Les jours passaient et, lorsqu'elle ne profitait pas du beau temps dans le parc, Hermione continuait ses recherches à la bibliothèque. Tantôt sur les horcruxes, tantôt sur le prince de sang mêlé. Elle étudiait également assidument tous les sortilèges, les propriétés magiques de certains objets ou plantes et s'entraînait parfois de longues heures entre deux étagères, au fond de la pièce.
Ce jour-là, Hermione était plongée dans des coupures de journaux et autres albums scolaires des années 1930 à 1940 de Poudlard. Elle s'évertuait tant bien que mal à trouver des informations sur une dénommée Eileen Prince. Cette sorcière, par ailleurs Capitaine de l'équipe de Bavboules de Poudlard en son temps, lui semblait être une piste potentielle à suivre dans ses recherches sur l'identité du Prince de Sang-Mêlé. Harry semblait persuadé qu'il ne pouvait s'agir d'une femme et cela mettait Hermione en rogne. Après tout, le jeu de mot pouvait très bien concerner un nom de famille plutôt qu'un véritable titre de noblesse mais non, Harry refusait tout net d'envisager cette hypothèse.
Hermione savait qu'Harry était loin d'être misogyne, bien sûr, mais en était arrivée à la conclusion que son meilleur ami peinerait à s'identifier de nouveau au Prince s'il apprenait que ce dernier était une femme.
Malgré tout, Hermione poursuivait ses recherches, persuadée de tenir quelque chose. Elle continua encore une petite heure et s'interrompit en sentant son pendentif chauffer contre sa gorge. Malefoy voulait la voir.
Elle entreprit de ranger consciencieusement ses recherches, puis ses affaires, lorsque le blond débarqua comme un dératé.
« Granger ! » Chuchota-t-il d'une voix pressante. « Granger, il faut que tu me suives. Maintenant. »
« Oui, j'étais en train de ranger mes affaires, je… »
« Non, tout de suite. »
Il s'empara des derniers livres qui trainaient sur la table, les fourra sans ménagement dans le sac d'Hermione qu'il posa sur sa propre épaule. Interloquée, elle le suivit sans un mot alors qu'il quittait la pièce et passait devant Mrs Pince au pas de course.
Elle le suivit dans les couloirs, par ailleurs surprise de ne croiser que très peu de monde et ils franchirent l'un après l'autre la tapisserie qui occultait leur repère fétiche.
Fébrile, Malefoy jeta le sac d'Hermione dans un coin de la pièce tandis que cette dernière allumait les bocaux de confiture qui leur permettaient d'éclairer légèrement la pièce.
« Malefoy… Qu'est-ce qu'il t'arrive ? »
Le blond faisait les cent pas sans avoir l'air de savoir par où commencer.
« Je… c'est le… la dernière… Granger… »
Il passait compulsivement ses mains dans ses cheveux, en proie à une nervosité dévorante.
« Je ne comprends rien à ce que tu racontes ! Malefoy, pour l'amour du ciel, qu'est-ce qu'il se passe ? »
La voix d'Hermione sembla brusquement le faire sortir de sa transe et il s'approcha subitement d'elle.
Il attrapa son visage entre ses mains et la contempla ainsi de longues minutes. Les yeux plongés dans les siens, il se recula légèrement. Ses gestes, ses paroles, tout paraissait décousu à Hermione et elle n'osait plus faire le moindre pas alors que le blond affichait à présent une expression des plus résolue.
Interdite, Hermione regarda Malefoy déboutonner sa chemise avec lenteur et la retirer pour la laisser tomber au sol.
A la lumière des flammes, elle observait ses avant-bras, vierges de tout tatouage et elle ressentit un soulagement tel qu'elle ne parvint même pas à en vouloir à Harry ne serait-ce qu'une seconde. Avec toute cette obsession de son meilleur ami au sujet de Malefoy, et le fait qu'elle ne l'ait jamais vu totalement nu jusque-là, Hermione avait gardé dans un coin de sa tête l'infime possibilité qu'il ait pu porter la Marque des Ténèbres et fomenter une attaque contre Poudlard et Dumbledore. A l'évidence, ce n'était pas le cas. Restait-il alors une possibilité que Malefoy n'ait pas encore choisi son camp ? Hermione l'espérait. Elle le pousserait à faire le bon choix. Pour lui, pour elle-même, pour eux deux.
Elle leva les yeux et croisa le regard de Malefoy. Pour la première fois, il s'était mis à nu. Au sens propre comme au figuré et Hermione eut l'impression de le connaître par cœur. Ses yeux étaient chargés d'une intensité telle qu'elle sentit son souffle se couper. Debout, l'un en face de l'autre, ils partageaient sans même se toucher une connexion fusionnelle qui semblait les emplir, les réchauffer, les rassurer comme si plus rien autour d'eux ne pouvait exister.
Il s'avança doucement vers elle et l'attira au creux de ses bras. Cette étreinte des plus chastes bouleversa Hermione jusqu'au plus profond de son être et le bien-être procuré par la chaleur du corps de Malefoy était tel qu'elle sentait sa tête tourner.
« Je te veux, Granger » souffla-t-il au creux de son oreille. « Je te veux tout entière, est-ce que tu comprends ? »
Hermione sentait sa voix trembler, comme étreinte d'émotion. Et non, elle n'était pas sûre de comprendre.
Il se recula légèrement pour poser son front contre le sien et plongea son regard dans les yeux chocolat de la Gryffondor.
« Je te donne tout, Granger. Le peu de chose qu'il me restait à te donner, » sourit-il avec mélancolie. « Je veux te le donner ce soir. Et je veux tout prendre de toi. Je veux que tu sois à moi… toute à moi. Et quand bien même tu ne voudrais pas, je prendrai ce que tu me donneras. J'ai besoin de toi, de nous comme ça, j'ai… J'ai besoin d'être à toi . Tu comprends ? »
La force avec laquelle Malefoy l'enserrait alors qu'il attendait sa réponse la fit chanceler. Elle n'était pas sûre de ce que sa demande impliquait, mais ce qu'elle savait, c'était qu'il avait besoin d'elle, d'être en elle . Et elle le voulait. La moindre parcelle d'air qui circulait entre eux lui paraissait intolérable. Il lui manquait, alors même qu'il la serrait dans ses bras. Tout son corps réclamait davantage. Davantage de proximité, davantage de chaleur, davantage de… lui.
Alors elle l'embrassa. Avec une douceur qu'elle ne lui connaissait pas, il porta les mains de chaque côté de son visage et l'embrassa à son tour. Il semblait trembler entre ses bras et elle se colla encore plus à lui.
Hermione eut la sensation brûlante de fusionner avec Malefoy tant ce qu'ils partageaient à ce moment-là était fort. Il l'allongea avec délicatesse sur sa robe de sorcier qui gisait à même le sol et se plaça au-dessus d'elle, l'entourant de sa chaleur à mesure qu'il déposait une myriade de baisers délicats sur l'ensemble de son corps.
Les terminaisons nerveuses à vif, Hermione avait l'impression qu'il s'agissait de leur première fois. Elle le redécouvrait différemment à chaque fois qu'ils s'adonnaient au plaisir de la chair mais elle espérait que ces sensations-là ne disparaîtraient jamais.
Il entra délicatement en elle, comme pour savourer la moindre seconde qui pouvait s'écouler et la serra toujours plus fort à mesure que ses va et vient s'intensifiaient. Hermione gémissait anarchiquement, perdue dans les yeux brillants de Malefoy et elle sentit le degré d'émotion qui l'habitait alors qu'il enserrait à nouveau son visage pour l'embrasser passionnément. Il répétait son nom contre ses lèvres, comme une litanie sacrée à mesure qu'elle les sentait approcher de l'orgasme et lorsque l'extase arriva enfin, elle riva son regard au sien, juste à temps pour apercevoir une larme s'échapper de son regard argenté. Il se réfugia dans son cou et Hermione sentit d'autres larmes glacées parcourir sa nuque.
A bout de souffle, l'émotion lui enserrant la gorge, Hermione se contenta de serrer Malefoy contre elle, incapable de se détacher de lui tant ce qu'elle ressentait à cet instant la transperçait de par son intensité. Ils restèrent enlacés pendant ce qui lui semblaient être des heures tant elle se refusait à le lâcher, à le laisser s'éloigner d'elle.
Malefoy finit par se relever légèrement, sans commentaire quant aux ronds rouges qui cerclaient ses yeux et se contenta d'embrasser Hermione, encore et encore, avant de finalement s'éloigner d'elle pour revêtir ses habits.
Alors qu'il s'éloignait à peine, Hermione referma ses propres bras sur elle-même, elle se sentait déjà seule et vulnérable. Elle tenta de prendre sur elle pour ne pas gâcher l'instant et se releva, attrapant à son tour ses affaires.
Elle terminait d'enfiler son pull lorsque Malefoy se plaça dans son dos pour l'enlacer. Il l'embrassa sur le sommet du crâne, inspira profondément le parfum de ses cheveux et soupira légèrement.
« Pourquoi ai-je l'impression que je n'en aurai jamais assez… » murmura-t-il.
Hermione ne s'attarda pas sur ces dernières paroles et se retourna pour l'enlacer à son tour sans un mot.
Au bout de quelques minutes, Malefoy s'écarta légèrement et saisit son visage en coupe délicatement, comme s'il avait peur de la briser, la regardant avec toute la douceur du monde.
« Je… Je… Granger… Je suis si reconnaissant de t'être tombé dessus, l'été dernier… » Commença-t-il avec un sourire. « T'avoir près de moi, à travers ces mois de cauchemar, c'était comme trouver une oasis en plein désert. Je… J'aurais aimé que nous nous soyons connus, enfin, comme ça » reprit-il en lui caressant la joue « plus tôt, j'aurais aimé que nous ayons… plus de temps. Savoir que nos chemins vont devoir se séparer… Je n'arrive pas à imaginer, ne plus voir ton visage, ne plus sentir ta peau… »
Il l'embrassa avec passion et fougue, laissant son étreinte exprimer ses mots interdits. Hermione, bien que transportée par la puissance de son baiser, ne pouvait s'empêcher de retourner ses paroles dans son esprit. Mais enfin, que pouvait-il bien se passer dans sa tête pour qu'il en vienne à ça… à ce discours… d'adieu ? Si le doute planait encore, le goût d'amertume et de regret laissé par le baiser de Malefoy sur ses lèvres finit de la convaincre.
« Malefoy qu'est ce… » Il la fit taire d'un nouveau baiser.
Il renifla, essuyant tant bien que mal les larmes qui menaçaient de tomber du coin de ses yeux gris et pointa brusquement sa baguette sur elle.
« Impero. »
Ayant totalement baissé sa garde, le sortilège la heurta de plein fouet. Hermione sentit un fourmillement tiède l'envahir et se suspendit aux lèvres de Malefoy avec la plus grande attention de la Terre.
« Granger, tu vas t'assurer de rester loin de la Salle sur Demande ce soir. Tu resteras convaincue qu'il est primordial de surveiller les cachots et tu te tiendras là-bas dès le soleil couché et jusqu'à ce que je quitte l'école. Tu ne te poseras pas de questions et tu ne diras à personne ce que je viens de te dire. Lorsque je serai sorti de l'enceinte de Poudlard, tu seras libérée du sortilège et tu ne te souviendras plus que je te l'ai lancé. Est-ce que tu m'as bien compris ? »
Hermione acquiesça. A ce moment précis, la parole de Malefoy était tout ce qui comptait, et tout ce qui franchissait ses lèvres lui paraissait plus que raisonnable.
Il s'approcha lentement d'elle et embrassa délicatement son front.
« Je… Tu vas me manquer, Granger… je suis désolé. »
Il quitta la pièce sans un mot de plus et il fallut à Hermione quelques secondes pour émerger. Que venait-il de se passer ? Malefoy ne pouvait travailler pour Voldemort, après tout, il ne portait pas la marque des ténèbres. Il voulait partir de l'école ? Mais que s'était-il passé ?
Hermione avait la sensation que des pièces manquaient au puzzle. Malgré tout, elle s'efforça de rejoindre la salle commune de Gryffondor et s'écroula aux côtés de Ron dans leur canapé habituel.
« Bein alors, Hermione… Ça ne va pas ? »
« Hum… Si, je crois… Je… » Hermione eut un moment d'absence puis secoua la tête, soudainement désireuse de changer de sujet. « Bref ! Où est Harry ? »
« Avec Dumbledore. »
Ron lui-même semblait soucieux.
« Ron ? Tu vas bien ? »
« Ça va… Ça va. »
Hermione lui lança un regard sceptique face à sa mine préoccupée.
« Ron… »
« Bon, ok. Je ne sais pas trop… ça va sûrement te paraître ridicule mais… Il y a… cette fille que j'aime bien. Mais je ne sais pas si… Et puis tout le monde la trouve bizarre alors… Enfin bref, de toute façon, ce n'est pas trop le moment puisque d'une manière ou d'une autre, les choses vont changer et… »
Hermione prit soin de ne pas interrompre Ron alors qu'il tergiversait. A l'évidence, il semblait encore plus mordu de Luna qu'elle ne l'avait initialement pensé. Le rouquin s'interrompit en apercevant Harry entrer à toute jambe dans la tour de Gryffondor. Avant qu'ils aient pu dire quoique ce soit, Hermione et Ron virent leur meilleur ami s'engouffrer à la vitesse de la lumière dans les escaliers du dortoir des garçons et en redescendre aussi vite quelques secondes plus tard. Il s'arrêta en glissade devant eux, les mains chargées.
« Je n'ai pas beaucoup de temps », dit-il d'une voix haletante. « Dumbledore pense que je suis venu chercher ma cape d'invisibilité. Écoutez… »
Harry leur raconta à toute hâte qu'il s'apprêtait à quitter l'école en compagnie de Dumbledore afin de se lancer à la poursuite d'un nouvel horcruxe. Il leur raconta également avoir surpris le professeur Trelawney devant la Salle sur Demande après qu'elle en ait été brutalement éjectée par un étudiant inconnu qu'elle avait entendu exploser de joie quelques secondes auparavant.
« Vous comprenez ce que ça signifie ? » acheva Harry en parlant très vite. « Dumbledore ne sera pas là cette nuit, donc Malefoy aura à nouveau le champ libre pour agir. Non, écoutez-moi ! » lança-t-il avec colère en voyant Ron et Hermione sur le point de l'interrompre. « Je sais que c'était Malefoy qui poussait des cris de joie dans la Salle sur Demande. Tiens. » Il fourra la carte du Maraudeur dans la main d'Hermione, « il faut le surveiller et surveiller Rogue, aussi. Prenez avec vous tous les membres de l'A.D. que vous pourrez rassembler. Hermione, tes faux Galions qui servaient à se donner rendez-vous doivent toujours marcher, non ? Dumbledore dit qu'il a pris des mesures de protection supplémentaires mais si Rogue est dans le coup, il les connaît et sait comment les déjouer seulement, il ne s'attendra pas à ce que vous soyez tous en alerte. » « Harry… », commença Hermione, les yeux écarquillés de terreur. « Je n'ai pas le temps de discuter », répliqua-t-il sèchement. « Prends aussi ça. » Il mit des chaussettes dans la main de Ron. « Merci, » dit Ron. « Heu… pourquoi est-ce que j'aurais besoin de chaussettes ? » « Tu auras besoin de ce qu'il y a dedans. C'est le Felix Felicis. Vous vous le partagerez, donnez-en aussi à Ginny. Dites-lui au revoir de ma part. Il faut que j'y aille, maintenant, Dumbledore m'attend… » « Non ! » s'exclama Hermione tandis que Ron, impressionné, sortait le petit flacon de potion dorée. « Nous n'en voulons pas, garde-le, qui sait ce que tu devras affronter ? » « Je n'ai rien à craindre, je serai avec Dumbledore, répondit Harry. Je veux être sûr que ça se passe bien pour vous… Ne fais pas cette tête-là, Hermione. À plus tard… » Et il repartit, se glissant à travers le trou du portrait pour filer en direction du hall d'entrée.
Interloqués, Hermione et Ron restèrent figés quelques secondes avant de se mettre en action. Ron interpella Neville qui venait d'entrer dans la Salle Commune tandis qu'Hermione montait poser son sac et fit un crochet pour aller chercher Ginny dans son propre dortoir.
En redescendant, Hermione avait retrouvé son calme. Elle rejoignit Ron et Neville, à présent en grande discussion et leur tendit la carte du Maraudeur.
« Je vous laisse tout ça, je vais chercher Luna. » Lança-t-elle en croisant le regard de Ron. « Nous irons nous poster dans les cachots pour surveiller Rogue. »
Ron acquiesça en lui lançant un regard plein de gratitude.
« D'accord, faites bien attention… Toutes les deux. »
Hermione lui lança un regard entendu puis s'enfuit à toutes jambes en direction de la tour de Serdaigle.
Arrivée dans l'aile ouest, Hermione se figea, ignorant comment accéder à la salle commune des bleu et bronze, étant elle-même étrangère à cette maison.
« Hermione ? Qu'est-ce que tu fais là ? »
Surprise, l'intéressée peina à en croire sa chance lorsqu'elle se retourna pour se retrouver nez à nez avec Ed et Maddie, qu'elle n'avait plus croisés depuis une éternité.
« Coucou, vous deux. Je… Je suis assez pressée, est-ce qu'en rentrant, vous pourriez appeler Luna Lovegood pour moi s'il vous plaît ? »
Ils acquiescèrent et se tournèrent vers un heurtoir en forme d'aigle qui leur posa ce qui semblait être une énigme. Les deux Serdaigles y répondirent rapidement et s'engouffrèrent dans la tour. Quelques secondes plus tard, Luna s'en extirpa, baguette en main et suivit Hermione jusqu'aux cachots de Poudlard.
Elles se postèrent dans un renfoncement du mur en pierre qui avoisinait le bureau de leur professeur de Défense contre les Forces du Mal et attendirent ce qui leur parut des heures que quelque chose se passe.
Hermione ressentait l'envie de remonter les étages pour s'assurer que ses amis allaient bien, mais, étrangement, elle ne parvenait pas à s'y résoudre. A la place, elle se tourna vers Luna qui entamait la conversation.
« Est-ce que Ron, Ginny et Neville vont bien ? N'est-ce pas risqué pour eux d'être là-haut, tout seuls ?»
« Non, Luna » la rassura tant bien que mal Hermione sans trop y croire. « Tu sais, il y a très peu de chance que quelque chose se passe ce soir… »
« En tout cas, je l'espère… Je suis inquiète pour Ron. Je l'aime bien, Ron. » lâcha-t-elle brusquement.
Hermione émit un léger sourire.
« Tu sais quoi, Luna ? Je crois que Ron t'aime bien, lui aussi. »
« Tu crois ? » demanda la blonde en rougissant légèrement.
Leur discussion fut soudain interrompue par des pas précipités qui arrivaient dans leur direction. D'un seul regard, Hermione et Luna se mirent en position, baguettes levées, prêtes à en découdre.
Le Professeur Flitwick débarqua au détour du couloir.
« Severus ! Severus ! Mais que faites-vous ici toutes les deux ? Filez-vous mettre à l'abri, des Mangemorts ont envahi l'école ! Severus ! »
Il entra à toute jambes dans le bureau de Rogue et quelques instants plus tard, un bruit sourd se fit entendre. Rogue sortit de son bureau à la hâte et bondit sur Hermione et Luna.
« Je ne perdrai pas mon temps à vous demander ce que vous fabriquez ici, vous deux. Contentez-vous de vous occuper du Professeur Flitwick. Il vient de s'évanouir dans mon bureau. » siffla-t-il d'une traite.
Il s'éloigna ensuite dans un bruissement de cape.
Hermione et Luna pénétrèrent le bureau de l'ancien professeur de potion et trouvèrent Flitwick allongé à même le sol.
« C'est terrible, Hermione ! Il faut aller aider nos amis ! »
« Non, Luna. On reste ici. »
Hermione ignorait pourquoi elle ne voulait pas monter mais c'était plus fort qu'elle. Une voix intérieure lui murmurait de rester en retrait, de se mettre à l'abri, et elle ne pouvait faire autrement que de lui obéir, bien que cela ne lui ressemblât pas une seconde.
Elles mirent plusieurs dizaines de minutes à tenter de ranimer leur Professeur de Sortilèges. Hermione sentait les mêmes fourmillements tièdes que plus tôt dans la journée prendre de plus en plus de place dans sa nuque et se répandre dans son corps. Jusqu'à ce que cela s'interrompe. D'un coup. Et que l'image de Malefoy s'impose à son esprit l'espace d'une seconde. Elle eut la brève sensation de récupérer la maîtrise de son corps, comme si elle avait reçu un seau d'eau froide sur le sommet du crâne.
Que venait-il de se passer ? Que faisaient-elles encore là ?
« Luna, il nous faut emmener Flitwick à l'infirmerie. Il est évident que l'on n'arrivera à rien toutes seules ici. »
Elles firent léviter le petit Professeur jusqu'à l'infirmerie où elles retrouvèrent le dernier fils Weasley auprès d'un lit occupé en compagnie de Tonks et Lupin, Neville pour sa part, semblait endormi sur un autre lit, dans un coin de la pièce.
« Par Merlin, Ron ! Tu vas bien ! » Lâcha-t-elle en se jetant dans les bras de son meilleur ami.
« Oui, moi, ça va. » Dit-il en la réceptionnant maladroitement. « Mais ce n'est pas le cas de Bill. Un loup-garou l'a blessé. C'est grave. »
Ils restèrent là de longues minutes après que Madame Pomfresh eut réceptionné à son tour le professeur de Sortilèges, se posant de nombreuses questions sur ce qui avait bien pu se passer ce soir.
Tout ce qu'ils savaient, à l'heure actuelle, c'était que des Mangemorts avaient envahi l'école, puis étaient repartis presque aussi vite qu'ils étaient arrivés. C'était mince. Et déroutant.
Soudain, la porte de l'infirmerie s'ouvrit sur Harry et Ginny dans tous leurs états.
Hermione se jeta sur son meilleur ami pour l'enlacer avec force, soulagée de le voir revenir entier. Cette soirée surréaliste allait enfin pouvoir retrouver son calme. Tout allait bien. Harry était entier, tout comme l'intégralité de ses amis, si l'on excluait Bill qui allait tout de même s'en remettre, bien qu'il risque de développer quelques traits propres aux loups-garous dans les prochains mois.
« Peut-être que Dumbledore connaît un remède qui serait efficace ? » dit Ron. « Où est-il ? C'est sur son ordre que Bill s'est battu contre ces fous furieux. Dumbledore a une dette envers lui, il ne peut pas le laisser dans cet état… » « Ron… Dumbledore est mort », annonça Ginny. « Non ! » Lupin jeta un regard effaré à Ginny, puis à Harry comme s'il espérait que celui-ci démentirait la nouvelle mais voyant qu'il n'en était rien, il s'effondra sur une chaise à côté du lit de Bill, le visage dans les mains. « Comment est-il mort ? » murmura Tonks. « Comment est-ce arrivé ? » « Rogue l'a tué », répondit Harry. « J'étais là, je l'ai vu. En revenant, nous avons atterri au sommet de la tour d'astronomie, là où se trouvait la Marque… Dumbledore était malade, affaibli, mais je crois qu'il s'est rendu compte que c'était un piège quand on a entendu quelqu'un monter l'escalier en courant. Il m'a immobilisé, je ne pouvais rien faire, j'étais sous la cape d'invisibilité… À ce moment-là, Malefoy a poussé la porte et l'a désarmé… » Hermione plaqua ses mains contre sa bouche et Ron poussa un gémissement. Les lèvres de Luna tremblaient. « D'autres Mangemorts sont arrivés… Et puis Rogue… C'est Rogue qui l'a tué. Avec l'Avada Kedavra. »
Harry s'interrompit. Silence uniquement interrompu par les sanglots de Mrs Pomfresh remplacé quelques instants plus tard par le chant douloureux d'un phénix qui déchira la nuit. Cette douce et profonde mélodie renvoya Hermione à ses pensées qu'elle s'était efforcée de maîtriser depuis que le nom de Malefoy avait été mentionné.
Harry disait-il vrai ? Avait-il fait ça ? Il lui avait dit aurevoir à sa manière, certes, mais il n'aurait jamais… Si ?
Complètement déboussolée, Hermione laissa les conversations reprendre doucement, s'y mêlant au besoin, la culpabilité et l'amertume entamant une lente torture visant à la ronger jusqu'au plus profond de ses entrailles.
Il avait achevé sa mission. Il avait pris sa décision. Il avait choisi son camp.
