Chapitre 12 - Repas chez les Prewett

Narcissa resta plantée devant la porte de la maison des Prewett pendant quelques secondes. Elle soupira doucement. Pourquoi avait-elle accepté de venir ? Depuis sa discussion avec Annabelle, trois semaines plus tôt, elle avait tenté d'éviter - à nouveau - Molly mais en vain. En effet, il était finalement quasiment impossible d'esquiver son colocataire, et maintenant, son amie, sans que celle-ci ne lui pose des questions indiscrètes.

Le sentiment de malaise qu'elle avait ressenti juste après que Molly soit sortie des vestiaires s'était peu à peu estompé car la rousse avait retrouvé son état normal et avait fait comme si de rien n'était. Narcissa n'était sûre de rien mais n'avait pas envie de l'interroger. De toute façon, cela importait-il ? Elle avait décidé de faire une croix sur ses sentiments une bonne fois pour toute.

Alors, que faisait-elle là ?

Tout simplement car juste avant de partir pour les vacances de Noël, Molly lui avait rappelé ce fameux déjeuner dont elles avaient parlé quelques temps plus tôt. N'avait-elle pas promis de la soutenir ?

Elle savait que revoir Molly serait compliqué. Pendant les quelques jours où elle était restée chez ses parents, la jeune femme lui avait terriblement manqué. Ce n'était pas aussi simple d'anéantir ses sentiments. Il lui faudrait du temps. Et revoir aussi rapidement son amie alors qu'elle avait décidé de ne plus l'aimer serait difficile à gérer. Ce qu'elle ressentait se raviverait certainement à son contact.

Mais elle savait que ce ne serait qu'un mauvais moment à passer car à la rentrée, elle n'aurait plus à subir cela. En effet, elle avait oublié d'annuler sa demande de transfert et pendant les vacances, avait reçu la confirmation qu'elle changerait de bâtiment pour aller à celui de Poufsouffle. Ce dernier n'était pas connu pour être mieux que Serpentard mais au moins, elle serait loin de Molly et c'était le principal.

Maintenant, restait à l'apprendre à son amie. Comment réagirait-elle ? Certainement, mal... A cette pensée, l'humeur de Narcissa baissa d'un cran.

Mais il était temps de prendre son courage à deux mains. Elle soutiendrait Molly pour sa carrière de footballeuse et trouverait un moment où elle lui apprendrait son déménagement.

Elle inspira profondément et appuya sur le bouton de la sonnette de la porte. Un bruit sourd mais aigu se fit entendre. Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit sur une femme d'un certain âge, la mère de Molly, Madame Prewett. Elle était aussi grande que sa fille et lui ressemblait beaucoup mais ses cheveux étaient châtain foncé et ses yeux marrons.

« Bonjour, tu dois être Narcissa, c'est ça ? lui demanda-t-elle avec un grand sourire.

— Oui, enchantée ! »

La mère de Molly la fit entrer et lui proposa d'aller dans le salon. Monsieur Prewett buvait une bière sur le canapé et regardait la télévision. Les deux frères de Molly, Gideon et Fabian, étaient assis de part et d'autre de leur père et avaient une canette de soda à la main. Ils commentaient la dernière émission « Les enquêtes extraordinaires » de Rita Skeeter, une jeune animatrice en vogue.

Les trois hommes la saluèrent et lui firent une petite place sur le canapé pendant que Madame Prewett lui apportait un verre de jus de fruits.

« Molly, cria son père d'une voix forte et bourrue. Ton amie est là !

— J'arrive, » entendirent-ils une voix au loin.

Narcissa se sentit quelque peu intimidée. Son propre père ne haussait jamais la voix pour l'appeler. D'ailleurs, dans sa famille, tout était calme et personne ne parlait fort alors que chez les Prewett, c'était totalement le contraire. Les frères de Molly étaient aussi pétillants que leur sœur et commentaient les tenues hautes en couleur de Rita Skeeter ou s'échangeaient des anecdotes sur les dernières émissions qu'ils avaient vu.

« Alors, ça te plait, Poudlard ? » lui demanda Madame Prewett en s'asseyant sur un fauteuil en face d'elle, elle avait un verre d'hydromel à la main.

Même ses parents n'auraient pas tutoyé un seul de ses amis aussi directement. Mais les Prewett, si ! Ici, tout était plus détendu.

« Oui, beaucoup !

— Molly m'a dit que tu étais en cursus de langues anciennes.

— Oui, en sumérien.

— Impressionnant ! Ma fille m'a assurée que tu étais une élève studieuse, j'imagine qu'avec ce genre de langue, c'est indispensable. Je suis contente que tu sois sa colocataire car celle d'avant n'était pas très sérieuse, à sortir presque tous les soirs... »

Narcissa émit un petit rire nerveux. Si sa mère savait qu'elle allait déménager dans peu de temps, elle ne serait certainement pas ravie.

« Mais Molly n'a pas besoin de moi pour être sérieuse, s'écria la blonde. Ses notes sont élevées et elle est l'une des meilleures de sa promotion, voire la meilleure !

— Tu es bien trop gentille.

— Non, non, Molly est vraiment douée !

— Je suis douée pour quoi ? » lança une voix derrière elle.

Narcissa se retourna et découvrit la rousse qui portait une robe trapèze rouge qui la mettait particulièrement en valeur. Elle resta sans voix pendant quelques instants. Molly était vraiment radieuse. Cette dernière éclata de rire devant le regard ébahi de son amie. Narcissa prit une teinte rosée et referma la bouche.

Elle s'assit juste à sa droite et lui chuchota à l'oreille des histoires particulièrement gênantes sur chacun des membres de sa famille. La blonde ne savait plus où se mettre. Elle n'osa plus regarder un seul des Prewett. Molly semblait s'amuser de sa gêne et en rajoutait.

« Nous allons passer à table avant que Molly ne fasse fuir son amie pour toujours ! lança sa mère.

— Maman, t'exagères !

— Viens, Narcissa, dit Madame Prewett en levant les yeux au ciel, tu t'assiéras à côté de moi !

— Ah non, Cissy s'assied à côté de moi, Maman ! »

Sa mère soupira et eut un sourire vaincu pour Narcissa. Celle-ci lui sourit en retour. Cela ne la gênait pas de manger à côté de Molly si elle arrêtait de déballer les affaires les plus embarrassantes des gens autour d'elle sans aucune honte et d'une voix parfaitement audible pour les concernés.

Elle s'installa sur la chaise que lui proposa son amie et remercia sa mère quand elle lui servit une assiette de crudités. Le repas fut entrecoupé de conversations diverses sur leurs études et celles de Fabian et Gideon qui étaient encore au lycée, le travail de Monsieur Prewett, la passion de Madame pour les fleurs et d'autres sujets. Ses parents se vengèrent même des petites indiscrétions de leur fille pour raconter à Narcissa des événements gênants qui étaient arrivés à Molly pendant son enfance, comme d'avoir peint le chat en orange pour qu'il ait la même couleur que ses cheveux ou déposé un rat mort dans le casier d'une de ses camarades pour l'avoir traitée d'infâme ragondin.

La rousse n'était pas du tout gênée par ces histoires et lui expliqua les raisons pour lesquelles elle avait agi ainsi.

La discussion tourna vers le football et son championnat universitaire et subitement, Molly se tendit. C'était le moment pour elle de se lancer. Pourtant, Narcissa la sentit plus stressée qu'à son habitude. Pour l'encourager, elle prit sa main sous la table et la serra pour lui signifier qu'elle était derrière elle. Molly, tout d'abord surprise, lui lança finalement un sourire. La jeune Black déglutit. Malheureusement, il serait difficile de lui résister.