Merci aux personnes qui m'envoient de temps en temps des reviews anonymes, je ne peux pas y répondre via le site mais ça me fait très chaud au cœur ! Et merci à celleux qui continuent à m'écrire ou qui découvrent l'histoire, j'attends toujours vos commentaires avec impatience !


Le relief montagneux aux contours abrupts dessine un arrière-plan époustouflant derrière les deux amoureux. Entre eux, se dresse une chute d'eau dont le courant vient se déverser dans un bassin turquoise d'une rare pureté. En cette période estivale, la cascade n'est pas à son courant maximal mais elle possède néanmoins un attrait non des moindres, suffisant pour que Harry et Draco décident de cet endroit pour se dire oui pour la vie. Enfin, plutôt, pour se lier dans une union de sang et de magie, dans le respect brut et sauvage des traditions sorcières.

À leurs côtés, leurs amis les plus proches forment un demi-cercle, mains liées, pieds ancrés fermement sur la plage de galets entourant le bassin. L'air autour d'eux vibre au rythme des paroles, tant il est saturé de magie et de bonheur à l'état pur.

Leur joie mais aussi celles de leurs proches, de les voir enfin réunis, enfin ensemble, heureux.

Une fois la cérémonie terminée et le cocktail avalé, en route pour la soirée de célébration, Harry se tourne vers Hermione, et lui lance en rigolant : "Quand je suis venu t'annoncer que je devenais fou à cause de mes rêves il y a un an, tu aurais cru qu'on en serait là, 365 jours plus tard ?"


"Bonjour mère."

Draco fait la bise à Narcissa, avant de s'installer en face d'elle dans leur salon de thé favori. Un serveur se précipite pour l'aider à retirer sa cape, et rougit furieusement lorsqu'il frôle sa peau du bout de ses doigts. Draco lui sourit en remerciement, aussi charmeur que létal dans l'expression.

Une fois le plateau de délicatesses servi et le thé versé, Narcissa prend la parole :

"J'ai déjeuné avec Rose Parkinson cette semaine."

Draco repose sa tasse délicatement sur la coupelle ornée d'hortensias fleurissant. La porcelaine peinte aux couleurs vibrantes contraste vivement contre ses doigts pâles.

"Vous étiez proches, il fut un temps. Vous deviez avoir beaucoup de choses à vous dire."

"En effet. Notre conversation a été très riche en découvertes, pour elle comme pour moi."

Draco hausse un sourcil : "Pour elle ?"

Narcissa sourit paresseusement, satisfaite. Elle repousse ses cheveux sur une épaule, les laissant tomber en cascade en belles ondulations argentées. Sur son oreille dévoilée, un diamant solitaire scintille élégamment.

"Vois-tu, Rose a été très surprise d'apprendre tes fiançailles avec Astoria. Il m'avait pourtant semblé que ton amitié avec Pansy était relativement proche."

"De toute évidence" répond Draco, la mâchoire serrée, "elle devait être bouleversée par la tragédie qui a bouleversé sa famille."

"Bien sûr." acquiesce Narcissa, magnanime. "Et quelle tragédie ! Enfin, avec une fin heureuse néanmoins, puisque ce cher Philippe est de nouveau sur pieds, aussi vaillant qu'avant. Cependant il faut avouer que cet incident a tout de même été bénéfique pour ce pauvre homme, qui a vu sa circonférence diminuer de moitié."

Draco sent l'agacement monter en lui comme une vague, mais parvient à moduler ses propos.

"Si tu abordes le sujet de l'accident des Parkinsons, je suppose que ce n'est pas anodin."

Narcissa le regarde un instant sans parler, puis commence. "J'ai cru comprendre que lors du rituel qui a permis de sauver la vie de Philippe, Harry Potter était présent. De plus, il m'a semblé comprendre, d'après la description faite par Rose, que la magie entre vous ne fluait pas comme celle entre vous et Weasley."

Une nouvelle pause.

"D'après ce que j'ai pu voir et entendre ces derniers mois, tes contacts avec lui ont significativement augmenté. Suffisamment pour que le seul fait d'entendre son nom prononcé à voix haute fait tendre ton corps comme un arc prêt à décocher. Tu vois, tu ne le remarques même pas. Je continue ou c'est suffisant pour que tu me racontes ce qu'il se trame entre vous deux ?"

Narcissa le regarde d'un air victorieux, pensant l'avoir acculé au mur. Mais dans la famille Malfoy, les joutes verbales sont courantes et le goût de la domination coule dans les veines de Draco, même face à sa propre mère.

Il se saisit d'un scone qu'il ouvre en deux, pour y déposer une dose généreuse de gelée de groseille, puis une cuillerée de crème. Il prend le temps d'en prendre une bouchée, arrosée d'une gorgée de thé, avant de répondre :

"Pourtant, mère, entre nous, il me semble que c'est toi qui m'a dissimulé quelque chose. L'oniromancie est une spécialité de la famille Black, n'est-ce pas ? Une spécialité… ou plutôt un fléau, qui nous tombe dessus qu'on le désire ou non."

Narcissa écarquille les yeux, surprise.

"Quand les rêves ont-ils commencé ?" lui demande-t-elle après avoir repris ses esprits.

"Cet été."

Elle pose sa paume chaude sur la main de Draco, caressant sa peau en un geste de réconfort maternel.

"Tu as compris, je crois, ce que cela signifie, n'est-ce pas mon fils ? C'est l'un des secrets les mieux gardés chez les Blacks. Au passage à l'âge adulte, quand un membre de la famille se sent prêt à se poser et commencer une relation sérieuse, le destin lui envoie une série de rêves. 365 rêves, un par nuit, qui dévoilent ce qui aurait pu être, ou ce qui pourrait être. 365 "et si", avec en personnage central, la personne qui lui est destinée."

Les yeux de Draco brillent de douleur et ses mains se crispent.

"Pourquoi ne m'avoir pas prévenu plus tôt ?" dit-il dans un murmure.

Narcissa soupire. "Il nous est interdit d'informer nos enfants de cette étape. Elle doit advenir organiquement, sans influence externe. Et parfois, pour certaines personnes, cela n'arrive jamais. Bellatrix, par exemple, n'a jamais eu ces rêves, en tout cas pas à ma connaissance."

"Et ensuite ? C'est quoi la suite ?"

Les mots pèsent lourd entre eux, ont un goût de détresse.

"Ensuite, une fois la période écoulée-ou pendant l'année accordée, le Black se doit de faire un choix. Soit il choisit la personne qui lui est prédestinée, son bonheur, son épanouissement amoureux, soit il se détourne de cette voie, pour des raisons qui lui sont propres."

Draco pose un regard déterminé sur sa mère :" Il est donc possible d'ignorer cet appel et de poursuivre sa vie comme on l'entend ?"

"Parfois il arrive que des Blacks rejettent leur prédestiné-par préjudice, par peur, ou tout simplement car leur accomplissement personnel est incompatible avec une vie amoureuse saine et stable. C'est le cas de Sirius, mon cousin, qui a refusé son destin par peur d'une liaison avec un homme qu'il estimait trop sombre pour lui. Par peur d'être rejeté aussi, moqué, par cet homme qu'il pensait être épris de sa meilleure amie."

Les yeux écarquillés, Draco demande :"Ne me dis pas qu'il s'agissait de Severus ?"

Narcissa acquiesce tristement. "Si, c'est bien lui qui était lié à Sirius. Draco, écoute-moi bien : j'ai très mal interprété ton comportement ces derniers mois. Je pensais bien faire en te poussant à épouser Astoria mais si ton désir le plus profond est une union avec Harry, je ne m'y opposerai certainement pas. Je pensais que tu ne serais pas concerné par cette oniromancie, car tu n'as jamais manifesté de signes jusqu'ici."

" Mère, j'ai une dernière question. La personne qui nous est… destinée. Est-elle au courant de ce qu'il se passe ? A t-elle des rêves elle aussi ?"

" Jamais, mon fils. C'est un fardeau terrible que nous devons porter seuls, nous les Blacks."

Draco prend quelques secondes pour méditer sur les informations données par sa mère, puis commence à se lever, faisant signe au serveur de lui apporter l'addition et sa cape.

" Attends, Draco" dit doucement Narcissa. "Que vas-tu décider ?"

"Ai-je le choix ?" ricane aigrement le jeune homme. "Suis-je donc un monstre pour briser un couple, séparer Potter de son Weasley, et lui annoncer qu'il doit se lier à vie avec son rival de toujours, qui ne lui a jamais rien apporté de bon ? Le séparer de sa famille de cœur, lui imposer d'être avec moi ? Le destin ne crée pas l'amour, mère, ça ne tombe pas du ciel."

Dans sa voix résonne une amertume nouvelle qui fend le cœur de sa mère.

"On a toujours le choix, mon chéri. C'est vrai, ce n'est pas un sortilège d'amour. Mais un chemin qui vous guide vers quelque chose qui pourrait devenir encore plus grand que ce que vous auriez pu espérer. Ne l'as-tu donc pas vu dans tes rêves ? Ne tourne pas ton dos à ton bonheur Draco, pas aussi vite."

"Ce qui m'importe plus que tout, mère" chuchote Draco dans un murmure presque inaudible, "c'est le bonheur de Harry, pas le mien."


"Alors, Harry… Un vélo ou un skateboard pour Noël cette année ?"

Andromeda plisse le nez devant la vitrine de la boutique de sport nouvellement ouverte sur le Chemin de Traverse, où sont disposés des objets moldus comme sorciers.

"Personnellement je préférerai un vélo, j'ai un peu passé l'âge des figures de skateboard Andy", se moque tendrement Harry.

"Pour Teddy évidemment !" souffle Andromeda, "Et puis ce n'est pas comme si tu étais des plus sages avec ton balai… Un éternel gamin je vous dis !"

Harry rigole et entre dans le magasin, immédiatement happé par une vendeuse en uniforme rouge et vert qui se propose de lui faire tester les dix-neuf fonctions de leur vélo elliptique adapté au monde sorcier. Il essaye vainement de s'extirper poliment de cette situation délicate mais est dans l'incapacité de couper le flot de paroles ininterrompu de la vendeuse. Tristement, il accepte son sort et regarde partir Andromeda vers le rayon enfants, cette dernière n'essayant même pas de cacher son amusement.

Soudain, il voit un homme blond entrer dans le magasin, accompagné d'une jeune femme qui ressemble à un mannequin, ou une fée, ou un ange. Ou un mélange harmonieux des trois, dessiné d'une main de maître. La jalousie flambe sans prévenir dans le ventre de Harry, comme un brasier imbibé d'essence. La voici, sa fiancée. Il la voit s'accrocher délicatement au bras de Draco, lui sourire quand il lui tient la porte. Toujours gentleman, toujours galant. Sauf avec Harry, évidemment.

Avec Harry ça a toujours été la passion brute et sans filtre, la rage de vivre et de faire vivre l'autre, de lui faire ressentir toutes les émotions possibles en un seul moment coup de poing.

Harry lui n'aura jamais le droit à ces attentions particulières, à ces après-midis d'oisiveté à se balader de boutique en boutique pour les emplettes de Noël.

Il est tellement obnubilé par son observation millimétrée des gestes du jeune couple qu'il n'écoute même plus la vendeuse lui vanter les mérites du modèle expert. Soudain, leurs regards se croisent au-dessus d'un rayon de gadgets pour adolescents, brûlants. Harry se détache de la vendeuse comme possédé par un esprit supérieur. Il s'avance vers Draco avec une seule idée en tête, lui parler de ce matin il y a quelques semaines où il s'est écroulé après le rituel.

Pourquoi m'as-tu abandonné, Draco ? Pourquoi me laisser seul - certes avec mes amis, mais sans toi, alors que j'avais besoin de ta présence ?

Que sommes-nous, l'un pour l'autre ?

Harry accélère et entre dans un rayon annexe pour doubler deux vieilles mamies qui prennent toute la largeur du passage. A la sortie du couloir, il prend à gauche, prêt à tomber tout de suite sur Draco. Ce dernier semble cependant s'être évaporé, et ne reste à sa place plus que Astoria, qui semble tout aussi perdue quant à la localisation de son fiancé.

Harry soupire et prend son visage dans ses mains. La fatigue de ces dernières semaines s'abat sur lui comme un couperet et il sent une vive migraine se former entre ses tempes.

Ce qu'il ne sait pas encore, c'est qu'une certaine personne a assisté à la scène dans les moindres détails. Alors, lorsque la main douce et chaude de Andromeda se pose sur sa nuque, lorsque sa voix inquiète lui demande s'il va bien, il n'imagine pas que son cœur est en proie à des surprises bien plus grandes.

Car la question qu'elle lui pose ensuite est lourde de conséquences :

"Dis-moi, Harry, tu n'aurais pas fait des rêves étranges récemment par hasard ?"