CHAPITRE :
L'heure de la rentrée avait sonnée. Avant de quitter le square Grimmaud, Molly Weasley avait réuni tous ses enfants – y compris ses enfants de cœur- afin de leur servir un solide petit déjeuner :
Cette année, assurez-vous de ne jamais rester seuls, il vaut mieux être prudents. Promenez vous à plusieurs dans les couloirs de sorte à être en sécurité, veillez les un sur les autres, est-ce que c'est bien clair ?
Hermione écoutait d'une oreille distraite. Elle venait seulement de réaliser que retourner à Poudlard signifiait qu'elle devrait probablement recroiser Draco et sa clique de mangemorts ainsi que Snape et, à dire vrai, cela la terrifiait. Elle fut tirée de sa rêverie lorsqu'elle s'aperçut que tous ses amis l'observaient et elle entendu la voix de Molly l'interpeller :
Hermione ?
Pardon, Mrs Weasley, j' étais perdue dans mes pensées.
Ce n'est rien ma chérie. Je me demandais si tu souhaitais que j'informe tes parents des récents euh … événements … Je ne t'ai pas posé la question jusque là car j'attendais que tu ailles mieux mais maintenant que tu repas pour Poudlard….
Non ! s'écria la jeune femme trop vivement pour ne pas s'attirer de regards inquisiteurs et être obligée de justifier sa réaction. Surtout gardez le pour vous, personne ne doit savoir mais ….Mes parents ne savent plus qui je suis … Avant de partir je leur ai jeté un sort d'oubliettes pour les protéger …. Je … n'ai plus de parents. Plus vraiment, s'étrangla la jeune femme en s'attirant des regards sidérés. »
Aussitôt Molly vint la serrer dans ses bras en lui assurant qu'ils seraient toujours là pour elle quand bien même ils ne pouvaient pas remplacer ses parents et Hermione sourit, soulagée. Cependant, alors que toute la famille s'apprêtait à sortir de la cuisine en vue de se rendre à la gare, un raclement de gorge attira leur attention. Sur le pas de la porte, Sirius, l'air grave fixait ses pieds, semblant mal à l'aise.
« Sirius que… commença Harry pensant que son parrain souhaitait lui parler.
Dumbledore souhaiterait parler à Hermione. Il a dit que vous devriez partir pour Poudlard, il s'arrangera pour qu'Hermione puisse….
Quoi, l'interrompit Molly d'un air indigné, mais pourquoi ?!
Ce n'est rien, Mrs Weasley, je suis sûre que le professeur Dumbledore sait ce qu'il fait. A tout à l'heure tout le monde » rétorqua Hermione avant de s'éclipser.
Dumbledore attendait Hermione dans le petit bureau. Elle avait rarement vu l'air grave qu'il arborait mais ne pouvait que se douter qu'il souhaitait l'entretenir de quelque chose de sérieux. La boule au ventre, elle signala sa présence….
« Ah, Miss Granger, entrez, entrez. Voulez-vous un bonbon ?
Euh, non, merci, souffla la jeune femme. Vous vouliez me voir ?
Oui euh…. Connaissez-vous les Wilkins, Miss Granger.
Les …. Wilkins ? blêmit la jeune femme avant de se reprendre, non, non je ne crois pas que…
J'ai toutes les raisons de penser, Miss Granger, que les Wilkins s'appellent en fait les Granger.
Je…
Ce sortilège d'oubliettes que vous avez lancé est incroyable, j'ai rarement vu de sortilèges aussi complexes être aussi puissants lorsqu'ils sont lancés par de jeunes sorciers…
Hermione ne répondit pas, se doutant que ce n'était pas la seule raison de sa présence.
Où sont les Wilkins actuellement, Miss Granger ?
Vous ne le savez pas ? rétorqua Hermione avec étonnement
J'aimerais avoir la confirmation de ce que je pense.
Ils sont en…. En Australie, souffla-t-elle en retenant ses larmes.
Ah… Je crois, Miss Granger, que vos parents ont retardé leur départ. D'après mes informations un imprévu est arrivé dans leur vie et ils sont souhaité partir plus tard. Nous pensons qu'ils peuvent être en danger. J'aurais souhaité que vous vous rendiez chez vous afin de les convaincre de quitter le territoire le plus vite possible….
M…moi ?
Oui. Voyez-vous, Miss Granger, quand bien même vous n'existez plus dans leur conscience, vous gardez une place importante dans leur inconscient grâce à l'amour qu'ils vous portent et qu'aucun sort ne saurait défaire. Comme je l'ai expliqué à Harry, l'amour est la plus ancienne, la plus pure et la plus forte de toutes les formes de magie. La seule magie dont sont capables les humains d'ailleurs. Aussi, si vous vous présentez à eux en leur indiquant d'une manière ou d'une autre qu'ils DOIVENT partir, vous augmentez les chances qu'ils vous écoutent car, dans leur inconscient, ils savent que votre opinion compte bien plus que celle de n'importe qui d'autre.
Hermione resta silencieuse un instant tentant de comprendre ce que venait de lui dire Dumbledore.
Et il faudrait qu'ils partent ….
Aujourd'hui, demain …. Le plus vite possible. Je sais que ce que je vous demande vous paraît surhumain, Miss Granger. Je sais que revoir vos parents et leur dire au revoir à nouveau alors même qu'ils ne vous reconnaissent pas vous paraît insurmontable pour autant c'est extrêmement importante et vous êtes la plus à même de réussir cela.
Quand puis-je y aller ?
Immédiatement. Un membre de l'ordre vous suivra de loin de sorte à pouvoir vous aider au besoin même si je pense que tout le monde s'attend à vous retrouver à Poudlard. Mlle Lovegood a accepté de prendre un peu de Polynectar afin de se faire passer pour vous dans le train aussi personne ne s'attendra à vous voir chez vos parents.
Hermione devait se l'avouer, c'était un très bon plan. Bien évidemment, l'idée même de devoir revoir ses parents sans même pouvoir les appeler « papa et maman », de devoir leur dire, encore une fois, adieu la brisait mais si c'était le prix à payer pour protéger les deux personnes qu'elle aimait le plus au monde -à l'exception peut-être de Harry et Ron- elle le ferait. Pour eux.
Aussi, l'heure suivante était-elle au coin de sa rue. Elle avait volontairement décidé de ne pas apparaître trop près de son domicile afin de ne pas attirer l'attention. Pourtant, alors qu'elle tournait au coin de la rue et s'approchait de la maison de son enfance, tous ses sens étaient en alerte. Une petite voix en elle lui criait « fuis, vas-t-en, cours ! » mais elle tentait de se convaincre qu'elle ne pouvait pas faire demi tour puisqu'il s'agissait de sauver ses parents. Elle sonna et sa mère, un grand sourire aux lèvres, vint lui ouvrir. Hermione dut faire un effort considérable pour se souvenir que cette femme était Monica Wilkins et non pas Jean Granger. En cet instant présent, Hermione eût voulu se jeter dans les bras de sa mère et se mettre à pleurer à chaudes larmes tout en lui disant comme elle l'aimait mais elle ne le pouvait pas aussi restait-elle là, interdite, se fustigeant de ne pas avoir préparé un petit discours,
Euh …. Bonjour…. Commença Mrs Wilkins avec étonnement.
Bonjour, je euh …. Je m'appelle Hermione…. Hermione Granger.
Ca alors, Granger est mon nom de jeune fille, s'exclama Mrs Wilkins, nous sommes nous déjà rencontrées ? Nous ne serions pas parents ?
Quoi ? Non, non… Je euh…. Je suis agent immobilier, j'ai entendu dire que votre maison était en vente, imrpovisa la jeune femme en voyant le panneau « à vendre ». Vous voyez, je suis agent immobilier et notre agence est intéressée par votre maison.
Oh ! C'est-à-dire … Oui, elle est à vendre, nous devions partir en Australie mon époux et moi, changement de vie vous savez ….
Ah, demanda Hermione en retenant son émotion.
Oui. On pensait partir et vendre la maison à distance mais … Nous avons du mal à trouver un acheteur et on s'est dit que gérer ça à distance serait compliqué alors et bien …. On a repoussé notre départ pour pouvoir la vendre et ….
C'était donc pour cela qu'ils n'étaient pas partis ! Hermione avait espéré que Dumbledore se soit trompé. Il fallait qu'elle trouve une solution car, elle connaissait Mrs Granger, sa mère était très têtue et ne changerait pas d'opinion aisément.
Serait-il euh .. possible de visiter la maison ?
Maintenant ? s'exclama Mrs Granger
Et bien j'espérais… C'est-à-dire comme j'étais de passage….
Bon et bien, je suppose que oui… Ne faîtes pas attention au désordre, nous sommes en plein dans les cartons et …
Ne vous inquiétez pas, sourit Hermione en reconnaissant bien le côté maniaque de sa mère. Si jamais la maison nous plaisait beaucoup, j'ai un mandat de mon agence m'autorisant à acheter la maison en vue de la revendre aussi….
Entrez alors. Vous savez, en temps normal j'aurais refusé mais…. Vous me semblez familière Hermione. Vous permettez que je vous appelle Hermione n'est-ce pas ?
Euh oui…. Bien sûr.
Nous avons été très heureux dans cette maison, soupira Mrs Granger avec nostalgie. Très heureux. Il ne nous manquait plus qu'un enfant mais … On ne choisit pas toujours n'est-ce pas ? Avez-vous des enfants Hermione ? Quoique vous me semblez un peu jeune ….
Non, déglutit Hermione, non, je n'en ai pas ».
A la vérité, à la mention des enfants, Hermione avait eu envie de s'écrier « maman c'est moi voyons » mais c'eût été inutile. Alors elle prit sur elle se remémorant le but de sa mission : protéger ses parents. Monica entreprit de lui faire visiter la maison en énumérant tous les souvenirs qu'elle y avait -aucun la concernant bien évidemment-. Alors qu'elles étaient à l'étage, le claquement d'une porte suivit d'une voix les interrompit
« Cherie, je suis de retour !
C'est Charles, mon époux. Nous sommes en haut Charles, nous avons une invitée.
Ah, j'arrive »
Mais alors qu'il venait de répondre, un grand bruit suivi d'un cri retentirent et glacèrent le sang d'Hermione :
« AVADA KEDAVRA ».
Les mangemorts étaient là. Vraisemblablement, ils venaient de tuer son père. Hermione aurait voulu hurler mais il fallait faire vite, la petite voix, qui ne l'avait pas quittée depuis son arrivée et qu'elle ne reconnaissait pas continuait de lui susurrer « vas-t-en vite Hermione, prends ta mère et vas-t-en ! » Elle entendit sa mère exprimer sa terreur et son incompréhension alors qu'elle-même sortait sa baguette et verrouillait la porte de sa chambre. En vain, dans un grand boom la porte céda et Hermione se retrouva face à 4 mangemorts masqués baguettes pointées vers elles. Tous semblaient ricaner :
« Tiens tiens tiens, comme on se retrouve.
On va enfin pouvoir ramener le corps de la Sang De Bourbe au Maître…
Ne sois pas stupide, Yaxley, gronda ne voix reconnaissable entre mille, tu as entendu le Seigneur des Ténèbres : la fille doit lui être ramenée en vie… »
Snape. C'était lui, elle en était sûre et elle fut parcourue de tremblements. Il fallait qu'elle se ressaisisse. Derrière elle sa mère semblait pétrifiée.
Et qu'est-ce qu'on fait de la Moldue ? ricana le troisième mangemort.
Faîtes en ce que vous voulez, peu importe, répliqua Snape avec un désintérêt total
Avada…
Protego, s'écria Hermione.
Aussitôt une énorme chouette vint s'interposer entre elle et les mangemorts, semblant l'abriter de ses ailes. De toute évidence, aucun des mangemorts n'avait jamais rien vu de tel car ils furent tous pris d'un mouvement de recul, mis à part celui qu'hermione avait identifié comme étant Snape qui fixait, comme pétrifié, la grande chouette.
Petrificus totallus, hurla un des mangemorts mais le sort se contenta de rebondir contre la chouette avant de créer un impact sur le mur.
Qu'est-ce que ….
Expelliarmus ! S'écria Hermione en direction du mangemort qui se retrouva propulsé. »
Mais bientôt les 4 mangemorts furent rejoints par de nouveaux alliés et les sorts fusaient. Tous rebondissaient contre la grande chouette et la maison portait les traces de ce combat, les murs criblés de trous prêts à s'effondrer, les meubles tombés au sol…. Quelque part une voix intimait « Va-t-en Hermione, je ne tiendrai pas longtemps » comme si la chouette lui parlait mais c'était impossible, n'est-ce pas ? Pourtant, elle voyait bien que la chouette devenait de plus en plus transparente comme si elle s'effaçait et les autres l'avaient également remarqué. Subitement, la chouette disparut et un des mangemorts s'exclama :
AVADA KEDAVRA en direction d'Hermione.
Venue de nulle part, une grande bulle bleue entoura la jeune femme et le sortilège ricocha sur celle-ci avant de heurter de plein fouet Mrs Granger. Les mangemorts laissèrent éclater leurs rires gras alors qu'Hermione laissa échapper un hurlement déchirant.
MAAAAMMMAAAAAAANNNNN ! S'écria Hermione, maman je t'en supplie non ! Non, non non !
Quelque part dans son esprit, Hermione entendit une voix d'Homme qui lui semblait vaguement familière mais qu'elle ne parvenait plus à identifier, brisée par la douleur :
« Debout Granger, debout, bats-toi et fuis ! »
Mais Hermione ne pouvait pas se relever, elle ne pouvait pas fuir, elle ne pouvait plus bouger, sa mère était morte et elle restait là, prostrée dans sa bulle bleue à hurler et à réclamer sa mère comme une petite enfant alors qu'autour d'elle le combat avait cessé un instant tandis que les mangemorts l'observaient goguenard :
« Ben alors, Sang-de-Bourbe, on a besoin de sa maman ?
Pas une grosse perte cependant !
Hermione ne les entendait plus. Elle entendait à peine cette voix d'homme, impatiente et angoissée, dans sa tête :
Debout Granger, bon sang debout !
Mais rien n'y faisait, alors, subitement, un étrange phénomène se produit : la chouette apparut de nouveau, plus grande qu'auparavant. Elle sembla fondre, toutes griffes dehors sur les mangemorts. Tous sauf un. Furieuse, la chouette les attaquait sans répit tant et si bien qu'ils n'eurent d'autre choix que de déguerpir. Imperméable à toute l'agitation autour d'elle la fille ne bougeait pas et Snape fut partagé entre l'agacement et la pitié. Retirant son masque, il avisa la chouette qui l'observait avec méfiance mais sans agressivité . D'un geste, il agita sa baguette magique et la bulle bleue disparut.
Debout, Granger, c'est fini, debout, songea-t-il mais la jeune femme ne semblait plus comprendre ce qu'il se passait.
Debout Granger, c'est fini, debout, retentissait la voix dans l'esprit d'Hermione alors qu'elle rampait vers le corps sans vie de sa mère et l'etreignait avec l'énergie du désespoir en hurlant à plein poumons !
« Maman je t'en supplie, maman reviens, je t'en supplie maman, pardon… Pardon, pardon…. Ne me laisse pas maman, je t'en supplie reviens ! »
Mais bien évidemment, Mrs Granger ne revenait pas, elle ne reviendrait jamais . Snape resta un instant là, immobile, projeté quelques années auparavant. Il était arrivé à Godric's Hollow dans une maison dévastée où le silence n'était perturbé que par les hurlements d'un enfant. Au rez de chaussée il avait trouvé le corps sans vie de James Potter. Certes il avait toujours détesté Potter pour autant, voir son cadavre avait été un sacré choc. Plein d'angoisse, il était monté à l'étage où il avait trouvé Lili, sa Lili sans vie à côté du petit garçon qui hurlait. Lui aussi avait hurlé. Lui aussi avait supplié. Lui aussi avait répété en serrant le corps sans vie de la femme qu'il aimait « reviens Lili, reviens ». Mais Lili n'était jamais revenue. En voyant Granger si misérable auprès du corps encore chaud de sa mère, il ne pouvait que se souvenir de ce qu'il avait ressenti cette nuit là. La rage, le désespoir, la colère, l'immense vague tristesse qui le submergeait et l'étouffait, le vide, le terrible vide, froid, glacial qui vous rendait incapable de faire quoi que ce soit. Il savait, il sentait que c'était précisément ce que ressentait Granger en ce moment alors qu'à terre, elle pleurait à chaudes larmes. En ce moment précis, plus que jamais, Severus fut rappelé de ce qu'Hermione n'était encore une enfant. C'était encore plus flagrant en la voyant ainsi, à genoux et réclamant sa mère et pour la première fois depuis très longtemps le sorcier se prit à espérer qu'il eût pu faire quelque chose. Alors, son regard croisa celui de Granger et il l'entendit bafouiller d'un ton incrédule :
« Vous l'avez tuée …. Vous les avez tués tous les deux ! Vous n'êtes qu'un traître » ….
Severus aurait dû être en colère. Il était blessé, certes, mais il ne ressentait, étonnamment, pas de colère, simplement de la pitié pour la jeune femme. Il s'avança vers elle alors qu'elle tentait de reculer sans lâcher le corps de sa mère. Sans mot dire, le sorcier s'agenouilla et l'enveloppa dans ses bras la laissant pleurer tout son saoûl. Il lui murmura seulement :
« Nous devons partir avant qu'ils ne reviennent ».
A moins qu'elle ne l'ait entendu dans son esprit.
