Résumé des chapitres précédents:

Akira et son collègue se rendent au gala ne New York. Ils font la découverte d'un monde qui les dépasse en y rencontrant les hommes et les femmes les plus puissants de la planète. Leur objectif est de trouver Gin, un homme avec un tatouage d'Ouroburos sur le bras. Après avoir discuté avec quelques personnes, le collègue d'Akira croit reconnaitre quelqu'un...

Vermouth reste infiltrée chez Black Corp et trouve un rendez vous suspect auquel Hita s'était rendu dans la liste des déplacements de la secrétaire. Gin se joint à elle pour en découvrir plus sur ce lieux et tenter de découvrir d'où proviennent les fuites de données qui ont permis à Hiata de faire chanter l'Organisation.


Soudainement Akira fut inquiète. Après l'ivresse de sa rencontre avec l'élite, elle fût rappelée à la réalité de sa mission.

— T'as vu qui bordel? S'empressât-t-elle de demander à son collègue.

— Miyano. Je crois que c'est lui. Ça parait logique. C'est le chercheur le plus brillant qu'ils ont.

— Tu crois qu'il faut qu'on s'approche de lui ?

— Je ne sais pas, il est bien entouré. T'en penses quoi Akira ?

— Ça ne serait pas très prudent…

Akira aperçut près de l'orchestre, et non loin du chercheur une femme qui se distinguait par l'absence de raffinement de sa tenue. Elle semblait ne fixer des yeux que le chercheur, tout en sirotant sa coupe de champagne, seule.

— Je crois que j'ai repéré quelqu'un de suspect.

— Dis-voir.

— Derrière moi, dans tes onze heures. Une femme, blanche, avec des lunettes, mal fringuée pour la soirée.

— Oui, je la vois.

— Elle ne fait que fixer des yeux Miyano depuis tout à l'heure.

— On devrait plutôt aller la voir elle alors. Peut-être qu'elle pourra laisser échapper des informations.

— Rester seule dans une soirée pareille, c'est un peu triste vous ne croyez pas ?

Akira avait engagé la conversation avec son sourire le plus bienveillant. Elle fut très surprise lorsque son interlocutrice lui répondit dans sa langue maternelle.

— Je ne suis pas seule. Je suis venue avec mon mari. Helena Miyano. Enchantée.

— Oh, excusez-moi ! Enchantés de même. Mon collègue et moi-même sommes nouveaux et on cherchait surement à fuir les regroupements, c'est assez intimidant. Alors engager la conversation avec quelqu'un comme vous semblait plus simple.

— J'apprécie votre franchise. Cela me m'intimide aussi beaucoup. Je laisse mon mari gérer tout ça. Il est plus à l'aise, lui.

— En tout cas vous pourrez le féliciter pour ses recherches, c'est absolument incroyable, félicita le collègue d'Akira.

— Je n'y manquerais pas. Néanmoins, sachez qu'il n'est pas seul…

— Oh…Alors nos compliments vous vont également.

— Merci. Arriver à un tel niveau d'ingénierie biologique n'a pas été simple, vous pouvez me croire.

— Le cerveau est un organe tellement complexe. J'imagine, oui. Répondit Akira.

— Le cerveau ? Vous plaisantez ? Nous en sommes bien au-delà. Ce que nous cherchons est la transcendance du corps !

— Nous avions en effet compris que depuis récemment…. Vous pourriez faire rajeunir les êtres… Notre client semble en tout cas très intéressé par de telles perspectives, enchaina-t-il, soucieux de rester dans son rôle.

— Oui. Mon mari et moi-même avons trouvé un moyen d'abolir la limite de duplication d'une cellule, la rendant immortelle. Mais cela ne fait pas rajeunir pour autant. Pour cela, il faut tuer les cellules usagées, puis les remplacer par des nouvelles, qui seront aussi efficaces que celles d'un enfant.

Helena Miyano n'était pas avares d'explications. Peut-être un défaut des scientifiques à vouloir répandre leurs connaissances et à expliquer aux autres le fruit de leurs recherches dans un monde toujours de plus en plus ignorant.

— Si j'ai bien compris, pour passer d'un vieillard à un jeune homme, il faut tuer toutes ses cellules ? Demanda la jeune policière, incrédule.

— Oui. Pour cela, on emploie un virus qui va déclencher un mécanisme d'autodestruction appelé pyroptose. C'est quelque chose de parfaitement naturel. Habituellement, les cellules dont l'ADN est trop abîmé le font automatiquement pour vous protéger du cancer. C'est pour cela que votre peau pèle après avoir été trop longtemps au soleil.

— C'est sans risque ?

La scientifique ria derrière ses carreaux de lunettes qui reflattaient la lumière des lustres.

— Selon vous ? Bien sûr qu'il y a des risques. La plupart du temps, soit le sujet décède, soit un équilibre s'effectue, et il arrête simplement de vieillir. Il semblerait que la molécule ne fonctionne correctement que pour des individus de moins de vingt ans, pour lesquels la majorité des cellules sont encore suffisamment jeunes pour que le traitement fonctionne.

— Rajeunir des jeunes, c'est un concept, répondit le policier sur un ton sarcastique.

— Ne vous moquez pas ! Si votre client a plus de la vingtaine, il pourra profiter du traitement quand il sera suffisamment avancé. On a fait des progrès récemment dans cette direction. Et par récemment, je veux dire il y a quelques heures.

— Voilà une perspective enthousiasmante. Mais vous ne croyez pas que tout cela va trop loin ? Demanda-t-il à la chercheuse

— Comment ça ?

— Je ne sais pas… Comment dire ? Ça me parait contre-nature, d'une certaine manière.

— Oh…Ce n'est pas mon travail. Je ne fais que chercher, et voyez-vous, l'usage n'est pas de mon ressort. Vous savez, rien n'arrête la science. Si ce n'est pas vous, alors ce sera quelqu'un d'autre. La science ne fait que donner une information. À chaque fois, il existe un bon et un mauvais usage. Le couteau peut cuisiner ou tuer. L'atome peut éclairer les villes ou les détruire. Vous voyez ?

— Mais si nous ne mourons plus, nous serons trop nombreux, vous ne croyez pas ?

— C'est bien pour ça que nos recherches sont strictement confidentielles, confinées à un cercle restreint d'individus. Voyez-vous, notre molécule peut servir à guérir le cancer. Rien que cela provoquerait une hausse dramatique de la population.

— Donc seule une fine frange de la population pourra profiter de cet élixir ?

— C'est mieux que personne, non ?

— Certes.

— Ne pensez pas à cela… Dites-vous simplement qu'un beau jour quelques chercheurs ont tenus entre leur mains le secret de l'éternité, puis que ce secret fut oublié. Je suis contente d'avoir accès à la vérité. Si quelques personnes doivent vivre plus longtemps que prévu pour ça, ça m'est égal. Vous comprenez ? Demanda-t-elle, droit dans les yeux.

— Bien-sûr, je comprends votre point de vue.

— Ecoutez, votre compagnie m'est sympathique. On pourrait se mettre autour de la même table pour le repas, qu'en pensez-vous ? proposa la chercheuse.

— Il n'y a pas de plan de table ?

— On s'en moque.

Les lumières de la salle s'affaiblirent lentement tandis que celles de la scène, plus proche d'une estrade étant donnée sa taille, se réveillaient pour porter l'attention de l'assemblée. Une femme fit son entrée. Elle était blonde, et portait un collier de perles vertes. Akira, se pencha vers la scientifique à côté d'elle.

— Quand vous disiez que vous avez fait des avancées très récemment, vous pensiez à elle, n'est-ce pas ?

— Comment le savez-vous ?

— Mme Karasuma portait le même collier hier.

— Ah vous êtes donc ces mystérieux représentants dont elle m'a parlé dans l'avion avant que je ne lui fasse l'injection ?

— Oui, en effet.

Leurs chuchotements furent interrompus quand la femme sur scène pris la parole.

— Bonsoir à tous et toutes. Je suis Sharon Vineyard. Je vous remercie d'être présents ce soir, à cette vente aux enchères caritatives dont les fonds seront reversés à la fondation Karasuma.

Ses jambes semblaient légèrement trembler, et sa voix était empreint d'un voile. Elle semblait avoir besoin de reprendre son souffle pour enchainer la phrase suivante.

Mme Myiano se pencha à son tour vers Akira.

— J'espère qu'elle va tenir le choc. Elle m'a fait toute une vie pour apparaitre en public ce soir. J'ai dû lui donner des amphétamines…

Cette femme, Elena Miyano, intriguait la policière. Elle ne s'attendait pas à trouver quelqu'un d'aussi loquasse à cette soirée. Elle se doutait que, comme tous les autres scientifiques du groupe, elle devait avoir des rapports humains assez inexistant, voir toxiques. Cultiver un tel sentiment chez les chercheurs n'était certainement pas une bonne idée, pensa Akira. Cela risquait de donner des gens qui ne tiennent pas leur langue, pensait-elle.

— Dites-moi, pourquoi vous êtes là ce soir avec votre mari ? Demanda la jeune policière.

La scientifique parut au début quelque peu prise au dépourvu. Akira se sentie obligée d'apporter des précisions.

— Je veux dire, vous ne semblez pas avoir un grand intérêt à venir ici. Ni pour vous ni pour votre employeur. La question me travaille depuis tout à l'heure, excusez-moi.

— Vous êtes une vraie policière vous dites-donc ! Eh bien, on a été invités mon mari et moi-même afin de pouvoir répondre aux questions des invités, mais…

Elle s'arrêta.

— Mais quoi ?

— Oubliez-ça. Ça a peu d'importance.

Les deux femmes reportèrent leur attention sur Sharon Vineyard, et son discours d'inauguration.

— Vous trouverez sous votre siège un boitier vous permettant d'interagir pendant les enchères. Bien sûr, la liste des objets vous sera apportée. Nous vous souhaitons une bonne et agréable soirée, merci.

L'armée de serveurs et serveuses s'engouffra dans la salle, et abordait chaque table pour y distribuer le menu des ventes. Akira fût surprise en voyant ce qui était mis aux enchères.

— Le repas va être servi. Ça ne sert à rien de vous exciter là-dessus. Assena Atsuchi Miyano aux deux policiers infiltrés.

Il y avait six personnes d'assises autour de la table. En plus du couple de scientifiques et de policiers se trouvaient deux inconnus. Un homme ainsi qu'une femme. Akira regarda son collègue. Il semblait préoccupé. Peut-être ne voyait-il pas d'un bon œil l'amitié dont avait fait preuve Elena Miyano envers sa complice. Akira essaya de se rassurer en se disant qu'il s'agissait surement de ça.

Leurs regards se croisèrent. Il se pencha près d'elle pour lui chuchoter dans l'oreille.

— J'ai trois suspects.

Il avait attrapé le poignet d'Akira sous la table. Son pouls était élevé.

— Reste calme.



C'était un professionnel. Il était payé pour ça. Cela ne l'empêchait pourtant pas de monter à cent-vingt battement par minutes. Monsieur Hiata l'avait engagé en lui demandant de collecter le plus d'informations possible sur la société Karasuma. Le contrat le plus juteux de sa carrière, et certainement le plus dangereux également. Sa cible était diffuse. On lui avait expliqué que derrière la corporation se cachait un groupe d'individus qui œuvrait à des desseins en dehors de toute norme. Ce qui lui avait été demandé était de découvrir des preuves de leur avancement dans leur projet.

Il avait plusieurs approches, mais la plus simple était de se faire employer afin d'avoir un certain accès aux infrastructures. Comme il n'avait aucune formation scientifique, le champ des possibilités était restreint.

Yuki katsuro avait vingt-cinq ans, ce qui allait être un avantage pour ce qu'il voulait faire. Il aurait pu se faire engager comme agent d'entretien ce qui lui aurait donné accès à de nombreux secteurs, mais les sociétés se méfient des nettoyeuses et des nettoyeurs car il était monnaie courante qu'ils soient en réalité là pour voler les propriétés intellectuelles ou saboter le matériel. Les chinois étaient très forts pour ça. Ils avaient pu rattraper des dizaines d'années de retard technologique avec cette méthode. Et ils continuaient surement. Non, à la place, il fallait qu'il se fasse engager comme stagiaire. Il était encore assez jeune pour ça, même s'il arrivait sur la fin. Après vingt-cinq ans, on se serait posé des questions et cela aurait porté le doute sur lui, et la dernière chose qu'il voulait qu'on remarque quand il volait des données, c'était de se faire remarquer.

Un stagiaire, lui, est invisible. Personne ne le calcule, personne ne connait son nom et pourtant la majorité des grands groupes repose sur eux pour tourner. Du café aux tâches ingrates que personnes ne veut faire, ils sont la première brique portant tout le poids de la pyramide. Avec leur statut de larbin, personne ne se méfiait d'eux et leur importance rendait les entreprises et leur employés nicotinés et amortis dépendants d'eux, leur accordant ainsi les clés du royaume.

Quand on le voyait trainer dans un couloir, personne ne trouvait ça suspect, surtout s'il portait des tasses de café.

Le groupe Karasuma ne faisait pas exception. Se faire engager comme stagiaire n'avait pas été facile. Entre fausse lettre de recommandation et faux CV il était un parfait imposteur, trouvant toujours amusant qu'autant de qualifications soient demandées pour au final effectuer les taches qu'un chimpanzé pourrait effectuer. Néanmoins, il pouvait bénéficier d'une certaine aide de la part des fonds d'investissement Black Corp, son employeur, mais aussi peut-être sa prochaine cible. Dans son métier, les services s'achètent une fortune, et la loyauté n'a pas de prix.

La première étape pour trouver une aiguille dans une botte de foin n'est pas de choisir convenablement son aimant. Ça, c'est la seconde. La première est de choisir la bonne botte. Pour lui, ça commençait bien. Il était dans les services de direction, au siège social. C'était un endroit assez ancien qui commençait à montrer des signes de fatigue. Moquettes au sol, persiennes cassées, jaunies, tordues. Portes en imitation de bois lasuré. Pas de casual Friday dans cette entreprise. On y sentait une ambiance hiérarchique, pyramidale, avec un sommet invisible dans le brouillard. Le groupe Karasuma était comme un monstre sans tête. Non pas qu'il n'en avait pas, mais cette dernière était cachée, inaccessible, la rendant effrayante aux yeux de Yuki : s'il devait les affronter, il n'aurait pas de nuque à viser. Les entreprises japonaises avaient pour coutume d'être très autoritaire et verticale, mais celle-ci était administrée comme une armée dont le général ne faisait pas de discours. Il était peut-être au bon endroit concernant la direction de l'entreprise, mais peut-être pas là où il faudrait être pour percer les secrets de la filiale clandestine du groupe.

Il ouvrait les yeux avec une bouffée d'angoisse pendant sa première seconde d'éveil. Il n'avait aucune idée d'où il se trouvait, ni quel jour il était. Une fois le brouillard dissipé, la mémoire lui revient en sentant la masse chaude à côté de lui, dont seuls les cheveux dépassaient de la couette. L'hiver était rude et l'appartement n'était pas bien isolé.

Yuki resta allongé quelques secondes. Il se demandait si la situation relevait de son travail ou non. Il l'avait approchée car elle était assistante de direction et semblait avoir des contacts auprès de gens hauts-placés. Ils s'étaient vus plusieurs fois en-dehors du bureau et c'était la première fois qu'elle l'invitait chez lui. Néanmoins, il n'arrivait pas à s'empêcher de se demander si cela valait-il la peine de passer à côté de sa vie pour le job. Sa ligne rouge était de faire du tort à des innocents, des personnes qui vivent leur vie sans se douter que des gens comme lui existent. Il décida de ne pas se servir d'elle plus qu'il ne l'avait déjà fait. Elle lui avait permis d'avoir une entrevue avec son supérieur, ce qui était plus que suffisant.

Yuki passait les tourniquets à l'entrée dans le lobby quand il vit une jeune femme aux cheveux auburn se disputer avec un homme intégralement habillé en noir. Il n'arrivait pas à entendre ce qu'ils se disaient, mais elle avait l'air furieuse, et infiniment triste, aussi. Une sorte de rage désespérée. L'homme ressortit du bâtiment, lui aussi passablement énervé. Yuki le vit monter dans une voiture noire, mais les vitres, à cause de leurs bandes opaques, ne lui laissaient pas le luxe de voir ni le modèle, ni la plaque. La jeune femme, elle, se dirigeait vers l'assesseur, tout comme lui. Il appuya sur 23, et elle sur 34. C'était le plus haut que cet ascenseur pouvait aller, et il savait qu'il n'avait rien à faire au-delà de l'étage 29. Ils avaient été très clairs avec lui.

La jeune femme sanglotait tout en essayant de rester cachée. Ils n'étaient que tous les deux.

— Quelque chose ne va pas ?

— Mêle toi de ce qui te regarde, le rembarra-t-elle, férocement.

Il tenta encore une fois.

— On peut en parler si tu veux.

— Je ne crois pas, non.

Il lut son nom sur son badge. Elle remarqua ce regard indiscret. La jeune employée, les yeux rouges et humides dévisagea Yuki. Ils étaient déjà au vingt-et-unième étage.

Elle ne disait rien mais ils se comprirent. Cette fille avait de l'instinct et elle avait su en le regardant dans les yeux, quelles étaient ses motivations. Elle appuya sur quatre touches destinées à la sélection des étages. Le 4 le 8 le 6 et le 9 s'illuminèrent.

Les portes s'ouvrirent. Yuki quitta la cabine.

— On ne se reverra jamais. Adieu. Lui lançait-elle en regardant le sol.

— Bonne chance.

Il se dit que c'était certainement la meilleure chose à lui souhaiter. Les portes se refermèrent sur la fille. Les chiffres, eux, étaient gravés dans son esprit. 4869. C'était son point d'entrée. C'était l'indice dont il avait besoin. C'était son aimant.

Yuki pensa alors qu'il ne fallait jamais sous-estimer une femme en colère, et se dirigea vers la seconde phase de son plan. Il n'avait pas prévu une aide aussi soudaine, mais il avait bien une idée précise de ce qu'il fallait qu'il fasse pour obtenir ce qu'il était venu chercher.

— Assez-vous jeune homme. Je vous en prie.

— Merci à vous de me recevoir. C'est un honneur.

Son interlocuteur était un homme d'une cinquantaine d'années, dont la place dans l'entreprise lui permettait de se payer des costumes que ses collaborateurs ne pouvaient pas. Il était assez massif sans pour autant être gros. Sa voix était d'ailleurs à l'image de sa corpulence, forte et bien portante. Il occupait l'espace et il semblait être une personne de conviction et d'autorité, deux qualités qui l'avaient sûrement amené à la place qu'il occupait.

— Une de mes collaboratrices vous a recommandé pour le post de Madame Furosawa qui comme vous le savez peut-être à un arrêt maladie de longue durée.

— Oh, c'est…Très gentil de sa part.

— Oui, oui… Mais ne me prenez pas non plus pour un idiot.

— Pardon, ce n'était pas mon intention.

— Bien. Donc vous pensez être capable d'occuper ce poste ?

Il n'avait aucune intention de répondre à ses questions. Il n'avait pas besoin d'un poste. Encore moins d'un contra de travail. Son stage devait encore durer quelques semaines, et c'est tout ce qu'il lui fallait pour récupérer les données qu'il cherchait puis disparaitre.

Dans sa poche, Yuki cachait une télécommande qui devait déclencher un appel au post de police. Cet appel mettrait suffisamment le bazar pour que la secrétaire vienne déranger son patron et le force à quitter son bureau un instant.

Il repensa à celle avec qui il avait dormi la veille. Il savait qu'il ne pourrait pas faire ça toute sa vie. Et pourquoi ne pas tout arrêter et prendre ce job ? Il hésita.

— Oui, je crois avoir déjà prouvé mes capacités. Vous avez vu mon CV ?

— Non, je n'ai pas eu le temps. Voyons-ça.

Mais un contrat est un contrat. Il se dit alors qu'il trouvera plus tard un moyen de recoller les pots cassés. Pour le moment, place à l'action : il pressa l'interrupteur.

Rien ne se passa. S'il avait pu trépigner sur sa chaise, il l'aurait fait volontiers. L'homme continuait de lire son CV quand soudain, comme prévu, la secrétaire déboula dans le bureau.

— On a un problème avec la police !

— Quoi ?

— Venez voir.

L'homme s'adressa à Yuki :

— Restez là, je reviens.

C'était parti. Il était seul dans le bureau. Dans son autre poche, il avait amené un KeyLogger. C'est objet qui ressemble à une clé USB, qui se branche dans un port du même nom sur l'ordinateur et sur lequel on connecte un clavier. Tout ce qui est tapé par l'utilisateur est alors stocké dans le loggeur. L'objet créer aussi un réseau virtuel sur lequel on peut se connecter à distance pour lire le contenu de ce qui a été tapé.

Yuki plongea sous le bureau, débrancha le clavier, inséra son loggeur, et rebrancha dessus le clavier. Il vérifia avec son portable que le réseau virtuel fonctionnait comme prévu en retournant s'asseoir sur sa chaise.

Le soir même, il avait pu récupérer l'identifiant ainsi que le mot de passe de l'homme en question. C'était en effet les premiers caractères qu'il avait tapé en se connectant à sa session.

Dès sept heures trente le lendemain matin, il profita du calme avant que les autres employés n'arrivent pour se glisser dans la salle des photocopieurs et se servir du post qui y était installé pour se connecter à la session qu'il cherchait à espionner.

Il ne trouva rien dans les dossiers principaux, comme attendu. Cependant, il remarqua un réseau supplémentaire auquel les simples employés n'avaient pas accès. C'était le réseau « Alcool ». Yuki trouva que c'était un nom bien étrange et décida d'explorer la racine. Quand il essaya d'ouvrir le premier dossier il fut confronté à un mot de passe. Il restait perplexe. Fallait-il tenter un passage en force brute ? Si jamais son mot de passe était mauvais, qu'allait-il se produire ? Il devait réfléchir. Cette fille lui avait donné un code. Il répétait en chuchotant. « 4869 ». Soudainement, l'évidence le frappa. Ce nombre pouvait se prononcer « Sherlock », exactement comme le nom d'un des dossiers. Quand le mot de passe lui fut demandé, il entra les quatre chiffres et hésita avant d'enfin enfoncer la touche entrée. Son cœur battait fort et ses mains devenaient moites. Il avait hâte d'en finir et de ressortir de cette pièce infernale.

Pour sa plus grande joie, le mot de passe fut accepté, et il ne pu s'empêcher de revoir le visage triste de la fille qui lui avait donné le code. Il enfonça sa clé USB dans un des ports. CTRL-A, CTRL-C, CTRL-V.

Le dossier était massif, et l'opération devait durer 5 minutes. Yuki fixait la porte. Il priait pour qu'elle reste fermée pendant les cinq prochaines petites minutes. Son souhait ne fut pas exaucé.


Merci au Docteur Watson pour sa review du chapitre précédent. Le prochain chapitre n'arrivera surement pas avant fin janvier. Bonne année 2021 à toutes et tous.