Thème du jour : Guerre
Contexte : suite de Je ne sais pas
Les jours sont longs et tristes à Castral Roc, comme si le château était recouvert d'une épaisse couche de cendres brûlantes faisant gémir les deux pauvres âmes égarées qui errent dans les couloirs comme deux fantômes torturés.
Cersei et Tyrion parlent peu, les larmes glacées qu'ils versent ont remplacé les mots ardents qu'ils se jetaient jadis au visage, leurs hurlements déchirent bien souvent la nuit mais ne comblent pas le fossé dans leurs cœurs, celui creusé par le sang doré de Jaime lorsqu'il s'est échappé de son corps en rivières écarlates.
Ils prennent l'habitude de dormir ensemble pour ne pas affronter leurs cauchemars et leurs regrets seuls, pour avoir quelqu'un sur qui déverser leur colère et leur désespoir, aussi. Parfois, Cersei reproche à Tyrion de l'avoir choisie, à quoi bon l'avoir sauvée, sans Jaime elle n'est plus rien du tout, et parfois Tyrion se reproche d'avoir choisi tout court, il aurait peut-être dû laisser Daenerys tuer son frère et sa sœur et ensuite les rejoindre dans la mort, au moins comme ça ils auraient été réunis.
Il y a bien une chose pour laquelle il ne regrette pas d'avoir sauvé Cersei, pourtant, il pose souvent la main sur son ventre et imagine le petit lionceau qui y grandit à l'abri de la cruauté du monde et de la folie des dragons, une ombre de joie au milieu de ce brasier de larmes, l'enfant de Jaime, quelqu'un pour qui ils ne doivent pas laisser tomber.
« La guerre n'est pas finie, » murmure t-il à Cersei un soir alors qu'ils contemplent le plafond sans trouver le sommeil.
Tyrion songe qu'il a l'air d'un fou en disant ça, Daenerys a gagné, elle est sur le Trône de Fer et les a changés en lions sans griffes en les emprisonnant dans leur propre maison – bien sûr que la guerre est finie, et pourtant...
« On ne peut pas rester sans rien faire, » poursuit-il, les dents serrées, les poings crispés, petit lion difforme prêt à abattre le dragon à mains nues.
Les yeux de Cersei brillent étrangement dans l'obscurité, comme un sursaut de feu grégeois renaissant au milieu de toutes ses désillusions.
« Et qu'est-ce que tu suggères ? »
Il pose une main sur le ventre de sa sœur – l'héritier du Trône de Fer.
« Elle veut la guerre... alors apportons-lui la guerre. Apportons-lui le feu et le sang qu'elle aime tant. »
Il ne les voit pas, bien sûr, mais il sent que ses émeraudes à lui se changent aussi en feu grégeois.
« Rugissons. »
Cersei recouvre sa main de la sienne, se penche vers son oreille.
« Rugissons, » murmure t-elle.
Et c'est sur ce pacte chuchoté au milieu de la nuit qu'ils s'endorment – une nuit de paix, peut-être la dernière.
Ensuite, ce sera la guerre.
Et Cersei et Tyrion ont bien l'intention de remporter celle-ci.
