Généraux se tournèrent vers lui, et comme à chaque fois, il interrompit leur tentative de mettre genou à terre.

« Je vous en prie, gardez ça pour ma nièce et mon frère, ils sont très friands de ce genre de protocole désuet.

— Cela ne ferait pas de mal, de temps en temps, signala Thétis.

— Et tu vas avoir l'occasion de leur démontrer toute ta grâce très bientôt. La première réunion inter-domaines aura lieu dans une semaine. Comme vous le savez, ma chère Sirène et son bien aimé ont passé un temps certain à rédiger nos demandes, ainsi qu'une version potentielle de traité de paix. J'en profite pour vous remercier tous les deux de votre travail.

— Ce n'est pas faute de nous avoir déconcentrés.

— Tu me brises le cœur, mon Kraken. Mais pour en revenir à la réunion, il est, comme vous le savez, un point que nous devons régler avant d'y aller. D'une part, parce que cela reste un sujet difficile pour chacun d'entre nous, d'autre part parce que nous ne pouvons nous rendre au Sanctuaire sans un accord précis. Son cas sera forcément évoqué, et je n'ai aucune envie que nous nous retrouvions en position de faiblesse. Je parle bien évidemment de l'épineux Kanon, anciennement Dragon des Mers. »

Un silence, suivi d'un grondement murmuré. Evidemment, ils s'étaient attendus à ce que la question leur soit bel et bien posée. Poséidon avait été clair dès son retour à ce sujet. Il leur avait laissé le temps de panser leurs plaies, qu'elles fussent encore physiques ou morales. De réfléchir, individuellement, à ce qu'ils souhaitaient voir se produire. Mais se retrouver face au fait accompli, au véritable questionnement menant au choix qui impacterait leur fragile équilibre… Ils n'y étaient pas prêts.

« J'ai conscience de vous demander beaucoup, néanmoins, nous ne pouvons faire face aux autres royaumes sans une décision claire. Je procèderai simplement : un vote tout ce qu'il y a de plus démocratique. La majorité l'emportera, même s'il est évident que tout dépendra du concerné, puisque le choix final sera sien.

— On se demande bien pour quelle raison il ne voudrait pas revenir… »

Le ton grinçant de Baian fit frémir Io. Les deux amants échangèrent un regard moins que cordial. Si Thétis et Isaak étaient parvenus à s'accorder malgré leur opinion différente sur le sujet, ce n'était pas le cas des deux hommes. Chaque conversation s'était irrémédiablement soldée par une dispute, chacun campant sur ses positions, comme incapables de communiquer. Le Dieu des Océans claqua de la langue, dans l'espoir d'apaiser ses troupes.

« Faisons ça simplement, voulez-vous ? Que ceux en faveur du retour de Kanon, et sa restitution en tant que Général du Dragon des Mers, lèvent la main. Je suis beau joueur, j'ouvre le bal. Comme vous le savez, je suis personnellement pour.»

Des regards anxieux ou agacés s'échangèrent. Lentement, la main de Io se leva, suivie de celle d'Isaak, qui garda néanmoins de l'autre les doigts de Thétis dans les siens. Il serra doucement, accordant une pression délicate, lui assurant ainsi qu'il la soutiendrait dans son choix antithétique au sien. Après un moment, Krishna leva à son tour le bras, son expression demeurant indéchiffrable.

« Fort bien. Ceux en défaveur ? »

Immédiatement, les deux Sirènes, Baian et Kassa firent part de leur réponse. Le Dieu des Océans soupira, se grattant le menton pensivement.

« Nous voilà bien avancés. S'il y a égalité, je ne vois pas ce que nous pouvons faire.

— Il y a un vote que vous n'avez pas compté. »

La voix de Sorrento n'était qu'un murmure. Face à la question muette de son dieu, il serra les dents et ferma les yeux avec force, s'enjoignant à aller à l'encontre même de ses propres croyances pour l'avenir du domaine Sous-Marin.

« Julian… a voix au chapitre. Si vous le laissez voter, vous aurez votre réponse. »

Poséidon pencha la tête, mais son bras droit était sans appel. Il hocha lentement et se fit absent dans le corps de son hôte, laissant l'esprit de ce dernier reprendre ses droits. Ce dernier cligna deux fois, secouant la tête doucement. Il jeta un regard circulaire à la pièce, et à ses défenseurs aux expressions graves, comprenant sans mal la tension qui régnait. Face à lui, son amant se tenait droit. Un silence difficile s'étira entre eux, le poids de la nuit précédente pesant encore dans la balance. Néanmoins, l'Autrichien se devait de rester objectif, et il puisa au plus profond de lui-même pour ne pas laisser paraître sa colère lorsqu'il posa la question dont il connaissait déjà la réponse:

« Oui ou non ?

— Oui. »

Sorrento se mordit la lèvre à s'en faire saigner. Baian et Kassa échangèrent un murmure d'incompréhension empli de frustration, tandis que la Danoise demeurait figée.

« Je suis navré, je souhaite rencontrer cet homme en sachant qui il est, et travailler avec lui. J'ai eu la chance de pouvoir vous rencontrer de nouveau, il est temps que je fasse de même avec celui qui nous a tant coûté. »

L'expression de ceux qui s'y opposaient ne changea pas. La Sirène secoua la tête lentement en signe de triste incrédulité. Julian n'eut que le temps de leur accorder un regard bouleversé, avant de s'effacer à nouveau au profit de leur déité. Poséidon reprit ses droits, et devant son audience divisée, il ne put que soupirer.

« En ce cas, la décision est prise. Thétis, à la prochaine réunion, tu ajouteras aux autres sujets le cas de Kanon. Rien ne nous dit qu'il acceptera, et nous ne pouvons guère l'y forcer. Mais Athéna saura où s'en tenir quant à la position du Royaume Sous-Marin sur la question. Je vais lui rédiger une missive immédiatement. »

En un instant, Baian avait quitté les lieux d'un pas rageur. Io partit à sa suite en essayant de le raisonner, et Kassa suivit en silence. Les deux Sirènes se rapprochèrent, soupirant lentement en se laissant glisser contre le mur. Thétis posa sa main sur celle de l'Autrichien, la serrant dans la sienne.

« Ça a dû te coûter. »

Sorrento ne répondit pas tout de suite, la tête posée sur ses genoux. Au bout de plusieurs secondes, il murmura :

« Tu n'as pas idée. »

La jeune femme soupira et posa la tête sur l'épaule de son ami. Il se frotta le visage, et croisant les yeux de sa déité, il sut que c'était le regard désolé de Julian qu'il pouvait voir briller.


Arènes, Sanctuaire

« Ce n'est pas une bonne idée.

— Mais c'est ainsi. Tu as choisi des règles, tu vas devoir t'y tenir. »

Shion se pinça l'arête du nez, obligé d'admettre sa défaite. Dohko avait raison, il ne pouvait décemment pas changer le système qu'il avait lui-même mis en place simplement parce qu'il n'aimait pas ce qui en résultait.

Lorsqu'il avait été évident que les Chevaliers étaient suffisamment remis pour reprendre un exercice physique régulier et devenu nécessaire pour certains, par aspect cathartique ou pour leur bien-être mental, l'offre des entraînements avait été soulevée. Le Grand Pope avait approuvé, souhaitant néanmoins s'assurer que les combats dans l'arène se feraient de façon encadrée, et surtout, qu'ils seraient sujets à un hasard absolu. Il n'avait aucune envie de se retrouver avec quatre hommes contre Saga, s'adonnant à un pugilat qui leur paraissait nécessaire pour punir l'ancien traître. De fait, Shion avait décidé qu'il tirerait au sort les noms des combattants parmi les volontaires du jour, pour qu'ils puissent tous s'entraîner s'ils le souhaitaient, tout en étant certain de varier les combats et les opposants. En soi, c'était donc une bonne idée.

Néanmoins, alors qu'il regardait avec effroi les jumeaux s'échauffer chacun de leur côté de l'arène, il ne put que se mordre la lèvre d'inquiétude et maudire le hasard influencé par les dieux, à n'en pas douter. Les deux frères n'avaient apparemment toujours pas réglé leurs conflits, et ne s'étaient qu'à peine adressé la parole malgré leur proximité physique. Et s'il aurait pu se réjouir de ne pas voir le Troisième Temple être détruit par les attaques cosmiques les plus violentes de tout le Sanctuaire, le calme apparent et le visage concentré des deux hommes commençaient sérieusement à le rendre nerveux. Il se pencha légèrement vers la droite, où le Chevalier de la Balance gardait les bras fermés sur sa tenue d'entraînement.

« Dohko…

— Je sais. »

Shion soupira de soulagement. Lorsqu'ils s'avancèrent vers sa tribune pour le saluer et lui rendre hommage, l'ancien Bélier ne put que hocher lentement, son regard améthyste se posant gravement sur eux.

« Kanon et Saga des Gémeaux. Le hasard a voulu que vous soyez les premiers à réouvrir les entraînements du Sanctuaire dans l'arène. Je vous rappelle néanmoins que pour l'heure, ces combats se feront sans cosmos, et seront uniquement basés sur votre force brute. Le premier à tomber à terre et à y être maintenu dix secondes ou à demander grâce a perdu. Est-ce bien clair ?

— Oui, Grand-Pope. »

Leur timbre à la fois si proche et si différent résonna sur les escaliers de pierre. Il y avait déjà beaucoup de monde malgré l'heure matinale, allez savoir comment le mot s'était répandu aussi vite sur les adversaires du jour. Et rassemblés dans une portion du Colisée, bien qu'assez éloignés les uns des autres, la Garde Dorée observait leurs pairs prêts au combat. Silencieux, le visage fermé pour certains, alors que d'autres témoignaient d'une certaine curiosité. Milo leva un pouce vainqueur vers son ami, et ce dernier hocha en réponse. Aphrodite et Deathmask ne quittaient pas des yeux l'aîné des Gémeaux, dont la posture inquiétait le Suédois.

« Je le sens mal, murmura-t-il à son compagnon.

— Ouais, le hasard fait très mal les choses, parfois. »

Lorsque la cloche sonna, elle leur donna raison. D'un mouvement à la rapidité époustouflante, Kanon se glissa derrière son frère, frappant son dos d'un coup de pied brutal qui envoya l'aîné des Gémeaux au loin. Ce dernier n'eut que le temps de rétablir son équilibre, dérapant sur le sable et y plantant les doigts pour ne surtout pas se laisser tomber. Il dévisagea son reflet qui avait commencé à marcher vers lui, deux bras levés en signe de défense, néanmoins prêt à attaquer de nouveau.

« Alors ? C'est tout ce que tu as pour moi ? »

Il ne répondit pas, se contentant d'analyser la gestuelle de l'autre homme. Si son expression était concentrée et se voulait neutre pour l'occasion, Saga pouvait voir le frémissement d'un rictus étirer les lèvres semblables aux siennes. Une colère sourde grandit en lui, et à l'instant où son frère se déplaçait d'un pas supplémentaire sur sa gauche, le Chevalier des Gémeaux le saisit par la cheville, utilisant sa propre force et le poids de son cadet pour lui faire perdre l'équilibre avant de bondir sur lui, le frappant d'un crochet du gauche en pleine mâchoire.

Le bruit fit frémir l'assistance. Il y eut un silence, et Dohko put voir l'ancien Marina tourner la tête, puis cracher avant d'essuyer lentement le sang à ses lèvres. Shion se mit à compter à voix basse, mais il était évident que ce n'était qu'une question de secondes avant que le cadet des Gémeaux ne ripostât.

« Voilà au moins une chose pour laquelle tu ne me tiendras pas responsable : ta propre faiblesse. »

Kanon écarquilla les yeux. Alors c'était ainsi ? Saga voulait attaquer les sujets sensibles ? Parfait.

Crac.

Milo grimaça, reculant légèrement face au son trop connu de tout Chevalier. Le fracas des crânes venait de résonner dans l'arène, et son aîné ne put que reculer, une main sur son nez en sang, alors qu'il jetait un regard furibond à son cadet. Si son cosmos était éteint comme le voulait la loi, l'aura du Troisième Gardien était incroyablement violente, faisant appel à des souvenirs n'ayant rien à voir avec ceux de l'homme doux qu'il avait réputation d'être.

« On aurait dû dresser la ligne au premier sang… Murmura Shion.

— Tu sais parfaitement que ce serait bien trop court pour n'importe quel combat.

— Je me demande si c'est un mal. »

Le Chinois ne répondit pas, bien qu'il partageât l'avis de son amant. Il y avait une telle rage entre les deux hommes qu'il craignait à tout instant de les voir irrémédiablement basculer vers leurs véritables attaques. Ce fût encore pire lorsque Kanon, frottant son front pour se débarrasser du sang de son aîné, offrit à ce dernier un sourire ironique et des yeux tranchants.

« Qui est le faible ? Celui qui a survécu malgré ta tentative de meurtre, ou celui qui a été incapable de résister au démon ? »

L'assistance retint son souffle. Le sable se souleva brusquement, et tous durent se protéger, toussant légèrement face à la masse de poussière présente dans l'atmosphère. Lorsqu'enfin le nuage de baissa, Shion constata la place vide à ses côtés, alors que dans l'arène, Dohko retenait Kanon en clé de bras. Aphrodite, pour sa part, tenait entre ses doigts le poing serré de l'ancien apostat. Il se colla à lui, et chercha à capter son attention pour la détourner de son frère, une main posée sur le cou du Chevalier des Gémeaux.

« Saga. Saga, arrête.

— Ecarte-toi.

— Ce combat est terminé. On y va. »

Il pouvait sentir les tremblements de rage de son ami contre sa peau. Il plongea son regard inflexible dans le sien, resserrant sa prise sur son épaule et son poing. Enfin, l'ancien Grand Pope le voyait réellement, et son corps se décontracta. Derrière lui, Aphrodite percevait les grondements du cadet, qui tentait de se défaire de l'emprise du Chinois nullement impressionné. Il le tira en arrière, gardant une poigne d'acier sur son bras coincé dans son dos. Une fois hors de l'arène, il relâcha l'ancien Marina qui se retourna furieusement, secouant son membre endolori.

« Vous n'aviez pas le droit ! C'était un combat loyal, il n'y avait aucun besoin d'intervenir.

— Cela ne te mènera à rien.

— Peut-être, mais ça me soulagera grandement. Vous n'allez pas me faire croire que vous ne mourrez pas tous d'envie de lui en coller une !

— Kanon ! »

La voix chaude et puissante résonna, alors que Dohko fronçait les sourcils. Le Grec sentit la honte l'envahir face à un homme qu'il ne souhaitait surtout pas décevoir.

« Retourne dans votre temple, douche-toi et prends le temps de réfléchir. Ce n'est pas par la force que vous réglerez ça. Lorsque tu seras prêt, nous pourrons discuter. Je te promets de t'écouter. »

Les bras croisés, campé sur sa position masquant l'entrée de l'arène, Dohko était une barrière impossible à franchir. Le Grec poussa un hurlement qui fut entendu jusque dans le colisée, avant de quitter les lieux. Le Chevalier de la Balance observa son ascension jusqu'au Troisième Temple, et soupira en se passant une main derrière la nuque. Le timbre de son amant résonna dans son esprit alors qu'il regagnait sa place.

« Il t'a écouté ?

Oui. C'est pas gagné, cette histoire…

Je te l'avais bien dit.

On en reparlera quand tu auras réglé tes propres problèmes, si tu permets.»

Le silence buté qui suivit donna une parfaite indication de ce que Shion pensait de ses conseils avisés. Dohko poussa un soupir amusé en reprenant place auprès du Grand-Pope, un sourire discret étirant leurs lèvres.


Temple des Gémeaux, Sanctuaire

Kanon cogna brusquement dans l'une des colonnes de la demeure qu'il partageait, réagissant à peine sous la douleur de ses articulations. Il marcha d'un pas vif jusqu'à sa chambre, sortant une tunique de rechange en jurant à voix basse, frappant du pied dans le tiroir de sa commode pour la refermer avant de crier de frustration en tombant sur son lit. Il demeura ainsi plusieurs minutes, ses doigts griffant son visage tant il les referma fort, la respiration encore haletante de son combat.

« Tu veux en parler ? »

L'ancien Marina jeta un œil à Milo qu'il n'avait pas entendu ou senti arriver dans sa colère, et qui l'observait curieusement dans l'encadrement de la porte. Il poussa un soupir à fendre son âme déjà fort abîmée, et ferma les yeux.

« Je ne saurais même pas comment t'expliquer.

— Tu peux essayer, avec tes mots. »

Un silence.

« Ou on peut rester là sans rien dire. C'est toi qui vois. J'ai l'habitude, ne t'en fais pas. »

Le Chevalier du Scorpion sourit avant de s'avancer jusqu'au lit. Kanon sentit le matelas s'affaisser sous le poids de son ami, et il reporta son attention sur le regard océan posé sur lui, et les boucles blondes s'échappant par endroits de la queue de cheval que Milo avait difficilement nouée. Dans sa propre tunique d'entraînement neuve, certainement fournie par leur déesse, il affichait une expression calme et un peu amusée malgré la gravité de ce qui venait de se passer. Sur son visage superbe, il y avait encore une douleur qui portait le nom d'un homme dont ils avaient longuement parlé. Néanmoins, son compatriote n'avait pas cessé un instant de le soutenir dans ses propres difficultés, se faisant même son avocat face à d'autres moins compréhensifs ou cléments envers son retour. Pas qu'il avait spécialement besoin d'être défendu, mais savoir que son ami se dressait à ses côtés avec naturel, parce que c'était ce qui lui semblait juste… Cela suffisait à lui tordre le cœur.

Avant même de réaliser ce qu'il faisait, il le tira par le col, l'amenant au-dessus de lui, cherchant à l'embrasser. Surpris, le Huitième Gardien n'eut que le temps de poser un bras sur le lit près de sa tête pour résister. Il était incroyablement proche. Kanon sentit sa respiration s'accélérer de nouveau, en réalisant à quel point il avait envie de cela.

Envie de Milo.

Ce dernier lui sourit doucement. Et l'ancien Marina sut que c'était une mauvaise nouvelle. Instinctivement, il passa les mains sur ses hanches, les serrant avec force. Tout à coup, la perspective qu'il le rejette lui sembla insupportable, tout en ayant conscience qu'il n'avait tout simplement pas le droit de s'imposer. Mais les lèvres étaient toujours près des siennes, et les frôlèrent même lentement, avant de poser un baiser juste au coin de sa bouche. Milo caressa les mèches turquoise puis entama un mouvement lent pour se redresser, sans pour autant se défaire de l'emprise de Kanon, son regard plongé dans le sien. Lorsque de nouveau, ce dernier fit un geste pour l'embrasser, un doigt sur ses lèvres l'en empêcha.

« Arrête.

— Tu ne veux pas ? Je croyais…»

Le rire de l'autre homme, à moitié installé sur lui, manqua le faire basculer.

« Tu rigoles ? Tu t'es vu, au moins ? Je pensais pourtant avoir été plutôt clair à ce sujet, d'ailleurs. »

Kanon avait encore l'air incertain. Le Huitième Gardien soupira, posant ses mains sur les épaules de son ami, ses pouces venaient frôler son cou jusqu'aux creux des clavicules, en une caresse discrète et parlante à la fois.

« J'en crève d'envie, crois-moi. Mais là, toi, tu es encore sous le coup de l'émotion et de la colère. Tu cherches un réconfort physique, et je sais de quoi je parle. Mais je ne peux pas en profiter, ce ne serait pas honnête. Et très franchement, ce n'est pas comme ça que je souhaite m'y prendre la première fois.

— Parce que tu y as déjà réfléchi ?»

Le ton était enfin un peu serein, et amusé. C'était encore une question, mais déjà plus assurée. Milo se pencha de nouveau, frôlant l'oreille de son ami du bout des lèvres.

« Très longuement. »

Un frisson le secoua. Le Chevalier du Scorpion laissa un rire solaire lui échapper avant de se relever pour de bon. Cette fois-ci, il ne chercha pas à l'arrêter, observant son compatriote qui se rattachait les cheveux convenablement.

« En attendant, va donc prendre une douche. On peut aller faire un tour après, si tu veux ?

— Pourquoi pas.

— Parfait. »

Avec un dernier sourire suffisant à illuminer à la fois les pensées de Kanon et sa chambre aux fenêtres barrées, le Grec quitta les lieux, laissant derrière lui des promesses que son ami n'aurait jamais espérées.


Temple du Lion, Sanctuaire

Alors qu'ils remontaient des arènes en silence, Aiolia jeta un coup d'œil à son aîné. Il soupira, repensant aux encouragements de Marine. Il allait falloir qu'ils parlent, ou bien ils finiraient par avoir une altercation aussi malheureuse que celles des Gémeaux dans l'arène. Au moment où il allait ouvrir la bouche, la voix d'Aioros, encore plus grave qu'autrefois, résonna entre les colonnes de sa maison.

« Ils sont allés trop loin. »

Son cadet leva un sourcil.

« Si tu me demandes, je pense qu'ils auraient dû continuer. Cette intervention n'avait pas lieu d'être.

— Tu aurais voulu qu'ils se cassent quelque chose, peut-être ?

— Cela ne me paraît pas cher payé, pour être honnête.

— Saga ne mérite pas de se faire humilier ainsi. »

Aiolia s'arrêta. Son frère fit quelques pas supplémentaires avant de constater qu'il n'était plus suivi. Il se tourna, et contre toute attente, Aiolia se mit à rire. D'un rire crevé qui lui glaça le sang. Lorsqu'enfin sa triste hilarité cessa, ses yeux étaient froids de haine, et il murmura :

« Tu plaisantes, n'est-ce pas ? Je sais que tu as toujours eu le cœur preux, mais ne me dis pas que tu vas le défendre. Tu as le droit d'être en colère, tu sais. C'est humain.

— Je ne pourrais pas. Je n'en ai pas envie.

— Dans ce cas, crois-moi, je le serai à ta place.

— Tu ne connais pas Saga comme moi. »

Le Cinquième Gardien frappa du poing sur la table. Aioros fronça les sourcils, et son cadet ne put que passer une main sur son visage fatigué.

« Non. Non, je pense que tu te trompes. C'est toi qui ne le connais pas comme nous. Tu sais ce qui s'est passé, après ta mort ?

— Tu te doutes que non, Aiolia.

— Saga nous a convoqués, sous les traits qu'il venait d'usurper. Juste la Garde Dorée. Je me souviens du silence dans le corridor, des regards des autres aussi perdus que le mien, sauf celui de ces trois enfoirés qui avaient décidé de le suivre en sachant la vérité. Je revois Shura, avec ton sang sur le visage et les mains, qui se tient près d'un corps couvert d'un drap écarlate. »

Le Chevalier du Sagittaire frémit.

« Mais Saga n'allait pas s'arrêter là, n'est-ce pas ? Alors il m'a demandé de m'avancer. De soulever le drap. D'identifier ton visage, et de dire ton nom de traître haut et clair, alors même que je découvrais ta mort. Il m'a arraché des mots quand la seule chose que je voulais, c'était te serrer dans mes bras et pleurer. Mais je n'en avais pas le droit.

— Arrête.

— Oh, pas question. Si tu veux le défendre, tu dois savoir ce qu'il en est. »

Ôtant sa cothurne devant l'air surpris de son frère, il lui montra la plante de son pied, où le marquage au fer était resté ancré dans la chair : προδότης.

Traître.

« Petit cadeau après ta mort, afin que tout le Sanctuaire se souvienne et apprenne de nos erreurs familiales. Pour s'assurer que je ne suivrai jamais ton exemple. Moi, ou qui que ce soit d'autre.»

Un haut le cœur saisit Aioros. Une main plaquée devant la bouche, il sentit la rage et les larmes grandir en lui. Face à lui, Aiolia secoua la tête, l'expression mauvaise et fataliste.

« Le voilà, ton cher meilleur ami. Un démon lui a dévoré l'esprit, mais ça n'enlèvera jamais ce qu'il nous a fait subir en prenant la place de l'homme que nous considérions comme un père. Si tu veux le pardonner, libre à toi. Mais assure-toi de tout savoir avant de prononcer de belles paroles, et ne viens pas te présenter noblement devant moi. Car je te jure que je ne pourrai jamais faire de même. »


Temple du Verseau, Sanctuaire

Camus quitta sa demeure après avoir salué son disciple qui, s'il vivait officiellement au Treizième, passait néanmoins régulièrement voir son mentor pour s'assurer de son bien-être. Le maître des lieux n'était pas toujours certain de savoir comment réagir face à cette abondance d'affection et d'attention, les rôles d'autrefois semblant presque inversés par instants. Bien que le Français n'en fût pas l'instigateur, il était assez touchant de voir Hyôga s'efforcer de reconstruire des liens que son maître l'avait forcé à briser autrefois. Il avait craint de retrouver son ancien apprenti encore blessé et heurté, mais l'homme qui se tenait devant lui avait l'air apaisé. Plus serein et en paix avec ses émotions, au sens où il ne paraissait plus se soucier d'en montrer lorsqu'il le souhaitait.

Le Onzième Gardien suspectait qu'il avait Andromède à remercier pour cela, ce qui n'était pas un mal. Dans son état, il n'aurait guère eu la patience d'essayer une nouvelle fois d'apprendre une quelconque forme de contrôle à Hyôga. Car s'il était honnête avec lui-même, il en était incapable pour sa propre personne.

Un rire bien connu, grave et lumineux résonna plus bas. Le Français se figea, interrompant son ascension pour porter son regard sur les marches du Troisième Temple. Et son cœur se déchira un peu plus en voyant Milo au loin, s'éloignant vers le village en compagnie de Kanon. En un instant, la rage gonfla en lui, et ses mains, incapables de contenir l'envie de violence qu'il ressentait, se couvrir de gel, comme prêtes à attaquer. Camus serra les dents, prenant une grande inspiration avant de souffler sur ses doigts, envoyant au loin le frimas qui les recouvraient.

Vraiment. Il n'avait de leçon à donner à personne.

« Tout va bien, mon ami ? »

Par la force de ses habitudes, il parvint à ne pas sursauter. Un peu plus bas, Shaka l'observait d'un air curieux alors qu'il le rejoignait sur les marches, ne faisant pas le moindre commentaire sur la température anormalement basse autour du Chevalier des Glaces. Ce dernier hocha lentement, poursuivant sa montée aux côtés de l'Hindou.

« Toi aussi, tu as été convoqué ? demanda ce dernier en franchissant le seuil du Treizième Temple.

— En effet.

— Tu as une idée sur le sujet, je suppose.

— Certainement la même que la tienne. »

Shaka n'ajouta rien, gardant ses yeux fermés alors qu'il toquait à l'immense porte de la salle du trône. Quelques secondes plus tard, elle s'ouvrit, laissant voir Athéna dans sa robe de réunion, accompagnée de Shion et Dohko visiblement revenus de l'entraînement. Les deux Chevaliers mirent un genou à terre, mais leur Déesse les invitait déjà à se redresser.

« Je vous remercie d'être venus. Prenez place, je vous en prie. »

Les deux hommes allèrent s'asseoir sur les chaises qui leur appartenaient. L'Hindou garda les mains sur ses jambes, tandis que le Français conservait les siennes croisées sur la table. Athéna apprécia leur sérieux, ayant parfaitement conscience de leur incroyable perspicacité. Ils avaient certainement déjà compris pourquoi ils avaient été appelés aujourd'hui. Elle fit un signe de tête vers Shion, qui rassembla ses dossiers devant lui, s'éclairant la voix avant de remontrer les lunettes fines sur son nez.

« Shaka, Camus, comme vous le savez, la première réunion inter-domaines aura lieu très bientôt. Si je dois être honnête, nous avons beaucoup trop tardé à faire notre choix quant à ceux qui nous représenteront, mais nous avons enfin décidé. Nous souhaiterions que vous occupiez respectivement les postes d'ambassadeur et de rédacteur du traité de paix au nom du Sanctuaire. Accepteriez-vous ?

— Oui, ce serait un honneur. »

La Déesse sourit en entendant la réponse immédiate du Onzième Chevalier, qui saisit le document portant l'intitulé de son nouveau rôle. Il balaya rapidement les informations des yeux, prenant immédiatement quelques notes rapides sur le calepin à sa disposition. Ce poste serait un bon moyen de refaire corps avec ses missions habituelles, et d'éloigner entièrement ses pensées de Milo. De toute évidence, le Grec avait choisi de se reconstruire dans cette nouvelle vie sans l'y inclure. Il était temps qu'il fit de même. Athéna observa le visage de son représentant, qui ne trahissait aucune émotion. Son regard glissa sur l'Hindou, qui pencha la tête.

« Je regrette. Je ne puis accepter. »

Un silence estomaqué.

Camus quitta ses notes, arquant un sourcil devant le refus du Sixième Gardien, alors que Shion et Dohko échangeaient un coup d'œil circonspect.

« Rien ne t'y oblige, mon Chevalier, mais puis-je te demander pourquoi ? »

Shaka hocha, ouvrant ses yeux superbes pour les plonger dans ceux de sa Déesse.

« Plusieurs raisons. Tout d'abord, il s'agit de quelque chose de tout à fait personnel : être ambassadeur impliquerait de passer un temps incertain en dehors de notre Sanctuaire, et ce n'est pas quelque chose que je souhaite. J'ai un travail personnel à faire, et quelqu'un avec qui je dois m'entretenir pour mieux me comprendre. Cela ne se fera pas si je m'absente. La seconde raison repose sur le lien déjà privilégié envers votre personne que me prête le Sanctuaire. Vous ayant accompagnée aux Enfers après avoir participé au basculement du dernier affrontement, on m'accorde une place de favori qui ne serait que renforcée si j'en venais à endosser ce rôle. Le Sanctuaire a besoin d'équilibre, et non de davantage de rancœurs.

— Qu'est-ce que c'est que cette histoire, Shaka ?

— On entend beaucoup lorsque l'on garde les yeux fermés, vous savez. Enfin, je ne pense tout simplement pas être le plus qualifié pour ce poste.

— En ce cas, qui le serait ? Demanda Shion.

— Je ne pense pas me tromper en disant que vous avez hésité entre lui et moi. »

Athéna échangea un regard avec son Grand Pope alors que Dohko souriait. Il hocha, avant de murmurer :

« Kanon. »

La respiration de Camus eut un accroc, si léger que seul Shaka le perçut. Choisissant néanmoins de ne pas faire le moindre commentaire à ce sujet.

« En effet. Je pense qu'il est votre meilleur choix. Il a l'expérience de plusieurs domaines, autant en faire notre force plutôt que notre faiblesse.

— Je ne suis pas certain de la réaction des autres, murmura la Déesse. Quant à Poséidon…

— Je sais. Il me semble évident néanmoins qu'il gardera toujours une place à part au cœur de notre Chevalerie. Lui-même n'en a pas forcément conscience, mais il est plus indépendant et moins soumis à notre protocole. Si ce n'est pas déjà le cas, je suis persuadé qu'il vous demandera bientôt de partir en mission. Kanon ne peut rester enfermé entre les murs du Sanctuaire, malgré l'amour qu'il vous porte. Il n'est pas seulement Chevalier, mais un mélange complexe de différents royaumes. Et nous avons besoin de son expérience. »

Les doigts du Verseau se crispèrent.

« Très bien. Je le convoquerai demain pour lui faire part de notre décision. Il est vrai que nous avions songé à lui accorder cette position, et puisque tu ne souhaites pas la prendre toi-même, je ne peux t'y forcer. Camus, je compte sur toi pour travailler coude à coude avec notre ambassadeur pour la rédaction du traité de paix. »

Fermant entièrement ses émotions, et n'accordant pas un second regard à son cœur, il hocha et salua Athéna comme il le devait.

« Bien évidemment, ma Déesse. »


Colline de Rodorio, Sanctuaire

Assis au bord de la falaise, Kanon et Milo observaient le paysage alentour. Le Chevalier du Scorpion désignait lieux et espaces à son aîné, lui décrivant les changements après sa disparition des terres sacrées. Lorsque le silence retomba, il se tourna vers son ami qui fixait gravement les ruines du temple de Poséidon, au loin. Le Huitième Gardien serra sa main, doucement, avant de détacher ses cheveux, profitant des embruns marins.

« Je crois que je ne m'y ferai jamais vraiment. »

Surpris, Milo reporta son attention sur son compatriote, dont le regard brillait. Il demeura silencieux, prêt à écouter le peu que Kanon se sentait prêt à partager. Les lèvres sèches étaient pincées, et instinctivement, leurs doigts s'enlacèrent.

« C'est vraiment bizarre de voir les hommes qui m'entourent et de les comparer aux enfants que l'on m'a conté.

— Comment ça ?

— Pour moi, vous étiez des histoires que Saga me racontait. Des personnages que j'apercevais parfois, derrière mes barreaux. Je n'avais pas le droit de vivre avec vous, juste d'exister loin de votre univers. Du coup… j'ai imaginé le reste. Même après, au Royaume Sous-Marin. Je pouvais sentir qu'il avait basculé, et je me demandais ce qu'il en était des enfants dont il me parlait autrefois. »

Milo le regarda en coin, avant de reposer les yeux sur la vallée en contrebas.

« Tu étais en colère, n'est-ce pas ?

— Je ne pense pas que le mot suffise pour t'exprimer ce que je ressentais.

— Le Sanctuaire prend plus que ce que nous sommes prêts à donner, et encore d'avantage après.

— Philosophe à tes heures ?

— Ça paye d'être né en Grèce. Il y a un paquet de documents intéressants aux archives.

— J'irais voir dans ce cas.

— Si tu promets à Shion de faire du tri tant que tu y es, je pense qu'il t'offrira même des volumes reliés. »

Kanon rit avant de grimacer. Il tapota prudemment sur sa mâchoire douloureuse, grommelant légèrement.

« Tu l'as mérité. »

Le concerné hocha, accordant un sourire contrit à son ami.

« Pas un pour rattraper l'autre.

— Tu parles de vous deux, ou de l'ensemble du Sanctuaire ?

— Vaste débat. »

Un rire, vraiment très bas. Le flot de paroles se tarit lentement, et Kanon remarqua pour la première fois la cicatrice fine sous l'oreille gauche. La petite marque au coin de ses lèvres. Il releva les yeux, croisant ceux de son ami. Il fut saisi par les cils blonds, bordant l'azur profond. Il réalisa combien ils étaient silencieux, tout à coup. Au loin, ils entendaient le bruit de la mer. De cette Méditerranée autrefois ennemie, à présent adorée, portant avec elle les sels marins qui les entouraient. Et sous le jeu de couleurs du ciel, Milo lui parut plus désirable encore qu'avant.

Lorsqu'il se pencha, cette fois, il n'y eut pas une hésitation, l'ancien Marina prenant les lèvres abîmées des siennes, ses doigts glissant dans les boucles dorées en un geste assuré. Contre sa peau, il pouvait sentir un rire mourir doucement, répondant à son baiser avidement, loin de le repousser cette fois. Ils prirent quelques secondes pour s'apprendre, pour découvrir cette bouche nouvelle, désirée mais inconnue, par des frôlements de moins en moins contenus.

Kanon glissa une seconde main autour du cou du Huitième Gardien, l'invitant à se pencher, mordant la chair, à peine, en une invitation qui ne pouvait être forcée. Et en sentant la langue amusée glisser contre ses lèvres, il y répondit avec envie, la caressant de la sienne. Il avait conscience du corps venu se coller contre son torse, de la poigne de Milo dans son dos. Il pouvait sentir les frissons qui le parcouraient, chaque fois qu'il laissait couler ses doigts juste à la base de ses cheveux, sur sa nuque. Il dévora le grondement de contentement lorsqu'il se sentit plaqué contre lui. Redressé contre lui, Milo demandait davantage, l'embrassant à présent à pleine bouche, accentuant le contact entre leurs corps. Et le désir ne fit que s'intensifier lorsque le Chevalier du Scorpion rompit lentement l'échange, continuant de mordiller sa lèvre, un rictus étirant sa bouche qu'il savait à présent terriblement habile.

Lorsqu'ils se détachèrent pour coller leur front, la lueur dans leur regard était exactement la même, bien que née de raisons différentes. Et cette fois, Kanon se sentit pleinement en droit de garder contre lui l'homme qui l'avait sauvé et reconnu, encore plus en voyant son sourire lumineux de reconnaissance reprendre toute sa sincérité.