Et un petit chapitre de Noël, un!
Parce que c'est vachement la saison... (ou pas)
Bonne lecture! Nous en sommes à la moitié de la première partie de cette fanfiction.
Entre les fêtes
oOo
Les quatre derniers jours séparant les élèves de Poudlard du réveillon de Noël s'évaporèrent aussi vite que les premiers flocons sur le sol encore chaud de la fin de l'automne, et bientôt l'ambiance endormie du château se vêtit d'un air de fête. De doux fumés se mirent à planer dans les couloirs, alléchant les quelques étudiants passant leurs congés à l'école, tandis que des guirlandes de houx paraient les allées de part en part. Les elfes de maison, chantaient, guillerets, dans les cuisines tout en mitonnant bûches et pudding, et Hermione se demandait souvent d'où venaient ces petits éclats de voix criardes. Cédric et elle n'avaient pas chômé durant le reste de la semaine et avaient dû échapper à de nombreuses reprises à la vigilance d'Ellie qui les suivait à présent comme leur ombre. Hermione n'était pas très fière des divers stratagèmes impliquant de mettre la deuxième année dans les jambes de Harry et Ron tandis qu'elle vaquait à ses occupations et à la préparation de la fête de Noël avec son petit-ami. Maisie avait posé beaucoup moins de difficulté, ne quittant sa salle commune qu'à de très rares occasions, pour aller marcher, seule, au bord du lac noir. Souvent elle avait l'air perdu dans de vieux souvenirs, son visage accueillant une bien singulière expression songeuse, et parfois une larme silencieuse dévalait une de ses joues mordorées avant de venir s'écraser dans la poudreuse qui maculait le sol par intermittence. Quelques fois, Hermione pouvait distinguer les flocons s'épaissir autour de Maisie lorsqu'elle était triste. Elle connaissait cela, cette incapacité à maîtriser la magie sous l'effet d'une émotion violente, mais pour son amie, au contraire d'elle, cette immaturité sorcière ne disparaîtrait pas avec le temps. Au-delà de son aspect handicapant et potentiellement dangereux, l'anomalie dont souffrait Maisie avait des côtés enchanteurs aux yeux de la jeune-sorcière. Le monde semblait lui répondre dans sa souffrance, et elle y voyait une forme incongrue de beauté. Cédric était de son avis, lui-aussi s'arrêtait régulièrement pour voir la neige s'entortiller en serpentin autour du petit corps frêle de son amie.
La Poufsouffle passait beaucoup de temps seule bien qu'elle soit parfois étrangement rejointe par le professeur Lupin qui la suivait alors dans ses marches silencieuses. Hermione avait constaté depuis quelques temps déjà que leur enseignant en Défense contre les forces du mal semblait étrangement proche des deux sœurs Andrews. Sans doute était-ce dû au fait qu'il avait lui-même pris Ellie sous son aile lorsque Maisie était au plus mal. Elle l'avait observé, pousser la jeune-fille à ne pas rester seule, lui parler de longues heures et elle avait entendu Ron et Harry discuter à son propos. Ellie se confiait aux deux garçons, avec des difficultés, mais aussi incroyable que tout ceci pouvait paraître, Ronald parvenait à la faire parler, à force de pitreries. Et cela, Hermione l'en pensait bien incapable. Elle avait fait part de sa surprise à Cédric, le soir du vingt-deux décembre, alors qu'ils agençaient des guirlandes avant de les entasser dans un grand carton sans fond et ce dernier avait pouffé avant de lui ébouriffer les cheveux en riant. Rien ne l'avait étonné et il avait par la suite morigéné Hermione d'avoir certains jours une si piètre opinion de Ron.
« Il sait beaucoup mieux écouter que tu ne le penses ! s'était-il amusé en arborant sur ses lèvres un sourire énigmatique. »
Mais que lui avait donc raconté Ellie à propos de son ami ? Car, bien qu'elle se confiait désormais au Gryffondor, Cédric n'en restait pas moins un grand-frère de substitution. Et le jeune-homme était au fait de bon nombre de ses états d'âme. En revanche, il ignorait tout de ce que pouvait bien dire Remus Lupin aux adolescentes lorsqu'il les côtoyait. Tout juste avait-il quelques hypothèses à propos d'éventuelles informations sur le père d'Ellie et Maisie qu'il pourrait posséder de l'époque où il traquait les mangemorts ainsi que des allégations à propos de conseils qu'il pourrait donner à la plus jeune pour mieux gérer les flots d'émotions qui la traversaient et qui peinait à concevoir sa propre douleur en plus de celle de sa sœur. Car, du haut de ses douze ans, Ellie se sentait horriblement coupable de ne pas avoir été avec Maisie lorsque leur mère était décédée. Et quand bien même la principale intéressée lui eut-elle répété un nombre incalculable de fois qu'elle préférait, au contraire, que la situation fût telle qu'elle était, et que la vue du corps lui eut été épargnée, elle n'en démordait pas. La petite Serdaigle pouvait se montrer bien têtue et prompt à l'autoflagellation pour de nombreuses choses. La perfection qu'elle semblait vouloir viser était bien inatteignable et Hermione, pour s'imposer également ce rythme effréné, ne pouvait que la mettre en garde sur les futures répercussions qu'une telle façon de traiter son corps et son esprit pouvait entraîner.
Cédric s'en faisait également, mais le cachait bien mieux qu'elle. Régulièrement, elle enviait cette façade lisse qu'il savait afficher au monde alors qu'il bouillonnait intérieurement. Le masque social de Cédric Diggory était sans faille et ne craquait que devant Maisie et elle, avec qui il se permettait d'être lui-même. Il y avait une telle différence de stabilité entre le capitaine de l'équipe de Quidditch et élève modèle, et l'adolescent rempli de doutes contre lequel elle se blottissait chaque soir quelques minutes avant de regagner sa salle commune, qu'elle se demandait parfois s'il ne possédait pas un jumeau, à l'instar de Fred Weasley. Elle, n'avait pas cette capacité et le désarroi se lisait très vite sur son visage à chaque déception ; ses émotions lui paraissaient être des vagues qu'aucune digue ne saurait briser et qu'aucune brume ne pouvait dissimuler.
Et ce vingt-quatre décembre ne faisait pas exception. Hermione avait passé la journée à pleurer dans son dortoir à la suite d'une altercation avec Ron et Harry à propos du balai que celui-ci avait reçu pour Noël. La jeune-fille pensait juste, pourtant, à la sécurité de son ami en allant faire part de ses doutes à sa directrice de maison. Elle avait agi avec sagesse et le professeur McGonagall l'en avait même félicité. Les deux garçons, en revanche, lui avaient réservé un bien plus mauvais accueil. Leurs mots avaient été durs, comme à chaque fois qu'elle les contrariait et elle avait préféré s'éclipser, se sentant soudainement de trop. Que n'aurait-elle pas donné pour que Maisie soit présente pour éponger ses larmes alors qu'elle noyait son oreiller sous des torrents salés. La Poufsouffle aurait su trouver les bons mots, aurait fait valoir sa façon de penser auprès de Ron et Harry et surtout, elle lui aurait offert une de ses pâtisseries réconfortantes qu'elle produisait par centaines. Mais la septième année n'était pas dans la tour de Gryffondor à lui caresser les cheveux comme elle l'aurait souhaité, elle était certainement couchée sur son propre lit, attendant que les heures passent en silence, elle n'était même pas venue manger le midi. Hermione avait juré voir Dumbledore lancer un petit regard triste vers le siège vide avant que Percy ne se lève précipitamment en emportant une assiette garnie en plus de la sienne. Cédric non plus n'était pas venu, débordé par les derniers préparatifs. Hermione aurait tant voulu courir après le préfet-en-chef ou rejoindre son préfet préféré au lieu de subir par la suite les offenses de ses camarades. Mais elle s'était promis de passer toute la journée de Noël avec Harry, sachant qu'elle s'absenterait le soir. Cédric avait proposé à Hermione de convier les deux Gryffondor à se joindre à eux, mais elle avait poliment décliné l'offre, Ron n'était pas prêt à la voir tenir la main du Poufsouffle et elle non plus ne tenait pas à subir son regard rempli de sentiments douloureux qu'elle se refusait de vouloir identifier.
Dix-huit-heures sonnèrent et Hermione ravala un sanglot, il fallait qu'elle sorte de son dortoir pour pouvoir rejoindre Cédric, mais le cœur n'y était pas. La perspective de se retrouver seule en face de Ron et Harry en traversant la salle commune ne la séduisait pas. Pour la première fois de sa vie, alors qu'elle savait au plus profond d'elle-même qu'elle avait raison, Hermione voulait se trahir et s'excuser pour pouvoir conserver l'affection de ses amis. Maisie lui ferait un sermon si elle le savait, lui arguant sans discontinuer que personne ne méritait de nier ses convictions pour en adopter d'autres n'étant pas les siennes, juste pour plaire à ceux dont elle avait peur qu'ils ne l'abandonnent. Mais encore une fois, elle brillait par son absence. Réunissant ses dernières forces, Hermione se releva sur les coudes et essuya rageusement les sillons humides sur ses joues. Si elle croisait Ron, il ne fallait pas qu'il la voit pleurer, sous aucun prétexte. Elle ne voulait pas lui faire ce plaisir, le laisser penser que peut-être elle regrettait d'avoir agi de la sorte et se sentait coupable. Non pas que cela n'était pas le cas, mais elle avait suffisamment de fierté pour ne pas souhaiter endurer une humiliation supplémentaire.
Presque comme une automate, Hermione se dirigea vers la salle de bain de son dortoir et lissa mécaniquement ses boucles à l'aide de sa brosse à cheveux. Souvent, Lavande lui faisait remarquer qu'en utilisant la magie, elle irait beaucoup plus vite pour se préparer le matin. Elle n'avait pas tort, mais jamais elle ne remplacerait ce petit geste simple et quotidien, moldu, par son substitut magique. Ses origines lui pesaient bien souvent mais cela ne l'empêchait pas d'en être fière et plus elle côtoyait Maisie et Cédric, plus elle l'était. Ses nouveaux amis ne portaient aucune véritable importance à l'origine du sang et les seules fois où Cédric y avait fait allusion à l'acception de leur dispute à ce propos, cela avait été pour souligner à quel point il trouvait son adaptation au monde sorcier remarquable. Allant même parfois jusqu'à insinuer que c'étaient peut-être justement les nés-moldus et les sangs-mêlés qui possédaient en eux la plus grande richesse en étant issus des deux mondes. Cette remarque la laissait bien songeuse. Percy avait tenté d'y apporter quelques éclaircissements lorsqu'elle l'avait interrogé entre deux préparatifs pour la soirée de Noël. Le jeune-homme avait suggéré tout simplement que l'avenir, pour une petite partie de la population sorcière, consistait en la rupture du Secret magique, permettant l'utilisation des ressources sorcières à des fins humanistes. Et qu'ainsi, ceux possédant la connaissance des coutumes sorcières et moldues, se verraient avantagés dans un monde où tous se trouveraient dans la même communauté. Hermione ne savait quoi en penser. La rupture du Secret ne lui paraissait pas être une si bonne idée que cela. Les Hommes étaient vils et capables des pires atrocités. Que se passerait-il si tous les monstres possédaient le pouvoir de tuer sur commande en un seul petit coup de baguette magique ? Voldemort n'était qu'un amateur en comparaison des pires tyrans du siècle passé.
Hermione avisa ses yeux rougis dans le miroir et détourna le regard, elle ne pouvait se présenter à quiconque de la sorte. Avec un soupir las elle se dirigea vers une des grandes baignoires qui étaient installées contre le mur du fond, séparées les unes des autres par d'épais rideaux enchantés pour repousser l'eau qui s'échappait souvent lorsque les élèves de Gryffondor pataugeaient après une rude journée de cours intensifs. Le repas le passerait d'elle pour ce soir, elle devait retrouver figure humaine, au moins pour Maisie.
La jeune-fille ferma les yeux lorsque l'eau glissa sur son corps quelques instants plus tard, elle se sentait déjà apaisée. Dans quelques minutes, elle prendrait la direction de la salle commune de Poufsouffle devant laquelle Cédric lui avait donné rendez-vous pour conduire Maisie et Ellie jusqu'à leur surprise. Dans quelques minutes elle serait avec son petit-ami et elle pourrait noyer son chagrin dans un de ses sourires, francs et honnêtes, comme une lueur éclatante dans l'obscurité des pires ténèbres. Oui, une fois avec Cédric, elle oublierait son horrible journée et tout serait bien. Elle avait hâte de rencontrer les amis de Maisie : Nymphadora, Rolf et Charlie avaient tous répondu présents et Hermione devinait sans peine la future réaction de l'adolescente. Elle avait de telles étoiles dans les yeux lorsqu'elle prononçait leurs noms avec affection. Nul doute que leur présence la comblerait plus que n'importe quoi d'autre sur Terre.
Rapidement, elle s'empara d'un pantalon moldu et d'une chemise qui étaient soigneusement pliés au fond de sa malle, l'heure tournait et elle ne pouvait plus se permettre de traîner. Le contact du tissu rêche sur ses jambes lui rappelait les journées en famille, avec ses parents et ses cousins, lorsqu'ils sortaient dans le vieux Londres pour faire leurs achats de Noël. Elle était nostalgique de cette époque où la peur de la magie était loin d'elle, étouffée par l'insouciance de l'enfance. Ses cousins, au contraire des adultes, étaient enchantés lorsque les choses se mettaient à voler autour d'elle ou lorsque des évènements saugrenus survenaient à la suite d'une déconvenue. Mais son entrée à Poudlard l'avait contrainte à l'éloignement, seuls ses parents étaient au secret, personne d'autre n'était toléré, le Ministère était très clair sur ce point. Souvent, ils lui manquaient, ses parents préférant l'éloigner de peur que leur fille ne laisse échapper quelques propos malheureux. Seules apaisaient sa peine les lettres qu'ils échangeaient régulièrement, teintées de douceur et de joyeux souvenirs.
Les marches de l'escalier des dortoirs des filles craquèrent sous ses pas pourtant voulus discrets, et ses crispations tiraient des regards interloqués à Pattenrond qui revenait de sa promenade, en sens inverse. Hermione chassa gentiment son chat de ses jambes afin de ne pas tomber avant de lui ouvrir la porte la plus proche d'un coup de baguette magique. Elle aurait préféré qu'il l'accompagne, mais il n'en faisait jamais qu'à sa tête. Cet animal était certainement le plus incompréhensible qui soit, mais elle l'adorait. Elle l'avait choisi sans hésitation après que la vendeuse de la ménagerie magique lui eut indiqué que personne ne voulait de lui. Elle le trouvait parfait, caractériel, mais plus intéressant qu'un simple chat qui serait juste venu ronronner contre elle en quête de caresses. Son regard était brillant d'intelligence, comme si le monde ne lui connaissait aucun secret. Et il était là, lorsqu'elle peinait à s'endormir le soir tant son cerveau bouillonnait encore des évènements de la journée, il se couchait sur ses jambes et posait sa tête au milieu de son livre, la fixant d'un air sévère, comme s'il savait qu'elle devait dormir pour ne pas trop subir son lendemain comme la plus terrible des tortures.
Lorsqu'elle posa le pied dans la salle commune de Gryffondor, Hermione sentit immédiatement les regards de Harry et Ron se poser sur elle et elle pressa le pas en baissant les yeux, préférant ne pas se lancer dans une nouvelle dispute. La dernière avait fait beaucoup trop de dégâts déjà, et elle ne souhaitait pas savoir ce qu'il ressortirait de la prochaine. Elle ignora donc le moment où Harry la héla pour lui demander où elle se rendait et fonça vers le tableau de la grosse dame en retenant sa frustration, sa colère et ses larmes. Lorsqu'enfin elle fut dans le couloir, elle se permit de souffler. Elle ne pouvait se permettre de se présenter devant la salle commune de Poufsouffle avec une tête d'enterrement, Maisie et Ellie avaient besoin de joie, pas de futiles altercations d'enfants méprisants. Elle inspira à plein poumons, afficha l'image d'un Cédric souriant sous ses paupières, et posa son pied gauche sur la première marche de l'escalier.
Quelques minutes plus tard, alors qu'elle se pressait finalement, ayant bien trop tardé entre deux volées de marches qui n'en faisaient qu'à leur tête, Hermione parvint enfin devant la rangée de tonneaux qui abritait le repère des blaireaux. Ellie attendait déjà, l'air un peu renfrogné. La petite-sœur de Maisie paraissait être sur le point de perdre patience et Hermione se demanda depuis quand elle se tenait là, au milieu des courants d'air, emmitouflée dans un vieux pull trop grand. Elle revêtit cependant un large sourire en voyant s'avancer la Gryffondor et courut presque vers elle pour la saluer, ce qui la surprit, la spontanéité n'étant habituellement pas son apanage.
« Est-ce-que tu sais pourquoi Cédric nous a fait venir ici ? la questionna-t-elle avec l'air de celle qui avait réfléchi à cette question toute la journée. »
Hermione se contenta d'un sourire énigmatique et Ellie fit la moue, tirant un petit éclat de rire à la troisième année. Il était si rare, aux dires de son petit-ami, de voir la jeune Serdaigle se comporter aussi puérilement que son âge le lui permettait. Elle allait même pousser le zèle jusqu'à ronchonner lorsque la porte de la salle commune s'ouvrit finalement sur Cédric qui tirait Maisie par la main. Le cœur de Hermione manqua un battement. Les cernes sous les yeux de son amie étaient si prononcées qu'elles auraient pu être peintes à l'encre noire et son petit gabarit se perdait encore plus que d'ordinaire dans la grande écharpe de Nymphadora. Elle n'allait vraiment pas bien. Son visage, cependant, prit brusquement vie lorsqu'elle les aperçut, Ellie et elle et elle se rua vers sa sœur qui lui tendait les bras avec timidité.
Ellie enfonça son visage dans le cou de Maisie et inspira profondément, de la même façon que si elle avait retenu sa respiration durant des heures et parvenait enfin à respirer. Elle devait souffrir de l'absence de la septième année, retranchée dans son lit lorsqu'elle ne se promenait pas pensivement. Hermione chassa le blâme qu'elle formulait dans son esprit d'un mouvement de tête, Maisie n'était pas fautive, il lui fallait un peu de solitude pour commencer son deuil et l'on ne pouvait pas le lui reprocher. D'autant plus que la jeune-fille devait certainement déjà crouler sous la culpabilité qu'elle s'infligeait car elle ne pouvait pas être suffisamment présente pour sa jeune sœur.
Laissant ses amies à leurs retrouvailles, Cédric se dirigea à grands pas vers Hermione et glissa subtilement sa main dans la sienne, la faisant émerger de ses tergiversations en un sursaut.
« Tout va bien ? s'enquit-t-il l'air soucieux.
- Oui, mentit Hermione en mêlant leurs doigts, tout va bien. Je suis juste très impatiente de voir si « notre surprise » plaira à Maisie et Ellie.
- Moi, aussi, avoua-t-il, faisant mine de la croire mais en gardant dans un recoin de son esprit qu'elle était bien plus préoccupée qu'elle ne voulait bien l'admettre. »
Il savait qu'il réussirait à la faire parler plus tard, lorsque le moment s'y prêterait et surtout, lorsqu'elle serait apte à le faire. Brusquer Hermione ne servait à rien lorsqu'il s'agissait de ses états d'âme, sa coquille, au contraire, avait tendance à s'épaissir si l'on la sollicitait trop à ce sujet. Elle avait besoin de temps pour s'analyser et intégrer ses émotions et il le comprenait, sans jugement.
Lorsqu'elle eut fini d'étreindre si fort Ellie que la petite Serdaigle en était plus rouge qu'une tomate trop mure, Maisie reporta son attention sur Hermione et lui servit son plus grand sourire. Sourire qui s'élargit davantage lorsqu'elle jeta un petit coup d'œil moqueur en direction de leurs mains liées, à Cédric et elle. Hermione piqua un fard, elle ne perdait rien pour attendre. Si elle avait un jour le malheur de croiser le soupirant de son amie, celle-ci en entendrait parler jusqu'à la fin des temps, elle en faisait la solennelle promesse. Il était hors de question qu'elle se laisse moquer de la sorte. Pour bien faire valoir son mécontentement, elle lui tira la langue et la Poufsouffle laissa échapper un petit éclat de rire, surprenant Cédric et Ellie. C'était bien la première fois qu'ils la voyaient aussi joyeuse depuis bien longtemps.
« Bon ! Où va-t-on ? finit-elle par les questionner avec un air malicieux. Ellie est en pyjama, donc je suppose que ce n'est pas dans la forêt interdite que tu nous emmènes. »
Cédric esquissa un rictus gêné et se frotta l'arrière de la tête tandis que Hermione se demandait qui serait assez fou pour aller réveillonner au milieu des bois sombres qui bordaient Poudlard. Peut-être bien Hagrid avec ses trop nombreux animaux plus effrayants les uns que les autres, ou bien même Dumbledore qui n'avait plus l'air, parfois, d'avoir toute sa tête. Elle espérait cependant que ce soir, il aurait fait le nécessaire pour les aider.
« Fêter Noël comme il se doit, répondit finalement Cédric incertain tout en lançant des regards désespérés à Hermione, espérant qu'elle l'aide à masquer la surprise quelques instants de plus. »
Les yeux de Maisie se mirent à pétiller et s'embuèrent légèrement, tant et si bien que Hermione se demanda si elle n'allait pas se mettre à pleurer. Mais la Poufsouffle n'en fit rien et se reprit très vite en pressant dans la sienne la main de sa sœur.
« Très bien ! s'exclama-t-elle. Et où est donc Percy ? Je suis certaine qu'il est dans le coup, quoique vous ayez préparé.
- Aux... hésita Hermione, aux fourneaux !
- Percy cuisine ? gloussa Maisie. J'espère que vous avez prévu un plan de rechange, c'est une vraie calamité. Cela fait des années que j'essaye en vain de lui inculquer les bases de la pâtisserie, sans succès, il sait à peine casser un œuf. »
Cédric se gratta nerveusement la tête, il avait omis ce détail, pourtant mentionné à de nombreuses reprises par la préfère-en-chef lors de leurs fréquentes discussions pourtant sur ce sujet. Elle taquinait d'ailleurs régulièrement Percy sur son peu de talent pratique lorsqu'il n'était pas question de magie. Hermione n'en menait pas plus large et faisait tourner ses neurones à plein régime pour trouver une parade aux piques curieuses de Maisie. Elle aurait pourtant dû se douter qu'elle montrerait un engouement certain à leur faire cracher le morceau, tout autant qu'elle savait apprécier les surprises.
« Arrête de les embêter ! tempêta soudainement Ellie, les faisant tous sursauter. C'est pour toi qu'ils ont sans doute préparé tout ça, tu ne devrais pas les mettre dans l'embarras, ils...
- Ellie, murmura-t-elle doucement en posant une main sur l'épaule de sa sœur, je ne fais que les taquiner, je suis très touchée qu'ils se soient sans aucun doute donné un mal de chien pour nous.
- Mais...
- Mais, la coupa-t-elle de nouveau, faire rougir Cédric m'avait beaucoup manqué ! s'exclama-t-elle avec un air mutin. »
L'intéressé esquissa un large sourire en s'empressa de consoler Ellie qui faisait mine de bouder après l'intervention de sa grande-sœur. Celle-ci s'excusa cependant de les avoir questionnés et ne manqua pas de conclure la conversation en indiquant avec un clin d'œil, qu'il lui tardait de déguster le festin de Percy, invitant le petit groupe à pendre la direction des étages. Cédric était en tête, tenant Ellie par la main. La deuxième année semblait bien pleine d'entrain et sautillait presque aux devants du préfet ce qui étonnait beaucoup Hermione qui l'avait rarement vu si guillerette. Elle se tenait en retrait, son esprit encore occupé par sa dispute avec Harry et Ron. Maisie s'était glissée à ses côtés, silencieuse.
« Je crois que j'ai accidentellement lancé un sort d'allégresse, grommela-t-elle, finalement, gênée en pointant sa sœur du doigt, sautant à pieds joints sur chaque marche de l'escalier. »
Hermione pouffa, c'était bien là une manifestation tout à fait inoffensive de la pathologie de Maisie.
« Je doute qu'elle t'en tienne rigueur, répondit-elle.
- Certes, mais je n'aime pas imposer ce genre de choses aux autres. Le fait que ma magie m'échappe peut être très dangereux et c'est très prononcé en ce moment.
- Est-ce pour cela que tu restes seule ? questionna Hermione soudainement très peinée.
- En grande partie, avoua Maisie. »
La jeune-fille détourna le regard, masquant ses yeux larmoyants. Hermione songea que cela ne devait certainement pas être la première fois qu'elle s'isolait pour cette raison. La solitude pouvait parfois être bien pénible à supporter lorsqu'elle était imposée par un facteur échappant à tout contrôle. Ne sachant que dire, la jeune Gryffondor se contenta de glisser sa main dans celle de Maisie, avant de la serrer avec amitié, ramenant son regard vers elle.
« Merci, souffla-t-elle. »
Elle haussa les épaules, qu'avait-elle fait si ce n'était lui rappeler que bien qu'elle soit impuissante, elle serait toujours présente à ses côtés ? Le reste du trajet s'effectua dans un silence ponctué de rire d'Ellie qui semblait encore bien sous l'emprise du sort involontaire de sa sœur et s'extasiait devait chaque recoin du château sous le regard presque paternel de Cédric qui veillait avec dévotion à ce qu'elle ne trébuche pas sur une marche en papillonnant de la sorte. Alors que la porte de la salle de travail des préfets se dressait devant eux, Maisie prit de nouveau la parole, tirant encore une fois Hermione de ses pensées.
« Qu'est-ce qu'a encore fait cet idiot de Ron pour te mettre dans un tel état ? »
L'intéressée sursauta. La préfète-en-chef était-elle légilimens ?
« Il n'y a que peu de choses qui te rendent aussi absente, expliqua-t-elle, Cédric, Ron et ta montagne de devoirs. Je ne me fais aucun souci pour ce dernier point, je suis certaine que tu as déjà tout bouclé jusqu'à la fin du trimestre, et tout semble aller à merveille avec Cédric. Donc, c'est forcément Ronald Weasley. »
Vraisemblablement la perspicacité de Maisie, et son habitude de beaucoup trop se mêler des affaires de ses proches ne demeuraient jamais en sommeil très longtemps. Hermione grimaça avant d'opiner.
« Une dispute idiote, expédia-t-elle comme explication, rien d'important. Je trouve que Ron manque juste, parfois de...
- Discernement ? tenta Maisie avec un sourire encourageant.
- Oui. Harry et lui foncent toujours tête baissée droit dans les ennuis. Il n'y a bien que lorsqu'il dispute une partie d'échecs qu'il se comporte avec recul.
- Chacun a une façon bien différente de réagir, tempéra l'adolescente, certains seront dans l'action et n'analyseront la situation que bien plus tard, d'autres feront l'inverse. Je ne pense pas qu'il existe de bonne ou de mauvaise manière de fonctionner, car trop penser peut être aussi dangereux que ne pas réfléchir du tout. Vous avez des approches différentes de certaines situations, mais cela ne veut pas dire que vous êtes incapables de vous entendre ou que votre amitié est moins forte à la suite d'un désaccord.
- Pourtant, cette fois-ci, ils avaient tous les deux l'air si déçus.
- Cela leur passera, assura Maisie, lorsque leur colère sera retombée ils retrouveront un peu de lucidité pour se rendre compte que votre dispute ne repose que sur des broutilles, et alors là, vous pourrez... »
La tentative de réassurance de la jeune-fille s'interrompit brutalement lorsqu'elle passa la porte de la salle de travail des préfets. Du sol au plafond scintillaient des centaines de guirlandes aux milles couleurs, tandis qu'une ribambelle de boules bigarrées flottait aux quatre coins de la pièce. De voluptueux nuages miniatures distribuaient des flocons, de ça, de là, émerveillant Kooky qui sautait comme un fou pour les attraper, un gros nœud aux couleurs de Poufsouffle autour du cou. Toutes les tables de travail avaient été rassemblées en une seule, arborant neuf couverts, noyés sous une montagne de biscuits et autres douceurs. Masquant l'échelle menant à l'étage, un grand sapin touffu se dressait fièrement, parsemé de ce qui ressemblait à des lucioles et entouré de quelques paquets. La tête échevelée de Percy émergea de sous une branche et il s'empressa de redresser ses lunettes d'un petit geste sec avant de se diriger vers les nouveaux arrivants.
« Joyeux Noël, Maisie, dit-il avec solennité avant de se tourner vers Cédric et Hermione. Je vous avais pourtant dit qu'il me fallait encore quelques minutes ! pesta-t-il, nos invités ne sont pas encore arrivés. Dumbledore peinait à obtenir le raccordement de la cheminée au réseau pour que nous soyons plus libres de nos mouvements. Ils ne devraient, cependant, plus tarder.
- C'est magnifique ! s'exclama Maisie, empêchant Hermione de répliquer au préfet sa façon de voir les choses. C'est vous qui avaient fait tout cela ?
- Cho aussi nous a bien aidés, indiqua-t-il alors que Cédric se rapprochait également, laissant Ellie à sa contemplation de la bûche au chocolat posée sur une desserte. Elle s'excuse ne pas pouvoir être présente ce soir. Une lettre de sa part t'attend sous le sapin. »
Le garçon n'eut cependant pas le temps d'en dire davantage car Maisie lui sauta au cou, lui coupant le souffle. Elle le remercia en sanglotant, répétant comme une boite à musique détraquée, à quel point elle était chanceuse de les avoir comme amis. Percy lui tapota le dos avec gêne sous les regards amusés de Hermione et Cédric qui ne devaient le maintien de leur sérieux qu'à la grande émotion qui les habitait de voir leur amie si heureuse.
Alors que Percy se dégageait à grand-peine de l'étreinte de la jeune-fille, et qu'Ellie commençait à lorgner avec avidité sur les friandises posées sur la table, un grand fracas se fit entendre en provenance de l'âtre dans lequel le feu crépitant avait pris une bien étrange couleur. Les jeunes sorciers n'eurent cependant pas le loisir d'admirer bien longtemps l'étrange brasier vert qui emplissait à présent la cheminée car un nuage de cendres succéda à un hurlement de panique accompagné d'un bruit de chute particulièrement sonore.
« Par le string rapiécé et dégoulinant de Merlin, Rolf ! Tu étais obligé de me pousser ?! »
La réponse du susnommé se perdit dans une avalanche de boucles folles, Maisie avait définitivement lâché Percy, ce qui le ravissait, pour se jeter au cou des nouveaux venus. Rolf Dragonneau ne dut le maintien de son équilibre qu'à l'intervention habile du troisième invité ayant manqué de culbuter ses deux amis qui n'avaient pas cru bon de sortir de l'âtre avant de se chamailler. Le grand jeune-homme à l'allure d'adolescent ayant grandi trop vite le remercia avec un petit sourire en coin. Il ressemblait à s'y méprendre à son grand-père, constatait Hermione qui avait fait des recherches sur Norbert Dragonneau un peu plus tôt dans l'année lorsqu'elle avait débuté les cours de soin au créatures magiques. À ses côtés se tenait une jeune-femme aux cheveux rose vif occupée à essayer de dégager son pied d'une bûche qu'elle avait malencontreusement traversée dans son arrivée peu contrôlée. Maisie, lâcha Rolf pour venir à son secours en gloussant et l'aida à se dégager d'un habile coup de baguette magique. L'instant d'après elle se rua dans ses bras en sanglotant et riant à la fois.
« Dora ! pépia-t-elle en déposant une bise sur chacune des joues maculées de suie de la sorcière, je n'en reviens pas que tu sois ici !
- Pour rien au monde je n'aurais manqué une occasion de revenir mettre Poudlard sans dessus-dessous, répondit-elle en lui caressant les cheveux. »
Percy lui lança un regard lourd d'avertissement, on ne plaisantait pas avec le préfet-en-chef.
« Je pense que l'on peut dire que c'est une réussite, souffla Hermione à Cédric en lui saisissant la main, un grand sourire aux lèvres, Maisie a l'air d'être vraiment heureuse...
- Attends, la coupa-t-il en pressant ses doigts avant de la convier à regarder de nouveau vers la cheminée. »
Le troisième invité, aux cheveux roux noués en catogan, se tenait volontairement en retrait, scrutant les flammes avec une pointe d'anxiété. Une nouvelle variation de couleur s'effectua et la jeune Ginny Weasley apparut à son tour, les bras chargés de volumineux paquets.
« Maman en fait toujours trop, grogna-t-elle en déléguant son chargement juste à temps pour accueillir Ellie qui s'approchait incrédule. Luna ne pouvait pas venir, expliqua Ginny légèrement rougissante, alors, j'ai réussi à convaincre ma mère de me laisser suivre Charlie pour que je puisse te donner son cadeau. »
La seule présence de son amie semblait être le plus merveilleux des présents tant le regard d'Ellie était rempli de reconnaissance. Dépassant la retenue qui la caractérisait, elle passa maladroitement ses bras autour des épaules de Ginny et la serra contre elle brièvement avant de la remercier à mi-voix, admirant avec émotion le paquet bariolé qu'elle venait de lui remettre. Charlie Weasley profita de cet instant d'inertie pour pousser les deux plus jeunes hors de la cheminée afin de pouvoir lui-même en sortir. Ellie leva sur lui un regard intimidé auquel il répondit par un sourire amusé.
« Tu me connais bien pourtant, à présent, Ellie ! rit-il. »
Mais Hermione comprenait pourquoi la deuxième année était si impressionnée. Le frère de Ron, loin d'être aussi longiligne que lui était pourvu d'une silhouette sculptée par quelques années d'expérience avec les dragons. Ses muscles se devinaient sur ses avant-bras parsemés d'anciennes traces de brûlures et son regard était encore plus vif que celui de Dumbledore lorsqu'il se mettait à vous parler avec les énigmes dont lui seul détenait la réponse. Les taches de rousseur constellaient tant son visage et ses bras qu'elles lui donnaient un teint presque basané, témoin de longues heures passées à observer les dragons quel que soit l'acharnement des éléments sur la Terre. Son inspection fut cependant de courte durée car brutalement interrompue par Maisie, qui s'était à présent détournée de Nymphadora et s'approchait à son tour de Charlie, indécise.
« Salut, articula-t-il en détournant le regard, je sais que j'aurais dû te prévenir dans ma dernière lettre que l'on allait pouvoir se voir avant cet été, mais Percy m'avait promis une mort lente et douloureuse si je crachais le morceau. Crois-moi lorsque je t'assure qu'il a été très difficile pour moi de te mentir. Surtout au vu des circonstances. »
La jeune-fille opina, l'air insondable et s'approcha d'un pas mécanique de Charlie qui ne semblait pas véritablement à son aise, comme en témoignaient ses mains tremblantes qu'il cachait derrière son dos. Hermione arqua un sourcil, de ce qu'elle savait, lui et Maisie s'entendaient à merveille et elle doutait qu'une simple omission dans le but de lui faire une surprise soit un motif suffisant pour qu'elle lui en veuille au point de le bouder.
« Tu ne devais pas rentrer de Roumanie avant des mois, articula-t-elle d'une voix roque.
- Un collègue qui me devait un service m'a proposé de m'aider à me libérer quelques jours, alors, j'ai accepté, expliqua-t-il en haussant les épaules. »
Maisie posa un doigt curieux sur le torse du jeune-homme comme pour attester qu'il était bien présent devant elle et qu'il ne s'agissait pas d'une hallucination réconfortante fomentée par son esprit ponctuellement tourmenté. Elle sursauta à son contact et lui-même eut un léger mouvement de recul surpris.
« Cela a vraiment fait plaisir à ma mère, reprit-il en abaissant la main de la jeune-fille, et puis, ajouta-t-il en hésitant, je voulais te voir. M'assurer par moi-même que tu allais bien. »
Un petit sourire mi-attristé, mi-narquois se dessina sur les lèvres de Maisie.
« Aussi bien qu'il était possible que tu ailles, se reprit-il en rougissant de nouveau. »
Alors que tous les yeux étaient rivés sur les deux jeunes sorciers, Hermione entendit distinctement grogner Percy que Maisie était bien la seule à avoir le privilège de mettre Charlie dans tous ses états. Il était, semblait-il, d'ordinaire plutôt placide. La jeune Gryffondor songea qu'il valait mieux que cela soit le cas face à des dragons si l'on ne souhaitait pas finir aussi cuit que les immangeables biscuits de Hagrid. Un raclement de gorge interrompit les ronchonnements du préfet-en-chef, vraisemblablement, Nymphadora trouvait les retrouvailles de Maisie et du jeune dragonologiste un peu trop longues. Un début d'exclamation moqueuse mourut sous le pied de Rolf qui abattit son talon sur les orteils de son amie avant que celle-ci n'ait eu le temps d'illustrer le fond de sa pensée. La métamorphomage lui lança un regard noir tout en sautillant et glapissant tout autour de lui, faisant rire Ginny et Ellie et rouler des yeux Percy et Cédric. L'attrapeur lâcha à l'oreille de sa petite-amie qu'ils ne pourraient décidément pas les refaire. Les deux anciens Poufsouffle apparaissaient à Hermione comme étant de fabuleux boute-en-train et personne dans la présente pièce ne contredirait ce fait.
Maisie avait piqué un fard dès l'intervention de Nymphadora, alors que Charlie avait retrouvé un certain aplomb et avait doucement rapproché la jeune-fille de lui jusqu'à ce qu'elle se blottisse d'elle-même contre sa poitrine et ne passe ses bras autour de son cou. Il la serra tendrement contre lui avant de venir déposer un baiser sur le sommet de son crâne. Hermione vit très nettement un frisson parcourir les épaules de Maisie et fronça le nez avant d'écarquiller les yeux, ce qui amusait beaucoup Cédric qui vint à la rescousse de ses nerfs.
« Ils sortent plus ou moins ensemble depuis presque deux ans, indiqua-t-il. Maisie n'en parle pas, et nous gardons tous le secret, car il est plutôt mal vu qu'un sorcier adulte fréquente intimement une élève de Poudlard, fusse-t-il en dernière année et quand bien même se seraient-ils connus à l'école. Charlie pourrait avoir des ennuis si cela s'ébruitait trop. »
Hermione l'interrogea du regard, cette façon de faire rappelant également celle des moldus concernant la protection des mineurs et Cédric lui précisa que dans le cas d'une communauté magique, il était encore plus important de veiller tout particulièrement sur les plus jeunes dont le potentiel se trouvait encore à l'état embryonnaire. Il ajouta que l'interdiction d'utilisation de la magie en dehors de l'école jusqu'à l'obtention de la majorité sorcière à dix-sept ans était une raison suffisante pour proscrire les relations de ce genre. De plus, l'accès à la maîtrise de certains sortilèges impardonnables ou non et à leurs parades n'était accessible qu'à un certain niveau de magie, obtenu aux alentours de la majorité magique. Il était par conséquent logique de chercher à éliminer un quelconque rapport de supériorité pouvant conduire à des dérives aux conséquences désastreuses.
« Ce n'est pas vraiment interdit lorsque le plus jeune est titulaire des BUSE, mais cela reste très mal perçu. Certains se sont vu traîner en justice par des familles de grands sorciers mécontent du choix relationnel de leur progéniture. Les sanctions peuvent être gravissimes. C'est d'ailleurs pour cette raison que peu nombreux sont ceux, à Poudlard, qui savent pour eux. Nul doute que quelqu'un comme Lucius Malefoy serait ravi de trouver là un argument supplémentaire pour salir le nom des Weasley.
- Maisie a cependant dix-sept ans à présent, souleva Hermione.
- Certes, mais Maisie est sous le joug des lois magiques et moldues et que dans bien des cas, c'est la loi la plus stricte qui est retenue. Tant qu'elle sera rattachée au monde moldu, elle vivra cette espèce d'entre-deux que personne ne maîtrise vraiment. Autrement dit, elle n'est pas entièrement considérée comme une sorcière.
- C'est complètement stupide et injuste, s'offusqua la jeune-fille en prenant un air outré.
- C'est la loi, répliqua laconiquement Cédric. Il existe encore des pays aujourd'hui dans lesquels des personnes comme Maisie ou toi ne pourraient recevoir une éducation magique en raison de leurs origines « non-sorcières ». Au Royaume-Unis, nous sommes considérés comme bien progressistes sur ce plan. Le simple fait que les sorciers d'origine moldue puissent encore avoir des contacts avec leur famille non magique est une violation du Secret Magique selon certains. On peut en penser ce que l'on veut et être révolté, mais cela ne change pas la réalité des choses.
- Il le faudrait bien, pourtant, grogna Hermione, revêche. »
Cédric lui adressa un petit sourire triste avant de glisser ses doigts dans les siens. Il donnait raison à Hermione, bien entendu, mais que pouvait-il, lui seul, face au vaste monde ? Sa mélancolie s'évapora lorsque Tonks, finalement lassée de devoir attendre la fin des retrouvailles entre ses amis, proposa avec engouement d'ouvrir les hostilités et d'entamer les petits fours. Objection très largement retenue par le petit comité qui prit la direction des grandes tables, laissant le jeune couple se retrouver plus sereinement.
Du coin de l'œil, Hermione pouvait observer Charlie chuchoter à l'oreille de Maisie, entrecoupant ses mots de caresses dans ses cheveux et sur sa taille. Elle détourna cependant le regard lorsque la préfète-en-chef, après avoir furtivement observé les alentours, se hissa sur la pointe des pieds pour embrasser tendrement le jeune-homme. Les joues de Charlie étaient encore rougies, à l'instar de celles de Maisie, lorsqu'ils prirent place à table à leur tour, ignorant les regards mi-amusés, mi-attendris de l'assemblée.
Face au visage radieux de la préfète-en-chef, Hermione oublia un instant ses cours, Ron, Harry, l'injustice du monde magique et tous les tourments qui l'accablaient. Cédric s'était surpassé, tout était parfait et bien que Percy et elle y avaient également mis tout leur cœur, le plus grand mérite revenait au jeune-homme. C'était lui qui avait tout coordonné, lui qui avait pensé à toute la logistique et enfin avait été parlé à Dumbledore. Percy avait tout d'abord insisté pour s'en charger, prétextant que son statut lui offrait beaucoup plus de privilèges que celui de Cédric, avant de céder devant son insistance. Il voulait impérativement le faire lui-même, Hermione pouvait en témoigner, il s'était fait un devoir de remplir lui-même cette tâche : convaincre le vieux sorcier de les laisser inviter d'anciens élèves de Poudlard et surtout, faire temporairement relier la cheminée de la salle de travail des préfets au réseau. Étrangement, le directeur n'avait pas émis l'ombre d'une objection, accédant à la demande avec un sourire énigmatique. Hermione songeait qu'il était certainement ravi de voir une pointe de fraternité et de douceur en ces temps si tourmentés.
Lorsque vint l'heure de déballer les cadeaux, Hermione avait l'estomac si rempli qu'elle se demandait comment elle allait parvenir à grimper à l'échelle les menant à l'espace de repos de la salle. Cédric lui glissa à l'oreille, avec malice, lorsqu'elle lui fit part de sa réflexion en poussa un petit soupir d'aise, qu'il connaissait de bien nombreuses façons de la faire léviter jusqu'à l'océan de coussins. Hermione déglutit et lui écrasa le pied sous la table, il n'était pas né et ne s'appelait certainement pas Cédric Diggory, celui qui s'aviserait de la faire voltiger comme un sac de noix.
Ce fut Ellie qui ouvrit les hostilités et déballa son premier cadeau, un des nombreux aux papiers bariolés que lui avait fait parvenir Luna par le biais de Ginny. Il contenait une paire de boucles d'oreilles à l'étrange forme de citrouille. Lorsqu'Ellie en approcha son doigt, la miniature étendit son sourire et essaya de le croquer en poussant de petits ricanements aigus. La jeune Serdaigle pouffa, à la grande surprise de Hermione qui la croyait bien moins réceptive à ce genre de facéties. Son amitié avec Luna semblait bien plus forte que ce que les mauvaises langues du château pouvaient bien en dire. Maisie, quant à elle, commença à ouvrir les paquets à son nom tout en s'excusant de ne rien avoir à offrir en échange, lorsque sa sœur en fut à sa troisième paire de lacets multicolores. Nymphadora l'empêcha de se flageller davantage en arguant qu'elle les couvrait de petites attentions à longueur d'année et qu'elle était, par conséquent, dispensée de corvée de Noël. Rolf lui lança un regard noir, cette fête n'était pas, à ses yeux, un supplice. Au contraire, elle était synonyme de retour au domicile de son grand-père, au milieu des créatures les plus fantastiques. Son présent pour Maisie était d'ailleurs un exemplaire du dernier livre de magizoologie en vogue, cette discipline étant une passion qu'ils partageaient.
De son côté, Hermione lui avait fait parvenir, en direct du monde moldu, un set d'emporte-pièces représentant divers symboles du monde sorcier tel qu'il était perçu dans l'imaginaire collectif. Si Cédric et Percy avaient arqué un sourcil en questionnant l'utilité d'une telle chose, Maisie, elle, avait été ravie de pouvoir ajouter ces ustensiles à sa collection et leur avait promis de les étrenner dès que possible, au grand ravissement d'Ellie.
Alors que Maisie pleurait toutes les larmes de son corps en lisant la lettre que lui avait fait parvenir Cho, Cédric s'éloigna de Charlie avec lequel il conversait et se glissa de nouveau aux côtés de Hermione, un paquet bleu derrière le dos. L'adolescente sourit, tout en sortant de son sac son propre présent. Ils les échangèrent en s'adressant un regard mi-gêné, mi-amusé et s'attelèrent à les déballer avec curiosité. Cédric avait offert à la jeune sorcière tout un assortiment d'encres de couleurs diverses et assorties, ainsi qu'un lot de plumes de différents calibres. Il lui indiqua, lorsqu'elle le remercia en déposant délicatement un baiser sur sa joue, qu'il avait bien retenu de ses nombreux grognements durant ses révisions qu'il lui manquait de quoi rendre un peu plus agréable ses relectures. Hermione piqua un fard, il était vrai qu'elle avait également beaucoup lorgné sur les encres colorées de Cho et Maisie lorsque ces dernières révisaient ensemble il y a plusieurs semaines. Elle ne doutait pas que cette dernière avait également dû l'aider au choix du cadeau par des suggestions innocentes.
« Pourquoi m'as-tu offert le tome 2 ? la questionna soudainement la voix de Cédric qui venait d'ouvrir le paquet de Hermione. »
La Gryffondor avait fait le choix de lui faire découvrir l'un de ses livres moldus préférés. Cédric l'assaillait tant de questions sur ce qu'elle pouvait avoir dans sa bibliothèque, n'ayant aucune connaissance sur la littérature moldue, qu'elle avait décidé de lui offrir l'opportunité de découvrir cela par lui-même. Il s'agissait également pour elle d'un moyen simple de le faire petit-à-petit entrer dans le monde dans lequel elle avait passé toute son enfance. Cependant, Le Monde de Narnia, Le Lion, la Sorcière blanche et l'Armoire magique, semblait le laisser bien dubitatif. Avec patience, il écouta sa petite-amie lui expliquer la particularité de l'ordre de parution des différents tomes et il finit par s'esclaffer que pour avoir une telle idée, ce Clive Staples Lewis devait certainement être, lui-aussi, un peu sorcier. Hermione haussa les épaules, qui pouvait savoir ?
Le déballage des cadeaux s'acheva dans la joie et même les chats, fléreurs et autres animaux de l'assemblée furent ravis de leurs nouvelles acquisitions. Hermione, malgré sa curiosité débordante ne réussit cependant pas à apercevoir ce que Charlie avait pu offrir à Maisie, et pesta lorsque la jeune-fille glissa l'objet en question dans la poche de son gilet aussi furtivement que possible.
« Le goût des potins ferait-il son chemin dans l'esprit cartésien de Hermione Granger, se moqua gentiment Cédric en la prenant sur le fait, la faisait sursauter.
- Pas du tout ! démentit-elle en rougissant, légèrement honteuse. C'est juste que je suis un peu vexée qu'elle m'ait caché cela, alors que de son côté, elle sait tout de moi sur le plan amoureux !
- Ah oui ? questionna Cédric d'une voix un peu tremblotante. Sur le plan... amoureux ? »
Hermione plaqua instinctivement les mains devant sa bouche, comme si ce geste pouvait faire oublier à son petit-ami ses derniers mots. Elle en avait beaucoup trop dit. Maudite soit Maisie Andrews ! Même lorsqu'elle ne se trouvait à côté d'elle pour la pousser à verbaliser ses ressentis, elle trouvait le moyen de la pousser toujours un peu plus près de Cédric Diggory et de ce qu'elle désirait. La jeune-sorcière détourna le regard et couina un « oui » à peine audible, avant de sentir son visage fondre sur ses os. Si l'enfer existait, elle venait d'y poser le bout des orteils. Si Cédric fut troublé par sa réponse, il n'en laissa rien paraître sur l'instant et se contenta de serrer fortement la main de Hermione dans la sienne.
« Je pense qu'elle ne t'en voudra pas de lui faire subir un interrogatoire dans les règles de l'art à ce propos, plaisanta-t-il quelques instants plus tard.
- Elle me doit bien ça, ronchonna Hermione. »
Cédric pouffa, depuis qu'il connaissait Hermione, bien que cela ne fasse que deux petits mois, il avait pu noter quelques changements. Elle souriait, riait, plaisantait sur des banalités et faisait preuve d'une spontanéité lorsqu'ils étaient seuls dont il n'aurait jamais cru capable la jeune-sorcière qu'il avait apostrophée dans la bibliothèque. Percy lui en avait fait la remarque récemment, Hermione revivait depuis qu'elle les fréquentait, lui, Maisie et Cho. Et bien que les altercations soient encore nombreuses avec ses amis de Gryffondor, elle semblait moins s'isoler et se renfermer dans sa solitude comme elle avait toujours eu coutume de le faire. Ensemble ils parlaient et selon le préfet-en-chef, ils étaient très bénéfiques pour elle.
Cependant, ce soir, Cédric remarquait que dernière ses sourires se cachait un tourment bien plus important que les précédents, elle peinait à le cacher et il devinait sans peine qu'elle s'efforçait de conserver une expression rayonnante pour ne pas ternir la surprise à destination de Maisie et Ellie. Il les avait vus, ses yeux rougis et ce petit air défait lorsqu'il avait émergé de sa salle commune, il s'était passé quelque chose. Alors que Hermione le tirait jusqu'à un canapé dans lequel s'étaient également entassés, Charlie, Rolf, Nymphadora et Maisie, son esprit étudiait les possibilités. Cela ne pouvait pas être que Ron, il devait y avoir autre chose...
« Alors Dora, questionna la voix d'Ellie qui le fit sursauter, qu'est-ce que cela fait d'avoir bientôt son diplôme d'auror ?
- Je suis très excitée ! répondit l'interrogée en tripotant frénétiquement son sweater. Je n'arrive pas encore à réaliser que je vais être assignée à de véritables missions sans supervision d'ici quelques mois.
- Tu devrais surtout être inquiète plus qu'excitée, grommela Rolf, non loin, caressant Kooky qui semblait être alors le plus heureux des chats.
- On en a déjà parlé, soupira la métamorphomage.
- Je sais.
- Tu es agaçant à toujours remettre cela sur le tapis, ajouta-t-elle en lui lançant un regard courroucé.
- Non, juste soucieux de ta vie ! répliqua-t-il.
- Cela ne te regarde pas.
- Bien sûr que si ! »
Il ne fallut pas un haussement de ton supplémentaire pour que Charlie empoigne ses deux amis chacun par un bras et les traîne jusqu'à la terrasse, claquant la porte derrière eux et laissant l'assemblée dans un grand silence. Hermione jeta plusieurs regards interrogateurs en direction des trois amis de Maisie et Cédric répondit par un geste d'impuissance. La minute suivante, Ellie hoquetait, écarlate.
« Je suis désolée, murmura-t-elle, penaude.
- Ne t'en fais pas, la rassura Maisie en l'attirant à elle, Rolf et Dora se disputent depuis des années à ce sujet, tu n'as rien fait de mal. C'est une histoire entre eux deux et tu avais parfaitement le droit de poser cette question. »
La Serdaigle hocha la tête, le nez enfoui dans le cou de sa sœur. Avant de se réfugier dans les bras que lui tendit Cédric au retour de Charlie qui reprit sa place aux côtés de Maisie, laissant échapper un long soupir. Il sembla gêné que la petite-sœur de la Poufsouffle ait préféré la lâcher pour lui laisser la place et indiqua en se grattant l'arrière du crâne que Maisie était loin d'être sa propriété et qu'il était tout à fait disposé à partager son agréable compagnie. Ellie piqua de nouveau un fard et le futur dragonologiste interpréta le sourire amusé de Cédric comme un signal d'arrêt des hostilités, en plus du coup de coude que la Poufsouffle, contre lui, lui assena dans les côtes.
Ce fut finalement Percy, qui, contre toute attente, relança la conversation en questionnant son frère sur ses derniers projets d'étude, au grand damne de Ginny. La cadette de la famille Weasley ayant déjà eu tout un exposé de plusieurs heures sur le sujet à l'arrivée de son frère au Terrier, deux jours auparavant. Cela ne sembla cependant pas surprendre ni Maisie, ni Cédric que la question vienne de Percy, qui avait pourtant coutume de ne porter que peu d'intérêt aux passions des uns et des autres. Et Charlie lui-même para son visage d'un immense sourire. Hermione en déduisit qu'il y avait finalement beaucoup d'espoir pour le Cas Percy, celui-ci semblant s'entendre avec au moins l'un de ses frères. Aux dires de Ronald, Charlie était sans nul doute celui qui était le plus facile à vivre, si l'on appréciait les dragons toutefois, de la fratrie, et il avait pu guider son jeune frère durant ses quatre premières années à Poudlard, ce qui n'était pas rien. Ils avaient certainement dû se rapprocher durant cette période.
Alors que Charlie babillait, les yeux pétillants, à force de gestes et d'exclamations passionnées, Hermione observait Maisie. La jeune-fille avait glissé sa main sur la cuisse de l'ancien Gryffondor et le regardait d'un air serein, un mince sourire flottant malicieusement sur ses lèvres. Son expression n'avait d'égale que celle, un peu gênée, qui avait été la sienne lorsque Hermione l'avait questionnée sur l'identité de la deuxième personne qu'elle avait embrassée. Celle-ci ne faisait à présent plus aucun doute et l'idée que le fait d'avoir pu échanger un baiser avec deux des frères Weasley, puisse rendre anxieuse Maisie lui effleura l'esprit. Nombreuses seraient les mauvaises langues au rendez-vous pour commenter ce fait et peut-être même cela avait-il pu être monnaie courante lors de la cinquième année de la préfète-en-chef. Hermione savait pourtant de source sûre que ce genre de ragots ne l'atteignait plus à présent, Maisie ne semblait pas douter une seule seconde de ce qu'elle ressentait pour la personne qu'elle fixait avec amour en cet instant. La Gryffondor se surprit à finalement baisser les yeux, sentant qu'elle violait sûrement une part de son intimité en la détaillant ainsi. Cédric voyait-il la même chose dans ses propres yeux lorsqu'elle l'observait à la dérobée alors qu'il révisait à ses côtés ?
Son propre questionnement interne la fit rougir de honte. Était-elle vraiment en train de mettre des mots sur ce qu'elle ressentait ? Alors même que cela ne faisait que deux petits mois qu'elle connaissait Cédric ? N'allait-elle pas trop vite en besogne ? Ses joues prirent feu et son estomac se retourna à une vitesse vertigineuse. Son corps la trahissait, un peu plus chaque jour, et elle était effrayée. Hermione avait toujours tout contrôlé, ses devoirs, son apparence, bien que parfois capricieuse, ses émotions et même, le temps. La dernière chose à avoir pu échapper à son joug était sa magie, lorsqu'elle n'était alors qu'une toute petite fille. Elle se souvenait bien de la frayeur luisant dans les yeux de sa mère lorsqu'elle l'avait retrouvée, perdue au milieu de nuages de livres flottant nonchalamment autour d'elle. Hermione n'avait pas immédiatement saisi qu'elle faisait quelque chose d'anormal, transportée par ce sentiment grisant que lui provoquait son propre enchantement. Puis son sourire s'était évanouit à l'instant même où son père avait surgi pour lui demander de cesser sa plaisanterie. Alors Hermione avait compris que tout cela était mal et qu'il fallait qu'à jamais sa créativité et ses rêves demeurent enfouis, amputant son quotidien de la magie qui lui était pourtant une bien familière inconnue. Ce sentiment de libération et de plénitude qu'elle ressentait lorsqu'elle épelait un sort, la traversait à chaque fois qu'elle partageait un moment avec Cédric. Était-ce cela l'amour ? Une forme de la magie ?
Un crépitement, plus fort que les autres, en provenance de l'âtre, la fit sursauter et elle fixa Cédric qui l'observait, soucieux, d'un air hagard. Le Poufsouffle avait légèrement raffermi son étreinte et elle pouvait sentir sa respiration calme au travers de son torse, il semblait heureux sous cette préoccupation dont elle était la seule coupable. Aussi, s'empressa-t-elle de le rassurer.
« Je vais bien, je suis juste exténuée, mentit-elle, j'ai attendu cette fête pendant des jours et je crois que pression retombe un peu.
- Moi aussi, répondit-t-il en feignant de la croire, je dois t'avouer que je me suis efforcé de ne pas me faire de fausse joie jusqu'à ce que nous soyons vraiment certains de pouvoir le faire. »
Hermione se contenta d'acquiescer. Le souvenir de la lettre était encore frais dans leurs esprits et le désespoir de Cédric face à cette tentative avortée hantait encore ses songes. La vulnérabilité, cette facette qu'il ne montrait jamais, s'était manifestée avec tant de violence qu'elle en demeurait touchée encore aujourd'hui. Mais outre la tristesse, Hermione avait également aperçu toute la beauté et la complexité des liens affectifs. Elle qui n'avait jamais vraiment eu d'amis avant Ron et Harry avait pleinement pris conscience de ce qu'impliquait l'engagement émotionnel. Cédric partageait la souffrance de Maisie, ainsi que celle d'Ellie. C'était beau, mais également effrayant.
« Quoiqu'il en soit, je suis vraiment heureux d'être là, de les voir sourire toutes les deux, continua-t-il. Et... je le suis également de partager ce moment avec toi.
- Et moi donc, articula-t-elle avant de souhaiter disparaître tant ses mots dissonaient. »
Cédric rit, conscient de la maladresse et compréhensif, avant de déposer un baiser sur la tempe de la jeune-sorcière. Hermione frissonna. Cédric posa de nouveau ses lèvres, sur sa joue, puis dans son cou, lui arrachant un gloussement. Mais alors qu'elle faisait volte-face pour pouvoir contre-attaquer et lui rendre au centuple ses provocations, un raclement de gorge la sortit du regard malicieusement nuageux de son petit-ami. Maisie l'observait, un air rieur plaqué sur son visage.
« On vous dérange, peut-être ? demanda-telle après avoir esquivé la tentative infructueuse de Charlie de la faire taire.
- Il y a une chambre en haut, si vous le souhaitez, insista Nymphadora, dont Hermione n'avait pas remarqué le retour, avec un petit air narquois.
- Tu en sais quelque chose, n'est-ce-pas, Dora ? attaqua Charlie qui se sentait visiblement très concerné par la gêne qui envahissait à vue d'œil les joues de Hermione et Cédric. »
La métamorphomage se para intégralement d'une belle couleur bordeaux et sembla soudainement très intéressée par le gros coussin sur lequel elle s'était assise. Derrière elle, le tain pivoine de Rolf ne laissait planer aucun doute sur l'identité de celui qui l'avait aidé à attester de l'existence de ladite chambre. Maisie voulut rajouter quelque chose, mais Charlie fut plus rapide et posa furtivement sa main sur ses lèvres avant qu'elle ne puisse commencer. La préfète-en-chef se permit une petite moue avant de s'excuser d'un bref haussement d'épaules.
« Ne faites pas ce que l'on n'aimerait pas que l'on vous fasse, vous-deux, morigéna Charlie en posant son regard successivement sur son amie et sa petite-amie, parce que je suis en parfaite mesure de fournir autant d'armes de défense que nécessaire à ces deux-là.
- Message reçu, bougonna Nymphadora. »
Charlie hocha la tête, visiblement satisfait et Maisie lui tira la langue avant de feindre de le bouder. L'apprenti magizoologiste retint difficilement ses éclats de rire et en profita pour adresser un clin d'œil complice à Hermione et Cédric qui se demandaient toujours à quelle sauce ils allaient être lentement dévorés par leur amie la fois suivante. Nymphadora, quant à elle, opta pour la meilleure des défenses, et ce fut donc une nuée de coussins qui se rua sur Charlie en un claquement de doigts. Le frère de Percy se trouva vite submergé et eut tout juste le temps déloger Maisie de ses bras afin de lui épargner une noyade par polochons. La contre-attaque fut terrible, et Kooky fila rapidement se mettre à l'abri à l'étage avec Cupcake et Butternut. Bientôt il ne fut plus un plaid ou coussin qui respecta les lois de la gravitation universelle dans la Salle de travail des préfets, tous s'étaient joints à la bataille avec entrain, y compris Percy.
Ce dernier s'était allié avec Ginny et Ellie et bombardait ces deux collègues préfets par intermittence, Cédric avait jeté tout son dévolu sur Nymphadora qui combattait aux côtés de Rolf, tandis que Charlie et Maisie avaient rejoint Hermione. Le sentiment de toute-puissance que la jeune-fille ressentait en écrasant les morceaux de tissus sur le dos de Percy était sans égal, lorsqu'elle raconterait cela à Ron, il ne la croirait jamais ! Son cœur se serra douloureusement dans sa poitrine, encore fallait-il qu'elle obtienne le pardon du garçon avant de pouvoir lui raconter toutes ces choses... Un pompon orange échappé d'un ignoble coussin vert pomme fusa à la vitesse de l'éclair jusqu'à sa tête et l'arracha à sa mélancolie. Au diable Ronald. Tout du moins, pour l'instant.
Pris dans leur effroyable guerre de plumes, les jeunes sorciers ne firent pas attention à la porte de la salle qui venait de s'ouvrir, dévoilant Albus Dumbledore, Remus Lupin, Pomona Chourave et Minerva McGonagall. Le directeur de Poudlard esquiva de justesse un tir aléatoire de Percy qui devint aussi rouge que son projectile lorsqu'il se rendit compte de sa bévue. Mais le vieux sorcier ne sembla pas s'en formaliser et se contenant de remettre l'objet au professeur de métamorphose qui le changea en un nuage de particules étincelantes, sous les yeux émerveillés d'Ellie et Ginny qui s'étaient instinctivement rapprochées.
« Je vois que vous passez une belle soirée, déclara-t-il avec son sourire énigmatique qui donnait du fil à retordre à bien des élèves. »
Tous hochèrent la tête, certains avec gène, d'autres avec affirmation et empressement de reprendre les hostilités. Seule Maisie se démarqua, lâchant un instant le traversin orange dont elle s'était munie pour s'occuper de Cédric, et s'approchant du groupe d'adultes avec une assurance que Hermione ne lui avait plus vu arborer depuis des semaines. Sans un mot de plus et sous les regards ébahis, elle étreignit avec force sa directrice de maison, qui lui frotta le dos avec douceur, une expression maternelle sur le visage.
« Merci, Professeur, murmura-t-elle, la voix enrouée.
- Oh, je n'ai pas fait grand-chose, Maisie, Albus y est pour beaucoup, ainsi que vos amis. Je suis fière de vous, ajouta-elle en regardant en direction de Cédric. »
Et en effet, son expression parlait d'elle-même. Un instant, Hermione regretta presque de ne pas être à Poufsouffle, bercée par les encouragements du professeur de botanique. Puis, elle releva les yeux vers Minerva McGonagall et y lut le même sentiment, comme si la sorcière se sentait comblée par la propre réussite de ses étudiants. Poudlard était vraiment la plus magique des écoles.
Maisie se détacha du professeur de botanique et se dirigea d'un pas plus hésitant vers Dumbledore. Celui-ci sembla lire son âme entière par son regard perçant avant d'arborer un sourire encore plus malicieux qu'à l'ordinaire. Il tendit subtilement les bras et Maisie s'y engouffra, le serrant à son tour, mais d'une façon qui trahissait sans peine le profond respect admiratif qu'elle lui portait. Le grand mage lui pressa l'épaule dans un geste qui se voulait certainement amical, avant de la relâcher sous les yeux ébahis de l'assemblée. Ginny et Ellie demeuraient immobiles, aussi statufiées que si elles venaient de voir Severus Rogue sourire avec franchise, Percy peinait à avaler sa salive et toussait bruyamment tandis que Cédric lui donnait de petites tapes dans le dos. Hermione entendit très distinctement son préfet grommeler un « c'est pas possible, cette fille est impossible, elle n'a pas vraiment fait ça, c'est complètement fou ! » qui amusa beaucoup Charlie, Rolf et Nymphadora à ses côtés. Cette dernière se permit même un petit sifflement narquois auquel le professeur McGonagall répondit par un regard assassin. Nul doute que si cela avait pu être recevable, elle aurait ôté des points à Poufsouffle pour cet affront.
« Bon, et bien, je crois qu'il ne me reste plus qu'à vous souhaiter un joyeux Noël à tous, déclara le directeur de Poudlard avec amusement. J'espère que vous n'allez pas vous étouffer Mr Weasley ! ajouta-t-il en direction de Percy avant d'adresser un clin d'œil à Maisie qui se tenait toujours à ses côtés. Vous passerez me voir, demain, Miss Andrews, nous avons à parler de certaines choses... Mais en attendant, amusez-vous, vous en avez bien besoin. »
La jeune-fille acquiesça et Dumbledore convia ses collègues à se diriger vers la sortie. Remus Lupin, s'attarda cependant et posa un petit paquet sur la table envahie du reste de leur festin. Hermione plissa les yeux, leur professeur de Défense contre les forces du mal, cachait décidément de bien nombreux secrets. Que pouvait-il bien offrir à Maisie ? La Gryffondor se trouvait malheureusement beaucoup trop loin pour entendre les quelques mots qu'il glissa à l'attention de la jeune-fille avant de disparaître à son tour dans le couloir. Et malgré ses interrogations durant le reste de la soirée, Maisie ne dévoila pas l'ombre d'une information à ce sujet, se contentant d'affirmer qu'il s'agissait de quelque chose qui avait un rapport avec son père.
À la demande de Cédric, elle abandonna lorsque minuit sonna et qu'ils se réunirent tous en cercle, enroulés dans de gros plaids effilochés pour discuter et faire quelques jeux de questions et défis d'enchantements. Hermione eut ainsi tout le plaisir de constater que Nymphadora Tonks pouvait réellement changer son corps de la façon dont elle l'entendait, arborant tour à tour le visage sévère du professeur Rogue, puis la barbe fournie de Dumbledore. Rolf, quant à lui était incollable sur les animaux fantastiques ainsi que sur les marques de thé. Chose qui avait le don d'agacer l'ancienne Poufsouffle qui, elle, ne retenait jamais le nom de celui à acheter pour le petit-déjeuner. Les deux jeunes adultes partageaient un petit appartement à Londres et accueillaient régulièrement Charlie et Maisie durant certaines vacances d'été, même si leur point de chute privilégié semblait être la maison des grands-parents de Rolf. Cédric lui, glissa, un peu plus tard, que l'apprenti naturaliste avait été élevé par ceux-ci après la mort de ses parents avant sa cinquième année. L'affaire avait fait les gros titres, ils étaient tous les deux aurors et étaient décédés lors d'une mission, dans des circonstances assez floues. Une enquête interne avait été ouverte, mais classée sans suite, aucune preuve de négligence du Ministère n'étant mise en évidence.
Rolf en avait gardé un goût amer et une certaine rancune vis-à-vis du bureau des aurors, ce qui expliquait sa violente réaction à la suite des questions d'Ellie et à l'enthousiasme de Tonks à propos de son proche diplôme, devina Hermione. Lorsqu'elle lui mentionna ses conclusions, Cédric répondit par l'affirmative, indiquant dans la foulée qu'il valait tout simplement mieux éviter le sujet en présence de Rolf. Hermione demeurait perplexe, tout semblait insinuer que le jeune-homme et la future auror partageaient bien plus qu'un logement pour leurs études. Mais comment donc, pouvaient-ils parvenir à s'entendre si l'un des deux étaient en total désaccord avec les rêves de l'autre ? Maisie lui aurait certainement répliqué qu'il y existait bien des manières de s'aimer et qu'en aucun cas une divergence d'opinion ne rendait toute relation impossible. Elle remarqua d'ailleurs plusieurs petites marques de tendresse entre les deux, une fois la pression totalement retombée, qui allaient dans ce sens. Après tout, Cédric et elle s'étaient bien déjà disputés et cela avait finalement renforcé leur lien par la suite.
Lorsque Charlie piocha la dernière Dragée surprise de Bertie Crochue du grand paquet qu'il avait amené, et grimaça pendant de longues secondes avant de révéler qu'il était tombé sur le parfum « foie », l'heure était si avancée que tous se questionnèrent sur la nécessité d'aller se coucher. Percy intervint, cependant, intransigeant, tout en pointant sa sœur et Ellie du doigt, endormies de chaque côté du futur dragonologiste, affirmant qu'il était impératif que tous prennent quelques heures de repos. Hermione salua intérieurement son injonction, sa tête ne tenait plus droite que grâce à l'épaule de Cédric contre laquelle elle s'était blottie. Ce dernier se leva alors, et souleva délicatement Ellie qui s'éveilla suffisamment pour s'accrocher à son cou afin qu'il puisse la monter à l'étage. Charlie en fit de même avec Ginny. Percy les salua tous rapidement, ayant revêtu de nouveau son costume de parfait préfet, et demanda à son frère avec une pointe de gêne, s'il acceptait qu'il prenne le lit de l'alcôve de la mezzanine, projetant de se relever assez tôt pour approfondir certains cours qu'il n'avait pu détailler car trop pris par l'organisation de la soirée. L'ancien Gryffondor arqua les sourcils d'incompréhension, pourquoi lui demandait-il à lui ? questionna-t-il. Nymphadora lui glissa avec un petit rire que Percy pensait tout simplement qu'ils auraient pu vouloir un semblant d'intimité avec Maisie, ne se voyant que peu. Les deux frères Weasley piquèrent un fard, suivis de près par Maisie qui darda également un regard assassin sur son amie. Celle-ci vit son pied subir les assauts du talon de Rolf quelques instants plus tard lorsqu'elle amorça de faire la même proposition à Cédric et Hermione.
Maisie finit par les envoyer se coucher d'un coup de baguette magique et Hermione la soupçonna même de leur avoir lancé un sortilège de mutisme car plus aucun son ne se fit entendre jusqu'à ce que Percy ne fasse craquer l'échelle le menant au repos. L'instant suivant, deux épais matelas, suivis d'oreillers et de plaids épais atterrirent à leurs pieds. Le Gryffondor ne tenait vraisemblablement pas à ce qu'ils héritent d'un lumbago après avoir passé une nuit sur le sol froid de la salle de travail des préfets. Cédric déclara vouloir assumer l'importante responsabilité d'installer leur campement et Charlie se porta immédiatement volontaire pour le seconder, suggérant aux deux jeunes-filles d'aller se mettre en pyjama, dans la petite salle d'eau à côté des casiers. Hermione fut tirée par la manche par Maisie avant d'avoir pu émettre la moindre protestation et elle se retrouva rapidement face à un grand miroir devant lequel un portoir siégeait, exposant ses affaires et celles de son amie.
« Mais comment ?
- Les elfes de maison, répondit la Poufsouffle sur le ton de l'évidence. Ils aiment beaucoup les élèves de ma maison, nous leur rendons régulièrement visite dans les cuisines. De plus, ils sont d'excellent conseil à propos de la pâtisserie. »
Hermione se tut, elle avait pourtant dû lire cela quelque part... quelle honte qu'elle ait oublié ainsi ceux qui œuvrent dans l'ombre pour leur confort ! La jeune-fille se fit la solennelle promesse, en enfilant son pyjama, de ne plus jamais les laisser pour compte, cela était bien trop important.
Alors qu'elle finissait de boutonner le haut de sa veste de nuit, l'adolescente porta mécaniquement son regard sur Maisie, qui s'habillait à côté d'elle. Ses yeux s'arrêtèrent avec curiosité sur une marque d'allure assez singulière dans le bas de son dos. La peau mate de la préfète se voyait devenir aussi claire que la sienne sur quelques centimètres carrés. Celle-ci se retourna pour attraper son t-shirt et croisa le regard interloqué de Hermione qui rougit de honte.
« Pardon, bégaya-t-elle, je ne voulais pas...
- Cela t'intrigue ? la coupa la Poufsouffle qui ne semblait pas contrariée, au grand soulagement de Hermione. »
Elle tordit une de ses boucles en réponse. Bien entendu qu'elle était curieuse de savoir comment Maisie avait pu recueillir cette marque qu'elle devinait ne pas être très naturelle. Mais jamais elle n'oserait lui poser directement la question, elle était bien trop polie pour cela, mais visiblement pas assez pour garder ses yeux dirigés vers le sol.
« C'est le dragon que Charlie a introduit à Poudlard lors de sa sixième année qui est à l'origine de cette brûlure. Les dragons ont tendance à ne pas contrôler leurs flammes lorsqu'ils sont très jeunes. J'ai fait peur à celui-ci à cause d'une maladresse.
- Oh. Mais comment a-t-il pu introduire un... »
La jeune-fille se tut, se rappelant sans peine de Norbert, le dragon de Hagrid, un peu moins de deux années auparavant. N'importe qui pouvait faire entrer n'importe quoi à Poudlard.
« Charlie a dû beaucoup s'en vouloir que tu sois blessée, se contenta-t-elle de répondre.
- Ne m'en parle pas... Il a presque cessé de me parler pendant des semaines tant il avait honte. Mais ce n'était rien à côté de ce que Molly Weasley m'avait réservé. J'ai bien cru qu'elle allait demander à son fils de s'excuser à genoux. J'ai mis un temps fou à la calmer et à lui assurer que je n'en voulais pas à Charlie. Elle remet cette histoire sur le tapis à chaque fois que nous nous croisons.
- Pourtant le fait que vous vous fréquentiez devrait lui mettre la puce à l'oreille, grommela Hermione que la contrariété de n'avoir été informée de ce fait que quelques heures auparavant commençait à envahir. »
Maisie hocha la tête en rabattît son t-shirt, masquant la cicatrice, avant de se saisir de sa brosse à dents. Hermione l'imita en silence, mais son attitude renfrognée n'avait pas échappé à la préfète.
« Tu m'en veux ? la questionna-t-elle, après avoir reposé le dentifrice.
- Non, répondit Hermione, mais tu aurais pu me le dire que tu connaissais si bien la famille de Ron !
- Je ne les connais pas tant que ça, tempéra-t-elle. Bill était présent à Poudlard durant mes deux premières années, quelqu'un de sympathique, mais il était bien occupé avec ses missions de préfet-en-chef, je n'ai jamais échangé plus de quelques mots avec Fred et George qui n'apprécient pas Cédric et mènent la vie dure à leur frère, Ginny est l'amie de ma sœur, pas la mienne, quant à Ron, il m'a toujours superbement ignorée. Je ne suis réellement proche que de Charlie et Percy. Mr et Mrs Weasley me connaissent surtout au travers des descriptions de Percy qui se plaint de moi depuis sa première année, sourit-elle. Je n'ai passé qu'un weekend au Terrier cet été avant qu'ils ne partent tous en Égypte retrouver Bill, Charlie tenait à ce que je rencontre ses parents de façon un peu plus officielle.
- D'accord, excuse-moi, murmura la Gryffondor.
- Ce n'est rien, rétorqua Maisie. Je comprends que tu sois un peu frustrée de l'avoir appris comme cela. Si j'avais su qu'il venait je t'en aurais fait part bien avant pour que tu ne sois pas surprise. C'est juste que je ne voulais pas que tu te fasses des idées vis-à-vis de la relation que je peux avoir avec Ron. Car comme je te l'ai dit, elle est inexistante et le fait que je fréquente son frère aîné n'a aucun impact sur ma façon d'appréhender son comportement. Et je ne te jugerai jamais sur ce que tu peux ressentir à son propos. Je te le promets.
- Merci. »
Les dernières paroles de Hermione se noyèrent dans les bras de la jeune-fille et sous les torrents de larmes qu'elle contenait depuis le matin. Alors que Maisie refermait son étreinte et la pressait contre elle, une vague amère la transperça, elle était si égoïste de se laisser aller comme ça, de ternir la fin de soirée de son amie alors qu'elle avait besoin, plus que quiconque, d'un peu de paix et de joie. La Poufsouffle ne prononça cependant aucun mot et se contenta de la bercer doucement, jusqu'à ce qu'elle se calme. Des coups timides, portés à la porte, troublèrent le silence une fois celui-ci revenu. Maisie tendit le bras pour ouvrir et la tête de Cédric passa dans l'entrebâillement de la porte. Il avait la mine soucieuse. Charlie se tenait juste derrière lui, le visage également concerné. Il questionna sa petite-amie du regard et celle-ci se contenta d'un bague mouvement d'épaules avant de relâcher Hermione qui avait séché ses larmes.
« Je pense que nous allons aller faire un tour, indiqua Maisie en gardant une main sur l'épaule de la Gryffondor.
- Non, répliqua Cédric en s'avançant, toi, tu vas dormir. Tu en as besoin, glissa-t-il à son oreille. Je vais aller prendre l'air avec Hermione.
- Très bien. Mais n'hésite pas, si...
- Ça ira, Maisie. »
La jeune-fille n'ajouta rien et déposa un baiser sur le front de son amie avant de rejoindre Charlie qui se tenait encore plus en retrait. L'apprenti dragonologiste serra brièvement Maisie contre lui avant de l'entraîner en direction de la cheminée et des matelas moelleux. Avant de s'asseoir, il jeta un regard anxieux en direction de Cédric, cherchant visiblement une façon d'être utile, mais la Poufsouffle le tira par la main et l'obligea à se focaliser sur autre chose, arguant que cela ne les concernait plus.
Cédric avait pris le relai de Maisie et scrutait les yeux de Hermione à la recherche d'une réponse. La troisième année peinait à réprimer de nouvelles larmes et savait que cela n'était qu'une question de secondes avant qu'elle ne s'effondre de nouveau. Elle n'avait pas pu expliquer à la préfète ce qui broyait tant son cœur, et avait peur de le faire, craignant les réactions des uns et des autres. Au bout de quelques instants, Cédric lui prit la main et la tira à sa suite en direction de l'échelle menant à l'étage.
« Il y a un balcon, là-haut, expliqua-t-il, cela te fera du bien. »
Hermione ne répliqua pas, seule l'éventualité de réveiller les dormeurs de l'étage étreignait ses entrailles, elle ne souhaitait déranger personne. A mi-chemin, cependant, Charlie, en dépit des tentatives de Maisie pour le faire rester à ses côtés, se leva et les arrêta avant de darder sur la jeune-fille un regard profondément désolé.
« Maisie m'a un peu expliqué la façon dont Ron se comporte avec toi, commença-t-il. Je peux lui parler si tu veux. Je le connais bien, c'est mon frère, et... Il sembla hésiter avant de reprendre. Enfin, peut-être qu'il m'écoutera.
- C'est gentil, murmura Hermione, émue qu'autant de personnes se sentent concernées par son mal-être, mais je ne préfère pas. Cela ne ferait qu'empirer les choses.
- Très bien, mais n'hésite surtout pas.
- N'insiste pas, retentit la voix bougonne de Maisie de sous une couverture, je te l'avais dit qu'elle refuserait, j'ai déjà essayé cinquante fois sans succès. »
Un coussin quitta le sol sur ordre de la baguette magique de Charlie et fondit sur la Poufsouffle qui eut tout juste le temps de s'aplatir sur son matelas afin d'éviter le projectile. Elle adressa un regard meurtrier à son petit-ami qui la menaça de reproduire l'expérience si elle ne parvenait pas à tenir sa langue. Elle tira celle-ci en guise de protestation et Hermione laissa échapper un gloussement. Elle n'était certainement pas au bout de ses surprises avec le jeune couple. Cédric profita de son inattention pour l'inciter à grimper à l'étage et la dirigea jusqu'à la grande terrasse tout en veillant à ne pas écraser leurs amis assoupis. Ellie s'était roulée en boule entre Ginny et Rolf, et ce dernier avait négligemment passé son bras au travers de la taille de Nymphadora qui respirait paisiblement. Un peu plus loin, derrière les rideaux, Percy devait certainement être également plongé dans un profond sommeil, mais elle ne put pas réellement en attester car la section était soumise à un sort d'insonorisation. Lorsque le froid mordit sa peau et que Cédric referma la porte du balcon derrière eux, elle se sentit revivre. Elle n'était pas retournée ici depuis cette fin d'après-midi où ils s'étaient retrouvés, Cédric, Percy et elle, à la suite de l'annonce du décès de la mère des deux Sang-Mêlé.
Cédric l'entraîna dans un renfoncement et prit place sur le rebord d'une fenêtre, ouvrant ses bras pour qu'elle puisse s'y blottir. Hermione répondit à l'invitation silencieuse sans se faire prier et savoura en fermant les yeux ce petit moment qu'elle attendait depuis ce qui lui semblait être des lustres.
« Nous ne sommes pas obligés d'en parler si tu n'en as pas envie, indiqua-t-il. Mais si tu le souhaites, je t'écouterais, quoique tu dises. »
Elle le remercia et resta quelques secondes à écouter les battements affolés de son cœur avant d'articuler un début de phrase qui se perdit rapidement dans les sanglots qui échappèrent de nouveau à son contrôle. Hermione expliqua tout, les cadeaux, l'éclair de feu de Harry, ses doutes, ses mises en garde, son intervention auprès du professeur McGonagall et la confiscation du balai, sans oublier les paroles et la déception de ses deux amis. Elle lui fit part de son désarroi et de son incompréhension. Pourquoi était-elle blâmée alors qu'elle avait agi par sagesse ? Elle ne voulait que protéger Harry, Sirius Black pouvait être n'importe où et il était déjà tombé de balai cette année. Elle avait été si inquiète lorsque son corps avait dévalé le ciel sous ses yeux et aurait été dévastée sans l'intervention de Dumbledore pour l'empêcher de s'écraser. Elle tenait à Harry, plus qu'à n'importe lequel de ses livres, n'en déplaise à Ronald qui prétendait le contraire, et avait agi par amitié, pour sa sécurité. Pourquoi donc était-elle la seule à s'en rendre compte ? Ne pouvaient-ils pas lire son âme comme Cédric et Maisie semblaient être capables de le faire ? Ou peut-être était-ce parce qu'elle n'avait jamais vraiment pris le temps de leur confier ses doutes comme lorsqu'elle se sentait en sécurité de le faire avec les deux Poufsouffle.
Cédric écouta chaque phrase, chaque mot, chaque syllabe sans jamais l'interrompre. Il demeura muet et attentif durant tout son récit, gardant simplement son bras autour de ses épaules pour lui témoigner son soutien. Lorsque Hermione acheva son monologue, les grosses bourrasques de neige qui balayaient le paysage nocturne s'étaient muées en de légers flocons qui perlaient dans leurs cheveux et sur leurs pulls. L'air était plus doux et ses derniers pleurs taris, Hermione cessa de frissonner.
« Laisse Ron et Harry prendre un peu de temps pour réfléchir à ce qu'il s'est passé, conseilla-t-il. Ils finiront par se rendre compte que tu as les meilleures intentions du monde. Ce sont tes amis, ils savent que tu ne chercherais jamais à leur nuire. »
Hermione opina et s'empara des doigts qui caressaient son bras, elle se sentait apaisée. Certes le problème n'était pas réglé, mais le fait d'avoir pu vider son cœur auprès de Cédric lui avait fait le plus grand bien. Jamais personne dans son existence ne lui avait offert et consacré autant de temps, sans sourciller, Cédric Diggory n'avait décidément rien du garçon égoïste et imbu de sa personne que se plaisaient à décrire Fred et George. Ceux qui l'avaient comme ami n'avait pas la pleine mesure de leur chance. Il n'était, bien entendu, pas parfait, mais possédait des qualités de compréhension, de patience, de loyauté et d'écoute que l'on ne pouvait nier.
« Maisie et Ellie avaient vraiment l'air d'être heureuses, ce soir, murmura-t-elle lorsque sa voix fut en mesure de porter ses mots sans les faire trembler. »
Son visage s'illumina, préoccupé par la tristesse de sa petite-amie, il avait un instant oublié la réussite de la soirée et les sourires qui n'avaient jamais quitté les lèvres des deux sœurs Andrews. Hermione avait raison, toute la tristesse qui les accablait s'était évaporée l'espace de quelques heures. Il avait réussi son pari. Avec Cho, Percy et Hermione ils avaient tous mené à bien leur mission et ils pouvaient en être fiers. Cédric l'était, un peu, surtout depuis l'intervention de leurs professeurs qui lui avait fait prendre conscience de ce qu'ils avaient accompli. Mais cela lui paraissait si évident d'agir de la sorte qu'il n'avait pas, en premier lieu, perçu l'importance de leurs actions.
« Oui, finit-il par articuler, je suis vraiment heureux. »
Il serra fortement la main de Hermione dans la sienne. Il aurait voulu rajouter qu'il souhaitait ardemment que cela soit également son cas, que sa dispute avec Harry et Ron n'ait pas entaché la soirée qu'ils venaient de passer. Il était si partagé, entre l'intense bonheur qu'il éprouvait d'avoir pu soulager Maisie et passer du temps avec ses amis, et la profonde compassion qu'il ressentait vis-à-vis de Hermione. Sa tête bouillait à chaque fois qu'elle lui rapportait les frasques de ses amis et, au contraire de la préfète, qui ne doutait pas et était en colère contre les deux garçons, lui n'était traversé que par une profonde tristesse, mêlée de culpabilité. Il savait être une partie de la cause de leurs altercations, et parfois il regrettait d'avoir causé tant de soucis à la jeune-fille par sa simple présence. C'était un poids qui prenait de l'ampleur jour après jour et il ne savait comment s'en défaire. Après tout, il était arrivé bien après les deux Gryffondor, comment pouvait-il avancer être une meilleure compagnie pour Hermione ?
« Cédric, le coupa-t-elle dans sa flagellation mentale, je ne sais pas à quoi tu penses, mais arrête immédiatement, quoique ce soit, ce n'est pas ta faute. »
Il esquissa un sourire, voilà qu'elle le reprenait comme sa meilleure amie pouvait le faire. Les deux jeunes-filles passaient décidément beaucoup trop de temps ensemble, à moins que les évènements n'aient tout simplement forcé le rapprochement et aidé aux confidences. Ils n'avaient, en effet, jamais autant parlé que durant le dernier mois, de tout, de leurs espoirs et leurs craintes, de leurs familles. Et ils continuaient à se découvrir un peu plus chaque jour, faisant tomber une à une les barrières autour de leurs esprits. C'était à la fois agréable et terrifiant.
« Je suis vraiment émue par toute la force et la dévotion que tu as mises dans ce projet, reprit Hermione. Tout le monde rêve d'avoir un ami comme toi.
- Merci, mais... »
Les lèvres de Hermione sur les siennes l'empêchèrent de répliquer. Tout d'abord surpris, Cédric finit par se laisser aller et ferma rapidement les yeux pour mieux graver dans sa mémoire le souvenir du baiser qu'ils échangeaient. Qui aurait cru que c'était elle qui prenait le plus d'initiatives entre eux ? Lorsqu'ils se séparèrent, sa main se glissa naturellement sur la joue de la jeune-fille et après avoir repris son souffle, il s'empara de nouveau de ses lèvres, pour un baiser un peu plus chaste que le précédent. Hermione sourit contre lui et il la garda de longues minutes dans ses bras avant de songer à rentrer se coucher.
« Merci de m'avoir écoutée, lâcha-t-elle alors qu'ils passaient la porte, et... »
Sa phrase demeura en suspend une petite seconde puis, après avoir piqué un fard, elle se hissa sur la pointe des pieds et embrassa l'attrapeur sur la joue, avec tendresse.
« Joyeux Noël, Cédric. »
oOo
Notes:
1) On commence et on termine ce chapitre avec les états d'âme de Hermione. Et oui ! Il ne faudrait tout de même pas oublier qu'à l'origine, elle est le personnage principal de cette fanfiction (non, ce n'est pas Maisie, oui, je suis déçue aussi, mais c'est la vie les enfants !) En vérité j'aime bien travailler un peu sa psychologie à cette petite, je trouve que l'on n'en sait vraiment pas assez dans les HP. Et de plus on ne connaît que Hermione la sorcière et non Hermione qui est issue du monde moldu.
2) J'espère que tout comme Maisie vous avez apprécié ces trois invités ! Je trépignais un peu d'impatience de pouvoir les inclure dans cette fanfiction. D'ailleurs, un recueil de OS ne devrait un jour voir le jour, au moins sur Maisie et Charlie.
3) Pour plus d'aventures inédites de Maisie, Percy et les autres préfets, veuillez vous diriger vers le recueil de OS Secrets de préfets.
4) Je ne sais pas pourquoi, je vois bien le professeur Chourave être proche des élèves de sa maison et pourquoi pas les appeler parfois par leur prénom, lorsque ce n'est pas dans le cadre d'un cours.
5) Oui, Maisie fait des câlins à tout le monde, même à Dumbledore. Parce que c'est Maisie et qu'elle a un sacré culot !
6) J'admets que ce chapitre a été plutôt compliqué à écrire pour moi en raison du grand nombre de personnages à faire interagir et je voulais pouvoir un peu mettre en place les divers liens entre eux, donc, ceci explique le supplément mots... (non, en fait ceci est une excuse bidon, je ne sais juste toujours pas me contrôler sur la longueur^^)
RàR:
Merci à Delphine03 et Aventure pour leurs reviews! :3
Aventure: J'espère que la suite de cette histoire te plait, même si elle a un peu tardé à arriver. A bientôt, je l'espère!
