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Le silence est assourdissant alors que nous fixons Jacob. Il a besoin de lui ?
Une myriade d'émotions grouille en moi. Blessure, jalousie, tristesse - mais surtout culpabilité. Culpabilité d'avoir ressenti autre chose que du bonheur qu'il ait pu établir le lien qu'il souhaitait si fort avec Edward.
Bien sûr que Jacob a besoin de lui, je peux le voir écrit partout sur son visage.
Aujourd'hui représentait beaucoup pour lui et il n'est clairement pas prêt à ce que ça finisse. Il cligne des yeux furieusement et s'essuie les yeux, visiblement embarrassé par son explosion émotionnelle.
"Edward doit retourner à sa voiture…" dis-je, avant de jeter un coup d'œil à Edward. "Comment tu vas rentrer ?" je lui demande réalisant soudain qu'il est venu avec ma voiture.
L'expression de Jacob devient encore plus désespérée. "Je peux aller avec lui pour récupérer sa voiture," suggère-t-il avec empressement.
"C'est bon, je peux prendre des dispositions pour faire ramener ma voiture," dit Edward en se levant et se tournant vers moi.
Il a l'air en conflit. Il n'est pas difficile de voir qu'il veut rester avec Jacob mais en même temps il pourrait être conscient de mes émotions contradictoires. Pendant un moment je suis déchirée entre leur donner ce qu'ils semblent si désespérément vouloir ou céder à mes craintes de laisser aller le contrôle de la situation... je suis prise entre les deux. Mes yeux passent de Jacob à Edward, tous deux attendent ma réponse.
L'expression de Jacob frôle la douleur, ses yeux sont presque implorants alors qu'il soutient mon regard. Ma misère s'aggrave encore face à toute la force de son besoin d'être reconnu par son père. Je ne pourrais lui refuser ça plus que je ne pourrais lui refuser mon propre amour.
Passant mes doigts dans mes cheveux je tourne mon attention vers Leah. "Ça te dérangerait qu'Edward rentre à la maison avec Jacob et toi ?" Bien qu'elle ait l'air surprise, elle le masque rapidement et secoue la tête, confirmant que cela ne la dérange pas. Je me tourne vers Edward. "Tu peux attendre à la maison jusqu'à ce que ta voiture arrive… si ça te va ?"
Au plus profond de moi j'espère qu'il verra que je n'ai pas vraiment besoin de m'inquiéter pour une chose supplémentaire mais la dernière lueur d'espoir s'éteint quand il hoche la tête acceptant l'invitation.
Jacob vient vers moi et me prend dans ses bras. "Ça va aller ici ?" demande-t-il, sa voix étouffée. "On peut rester là avec toi," m'offre-t-il, mais je reconnais son manque d'enthousiasme.
J'embrasse le dessus de sa tête et ferme les yeux pour lutter contre mes larmes et force les doutes à quitter mes pensées. "Non, grand-père Charlie sera trop fatigué et il n'y a aucune raison que tu restes là. Va à la maison avec Leah et Edward et je rentrerai aussitôt que je pourrais."
Edward me rend les clés de la voiture et Jacob enlève son bras autour de moi puis va se mettre près de lui.
"Allons-y," dit Edward en lui souriant.
Je les regarde s'éloigner alors que Leah passe son bras autour de moi. "J'espère que ça va aller pour Charlie," murmure-t-elle dans mes cheveux.
Je me dégage un peu et je la fixe dans les yeux. "Garde un œil sur Jacob, ne le laisse pas seul avec Edward." Je les regarde s'éloigner tous les deux. "Je ne sais pas encore si on peut lui faire confiance."
"Ne t'en fais pas, je ne le laisserai pas… et je sais où Charlie range ses armes."
Mes yeux s'écarquillent mais je vois le petit sourire sur ses lèvres.
"Sérieusement Bella tout va bien se passer. Je serai vigilante et s'il tente quoi que ce soit je peux toujours appeler Sam."
Je ne peux m'arrêter de les regarder s'éloigner. Jacob se retourne deux fois avec de l'anxiété sur le visage. Il regarde vers Edward et quand Edward pose son bras sur son épaule et l'éclair de possessivité qui me foudroie à cet instant me fait presque courir dans le couloir pour récupérer Jacob.
Sue glisse son bras autour de mon épaule me faisant tourner vers elle. "Essaie de ne pas t'inquiéter, Leah va s'occuper de lui. Allons voir comment va Charlie," suggère-t-elle.
"Que s'est-il passé Sue? " je lui demande en me concentrant sur Charlie.
"Il était seul avec Sam ce matin. Il a dit qu'il ne se sentait pas bien et est retourné à la voiture. Sam l'a trouvé évanoui sur le siège passager et l'a amené directement ici."
"Qu'ont dit les médecins ?" La panique monte en moi à présent.
"Ils ont dit qu'ils l'avaient mis sous sédatif mais rien de plus puisque nous ne sommes pas de la famille. Nous sommes venues dès que Sam a appelé mais ils ne nous ont pas laissé le voir."
Je scrute le couloir "A qui faut-il que je demande ?"
Sue s'agrippe à mes épaules. "Essaie de rester calme, Bella. Il est entre de bonnes mains." Elle frotte mon bras de façon rassurante avant de me conduire dans le couloir et à travers des doubles portes dans une salle d'attente. La femme assise derrière le bureau lève la tête et sourit. Je donne mon nom et après qu'elle ait tapé sur son clavier, elle me demande de m'asseoir m'assurant que le Dr Sharp sera là bientôt.
Je m'assieds. Une télé est allumée dans un coin mais aucune des trois autres personnes assises ici n'y prête la moindre attention. Une porte s'ouvre à côté de moi et je me tourne espérant que ce soit le Dr Sharp mais c'est une infirmière et mes genoux commencent à rebondir d'impatience.
"Quand est-ce que Sam l'a amené ?" je demande en me tournant vers Sue.
"Il y a environ deux heures," répond-elle.
"Quand est-ce as-t-u parlé au médecin ?"
"C'est Sam qui lui a parlé… i peu près une heure. Mais ensuite il a reçu un appel et a dû rentrer au poste de police alors Leah et moi avons décidé d'attendre jusqu'à ce que tu arrives."
"Et personne n'est venu te voir depuis ?"
"Bella," me réprimande-t-elle doucement. "Le docteur viendra et te verra dès qu'il le pourra."
"Je n'aurai jamais dû le laisser aller travailler. Il y est allé uniquement parce qu'il ne voulait pas rester assis toute la journée à la maison, à s'inquiéter pour moi," je déplore. "J'aurais dû demander à Edward de venir à la maison - comme Charlie le voulait."
Elle pose sa main sur mon genou en appliquant une légère pression qui l'empêche de rebondir puis me regarde dans les yeux. "Cela ne te fait aucun bien Bella. Cela n'aurait rien changé à ce que tu as fait aujourd'hui. Charlie est malade et ce n'est la faute de personne. Tu ne peux pas te blâmer pour des choses qui sont hors de ton contrôle."
Incapable de les retenir plus longtemps, mes émotions bouillonnent et je me couvre le visage avec les mains alors que les larmes éclatent. "Je ne suis pas prête à le perdre Sue, " je pleure.
"Chut…" m'apaise Sue me tirant dans ses bras. Quelque part au milieu de ma crise de larme elle me donne un mouchoir et je la sens me frotter le dos. Elle me murmure des mots calmes mais je n'arrive pas à m'arrêter. Même si je suis consciente que je devrais me ressaisir c'est comme si le couvercle avait été arraché et je ne peux rien faire pour endiguer le trop plein.
Finalement mes larmes commencent à se calmer et à se tarir progressivement. En me mouchant le plus discrètement possible je regarde Sue pour m'excuser. Elle me sourit tristement.
"Ne sois pas gênée. Je pense que tu as besoin de piquer une bonne crise depuis un moment maintenant," murmure-t-elle doucement.
Jetant un coup d'œil dans la pièce je suis soulagée de constater que personne ne me regarde. Soudain la télévision retient leur intérêt.
"Désolée, Sue," je murmure, en tamponnant mes yeux avec le mouchoir en papier.
Elle balaie mes excuses d'un geste de la main et me serre dans ses bras à nouveau. Un très long soupir me quitte et je réalise qu'elle a raison, j'avais besoin de ça pour libérer un peu de tension.
Elle se recule et me regarde. "Alors… comment ça s'est passé aujourd'hui ? On dirait que Jacob a facilement accepté Edward."
"Oui tu peux le dire." Et je grimace.
"Oh ?" dit-elle en haussant les sourcils. "Cela te dérange ?"
"Ça m'inquiète," je précise. "Je ne sais plus grand-chose de lui et j'ai juste peur que Jacob attende trop de lui."
"Je sais que je n'ai eu qu'un bref aperçu mais Edward semble vraiment se connecter à lui." Elle me regarde dans les yeux. "Et il a attendu que tu décides s'il était d'accord pour passer plus de temps avec Jacob."
"Tu penses que je suis une garce de ne pas lui faire confiance ?" Je ne peux m'empêcher de le lui demander.
Elle sourit mettant mes cheveux derrière mon oreille. "Non pas du tout. Tu es juste une mère."
"Mademoiselle Swan ?"
Je me retourne pour voir une petite infirmière robuste derrière nous. Elle me regarde par-dessus ses lunettes quand je me lève.
"Le Dr Sharp va vous voir maintenant. si vous souhaitez venir avec moi," dit-elle en faisant un pas vers les portes.
Je me tourne vers Sue qui me fait un signe de la main. "Je serai là," me rassure-t-elle.
Le Dr Sharp se lève pour me saluer après que l'infirmière m'ait fait entrer. il me montre une chaise et je m'assois pendant qu'il ferme la porte avant de retourner derrière le bureau.
Je résiste à l'envie de le bombarder de questions, décidant d'attendre les quelques secondes qu'il lui faut pour s'asseoir.
"Désolé de vous avoir fait attendre, Mlle Swan," s'excuse-t-il.
"S'il vous plaît, appelez-moi Bella," j'insiste.
Il hoche légèrement la tête. "Votre père a une embolie pulmonaire," commence-t-il. "Il a beaucoup de chance d'avoir été amené ici tout de suite..."
"Désolé, qu'est-ce que c'est une embolie pulmonaire ?" Je l'interromps.
"C'est un caillot de sang, Bella. Nous l'avons confirmé par des tests et nous le traitons pour dissoudre le caillot. Son corps est très faible en raison de sa récente opération et des effets de sa maladie, nous l'avons donc également mis sous sédation pour l'aider à se reposer. Il était très agité quand il est arrivé aux urgences."
"Mais il va s'en sortir ?" Je demande.
Il enlève ses lunettes et me regarde gravement. "Les prochaines quarante-huit heures seront critiques. Nous allons… faire un autre scanner pour déterminer s'il y a eu des dommages sur son cœur."
J'ai le souffle coupé. "Son cœur ?"
"Oui, parfois, lorsque les gens souffrent d'une embolie, il peut y avoir des dommages au cœur ou aux poumons." Il me regarde avec insistance. "Mais pas toujours. Comme je l'ai dit, nous en saurons plus dans les quarante-huit heures."
Mon cœur bat la chamade alors que j'essaie de digérer ses paroles. "Va-t-il se rétablir complètement ? Je veux dire, je sais qu'il est toujours malade... mais est-ce... est-ce qu'il pourra rentrer à la maison ?"
Il se lève. "Je pourrais vous donner plus d'informations une fois que nous aurons terminé nos examens."
Quelque part au fond de mon esprit, je me demande s'ils leur apprennent à être aussi évasifs à la fac de médecine.
"Je peux le voir maintenant ?" Je demande, debout aussi.
"Je vous emmène dans sa chambre."
Je le suis dans un petit couloir et il me fait entrer dans la chambre de Charlie. Il m'explique brièvement que Charlie sera sous sédatif pendant au moins vingt-quatre heures et me conseille de ne pas rester trop longtemps. J'attends qu'il quitte la chambre avant de m'approcher du lit.
En m'approchant, mes yeux s'écarquillent à mesure que je vois le nombre de machines auxquelles il est branché. La zone autour de son lit ressemble à la console d'un vaisseau spatial, il y a tellement de lumières clignotantes et de fils. Je tire la chaise du coin et je m'assois. Malgré toutes les lumières, les machines sont silencieuses, à l'exception d'un bip intermittent.
Ce n'est pas la première fois depuis mon retour que je constate à quel point Charlie a l'air fragile. Sa peau - encore terne à cause de la jaunisse - est fine et tendue, s'accrochant à ses traits anguleux. Ses lèvres sont légèrement fendues dans son sommeil, ce qui fait que son souffle siffle légèrement à chaque inspiration. En traînant mes yeux sur le lit, je vois sa main posée sur le côté. J'y place la mienne mais la sienne reste immobile.
Des larmes chaudes me montent aux yeux. Penchée en avant, je prends sa main dans les miennes et je l'embrasse. L'odeur de sa peau remplit mes narines et m'est si douloureusement familière, elle me rappelle des souvenirs oubliés depuis longtemps. Bizarrement, je me souviens qu'il m'a touché la joue et a séché mes larmes après que je sois tombée de vélo.
J'ai refusé de réessayer et je n'ai appris à faire du vélo qu'après avoir déménagé à Phœnix. Cela me rappelle les petites choses que j'ai partagées avec Jacob et que Charlie n'a jamais pu partager avec moi.
"Oh papa !" Le chagrin brûle dans ma poitrine. "Je suis désolée de ne pas avoir été là pour toi quand tu avais besoin de moi. S'il te plaît rétablis-toi, je te promets de faire mieux. Je m'occuperai de toi. Je t'en prie."
Les mots râpent dans ma gorge, perdus dans les sanglots qui convulsent mon corps. "Je ne te quitterai plus," je promets. "Reste avec moi."
Mes supplications désespérées n'aboutissent à rien. Sa respiration reste régulière et rythmée, la machine continue de biper. Je ne me suis jamais sentie aussi impuissante de toute ma vie. Je ne peux rien y faire. Je ne peux pas changer cela et je ne peux pas fuir. Le perdre est une chose à laquelle je ne peux pas échapper, peu importe à quel point je le veux.
Je ne sais pas depuis combien de temps je suis là quand la porte s'ouvre soudainement. Je me redresse, essuyant mes joues et je me tourne pour voir entrer une infirmière. Me souriant avec sympathie, elle se penche au-dessus du lit et lit les écrans sur les machines.
Je regarde la main de Charlie, trempée de larmes et avec un dernier baiser, je la remets sur le lit. "Est-ce que tout va bien ?" Je lui demande, en la regardant écrire des choses sur un presse-papiers avant de le faire glisser au pied du lit.
"Je ne fais que vérifier les valeurs affichées," explique-t-elle. "Il faudra au moins vingt-quatre heures avant qu'il s'éveille," ajoute-t-elle doucement.
Ma voix est à vif quand je lui dis que je le sais déjà. Soudain, je me souviens de Sue. Un coup d'œil rapide à ma montre m'indique que je suis ici depuis près d'une heure. L'infirmière part, et je retourne vers Charlie.
"Je reviendrai demain," je murmure, penchée sur lui. "Je t'aime, papa."
Je pose mes lèvres sur son front, luttant pour étouffer de nouveaux sanglots et puis d'une manière ou d'une autre, je trouve en moi la force de partir.
"Oh, Bella !" s'exclame Sue dès que je retourne dans la salle d'attente. "Est-ce qu'il..."
"Il va bien," je l'assure. "Ils vont faire des examens dans un jour ou deux. Ils le gardent et il a été mis sous sédatif pour qu'il puisse se reposer. C'est juste un choc de le voir comme ça... tellement... impuissant."
Sue a l'air aussi bouleversée que moi et c'est un réconfort pour moi de savoir que Charlie a d'autres personnes à ses côtés pour prendre soin de lui comme je le fais.
"Allons prendre un café avant de rentrer à la maison," suggère-t-elle. "On dirait que tu as besoin de temps de te calmer avant de conduire". Elle rit un peu mais cela semble forcé et totalement dépourvu de la gaieté. "Eh bien, le café ne te calmera pas mais tu sais ce que je veux dire."
En buvant le café, je lui dis à quel point j'apprécie tout ce qu'elle et Leah font pour Charlie et moi. Elle raconte comment Charlie l'a aidée à la mort d'Harry et dit que c'est le moins qu'elle puisse faire. Malgré leur statut d'amis, le chagrin de Sue est palpable et je vois qu'elle avait espéré quelque chose de plus.
Avant que je ne recommence à pleurer, elle change de sujet et me demande comment s'est passée ma journée avec Jacob et Edward. Je ne sais pas si c'est l'état émotionnel dans lequel je suis ou le fait que la nature douce de Sue m'attire mais je finis par admettre toutes les émotions contradictoires qui ont entravé mon plaisir aujourd'hui.
Lorsque je lui dis que j'étais jalouse d'Edward, elle me prend la main et me dit que je ne devrais pas m'en vouloir pour ça. Elle insiste sur le fait que ce n'est qu'un signe de la réalité que Jacob a compté sur moi pendant si longtemps. Elle dit qu'il est tout à fait naturel que j'aie du mal à passer les rênes à quelqu'un d'autre.
Lorsque je me sens suffisamment calme pour conduire, Sue et moi commençons à nous rendre à l'entrée. Nous arrivons aux toilettes et Sue entre pendant que je l'attends dans le couloir. La fatigue gagne du terrain et je m'appuie contre le mur en regardant par les fenêtres vers le parking.
J'entends des pas derrière moi et je me retourne. Je gémis intérieurement quand je vois Carlisle marcher vers moi avec une expression surprise.
En m'éloignant du mur, je me redresse.
Plus il s'approche, plus ses pas ralentissent et plus ses yeux se plissent. Je le fixe, en espérant que j'ai la force de faire face à sa condescendance.
"Bella," il me salue d'un léger hochement de tête.
Je suis momentanément sans voix. Je ne m'attendais pas du tout à un salut. En fait, je m'attendais simplement à ce qu'il se lance directement dans son vitriol habituel.
Mon instinct me pousse à rejeter sa civilité mais j'ai été élevée mieux que cela alors je hoche la tête moi aussi. Cependant, je ne suis pas une sainte et si ce n'était pas pour Jacob, j'aurais probablement pris un grand plaisir à lui dire ce qu'il peut faire avec son salut poli.
Il fait une pause avant de reprendre la parole, comme s'il choisissait ses mots avec soin. "Alice me dit que tu as amené ton fils avec toi."
Bizarrement, j'aime l'implication dans son choix de mots. Ton fils. Pas celui d'Edward - le mien. Entendre Jacob dire qu'il avait besoin d'Edward, a dû me secouer plus que je ne le pensais.
"Oui, c'est vrai," dis-je prudemment. "Comme je ne sais pas combien de temps nous serons ici, je ne pouvais pas le laisser à Jacksonville."
Attends, pourquoi est-ce que je m'explique devant lui ?
"Bien sûr. Comment va ton père ?"
"Epargnez-moi cette fausse inquiétude. Vous avez clairement indiqué la dernière fois que nous avons parlé que vous ne vouliez pas que nous vous dérangions."
L'affront scintille dans ses yeux. "Non, j'ai simplement fait remarquer que ton père est sous la responsabilité d'un autre médecin - spécialisé dans son domaine - et qu'il serait préférable pour Charlie que tu demandes au médecin qui le soigne." Il me lance ce regard de dédain que je connais si bien. "Il semble que les années n'ont rien fait pour améliorer tes manières."
"Tout comme elles n'ont rien fait pour améliorer votre statut dans la vie. Ça doit vraiment vous dégoûter qu'après des années à faire de la lèche à Eléazar Denali, vous êtes toujours là... à Forks. Cette attitude méprisante… n'a pas diminué non plus, je vois."
Son visage se crispe. "J'avais espéré que nous pourrions mettre le passé derrière nous, puisque tu es la mère de mon petit-fils. En supposant qu'il soit l'enfant d'Edward."
"Vous voyez, c'est ça, juste là..." j'explose. "Vous dites que vous voulez mettre le passé derrière nous mais vous êtes toujours là, sur vos grands chevaux, à me regarder de haut - comme vous l'avez toujours fait."
Je fais un pas vers lui.
"Je ne suis plus une adolescente naïve, Carlisle, et je ne laisserai certainement pas mon fils près de vous ou de votre famille si c'est ainsi que nous pouvons nous attendre à être traités. J'ai peut-être menti sur certaines choses mais la paternité de mon enfant n'en fait PAS partie."
Après avoir trouvé Edward complètement changé je suppose que ça aurait été trop demander que Carlisle ait aussi changé. Comme dans un scénario fol dingue où Edward a développé une carapace semblable à Carlisle pour se cacher, peut-être que Carlisle aurait pu se ramollir et devenir plus comme Edward. J'écarte ces pensées folles.
"Je suis sûr qu'Edward sera ravi d'apprendre que tu n'as pas l'intention de le laisser voir le garçon... lui ou sa famille," dit-il amèrement.
Le garçon. Qui parle comme ça ? Mais ensuite quand je pense au reste de ses mots ils me confondent. Pourquoi Edward n'a-t-il pas dit à sa famille qu'il rencontrait Jacob aujourd'hui ? Sa famille sait pour Jacob mais elle est restée à l'écart. Cela doit sûrement être dû au fait qu'Edward a demandé à ce qu'ils nous laissent tranquille.
Sue sort des toilettes brisant notre petit tête à tête et la chance de l'interroger est passée.
Sue et Carlisle échangent rapidement quelques civilités avant que nous partions. Je peux sentir les yeux ennuyeux de Carlisle sur moi pendant que nous nous éloignons. Heureusement Sue comprends que je n'ai pas envie d'en parler et n'en fait pas mention durant le trajet.
Je vois une Ford noire garée derrière la voiture de Leah dans la rue alors que j'arrive dans l'allée et me demande si elle est à Edward. Sue propose de rester pendant que nous montons les marches et bien que j'apprécie son offre, j'ai envie de passer du temps avec Jacob.
"Maman !" s'exclame-t-il, en courant vers moi dès que j'ouvre la porte.
Ses bras s'enroulent autour de mon cou et je sens son souffle chaud sur ma peau. "Est-ce que grand-père Charlie va bien ?" demande-t-il.
J'apprécie la chaleur de son étreinte, enfouissant mon visage dans son cou alors que je le serre contre moi. "Il dort pour le moment," je lui explique doucement. "Je t'emmènerai le voir dès que possible d'accord ?"
Il hoche la tête, resserrant sa prise. "Papa est toujours là," murmure-t-il.
Je me raidis involontairement quand il dit 'papa' et je suis heureuse qu'il ne semble pas s'en apercevoir alors qu'il se recule et me sourit.
Prenant ma main il m'entraîne le long du couloir. Leah enfile déjà sa veste quand je rentre dans le salon et Edward se lève du canapé pour nous accueillir.
"Comment va Charlie ?" demande Leah avec anxiété.
"Je te raconterai en chemin," dit Sue en jetant un coup d'œil insistant vers Edward.
"Merci beaucoup d'avoir pris soin de Jacob," dis-je tandis que je conduis Sue et Leah à la porte. "Je n'aurais pas pu faire ça sans toi."
Leah me sourit gentiment. "Je ne suis que trop heureuse d'aider Bella. Et ce n'est pas un problème, je m'attache beaucoup à ce petit gars." Elle me serre dans ses bras. "Et Edward semblait heureux juste de regarder le film avec nous," ajoute-t-elle, en baissant la voix.
Je soupire de soulagement et promets de les appeler plus tard avant de fermer la porte me retournant vers le salon, je prends une profonde inspiration.
"Je vais aller le chercher !" crie Jacob en se précipitant par la porte alors que je l'atteins. Il s'arrête et se tourne vers moi. "Je vais juste chercher ma tenue de Karaté," m'informe-t-il avant de se précipiter à l'étage.
Edward est près de la porte et regarde Jacob. Lorsqu'il disparaît dans la chambre il se tourne vers moi.
"Comment va ton père ?"
Je souffle plus fort que je ne voudrais et mon souffle est tremblant. "Il a un caillot dans un poumon," lui dis-je.
"Une embolie," dit-il calmement.
"Oui, à quel point c'est grave ? Le Dr Sharp dit qu'il ne peut pas s'avancer avant quarante-huit heures."
Il déglutit. "Ça dépend… a-t-il dit quel traitement ils lui donnaient ?"
Je réfléchis à ce que le médecin à dit. "Euh… ils le font dormir et il a dit quelque chose à propos de lui donner quelque chose pour dissoudre le caillot."
C'est à peine un scintillement mais je le vois et je le reconnais comme une grimace avant qu'il ne puisse le cacher.
"C'est mauvais ?" je demande, mon cœur sautant dans ma gorge.
"S'ils essaient de le dissoudre ça signifie que c'est un gros caillot." Il me regarde. "C'est vrai ce que le Dr Sharp t'a dit, seul le temps révélera les effets du caillot. Mais le fait qu'ils le maintiennent sous sédation et qu'il n'y ait pas eu d'autres complications est au moins quelque chose."
Le silence s'étire entre nous.
"Il y a une Ford garée devant," dis-je doucement trouvant n'importe quoi pour remplir ce silence. "Elle est à toi ?"
"Non Jasper et Alice l'ont amenée," dit-il et en voyant mes yeux s'écarquiller il continue. "Ne t'inquiète pas, ils ne sont pas entrés. Je les ai retrouvés dehors. Jasper me ramènera à ma voiture plus tard. Je ne voulais pas leur demander de m'attendre et j'ai pensé qu'il valait mieux qu'ils me laissent la voiture d'Alice et j'irai chez eux ensuite."
La mention d'Alice et Jasper me rappelle ma rencontre avec Carlisle. "Pourquoi tu n'as pas dit à ta famille que tu voyais Jacob aujourd'hui ?"
Il me regarde avec méfiance.
"J'ai eu le plaisir de tomber sur Carlisle à l'hôpital," je précise. Il a l'air mal à l'aise dès que j'ai dit cela et cela me fait m'interroger sur sa relation avec sa famille. "Il savait pour Jacob mais il ne savait pas que tu le voyais aujourd'hui."
Il passe sa main sur son visage. "Tu sais à quoi ressemblait ma relation avec lui…" dit-il, en me regardant dans les yeux. "Ça ne s'est pas amélioré."
Jacob crie depuis là-haut qu'il ne trouve pas sa ceinture nous faisant sursauter tous les deux. Je lui dis où la trouver et ensuite je me tourne vers Edward.
Ses yeux brillent alors qu'il regarde vers l'escalier, il est clair qu'il a tout oublié de Carlisle. "Merci de m'avoir permis de revenir ici avec lui," dit-il doucement. "Je suis tellement soulagé que ce soit bien passé."
En me détendant un peu je hoche la tête. "Moi aussi même si je suis surprise de voir à quel point ça s'est bien passé." Une image rapide de Charlie me traverse l'esprit. "Pour Jacob."
Comme s'il avait lu dans mes pensées il fait un pas vers moi. "S'il y a quelque chose que je peux faire pour aider… tu sais, avec Charlie…"
Une boule se forme dans ma gorge. "Merci tout ira bien. Leah et Sue ont été super."
Sa tête opine. "Que voulais-tu dire par surprise ?" demande-t-il finalement.
"Je t'ai déjà dit à quel point Jacob était nerveux," je lui explique; "Et… eh bien… je ne m'attendais pas à ce qu'il t'appelle papa si vite."
Ses lèvres forment un doux sourire et la fierté est claire dans ses yeux. "Moi non plus." Il m'observe pendant quelques secondes. "Est-ce que cela te dérange ?"
Je n'admets pas la vérité - que cela me dérange un peu. A la place je secoue la tête et je ne dis rien.
"Je pense toujours que nous devrions parler," dit-il doucement, en se rapprochant. "Pour discuter de la façon dont nous allons procéder."
"Pour quoi faire ?"
"Je veux faire partie de la vie de Jacob," dit-il.
"Et ta famille ? Veut-elle faire partie de sa vie ?" je demande, la tension s'infiltrant dans mon ton.
Sans me quitter des yeux il passe les doigts dans ses cheveux. Sa mâchoire se resserre. "Il y a tellement de choses dont nous devons parler. Voir ce qu'il y a de mieux pour nous trois avant de nous soucier des autres."
Nous trois.
Je ne supporte pas l'émotion que ces mots provoquent en moi. Je me détourne et appelle Jacob pour savoir s'il a trouvé sa ceinture. Le soulagement me traverse lorsque je l'entends descendre l'escalier à la hâte.
"Qu'est-ce que tu en penses ?" rayonne-t-il, en sautant des marches théâtralement.
Je me retourne pour voir Edward arborant un large sourire qui n'atteint pas ses yeux. Son regard est troublé. "C'est génial. J'aime ça," insiste-t-il.
Jacob baisse les yeux et une pensée traverse son visage avant de se tourner vers Edward. "Hé tu penses que si j'enlevais la ceinture la veste ressemblerait à celle d'un chef… comme Alfredo dans Ratatouille ? Peut-être que je pourrais avoir un de ces … chapeaux ?" Il se tourne vers moi avec empressement. "Sais-tu où on pourrait en trouver un ? Leah dit qu'elle allait m'aider à cuisiner quelque chose. Je veux faire de la ratatouille."
"Tu dois savoir que dans la ratatouille il n'y a que des légumes et tu te plains toujours d'avoir à en manger," je lui signale en souriant. Mais il est parti trop loin dans son petit fantasme pour même en prendre note.
Ses yeux sont brillants de toutes les idées qui passent dans sa tête et je vois déjà sa prochaine obsession arriver. Le sourire d'Edward se fane et se transforme en une expression perplexe.
Il regarde Jacob enlever la ceinture et commencer à rapprocher les revers de la veste. "Il faudrait y coudre des boutons," dit-il sans même me regarder et je lève un peu les yeux vers Edward.
Jacob continue de marmonner pour lui-même.
"Quand il voit un film qu'il aime vraiment, il a tendance à devenir comme ça," dis-je, en me tournant vers Edward quand on toque à la porte ce qui détourne mon attention. Laissant Edward écouter le bavardage incessant de Jacob, je vais voir qui c'est.
En ouvrant la porte, je suis surprise de voir Mike, Amy et Louise sur le porche.
"Mike ?" Je dis, surprise. Je souris aux deux filles, mais seule Louise sourit en retour. Amy a l'air de s'ennuyer et d'être désintéressée comme toujours.
"Hé !" Il fait un sourire comme si je savais qu'ils allaient venir.
Je fronce les sourcils et le sourire s'efface de son visage. "Tu n'as pas reçu mon message ?" demande-t-il doucement, son sourire se transformant en grimace. "J'ai envoyé un texto tout à l'heure pour dire que je passerais avec les filles, tu sais, pour voir comment les choses se sont passées aujourd'hui ?"
"Oh !" j'essaie de réfléchir où se trouve mon portable. "Je crois que j'ai éteint mon portable en arrivant à l'hôpital. A mon avis, j'ai oublié de le rallumer."
"Salut Bella !" Louise sourit, en tendant une boîte. "On a apporté des petits gâteaux. Est-ce que Jacob aime des petits gâteaux ? Amy et moi les avons préparés spécialement pour lui."
Amy soupire d'exaspération. "Non, on les a fait pour tout le monde, Louise."
Je regarde son doux petit visage, rayonnant de fierté alors qu'elle m'offre la boîte.
"Hum... bien sûr... désolée, entrez." Je dis, en m'écartant.
"Hôpital ?" dit Mike, inquiet. Les filles nous dépassent alors que Mike s'arrête pour m'interroger. "Est-ce que... tout va bien ?"
Ma lèvre tremble. "Charlie s'est effondré aujourd'hui... et... il..."
"Oh Bella, je suis désolé, je ne savais pas..." dit-il, en s'avançant et en me prenant dans ses bras. "Est-ce que...Je peux faire quelque chose ? Si tu dois retourner à l'hôpital, je m'occuperai de Jacob."
Son souffle est chaud dans mes cheveux alors que j'essaie de reculer et de le rassurer sur mon état.
"Je devrais y aller."
Je sens Mike se raidir au son de la voix d'Edward et sa prise se relâche suffisamment pour que je me retire et regarde Edward.
Son expression est impénétrable lorsqu'il nous regarde fixement.
"Je vais juste dire au revoir à Jacob." Il se tourne et retourne dans le salon.
Mike me fait des grimaces. "Je suis désolé, c'est clairement un mauvais moment. J'aurais dû appeler avant... Je ne m'attendais pas à… ce qu'il soit ici."
Je secoue la tête. "Non, c'est bon. Je ne m'attendais pas non plus à ce qu'il vienne ici mais Jacob voulait passer plus de temps avec lui pendant que j'étais à l'hôpital."
"Ecoute, je vais chercher les filles et on te laisse tranquille. Je t'appellerai demain."
"Non, ne fais pas ça. Les filles ont fait ces petits gâteaux, reste au moins pour un café," j'insiste, en essayant de sourire de mon mieux.
Edward revient dans le couloir.
Il y a un silence gênant avant que Mike ne le brise. "Je vais juste aller voir ce que font les enfants," dit-il, en tendant le pouce en direction du salon.
Edward le regarde fixement mais ne le salue pas. Dès que Mike est hors de portée de voix, il se tourne vers moi. "Je suis à Seattle cette semaine mais je vais libérer mon agenda pour le prochain week-end. Je pourrais peut-être revoir Jacob ?"
Son comportement est soudain plus froid et une partie de moi le préfère ainsi. C'est beaucoup plus facile à gérer avec son extérieur froid que l'intérieur fondant qui rappelle trop des temps meilleurs.
"D'accord," je confirme. "Je t'appellerai dans la semaine. Je saurai d'ici là comment va Charlie."
Il me fixe pendant un long moment, ses yeux deviennent soudainement intenses. Le rire de Mike retentit du salon et je me tourne automatiquement vers lui mais Edward est déjà presque à la voiture.
Jacob vient à la porte au moment où je la ferme. "Il est parti ?" demande-t-il, la tête basse.
Je lui caresse les cheveux. "Tu le reverras le week-end prochain."
Cela l'apaise. Il me sourit brièvement, avant que son expression ne change et qu'il ne chuchote,
"Combien de temps Mike, Amy et Louise restent-ils ?"
"Juste assez longtemps pour que Mike et moi puissions prendre un café et discuter rapidement. Pourquoi ne pas apporter un jeu de société avec lequel tu peux jouer avec les filles ? Et tu les as remerciées pour les petits gâteaux ?"
Il plisse le nez à la suggestion du jeu de société et je lui tape sur l'épaule de manière enjouée. Je dégage un espace sur la table pour le jeu, avant d'inviter les filles à s'asseoir. Jacob revient avec un jeu et une fois qu'ils se sont installés, Mike et moi nous retirons dans la cuisine.
"Alors, que s'est-il passé avec ton père ?" demande Mike, qui enlève sa veste et la passe par-dessus le dossier de la chaise.
Je lui raconte ce qu'il s'est passé à l'hôpital et je parviens à ne pas craquer. Cependant, à quelques reprises il a l'air de vouloir se lever pour me réconforter mais je lui fais signe de partir les deux fois. Il réitère son offre d'aide, que j'apprécie mais ne l'accepte pas.
Quand le café est prêt, je verse deux tasses et je m'assieds en face de lui. " Demande-moi, alors ?" je le brave légèrement.
"Eh bien, à en juger par le fait qu'Edward soit ici, je suppose que les choses se sont bien passées," répond-il.
"Jacob l'appelle déjà papa," dis-je en soupirant.
" Waouh, il ne perd pas de temps, n'est-ce pas ? "
Je raconte la journée à Mike, en lui disant combien Jacob était nerveux au début et puis avec quelle rapidité il a changé du tout au tout. Mike a ponctué mes paroles de questions et nous avons terminé un autre café avant que je lui raconte tout.
"Nous avons donc établi comment Jacob s'en est sorti aujourd'hui," dit-il en buvant son café. "Comment ça va pour toi aujourd'hui ? Edward était-il bien avec toi ?"
Je hoche la tête, sans le regarder dans les yeux. "C'était bien, en plus, il ne s'agit pas d'Edward et moi."
"Bien sûr que si," insiste Mike. "Si vous ne vous entendez pas, comment espères-tu t'en sortir sans blesser Jacob ?"
"Que veux-tu dire ?"
"Il a fallu un certain temps pour que Jessica et moi soyons même courtois l'un envers l'autre. Les filles ont compris notre hostilité et ça leur a fait très mal. Les enfants ne sont pas faciles à berner, Bella," dit-il en haussant les sourcils. "Tu le sais."
"Je le sais," 'admets-je.
"Vous deux devez régler tous vos différends, que cela vous plaise ou non," finit-il, en me fixant.
"Eh bien, il y a beaucoup de choses à régler," dis-je, en passant mes doigts dans mes cheveux. Mes épaules s'affaissent.
"Hé," dit-il doucement, en se penchant sur la table. "Tu as l'air épuisé. Nous n'avons pas à parler ce soir."
"Pourquoi devons-nous en parler ?" Je râle, mais je ressens immédiatement des remords quand je vois son visage tomber. "Je suis désolée Mike, je sais que tu essaies juste d'aider mais je me sens tellement dépassée par tout en ce moment..."
Son sourire est triste mais il sait. Il soupire et se lève. "Je vais te laisser tranquille", dit-il.
"Oh Mike, j'espère que je ne t'ai pas offensé," je me lamente en me levant avec lui.
Il se retourne. "Pas du tout, je suis conscient que je peux être un peu... trop... parfois," dit-il, en forçant un sourire. Il pose sa main sur son cœur, me lançant un regard moqueur. "Mais mon cœur est au bon endroit."
"Je sais," je l'assure, en souriant.
Il se déplace comme pour quitter la pièce mais s'arrête et se retourne vers moi. "Ecoute, puisque ton père sera encore à l'hôpital, pourquoi ne pas venir dîner avec Jacob demain ? Cela t'épargnera de faire la cuisine et tu peux venir directement de l'hôpital," suggère-t-il.
"J'aimerais ça," dis-je. "On verra comment ça se passe demain, mais... oui, ce serait super. Merci."
Après leur départ, Jacob prend un bain pendant que je réchauffe le dîner que Leah m'a laissé. Après avoir mangé, je monte à l'étage pour dire bonne nuit à Jacob. Il n'est pas dans sa chambre et quand je l'appelle, il répond de la chambre de Charlie. Surprise, je pousse la porte et passe la tête.
Je sursaute, choqué de voir qu'il tient le téléphone dans sa main. Il me regarde d'un air coupable.
"Jacob !" Je le gronde. "C'est la chambre de grand-père Charlie, tu sais que tu ne devrais pas être ici. A qui parles-tu ?"
Je m'attends à ce qu'il dise "Edward", mais il me surprend encore. "J'allais justement appeler Nana", dit-il, en remettant le récepteur à sa place.
"Pourquoi tu n'es pas descendu pour demander si tu pouvais téléphoner ?" Je demande, en me dirigeant vers lui.
Il a l'air penaud. "Je voulais juste parler à Nana d'Adventureland..." Sa voix faiblit un peu.
"Et de papa."
Je m'assois lourdement à côté de lui et je passe mon bras autour de son épaule. "Pensais-tu que tu ne pouvais pas parler de lui devant moi ?" Je demande.
Il hoche la tête. "J'ai vu ton visage à l'hôpital, quand j'ai dit que je..." une rougeur cramoisie se répand sur son visage alors que sa voix se perd. "Et quand je l'ai appelé papa, tu n'avais pas l'air heureuse."
"Je suis juste surprise que tu te sois lié si rapidement avec lui."
"Lié ?" demande-t-il, plissant le front.
"Je veux juste dire que je pensais qu'il faudrait un peu de temps avant que tu te sentes aussi à l'aise avec lui." Il a l'air incertain alors qu'il étudie mon visage. "Mais c'est bien, ne te sens pas obligé de cacher comment tu te sens. Je suis ta mère et tout ce que je veux, c'est que tu sois heureux, d'accord ?"
J'embrasse son front alors qu'il se penche vers moi. "Maintenant, va te brosser les dents, il se fait tard et la journée était longue."
Il se dépêche de sortir pendant que je m'allonge sur le lit, en fixant le plafond. Je passe ma main sur la couette et ma poitrine se serre en pensant à Charlie. Les larmes me piquent les yeux et je bouge pour me lever. J'appuie mes mains dans le matelas pour me lever et je sens quelque chose de lisse sous ma paume.
C'est une petite carte et je la prends, la regardant curieusement. Mon cœur tombe comme une pierre quand je la tourne pour voir qu'il s'agit de la carte qu'Edward a donnée à Jacob plus tôt. Je frotte mon pouce sur le numéro de téléphone en relief.
"Oh, Jacob."
