Nouveau chapitre, il en aura fallut du temps. Spéciale dédicace à Hiimeekaa, elle saura pourquoi ;)
RAR du chapitre précédent en bas.
DBZ0
L'éveil des cœurs avoués
Il n'y a pas sensation plus frustrante que de pressentir qu'une chose est sur le point d'advenir, de le souhaiter ardemment, et d'être incapable de dépasser la dernière frontière qui sépare de cet accomplissement. Stiles éprouve cela avec une acuité redoublée. Il voit Derek, il le suit dans chaque respiration, dans chaque battement de son centre vital. Il se souvient de ce que c'est de l'aimer, de le désirer en secret, d'espérer l'impossible à ses côtés. Depuis que le loup-garou lui a parlé au cœur d'un rêve étrange et surprenant, le jeune suicidaire regagne le sens de son individualité. Il est conscient d'exister en tant qu'entité unique. Toutefois, il est incapable de réintégrer son corps, de le bouger. Il ne sait plus être que cet observateur immanent et passif. Il ignore comment faire réagir sa chair, il s'en sent tellement éloigné. Le contenant actuel de son âme est un territoire si vaste qu'il n'a pas encore eu la possibilité d'en explorer toutes les dimensions.
Derek est revenu auprès de son être léthargique. Il s'est de nouveau assis sur son fauteuil décharné qu'il ne quitte que pour boire et uriner. Stiles éprouve chacune de ces humeurs, il le ressent dans l'espace et cependant, il ne parvient pas à se réveiller pour autant. Il est prisonnier d'un tout. Il voudrait presque pouvoir paniquer, mais la nature animant le réseau qui le renferme est simplement paisible. Son esprit d'humain est juste piégé entre les rouages complexes de ces mondes multiples et divers qui s'imbriquent et fusionnent à l'infini. Comment revenir de là ? Où trouver la porte de sortie quand il ignore ce qui l'y a fait entrer ? Pourquoi Derek ne l'entend-il pas alors qu'il hurle son nom en ce présent ?
C'est comme un rêve étrange, presque un cauchemar. La sensation d'ailleurs hante les tréfonds de l'âme. L'envie de fuir les règles aberrantes de l'impossible s'impose en frustrations. Mêlé aux battements d'un cœur trop vigoureux, l'esprit vit et s'éloigne de ce qui n'a pas pour vocation de le prolonger. Stiles est pourtant piégé dans l'intouchable et s'il ressent la force de l'instant telle une gifle de lucidité, il n'y participe qu'en tant que sujet d'inquiétude pour les autres. Pourquoi ? Pourquoi faut-il qu'il s'empêche systématiquement de comprendre, jusqu'au point de risquer l'avenir.
Derek est là, si présent, si proche et si loin à la fois. Stiles l'éprouve dans cette pièce, il existe dans l'écho de son cœur calé à la mesure de sa profonde solitude. Les réseaux de perception que l'esprit de l'adolescent emprunte pour être avec le loup-garou semblent contenir l'ensemble. Il continue de voir le lycanthrope se replier sur lui-même entre les murs de sa prison de béton. Il persiste à l'observer s'inquiéter pour un corps inerte, qui ne respire et ne s'active que par réflexe. Un costume de chairs abstruses, autonome, mais vidé d'âme.
La présence éthérique de Stiles demeure dans les espaces incertains entre les réalités et ce qui préside à leur éclosion. Le seul moyen qu'il lui reste pour contacter Derek lui semble impossible à regagner. Il a dédaigné l'idée de se considérer tout ce temps, il s'est voilé à lui-même, se perdant dans les racines du monde pour mieux s'obstiner à refuser de l'éprouver à travers les faiblesses de son humanité. Faire partie du Nemeton le relie à tant d'autres vies tout autour, et sa propre carcasse lui paraît étrangère. Quelle foutaise, quel mensonge grossier pour camoufler un déni malsain. Était-il crucial d'étirer ce reniement de soi jusqu'au sommeil mystique ? Fallait-il vraiment que Mieczyslaw en passe par cette expérience pour pouvoir se retrouver ?
Il apprécie la vision de son enveloppe charnelle, impassible dans ce coma qui se maintient sur les vagues d'un souffle lointain. Son visage est flegmatique. Seules ses narines s'agitent doucement, mouvement de vie qui contredit l'absence. Sa poitrine se soulève régulièrement, se gonfle et s'affaisse ensuite sous les flux et reflux sereins de l'air. Le corps de Stiles est en stase tandis que son esprit se perd à essayer de redevenir lui. Allongée sur le dos dans le lit de Derek, la silhouette de l'adolescent est recouverte d'un drap blanc qui remonte jusqu'à son cou. Il paraît dormir du sommeil du juste alors que son âme se tourmente de ne pas pouvoir redécouvrir le monde via son propre regard.
Stiles s'observe, il se souhaite tout en se refusant. Il craint la douleur de se sentir seul en lui. C'est pourtant l'unique moyen dont il dispose pour communiquer avec l'être qui le veille et qui s'inquiète de son état, à s'en ronger les sangs. L'âme errante prend enfin conscience qu'elle aimerait exister, elle veut bien redevenir humaine si cela lui permet de rassurer les êtres chéris, les accompagner dans la vie. Et c'est ainsi qu'elle se surprend à souhaiter pieusement se rassembler, à formuler le vœu sincère de se réintégrer au sein des siens.
Plus l'esprit de Stiles se rapproche de son corps léthargique, plus ce drôle de magnétisme l'envahit. C'est comme si le simple fait de désirer se retrouver créait un lien entre son essence éthérique et son enveloppe charnelle. Il discerne son visage comme un point focal sur lequel se concentre cette reconnaissance intuitive de ce qui peut l'animer. Et il s'aspire, se gonflant de présence dans une inspiration qui réveille son indépendance.
Ses lèvres s'entrouvrent légèrement et lorsqu'il expire, il n'est plus que lui pour ressentir l'extérieur. Ses paupières se relèvent et il lui est étrange de percevoir la lumière à travers un point de vue singulier. Tout est d'abord flou, puis la netteté se fait sur un plafond gris et lézardé par endroit. Sa bouche est pâteuse, ses membres sont endoloris d'inertie. Il n'a pas le temps de reprendre progressivement part à sa réalité que déjà, plusieurs Derek semblent s'imposer dans son champ de vision. Ils sont tous semblables, mais expriment des humeurs différentes, des choix interactifs menant à des comportements variés. Les diverses versions de l'homme-loup lui parlent d'une voix rendue lourde d'inquiétudes.
Est-ce l'authenticité du présent ? Tout paraît si écrasant de crudité et Stiles peine à saisir ce qui se dit ici. Cela ressemble à un enchevêtrement de paroles qui se font toutes entendre simultanément. Il fronce les sourcils, l'écho des propos de son ami comme un bourdonnement qui le laisse interdit d'incompréhension. Un silence céleste s'étend là et les multiples voix de Derek finissent par se synchroniser pour le frapper au cœur, tandis que les variantes du loup-garou autour de lui se fondent en un seul possible qui s'exprime en détresse :
— Stiles, dit quelque chose.
Le chorus provenant de Derek fait vibrer l'atmosphère et le jeune qui se relève doucement reste ébahi face à l'intensité de ce qu'il ressent. Le Nemeton vit en lui, il est revenu dans son corps. L'humain a accepté de se partager avec la souche meurtrie à laquelle il est relié. Cela se traduit au travers de l'étrange capacité à entrevoir la foisonnante ramification de probabilités que contient l'instant. Tant d'informations à la fois blessent l'esprit de Stiles et il se crispe de tout son être. Une douleur fulgurante traverse son cerveau.
— Qu'est-ce qui se passe ? s'affolent tous les Derek, d'une seule et même voix, amplifiée d'échos réunis.
— Je visualise tout, je… tout est si intense… ça fait mal, je… je… je n'ai pas l'habitude.
La panique guide les mots de Stiles, il ignore comment expliquer ce qui lui arrive.
— J'appelle le docteur Deaton.
Toujours cette multiplicité résolue sur la même conviction et Derek s'éloigne rapidement pour empoigner son téléphone. Il se dédouble sur les chemins qu'il emprunte jusqu'à la table de chevet et se réunit en s'emparant de son appareil. Lorsqu'il tapote l'écran, toutes les positions qu'il pourrait prendre se mêlent et il se sépare en plusieurs lui, qui vont dans divers endroits de la pièce. Ces dizaines de silhouettes tournent en rond un peu partout. Ça parle dans tous les coins, Stiles est abasourdi, incapable de saisir un discours cohérent. Il se redresse difficilement pour caler son dos sur la tête de lit et tenter de mettre de l'ordre dans ses perceptions débordantes. Toutes les variantes possibles de Derek s'accumulent dans l'espace du loft, alors qu'il contacte l'émissaire. Certains propos sont inquiets, d'autres exigent d'Allan qu'il bouge son cul, d'autres encore se font criards, exprimant de l'agressivité ou de la douleur.
Des sueurs froides faisant luire son front, l'adolescent essaie de revenir à lui, de se concentrer tant bien que mal sur une seule version de son homme-loup. C'est harassant et il semble à bout de fatigue alors même qu'il vient de sortir du coma. Stiles tourne la tête et pose son regard sur ses alentours sans parvenir à s'arrêter sur un point fixe. Il recherche un repère fiable pour se raccrocher à une réalité quelconque, mais rien ne paraît suffisamment constant. Il panique.
— Derek, lequel es-tu ?
Les mots du jeune sont vrillés d'angoisse. L'ensemble des versions de l'homme-loup se retourne alors dans sa direction. Les dizaines de variantes de Derek s'approchent du lit pour tenter de rassurer Stiles et s'unissent bientôt en un seul.
— Venez vite, Allan.
Le loup-garou de naissance met un terme à l'appel téléphonique et s'assoit sur le matelas. Il pose une main fébrile sur l'une des cuisses de son camarade. Stiles a la sensation que ce simple contact l'oppresse d'une vérité qui s'impose sur son corps comme une centaine de confirmations synchrones. Il suffoque de ressentir la force du présent. Son ami l'observe avec gravité et son visage se veut rassurant. L'homme humecte alors ses lèvres.
— Je suis là.
L'adolescent vit tout de manière amplifiée et le murmure de Derek lui paraît être une surimpression de souffles mêlés.
— Je ne vais pas pouvoir supporter ça longtemps, répond Stiles, les yeux brûlants de larmes contenues. C'est trop, tout est de trop. Aide-moi, je t'en prie… aide-moi.
Il sanglote. Son cerveau lui donne la sensation qu'il va exploser. Stiles prend sa tête entre ses mains et refuse de relever ses paupières pour faire face à cette réalité multiforme, tellement brutale dans ses retentissements. Derek soupire, l'impuissance pour guide à son expiration désœuvrée.
— Allan va arriver dans quelques minutes…
— Non !
Stiles redresse son visage, crispé par l'inquiétude.
— Le docteur Deaton ne peut rien pour moi. Je vois tout ce qui peut devenir, toutes les possibilités se confondent dans mes sens. Ça… ça fait si mal.
L'adolescent bafouille et ne sait pas comment se maintenir. Derek est figé dans l'inaptitude, il ignore ce que son comparse attend de lui, il n'est même pas certain de saisir ce qu'il lui raconte.
— Tu es le seul à pouvoir m'aider, Derek, le seul.
Stiles est à bout de souffle tandis qu'il réaffirme ses certitudes dont il ignore les raisons.
— La magie ancestrale de ta famille, c'est la seule chose qui peut me sauver.
Le plus jeune ne sait pas d'où il sort ces conclusions, mais son intuition lui crie que la lignée de Derek est particulière. L'arbre mourant au cœur de la forêt de Beacon Hills réclame l'accouplement avec un être authentiquement surnaturel. Derek se redresse vivement et s'éloigne du lit dans lequel l'adolescent assis le contemple.
— C'est mon baiser qui t'a plongé dans cet état, c'est de ma fau…
— Non, c'est de ma faute, la mienne ! crie Stiles qui ne sait plus comment doser sa voix.
Il entend chaque son si fort. Il voit le moindre détail avec une telle acuité que cela le broie. Il ressent à l'extrême de ses facultés, les réseaux de vie qui animent le présent et l'ensemble des possibilités qu'il renferme. C'est douloureux et déroutant, c'est éreintant de devoir se concentrer pour pouvoir interagir. L'homme-loup est pétrifié devant lui. Le comportement du garçon qu'il a veillé pendant des jours lui paraît si opaque. Stiles regarde le tissu qui le recouvre encore et se met à parler sans savoir où il puise l'énergie de s'expliquer.
— Je… je me suis entièrement sacrifié au Nemeton. C'est… c'est lui qui m'a ramené dans cette réalité, juste avant que je ne saute de la falaise. J'ai eu peur que sa présence en moi ne t'infecte. Il… il t'a reconnu, il te voulait aussi et ça… ça m'a fait tellement peur. Ce n'est pas ton baiser qui m'a plongé dans cette transe, c'est mon refus d'accepter que notre lien soit entaché d'autre chose que nous. Mais je ne peux plus être dissocié de l'âme de l'arbre, Derek.
Stiles paraît essoufflé à chacune de ces phrases prennent naissance au centre de son angoisse. Les larmes au coin des yeux, il regarde Derek, une désolation étrange dans ses beaux iris d'ambre. Le loup-garou déglutit, le corps électrisé par une dérangeante impression d'ignorance qui le guide sur le chemin de la suffocation spirituelle.
— Je ne comprends rien, avoue-t-il, penaud et complètement désarmé par la situation.
Le jeune tente de respirer calmement et bouge lentement pour s'extirper des draps dans lesquels il est emmitouflé depuis plusieurs jours. Il se sait en sous-vêtements, toutefois, cela ne l'affecte en aucune manière. Si son cœur bat la chamade, c'est parce que l'attention de Derek est totalement rivée sur ses réactions. Il est persuadé que Derek est la solution à ses maux, et pourtant, il hésite désormais à le solliciter.
— Je suis désolé… mais je… je n'ai que des ennuis à t'offrir, quand bien même je t'aime du plus profond de mon être et que je ne souhaite que ton bien.
L'adolescent soupire, il passe une main fébrile dans ses cheveux courts et inspire lentement pour plonger ensuite son regard dans celui perdu de son compagnon d'infortune. La lumière du jour les décrit dans une aura tiède qui leur donne des allures de figures mythologiques, s'adonnant à l'échange de leurs derniers secrets avant de s'apprêter à sombrer dans l'oubli.
— Si tu acceptes d'être mon âme sœur, si tu le veux, il faut que tu saches…
— Je le suis, ce n'est pas un choix, Stiles.
Derek se montre dubitatif, mais il reste flegmatique. Les variations des probabilités de l'instant ne le démultiplient plus dans les perceptions troublées du jeune qui lui fait face, assis sur le rebord de sa couche.
— On ne naît pas âmes sœurs Derek, on le devient, et… attend avant de te prononcer.
Stiles baisse la tête, il est en proie à un sentiment d'indignité qui déstabilise le lycanthrope auquel il s'adresse.
— Te lier à moi, c'est accepter l'idée que la magie primale d'un arbre mourant puisse t'infecter l'âme. La réalité que nous vivons, celle dans laquelle tu m'as sauvé, ce n'est pas celle d'où je viens. La souche m'a fait réintégrer le temps, avant… avant que je ne commette l'irréparable.
La voix du jeune à demi dénudée se pare des inflexions du regret. Il semble abasourdi par ce qu'il saisit des conséquences de ses propres actes. L'homme-loup écarquille les yeux, sa bouche s'entrouvre légèrement, mais il n'est pas apte à trouver une réponse pertinente aux propos de son ami. Stiles se racle la gorge et redirige son attention vers son amour. Son regard est vitreux, il a du mal à rester concentré sur ses pensées. Il reprend cependant la parole, sa voix assombrie par une tonalité fatale.
— Je suis passé par la mort et je suis désormais incapable d'exister sans dépendre d'une source de vie qui subsiste dans cette réalité, mais le Nemeton est moribond. Le seul moyen qu'il me reste pour demeurer, c'est d'être lié à un être capable de se régénérer à volonté. Ce n'est pas juste, pour toi… ce n'est pas juste.
Les derniers mots de l'adolescent s'éteignent en murmures.
— C'est tout vu, il… je ne… il n'y a pas à réfléchir… ce n'est… ce n'est pas une question de justice, je veux… j'ai besoin que tu vives. Peu importe le prix à payer.
C'est comme un grondement qui s'échappe du poitrail de l'homme lorsqu'il conclut sa cafouilleuse intervention. La conviction du lycanthrope emprunte toutefois les accents de l'agressivité et tous ses muscles se bandent, comme pour démontrer qu'il est prêt à tous les renoncements pour combattre les affres d'une réalité dans laquelle Stiles est en sursis. Malgré la difficulté que lui proposent ses nouvelles perceptions, l'humain ne peut s'empêcher de sourire timidement.
— Non, Derek, le prix à payer importe. En me faisant tien, tu te sacrifieras également au Nemeton et… j'ai peur de ce que ça signifiera. J'ai peur Drek, je ne veux pas te contaminer, je ne veux pas qu'il t'arrive du mal par ma faute, parce que je suis un putain de gros con égoïste.
Stiles plaque soudainement ses paumes sur ces yeux pour effacer les coulées cristallines qui en débordent inopinément. Le cœur abîmé d'affolement, Derek se précipite pour s'accroupir à ses pieds. Il pose l'une de ses paluches sur les genoux du garçon dont il est amoureux, tandis qu'il se sert de l'autre pour empêcher Stiles de se cacher derrière ses mains.
— J'accepterais tout plutôt que ta disparition, tout. Tu es mon compagnon Stiles, je le ressens dans mes tripes. Comment peux-tu envisager un seul instant que je devrais songer à t'abandonner à ton sort, pour ne pas vivre les inconvénients qui se greffent à notre histoire ? Est-ce que dans le cas inverse tu te poserais même la question ?
Le loup-garou est doux dans ses gestes, chaleureux, empli d'une assurance qui irradie de lui telle une lumière que seul un regard porté par l'amour est capable de discerner. De nouveaux sanglots secouent Stiles dont les mains prennent appui sur les épaules de l'homme. Il les a placés là pour le forcer à le considérer et le jeune s'est laissé faire, comme un pantin désincarné. Pourtant, il pleure sans pouvoir contrôler ses émotions.
— Nous n'étions pas destinés l'un à l'autre avant de… avant de nous briser ensemble au bas de la falaise, dans ma réalité. Je t'ai emprisonné dans mon propre destin en sautant, je t'ai piégé dans mes tourments. C'est tellement inadmissible, je me déteste si fort pour tout ça !
Stiles crache ces mots avec émotion, il détourne ses prunelles humides de chagrin et renifle. Derek dévoile son désaccord en réaction. Il n'est plus qu'une version de lui, accordée à l'unique chemin qu'il estime possible.
— N'importe quoi.
Le viril lycanthrope soupire gravement et se redresse sans avertissement, pour fusiller son compère de ses yeux de créature surnaturelle. Stiles a l'impression que tout vibre autour de l'homme qu'il aime, il est figé dans l'incommunicable. Le dernier héritier de la famille Hale retient un sentiment de rage qui se coince dans sa gorge pour rendre grondant les aveux qu'il finit par lâcher.
— J'ai su à l'instant où je t'ai rencontré que tu allais être important dans ma vie Stiles. Ton odeur, elle… elle me comble depuis la première fois que je l'ai sentie… et c'était intolérable pour moi, intolérable. J'ai immédiatement compris que tu me plairais au-delà du raisonnable et c'est pour me défendre de ça que je t'ai repoussé si fort, avec toute la violence dont je suis capable.
Derek se montre autant coléreux que morose alors que les mots glissent d'entre ses lèvres, animées par le dépit qui entoure ses confessions. Il fait quelques pas et Stiles le voit se dédoubler dans deux directions opposées avant qu'il ne revienne vers lui et que ses versions fusionnent en un seul être. Derek baisse ensuite les yeux et triture inutilement ses doigts.
— Il y avait le fait que tu sois un garçon, c'est vrai, mais surtout, c'était le besoin de te protéger de la malédiction que je suis qui m'a poussé à cette intolérance envers toi. Regarde ce que me côtoyer à déclencher dans ton existence !
Le désespoir infecte le brusque coup de gueule de l'aîné. Ses pupilles se dilatent et ses iris redevenus clairs se voilent d'un film d'eau leur conférant une triste brillance. Stiles hoquette sous le violent remous de l'onde d'empathie qui le percute en défaillances organiques. Les pensées qui le heurtent se désagrègent subitement et il se retient seulement de pleurer, subodorant que Derek fait une pose pour calmer sa propre émotivité. L'homme inspire lentement et cherche à se ressaisir pour finir d'exprimer ce qui obsède son cœur verrouillé dans le malheur.
— Malgré tous mes efforts pour t'éloigner de moi, tu t'es tellement acharné à faire partie de mes proches et constates où ça t'a mené. Bordel, tu ne vois pas que je suis le seul fautif… tu es victime de l'importance que tu as prise à mes yeux, comme tous ceux que j'ai aimés.
Il lâche cela dans un sanglot meurtri par la résistance qu'il s'impose afin de faire barrage à la démonstration de sa désolation. Derek se détourne de l'attention de son jeune allié, affecté par ces vérités qu'il a gardées prisonnières si longtemps en lui. Il ne parvient plus à réprimer les assauts de chagrin que lui inspire cette discussion et cela le blesse davantage. L'homme essuie sa barbe et tente de reconstituer sans succès, l'impassible masque capable de cacher la défaillance de ses sentiments.
Stiles se met debout et titube légèrement, se reprenant rapidement pour s'affirmer physiquement. Derek le sent se mouvoir vers lui et il se retourne vivement, ses yeux rougis de larmes acides. Malgré le dépit dont il fait preuve, il y a une forme de défi qui persiste dans l'attitude du loup-garou. Cela ne change rien à la résolution qui vient de naître en son compère. Fragile, Stiles fait un pas de plus dans sa direction, vêtu uniquement de son caleçon.
— Non, ce que tu dis n'est pas vrai. Je suis victime de ma connerie et toi, de tes croyances débiles.
Les mots finissent par être murmurés, comme s'il s'agissait d'un honteux secret qu'eux seuls pouvaient partager alors que personne n'est là pour les écouter. Le plus jeune se rapproche, alangui par ces jours de jeûne imposés. Il semble toutefois s'acharner à vouloir se prouver devant son interlocuteur. Derek est troublé, il ne sait pas quoi répondre, sinon acquiescer silencieusement à ce que Stiles vient de dire. Ce dernier est à un pas de pouvoir s'écrouler dans ses bras, mais il s'arrête et le regarde intensément.
— Ce n'est pas parce que tu m'aimes que j'aie vécu tout ça, mon bel homme.
Les susurrements de l'adolescent s'accompagnent de doigts timides, posés sur la joue velue du loup-garou, perdu dans les dédales de sa sensibilité à fleur de peau. Ses paupières se closent et ses longs cils frémissent tendrement. Fébrile, Derek frisonne presque imperceptiblement tandis que son compagnon se réapproprie la parole.
— J'ai été incapable d'entendre tes mises en garde. Je n'avais rien compris. Je voulais seulement que tu cesses de me voir comme une faiblesse ambulante. Je désirais sincèrement être à la hauteur pour que tu puisses m'envisager comme un atout. J'ai fait de la merde, j'ai pris des décisions qui ont eu des conséquences dramatiques, pourtant, je souhaitais être ta libération, tellement… et me voilà à deux doigts de devenir ta prison.
Stiles s'échoue alors dans les bras du loup-garou qui l'enlace avec force, ébranlé par la sensibilité qui le relie à son jeune ami. Il le serre contre son poitrail musculeux, apaise les doutes qui fuient de ses yeux pour s'épancher et humidifier son maillot de corps.
— Je préfère vivre enchaîné aux battements de ton cœur, que mourir libre de leur emprise sur les miens.
La voix de Derek est rendue grave de conviction et ses propos viennent s'inscrire dans la chair du garçon dont les pleurs redoublent dès lors. Leurs aveux mutuels semblent les étioler de vérité, pourtant, plus ils se disent ce que leurs palpitants impotents se sont cachés tout ce temps, plus ce qui les relie paraît se renforcer dans l'inévitable. Ils s'accrochent l'un à l'autre, se sentent et se ressentent avec une ferveur qui s'accroît de seconde en seconde. L'adolescent se calme progressivement et le loup-garou en profite pour prendre son visage en coupe, le forcer à le regarder.
— Tu n'as rien mangé depuis plusieurs jours, il faut que tu retournes t'allonger. Je vais te préparer un petit encas et on reparlera de tout ça plus tard, quand nous serons apaisés. Qu'en dis-tu ?
— J'aime que tu me prennes dans tes bras. Je veux rester comme ça pour toujours.
Une timide risette vient éclairer le visage de Derek. Il caresse les cheveux du garçon avec une délicatesse bienfaitrice. Ce dernier prend plaisir à être l'objet de l'affection de cet homme qu'il adore clandestinement depuis tant d'années. Il est hypnotisé par son intense observation, par la douceur qui en émane, par le caractère attendrissant de cette barbe que le lycanthrope a négligemment laissé pousser.
— Je te prépare un déjeuner, et je viens m'allonger à tes côtés. Tu veux bien ?
Stiles hoche positivement du chef avant de reposer sa tête sur le torse de son loup dont il perçoit le pouls résonnant en lui. Il ferme les yeux et sent que Derek le soulève pour le porter. Il s'abandonne à cette agréable sensation de légèreté et ses jambes viennent d'elles-mêmes s'enrouler autour des hanches de l'homme qui prend soin de le ramener vers le lit trônant dans la pièce.
Au moment même où le lycanthrope pose Stiles sur le matelas, le son mécanique d'une voiture qui se gare aux pieds du bâtiment lui parvient via la finesse de son ouïe surnaturelle. C'est à cet instant précis qu'il se souvient avoir appelé le Docteur Deaton pour le sommer de bouger ses fesses afin d'ausculter Stiles. Un soupir navré s'échappe de ses lèvres. Il regarde son amoureux qui se recouvre d'un drap.
— Notre druide vient d'arriver, annonce Derek, d'un ton las dans lequel perce une pointe de déception.
— Je sais. C'est troublant, mais je le vois dans mes pensées. Mon père, Scott et Lydia ne vont pas tarder à débarquer aussi. Ils se sont prévenus de mon réveil.
Derek ne souhaite pas être obscurci par la présence des autres. Il ne peut toutefois pas garder son jeune ami pour lui seul. Ses sourcils se froncent de refus, et cependant, il avalise silencieusement. Stiles ne contraint pas son sourire dans l'invisible. Malgré la difficulté à faire face à ces facultés qui lui piratent l'esprit, un sentiment chaleureux se répand dans la poitrine de l'adolescent, l'impression qu'en dépit des affres qui se profilent pour lui et les siens, il ne lui a jamais été aussi plaisant de se diriger vers l'avenir. Derek le veut auprès de lui, il désire prendre soin de sa personne, il l'aime vraiment et c'est le plus beau cadeau que pouvait lui faire la vie.
à suivre...
RAR CH09 :
Love-Fiction-2000 : Merci pour ta review encourageante et je suis désolé du temps qu'il m'a fallu pour poster une suite. L'histoire de ma vie est depuis quelque temps devenue plus importante que celles qui prennent naissance dans mon imagination. En tout cas, sache que je n'abandonne pas et que ce sont les commentaires comme les tiens qui nous maintiennent dans l'engagement d'écrire et surtout de donner du corps à ce que l'on transmet. Merci encore pour tous tes beaux mots qui me transmettent de l'espoir et le courage de tenter l'aventure d'aller au bout de ce projet.
Julie-Deolivera : Comme tu es douce Julie. Merci pour tes encouragements et le soutien infaillible que tu m'accordes. Je ne pense pas être génial, mais savoir que je peux t'apporter des choses à travers les mots que je poste ici me comble de joie. Je t'embrasse, belle amie.
Didinou : C'est toujours un plaisir de voir ton petit mot, comme une récompense. Ta fidélité aux histoires que tu suis à quelque chose de très touchant.
Ariadanae : Voilà un commentaire tellement généreux. En le relisant, cela me désole de ne pas avoir posté plus tôt. Merci chère lectrice attentionnée, tes mots sont un cadeau et cela fait tellement de bien de les lire quand les doutes sur la qualité du récit sont la raison de ma lenteur rédactionnelle. Tu me transmets de la chaleur et du courage. Alors je te remercie du fond du cœur.
