Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour le secret santa organisé par le FoF. Je devais écrire pour Angelica alors Angelica, voici un petit Hookfire qui, je l'espère, te conviendra (car en définitive le texte est pas vraiment full tourné sur le couple, mais tu comprendras en lisant) Joyeux Noël à tout le monde !


Contexte : UA du canon

Personnages : [Neal, Crochet] Rumple

Merci à Angelica et Marina pour leurs reviews sur le chapitre précédent.


Après des décennies à tenir un café, Granny avait vu toute une diversité de rendez-vous : des rendez-vous timides des jeunes amoureux ou de ceux sur le points de le devenir, des rendez-vous professionnels, amicaux, familiaux. Elle avait vu des rendez-vous se terminer sur une demande en mariage, d'autres sur le contenu d'un verre jeté furieusement au visage, bref, du bien et du moins bien.

Mais même après toute ses années d'expérience, Granny n'avait vu un rendez-vous aussi pesant que celui-là.

- Alors... Nous avons donc une tarte à la citrouille et...

- Les citrouilles sont pas censées être pour Halloween ? La coupa sèchement Rumplestilskin. On est bientôt à Noël que je sache. Enfin, pour ce que ça peut bien me faire... je prendrais un hamburger.

Si Rumplestilskin n'était pas Rumplestilskin, Granny aurait pu envisager de cracher dans sa commande pour le remercier de son amabilité. Mais Rumplestilskin étant Rumplestilskin, elle se contenta d'hocher la tête, légèrement nerveuse. D'ordinaire, elle n'était pas le genre de femme à craindre quiconque, simplement, elle avait un minimum d'instinct de survie. Elle savait sentir quand il ne fallait pas contrarier quelqu'un.

Les autres clients aussi apparemment, puisqu'ils s'étaient tous éclipsés en voyant le Ténébreux entrer dans le café restaurant, avec son air... et bien, oui, Ténébreux était un adjectif on ne peut plus adéquat. La patronne avait tout d'abord craint qu'il ne soit arrivé quelque chose à Belle – pour que Rumplestilskin soit dans un tel état, prêt à égorger n'importe qui, c'était que quelqu'un avait fait du mal à sa femme. Mais elle avait vite compris qu'il n'en était rien, en voyant la personne qui le suivait, l'air tout aussi sombre.

- Et vous, qu'est-ce qu'il vous ferai plaisir ?

- Du rhum, répondit sobrement Crochet.

Sobrement, et sombrement également.

Cet après-midi de travail allait être long... La restauratrice hocha la tête et s'éclipsa dans les cuisines, laissant les deux hommes seuls. Lorsqu'elle revint une dizaine de minutes plus tard, le hamburgers et l'alcool dans la main, elle les retrouva dans la même position : tous deux fixement résolument un point autre que l'autre, et manifestement furieux d'être là.

Bien. Granny ne savait pas ce qui se passait, mais une chose était sûre : elle n'avait aucunement envie d'être là pour le découvrir. Elle décida donc de poser la commande sur leur table et fila prestement en cuisines, bien décidée à ne revenir que lorsque la menace de troisième guerre mondiale serait partie.

Laissés ainsi seuls, Crochet et Rumplestilskin continuèrent leur fuite visuelle.

Du moins, jusqu'à ce que chacun ne baissa les yeux vers la table pour se saisir de sa commande et que leurs yeux ne se croisent.

- C'est complètement idiot ! Fini par exploser Crochet.

- Je suis bien d'accord, lâcha entre ses dents Rumplestilskin, comme s'il regrettait de devoir admettre un accord avec le pirate.

- Je ne pourrais jamais t'aimer, renchérit celui-ci. C'est tout juste si je tolère ta présence !

- C'est pareil pour moi. Sauf que quand c'est moi qui le dit à Neal, je passe pour le méchant, alors que tu ne vaut pas mieux que moi !

- Euh, si, quand même je vaux mieux que toi, répondit Crochet dédaigneusement.

- Pardon ? Qu'est-ce qui peut bien vous faire croire ça ?

- Et bien... à peu près tout ?

- Ah oui ? Quand tu as tiré sur Belle ?

- Et vous ? Quand tu as tué ma compagne ?

- C'était ma femme d'abord !

- Et ça excuse le fait que tu l'as tué ?

- Je... tu sais quoi, nous avions raison sur un point : on ne s'aime pas. On va devoir se supporter parce que Neal a eu la drôle d'idée de vouloir t'épouser, mais basta. On a essayé de faire ce qu'il demandait, se retrouver en tête à tête pour essayer de s'apprécier, ça n'a pas marché, tant pis.

- Faut dire qu'on a pas trop fait d'effort, fit remarquer Crochet.

- Parce que t'as envie d'en faire peut-être ?

- Non. Je te déteste.

Moi de même. Alors je te souhaite...

Rumplestilskin allait terminer sa phrase d'un joyeux « d'aller brûler en Enfer connard » lorsque son portable sonna furieusement. Au même instant, celui de Crochet en fit de même, et ce furent en se regardant étonnés qu'ils décrochèrent.

Avant de disparaître dans un claquement de doigts.

oOoOo

- Mais putain, il sort d'où, celui-là ? jura Crochet sitôt réapparu.

Et pour cause : devant eux se trouvaient un impressionnant dragon qui volait dans les airs. Même s'il avait l'air plutôt peu belliqueux, il était tout de même occupé à réduire en cendre une partie de la forêt de Storybrooke, ce qui était légèrement préoccupant.

- Aucune idée, répondit Regina. Il est apparu comme ça. J'ai prévenu Maléfique, elle ne devrait pas tarder pour essayer de le calmer et en savoir plus. D'ici là, je t'ai fait venir, Rumplestilskin, pour m'aider à dresser une barrière ou quelque chose du genre s'il lui venait à l'esprit de nous attaquer.

- Et pourquoi je suis là, moi ? Demanda Crochet – après tout, lancer des sorts ne faisait pas partie de ses attributions.

- Parce que Neal était dans la forêt lorsque le dragon est apparu et je pensais que tu voudrais le savoir. Je ne sais pas ce qu'il fichait là-bas mais...

Elle n'avait pas terminé sa phrase que Crochet s'était élancé en direction de la zone attaquée par l'animal, suivi presque aussitôt par Rumplestilskin. Ne sachant pas où était son fils, le Ténébreux ne pouvait utiliser sa magie pour se téléporter et étant donc condamner à courir tant bien que mal malgré sa mauvaise jambe. Bien évidement, Crochet, au mieux de sa forme, le distendit très rapidement, et le Ténébreux se retrouva à courir seul dans la forêt en criant le nom de Neal, espérant finir par le retrouver, si possible autrement que sous la forme d'un cadavre calciné merci.

Ce fut finalement Crochet qu'il percuta. Tout à sa peur de trouver son fiancé blessé, il n'avait en effet pas non plus fait attention à son futur beau-père.

- Nea... commença-t-il à s'exprimer de soulagement, avant de réaliser que ce n'était pas lui. Ah, c'est toi.

- Oui, ce n'est que moi, répondit avec agacement Rumplestilskin. Mais je pourrais retourner ce dépit.

Crochet allait répliquer quelque chose de très dépréciateur au Ténébreux (comme à son habitude, en fait), lorsqu'il remarqua un détail curieux. Les mains de Rumplestilskin tremblaient. Il essayait tant bien que mal de le masquer, mais le pirate ne put que le voir. Il en fut d'abord étonné - est-il si fatiguée de sa course ? - lorsqu'il compris de quoi il en retournait. Rumplestilskin avait peur. Car à ce moment là, il n'était plus un être immortel et tout puissant ; il n'était plus qu'un père courant dans une forêt en flammes à la recherche de son fils, en espérant ne pas le retrouver à l'article de la mort, voir pire.

Rumplestilskin avait terriblement peur, tout comme lui-même. Le fier pirate n'était plus qu'un fiancé paniqué, avançant tant bien que mal malgré la fumée et le brûlé. Et surtout, un être complètement terrorisé.

Alors Crochet ravala l'insulte qu'il voulait lui répondre et demanda plutôt :

- J'en conclus que tu ne l'a pas trouvé non plus ?

En tant normal, Rumplestilskin aurait lâché un dédaigneux « manifestement » plein de condescendance. Mais sûrement avait-il eu le même cheminement que Crochet, puisqu'il se contenta de répondre par la négative, une drôle de fragilité dans la voix, avant de rajouter, voyant l'autre tousser à cause de la fumée :

- Crochet... tu devrais rentrer.

- Je ne peux pas.

- Je n'essaie pas de te chasser et de m'attirer la gloire du sauvetage de Baelfire. C'est simplement que cela devient dangereux pour toi. Je suis à peu près immunisé contre n'importe quoi, mais pas toi. En temps normal j'aurais été ravi de te voir brûler, et une partie de moi en serait toujours enchanté mais... J'imagine que Baelfire en serait triste. Alors ta sécurité me paraît être légèrement importante.

- C'est gentil. Mais je ne peux pas rentrer. Je ne peux pas... je ne peux pas rester sans réagir alors que Neal est peut-être blessé et...

- D'accord, répondit Rumplestilskin doucement pour le calmer en le voyant paniquer. On va le chercher ensemble.

Ils s'engagèrent alors tant bien que mal dans le brasier qu'était devenue la forêt, à la recherche d'un signe de vie de la part de Neal, protégés par la magie de Rumplestilskin – et Crochet devait bien admettre qu'il était plus agréable de se déplacer ainsi. Être un Ténébreux avait manifestement ses avantages. Après quelques instants de marche supplémentaires, l'improbable duo vit dans le ciel un second dragon, que Rumplestilskin reconnu comme étant Maléfique. Celle-ci s'engagea dans un duel avec l'intrus, avant que les deux aillent se poser dans un autre endroit de la forêt, sans commettre d'autres dommages. Un soucis en moins, songea Rumplestilskin, tout en ne pouvant faire abstraction de la réalité : ils n'avaient toujours aucun signe de Neal, malgré leurs nombreux appels.

- Peut-être que Regina s'est trompée, suggéra Crochet. Peut-être qu'il n'était pas en forêt.

Cette hypothèse étant préférable à l'autre, plus morbide, qui aurait pu expliquer ce silence, Rumplestilskin hocha la tête en essayant de se convaincre. C'est alors qu'ils entendirent un gémissement, vers lequel ils se précipitèrent.

En voyant à qui appartenait ce bruit, les deux ne purent que lâcher un soupir de soulagement : Neal était vivant ! Vivant, oui, mais en piteux état : le feu ne l'avait épargné. La vision partiellement calcinée de son fils paralysa Rumplestilskin, et ce ne fut qu'une pression urgente du pirate qui le fit reprendre ses esprits. Décrétant intérieurement que Regina et Emma pourraient bien s'occuper de calmer l'incendie, il les téléporta tous les trois à l'hôpital.

oOoOo

Tout comme chez Granny le midi même, Rumplestilskin et Crochet se tenaient côte à côte dans un épais silence. Mais contrairement au restaurant, celui-ci n'était plus vraiment haineux, simplement complètement angoissé.

- Il va s'en sortir, fini par dire Crochet. Il est fort. Il a survécu à pire.

Sa remarque conduisit Rumplestilskin a laisser échapper un rire jaune. Devant les yeux interrogateurs du pirate, il expliqua sa réaction :

- J'allais dire que c'était de ta faute s'il avait dû survivre à pire. Mais alors que j'allais le dire, j'ai réalisé que c'était moi le responsable.

- Toi, au moins, tu as fait au mieux, lâcha amèrement Crochet. Tu l'as abandonné, oui, mais parce que tu n'étais pas dans votre état normal. Et tu as passé des centaines d'années à essayer de réparer ton erreur. Je n'ai pas ces excuses. À vrai dire, je ne comprends pas comment il a eu la force de me reparler. Alors m'épouser...

- C'est une grande âme. Moi, je ne parviens pas à vous pardonner. Si j'ai autant de mal avec votre relation, ce n'est pas pour notre passif. Cela joue, oui, mais c'est surtout... j'ai peur que tu lui fasses du mal à nouveau. Enfin, j'avais peur. Je dois dire que te voir foncer tout droit dans les flammes, sans protection, pour partir à sa recherche... Cela me rassure quelques peu.

Crochet n'eut le temps que de lui offrir un sourire que le docteur Whale entra dans la salle d'attente. Les deux se levèrent de concert du canapé où ils avaient patientés les deux dernières heures.

- Il va s'en sortir, s'empressa de les rassurer le docteur. Nous avons travaillé de concert avec la fée bleue pour le soigner. Il devra rester quelques jours en observation, mais il s'agit plus d'une précaution qu'un réel besoin. En tout cas, il s'est réveillé, vous pouvez donc aller le voir. Un à la fois, rajouta-t-il en voyant les deux hommes se précipiter. Il est assez fatigué de l'épreuve traversée.

- Allez-y, proposa Crochet.

- Tu es sûr ?

- Oui, oui. Je vais attendre ici, j'irai le voir après toi.

Rumplestilskin hocha la tête en guise de remerciement, et se dirigea vers la chambre du blessé.

oOoOo

- Baelfire... comment tu te sens ? demanda doucement le Ténébreux en s'approchant du lit.

- Assez abruti par les médicaments... et courbaturé aussi.

- C'est normal. Le docteur Whale m'a dit que la fée bleue avait appliqué des soins magiques, mais si tu as besoin de quoi que ce soit...

- Merci, papa.

Le silence retomba, jusqu'à ce que Rumplestilskin demande :

- Baelfire... que faisais-tu dans cette forêt ?

- Tu vas trouver ça idiot.

- Sûrement, se contenta de répondre Rumplestilskin, ce qui fit sourire Neal.

- Je suis allé chercher du gui, lâcha-t-il. Je voulais décorer la maison avec. Tu ne me dis pas que c'est idiot ? S'étonna-t-il en voyant son père rester stoïc.

- Non. C'est assez mignon, en fait. Stupide parce que tu as failli en mourir, mais on ne pouvait pas vraiment prévoir qu'un dragon allait surgir de nulle part je suppose. Enfin, j'imagine qu'il doit beaucoup compter pour toi. Tu l'aimes, n'est-ce pas ? Vraiment, je veux dire.

- Oui, répondit doucement Neal, comprenant bien que son père ne parlait pas du gui. Beaucoup.

- Tant mieux. Si tu es heureux, je veux dire. Bon, et bien je suppose que je devrais lui laisser la place. Après tout, c'est ça, la vie, non ? On est la personne la plus importante dans la vie de nos enfants, jusqu'à ce qu'un inconnu prenne cette place.

- Papa, ce n'est pas parce que je vais me marier que tu n'auras plus de place dans ma vie. Tu resteras tout aussi important pour moi.

- Oui. Mais si tu avais pu choisir quelqu'un s'habillant de manière un moins flamboyante et qui n'a pas un crochet à la place de la main, j'aurais peut-être moins peur d'être invisible.

- C'est l'être immortel capable de magie et qui fait trembler tout le monde juste avec la vision de sa canne qui dit ça ?

Les deux s'échangèrent un sourire complice avant que Rumplestilskin ne dépose un baiser sur son front.

- Je vais le chercher.

oOoOo

Lorsque Rumplestilskin retourna dans la salle d'attente, Crochet était toujours sur le canapé. Mais contrairement à ce qu'il avait pensé, il ne se leva pas précipitamment en le voyant, et pour cause : il s'était endormi. Il était vrai que la journée avait été longue. Entre cette course effrénée dans la forêt et cette horrible attente, il n'était guère étonnant que toute la pression soit redescendue d'un coup. Rumplestilskin songea un instant à réveiller le pirate, mais se retint. Il avait manifestement besoin d'un peu de repos, et aurait le restant de sa vie pour vérifier que Neal allait bien.

Alors à la place, Rumplestilskin incanta un plaid et le posa sur son futur gendre.

Gendre... il doutait de pouvoir s'y faire un jour à l'idée. Mais il supposait que quelqu'un risquant sa vie sans y réfléchir pour son fils valait bien qu'il essaie de s'y faire ?


Petit mot de fin : joyeux Noël à tout le monde !