BONNE ANNéE ! Je vais mettre trois chapitres à la suite vu que j'ai pris un peu de retard sur le rythme de publication (j'ose espérer que ça ne vous dérangera pas aha)
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Chapitre 23 : Demande en mariage
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Mercredi 29 septembre 1943,
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Une grande porte noire. Une cloche oxydée dans l'angle droit de l'encadrement de la porte. Un paillasson brun. Pas un brin d'herbe, pas une mauvaise herbe dans le petit carré devant la maison. Seulement des pierres noires et grises. Des barrières en ferraille peintes en noir. C'était relativement… sinistre. Enfin, cela ne mettait pas en confiance.
Il leva la main pour attraper la cloche puis se demanda ce qu'il faisait là. S'il ne tombait pas sur elle immédiatement et qu'elle ne l'envoyait pas paître, il pourrait demander à son père… d'engager des fiançailles. S'il devait se défendre, ce serait plutôt simple, non ? Il était plutôt un… bon parti ? Non, non, non, il ne devait pas réfléchir comme cela. Il lui fallait demander à consulter Dorea dès qu'il aurait parlé de ceci à son père. Et puis… Et puis il verrait.
Mais est-ce qu'elle comprendrait que c'était une façon de lui montrer qu'il envisageait…
Oh et puis zut, à présent, il y était.
Il s'empara de la chaînette qui pendait à la cloche en fer oxydé et l'agita vivement. L'instant d'après, des pas retentirent derrière la porte. La porte grinça, et pendant une demi-seconde il songea à transplaner avant de se fustiger : Courage, loyauté, fidélité. Et Beurk devait payer.
Une femme de l'âge de sa mère, sans doute un peu plus, apparut derrière la porte. Il baissa le regard pour la regarder dans les yeux. Elle les avait verts et si stupéfaits que Charlus serra un peu plus la main autour de son balai pour maîtriser le trac qui montait dans ses membres, le même qui précédait un match.
« Mr Potter ? s'étonna-t-elle avec une stupéfaction évidente en le détaillant de la tête aux pieds. Mais que faites-vous donc ici ? »
Il la salua abruptement d'un hochement de tête, le temps de tourner sa phrase dans sa bouche.
« Bonjour Mrs Black, imagina-t-il en espérant ne pas se tromper. Je viens voir Mr Black, le père de Dorea Black. »
La vieille sorcière se contenta de cligner des yeux, de le détailler à nouveau, de chercher derrière lui s'il y avait d'autres personnes puis de revenir poser son regard sur lui. Finalement, elle dut le trouver digne d'entrer dans la maison puisqu'elle s'effaça pour le laisser passer. Il posa prudemment un pied sur le parquet du couloir noirci par les années, baissa la tête en sentant son chapeau glisser du haut de son crâne, et suspendit son balai sur le meuble contre le mur prévu à cet effet.
« Je suis la mère de Dorea, reprit la sorcière. J'aimerais savoir ce que vous voulez à ma fille. »
Charlus sursauta et reporta immédiatement son attention sur elle. La mère de Dorea ? Il n'aurait jamais pu s'en douter ! Elle ne lui ressemblait tellement pas ! Elle était si… Bref. Son ton n'était pas engageant, mais Charlus fit mine de ne pas le voir. Il perdit un peu confiance, se demanda à nouveau ce qu'il était en train de faire, songea qu'il aurait peut-être dû demander deux ou trois conseils à ses parents et son grand-père avant de foncer tête baissée et se fustigea à nouveau. Il la voulait non ? Il enleva son chapeau qu'il accrocha négligemment au manche de son balai pour s'ébouriffer les cheveux et se mettre à l'aise. Son premier essai pour parler échoua, et il dut se racler bruyamment la gorge pour camoufler le léger tremblement de sa voix.
« C'est au sujet, hum, d'un hypothétique mariage avec elle. »
Pire engagement du monde entier. Bravo Charlus. Se faire haïr par sa belle-mère en une leçon : lui annoncer d'emblée qu'on vient lui voler sa fille alors qu'on vient de la rencontrer (la belle-mère hein. Quoique, la fille aussi maintenant qu'il y pensait). Pour preuve : Mrs Black le regarda de cette manière impassible dont avait tout de même dû hériter Dorea. C'était plutôt perturbant. Il avait l'impression de passer l'étape la plus difficile finalement : la belle-mère. Et en plus, elle ne semblait pas commode.
Il glissa ses mains dans ses poches pour pouvoir serrer les poings et ne pas flancher en détournant le regard.
« Suivez-moi, je vous mène à son bureau, finit-elle par décider. »
Il soupira de soulagement en lui emboîtant le pas. Il se demandait bien pour quelle raison Mrs Black avait finalement choisi de lui accorder sa confiance. Il pensa le lui demander avant de songer qu'il valait mieux parler le moins possible au risque de dire quelque chose qu'il ne fallait pas. Cette maison était bien trop lugubre. Ce n'était pas étonnant que Dorea soit toujours de marbre. Il faisait sombre entre les murs vert bouteille et noirs. Et il n'y avait pas un bruit. Où était-elle d'ailleurs ? Il jeta des coups d'œil furtifs aux portes entrouvertes, mais aucun son autre que les pas de Mrs Black sur le parquet ne lui parvint. Il monta trois étages derrière elle avant qu'elle ne s'arrête devant la seule porte sans nom sur le palier. Sur l'une, il vit écrit Cygnus Sirius Nigellus Black & Violetta Millicent Black, les parents de Dorea, sûrement. Donc c'était bel et bien Cygnus et non Cyrus. Sur une autre porte il lut… Dorea Millicent Black & Lucretia Melania Black. Dorea Millicent ? Elle partageait sa chambre ?
Les petits coups secs à la porte faits par Mrs Black attirèrent à nouveau l'attention de Charlus, la voix bourrue de l'homme qu'il devait confronter attira un peu plus son attention.
« Qu'il y a-t-il, Violetta ?
- Mr Charlus Potter souhaiterait s'entretenir avec toi, répondit simplement Mrs Black. »
La porte s'ouvrit aussitôt dans un grincement strident et alla frapper contre le mur. Le sorcier assis derrière le bureau en bois presque noir leva vivement la tête. Il avait les traits burinés par les années, une barbe mal soignée veinée de gris, et une bouche tordue ou l'incisive droite était ébréchée. Une version dégradée de Grand-père Priscus. Et c'était le père de Dorea.
Le vieux sorcier se leva avec empressement, faisant tomber au sol plusieurs des affaires qui étaient empilées sur son bureau avant de s'essuyer les mains sur un chiffon sale qui traînait dans le coin de son bureau. Sa voix mielleuse le mit aussitôt sur ses gardes.
« Mr Potter, mais entrez-donc ! Violetta, du Whiskey-Pur-Feu, siffla-t-il ensuite entre ses dents. »
La mère de Dorea se contenta d'abdiquer d'un hochement de tête. Charlus déglutit difficilement. Alors c'était lui, Cygnus Black. Quelqu'un qui menait à la baguette une épouse… obéissante et soumise. Quelqu'un qui giflait certainement trop Dorea. Quelqu'un sans scrupule qui jouait aux marionnettes.
Il tendit brusquement la main pour faire quelque chose de ses membres. Le sorcier s'en saisit vivement et la serra fermement, comme s'il rencontrait un actionnaire ou un commercial.
« Charlus Potter, enchanté de vous rencontrer, reprit la voix mielleuse de Cygnus Black.
-Mr Black, préféra se contenter de dire Charlus. »
Il avait l'impression d'avoir déjà vendu son âme au Diable. Les yeux gris sombre injectés de sang du sorcier le fixaient comme s'ils fouillaient dans son esprit. Il avait du courage, et même de la témérité. Et pourtant, devant le vieil homme, Charlus n'en menait pas large.
« Que me vaut votre venue ? demanda Cygnus Black en retournant s'asseoir derrière son bureau tout en lui désignant le fauteuil d'en face d'un signe de main nonchalant. »
Bien choisir ses mots, comme Ambuela le lui avait appris des années plus tôt.
« C'est au sujet de votre plus jeune fille, qui était deux classes en dessous de la mienne à Poudlard, Dorea, commença-t-il en regardant le sorcier dans les yeux malgré le malaise qui le saisissait.
- Ma petite Dorea ? Mais que lui voulez-vous donc ? »
Oh il savait. Ce n'était pas bien compliqué. Lorsqu'un jeune homme célibataire venait parler d'une jeune fille célibataire à son père, c'était rarement pour autre chose que pour un mariage. Mais il n'était pas certain que déclarer son amour pour sa fille à Mr Black aille en sa faveur. Ceci semblait même peu lui importer vu la manière dont il parlait à sa femme. Alliance. Il fallait parler d'alliance.
« Il se passe qu'une alliance entre nos deux familles ne pourrait qu'être bénéfique, répondit-il calmement alors que les battements de son cœur se faisaient entendre au niveau de ses tempes. »
Il avait l'impression de retourner à ce dîner chez Mr et Mrs Parkinson, dans un cadre encore plus moyenâgeux. Merlin, dans quoi s'était-il embarqué ? Est-ce qu'il allait devoir faire la liste de ses richesses pour montrer qu'il était à la hauteur de la Noble et Très Vieille Maison des Black ? Parce que là, il avait vraiment l'impression que Mr Black le regardait comme un asticot indésirable.
« Pourquoi vous laisserais-je ma fille ? demanda effectivement Mr Black en souriant de toutes ses dents d'une manière dérangeante. Nous savons tous les deux que les Black sont purs depuis toujours, alors que parmi vos ancêtres se trouve bon nombre de Sang-de-Bourbe. »
Ah ! Ce n'était donc pas une question de richesse, mais une question de Sang ! Il aurait dû s'en douter ! Dorea ne lui avait fait aucune réflexion là-dessus, ceci lui importait peu. Mais les Black étaient réputés pour cette intransigeance, cet orgueil d'être l'une des familles de sorciers les plus « pures » d'Angleterre. Il serra l'accoudoir du fauteuil le plus fort possible pour s'empêcher d'exploser. Oh ce n'était plus seulement contre Beurk, ni pour l'avoir avec lui qu'il voulait conclure ces fiançailles. C'était aussi pour la sortir de cette maison, de cette famille, et de l'emprise de ce père qui lui paraissait de plus en plus être un fanatique. A la solde de Grindelwald ? Peut-être bien, oui.
« C'est une question de sang alors ? Je vous défie de mentionner un seul de mes soi-disant ancêtres moldus, dit-il le plus calmement possible. »
La mâchoire de Mr Black se contracta et il perdit son sourire suffisant. Charlus était resté sur ses gardes, la main sur sa baguette, impertinent mais juste à la limite. La porte qui s'ouvrit brusquement empêcha Mr Black de répondre. Charlus avait gagné la première manche, et ceci lui redonna l'aplomb et la confiance nécessaires pour la suite. Il l'aurait. Il aurait Dorea pour lui, et il ferait plier Mr Black.
« Voilà le Whiskey-Pur-Feu, annonça la voix de Mrs Black. »
Charlus entendit vaguement l'alcool couler dans les verres, mais il resta concentré sur le visage courroucé de Mr Black. Il prit le verre que Mrs Black lui tendait sans lui jeter un coup d'œil. Elle devait avoir l'habitude de servir de larbin à son mari, la pauvre. Il préféra attendre qu'elle sorte pour reprendre la parole. Elle ne s'en formaliserait pas, et Mr Black croirait qu'il pensait vraiment que le mariage était une affaire d'hommes.
« Mon sang est pur, vous ne pouvez prouver le contraire, Mr Black, attaqua-t-il aussitôt. De plus, je jouis d'une renommée imposante de par mon poste d'Attrapeur dans l'équipe de Flaquemare et d'Angleterre, et des places qu'occupent mon père et mon grand-père au Magenmagot. Il n'est pas utile que je mentionne que les Potter possèdent une entreprise de potions qui leur rapporterait de quoi vivre plus que décemment même s'ils ne travaillaient pas. En revanche, je ne peux pas dire que vos caisses soient pleines. »
Il n'était pas sûr que provoquer Mr Black soit une bonne idée. Mais il fallait qu'il lui rappelle qu'il ne pouvait pas faire le difficile pour marier sa fille, et que cette proposition de mariage que lui faisait Charlus était sans doute la meilleure qu'il recevrait jamais. Il but une gorgée de Whiskey-Pur-Feu pour occuper ses mains.
« Vous voilà bien informé sur ma personne, Mr Potter, cracha Mr Black entre ses dents.
-Peu de sorciers ignorent ces faits, dit-il comme une excuse. Je ne fais qu'avancer les arguments en ma faveur. Me laisseriez-vous la main de votre fille, Mr Black ? Je prendrai soin d'elle, si telle est votre inquiétude.
-C'est un choix important, marmonna Mr Black.
-Demandons-lui son avis alors ! s'exclama Charlus avec un entrain forcé avant de boire à nouveau une longue gorgée d'alcool qui lui brûla la gorge. »
S'il n'avait que la gorge brûlée aujourd'hui, ce serait déjà formidable. Allez, il le tenait. Il ne devait pas lui laisser la possibilité de trouver un argument à lui opposer.
« C'est que...
- Ne vous inquiétez donc pas tant, se permit-il de le couper, de plus en plus impatient de faire appeler Dorea pour voir sa réaction. Je repasserai demain à l'heure du thé pour lui laisser une nuit de réflexion. »
Il pouvait même lui laisser une semaine si son père le voulait ! Même s'il préférait avoir une réponse rapidement pour pouvoir enfin dormir sur ses deux oreilles.
« Je dois dire que... je suis... agréablement surpris d'autant de sollicitude envers ma fille, bredouilla le vieux. »
Ce n'était pas une réflexion négative au moins ? Non, il semblait sincère.
« C'est normal, Mr Black. Je lui dois bien ce laps de temps, ajouta-t-il avec soulagement. »
Devait-il à présent proposer de faire venir Dorea ou bien laisser Mr Black le dévisager avec une intensité peu commune ?
« Ne bougez pas, je l'appelle, décida finalement Mr Black. »
Il regarda le vieux sorcier se lever et soupira discrètement lorsqu'il fut hors de sa vue. Il comprenait un peu mieux pourquoi tout le monde semblait se méfier de lui. Et pourquoi il s'entendait si bien avec ce Veracrasse de Beurk. Sa voix mielleuse, sa bouche tordue et ses yeux injectés de sang respiraient la malveillance et la sournoiserie. S'il y avait bien une personne face à qui il ne se mettrait jamais de dos, c'était ce sorcier. En attendant, il n'avait pas mentionné Beurk. C'est que ce Veracrasse n'avait pas encore dû venir.
La porte grinça, le faisant encore une fois sursauter.
« Dorea, voudrais-tu venir dans mon bureau ? »
Elle allait arriver, dans quelques secondes elle entrerait dans le bureau de son père, et il la verrait. Il se prendrait la pire soufflante du monde, il tomberait à ses genoux en perdant toute sa dignité pour lui demander une minute de son temps pour lui expliquer la situation, Beurk, ce qu'il ressentait pour elle… Il lui demanderait un entretien en tête à tête pour s'expliquer et…
« Elle va arriver, le prévint inutilement Mr Black en reprenant la place derrière son bureau. »
La porte grinça à nouveau.
« Père, vous m'avez appelée ? »
Sa voix claire et distante frappa Charlus en plein cœur. Il n'osa dans un premier temps pas bouger. Puis il tourna lentement la tête vers elle. Elle portait à nouveau une longue robe noire. Oublié le vert. Le col bateau lui donnait à nouveau cet air strict et froid, mais son profil était éclairé par…
« Dorea, reprit aussitôt la voix de Mr Black. Mr Potter, ici présent, a une demande à te faire. Bien sûr, je voudrai en discuter avec toi après. »
Elle tourna enfin la tête vers lui, et sembla découvrir sa présence.
Il déglutit difficilement. Serra les accoudoirs le plus fort possible en attendant le regard haineux et la réplique cinglante à encaisser avec dignité.
Mais rien. Elle se contenta de le fixer comme si elle le rencontrait. Elle le fixa une seconde. Deux. Puis dix. Il se passa nerveusement une main dans les cheveux. Bon Dieu, qu'elle trouve une réaction à adopter même si elle ne voulait pas exploser devant son père. Un écarquillement des yeux ? Donc stupéfaction ? Elle ne pensait pas le voir ici ? Il réussit enfin à lui sourire. Il l'avait surprise.
« Même si je lui demandais ta main ?
-Voyez-vous ça. J'attends de vous voir ne serait-ce qu'essayer. »
Il avait fait mieux qu'essayer. Il l'avait fait. Et il ne manquait plus qu'un oui de sa part pour rendre l'affaire concrète. Il se lança.
« Voilà Miss Black, j'aimerais vous épouser. »
Non, non, non. Il s'y prenait encore comme un manche à balai ! Il faut s'agenouiller ! Il écarta sa cape d'un geste qu'il espérait assuré, et posa un genou à terre en relevant le regard vers elle.
« Aussi, Miss Dorea Black, voulez-vous m'épouser ? »
Et il attendit, encore. Il guetta le moindre indice dans ses yeux gris écarquillés de stupéfaction.
« Euh… »
C'est-à-dire ? Qu'elle crie ! Qu'elle lui fasse son regard cinglant et assassin ! Qu'elle le tire sur le palier pour l'insulter en privé ! Qu'elle…
« …je… »
Est-ce qu'exploser de rire était permis ? Non ? Même nerveusement ?
« Oui, Dorea, nous savons que tu veux réfléchir, intervint Mr Black, brisant tout à fait l'instant. Aussi Mr Charlus Potter a proposé de revenir demain pour connaître ta réponse. C'est très gentil de sa part ! »
Mais il ne pouvait pas se taire ! Il était sur le point d'avoir une réponse ! Et puis ce n'était pas gentil, c'était la moindre des choses quand on le forçait à agir dans le dos de Dorea de cette manière. Pourquoi ne disait-elle rien ? Et un signe de joie, c'était trop demander ? D'accord, il voulait bien qu'elle soit stupéfaite, mais un petit sourire d'approbation ne demandait pas beaucoup d'effort !
Sa mâchoire finit même par se décrocher. Bon, c'était plutôt positif, non ? Il se releva en s'emparant de la main qu'elle avait tendue devant elle. Il la leva jusqu'à sa bouche, résistant au dernier moment à l'envie de poser ses lèvres plus intimement dans le creux de son poignet. Elle le regardait toujours avec hébétude et elle lui laissait sa main. C'est que c'était bon, non ? C'était par convention et bienséance qu'elle ne disait pas oui tout de suite, c'était tout, hein ? Mais oui, c'était bon. Il fallait y croire. Il n'avait pas affronté Cygnus Black pour rien.
« Eh bien, je vais prendre congé, Mr Black, reprit-il en se faisant violence pour détourner son regard du visage toujours stupéfait de sa très future fiancée.
-Demain dix heures, répéta Mr Black avec sa voix mielleuse. »
Il serra à nouveau la main noueuse du sorcier brièvement sans fuir son regard et tourna les talons. Il hésita à reprendre la main de Dorea pour l'embrasser, puis préféra se contenter d'un signe de tête emprunt de respect, conscient que chacun de ses gestes était épié par Cygnus Black.
La porte se ferma toute seule derrière lui, l'empêchant d'épier un instant la discussion entre Dorea et son père. Il se passa les mains dans les cheveux, regarda autour de lui, retrouva le nom complet de Dorea sur l'une des portes et se résolut à quitter cette maison, les mains dans les poches. C'était bon, non ? Le baisemain qu'elle lui avait autorisé à apposer à même sa peau était un signe plutôt évident, non ?
Il récupéra son chapeau et son balai sans croiser personne. Mrs Black devait avoir mieux à faire, et mine de rien il était plutôt pressé de quitter cette maison lugubre.
Bon Dieu. Une bague. Il avait besoin d'une bague.
Direction, Chemin de Traverse !
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« Non, pas celle-là, refusa-t-il pour la dixième fois. Vous n'auriez pas quelque chose d'un peu plus original ? s'exaspéra-t-il. Comme… Je ne sais pas moi, une pièce unique !
-Mais ce ne sera pas les mêmes prix, Mr Potter, bafouilla la petite vendeuse.
-Comment m'avez-vous appelé ? releva-t-il en cherchant le regard paniqué de la sorcière.
-Mr Potter, vous… C'est bien vous, non ?
-Tout à fait, donc vous vous doutez bien que le prix m'importe peu ! »
Il avait élevé la voix, mais il commençait sérieusement à paniquer lui aussi. Il avait beau regarder partout autour de lui, tout lui paraissait fade et sans intérêt. Le pendentif de Dorea était une drôle d'inscription, il était original et sûrement unique, comme elle. Il regarda une vitrine qu'il n'avait pas encore vue, des pièces qui semblaient poussiéreuses et attendre depuis un moment un propriétaire. Il lui fallait quelque chose d'aussi étrange et élégant. Il lui fallait…
La voilà.
« Celle-ci, demanda-t-il.
-Mais… Mais ce n'est pas une bague de fiançailles, bafouilla la vendeuse.
-C'est celle qui lui plaira. »
Elle comprendrait que c'était un clin d'œil à la discussion qu'ils avaient eue au Pique-nique des Croupton, avec les deux serpents. Et puis leurs yeux étaient symbolisés par deux rubis, la couleur de Gryffondor, et la couleur favorite de Charlus. C'était parfait. C'était la bague qu'il leur fallait.
« Mr Potter, vous êtes sûr que…
-Oui, celle avec les deux serpents. Mettez-la dans un bel écrin, s'il vous plaît, demanda-t-il plus calmement.
-Vous… Ce n'est ni repris ni échangé, vous êtes au courant que…
-Oui, oui, c'est très bien, la pressa-t-il.
-Vous payez comptant ?
-Oui, sinon je vais oublier de revenir. »
Il regarda les doigts de la vendeuse déposer la bague dans un petit écrin de velours rouge et la poser sur le comptoir en verre. Il n'avait aucune idée du prix de cette bague, et quand la vendeuse le lui annonça, il se dit qu'il allait passer pour un radin. Enfin bon, personne ne le saurait. Et puis, c'était quoi les prix d'une bague de fiançailles ?
« Dites, si vous pouviez tenir votre langue jusqu'à ce qu'elle m'ait dit oui, ce serait…
-Bien sûr, le coupa-t-elle en rougissant. Vous… Vous comptez lui demander quand ? »
Il releva la tête vers la petite vendeuse blonde, s'humidifia les lèvres, pesta à nouveau de ne pas savoir mentir et consentit à répondre.
« Je lui ai demandé tout à l'heure.
-Pardon ?
-Elle me donnera sa réponse demain si tout se passe bien, précisa-t-il précipitamment.
-Mais… Mais Mr Potter, on demande en offrant la bague, sinon, on n'offre pas de bague, bafouilla la vendeuse, les yeux aussi écarquillés que Dorea une heure plus tôt. »
C'était peut-être pour cela qu'elle était restée stupéfaite. Parce qu'il avait osé faire sa demande sans bague ?
« Vous pensez qu'elle va me dire non ? angoissa-t-il.
-Je n'en sais rien, je… Je ne savais même pas que vous fréquentiez quelqu'un et pourtant, je lis Sorcière Hebdo tous les samedis, mais… Vous la fréquentez depuis longtemps ? »
Est-ce qu'il pouvait avouer qu'il ne la fréquentait même pas vraiment ?
« J'ai appris à être discret avec eux, préféra-t-il marmonner.
-Mais comment avez-vous pu oublier la bague ? Est-ce que… Est-ce que c'est un heureux évènement qui vous a poussé à faire votre demande sur le coup ou bien…
-Quoi ? Mais non enfin ! Je ne vous permets pas de… Enfin, je le saurais si… Mais non ! s'offusqua-t-il de plus en plus paniqué. Bonsoir ! »
Il prit l'écrin, l'enfonça au fond de sa poche, et remonta sur son balai. Il rentra chez lui presque aussi vite, plus du tout sûr de l'interprétation à choisir pour la réaction de Dorea Black à cause de cette stupide vendeuse.
Il se remémora encore et encore la façon dont s'était passée sa demande, y trouva tous les défauts du monde, se souvint de l'air hébété de Dorea, y trouva toutes les interprétations contradictoires, jura – beaucoup de fois – et enfin atterrit dans la Rue du Dernier Chat à Flaquemare. Un éclair rouge fonça sur lui et il eut à peine le temps de lancer un sortilège du bouclier en remontant sur son balai pour fuir l'agresseur.
« JE TE DETESTE ! JE TE DETESTE ! »
Il osa baisser un œil plein d'appréhension vers la personne qui lui déclarait son anti-amour pour voir la tête de rat de Beurk. Il faillit en lâcher son balai et se posa un peu plus loin pour lui faire face.
« Moi aussi je te déteste, je te rassure, lui lança-t-il en évitant habilement un autre éclair rouge. Mais euh… on n'a plus quinze ans tu sais, Beurk, tu n'es pas obligé de venir me le dire comme ça.
-TU ME L'AS PRISE ! J'AI EU BEAU… T'AVAIS PAS LE DROIT DE ME LA PRENDRE ! »
Est-ce qu'il parlait de Dorea ?
« Tu parles bien de Dorea ? demanda-t-il avec espoir.
-DE QUI VEUX-TU QUE JE PARLE ? ÇA Y EST, T'ES CONTENT, TU M'AS PRIS L'AMOUR DE MA VIE ! SALE VOLEUR ! pleurnicha Beurk en s'effondrant sur lui-même au milieu de la rue alors qu'une petite foule commençait à s'attrouper autour d'eux.
-Elle a dit oui ? se réjouit-il.
-ELLE M'A DIT NON, ET TU LE SAIS TRES BIEN PUISQU'ELLE T'A DIT OUI ! JE VAIS TE FAIRE MORDRE LA POUSSIERE ! JE VAIS… »
Un sortilège venu de nulle part saucissonna Beurk et le bâillonna au milieu de la rue. L'instant d'après, il était embarqué par la Brigade de la police magique pendant que Charlus souriait à l'horizon, vaguement conscient qu'on le faisait porter plainte pour agression.
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Il est peut-être temps de prévenir mes parents, songea Charlus en se levant de son lit. Il avait passé au moins une heure à rêvasser en s'imaginant Dorea marcher dans la pièce devant lui, s'asseoir sur son… leur lit, rire, sourire, remplir la deuxième armoire de la pièce, parler, se coiffer, lâcher ses cheveux qu'elle devait avoir longs… Oh oui, ils seraient bien tous les deux, dans cette maison. Avoir une femme à soi, être uniquement à quelqu'un, ce devait être quelque chose, non ?
Il préféra prendre la poudre de Cheminette pour aller chez ses parents. Ce n'était pas très loin, mais ce serait plus rapide pour rentrer que s'il y allait en balai.
Ah, ils allaient être surpris. Et son grand-père lui lâcherait enfin la grappe. Son frère deviendrait sûrement fou lorsqu'il entendrait le nom de famille de Dorea, mais c'était bien la dernière opinion à laquelle il attachait de l'importance. Sa mère serait heureuse qu'il ait trouvé quelqu'un avec qui partager sa vie. Et son père serait soulagé qu'il vienne à nouveau manger les week-ends à la Maison des Potter (et qu'il cesse de se disputer avec Grand-père Priscus, par la même occasion).
Lorsqu'il arriva dans la cheminée de la Maison des Potter, il ne vit personne dans le salon. Ils devaient déjà être à table. Il entendit vaguement sa mère demander qui pouvait arriver à cette heure-ci avant d'entrer dans la salle à manger.
« Bonjour ! s'exclama-t-il joyeusement, faisait crier de surprise sa mère. »
Il se débarrassa de sa cape et de son chapeau qu'il posa au bout de la table avant de s'asseoir à côté de Darius, en face de son père. Grand-père Priscus était en bout de table, comme d'habitude.
« Charlus, quelle bonne surprise, commenta platement Darius. Je disais justement à Maman qu'aujourd'hui faisait tout pile deux semaines qu'on ne t'avait pas vu, et deux mois et demi que tu n'étais pas venu souper ici.
-Ah, je suis content de vous voir en pleine forme, répliqua Charlus en remontant ses manches. Ce n'est pas trop tard pour que je me joigne à vous pour manger ?
-Non, bien sûr, nous avons à peine commencé, mentit avec évidence sa mère puisqu'ils avaient fini l'entrée et que le plat de résistance était déjà bien entamé. Kitty, ajoute un couvert !
-Oui, Maîtresse Annabella, tout de suite Maîtresse Annabella ! Kitty est contente de voir le Maître Charlus ! »
Une assiette, des couverts et un verre volèrent jusqu'à Charlus la seconde d'après, et il put se servir une généreuse portion de ragoût. Il sentait son frère bouillir de colère devant sa désinvolture et ses parents se lancer des regards appuyés emplis de questions muettes. Son grand-père, quant à lui, ne perdait pas le nord, et attendait patiemment qu'il explique la raison de son brusque retour. Mais il prit le temps d'arriver à la moitié de son assiette avant de lâcher une véritable machinale infernale comme il les aimait.
« Je vais me marier ! »
Il ne sut pas immédiatement choisir quelle réaction fut la plus drôle. Celle de sa mère, poussant un petit cri suraigu en plaquant les mains sur son cœur ? Celle de son frère qui se tourna brusquement vers lui en lâchant son verre dans l'écrasé de pommes de terre ? Celle de son père qui s'étouffa avec son vin et en cracha la moitié dans son coude ? Celle de son grand-père qui lâcha ses couverts, éclaboussant au passage sa robe de sorcier d'un crème impeccable ?
« Je te demande pardon ? bafouilla sa mère en premier.
-Enfin, lorsqu'elle m'aura dit oui. Mais j'ai appris, de source officieuse, qu'elle comptait me dire oui, précisa-t-il en continuant de manger son ragoût.
-Est-ce que c'est une blague, Charlus ? intervint Darius d'une voix blanche.
-Non, non, ce n'est pas une blague, je suis un homme sérieux, réfuta-t-il patiemment.
-Est-elle de sang pur ? demanda Grand-père Priscus.
-Je crois que tu trouveras difficilement plus pur, se moqua Charlus.
-Bien, se satisfit Grand-père Priscus.
-Mais qui est-ce ? bredouilla sa mère.
-Une sorcière charmante que tu rencontreras bientôt, répondit-il évasivement pour ménager du suspens.
-Quel âge a-t-elle ? s'informa Grand-père Priscus. J'espère qu'elle est plus jeune que toi.
-Elle a vingt-trois ans depuis février, se souvint-il.
-Vingt-trois ans ? Et elle n'est toujours pas mariée ? Ne me dis-pas qu'elle est divorcée ! s'offusqua Grand-père Priscus.
-Oh non, elle est seulement exigeante, comme moi, précisa Charlus.
-Elle est étrangère ? demanda son père en fronçant les sourcils.
-Non, non, elle est anglaise et elle vit à Londres, avec sa famille, dit-il.
-Mais enfin, comment s'appelle-t-elle ? s'énerva son frère.
-Dorea Millicent… Black, dit-il en guettant leur réaction. »
Et là encore, il ne fut pas déçu. Son frère blanchit considérablement, mais c'était prévisible. Son père écarquilla les yeux. Sa mère poussa un autre cri suraigu. Et Grand-père Priscus se leva d'un bond.
« Tu plaisantes ? s'exclama Grand-père Priscus en tapant du poing sur la table.
-Pas du tout, répondit-il calmement en repoussant son assiette vide. Je croyais que tu voulais que je me marie avec une sorcière au sang pur. Voilà, c'est presque chose faite.
-Black ? Est-ce que tu as conscience de qui sont ces gens, Charlus Priscus Potter ? Ils se prennent pour la royauté sorcière ! Ils sont méprisants ! Ils…
-Ils font de la magie noire ! explosa Darius.
-Pas elle, elle préfère la vieille magie, fit-il surpris de voir Grand-père Priscus trouver à redire à son choix.
-Là n'est pas la question ! Ils regardent tout le monde de haut ! Personne n'est jamais assez bien pour eux ! Je refuse qu'on me regarde de haut ! Tu m'entends, Charlus ! Tu vas aller lui dire que tu étais soumis à un sortilège de confusion et que…
-Non, Grand-père, refusa patiemment Charlus, toujours stupéfait de sa réaction.
-TU VAS M'OBEIR CETTE FOIS-CI !
-Non, Grand-père, répondit-il automatiquement.
-CHARLUS…
-Rencontre-la d'abord, tu verras qu'elle est pleine d'esprit, dit-il posément.
-Raisonne-le, Robertus, parce que je n'en peux plus de ton fils ! Je vais finir par être interné à Ste-Mangouste avec ce garçon ! Cette famille… Cette très noble et très vieille Maison des Black… je ne veux RIEN AVOIR A FAIRE AVEC EUX ! Tu m'entends, Robertus ! Corrige ton fils immédiatement ! éructa le vieux Priscus en quittant la salle à manger rageusement.
-Mais qu'est-ce qui lui prend ? s'étonna franchement Charlus en se tournant vers ses parents.
-Viens-là que je te donne un Bézoard, Charlus, ne trouva qu'à répondre sa mère. »
Il attrapa à la volée le caillou qu'elle lui lançait, le regarda avec scepticisme puis agacement avant de l'avaler tout rond, un verre de vin pour le faire passer.
« Je n'ai pas bu de philtre d'amour, Maman, s'agaça-t-il en comprenant l'attitude de sa mère.
-Mais enfin, tu ne nous as jamais parlé d'elle, nous ne l'avons jamais rencontrée, elle… Mais depuis quand la fréquentes-tu ? s'affola-t-elle.
-Quelque temps, fit-il en balayant l'air de la main pour montrer que la question n'avait pas d'importance. Et je suis sûr que tu l'as déjà vue. Elle est grande, brune, avec un très joli visage et une taille très fine. Elle porte toujours des robes très longues, et c'est une passionnée, réalisa-t-il. Et j'aime les gens passionnés. »
C'est pour ça qu'il avait tant apprécié sa compagnie dès le début.
« Mais enfin, Charlus tu… tu as quitté Esméralda i peine six mois ! protesta sa mère. Tu… Tu vois cette fille depuis moins de six mois et tu veux déjà l'épouser ? Mais qu'est-ce qui te prend ?
-Je me suis fait agresser tout à l'heure aussi, préféra-t-il répondre pour ne pas mentir.
-Quoi ? s'exclama son père en ouvrant encore un peu plus les yeux.
-Beurk est venu me crier sa haine, expliqua-t-il succinctement.
-Mais… mais pourquoi ? demanda son père de plus en plus perdu.
-Parce que je viens de demander la main de sa cousine, avoua-t-il grosso modo.
-Et tu as porté plainte ? s'étonna son père.
-La Brigade a dû intervenir. Tu verras sûrement le dossier passer au Magenmagot.
-Ne change pas de sujet ! Je n'en reviens pas de dire ça, mais ton grand-père a raison ! Les Black sont méprisants et passent leur temps à humilier les gens ! reprit sa mère avec hystérie. Et tu ne connais pas assez cette fille pour penser au mariage ! Va la voir et dis lui que tu aimerais retarder vos fiançailles, présente-la moi que je puisse te donner mon avis, et…
-Maman, j'ai déjà la bague, la coupa Charlus tout bonnement effaré de la réaction de sa mère car il avait été persuadé que ce serait la première à le soutenir.
-Mais je m'en fiche de la bague ! Tu la lui donneras plus tard ! Depuis combien de temps est-ce que tu la fréquentes ? Et arrête d'esquiver la question !
-Comment est-ce que tu définis fréquenter ? demanda-t-il en se passant une main sur la nuque pour la masser.
-Ne me dis pas, commença dangereusement sa mère, que tu l'as mise enceinte et que…
-Mais non ! la coupa-t-il, effaré de constater que sa mère était la deuxième personne à penser à cette idée. Pourquoi tu ne peux juste pas comprendre que… que je me sente bien avec elle, et que je me sois dit pourquoi pas elle ! Je… Je n'avais pas prévu de le faire comme ça, c'est juste que… Voilà, ça s'est fait ! bafouilla-t-il de plus en plus surpris de la réaction de sa mère.
-Je vois bien qu'il y a quelque chose de pas clair là-dessous Charlus ! Si je me rends compte que tu m'as menti…
-Il a vingt-cinq ans, Annabella, coupa son père en regardant fixement Charlus, les sourcils froncés. Cesse de te conduire comme une hystérique, tu ressembles à Falbala.
-Je te demande pardon, Robertus ? s'exclama sa mère hors d'elle.
-Je t'ai dit que tu ressemblais à Falbala lorsqu'elle fait une scène à ton frère, reprit lentement son père. Si tu n'es pas capable de parler posément avec Charlus, ce n'est pas la peine de…
-Est-ce que tu es en train de me demander de quitter la table ? demanda lourdement sa mère avec le regard le plus terrible que Charlus n'avait jamais vu.
-Si tu n'es pas capable de te tenir, oui, c'est ce que je suis en train de faire, poursuivit son père d'une voix implacable. »
Merlin, Charlus n'avait jamais voulu en arriver là. Il était simplement fier d'annoncer la bonne nouvelle à sa famille et attendait d'entendre Darius râler un peu. Mais pas tout ce remue-ménage. Il ne voulait pas que sa mère pense qu'il prenait le mariage à la légère ou qu'il avait oublié la longue discussion qu'ils avaient eue six mois plus tôt.
« La question n'est pas de savoir d'où Charlus la connaît, intervint finalement Darius, il n'est pas bête au point de se fiancer à une fille qu'il connaît à peine… »
Euh… peut-être que si Darius ?
« … mais plutôt comment a-t-il pu oublier que les Black pratiquent la Magie Noire !
-Elle n'en fait pas ! s'énerva Charlus en tapant du poing sur la table. Elle… Aucun de vous ne l'a encore rencontrée et vous êtes tous là à médire sur son compte ! Courage, loyauté et fidélité ! Faites-moi un peu confiance, crotte de dragon !
-Oh ne sort pas la devise des Potter comme si toute cette question se résumait en trois mots ! s'écria sa mère le faisant sursauter.
-Ecoute, tu l'épouses, je ne te parle plus, tu es prévenu, conclut Darius en quittant la pièce à son tour. »
Charlus jeta un coup d'œil à son frère avant de reporter son regard sur son père. Sa mère se mit de nouveau à hurler en faisant les cents pas derrière la table.
« Maman, je ne comprends rien à tes cris, finit par avouer Charlus. Je te la présente demain, c'est promis, et tu verras combien elle est bien pour moi.
-Bien pour toi ? répéta sa mère avec stupéfaction.
-Oui, bien pour moi. Ce n'est pas toi qui l'épouse. Je veux une relation sereine et stimulante, et je pense l'avoir trouvée avec Dorea, comprit-il en le disant.
-Une relation sereine et stimulante ? Merlin, j'aurai tout entendu, marmonna sa mère en quittant à son tour la pièce. »
Charlus soupira lourdement avant de se tourner vers son père. Il n'était pas stupide. Si même sa mère ne le soutenait pas, son père ne resterait pas longtemps en face de lui. Affronter son père et en plus sa femme ? Il ne fallait pas rêver. Et pourtant, son père ne bougeait pas et continuait de le fixer, le front barré par trois plis de réflexion.
« Vas-y, engueule-moi à ton tour, soupira Charlus en croisant les bras devant lui.
-Oh je ne vais pas t'engueuler, comme tu dis, lui répondit son père. Tu as vingt-cinq ans, tu prends tes décisions tout seul. J'aimerais juste m'assurer que tu as pris en compte tout ce qui change lorsqu'on se marie.
-Tu ne soutiens pas Maman ? s'étonna franchement Charlus.
-Annabella est vexée parce que tu ne l'as pas mise au courant avant nous, lui répondit son père avec lassitude. Et aussi parce qu'elle espérait être la seule femme de ta vie encore quelques années sûrement, ajouta son père en levant les yeux au plafond.
-J'ai vingt-cinq ans, répéta Charlus pour ce qui lui parut être la dixième fois de la journée.
-Oui mais c'est toujours vers elle que tu te tournes quand tu as une grande décision à prendre ou quand tu as besoin d'aide, expliqua son père en soupirant. Et là, tu as pris ta décision tout seul, sans même lui parler de cette femme auparavant. Moi je sais que c'est la bonne, vu que tu as agi comme cela. On va dire que tu deviens… indépendant, trouva son père après quelques secondes de réflexion. »
Charlus n'avait en vérité même pas pensé à consulter sa mère pour prendre sa décision, et c'est vrai que c'était une première.
« Mais j'espère que tu as conscience qu'on ne se marie qu'une fois, nuança aussitôt son père.
-Papa…
-Ne me parle pas de divorce, s'il te plaît, le coupa son père en s'accompagnant d'un geste ferme de la main. Courage, loyauté, fidélité. On ne se marie qu'une fois, et pour une vie. Le mariage ce n'est pas que la fête, c'est le reste de ta vie, Charlus. »
Charlus se contenta d'hocher la tête. Depuis combien de temps n'avait-il pas eu une vraie discussion avec son père ? Il avait l'impression que cela faisait des années.
« Le mariage, ce n'est pas seulement pour dire « cette femme est à moi, tenez-vous en loin », reprit Robertus Potter avec un sérieux que Charlus avait rarement vu chez lui. C'est surtout dire « je prendrai soin de cette femme parce que je l'aime et que je veux son bonheur avant le mien ». Bien sûr, personne n'est parfait et a ses défauts, mais on essaie tous de tendre vers cette direction, non ?
-Je crois, approuva-t-il, une bulle de chaleur au creux du ventre.
-Alors j'espère que tu ne l'as pas demandée en mariage pour de mauvaises raisons, reprit lourdement son père.
-Tu penses toi aussi qu'elle est enceinte ? hallucina Charlus.
-Oh non, je pense même que tu n'as jamais réussi à lui arracher plus qu'un baiser. »
Plus d'un baiser serait plus exact, songea Charlus en retenant une grimace.
« Qu'est-ce qui te fait penser ça ? demanda-t-il sans pouvoir se retenir de rire de gêne.
-Je prêchais le faux pour avoir le vrai, reprit son père avec un sourire goguenard. Et comme tu ne sais pas mentir, j'ai ma réponse. »
Il croisa les bras devant lui et leva les yeux au ciel.
« Et donc j'ai une autre crainte à présent : que tu l'épouses pour obtenir ce que tu veux.
-Tu me penses si fourbe que cela ? s'offusqua Charlus.
-Ne me dis pas que tu n'y as même pas pensé, j'ai eu ton âge, Charlus, rappela son père. »
« Tu as besoin d'une bague au doigt même pour un baiser ?
-Et si je vous dis oui, que faites-vous ?
-Que je t'épouserai bien juste pour te mettre dans mon lit ! »
Hum. Bon. Il ne le pensait pas bien sûr, mais l'idée avait dû lui traverser la tête puisqu'il l'avait dit.
« Je ne l'ai pas demandée en mariage pour cela, trouva-t-il plus sage de répondre.
-J'espère alors que ce n'est pas pour ennuyer Beurk, qui est apparemment son cousin, continua son père. »
Son père tenait du bout des doigts sa longue moustache et la lissait vers le l'extérieur de son visage. Ses yeux verts presque bleus ne cillaient pas.
« Où est-ce qui tu as trouvé une idée pareille ? tenta de s'étonner Charlus mais c'était difficile sous le regard fixe de son père.
-Beurk t'a agressé tout à l'heure, non ? Parce que tu as demandé sa cousine en mariage ? Je siège au Magenmagot, Charlus, je juge des affaires de ménages toute l'année, répondit son père avec assurance. Alors réponds-moi. »
Charlus s'humidifia les lèvres, songea que son père avait tout de même du culot de parler de mariage avec lui par rapport à la manière dont s'était déroulé son mariage avec sa mère, puis comme d'ordinaire se retrouva incapable de mentir et essaya seulement de minimiser les faits.
« Elle me plait depuis des mois, commença-t-il prudemment.
-Merlin, c'est donc ça, soupira son père avec dépit.
-Non, je… Pas tout à fait, grimaça-t-il. Disons que lorsque que j'ai encore entendu Beurk dire qu'elle serait sa femme, j'ai… J'ai réfléchi, et… Et l'idée m'a paru plus ou moins évidente. »
Après une bonne nuit de sommeil agité… mais ça, son père n'avait pas besoin de le savoir.
« Donc tu t'es simplement précipité ? demanda son père avec scepticisme.
-C'est ça, je l'ai fait maintenant au lieu de le faire dans six mois, l'assura-t-il. »
Son père le fixa longuement, cherchant de toute évidence s'il pouvait croire ou non son fils, puis secoua la tête.
« J'imagine que tu es décidé à présent, soupira son père. Alors, dis-moi, comment est-elle ? »
Ah là, la discussion devenait plus plaisante. Et gênante aussi.
« Belle. Et brillante, ajouta-t-il sous le regard entendu de son père. Quand elle parle, tu as simplement envie de l'écouter encore et encore.
-Et de quoi parle-t-elle ? demanda son père en souriant avec amusement.
-De vieille magie. Enfin, de magie Antique plutôt, se corrigea Charlus.
-Quelle est la différence ? s'étonna Robertus Potter.
-Tu le lui demanderas, je ne sais plus, reconnut Charlus.
-Tu l'écoutes parler, mais tu n'écoutes pas ce qu'elle te dit, hein ? »
Euh… disons qu'à certains moments, il avait plutôt pensé au potentiel de ses lèvres vives sur les siennes.
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(... Ne trucidez pas Annabella s'vous plaît, elle est inquiète pour son fils et c'est une maman poule avec lui... Première fois que Charlus entre au 12, Square Grimmaurd et qu'il affronte le père de Dorea... Beurk pas content... Petite discussion entre Charlus et son papa... Bref, j'ai hâte de lire vos réactions !
Merci FelicityCarrow pour toutes tes reviews ! Ehhh oui, Dorea avait déjà beaucoup d'affection pour Charlus ! Après, elle l'apprécie très vite parce qu'elle a toujours le sentiment, il lui manque les souvenirs... et elle se fait d'autres souvenirs très vite ;) Et pour Charlus, eh bien effectivement, il ne vit pas les choses tout à fait comme elle comme tu as pu le voir dans le chapitre là aha, et ce n'est pas fini !
A très vite!)
