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Une réunion de crise s'organisait chez Alexina avec Marlène et Tim pour comprendre les événements qui avait déclenché le désastre dans la vie d'Alice.

Swan avait appelé sa mère pour lui expliquait le peu qu'il savait : Alice avait retrouvé son père et elle lui en tenait rigueur de lui avoir menti. Jusque-là rien de surprenant.

Compte tenu de la situation et des menaces de Colbert, il fallait à tout prix protéger Thierry, et l'épargner du désir de vengeance de Colbert que pourrait mettre en œuvre.

Il aurait voulu chercher Alice lui-même pour se faire pardonner mais Alexina lui donnait raison d'aller récupérer Thierry.

Marlène raconta à Alexina la scène qu'avait faite Alice à Laurence. Ils imaginaient sans difficulté la désillusion d'Alice d'avoir compris les cachotteries de Laurence.

Cependant Marlène ne comprenait pas pourquoi Swan ne cherchait pas Alice pour tout lui expliquer. Alice était certainement en colère mais elle ne pouvait douter de la sincérité de Laurence. Pour Marlène c'était une évidence.

L'absence de Laurence décevait grandement Marlène et ne s'en cachait pas devant Alexina. Ce qui fâcha grandement Alexina.

- Marlène, vous n'avez pas tous les morceaux du puzzle pour comprendre la situation.

- Mais Mme Laurence, le commissaire nous laisse nous débrouiller à trouver Alice, s'il agit comme cela ce n'est pas très honnête !

- Assez Marlène, Swan est l'homme le plus honnête qu'il existe, je vous interdis d'en douter ! soutenait une Alexina au bord des nerfs.

Marlène en fut bouche bée et choquée du ton d'Alexina. Tim comprit qu'Alexina en savait plus.

- Mme Laurence, dites-nous ce qui se passe demanda Tim.

Alexina s'assit lourdement dans un fauteuil, bouleversée par la situation, se prenant la tête dans les mains pour organiser ses pensées et raconter les tourments de Laurence.

- Et bien, Swan connaît le père d'Alice puisqu'il l'a retrouvé alors qu'il ne pensait jamais y arriver. C'est un fait entendu. Mais l'idée de mariage ne vient pas de mon fils. En fait, il a découvert en même temps qu'Alice cette histoire.

Même si Swan avait donné sa parole pour se marier avec Alice, il voulait quand même revoir Colbert pour comprendre les raisons de cette exigence farfelue.

Il s'est donc rendu à Paris pour discuter avec Colbert et le convaincre de l'inutilité de ce mariage et rencontrer Alice le plus simplement du monde.

Swan était prêt à assumer la colère d'Alice d'avoir caché ses recherches, mais dans la mesure où elle allait rencontrer son père, il pensait que la pilule passerait plus facilement.

Mais Colbert n'est pas l'homme d'honneur qu'espérait Swan. Colbert a très mal pris d'avoir à être forcé de reconnaître Alice. Il considère Swan comme le responsable du désordre dans sa vie. Il veut lui faire payer.

- Mais comment ça ? Laurence n'avait pas d'intention malhonnête, affirma Marlène toujours prête à défendre son commissaire.

- Non mais Colbert ne veut pas rencontrer Alice et n'en a jamais eu l'intention. Ce mariage imposé n'avait pour but que de décourager Alice et qu'elle accepte une rente. Ce qui était pour Colbert un moindre mal.

- Mais comment Colbert peut-il présumer cela d'Alice demanda Tim.

- D'après Swan, il a fait faire une enquête par un détective, qui lui a précisé qu'elle était sans le sou et divorcée. Colbert imaginait donc que l'argent suffirait au bonheur d'Alice et qu'à son âge la rencontre avec son père était inutile.

- C'est mal connaître Alice ! s'exclama Marlène.

- En effet, on connaît Alice ! confirma Tim.

- Mais le commissaire a expliqué tout cela à Colbert ? demanda Marlène.

- Oui et c'est cela l'a rendu furieux contre Swan. Il lui a indiqué qu'il refusait de voir Alice, s'il y avait mariage , Colbert le rendrait, aux yeux d'Alice, responsable de l'avoir manipulé pour imposer ce mariage.

- Mais il sait que c'est le commissaire qui s'est marié avec Alice ?

- Sans doute. Colbert a fait faire une enquête sur Swan également et il sait que Swan et Alice se connaissent bien. Et Colbert a toute facilité à dire à Alice que Swan a enquêté sur ses origines derrière son dos, puisque Swan l'a retrouvé.

- Mais demanda Tim, Alice aurait pu demander à voir son père sans mariage ? Qu'aurait il fait ?

- Si le mariage n'avait pas lieu, encore une fois Colbert faisait aussi porter la responsabilité à Swan prétextant qu'il lui avait interdit de rencontrer Alice et que Swan le menaçait.

- Mais le mariage a eu lieu qui plus est avec le commissaire, quelle catastrophe !

- Oui Alice le voulait tellement ce mariage pour retrouver son père.

- Mais Colbert a un autre atout dans sa manche contre Swan. Si Alice parvenait à le rencontrer, il ferait en sorte que Thierry ait des ennuis avec la police et les petits frappes des bas-fonds de Paris.

- Mais pourquoi s'en prendre Thierry ? Il n'a rien à voir là-dedans ! s'effondra Marlène.

- Oui mais rappelez-vous : Colbert veut faire souffrir Swan. Quand son détective a enquêté sur Swan, il a découvert l'existence de Thierry. Colbert a promis à Swan que Thierry découvrirait que ses ennuis étaient de la faute de son père.

- Mais Thierry ne peut pas le croire !

- La relation entre Thierry et Swan est encore fragile. Les deux ont un fort caractère et Thierry ne connaît pas encore assez Swan, il doute de lui. Colbert est un grand manipulateur, il en veut à Swan et il va détruire Alice ; et pour l'instant on ne peut rien faire….

Alexina était épuisée de ses explications et de l'angoisse dans laquelle devait se trouver son fils. Elle imaginait sans peine combien il devait se faire du souci pour Alice et Thierry.

Marlène comprenait mieux la situation et voulait agir et aider ses amis.

- Je comprends mieux son départ à Paris. Mais il y a urgence à retrouver Alice pour qu'elle ne commette pas de bêtises.

Marlène avait peur des réactions intempestives de son amie, sa petite sœur. Son côté incontrôlable pouvait lui jouer des tours.

- D'accord mais où chercher ? demanda Tim.

Marlène, en chef de meute, prit la conduite des opérations, décidée à sauver la situation si ça pouvait encore être possible…

- Elle va vouloir partir j'en suis sûre. Sans doute à Paris pour revoir son père. Tim, tu vas au journal et tu attends là-bas. Tu vois avec Jourdeuil pour qu'il nous prévienne : si elle passe, il appelle le commissariat. Alexina vous allez chez le commissaire. Et moi, je vais au bureau. Je vais demander à Pagès et Martin d'aller à la gare pour surveiller les départs à la gare. S'ils la trouvent, ils l'emmènent chez le commissaire pour nous prévenir. On se retrouve là-bas vers 20 heures, ça nous laisse deux heures pour la trouver, enfin j'espère.

Tim et Marlène partirent aussitôt, heureux d'être dans l'action. Alexina portait son âge au vu de l'adversité qui frappait Swan. Mais elle pensait aussi à Alice qui se sentait trahie par Laurence et avant de pouvoir ramener la sérénité entre eux, il allait y avoir du boulot !

Elle prit ses affaires et se rendit chez son fils espérant pouvoir rattraper la situation, sans grand optimisme, une fois n'était pas coutume.

Alice, de son côté était partie du commissariat sans but précis. Profondément meurtrie d'avoir été privée de ce père qui ne demandait qu'à la connaître depuis sa naissance. Elle découvrait la machination de Laurence, qui, en plus de lui avoir menti, se servait de la situation pour la posséder. C'en était trop pour elle, et elle n'imaginait pas rester dans un monde dans lequel elle n'avait plus confiance, elle voulait désormais se rapprocher de son père, cet homme qui l'attendait depuis si longtemps et qu'on avait trahi, aussi. Pourquoi le monde entier leur en voulait autant ?

Il fallait s'organiser pour partir et s'il le fallait, faire face une dernière fois à Laurence, cet être abject. Elle se ferait un plaisir de déverser sa colère et sa haine à la face de ce salaud infâme, tellement elle était blessée de s'être trompée sur lui, tellement malheureuse d'avoir succombé à ses sentiments qu'elle croyait si sincères.

Elle passa au journal prendre ses affaires. Jourdeuil l'entraperçut pour l'entendre donner sa démission et lui dire qu'elle partait de Lille. Jourdeuil ne fut pas étonné, compte tenu du nombre de démissions qu'Alice lui avait données. C'est ce qu'apprit Tim auprès du rédacteur, en loupant Alice d'un quart d'heure.

Une fois partie du journal, elle arriva au bas de l'appartement de Laurence et constata que sa voiture n'était pas là. Sans doute trop occupé à faire chanter un pauvre type, se dit elle en maugréant. Elle prit peur qu'il s'en prenne à son pauvre père d'avoir fait ses révélations. Elle devait à tout prix partir pour Paris et le prévenir.

Alice était soulagée malgré tout de ne pas le croiser. Elle avait peur de s'effondrer et de lui donner la joie de lui montrer que sa cruauté l'avait blessée. Il n'aura pas mes larmes, se dit-elle portée par la colère.

L'appartement était vide. Flottait dans l'air l'eau de toilette de Laurence, ce qui la déprima encore plus : comment j'ai pu craquer pour cet homme ? Mais comment je me suis trompée autant ? Comment je ne me suis pas méfiée….

Elle rassemblait ses affaires quand elle entendit une clé ouvrir la porte d'entrée. Elle était prête à se jeter sur lui avec fureur pour lui faire mal, physiquement mal.

Sa colère ne diminua pas en voyant Alexina sur le pas de la porte. Alice regarda sa belle-mère avec mépris.

- Que faites-vous là ? Vous venez contemplez le désastre de votre bienaimé fils, cet imposteur !

- Alice, je sais que vous êtes en colère, mais tout peut s'arranger. Il va vous expliquer….

- Ah non je ne crois pas ! Je sais tout ! Je suis entourée de menteurs et de manipulateurs, dont vous Alexina! Je vous aimais tellement, je vous faisais tellement confiance, comment l'avez-vous laissé faire ?

- Il a des excuses Alice mais je reconnais que Swan s'y est pris comme un manche dans toute cette histoire … Mais il a perdu le contrôle de la situation !

- Il a perdu le contrôle de la situation, quel euphémisme ! Il manigance dans mon dos sur un sujet qui me concerne et il en profite pour arriver à ses fins, pour coucher avec moi. Quelle merde !

- Non Alice, vous vous trompez !

Alice ne supportait plus d'entendre Alexina défendre son fils. Elle prit finalement le minimum et finit sa valise. Au même moment, on sonna à la porte. Alexina ouvrit à Marlène et Tim.

- Oh non ! mais vous aussi, vous êtes dans le coup !

Alice ne voyait que des traitres autour d'elle. Il fallait vraiment tourner le dos à toutes ces ordures. La présence de Marlène était une source supplémentaire de tristesse.

- Marlène je n'aurai pas cru ça de toi. Tu soutiens Laurence, tu l'as laissé me mentir !

- Non Alice, ne dis pas ça !

Alexina essaya d'apaiser la situation.

- Alice, attendez. Ne partez pas. Vous me faites peur de vous voir dans cet état, il faut vous calmer. Que s'est -il passé aujourd'hui ? Vous avez vu votre père, c'est ça ?

- Et vous me laisserez partir après ?

- Oui mentit Alexina , tentant de gagner du temps.

Alice n'avait pas envie de rester mais elle voulait leur dire à chacun combien les obstacles mis sur sa route pour l'arrêter dans la découverte de son père avaient échoué. Elle voulait les mettre face à leurs actions nauséabondes.

- Il vous a promis quoi Laurence pour entrer dans son jeu ? leur demanda Alice, noyée dans la haine et la déception contre Laurence, faisant les cent pas dans la pièce au point d'en avoir le tournis.

- Alice, calme toi… raconte nous implora Marlène.

- Arrêtez de me dire de me calmer ! Bande de salauds !

Alice s'assit finalement dans le fauteuil préféré de Laurence, l'imaginant assis au même endroit fomenté son plan machiavélique pour la posséder.

- Vous voulez savoir et bien vous n'allez pas être déçus. Oui, j'ai vu mon père, Alexina. Rien n'allait assez vite donc je suis allée voir le notaire qui m'avait annoncé l'existence de mon père pour lui donner les actes de mariage et un courrier à remettre à mon père pour lui dire combien j'étais heureuse de pouvoir enfin le rencontrer. Et, comme dirait Laurence, j'ai fouiné chez le notaire et j'ai trouvé l'adresse de M. Colbert à Paris.

Alice reprit son souffle.

- J'ai dit à Laurence que j'avais un scoop pour le boulot sans lui dire que j'allais à Paris. Je me suis donc rendue ce matin chez mon père. Il était absent de chez lui et je l'ai finalement trouvé à son travail. Et je l'ai rencontré et là, je suis allée de surprise en surprise, figurez-vous !

Alexina, Marlène et Tim ne bougeaient pas pour écouter la suite.

- J'ai rencontré un monsieur charmant d'un certain âge qui sut immédiatement qui j'étais. Il m'a expliqué que ma mère lui avait caché où je me trouvais et avait toujours refusé qu'il me connaisse pour le punir de leur rupture. Il ne savait pas qu'elle m'avait laissée à l'orphelinat. Il n'a pas arrêté de me chercher pendant des années. Et il y a quelques mois un policier est venu le voir pour lui parler de moi.

- Swan ?

- Ce connard de Swan, c'est important d'être précis. Pour que Colbert puisse me rencontrer, Laurence l'a forcé à exiger ce mariage ainsi qu'un petit pot de vin par-dessus le marché pour arrondir ses fins de mois ! Mon père a accepté d'écrire une lettre dans ce sens et il a voulu me donner un peu d'argent pour marquer le coup. Dans la balance Laurence a imposé à mon père de trouver un travail à Thierry pour l'aider à Paris. Si mon père n'acceptait pas, Laurence bloquerait notre rencontre.

Ah ! heureusement que je suis allée voir le notaire sinon je n'aurai pas pu faire échapper mon pauvre père de ce chantage. Voilà Alexina qui est votre fils ! , Il en a fait des saloperies dans sa vie mais ça, m'utiliser, menacer ce vieil homme et vous voulez vraiment encore le défendre ? Je ne le connais plus, je ne vous connais plus dit-elle en regardant chacun de ses amis, un par un, dans les yeux.

Elle se leva prête à quitta l'appartement et leur tourna le dos.

Le trio était sans voix devant l'histoire que Colbert avait pu faire entrer dans la tête d'Alice en un rien de temps, facilitée il est vrai par Laurence qui, en cachant ses recherches avait embrouillé l'esprit d'Alice dans des proportions inimaginables.

- Mais Alice, vous ne pouvez pas imaginer Swan organiser un tel chantage, c'est ignoble ! répliqua Alexina désolée de la tournure des choses.

- Et pourquoi pas ? Que croire de votre fils désormais ? Il est capable de tellement de choses et il me cache l'essentiel depuis des mois. Il m'a utilisée pour arriver à ses fins. D'ailleurs, depuis combien de temps ?

- Quoi donc ?

- Depuis quand il veut me mettre dans son lit ?

- Non Alice tu te trompes , le commissaire t'aime ! répondit Marlène.

- Marlène tu es bien placée pour savoir qu'il est capable de tout pour arriver à ses fins.

- Jamais il ne t'aurait fait de mal !

- Ah parce que ce n'est pas sa faute !

- On ne dit pas ça Alice. Il aurait dû vous dire pour les recherches qu'il faisait sur votre père, c'est incontestable mais ….Je pense qu'il vous manque des éléments !

- Et pourquoi ne seriez-vous pas manipulés, vous aussi ? Arrêtez de le couvrir, bordel !

Marlène et Alexina ne trouvaient aucun argument pour calmer Alice.

- Swan n'est pas là pour se défendre mais je suis d'accord il n'aurait jamais dû vous cacher tout cela répéta Alexina.

- Alors expliquez-moi ce qu'il m'a caché, ce que je ne sais pas ?

Alexina et Marlène se regardèrent pour savoir qui prendrait la foudre d'Alice. Marlène se jeta à l'eau.

- Alice, le commissaire te l'a dit, souviens-toi. Lorsque ta maman est morte il a fait des recherches sans succès, dans un premier temps. Mais il voulait tellement que tu connaisses tes racines qu'il a persévéré. Mais il ne voulait pas te faire de fausse joie s'il échouait. Finalement il a retrouvé la trace de ton père après de longs mois, et à sa grand surprise !

- Mais il aurait pu me le dire !

- On est d'accord, il n'aurait pas dû !.

- C'est bon j'en ai assez entendu, je m'en vais.

- Non Alice , dit calmement Marlène, tu vas rester ici. De toute façon tu ne pourras pas prendre le train. Pagès et Martin montent la garde à la gare.

- Laurence a mis ses sbires pour me retenir ! Mais il se prend pour qui à régenter la vie de tout le monde ! Mais ça ne marche plus !Et il est où Laurence d'ailleurs ! Vous gagnez du temps pour me lessiver le cerveau une nouvelle fois ?

Cette fois c'est Alexina qui prit la parole.

- Il est parti à Paris.

- Quoi !? Il va voir mon père pour mettre ses menaces à exécution. Contre un vieil homme, franchement il me déçoit d'heure en heure !

- Pas tout à fait. Alice, je crois que votre père ne vous dit pas toute la vérité, essaya d'expliquer Alexina.

- Ne mettez tout le monde dans le même panier de crabes que Laurence !

Alexina sentait qu'elle marchait sur des œufs et Alice n'était pas en situation de donner le mauvais rôle à Colbert. Son esprit était construit sur un Laurence machiavélique et un Colbert angélique.

Alexina prit une profonde inspiration tenter d'expliquer les choses le plus calme et les plus objectivement possible.

- Je n'ai pas dit ça dit Alexina avec précaution. J'ai dit que vous aviez raison sur certains points mais qu'il vous manque des détails, me semble-t-il.

- Parce que Laurence vous à donner une autre version ? Vous ne m'avez pas répondu : que va t-il faire à Paris ? Se faire payer par mon père ?

- Il est parti récupérer Thierry répondit Alexina.

Laurence, lui, roulait à tombeau ouvert pour arriver le plus rapidement possible au risque de prendre des risques insensés pour lui-même et pour les autres.

Colbert avait mis sa machine de destruction en route, il le sentait. La colère d'Alice était compréhensible mais il sentait confusément que Colbert avait distillé ses mensonges dans la tête d'Alice. Imaginant son état d'esprit, et la volonté à la monter contre Laurence, il craignait de perdre la femme de sa vie. Mais Thierry le préoccupait aussi et lui, était physiquement en danger.

Thierry louait une chambre de bonne dans le centre de Paris. Laurence lui avait déjà rendu visite mais Thierry le tenait malgré tout à l'écart de sa vie parisienne. Rien n'était simple pour le jeune homme qui voulait s'assumer sans devoir rien à qui que ce soit et surtout à ce père arrivé sur le tard. Le même orgueil les portait et ils n'arrivaient pas encore à se trouver, à se comprendre. Laurence voulait rattraper le temps perdu mais Thierry ne savait pas quoi faire d'un père arrivé sur le tard.

Bon an, mal an, il s'en sortait. Le boulot trouvé au Châtelet avait été une bénédiction à un moment où il s'imaginait rentrer chez sa mère, faute d'argent.

Faire le coursier pour le théâtre lui permettait de découvrir le monde artistique qui le faisait rêver, de belles filles, de beaux garçons ne manquaient pas de l'attirer et ses soirées n'étaient jamais inoccupées.

Le patron du théâtre, Colbert, s'était beaucoup intéressé à lui, lui expliquant qu'il avait eu une jeunesse difficile et que la situation de Thierry lui rappelé son passé. Il avait rapidement fait de lui un homme à tout faire, pour rendre service à la troupe. Le rythme des représentations obligeait les artistes à user d'artifices pour les tenir en forme. Thierry n'avait jamais posé de questions ni trahi la confiance du patron. En outre, la drogue lui faisait peur, les mots de sa mère raisonnaient quand elle lui avait fait promettre de ne jamais essayer cela. Laurence lui avait donné les mêmes conseils et un moment, par esprit de contradiction face à celui-ci, il se serait bien tenté, mais la peur le tenait encore.

Ce soir-là, Thierry se trouvait avec une bande avec laquelle il se retrouvait tous les soirs. Avant de partir, Colbert lui avait confié un paquet lui indiquant de ne le livrer que le lendemain matin au régisseur, celui-ci était déjà parti. Colbert était particulièrement énervé et nerveux en lui donnant ce paquet. Il était en colère et Thierry n'avait pas insisté, pressé aussi de partir boire des coups avec ses potes jusqu'au bout de la nuit. Thierry aurait pu croiser Alice puisque quelques minutes plus tôt, elle était encore présente. Colbert, furieux de cette rencontre était décidé à mettre savamment en œuvre l'enfer dans la vie de Thierry et donc, de Laurence.

Thierry entendit la sonnette de la porte d'entrée. Il allait ouvrir pour accueillir des amis retardataires quand il se trouva nez à nez avec Laurence. Son daron ! Thierry sortit d'un bond pour ne pas donner l'occasion à Laurence de faire la connaissance de ses copains. Quel honte de se faire surveiller par son vieux !

Il entraina Laurence sur le palier de la cage d'escalier. Gêné d'être pris dans une beuverie mais vite revenu maître de ses nerfs, en voyant le visage livide de Laurence face à lui.

- Mais qu'est-ce que tu fais là ? Je suis avec des amis, je peux pas te faire rentrer !

- Tu restes pas ici, tu pars avec moi ! dit Laurence en prenant Thierry par le coude pour lui faire descendre l'escalier.

- Mais tu déconnes ! Je vais pas partir comme ça ! refusa Thierry, se dégageant de l'emprise.

- Ecoute moi ! ne discute pas !

- Eh je suis pas ton chien, tu me donnes pas d'ordre d'accord ! en s'écartant brutalement de l'emprise de Laurence.

Laurence se calma car évidemment Thierry ne comprenait rien de ce qu'il demandait.

- Ecoute, tu es en danger, quelqu'un veut te faire du mal, tu vas avoir des ennuis, donc il faut partir !

- Mais n'importe quoi ! Tout va bien, j'ai arrêté les embrouilles, je te jure ! Je t'avais promis et à maman aussi ! Tu pourrais me faire confiance !

- J'ai totalement confiance en toi, mais quelqu'un m'en veut et veut te faire du mal pour se venger donc il faut te protéger et t'éloigner de Paris !

- Mais je n'ai rien à voir avec tes histoires de condé ! Tu travailles à Lille, qu'est-ce que je viens faire dans tout ça ? Personne ne sait qu'on se connaît !

- Et pourtant, si. Tu connais André Colbert ?

- Ah oui, un vieux bien sympa, je suis son homme à tout faire au théâtre, je suis coursier et il m'aime bien, sourit Thierry.

Laurence devint encore plus blême si c'était possible.

- Oh merde c'est foutu !

Thierry voyait bien que l'on dépassait les chamailleries père-fils. Il en savait assez sur son père pour savoir qu'il perdait rarement son sang-froid. Cela commença à l'inquiéter.

- Papa, explique-moi lui demanda Thierry.

Se faire appeler Papa électrisa Laurence. Il devait sauver son fils, coûte que coûte.

- Ne prends pas mal ma question, est ce que tu trafiques ?

- Quoi ! Mais non je t'ai dit que non et tu ne me crois pas !

- Je m'exprime mal : dans tes courses tu transportes des trucs ?

- Ben oui mais je n'y touche pas je te jure ! C'est pour les danseurs.

Thierry réfléchit au paquet que Colbert lui avait donné.

- J'ai d'ailleurs une course à faire demain. Pour le régisseur.

- C'est quoi demanda avidement Laurence; où est-ce ?

- Attends !

Thierry laissa Laurence sur le palier le temps de rentrer dans son studio pour récupérer le colis.

Il revint avec un paquet de petite taille.

Laurence prit son couteau pour ouvrir. Et là, stupéfaction ! Un tas de billet de banque représentant une énorme somme. Laurence compta rapidement.

- Cent mille Francs à la louche.

Laurence et Thierry se regardèrent., effarés. Thierry comprit les craintes de Laurence.

- J'ai rien fait !

- Je te crois, je te crois mon grand, il prit son fils par le cou pour lui transmettre la confiance qu'il avait en lui. Il faut qu'on parle, vire tes copains pour qu'on soit au calme.

Thierry retourna rapidement à l'intérieur pour faire sortir le groupe d'amis. Un peu étonnés surtout en voyant sur le palier, un grand type l'air peu sympathique.

- Tu as besoin d'aide Titi ?, demanda une grande tige à la banane, espérant effrayer Laurence

- Non, Dom. T'inquiète, je dois discuter avec mon père. Salut, à demain !

Laurence fit son regard le plus désagréable pour accélérer le départ du groupe à cheveux gras. Il n'eut pas à se forcer pour leur faire peur.

Enfin seuls, Laurence s'assit pour retrouver ses esprits. Thierry n'avait pas besoin de tout savoir mais pour qu'il comprenne, il fallait expliquer quelques détails, le moins possible.

- Voilà , je ne peux pas tout de dire mais je te demande de croire en moi quoi qu'il se passe, d'accord ?

Thierry le regardait étonné.

- Je te le promets.

- Merci, promis, je t'expliquerai plus tard.

Laurence reprit.

- Il faut que tu partes d'ici car tu vas te faire arrêter demain.

- Comment tu sais ça ?

- Quelqu'un veut se venger de moi pour une raison qui me dépasse désormais et sachant que tu es mon fils, il veut te mettre en danger et surtout que je ne puisse t'aider. Thierry, s'il t'arrivait quelque chose, je ne me le reprocherais toute ma vie.

- C'est à cause de cet argent ?

- Oui, il veut te faire tomber pour trafic de stup !

- Mais je ne trafique rien !

- Oui mais cette somme d'argent montre un trafic, tu aurais des doses tu aurais pu passer pour un consommateur mais avec le fric tu es coincé.

- Mais on a qu'à se débarrasser des billets !

- Colbert les doit à quelqu'un donc si tu ne tombes pas avec les flics tu tombes auprès des trafiquants, et ça serait pire.

Thierry ne comprenait pas comment il se trouvait au milieu d'une vendetta contre Laurence.

- Mais pourquoi tout ça ?

- Ce soir, c'est trop compliqué à t'expliquer mais rien ne mérite pas qu'on te fasse du mal mon fils.

Laurence essayait de réfléchir vite pour mettre Thierry à l'abri. Son cerveau tournait à mille à l'heure pour organiser les choses pour Thierry.

- Voilà ce qu'on va faire : tu vas partir avec ma voiture à Lille et tu vas chez Alexina. Chez elle, tu restes à l'abri et tu ne bouges pas tant que je ne te l'ai pas dit, d'accord ? Moi je reste ici et demain je règle la situation.

- Mais je dis quoi à Alexina ?

- Elle est au courant de la situation à l'heure qu'il est. Surtout maintenant que tu sais ce qui peut t'attendre, tu es prudent. C'est important pour moi de te savoir à l'abri. Le reste, je m'en occupe, promis. Il faut y aller maintenant.

Laurence, se leva pour que Thierry parte sans délai.

Porté par la peur, Laurence serra très fort son fils dans ses bras avec une force qui surprit Thierry. Il comprit que l'inquiétude de son père était grande.

- Je t'aime mon fils. Fais attention.

Après s'être éloigné l'un de l'autre, Laurence prit le visage dans ses mains, comme si c'était son petit bonhomme.

Thierry fut ému de cet instant d'émotion, si rare, chez Laurence.

- Moi aussi je t'aime Papa, dit Thierry les larmes au bord des yeux.

Laurence sortit des clés de sa poche.

- Tiens les clés de la voiture et de mon appartement. Mais n'y vas tout de suite, d'abord chez Alexina, compris ?

- Oui j'ai compris répondit Thierry un peu agacé par ses consignes répétitives.

- Je fais au plus vite et on se retrouve à Lille. Tout va s'arranger ! Allez file !

De son côté, Thierry lui donna les clés du studio et descendit l'escalier, au milieu des marches il se retourna pour voir son père avec l'espoir qu'il ne lui arrive rien mais les circonstances ne se prêtaient pas à l'espoir.

Thierry roula et arriva vers trois heures du matin chez sa grand-mère. Il avait peur de la réveiller mais instinctivement il se douta qu'Alexina n'avait pas le cœur à dormir. Il sonna légèrement en attendant qu'Alexina lui ouvre. Pas de réponse.

Il prit les clés qu'Alexina cachait dans une applique du couloir et entra. Il essaya d'appeler doucement.

- Grand-mère, grand-mère ?

Personne.

Il alluma en grand pour inspecter l'appartement et trouva place vide.

Vaincu par les émotions, il s'offrit un whisky bien tassé.

En se retournant il trouva un papier sur la table de la salle à manger.

Swan, au cas où tu passes ici, je suis chez toi, nous essayons de retrouver Alice. Je t'aime. A.

Thierry comprenant qu'une énorme embrouille se déroulait. Tant pis pour l'heure, il se décida à appeler l'appartement de son père.

A l'appartement de Laurence, les esprits s'étaient calmés au fil de la soirée et Alice n'en revenait pas de ce que lui avait appris Alexina . Elle ne savait qui croire.

Marlène, Tim et Alice avaient été vaincus par le sommeil mais Alexina veillait, incapable de dormir, souffrant de ne pas avoir de nouvelles de Swan.

Tout d'un coup le téléphone déchira le silence. Alexina bondit pour répondre.

- Allo Swan, c'est toi !

A sa tête les autres comprirent sa déception de ne pas entendre son fils mais heureuse d'avoir son petit-fils.

- Thierry ! Mais où es-tu ?

- ….

- Quoi ! Chez moi !

- …..

- D'accord rejoins nous chez ton père !

- ….

- Oui je comprends, laisse-lui un mot aussi au cas où il passe !

- ….

- Oui d'accord à tout de suite !

Alexina raccrocha, heureuse d'avoir parlé à son petit-fils. Les autres la regardaient en attendant des explications.

- Swan l'a récupéré à Paris et il est chez moi.

- Avec le commissaire ?

- Non tout seul… et je n'aime pas trop ça. Mais déjà Thierry est à l'abri.

Alexina jeta un œil sur Alice.

- Quoi ? demanda Alice en regardant Alexina.

- Avec Thierry peut-être que vous allez comprendre un peu mieux les choses.

- Comprendre surtout que Laurence va sans doute s'en prendre à mon père ….

Alice ne pouvait se faire aux révélations d'Alexina. Son père lui avait paru tellement heureux de la voir, victime selon elle, qu'elle était hypnotisée par Colbert.

- J'ai compris Alice que vous n'aviez plus confiance en Swan mais on va attendre que Thierry arrive pour qu'il nous explique ce qu'il s'est passé. Pour votre information, il ne sait pas que vous êtes mariée à Swan. Et il est otage de la situation comme vous. Je vous implore de maîtriser votre colère.

Une demi-heure passa et la sonnette d'entrée retentit. Alexina se précipita avant que Thierry n'ouvre et sauta dans les bras de Thierry qui ne comprenait rien de tout ce qui se passait en cette soirée mais content d'avoir le réconfort de sa grand-mère.

En voyant Alice, Marlène et Tim entourée Alexina, Thierry comprit encore plus la gravité de la situation.

- Grand-mère, que se passe-t-il ?

- Ton père ne t'a rien dit ?

Thierry se sortit des bras de sa grand-mère avec ménagement.

- Non juste que je devais partir. Papa m'a dit que quelqu'un était en colère contre lui et voulait me faire du mal, qu'on allait m'arrêter. Il m'a dit ça avait à avoir avec mon boulot de coursier. Il était déjà au courant du nom de mon patron et des livraisons que je faisais. Je lui ai expliqué que je faisais parfois des commissions un peu spéciales pour les danseurs, enfin vous voyez quoi. Je lui ai expliqué que mon patron m'avait confié une course pour demain que j'avais avec moi. Avec papa on a ouvert le paquet que je devais livrer demain et on a trouvé cent mille Francs.

- Mais pourquoi tu avais ça ?

- Je ne savais pas ce que je transportais je fais les courses pour le théâtre….sans poser de questions.

- Le théâtre interrompit Alice. Quel théâtre ?

- Le Châtelet, je fais des petits boulots pour eux, et le patron m'a à la bonne.

- C'est qui ton patron ?

- M. Colbert , le directeur.

- Lui !

- Tu le connais ? Moi je le croyais sympa mais là…

- Oui je le connais… c'est mon père !

- Quoi ! … mais papa ne m'a rien dit, il aurait pu me prévenir quand je lui ai dit tout à l'heure !

Alice était totalement prostrée par ses révélations.

Thierry reprit.

- Je suis pas idiot je sais que des fois je livre de la dope aux danseurs mais bon je voyais pas le mal et …..

Tout le monde commençait à tirer une tête de six6 pieds de long comprenant que la menace de Colbert était en route. Thierry était perdu.

- Vous pourriez m'expliquer ? Grand-mère, papa m'a dit que tu étais au courant de la situation. Je voudrai savoir.

Alexina regarda son petit-fils sachant que l'explication allait être difficile, une nouvelle fois.

- Oui, je suis au courant mais assieds-toi car ça va prendre un peu de temps.

Tour à tour Alexina et Marlène expliquèrent à Thierry les contours du quiproquo dans lequel il était mêlé. Alice était dans un mutisme total totalement déconcertée par la situation.

Pour tous, cette nuit- là resterait graver dans les mémoires.

Au bout de longues heures d'explication, Thierry eut le fin mot de cette histoire dont il était une victime, le rouage d'un engrenage machiavélique.

Alice réécoutait le fil de cette histoire dont elle était l'enjeu avec l'impression que l'on parlait de quelqu'un d'autre que l'on déroulait le scenario d'un film, un mauvais film devenu réalité et dont les acteurs avaient tout à perdre.

Elle avait vu dans les yeux de Thierry, la déception d'avoir été tenu à l'écart du mariage et du reste mais aussi de l'inquiétude pour lui-même et surtout pour son père. De son côté, elle ne décolérait pas contre lui sans arriver à croire ce qui était en train de leur arriver.

Tout se jouait désormais à Paris….

Laurence avait mis le temps passé dans le studio de Thierry pour réfléchir à tous les scenarios que la situation permettait d'envisager. Toute la nuit, il échafauda un stratagème pour essayer de neutraliser Colbert et sa puissance à nuire.

Il avait essayé de mettre de côté sa relation avec Alice sachant qu'il l'avait définitivement perdu, quoi qu'il se passe. Elle était trop pure pour lui pardonner. S'il imaginait qu'elle comprenne ses motivations, en aucun cas, elle ne supporterait ses mensonges surtout maintenant. Laurence l'avait bafouée et méprisée à vouloir régler seul la situation, comme un gros imbécile de macho pour reprendre une expression chère à Alice.

Il était pourtant tellement sûr d'avoir bien agi : s'il avait échoué à mettre la main sur Colbert, il lui aurait évité une nouvelle une déception. Mais il se mordait maintenant les doigts du merdier irrattrapable dans lequel il avait entrainé tout le monde.

Il avait perdu la confiance d'Alice mais il fallait désormais lui faire comprendre qui était cet homme, son géniteur.

Il ne comprenait pas Colbert et sa réaction concernant Alice. Quand Mathilde lui avait révélé que Thierry était son fils, il avait ressenti beaucoup de colère et de déception de l'avoir privé de son enfant. Et d'incompréhension aussi. Avoir un fils, l'élever aurait donné un sens à vie, l'aurait apaisé après avoir tellement souffert d'avoir perdu son propre père. En pensée, il imaginait les moments qu'il aurait pu partager avec son fils comme le peu d'instants dont il se souvenait avec son propre père.

La colère et la déception avaient progressivement disparu. Il n'admettrait jamais ouvertement que lorsqu'il fréquentait Mathilde le goût de l'aventure et de la conquête du monde (et des femmes) correspondaient plus à son tempérament. Un enfant aurait peut-être paru secondaire en ces temps-là. Cependant, il voulait croire qu'il ne les aurait pas laissés tomber, essayait-il de se convaincre.

Subitement, il eut envie d'écrire à Alice, de laisser une trace de ses explications. Il imaginait qu'elle ne voudrait plus recroiser sa route. Les écrits restent et permettent de dire les choses plus posément. Il ne lui restait que cela pour essayer de lui expliquer ses motivations, ce qu'elle représentait pour lui. Elle brûlerait certainement la lettre, sourit-il tristement, en espérant le contraire.

Ereinté par la fatigue, il s'était assoupi mais avec désormais un plan en tête….