Bonjour à tous,
Roh la la comme je suis contente, de plus en plus de reviews, environs 300 à 400 lecteurs par chapitre... Je plane de bonheur ! Bref ! Vous serez sûrement heureux de voir que je poste un vendredi, ce qui veut dire que d'ici lundi, nouveau chapitre à venir ! Je me suis trouvé des playlistes incroyables pour écrire du coup... ça avance !
Spécial tanks et dédicace à VMasters.76 qui lira sûrement ceci prochainement ! Tes reviews m'ont touché et motivé !
A bientôt mes amours !
Love.
Chapitre XII
Il faisait beau. Évidemment, en plein mois de juin, il n'était pas si étonnant que cela de voir le soleil illuminer les vieilles pierres du château.
Sauf qu'aujourd'hui c'était comme une insulte. Comme si la terre elle-même se moquait de la situation. Harry, assis dans sa chambre, observait d'un air mauvais ses mains.
Entièrement vêtu de noir, il attendait. Il attendait qu'on vienne le chercher pour y aller. A l'enterrement. Celui de Feu son Parrain. Il savait qu'il avait une tête affreuse. Les yeux rouges à cause des insomnies répétées et des larmes. Le teint pâle. Il se sentait nauséeux mais il ne savait plus si c'était parce que Snape l'avait forcé à avaler quelque chose ou si justement c'était parce que son estomac était désespérément vide depuis une semaine.
Sept jours. C'était apparemment le temps qu'il fallait pour régler la mort de quelqu'un. C'était pitoyable. Cérémonie ? Fleurs ? Pierre tombale ? Endroit ? Des petits fours pour les invités ou pas ? Et l'héritage. L'argent.
Il avait survolé tout ça sans s'intéresser plus que cela aux réponses qu'il donnait vaguement à son tuteur. S'il avait passé deux jours enfermé dans le silence, il avait finalement émergé pour observer les événements d'un regard lointain. Il se sentait comme à côté de lui-même. Pas tout à fait dans la même réalité. Séparé des autres par un voile de brume.
La douleur avait été incommensurable. Puis il s'était mis à se détester. Parce que ce n'était pas Sirius à proprement parler qui allait lui manquer….Juste l'idée qu'il avait eu, avec lui, un lien particulier. Parce qu'au fond, il avait peu vu l'homme… Il lui avait dit être son parrain mais il ne s'était jamais occupé de lui. D'abord enfermé à Azkaban puis en fuite, leur relation avait été plutôt épistolaire.
Et il s'en voulait terriblement de penser ainsi. Il aurait dû être plus triste. Plus mal. Il aurait dû en souffrir plus longtemps. Il était une mauvaise personne au fond. Un sale gamin ingrat et irrespectueux. Un monstre d'égoïsme pour déplorer la mort d'une personne uniquement en tant que "famille potentielle". A chaque fois qu'il y repensait, il sentait la bile lui brûler la gorge et son angoisse l'étreindre.
Sirius. Il lui avait tout légué apparemment. Jusqu'à une espèce d'elfe complètement aigri et malveillant.
Fermant les yeux une seconde, il effaça la honte de son visage pour tenter de reprendre pied. Sauf que la colère et la haine l'envahissaient irrémédiablement.
Elles avaient pris naissance quelques jours après les événements. S'étaient enracinées dans son cœur et avaient tout envahi goutte après goutte. Une haine si terrible qu'il avait mis un moment à la dompter suffisamment pour que sa magie ne déborde pas autour de lui. Il avait calfeutré son esprit. L'avait entouré de murs infranchissables. Isolé complètement, enterrant tout ça soigneusement sous des chapes et des chapes de béton.
Il se vengerait. Sans le moindre doute, il tuerait cette femme qui avait exécuté Sirius sous ses yeux, laissant son cadavre encore chaud s'écraser contre son torse. Le laissant récolter son dernier soupire dans un souffle sur sa peau qu'il n'oublierait jamais.
Comme il n'oublierait jamais la chaleur s'évaporer doucement. Le regard un peu vitreux. Et la rigidité cadavérique quand plusieurs heures plus tard Snape l'avait enfin suffisamment calmé pour qu'il le lâche. Il avait lâché le corps de son parrain et avait observé avec horreur celui-ci retomber comme un morceau de bois. Glacé. Figé. Les yeux encore ouverts.
Il s'était brusquement levé et avait vomi tout ce que contenait son pauvre estomac. Tremblant de tout son corps, il avait été rapatrié à Poudlard.
Oh non. Il n'oublierait jamais ce que cela faisait de toucher un mort. De s'accrocher à lui comme à son dernier espoir. Et pour ça, Bellatrix Lestrange irait en enfer et il lui ouvrirait les portes lui-même.
Il lui ferait payer au centuple la souffrance qui lui mangeait les chaires comme une vieille maladie pernicieuse et mortelle.
Snape soupira longuement. Il jeta un regard rapide à la porte de la chambre de son pupille et se crispa légèrement. Il s'inquiétait. Et cette fois il s'inquiétait beaucoup plus que les dernières fois qu'il avait eu à gérer une crise émotionnelle chez le jeune sorcier.
Il était différent. Glacial, détaché. Il semblait couver sa haine comme une Dragonne son œuf. Il s'était à nouveau retiré en lui-même, refusant tout interaction autre que nécessaire. Il tenait tout le monde à distance depuis qu'il était sorti de son mutisme. Les sarcasmes coulaient de sa bouche et il semblait brusquement avoir perdu le peu d'innocence qu'il avait jusque-là préservé.
Passant une main lentement dans ses cheveux, il repensa à ces derniers jours. A la mort de Black. A son pupille hurlant de rage et de douleur au milieu du Ministère, les membres de l'ordre les entourant.
Au temps infini qu'il lui avait fallu pour qu'il arrive à détacher le jeune homme du corps de son Parrain sans qu'il ne cherche à se défendre. Il se rappelait qu'il avait réagi comme ça aussi avec Diggory. Il s'était jeté sur le corps et avait refusé de le lâcher. S'y accrochant comme à une bouée.
La scène avec Black avait été une sorte de remake. Plus intense. Plus violente. Mais un remake. Quand enfin il avait emmené Harry, après qu'il ait vomi ses tripes, il s'était tut. Absent, il s'était laissé emmener sans prononcer le moindre mot.
Et il avait dû s'en occuper comme d'un enfant. Il devait constamment lui dire quoi faire et à quel moment parce que sinon le survivant s'enfonçait dans une sorte de léthargie dérangeante dans lequel il restait complètement apathique.
Les visites s'étaient succédées. Ron, Hermione, les Weasley, Dumbledore, Minerva ou encore Hagrid. Nott et Zabini lui avaient aussi rendu visite. Mais peu importe le temps passé ou les paroles prononcées, Harry n'avait réagi à rien. Dobby avait tenté de lui cuisiner divers plats, il n'y avait touché que lorsque Snape lui avait mis une fourchette dans la main et lui avait ordonné de manger. Un peu au moins.
Seul Draco s'était abstenu de venir… Sans donner de raisons particulières. Il avait regardé les différentes personnes défiler dans les appartements de Snape d'un air entendu mais n'avait pas fait le moindre commentaire.
Harry avait passés trois jours dans cet état. Et brusquement, un matin, le professeur avait vu son pupille débarquer dans le salon, habillé, douché et coiffé et il lui avait lancé un regard dont il se souviendra longtemps.
Neutre. Froid. Il lui avait demandé quand aurait lieu l'enterrement. Du moins est-ce qu'il y en aurait un… ? Il n'avait aucune idée des traditions sorcières.
Il l'avait vu s'asseoir en face de lui sur un fauteuil, jambes croisés, bras sur l'accoudoir et menton dans la main, regard dans le vague. Indifférent.
Alors il avait répondu à ses questions avant de lui faire part des détails de la cérémonie. Des différents points à organiser. Efficace, organisé, froid. Depuis il avait l'impression de ne plus réussir à l'atteindre, que le gosse était une autre personne et cela le dérangeait plus qu'il ne l'aurait avoué à quiconque. Jetant un regard à la vieille horloge près de la cheminée il se résigna. C'était l'heure.
Il se dirigea lentement vers la chambre et toqua, un coup rapide et sec, ouvrant la porte.
- C'est l'heure d'y aller.
Draco se tenait parmi les différents sorciers debout dans le cimetière de Godric's Hollow. Il avait écouté Albus Dumbledore rendre un hommage funèbre à Sirius Black, Espion de l'Ordre du Phénix qui s'était sacrifié de nombreuses années durant pour le camp de la Lumière.
Le lieu était gardé par de très nombreux Aurores. Potter était même entouré de quatre d'entre eux en plus de Severus et Maugrey.
Il n'avait pas la moindre expression sur le visage. Lisse. Figé. Le blond ne pouvait pas voir ses yeux mais en arrivant, le survivant semblait complètement fermé au monde qui l'entourait.
Il avait lentement fendu la petite foule de sorcier pour se placer devant la pierre tombale qui serait bientôt gravée magiquement par le directeur. Habillé entièrement de noir, il se tenait là, raide, le dos bien droit. Complètement immobile, sa respiration si calme qu'elle en devenait difficilement percevable. Snape s'était positionné à sa droite, il le voyait de temps à autre jeter un regard concerné à Potter.
Inutile. Tout cela était non seulement inutile mais complètement stupide. Potter avait besoin de temps. Il le connaissait trop bien et pouvait presque anticiper ses réactions. Après sa phase de mutisme, il devait maintenant baigner dans la haine. Et dans quelques jours ou semaines, il craquerait. Cracherait ce qu'il avait sur le cœur avant de se calmer un peu.
Sortant de ses pensées, il vit Dumbledore, dans un geste de grande éloquence, graver le nom de Sirius Black, son cousin, sur la pierre de marbre noir et il soupira. C'était terminé.
Sans un mot, Potter se tourna et attendit stoïquement que les différents sorciers passent devant lui afin de lui adresser leurs condoléances. Mains dans les poches, il les observa les lèvres scellées, hochant juste la tête en guise de remerciement.
S'il avait déjà vaguement évité la main paternelle du Directeur de Poudlard sur son épaule, il avait, par contre, clairement reculé quand Molly Weasley avait voulu l'étreindre.
- Ne me touchez pas.
La voix du survivant avait claqué dans le silence stupéfait de la Matriarche.
- Mais...mon chéri
- Je ne suis pas votre chéri ni celui de personne. Vous n'êtes pas ma mère. Je vous suis reconnaissant à un certain degré de vous être occupée de moi il y a quelques années mais c'est terminé. Merci donc de réfréner vos élans émotionnels.
Il savait que Harry en voulait aux Weasley, mais il ne pensait pas le voir un jour le leur jeter au visage avec autant de froideur. S'approchant lentement, il observa la femme se décomposer et balbutier maladroitement.
- Harry enfin ! Molly voulait juste t'exprimer son soutien !
Arthur Weasley semblait légèrement outré du comportement du brun et Snape, un sourcil hautement relevé allait intervenir mais apparemment le survivant n'avait besoin de personne.
- Et bien faites comme tout le monde. Un simple mot suffira.
Il cloua l'homme de son regard émeraude avant d'avoir un rictus amer.
- Même si j'avais bien compris ce que ma perte représente pour vos avancées personnelles et professionnelles. Navré. Je vous laisserai vous tourner vers quelqu'un d'autre dorénavant.
Ron qui assistait également à la scène eut un regard blessé avant d'entraîner ses parents plus loin. Il semblait, pour une fois, avoir compris que par moment, il valait mieux éviter de rentrer dans ce genre de confrontation avec Harry.
McGonagall qui attendait après les Weasley se retenait apparemment de dire quelque chose, intention qui fut soulignée par un regard plutôt équivoque de son collègue, Maître des potions. Elle se contenta alors d'un discours formel avant de quitter le cimetière pour rejoindre le lieu du vin d'honneur qui suivait la cérémonie.
Finalement c'était à lui de s'avancer. Son propre parrain lui jeta un regard lourd de sens avant d'indiquer à Harry qu'il partait en avance pour rejoindre le lieu de l'apéritif.
Ils se retrouvèrent face à face. Devant la tombe de Sirius Black. A côté de celles des parents du brun. Entouré par les morts d'une guerre bien trop lourde pour eux.
- Potter.
- Malefoy.
Les yeux plissés, le blond l'observait d'un air critique alors que le brun lui rendait un regard plein de défi. Le silence s'éternisa entre eux sans que cela ne les gêne. Ils avaient presque l'habitude.
- Toutes mes condoléances.
- Merci. A toi aussi.
Haussant un sourcil blond, il le regarda l'air interrogateur.
- C'était également ton cousin.
- Ah. Je ne le connaissais pas à vrai dire.
Potter détourna les yeux une seconde pour fixer la tombe avant d'hausser les épaules.
- Moi non plus.
Potter venait de lui livrer tout le fond de sa pensée en trois mots. La guerre lui avait encore arraché une personne sans même lui laisser le temps de la connaître. De la découvrir. Elle le laissait pétri de regrets et de questions auxquelles il n'aurait jamais de réponse. Condamné à vivre avec des souvenirs partiels ou des "si". Encore une fois, le survivant voyait une sorte de vague espoir s'écrouler comme un château de cartes sans qu'il n'ait le choix.
Il devait crever de frustration et de rage. Du moins, c'est comme cela que lui, Draco Malefoy, aurait vécu la situation. Atteindre un but, le frôler, l'effleurer du bout des doigts au moment même où il s'évapore, vous glissant comme du sable entre les doigts.
- Malefoy ?
- Quoi…?
Revenant à Potter, il ne nota qu'à cet instant que celui-ci s'était écarté et avait fait quelques pas en direction de la sortie.
- Tu viens…?
Il l'attendait. Et apparemment il souhaitait, ou du moins ne rejetait pas, sa présence à ses côtés. Tournant son regard argent sur les tombes, il adressa un salut silencieux aux morts reposant là avant de rejoindre le brun d'un pas traînant.
- J'arrive.
Le vin d'honneur avait été une véritable épreuve pour le jeune sorcier. Il avait, un verre de jus de citrouille à la main, vaguement écouté quelques anecdotes sur Sirius avant de s'écarter. Il voulait rester seul. Il n'avait certainement pas besoin qu'on lui parle de ce qu'il avait manqué. De ce qu'il ne connaîtrait jamais de cet homme qui lui avait, un temps du moins, apporté une lueur d'espoir.
Le regard sombre, observant sans vraiment les voir les arbres de Grimaud Square derrière la fenêtre de l'horrible salle de réception de cette maison dont il avait hérité, il n'entendit pas les pas s'approcher.
- Harry… ?
Il revint sur terre pour tomber sur Ron et Hermione. Il les regarda mais ne répondit pas, s'amusant intérieurement de l'air inquiet d'Hermione et celui nerveux de Ron.
- Je… je suis vraiment désolée pour la mort de Sirius…
Qu'est-ce qu'elle attendait de lui…? Qu'il lui dise qu'il la remerciait…? Il n'en n'avait ni l'intention ni l'envie. Dommage.
- Et...désolé aussi du comportement de mes parents vieux…
Ron était intervenu, plantant son regard dans le sien. Mais à nouveau, Harry s'en fichait pas mal…
- Est-ce que...on peut faire quelque chose pour toi..?
Y avait-il question plus stupide que celle-ci à demander au proche d'un défunt. Qu'est-ce que les gens s'attendaient donc à recevoir comme réponse… "Ramenez moi celui que j'ai perdu. Impossible… Alors pourquoi pas une tarte au pomme…".
Ridicule.
- Granger… Et si tu allais voir ailleurs si j'y suis avec tes questions stupides.
La voix de Malefoy trancha le silence malaisant avec moquerie. Il se tenait là, derrière les deux anciens amis du brun, un verre à la main, aussi aristocratique que d'habitude. Hautain, froid, et snob.
- Je ne vois pas en quoi il est stupide de s'intéresser à un ami !
- Oh arrête un peu. Que veux-tu répondre à ce genre de fadaises… ? C'est ridicule la façon qu'ont les gens d'aborder la mort. Black est parti. Laissez le juste encaisser la nouvelle.
- Quoi la fouine, t'es psy maintenant ? Tu t'y connais en deuil ?
Le blond plissa lentement les yeux alors que son visage se transformait pour devenir un masque de dureté.
- Je pense, Weasmoche, que j'ai probablement côtoyé la mort de cent fois plus près que toi et ta petite copine… Et bien plus souvent. Le jour où tu auras vu un cadavre gésir dans son propre sang, on en rediscutera. En attendant, ne pense pas me donner de leçons.
Hermione observait l'échange avec nervosité. Pas plus surprise que ça de la réponse du blond, elle posa une main apaisante sur le bras de Ron qui semblait sur le point de s'énerver et se tourna vers Harry.
- Quoi qu'il en soit, et même si je n'ai jamais encore eu à faire face à la mort d'un proche, j'espère que si tu as besoin de quelque chose que je peux faire, tu n'hésiteras pas.
Le brun hocha simplement la tête alors qu'il se rendait compte à quel point ils semblaient démunis face à toute cette situation. Eux, effectivement, n'avaient encore jamais affronté la mort… Ils étaient encore trop éloignés de la guerre pour en subir de plein fouet les conséquences contrairement à Malefoy et lui.
- Barrez-vous. Quittez l'Ordre. Allez mettre vos familles en sécurité. Vous avez encore la possibilité de ne pas trop vous impliquer dans la guerre… Si je le pouvais, je serais le premier à partir… Alors faites le tant qu'il est encore temps… Hermione… Va mettre tes parents à l'abri… Ron… Fais en sorte que tes parents s'éloignent de l'ordre. Trop de gens sont morts et vont mourir. Et aujourd'hui aucun d'entre vous n'est réellement nécessaire. Alors fuyez.
Malefoy regardait Harry avait cet air étrange. Sombre et résigné. Comme si tous les deux savaient parfaitement vers où les menaient le chemin emprunté.
Hermione frissonna aux paroles du Survivant alors que Ron s'insurgeait immédiatement.
- On peut pas faire ça ! On va se battre aussi !
- Très bien. Mais prépares-toi à voir tes frères, tes parents ou Ginny tomber sur un champ de bataille. Prépares-y toi chaque jour parce que, quand ça arrivera, et ça arrivera forcément, Ron, tu devras continuer de te battre pour survivre. Et si tu gagnes, tu devras vivre avec leurs fantômes.
Le roux était devenu un peu plus pâle, Draco le vit lentement déglutir alors qu'il semblait se plonger dans ses pensées et se battre avec lui-même.
La demi-moldue quant à elle tentait de faire bonne figure.
- Tu penses que les Mangemorts s'en prendraient à eux…? Mes parents…?
Harry ricana. Et c'est Draco qui répondit.
- Granger. Les Mangemorts s'en prendront petit à petit à chaque famille qui lui résiste. Peu importe son origine.
Elle avait blêmi à son tour avant de hocher doucement la tête.
- Si tout le monde fait ça… Il n'y aura plus personne pour les combattre.
- Si tout le monde meurt avant la fin de cette guerre il n'y aura plus rien à sauver.
Draco, à nouveau, porta son regard argent sur celui d'émeraude et considéra lentement l'argument. Il n'avait pas tort non plus. Merlin.
- Je suppose que tu as raison…
Granger souriait vaguement avant de prendre la main de Ron.
- On y réfléchira Harry… Mais ensuite.. Il s'agira de nos choix… et tu ne pourras rien y faire. Chacun doit choisir librement de là où il se tiendra. Avec toi sur un champ de bataille ou ailleurs.
Harry jeta un regard étrange à la jeune femme avant de s'approcher d'elle et de poser un baiser sur son front.
- Je préférerais que vous, vous soyez ailleurs.
Il se détourna lentement et nota le regard plein de rage du blond. Il haussa lentement les épaules.
- Malefoy. Je me casse. Tu veux venir…?
Une minute plus tard, le blond suivait le brun sous les yeux des deux Gryffondors. Hermione avait l'impression que Harry venait encore de changer un peu plus.
Il avait besoin d'air. Besoin de s'éloigner de tous ces gens qui le fixaient comme s'il allait brusquement exploser et tout dévaster sur son passage. Quittant rapidement le salon du 12 Square Grimmaurd, il entra dans la bibliothèque, prenant une poignée de poudre de cheminette.
- Potter. Tu vas où.
Il se retourna, figé dans son mouvement alors qu'il réalisait seulement que Draco le talonnait et le fixait maintenant d'un air agacé. Fixant sa main et la poudre il se rendit subitement compte qu'il n'y avait pas pensé.
Il aurait eu envie de rentrer à Poudlard… Mais l'école n'était pas reliée au réseau de cheminette… Hésitant, il se sentait bloqué. Incapable de prendre une décision aussi simple qu'une destination…
Draco soupira et s'avança. Il prit une poignée de poudre, la lança dans l'âtre et annonça clairement sa destination à lui.
- Manoir Snape.
Une seconde plus tard il entrait dans les flammes et disparaissait sous le regard surprit du survivant. Harry fronça les sourcils et suivit dans la foulée. Quand il sortit de la cheminée, ils étaient dans le hall du Manoir, Draco l'attendait, bras croisés sur le torse.
- Je déteste qu'on m'ignore Potter…
Harry leva un sourcil avant de soupirer, roulant les yeux au ciel en comprenant que le blond faisait référence à la scène dans la bibliothèque.
- Mes excuses Majesté.
- Tu ne m'offres pas à boire…?
- Pourquoi…? On sort à peine d'un vin d'honneur…
- Les manières Potter… Il est tout simplement poli de proposer à un invité une tasse de thé…
- Tu t'es invité tout seul…
- Qui m'a demandé de le suivre exactement face à ses deux petits copains ….?
Le blond avait fait un pas en direction du brun qui se renfrogna. Il avait raison. C'était lui. Parce qu'au fond, il n'avait pas vraiment envie de se retrouver complètement seul.
- Malefoy. Ça te dit d'aller voler… ?
Plissant les yeux d'un air soupçonneux, le Serpentard répondit prudemment.
- Avec quel balai exactement…?
- Je te donne mon Éclair de feu… J'ai mieux depuis Noël…
- Ah oui…
Le brun en avait parlé tellement souvent durant les six derniers mois que Malefoy en était presque devenu jaloux. Et en même temps il imaginait déjà ce que donnerait un Survivant fou de rage sur un tel engin… Mais… Peut-être que cela le défoulerait suffisamment pour l'apaiser un peu…
Draco avait effleuré l'esprit du brun à plusieurs reprises aujourd'hui et il avait été inquiet d'y sentir des défenses si profondes que son esprit était complètement opaque. Jamais Potter ne s'était enfermé à ce point-là. D'habitude il pouvait au moins deviner les émotions qui le traversait. Mais là, c'était le noir complet. Et le silence absolu.
Soupirant, il passa une main dans ses cheveux platine et s'avança lentement.
- Prête-moi une tenue. Hors de question que j'abîme mon costume.
Le brun se contenta de hocher la tête et le traîna à l'étage dans sa chambre. Il se servit dans son armoire avant de dire au blond de faire comme chez lui. Dix minutes plus tard, ils étaient tous les deux dans le parc, balais en main.
- Potter. N'essaie pas de te suicider sous mes yeux. Je détesterait cela.
L'avertissement était clair. Moqueur en surface, évidemment sérieux au fond. Le brun le reçu dans un haussement d'épaule avant qu'il ne frappe le sol. Jamais Draco n'avait pu observer un balai aussi rapide. Et dans les mains de Potter c'était presque un mirage.
Il s'éleva dans les airs alors qu'il observait le brun, du moins la silhouette du brun couché sur le manche de son Silver Arrow, fendant le ciel à une vitesse hallucinante. Les manœuvres devaient être horriblement dures, la friction du vent et la pesanteur agissant comme des poids. Mais il était agile.
Au bout de longues minutes, il finit par s'agacer d'être ignoré à nouveau et poussa l'Éclair de feu, rejoignant par moment le brun qui adapta finalement sa vitesse pour jouer. Un vif d'or fût lâché et la partie débuta entre eux.
Féroces, rapides, aucun des deux sorciers n'épargna l'autre. Coups bas, feintes, manœuvres de dernières secondes, acrobaties. Si Potter était un génie du Vol, Malefoy pouvait tout de même se défendre sans trop rougir de honte.
Quand, à bout de souffle, Harry attrapa le vif sous le nez furieux de Malefoy, la partie prit fin et leurs pieds retrouvèrent la terre ferme.
- J'ai encore gagné…
- Ne sois pas trop fier de toi Potter… Donne-moi un équipement équivalent et je te jure que le verdict sera différent.
- Bien sûr ! Tu ne m'as jamais battu.
Posant son balai, il s'assit à même le sol, appuyant son dos contre un muret délimitant la terrasse du parc.
- Potter. Je n'ai pas besoin de te battre à un jeu pour que tu sache qui domine de nous deux.
Il ne s'était pas rendu compte de l'interprétation de sa phrase avant qu'elle ne passe ses lèvres. Il y eut un petit silence alors que le brun digérait.
- Ne prend pas tes rêves pour des réalités Malefoy.
- Ne me mets pas au défi Potter… Sur ce terrain tu vas perdre.
A nouveau, Harry déglutit et cette fois il resta silencieux.
- Tu vas passer l'été ici…?
- Ouais… entre ici et le Square et sous haute surveillance.
- Haute surveillance…?
- Aurores. Snape. Dumbledore et j'en passe. Ils semblent penser que je suis un dangereux fou sur le point d'exploser et tuer tout le monde…
Draco ricana doucement alors qu'il s'asseyait à son tour, préférant le muret. Plus propre que le sol.
- Je ne vois pas vraiment ce qui diffère de d'habitude
- Moi non plus à vrai dire…
- Potter… Je sais pas à quoi tu penses mais c'est suffisamment puissant pour affecter ton comportement.
Harry se crispa et tritura ses mains de longues minutes.
- Ah… t'es en train d'hésiter à me parler de choses pas très jolies n'est-ce pas…? Dois-je te rappeler que non seulement je te déteste… Mais je pense que tu n'as rien de noble, héroïque ou fabuleux..? Et que par-dessus le marché je suis pas une petite vierge écervelée. Je ne vais pas m'évanouir si tu jures.
Le Survivant eut une sorte de rire désabusé.
- Et en plus selon toi je suis taré depuis bien longtemps.
- Précisément.
Un long soupire franchit les lèvres sur brun alors qu'il enfonçait ses mains dans ses cheveux, remontant ses genoux contre son torse.
- Sirius… En fait je suis pas si triste que ça pour lui… C'était un inconnu pour moi… Sans blague Potter. Tu l'as vu quoi…? Deux fois dix minutes dans ta vie…?
- Plus ou moins.
- Je vois pas où est le problème ….
- Je voulais pas qu'il meurt parce qu'il aurait pu être une famille.
- Plutôt logique…
- Mais en fait. C'était un connard…
Le blond eut un petit reniflement hautain, chassant quelques brins d'herbes accrochés à son pantalon.
- C'était un Black. A quoi tu t'attendais exactement…? Une famille de Sang Pur bercée par la Magie Noire et aussi imbue d'elle-même que ma propre lignée. Égoïste et inconscient.
- … Il m'a un jour proposé de vivre avec lui…
- Mais bien sûr. Alors qu'il était en fuite…? A quoi est-ce qu'il réfléchissait…
-… J'en sais rien. Mais je l'ai haï parce qu'ensuite, deux jours plus tard, il fuyait le Ministère.
- Tch. Lâche. Un vrai Black. Plutôt que d'affronter avec le soutien de l'Ordre, il a préféré s'en aller.
- Je crois qu'il regrettait ce qu'il m'a proposé… De s'occuper de moi.
- Sûrement. Et il avait raison. Comment tu veux qu'un type comme lui s'occupe de qui que ce soit…?
Harry se tut. Il sentit la colère monter doucement dans ses veines.
- Alors pourquoi il l'a pas fermé.
Draco haussa les épaules, étirant les muscles fatigués de ses épaules alors que discrètement il posait son regard argenté sur la tête brune et son chignon désordonné.
- Parce que c'était un Gryffondor. Impulsif, irréfléchi et irresponsable. Il a probablement lancé l'idée dans un moment d'euphorie, certain que tu dirais non.
- … Pourquoi j'aurais dit non…
- Parce que à part toi, personne ne voudrait vivre avec un échappé d'Azkaban.
- C'était toujours mieux que ce que j'avais…
Le silence s'abattit sur eux comme une chape de plomb, les envoyant tous les deux dans cette ruelle de Pré-au-Lard alors que Harry avouait à Draco qui était son oncle.
Le Sauveur du monde ferma les yeux pour chasser les souvenirs angoissants avant de soupirer, laissant l'arrière de son crâne reposer contre la pierre du muret.
- Je vais tuer Bellatrix Lestrange…
Draco se crispa lentement. Ça par contre, il ne s'y était pas attendu.
- Et comment tu comptes t'y prendre….?
- J'en sais rien Malefoy… Mais je vais la tuer. Je vais lui faire payer ce que j'ai ressenti. Je vais lui faire endurer mille fois ce qu'elle m'a fait… Et je me fous complètement d'avoir son sang sur les mains.
Alors qu'il débitait sa tirade la voix pleine de fiel, Draco frémit. Autour du brun une magie bien trop sombre s'était mise à tourner. Onduler, semblant danser autour de sa peau.
- Potter...
- Crois-moi. Je me vengerai pour ça. Et peu importe comment j'y arriverai.
- Ouvre les yeux.
Quand il obéit, son regard se voilà une seconde. Les volutes de fumée noire s'étaient épaissies et il frémit. Il avait l'impression de voir la haine et la colère qu'il gardait scellée en lui, qu'il cultivait soigneusement pour les faire exploser au moment propice, matérialisées.
Ses yeux émeraudes se vidèrent brusquement de toute émotion et tout disparut d'un coup. Il était calme à nouveau.
- C'était quoi ça…?
- Ma magie.
- Merci, je ne suis pas stupide. Ne me prends pas pour Londubat et réponds moi.
- Je te l'ai dit. Ma magie… Elle réagit juste à ce que je ressens.
Draco se tut. Décortiquant les éléments en sa possession, réfléchissant pour mettre les pièces du puzzle bout à bout, échafaudant le début d'une théorie.
- Malefoy…
- Quoi ?
- Pourquoi tu sembles t'en foutre que j'ai changé par rapport aux autres…?
- Je vois pas vraiment en quoi t'as changé à vrai dire. Personne avait jamais vraiment prit la peine de gratter à la surface. Mais t'as toujours été une sorte de dépressif colérique cyclique.
- T'es vraiment un connard.
- Et toi tu devrais éviter de parler ainsi. Severus ne va pas apprécier. Il tente de t'inculquer des manières.
- J'en ai rien à foutre…
- Évidemment. J'attends donc que tu le lui dises en face. Nous verrons bien.
Draco eut un rictus amusé alors que le brun lui lançait un regard noir. Tous les deux savaient que jamais il ne dirait une chose pareille à Snape. Pas s'il voulait rester en vie.
- Tu vas rentrer au Manoir ?
- Après les B.U.S.E oui.
- Il est encore là….?
Un petit silence ralenti la réponse du blond, obligeant le brun à poser ses yeux sur lui. Il s'était assombri. Son regard s'était voilé. Distant.
- Oui.
- Donc pas de contact.
- Non.
Il soupira à nouveau et laissa son crâne taper doucement le muret.
- Ça va être long.
- Comme tu dis Potter. Comme tu dis…
Snape jeta un œil critique à la potion qu'il brassait minutieusement depuis un mois. Encore quelques heures et ce serait terminé. D'ici une semaine il retournerait à Poudlard, emmenant Harry avec lui afin de préparer la rentrée.
Le jeune homme avait terminé l'été sur des résultats de B.U.S.E plutôt bons. Certainement qu'ils auraient été bien meilleurs sans tous les événements les précédant mais c'était acceptable.
Repensant à ces deux mois d'été, il eut quelques regrets. Il avait dû traîner l'adolescent dans de nombreuses réunions de l'Ordre ou avec Dumbledore. Et bien malgré lui, il avait dû accepter de le voir faire des recherches sur les Horcruxes. Ou encore l'entraîner aux duels alors qu'il aurait largement préféré que, comme tout adolescent, il se contente de ne rien faire.
Il avait, par contre, au moins marqué le coup pour l'anniversaire du jeune homme. Impossible de faire venir de ses amis au Manoir mais il avait vu de nombreuses lettres et présents arriver et il avait mis un point d'honneur à faire préparer aux elfes un repas digne de ce nom, assorti d'un vrai gâteau d'anniversaire. Il savait que Harry avait apprécié la soirée et les différentes attentions à son égard. Tout comme il avait semblé apprécier les cadeaux reçus.
Mais, en ce qui concernait l'Ordre, le survivant n'avait pas semblé plus dérangé que ça. Il semblait plus résigné qu'autre chose à vrai dire. Toujours aussi renfermé qu'au mois de juin, il se montrait cependant beaucoup plus insolent et cynique. A plusieurs reprises il l'avait vu intervenir auprès des autres sorciers, remettant à leur place les impudents qui parlaient de lui en sa présence. Ou encore en ironisant sur son rôle de Sauveur du Monde.
Une seule fois, il lui avait demandé pourquoi Draco ne venait pas aux réunions. Le Maître des potions avait répondu avec réticence que s'absenter sous le nez du Seigneur des Ténèbres était une mauvaise idée. Le brun l'avait regardé une seconde en silence avant de hocher la tête et de laisser tomber le sujet.
Draco. Merlin, il s'inquiétait pour lui. Lors de la dernière réunion de Mangemorts, il avait retrouvé son filleul pâle, les traits tirés, assombris. Il savait que le Maître avait décidé que Draco ferait partie de la prochaine étape de son plan et il redoutait déjà le rôle qu'il allait lui attribuer. Pour le moment, il n'avait pas de nouvelle, mais il se doutait que la partie serait certainement serrée.
Jettant une goutte de bave de Troll dans le chaudron où la potion frémissait, il la vit prendre une belle couleur canari et satisfait, il baissa le feu. Encore plusieurs heures à mijoter ainsi et il pourrait tout mettre en bouteille.
Se levant, il rejoignit lentement son bureau à l'étage. Alors qu'il s'asseyait enfin devant une tasse de thé, les flammes de sa cheminée s'activèrent à son plus grand désagrément.
- Severus ?
Il se leva lentement et alla se placer en face de l'âtre, son regard noir posé dans les flammes.
- Albus. Que me vaut l'honneur…?
- Nous avons une réunion de l'Ordre qui se tiendra dans une heure. Narcissa souhaite nous entretenir d'un sujet important.
- Narcissa ? Que se passe-t-il ?
- Je ne sais pas encore. Il semblerait que Voldemort ait enfin décidé de la suite des événements. Je compte sur vous et Harry.
- Je vois. Nous serons présents. A toute à l'heure
Le vieux sorcier disparut dans un craquement de flammes et le professeur soupira. Adieu tranquillité. S'asseyant sur son fauteuil, il prit le temps de boire quelques gorgées de thé. Il pressentait que cette réunion serait certainement difficile.
Encore une fois Harry se retrouvait dans la salle à manger du 12 Square Grimmaurd. Autour de cette immense table de bois massif abîmée. Il observait, les sourcils froncés, les membres de l'Ordre du phénix arriver les uns après les autres. Dumbledore. Les Weasley, Minerva McGonagall, Maugrey, Tonks, Lupin. Puis Ron et Hermione, Kingsley. La dernière arrivée fut Narcissa, rapidement suivie de Lucius et finalement Draco.
Le survivant se tendit immédiatement. Draco était différent. Sombre, fatigué. Il n'arborait pas son petit air supérieur habituel. Crispé, il le vit lui jeter un regard rapide avant que Dumbledore ne prenne la parole.
- Bienvenue à tous chers Amis. Je suis navré de cette réunion impromptue mais il s'avère que les Malefoy ont quelque chose à nous annoncer.
Il se tut une seconde, observant l'assistance au-dessus de ses lunettes en demi-lune, ménageant apparemment son effet.
- Comme vous le savez, en rejoignant le Camp de la Lumière, ils ont accepté, comme Severus, de nous rapporter toute information utile.
Severus grogna doucement à la droite du survivant, déjà agacé par les manières grandiloquentes du Directeur. Maugrey lui, avait déjà épuisé toute patience et intervint.
- Venez-en donc au but Albus. Nous n'avons certainement pas le temps de tergiverser des années avec vos beaux discours.
- J'y viens j'y viens Alastor.
- Et bien venez-y plus vite par Merlin !
L'aurore, brutal, se fichait complètement de manquer de respect à Dumbledore. Quand il avait quelque chose à dire, peu lui importait qui il avait en face de lui.
- Soit, Narcissa, Lucius, je vous laisse la parole.
La mère de Draco était étrangement pâle. Les traits tirés sur ses pommettes saillantes, elle semblait épuisée. Elle lança un regard à son époux qui s'avança lentement, sa canne frappant le sol de marbre usé.
- Le… Lord a décidé de ses prochaines actions. Il espère s'en prendre aux différentes familles sorcières et ainsi affaiblir la résistance.
Il se tut une seconde avant de reprendre. Il semblait avoir un peu de mal à digérer l'information.
- En attaquant directement Poudlard.
- Je vous demande pardon ?
McGonagall venait d'intervenir. Le ton sec et froid, elle semblait persuadée que jamais une telle chose n'arriverait. D'ailleurs elle l'exprima sans hésiter.
- Vous savez pourtant, tout comme Vous-Savez-Qui que l'école est protégée par de puissants charmes et sortilèges. Il est absolument impossible que lui et ses sbires pénètrent l'enceinte de Poudlard.
Narcissa venait de grimacer et lançait un regard d'agacement pur à la sorcière au chignon si sévèrement noué sur sa nuque. Lucius reprit donc la parole, non sans avoir soupirer d'agacement également.
- Effectivement. C'est ce que tout le monde pense Madame McGonagall. Mais il s'agit du Seigneur des Ténèbres et il a un allié à l'intérieur des murs.
- Et qui est donc l'espèce de petite fouine malhonnête ?
Fol-Oeil venait de lancer la remarque, la voix dégoulinante de dédain.
- Moi.
Harry soupira. Évidemment. Draco, appuyé contre un mur, bras croisés sur le torse, venait de se redresser et de s'avancer vers la tablée. Son intervention eut au moins le mérite de couper la parole à tout le monde.
- Je… quoi ?
Molly Weasley avait les yeux écarquillés, fixant Draco avec stupeur avant de devenir rouge de colère et de se tourner vers Dumbledore.
- Vous utilisez un enfant pour parvenir à vos fins ? Encore ?
- Allons allons Molly… Draco était tout à fait d'accord au vu des circonstances de tenir ce rôle...et je n'imaginais pas que cela irait aussi loin…
Ricanant, le survivant releva les yeux sur le directeur.
- Ah bon… ? Vous insinuez donc qu'utiliser des enfants ne fait pas partie de vos habitudes… ?
Le directeur observait Harry, le silence dans la pièce horriblement pesant alors qu'il semblait plisser les yeux de colère.
- Tout cela n'est pas vraiment de mon ressort Harry…
- Ah oui...le destin...les prophéties… et la prochaine fois les farfadets.
- Monsieur Potter.
Harry se tut brusquement. La voix de son tuteur lui coupant toute velléité de joute verbale. La dernière fois il avait mis deux jours entiers à nettoyer les chaudrons pour rattraper son insolence… Alors il se tut. Se contentant d'offrir un sourire sardonique au groupe de sorciers avant de se murer dans le silence.
Draco, lui, l'observait. Les yeux plissés. D'ailleurs la famille Malefoy au grand complet le fixait de ce même regard rusé et calculateur. Sauf que le plus jeune, derrière l'argent de ses yeux, était clairement en train d'user de sa Légilimencie pour tenter de percer les pensées du survivant. Mais les murs étaient encore plus épais que lors de leur dernière rencontre. Il était frustré.
- Je disais donc, que mon fils a reçu la mission de faire entrer les Mangemorts dans Poudlard à l'aide d'une armoire à disparaître se trouvant dans l'enceinte de l'école.
- Nous devons absolument détruire cette chose avant qu'elle ne permette cette ignominie !
Le professeur de Métamorphose avait les sourcils froncés, plissant un peu plus son visage ridé.
- Inutile ma chère. L'armoire a été endommagée par ce cher Peeves il y a quelques années.
- Alors comment Draco est-il censé s'y prendre ?
Molly Weasley semblait complètement perdue, affichant son scepticisme dans une moue.
- Je suis censé la réparer et prévenir le Seigneur des Ténèbres quand ce sera fait…
- Réparer un artéfact magique de cet acabit…? un élève de sixième année ? C'est complètement ridicule ! Même moi je n'aurais pas les compétences aujourd'hui !
Lupin intervenait pour la première fois dans la discussion. D'habitude plutôt discret, il n'avait pu s'empêcher de s'indigner. La mission confiée était impossible ou presque.
- Et bien voici donc la raison pour laquelle je vous en parle. Mon fils a besoin de toute l'aide possible. En cas d'échec le Seigneur des ténèbres ne nous épargnera pas.
- Et en réparant cette armoire cela nous permettrait de contrôler la prochaine attaque…
Lucius s'était exprimé d'une voix posée, exposant la stratégie imaginée. Harry observait Draco sans bouger. Ils ne leur avaient pas tout dit. Il en était persuadé. Sans parler que cette soi-disant mission ressemblait bien plus à un ultimatum qu'autre chose. Pris à la gorge, le blond ne semblait pas avoir d'autre choix que de réussir.
La réunion s'éternisa ensuite sur les détails. Qui ferait quoi. Qui chercherait où. Comment échanger les informations. Très vite, il décrocha pour se plonger dans ses pensées. Mais quand il nota que plusieurs sorciers quittaient la pièce, il se leva d'un bond sous le regard étonné de son tuteur et se rua à la suite de Malefoy.
Il le rattrapa devant la cheminée, bousculant Kingsley et Tonks pour prendre le poignet du blond et le tirer vers lui.
- Ramène-toi.
Ignorant complètement les adultes les entourant, il plongea son regard vert dans celui du Sang Pur qui le toisait avec son air agacé habituel.
- Potter. Commence par dire Bonjour. Je vois que tes manières ne s'améliorent pas. Et lâche ma manche. Tu vas abimer le tissu.
Le brun roula les yeux au ciel, lâcha la manche et plongea ses mains dans ses poches, campé devant Draco.
- Bonjour Malefoy. Ramène-toi maintenant.
Il tourna les talons et se dirigea vers la bibliothèque. Il savait qu'il le suivrait. Une minute plus tard, la porte se refermait sur les deux adolescents et il se tourna vers son homonyme blond.
- Dis-moi la vérité.
- De quoi tu parles Potter…?
Tous les deux se jaugeaient, observant l'autre, détaillant les postures. Harry se crispa doucement et fronça les sourcils.
- Malefoy… Tu sais très bien ce que je veux dire… Dis-moi.
Le blond resta silencieux plusieurs secondes avant de s'approcher de lui, le faisant même reculer alors qu'il envahissait son espace personnel. Alors seulement Harry pu noter les cernes, la pâleur ou encore les joues légèrement creuses. Il nota aussi que sa tenue n'était pas aussi parfaite qu'habituellement. Que la fatigue courbait légèrement son échine ou encore qu'il pouvait presque sentir l'agitation intérieure du blond.
- Ne me donne pas d'ordre Potter…
- Ne me mens pas alors…
- Se taire n'est pas mentir tu devrais le savoir, tu es meilleur que moi à ce jeu-là….
Le coup était bas et il frappa exactement là où cela faisait mal. Harry baissa les yeux et s'écarta doucement.
- Connard.
Un soupire échappa au Serpentard qui détourna également les yeux. Il savait que c'était injuste de l'attaquer sur ça.
- Désolé. Je vis avec le Maître depuis quasiment deux mois Potter… J'ai appris à me taire et à ne rien laisser filtrer.
- Et à attaquer les faiblesses apparemment.
Retour à l'envoyeur. Le blond se raidit et tourna les talons.
- Je vois. Je vais y aller.
Évidemment. Lui, il se vexait immédiatement et préférait partir. Le brun, rapide, enserra de ses doigts le poignet pâle et le retint de s'en aller.
- Arrêtes de faire ta diva… Restes ici
- Potter. Je ne fais pas ma Diva. Je refuse juste d'avoir une discussion stérile.
- Je me suis excusé.
- Ta petite vengeance était stupide.
Le brun sembla hésiter à répondre avant de laisser un profond soupire passer ses lèvres alors qu'il lâchait doucement le blond.
- Une semaine Malefoy. Dans une semaine on retourne à Poudlard.
- Mn. Je ne sais pas si je me réjouis de devoir passer mon année à tenter de réparer une armoire. Armoire qui, au demeurant, est mon garant de garder la vie sauve…
Il semblait lugubre. Observant d'un air plein de rage les étagères miteuses couvertes de vieux livres ayant appartenus aux Blacks.
- Bienvenue dans mon monde Malefoy.
Harry se tut une seconde avant de reprendre la parole.
- On trouvera le moyen de réparer cette foutue armoire…
Draco haussa lentement un sourcil avant de regarder Potter. Il avait changé. Encore. Il semblait animé par quelque chose de nouveau. Insolent, ses parents lui avaient souvent parlé du comportement du sauveur. Sarcasme, insultes à peine déguisées. Potter faisait sa crise d'adolescence en plein milieu d'une guerre. Il avait l'art du timing. Mais à bien y regarder, il aimait bien le voir avec le regard brûlant de rage. Ou, du moins, il préférait ça à son espèce d'état de fragilité extrême…
- Pas le choix Potter. Il est hors de question de priver le monde de mon auguste présence… Tu imagines ?
Le brun recula brusquement et se tourna vers la fenêtre alors que le blond fronçait les sourcils, perplexe.
- Potter…?
- Ah la ferme.
- Non.
- Non quoi…? Tu as encore oublié comment formuler une phrase correcte ?
- Non j'imagine pas le monde sans ta présence.
Très lentement, un rictus supérieur orna les lèvres du blond. Oh. Vraiment. Il s'approcha pour constater qu'Harry avait rougit. C'était bien un Gryffondor ça. Incapbale de camoufler ses propres pensées.
- Potter. Tu rougis ? C'est presque mignon.
Il le vit s'écarter encore un peu et prendre un air agacé, les joues toujours aussi rouges alors qu'il enfonçait nerveusement ses mains dans les poches de son pantalon.
- Dis pas n'importe quoi Malefoy.
- Je dis pas n'importe quoi. Uniquement ce que je vois… Et tu rougis. Parce que je te manquerais…?
Le blond avait avancé assez pour bloquer toute idée de retraite chez Harry, le bloquant contre le banc de fenêtre, se penchant vers son visage.
- Merlin! Malefoy tu vas me faire tomber…
- Réponds moi Potter… Je te manquerais…?
Il venait de le pousser doucement, le faisant tomber assis sur le banc. Le blond se pencha encore vers lui, posant les mains de part et d'autre du corps du brun, ses yeux plongés dans les siens, son visage s'approchant dangereusement.
Harry déglutit doucement alors qu'il sentait sur sa peau le souffle chaud du Serpentard. D'aussi près il pouvait admirer les aspérités argentées dans les prunelles gris orage. Il sentait son parfum, sentait sa présence et la chaleur que son corps diffusait. Il entendait sa respiration, lente, profonde, régulière. Il voyait chaque détail de sa peau, comme ce petit grain de beauté sur sa tempe gauche, à la racine de ses cheveux d'un blond presque blanc.
- Probablement…
- Probablement Potter…? Tu es sûr…?
Harry retint sa propre respiration, le souffle du blond s'était échoué à chaque mot murmuré contre ses lèvres, asséchant brusquement sa bouche, accélérant le rythme de son cœur alors que son corps semblait envahi de sensations étranges. Comme un fourmillement.
- Quoi…? Ça te suffit pas…?
- Non… Ne me mens pas Potter… On a dit pas de ça entre nous…
Il avait l'impression de manquer d'air alors que son corps basculait inexorablement en direction de celui de Draco, comme si la terre avait changé d'angle et que la pesanteur avait décidé que le blond serait son point de chute. Un long frisson remonta sa colonne vertébrale alors qu'il le voyait lever une main et tirer doucement sur son chignon, l'obligeant à basculer la tête en arrière.
- Q..qu'est-ce que tu fais…?
- Chuuut… Réponds moi Potter…
- Dr..Draco…
Il avait les yeux écarquillés et venait de haleter de surprise alors qu'il sentait les lèvres du blond frôler le lobe de son oreille droite, murmurant.
- Réponds sinon je continue…
Hoquetant, il essayait de reprendre contenance, son cœur s'emballant de plus en plus alors qu'il cherchait à se rappeler à quoi il devait répondre. Et les lèvres de Draco sur son cou le figèrent. Complètement. Il ne sut plus ce qu'il ressentait pendant une seconde avant de souffler enfin sa réponse, expirant l'air de ses poumons d'un coup.
- Oui… oui tu me manquerais.
Il le vit se redresser, un air conquérant sur le visage alors qu'il lui offrait un sourire carnassier.
- Je le savais.
Il tourna les talons, souriant toujours.
- A la semaine prochaine Potter…
Harry, toujours assis sur la banquette sous la fenêtre ne bougea pas, interdit, la main sur le cou. Cet enfoiré de Serpentard venait de lui faire un suçon. Quand la porte de la bibliothèque se referma, il n'avait toujours pas décidé s'il allait frapper Malefoy ou pas pour ça.
Ça, c'était avant de réaliser que du coup, Malefoy ne lui avait rien avoué du tout. L'espèce de fouine avait filé sans lâcher la moindre information.
