Chapitre 11 :
Accords de paix
Ce fut dans une ambiance terriblement tendue, lourde et sombre que l'on bougea de nouveau. L'équipe médicale venait d'emmener le colonel Elric d'urgence vers leur hôpital de campagne, laissant derrière eux un climat au bord de l'explosion. C'était Maes qui avait réagis le premier, très calmement, son regard pourtant encore fixé dans la direction dans laquelle le jeune homme avait été emmené sous lourde escorte. Il était partis du principe que Edward avait vu juste sur les attaquants, ayant toute confiance en lui et se tournant vers la délégation d'Aerugo pour leur proposer de gérer ça ensemble. Le discours d'Edward encore vif à son esprit, comme son effort désespéré pour empêcher le combat malgré ses blessures, il s'était efforcé d'aller dans son sens, comme il l'aurait probablement fait lui même s'il n'était pas dans cet état. Il proposa donc une coopération le temps d'éclaircir cette affaire et le prince avait accepté, semblant comprendre alors qu'il regardait aussi en direction du lieu où devait être le Guerrier d'Or.
Et ce fut ce qu'il se passa, les deux camps coopérant en se laissant le bénéfice du doute. On agit alors sur le champs. Mustang avait creusé un petit trou dans son dôme pour y lancer un gaz somnifère. Très vite, on avait pu arrêter les attaquants et c'était ensemble que les deux camps les avait fouillé. La première chose fut que personne n'était capable de les reconnaître dans un camps ou l'autre, la deuxième étant que certains avaient en effet des traits caractéristiques de Creta. On récupéra les plaques et les papiers qu'ils avaient pour immédiatement aller faire des recherches et trouver des identifications. En leur prenant leurs affaires, on trouva certaines petites pièces d'équipements venant de Creta entre munitions et petits objets et de manière étrange, les sois-disant Aerugonians ou Amestrians avaient les mêmes. Puis ils s'étaient réveillés et on avait commencé les interrogatoires. Et avec les événements du matin, personne n'avait eu envie d'être gentil. Maes y était allé lui même avec ses hommes, tous plus que qualifiés dans le renseignement. Et là encore, ce fut une équipe des deux nationalités qui s'en occupait en même temps pour ne pas laisser de doute de tromperie. Ainsi, les représentants des deux bords assistaient aux interrogatoires, écoutant ce qu'il se disait.
Si au début, ils n'avaient pas eu de réponse, les étrangers muets comme des tombes. Ils avaient finalement pu faire craquer l'un d'entre eux assez rapidement. Et Edward avait vu juste. C'était un commando de Creta. Sans surprise, la paix en marche entre Aerugo et Amestris ne leur convenait pas du tout et ils avaient voulu tenter de faire échouer les négociations et relancer la guerre. Ils avaient voulu attaquer la tente, changeant de plan devant la sécurité drastique mise en place les empêchant totalement d'approcher. Ils avaient alors décidé d'envoyer de faux membres d'Aerugo pour attaquer l'emblème de cette paix en espérant faire bondir Amestris. Seulement, Edward n'avait pas laissé la chose arriver, tenant ses hommes et, s'y attendant, ils avaient envoyé un deuxième groupe portant les uniformes d'Amestris pour tenter de faire éclater eux même ce conflit. La tente s'était vite retrouvée inatteignable et ils s'étaient concentrés sur le Guerrier d'Or. Avec sa valeur pour son pays, sa mort aurait eu de grandes chances de relancer la guerre et d'autant plus s'il ne s'était pas débattu pour les empêcher de se sauter dessus sur le champs après l'attaque.
Apprenant cela, les deux délégations avaient décidé de travailler ensemble pour régler cette affaire, se faisant confiance avec ces informations. Ironiquement, l'apparition de cet ennemi communs leur avait permis de s'unir. Très vite, les identifications étaient revenues et on avait alors découvert qu'il s'agissait de soldats fictifs, morts depuis un bon moment ou disparus sur les champs de bataille ici ou entre Amestris et Creta. La duperie fut alors évidente, plus personne ne doutant, tous furieux contre Creta. Le soir même, les négociations avaient repris, la chaise vide du jeune colonel plus remarquable que tout autre chose. Après son coup de gueule du matin et les événements, tous avaient décidé de revoir les choses. Le premier sujet de discussion une fois installé fut la santé du colonel. Apprendre qu'il était stable pour le moment rassura un peu tout le monde. L'attaque avait non seulement malmené ses blessures existantes, les rouvrant ou les abîmant, mais il avait aussi reçu un coup à la tête et pris une autre balle dans la poitrine. Elle avait ricoché sur une côte et causé des dégâts sur un poumon. Heureusement, on avait pu le soigner mais cela n'avait pas arrangé son état déjà précaire. Edward ne s'était pas encore réveillé et il était sous surveillance étroite maintenant. Beaucoup de monde pensant à lui des deux côtés. Désormais, il était hors de question pour le médecin de le laisser se lever de nouveau et il parlait de le faire rapatrier dés qu'il aurait repris suffisamment de force pour supporter le voyage.
Puis on avait repris les négociations, le discours du jeune colonel vifs à leurs esprits, tous se sentant un peu bêtes après ce coup de colère sur l'évidence. D'un commun accord, ils s'étaient concentrés sur la guerre et ses problématiques uniquement, sur la paix au risque de pincer un peu certains membres de gouvernement. Et cette fois, les échanges avancèrent beaucoup plus vite, tous se tenant pour ne pas déraper de sujet, l'ombre du Guerrier d'Or pesant lourd sur eux même s'il n'était pas là. Au moins sur la paix et avec cet incident, prenant le côté humain bien plus en compte, ils étaient capables de tomber d'accord bien plus facilement et bien souvent, les idées d'Edward étaient là sur la table. À partir de la reprise de négociation le soir de l'attaque, il ne fallut que deux nuits et deux jours pour avoir un traité de paix et un pacte de non agression, l'accord se passant d'entente commerciale, politique ou autre avantage, tous se contentant de déjà mettre fin à cela et de restaurer les véritables frontières. Le traité fut signé le matin du troisième jour, sans Edward qui ne s'était toujours pas réveillé, et une date de cérémonie officielle fixée pour une rencontre entre les deux dirigeants d'Aerugo et Amestris.
Le jour même, un colonel du QG sud était arrivé pour prendre le relais d'Edward et suivre les conditions de démilitarisation déjà établi par le jeune homme avec son homologue d'Aerugo. Les choses réglées, les relais pris, la seule préoccupation des membres des forces spéciales et de la délégation de Central avait été de ramener Edward à l'abri dans un bon hôpital. Le jeune homme ne s'était toujours pas réveillé, cela inquiétant tout le monde, et son état avait empiré. Il avait maintenant une belle fièvre, très affaiblis. Tout fut fait pour le ramener rapidement direction Central et le meilleur hôpital du pays, le train prévu pour faire le trajet direct sans arrêt et à vitesse régulière pour ne pas le secouer. Le lieutenant Holy était tendu devant le voyage mais il était le premier à vouloir le ramener. Ce fut sous bonne garde que Edward fut emmené vers la gare la plus proche, ses soldats saluant son départ, l'inquiétude planant sur tous malgré le traité obtenu. Dans le train, ce fut entouré des forces spéciales, de ceux de Central et d'une équipe médicale que le jeune colonel fut emmené, tous le veillant. Riza s'était installée près du blond pour éponger son visage régulièrement et le rafraîchir.
Le trajet avait pris les trois quart de la journée malgré le direct organisé pour lui. Tous s'étaient terriblement tendus en voyant Edward faiblir et respirer plus mal sur la fin, le médecin lui mettant un masque à oxygène pour tenter de l'aider. Aussi, tous avaient été infiniment soulagé à l'arrivée à Central où un belle escorte les attendait. Le train avait à peine été arrêté que l'on avait vu le général Galléran entrer, avisant avec gravité le jeune colonel mal en point. Il leur avait annoncé qu'on les attendait déjà à l'hôpital. On n'avait pas traîné, Edward emmené rapidement sous escorte quand les autres militaires étaient envoyés au QG pour rapport.
Il était très tard lorsque Roy, Maes et Riza purent enfin se libérer et aller vers l'hôpital pour prendre des nouvelles. Là bas, on les orienta sur le champs vers le bon endroit, les lieux d'accès restreint après les menaces déjà mises en œuvre contre le Fullmetal. Des soldats des forces spéciales étaient d'ailleurs là pour monter la garde, les saluant à leur arrivée. Ils entrèrent, découvrant une grande chambre confortable. Edward était là, toujours inconscient. Il avait visiblement été changé, lavé et ses soins refait. Il était semi assis, un masque à oxygène sur le visage et des perfusions au bras. Il n'était pas couvert, sa fièvre se chargeant déjà largement de lui donner chaud, sa peau humide de sueur. Leur entrée provoqua du mouvement, celui de celle qui était à son chevet. Gracia, prévenue par son mari de ce qu'il se passait, s'était empressée de venir voir Edward, restant auprès de lui. Elle lui tenait d'ailleurs la main, assise à ses côtés. Elle leur sourit doucement et ils s'avancèrent, refermant derrière eux :
- Comment va-t-il ? demanda Maes en venant déposer un baiser sur le front de sa femme.
- Les médecins disent qu'il est stable mais il est très affaibli, déplora-t-elle. Ils ont dis qu'il avait besoin de repos et de calme et qu'ils verraient comment il évolue.
Le silence tomba dans la chambre, tous sombres. En ce moment, le pays fêtait le jeune homme et sa réussite pour ce traité enfin obtenu. Edward avait encore grimpé dans l'estime de tous, plus que jamais héros pour le peuple. Pourtant, le blond était encore loin de pouvoir en terminer avec ça tant qu'il n'irait pas mieux. Ce ne fut qu'après le passage du médecin qu'ils se décidèrent à partir, se promettant de revenir dés que le travail le permettrait. Cependant, Gracia avait déjà décrété qu'elle serait là tant que sa fille serait à l'école ou chez des amis, se promettant de veiller sur le jeune homme qu'elle aimait beaucoup. Le lendemain matin, ce fut très tôt après une nuit chaotique que Roy prit son téléphone composant un numéro qu'il n'avait pas l'habitude de faire.
- Rockbell automail, répondit une voix un peu rauque.
- Madame Rockbell ? dit-il heureux de tomber immédiatement sur elle. Général Mustang, se présenta-t-il.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-elle avec une tension compréhensible.
- J'appelle au sujet d'Edward madame, dit-il en sentant sa peur sans qu'elle ne dise rien. Vous avez entendu parler des nouvelles du front ?
- Bien sûr. Qu'est-il arrivé à Edward ? demanda-t-elle fermement.
Roy lui expliqua alors rapidement, estimant qu'elle devait savoir. Il lui raconta et il la sentit un peu soulagée, comprenant qu'elle avait crains le pire devant son appel très inhabituel. Mais elle était aussi terriblement inquiète de toute évidence. Elle le prévint d'ailleurs qu'elle se mettait en route pour Central. Il lui promit de lui trouver un endroit pour dormir et de faire en sorte qu'on vienne la chercher à la gare. Ce fut une heureuse coïncidence que le lieutenant colonel Armstrong soit disponible et ravi d'aller accueillir la vieille dame qu'il connaissait. Il s'occupa aussi de prévenir Galléran de la venue de la dame pour qu'elle ne se retrouve pas bloquée par les gardes. S'il passa la matinée à finir les rapports sur l'accord auprès de Grumman et de l'état-major, il put s'en aller en début d'après-midi, son équipe et Maes avec lui. Ce fut tous ensemble qu'ils prirent le chemin de l'hôpital, tous voulant des nouvelles du jeune colonel. Ils retrouvèrent Gracia à ses côtés dans sa chambre mais aussi madame Rockbell tout juste arrivée avec Armstrong. La vieille dame s'était assise au bord du lit du blond toujours inconscient, tenant sa main de la sienne l'air grave. On la salua respectueusement et elle leur rendit. Riza la renseigna un peu sur l'état du jeune homme et elle écouta attentivement :
- Ce petit imbécile ne sait décidément jamais quand s'arrêter, soupira-t-elle finalement en les amusant. Enfin, il a une très bonne excuse cette fois.
- Il a mis fin à la guerre, sourit Havoc. Le boss est costaud, il s'en sortira.
La dame le regarda, relevant un sourcil interrogatif et Riza fit remarquer à ses collègues que bien d'entre eux ne s'étaient pas présentés et n'avaient jamais rencontré la dame. Les impolis se présentèrent précipitamment, s'excusant sous son regard autoritaire. Hyughes et sa femme se firent un plaisir de se présenter aussi alors qu'on expliquait qu'il y avait là toute la petite troupe d'Edward à Central pour qu'elle puisse situer cet entourage du jeune homme qu'elle ne connaissait pas.
- Merci de tous veiller sur lui ici, dit-elle alors sérieusement en les gênant un peu. Il en a vraiment besoin, ajouta-t-elle plus sombrement.
- Alphonse n'est pas là ? s'inquiéta ensuite Maes. Je croyais qu'on le verrait débouler, surtout si vous êtes ici. Ou il est peut-être encore à Xing ? supposa-t-il.
- Non, il est rentré avec May il y a deux semaines, répondit la mécanicienne. Il sait parfaitement ce que Ed a fait ces derniers mois et ce qu'il se passe. Mais il ne viendra pas.
- Il ne viendra pas ? releva Riza aussi perplexe que tout les autres devant cette étrangeté.
Edward dans cet état, à leurs yeux, Alphonse aurait dû être le premier à accourir, certainement mort d'inquiétude. Pinako les regarda, devinant sans mal qu'ils ne savaient pas. Elle s'arrêta sur Mustang qui fulminait de colère en regardant Edward, poings et dents serrés.
- Il vous l'a dis à vous n'est-ce pas général ? comprit-elle en dirigeant toute l'attention sur lui.
Et tous s'étonnèrent de voir l'alchimiste de flamme à la fois en colère et triste en regardant le blond, n'y comprenant rien.
- Il me l'a dis, approuva-t-il finalement. Avant de partir pour le front. Il n'était pas bien, il avait besoin que sa sorte et il me l'a dis.
- C'est une bonne chose. Vous êtes le premier et le seul à qui il en parle de lui même, remarqua-t-elle. Moi je ne le sais que pour avoir assisté à ça.
- Dis quoi ? demanda Maes la boule au ventre devant leurs airs sombres. Dis quoi Roy ?!
Pinako soupira lourdement, se décidant à parler pour leur expliquer ce qu'il s'était passé depuis le Jour Promis pour Edward. Et ce fut un choc violent pour eux d'entendre ce que Alphonse avait fait à son grand frère, tous se faisant confus, ne comprenant pas, en colère devant cette injustice.
- Alphonse n'arrivait pas à tourner la page, dit-elle à la fin. Il a eu du mal à retrouver son corps véritable avec toutes ses faiblesses et ses douleurs, à passer à autre chose, à laisser tout ça derrière, à se battre pour remonter la pente... Edward a toujours tout porté pour lui au maximum. Les douleurs, les épreuves, les problèmes, les fautes, la culpabilité... tout. Il voulait protéger et préserver son petit frère de son mieux quitte à s'oublier en route. Malheureusement, Alphonse s'est mis à croire que non seulement cela était normal mais que Edward lui devait cela et que tout était de sa faute. Alors quand ça a été trop difficile pour lui de supporter l'après, les bouleversement et tout le reste, plutôt que de se battre, il a tout mis sur le dos d'Edward. C'était plus facile de se dire qu'il était responsable de tout ses malheurs, de toute ses douleurs, que de les affronter lui même. Il a donc tout mis sur le dos d'Edward et ensuite, il n'y avait plus qu'à le rejeter, à le renier et à le sortir de sa vie pour que tout ce qu'il lui a chargé sur les épaules partent aussi. Et bien évidemment, Edward n'a pas protesté une seconde au contraire et il a tout pris sur lui sans se plaindre et sans rien reprocher à son frère. Ironiquement, ça a marché pour Alphonse. Il est passé à autre chose, il poursuit sa vie, il ne fait pas de cauchemar la nuit, il va bien et il est parvenu à guérir comme ça. Seulement, c'est aux dépends d'Edward.
Elle marqua une pause, soupirant en serrant doucement la main de son petit fils de cœur.
- Alphonse a remonté la pente et Edward a continué à la dégringoler, dit-elle. Ce que Alphonse a fait lui a fait beaucoup de mal et il ne s'en remet pas. Il n'a pas pu se reposer à Resembool. Il s'est d'abord mis en quatre pour Al sans s'occuper de lui même et après il y a eu ça. Il a beaucoup réfléchi. Il ne savait plus quoi faire et il n'avait plus d'énergie pour le faire. Mais c'est Edward alors il s'est battu, remarqua-t-elle avec fierté, ou plutôt débattu comme il pouvait et il a décidé de continuer sur cette voie d'Alchimiste du Peuple qu'il avait entamé. Il est revenu à Central pour faire cela et parce qu'il ne supportait plus de rester seul avec ses pensées et près d'Al qui lui en a fait voir de toutes les couleurs. Je pense que ça lui a fait du bien de s'éloigner et de revenir près de vous mais c'est très loin de suffire. Cela ne l'empêche pas de faire des choses extraordinaires, s'attendrit-elle. J'ai seulement peur qu'il se détruise le cœur à force de tout donner aux autres sans que personne n'en fasse de même pour lui. Contrebalancer Alphonse est difficile. Je n'y suis pas parvenu. Bref, tout ça pour dire que Alphonse ne viendra pas, il s'en fiche dorénavant. Il était même furieux en entendant les nouvelles, en apprenant que Ed était revenu dans l'armée, qu'il était allé au front et peu importe ce qu'il y a réalisé, il n'approuve pas du tout. Il est plutôt hostile à l'armée et aux soldats maintenant. Il ne viendra pas et si par malheur vous deviez apprendre qu'il est dans les parages, ne le laissez pas voir Ed, il ne se passerait rien de bon.
Le silence tomba dans la pièce, choqué, tous figés d'ahurissement après avoir entendu ça. L'état d'Edward en revenant à Central s'expliquait soudain mais aucun n'avait imaginé qu'une telle chose ait pu arriver. Gracia se leva, les larmes aux yeux, venant s'asseoir près d'Edward pour passer une main douce dans ses cheveux dorés.
- C'est tellement injuste, dit-elle avec tristesse. Edward est un grand-frère extraordinaire. Il l'est même pour Élysia et elle l'adore plus que tout. Il ne méritait pas ça. C'est pour ça qu'il avait l'air si triste.
- Comment a-t-il osé ? gronda Maes furieux comme jamais.
- C'est invraisemblable, bredouilla Armstrong.
- Comment a-t-il pu lui faire ça après tout ce que Edward a fait ? murmura Riza.
- Nous n'y pouvons plus rien maintenant que le mal est fait, répondit Pinako. J'aimerais juste qu'il puisse se bâtir une nouvelle vie et une nouvelle famille qui prendra vraiment soin de lui. Lorsqu'ils ont débloqué leur héritage, Alphonse a exigé d'Ed qu'il lui donne sa part du terrain de leur ancienne maison et Ed l'a fait sans protester. Malgré tout, il donnerait tout à Al quoi qu'il demande. Si on écoutait Al, il ne resterait rien de leur famille à quoi Ed aurait droit. J'ai veillé à ce qu'il ait au moins ça, dit-elle en sortant la chaîne dorée ornée de deux alliances cachées sous sa chemise hospitalière. Les alliances de ses parents. Tout s'est écroulé autour de lui et il a besoin de savoir que quelqu'un l'aime ou l'a aimé vraiment parce qu'il ne le sait plus. Lorsque je ne serais plus là, il n'aura plus rien à Resembool et il considère déjà qu'il n'y a plus sa place, qu'il n'y est plus chez lui. Et il n'arrive pas à se construire un nouveau foyer. C'est pour ça qu'il reste à la caserne et qu'il se consacre au travail. Continuer à se battre pour ce en quoi il croit est devenu tout ce qu'il lui reste. Il le fait pour les autres avant tout mais peut-être aussi pour tenter de soulager cette culpabilité qu'il ressent encore plus à cause d'Al. Mais il va se détruire s'il n'y a personne pour parvenir à lui rentrer dans le crâne que son bien être aussi est important et qu'il n'a rien à se faire pardonner. L'état dans lequel il est aujourd'hui l'illustre bien. S'il acceptait de se reposer enfin sur d'autres, s'il acceptait le fait qu'il ait aussi droit au bonheur et à la paix, à l'amour des autres et qu'il n'était pas normal qu'il souffre ainsi, peut-être qu'il ne se forcerait pas se sacrifier autant. Je crois qu'avec tout ça, il a fini par se dire que c'était tout ce qu'il pouvait faire de bien : se sacrifier pour les autres.
Elle soupira, caressant la main qu'elle tenait toujours avec inquiétude et tous eurent besoin d'un moment pour assimiler ce qu'elle avait révélé, peinant à le réaliser, réfléchissant à tout ce qu'elle avait dis. Tout cela expliquait beaucoup des réactions et des actes d'Edward ces derniers temps. Ce fut dans une ambiance très sombre que les militaires durent finalement retourner à leurs postes, laissant le jeune homme aux soins des deux dames. Après un moment, Gracia se mit à discuter avec Pinako, parlant de l'enfance d'Edward et de choses plus heureuses pour ensuite parler de sa propre petite fille et du comportement de grand-frère que le jeune homme avait avec elle.
- Ça ne m'étonne pas, sourit la mécanicienne. Ed est formidable avec les enfants. Les gamins à Resembool l'adorent. Et il est encore plus leur héros maintenant.
Gracia sourit, attendrie et n'ayant aucun mal à s'imaginer ce genre de chose. Edward était devenu le héros de beaucoup d'enfants à Amestris. Toutes deux oublièrent cependant bien vite leur discussion lorsque le blond se mit à remuer légèrement, son visage s'animant, se crispant. Gracia s'empressa d'appeler le médecin, celui-ci arrivant rapidement alors que le jeune homme commençait à ouvrir les yeux péniblement, ayant visiblement toutes les difficultés du monde à le faire. Le médecin vint près de lui, calme et souriant, lui retirant son masque à oxygène :
- Colonel Elric ? appela-t-il après un moment à le regarder cligner des paupières. Colonel Elric, vous m'entendez ?
- Ouais, bredouilla-t-il la voix rauque.
- Heureux de vous revoir parmi nous, répondit-il légèrement. Je suis le docteur Ackar. Je m'occupe de vous. Vous êtes à l'hôpital de Central.
- Central ? répéta-t-il avec confusion.
- Oui. Vous souvenez vous de ce qu'il s'est passé ?
- Euh... Il y a eu... une attaque sur les négociations, dit-il en se réveillant soudain brusquement.
Il remua, l'air un peu paniqué et l'homme posa une main sur son épaule pour le garder tranquille.
- Doucement colonel. Tout va bien, assura-t-il. Tout s'est bien terminé au final. L'attaque a été stoppé et ça n'a pas dégénéré grâce à vous. Les négociations ont repris et se sont terminées. L'accord de paix a été signé et la guerre est finie officiellement, expliqua-t-il en l'apaisant progressivement. La suite est déjà en route et on a pris votre relais sur le front pour retirer les troupes selon les accords que vous aviez négocié avec Aerugo. Vous étiez mal en point, la délégation vous a ramené avec elle pour que vous receviez des soins dans un bon hôpital. Cela fait plusieurs jours que vous êtes inconscient. Vous avez été sévèrement blessé et vous êtes très affaibli. Nous vous avons soigné et tout devrait bien allé mais vous devez vous reposer et ne pas vous agiter. Tout est en ordre maintenant colonel, vous pouvez vous reposer un peu.
Le jeune homme à peine éveillé et peu alerte se détendit après avoir reçu ces nouvelles et l'homme lui laissa un moment avant de de nouveau réclamer son attention pour un petit examen de routine. Il se déclara satisfait, le priant alors de se reposer et de rester tranquille. Il s'en alla et Gracia se leva pour s'approcher du jeune homme, lui souriant avec douceur et il se fit surpris en comprenant qui il avait devant lui.
- Gracia ? bredouilla-t-il.
- Bonjour Edward, salua-t-elle. Je suis venue te tenir compagnie.
- C'était pas la peine de vous déranger, répondit-il.
- Mais ça ne me dérange pas, assura-t-elle légèrement. Bien au contraire. Tu nous as manqué tu sais.
Edward eut un léger sourire en réponse, tentant de se réveiller un peu mieux progressivement.
- Vous m'avez manqué aussi, admit-il toujours plus ouvert à ce genre de confidence avec elle. Élysia va bien ?
- Elle va très bien même si elle meurt d'envie de te voir. Elle te réclame tout le temps.
- Crapule, bredouilla-t-il en l'amusant.
- Tu en étais une belle aussi à son âge, ricana Pinako en le faisant sursauter alors qu'il tournait brusquement le regard dans sa direction.
- Mamie ? dit-il un peu vaseux après ce mouvement soudain.
- Salut nabot, répondit-elle en s'avançant.
- Qu'est-ce que tu fais là ?!
- On m'a dit que tu allais passer l'arme à gauche avant moi alors que suis venu voir, dit-elle le ton taquin.
- Rêve pas. C'est pas pour tout de suite la vieille, répondit-il faiblement.
- Comment tu te sens Ed ? demanda-t-elle plus sérieusement.
- Comme si un train m'était passé dessus, soupira-t-il.
- Est-ce que tu as mal quelque part ? demanda Gracia inquiète. Tu veux que j'appelle le médecin ?
- Nan, ça va. Merci Gracia, répondit-il avec un sourire rassurant. Vous êtes pas obligé de rester ici vous savez.
- Ne t'en fait pas pour ça Edward, j'en suis ravie. Et je t'en prie, tu peux me tutoyer tu sais.
- Je vais essayer, dit-il en la faisant sourire. T'as un endroit où dormir mamie ?
- Le général Mustang s'en charge, répondit-elle.
- C'est lui qui t'a appelé ?
- Oui et il a très bien fait, posa-t-elle.
- Vous n'allez tout de même pas dormir à l'hôtel, s'insurgea Gracia. Venez donc à la maison, nous avons une chambre d'ami, invita-t-elle.
- Et bien ma foi, j'en serais ravi, accepta-t-elle à la plus grande joie de la maman.
- Mamie ? interpella Edward la voix étrange. Tu as des nouvelles d'Al ? demanda-t-il en assombrissant les deux dames. Il va bien ? Il est déjà revenu de Xing ? Il n'a pas eu de problème ?
- Il va très bien Ed ne t'en fait pas. Il est revenu de Xing il y a deux semaines avec May. Tout s'est bien passé. Ils repartiront dans quelques semaines il me semble. Al m'a dis qu'il avait appris beaucoup de choses sur l'élixirologie et il s'y épanouit. Il est en pleine forme, comme May.
- Super, soupira-t-il avec un léger sourire.
Il ferma ensuite les yeux, fatigué et ni l'une ni l'autre ne poursuivit sur cette lancée. Elles laissèrent plutôt un moment au jeune homme, reprenant les discussions lorsqu'il rouvrit les yeux. Edward prit des nouvelles de la dame et de sa fille ainsi que des autres et des nouvelles plus communes auxquelles il ne s'était pas intéressé depuis longtemps. La mécanicienne en profita pour regarder un peu son automail, déclarant qu'il faudrait le changer rapidement. Lorsque Gracia dut s'en aller pour sa fille, Edward poussa Pinako à l'accompagner et la dame ne fit pas d'histoire, s'en allant. Et Edward savait parfaitement qu'elle voyait clair en lui sur cette demande, la remerciant intérieurement d'accepter de le laisser seul. Dés que la porte fut refermée derrière elles, le jeune colonel laissa glisser son masque de calme et de tranquillité pour laisser la douleur s'imprimer sur ses traits et son corps. Il se sentait vraiment mal maintenant, épuisé, mal à l'aise, son corps tout entier le faisant terriblement souffrir, sa poitrine brûlant lorsqu'il respirait. Il avait bien trop chaud et froid tout à la fois, tremblant sans pouvoir s'en empêcher. Il resta ainsi longuement, tentant de rester tranquille, sentant qu'il ne pouvait pas bouger tout de suite de toute manière. S'il aurait voulu avoir beaucoup plus d'informations sur ce qu'il s'était passé au front après sa perte de conscience, il ne pouvait pas aller les chercher et ce que le médecin lui avait dis signifiait qu'il avait finalement réussi et que rien ne pressait pour l'instant. Il pouvait donc patienter.
Pourtant, ce fut comme si son désir avait été entendu. Quelques minutes plus tard, on toquait et la porte s'ouvrit doucement pour laisser le général Galléran et le colonel Hydime entrer, tout deux ayant l'air soulagé de le voir éveillé. Il se reconstitua sa façade neutre rapidement. Ils le saluèrent et il leur rendit faiblement, Galléran le priant d'un signe de se détendre.
- Heureux de vous voir de retour colonel Elric, remarqua le général. Vous nous avez fait une belle peur, dit-il en le scrutant gravement.
- Ce n'était pas dans mes intentions monsieur, répondit-il en l'amusant. J'ai des questions.
- Je m'en doute, acquiesça-t-il alors qu'ils prenaient tout deux un siège. C'est pourquoi j'ai demandé qu'on me prévienne immédiatement de votre réveil.
Dans le temps qui suivit, Galléran lui expliqua bien plus en détail tout ce qu'il s'était passé pendant son inconscience. Les deux visiteurs virent le jeune colonel se détendre en apprenant que la négociation avait repris dans le bon sens, le contenu de l'accord, les détails de cette attaque qui avait failli faire repartir la guerre, les dispositions prises et tout ce qui était déjà fait ou en marche pour s'occuper de l'après et de ses troupes restées derrière lui... Lorsque ce fut terminé, on le vit fermer les yeux et soupirer de soulagement, les deux hommes le laissant terminer d'apaiser ses inquiétudes. Ce fut Galléran qui reprit finalement :
- Colonel Elric, je vous fais toute mes félicitations pour cette brillante réussite, dit-il en attirant de nouveau son regard. Pour avoir réussis à mettre fin à cette guerre mais aussi et surtout pour l'œuvre incroyable réalisée sur le front pendant tout ces mois. Je sais fort bien que vous en avez bavé pour y arriver aussi bien avec Aerugo qu'avec notre propre armée. Mais ce que vous avez accomplis force le respect de tous et obligera bien du monde à revoir son avis sur la manière de mener les guerres. Vous m'avez, moi et bien d'autres, vraiment beaucoup impressionné. Une nouvelle fois, toutes mes félicitations, dit-il en captant la gêne du jeune homme affaibli. Cette victoire vous revient entièrement.
- Elle revient aussi à tout ceux qui ont accepté de me suivre. Je n'aurais rien fait seul, remarqua-t-il.
- Oh si vous l'auriez fait, contra-t-il avec certitude. Autrement, peut-être avec une autre ampleur, pour un autre résultat, d'une autre manière, autre part mais je sais que vous l'auriez fait comme vous le faîte depuis longtemps déjà et le ferez encore longtemps je pense. En revanche, personne n'aurait rien fait ainsi si vous n'aviez pas été là. Ne soyez pas si modeste et accordez vous la réussite qui est la vôtre. En attendant, dit-il en ne le voyant pas très convaincu, vous devez vous reposer et vous soigner. Vous en avez tout le loisir dorénavant. Sachez que l'unité Alpha et Bêta se sont vues octroyer une belle permission pour retourner auprès de leurs familles un moment.
- Ils l'ont bien mérité, sourit-il. C'est bien.
- Ils étaient inquiets pour vous, intervint Isidore. Nous les avons rassuré.
- Est-ce qu'ils vont bien ? demanda le colonel.
- Hormis la fatigue inhérente à ce genre de mission, ils vont tous bien, assura-t-il.
- Super, souffla-t-il avec soulagement en les faisant sourire.
- Nous allons vous laisser vous reposer mais avant, il y a un autre sujet que je souhaiterais aborder avec vous, remarqua sérieusement Galléran. Avant que d'autres qui ne sont pas vos amis ou votre famille ne viennent vous voir.
- Quoi ? questionna-t-il intrigué.
- Je doute que vous ayez eu le temps de faire attention à cela mais ce que vous avez accompli sur le front a été relayé et suivis dans tout le pays jusqu'à la signature des accords de paix, expliqua-t-il. Vous êtes encore plus populaire auprès du peuple et...
- Et y en a qui voudraient en profiter, comprit-il.
- C'est cela, approuva le général. La décision du Généralissime de vous envoyer à Aerugo était à double tranchant. Elle lui aurait fait perdre beaucoup en cas d'échec. Mais avec cette réussite, il s'est mis de votre côté, du côté du héros des Amestrians, du côté d'un homme de paix et de principe qui incarne des valeurs qui plaisent énormément aux populations. En faisant ça, lui et le gouvernement s'approprient un peu de votre image même si personne ne sera dupe là dessus. Vous même, vous avez désormais un immense pouvoir moral parce que les soldats et le peuple vous adorent, entièrement quelque soit l'origine, la classe sociale ou le passé. Je pense notamment aux Ishval. Mais les peuples des autres pays vous apprécient également. Les gens d'Aerugo ont très bonne opinion de vous et il n'y a pas que là bas même si c'est peut-être dans une moindre mesure ailleurs. Le Généralissime sait aussi que vous avez de très bonnes relations avec ce prince de Xing désormais haut placé chez lui. Et pour parfaire le tout, vous impressionnez même les armées ennemies. Donc, il faut vous avoir en poche et être de votre côté pour avoir tout ce petit monde comme ami aussi. Le Généralissime a pas mal communiqué sur vous pendant que vous étiez au front et le but de redorer son blason et celui du gouvernement est évident.
- Bien sûr, je comptais aussi là dessus pour qu'il m'envoie là bas quand je l'ai proposé, dit-il. C'est pas mon truc la politique mais je ne suis pas stupide non plus. Je sais ce que tout ça veut dire, ce sera pas la première fois. J'y ai eu droit aussi en tant qu'alchimiste. Et vous savez quoi ? J'm'en fous de leurs petits jeux de manipulations. Ils peuvent essayer de jouer avec moi, ils n'y arriveront pas mais moi aussi je peux en profiter. Je continuerais a être droit dans mes bottes et y a personne qui me fera bouger de ça, assura-t-il en le regardant droit dans les yeux.
- J'en suis certain. Je voulais juste m'assurer que vous sachiez quel genre de vautours risquaient de vous tourner autour, dit-il. Si jamais cela venait à déranger votre convalescence ici, nous pourrons vous ramener à la caserne où il ne sera pas aussi facile de venir vous importuner.
- Je m'en sortirais général et je peux être vraiment insupportable si on m'emmerde, s'amusa-t-il en les faisant rire.
Ils se turent pourtant lorsqu'il fut pris d'une légère toux, réprimant de justesse une grimace de douleur qu'ils entraperçurent pourtant.
- Nous allons vous laisser, annonça le général lorsque ce fut passé. Il n'est pas temps de parler travail ou politique. Il faut vous reposer et vous soigner. Prenez soin de vous colonel. C'est tout ce qui compte pour le moment.
Épuisé, Edward acquiesça faiblement et ils le saluèrent pour ensuite s'en aller, envoyant le médecin après eux. L'homme vint sur le champs, lui remettant le masque à oxygène pour l'aider un peu.
- Vous avez encore beaucoup de fièvre colonel, dit-il. Nous avons du mal à soigner le début d'infection qui a pris vos blessures à cause de votre faiblesse générale. Ça ira mais vous devez vous reposer. Il serait bon de limiter les visites. Je vais vous donner un anti-douleur puis essayez de dormir. Vous en avez besoin.
Le blond un peu sonné acquiesça automatiquement et quelques minutes plus tard, une fois l'homme reparti, il se laissa glisser dans un sommeil fiévreux et lourd, inconfortable. Ce fut une sensation de fraîcheur qui le réveilla bien des heures plus tard. Péniblement, il lutta pour ouvrir les yeux, la fièvre toujours aussi présente, comme la douleur revenue alors qu'il se sentait toujours aussi épuisé. L'impression de frais était partie lorsqu'il parvint à lever les paupières un moment plus tard. Il faisait sombre, seul une légère lumière brillant à sa droite sans qu'il ne puisse en voir la source. Il faisait nuit de toute évidence. Ses yeux tombèrent sur une personne assise près de lui et il mit un moment à reconnaître Roy qui semblait attendre patiemment qu'il reprenne ses esprits, souriant légèrement bien que l'air inquiet.
- Salut, bredouilla-t-il finalement.
- Salut, répondit le général. Comment tu te sens ?
- Ça va, assura-t-il automatiquement en le faisant soupirer.
Edward vit vaguement l'homme tendre le bras vers sa droite. Il y eut un bruit d'eau et un instant plus tard, la sensation de fraîcheur revenait, l'homme passant un linge humide sur sa peau en feu. Il ne put s'empêcher de soupirer et de fermer les yeux tant cela était bienfaiteur pour lui. Il ne se posa pas de question, profitant plutôt du bien-être que cela lui apporta autant par le geste que par la personne qui lui donnait. Roy lui procurait une fois encore cette sensation de sécurité et de confiance. Le général lui avait énormément manqué pendant ces mois au front aussi, il ne voulait que profiter qu'il soit là, seul avec lui. Roy le rafraîchit un moment et cela l'aida à reprendre un peu plus ses esprits.
- Je devrais peut-être appeler un médecin, remarqua l'homme inquiet.
- Pas la peine, répondit Ed en relevant légèrement les paupières.
- Tu dois te reposer et reprendre des forces.
- Tout le monde n'arrête pas de me le dire, vous devenez chiant, bredouilla-t-il en l'amusant.
- Parce que tu as un sérieux problème avec le fait de rester tranquille et de te reposer, taquina-t-il. Tu as le temps maintenant après tout le travail que tu as abattu. Le traité est signé et on s'occupe du front et de tes hommes. Ta mission est terminée.
- On m'a dit que vous aviez arrêté de jouer les imbéciles après l'attentat, piqua-t-il.
- Tu avais raison, admit Roy dans un soupir. Pour une fois, s'amusa-t-il. Est-ce qu'on t'a dis que tu risquais d'avoir de nouveaux fans parmi les gens de pouvoir ? demanda-t-il un peu plus sérieusement.
- J'avais deviné. Mais Galléran est passé me prévenir et me donner les détails de ce que j'avais manqué.
- Très bien.
- Tu sais quand je vais pouvoir sortir d'ici ?
- Ne vas pas trop vite en besogne Edward, dit-il gravement. Tu es dans un sale état et tu as encore beaucoup de fièvre. Tu vas devoir rester ici encore un peu.
- Fait chier, râla-t-il en l'amusant.
- Mais quand tu pourras sortir, tu pourras venir à la maison pour terminer de guérir et de te reposer si tu veux, proposa-t-il en guettant sa réaction. J'ai toujours une chambre libre et la porte grande ouverte.
- Ouais, ça serait bien, répondit-il spontanément.
Roy sourit, se doutant que la fièvre et l'épuisement devaient être pour beaucoup dans cette réponse directe et franche. Après tout ça, il savait Edward épuisé. Il avait vraiment besoin de se reposer hors des casernes et de l'armée après l'enfer du front et de la guerre. Son état avait dû l'empêcher de tergiverser là dessus et de refuser par fierté comme il aurait pu le faire habituellement, comme il l'avait déjà fait. Mais cette réponse mettait encore plus en évidence le fait qu'il se sentait mal. Et c'était en effet le cas. Aujourd'hui, Edward n'avait pas la moindre envie de refuser d'aller quelque temps chez le général. Il avait déjà regretté de ne pas y être allé avant de partir pour le front et il avait espéré que la proposition tiendrait encore à son retour. Il l'avait espéré un peu plus à chaque jour qui passait sur la ligne de feu, espéré pouvoir revenir dormir un peu près de Roy, chez lui, en sécurité, là où la chaleur du flamme alchimiste venait le réchauffer. Alors il n'allait plus refuser et avec la fièvre et la fatigue, il semblait que sa bouche traduisait ses pensées sans qu'il n'ait de véritable contrôle là dessus.
- Tu pourras rester autant de temps que tu voudras, ce n'est pas un problème, assura le général. Au contraire, ça me fera de la compagnie.
- Je vais te faire chier, ricana-t-il.
- Ne t'en fais pas j'en ferais autant, répondit-il en le faisant rire légèrement.
Un rire qui se mua en quinte de toux brutale pour le blond. Une grimace de douleur s'imprima sur son visage et Roy bondit pour venir près de lui et l'aider lorsqu'il tenta de se redresser un peu plus. Il enroula un bras autour de ses épaules, penché contre lui. Edward se laissa aller contre lui, sans force, reprenant difficilement son souffle lorsque la toux passa.
- Et tu voudrais quitter l'hôpital, soupira Roy. Est-ce que ça va ? demanda-t-il avec inquiétude.
Un léger acquiescement faible lui répondit et il trouva le jeune homme étourdi, le regard vague et fiévreux. Il ne put le lâcher, terriblement angoissé pour lui. Les médecins disaient qu'il avait juste besoin de repos mais cela ne le rassurait pas du tout, surtout quand il le voyait ainsi, faible, vulnérable et tremblant dans ses bras
- Dort Ed, conseilla-t-il. Il est tard. Dort, tu en as besoin.
Il n'eut aucune réponse et il ne sut pas si ce fut volontaire ou à cause de son état mais Edward ferma les yeux. Rapidement, il s'endormit contre lui, la respiration lourde. Il ne put se résoudre à s'écarter tout de suite, le gardant un peu dans ses bras, se rassurant avec ce contact. Il sourit en regardant le visage d'Ed posé contre sa poitrine. Il était vraiment beau à ses yeux et il ne pouvait s'empêcher de le trouver mignon et même adorable bien qu'il ne se risquerait jamais à lui dire à voix haute. Il devait avouer qu'il se sentait de plus en plus étrange vis à vis du blond pourtant, il savait ce qu'il lui arrivait. Cela faisait probablement longtemps que la chose couvait mais avec tout ce qu'il s'était passé et le jeune âge d'Edward, il ne s'était pas autorisé à cela. Seulement, tout avait changé maintenant. Edward était un homme désormais et il n'y avait plus de fin du monde en perspective à gérer. Alors il pouvait s'autoriser à admettre et accepter ce qu'il ressentait à son égard. L'accepter et se battre pour le faire vivre, grandir et exister. C'était là ce qu'il voulait. Edward pensait que plus personne ne l'aimait vraiment, profondément, lui pouvait lui prouver le contraire. Il resta encore un long moment ainsi, écartant ses longs cheveux de son visage d'un geste doux et délicat. Il le rallongea ensuite avec précaution, épongeant une dernière fois son visage en sueur. Hésitant, vérifiant qu'il dormait bien, il prit tendrement sa main pour la porter à ses lèvres et y déposer un baiser léger. Puis il s'en alla, la nuit déjà bien avancée.
Le lendemain, ce fut avec soulagement que tous accueillirent la nouvelle de la baisse progressive de la fièvre d'Edward. Il passa sa journée à se reposer en compagnie de Gracia et de Pinako qui avait visiblement passé une excellente soirée chez la famille Hyughes. Edward ne doutait d'ailleurs pas d'avoir été l'objet de discussion et de petites histoires d'enfances croustillantes chez eux mais il ne préférait pas savoir. Il avait aussi reçu des visites de quelques uns de ses amis mais le médecin les avait aussi limité pour qu'il puisse se reposer. Et c'était à cela qu'il avait passé une grosse partie de son temps, fatigué. Le jour suivant, la fièvre était partie et le jeune colonel se reposait maintenant plus confortablement, couvert d'une épaisse couverture. Ses blessures étaient en bonne voie de guérison d'après les médecins. Cela faisait maintenant deux semaines depuis l'attaque des extrémistes, une depuis l'attentat sur les négociations. Il ne lui fallait plus qu'un peu de soin, du repos et de bons repas pour guérir. Edward avait été heureux d'apprendre que maintenant que sa fièvre était partie et que son état était stabilisé, il pourrait sortir rapidement de l'hôpital. Mais ce n'était pas encore pour ce jour là.
Il avait passé la matinée à se reposer, à voir le médecin et à laisser les infirmières soigner ses blessures. Ce fut en début d'après-midi qu'il eut une surprise quand on toqua à la porte, Pinako entrant accompagnée d'un homme bien connu qu'il ne s'attendait pas à voir :
- Dominic ? s'étonna-t-il en se redressant dans son lit.
- Salut, répondit l'homme avec un signe de main. Y paraît que ta jambe est en ruine ? Je viens voir ça.
- C'était pas la peine de venir jusqu'à Central, dit-il alors qu'ils refermaient la porte derrière eux pour le rejoindre. Je serais venu un peu plus tard à l'atelier.
- Avec une jambe qui ne fonctionne plus ? taquina l'homme en riant.
- Elle fonctionne encore, contra-t-il.
- Ouais mais tu dois terriblement boiter d'après Pinako et elle m'a dis que tu étais blessé à la jambe et à la hanche. C'est pas bon de marcher avec. Tu viens d'arrêter une guerre. La plus proche de mon chez moi en plus. Je peux bien venir pour faire ça, dit-il nonchalamment en tirant une chaise à sa gauche. Montre moi et je t'arrange ça pour que tu puisses marcher correctement.
Edward sourit, écartant lentement les draps. Il peina, ses blessures les plus récentes se rappelant à lui. Il ne laissa pas transparaître la douleur qui le prit pourtant, Dominic sembla le voir prenant le relais sans un mot pour écarter les couvertures et relever la jambe du pantalon de toile blanche qu'il portait. Pinako se posta près d'eux, le repoussant d'une main ferme. Il s'appuya alors contre le dossier relevé de son lit, les laissant faire. Dominic examina sa jambe, la mecagreffe visiblement usée et abîmée de sorte que n'importe qui aurait pu dire qu'elle était en fin de vie.
- Y a pas à pinailler, faut la changer, conclut rapidement le mécanicien. Je vais te faire ça en deux trois jours. J'ai eu quelques idées ces derniers mois. Je vais t'faire un truc mieux que celle là.
- Je te fais confiance pour ça, sourit Edward. Merci Dom.
- Pas de quoi. Je préfère mille fois équiper des bons gars comme toi que des abrutis qui font les marioles avec leurs automail. J'ai suivi ce que t'as fait au front. Ce serait bien si y avait plus de soldats comme toi. T'as fais un super boulot là bas. Très impressionnant, on est tous très fiers de toi. Je peux faire ça sans problème, c'est une fierté pour moi aussi. Tu es le héros de mon petit fils, s'amusa-t-il. Il m'a dis de te faire la meilleure jambe du monde sous peine d'être puni, rit-il fortement en faisant sourire les deux autres.
- Comment va-t-il ? demanda Ed. Et Satella, Ridel et Paninya ?
- Tout le monde va très bien, répondit-il. Ils ont tous suivis tes faits d'arme. Ils étaient avec toi comme la majorité des Amestrians.
- C'est sûrement grâce à cela que j'ai réussi, sourit-il.
- T'es alchimiste, t'es pas spirituel du tout alors dis pas de connerie plus grosses que toi par modestie, répondit l'homme. Je vais te faire ta jambe rapidement.
- Tu as un endroit où travailler ?
- Ouais. Ton supérieur m'a prévu ça.
- C'est lui qui a appelé ? s'étonna-t-il.
- Ouais, juste avant Pinako, répondit-il. Je me mets au boulot tout de suite et j'te fais ça.
- Merci, sourit-il. Je mentirais en disant que ça ne m'arrange pas. Le dernier combat a fini de la bousiller.
- J'ai vu. Tu passeras faire un coucou au petit si tu viens à Rush Valley, ça lui fera plaisir, à Satella, Paninya et Rindel aussi d'ailleurs.
- Je viendrais avec plaisir, approuva-t-il. Dés que je pourrais.
L'homme partit là dessus avec le sourire, le saluant d'un geste de la main en lui disant de se reposer. Pinako resta un peu et il passa un moment agréable avec elle en taquinerie. Mais intérieurement, là voir ici près de lui était un réconfort immense alors qu'elle avait été et restait, avec son maître, son seul repère véritable parmi ses aînés depuis la mort de sa mère. Il lui assura ensuite qu'elle pouvait rentrer à Resembool, qu'il allait bien et qu'il appellerait régulièrement. Elle hésita longuement, lui faisant promettre de se reposer. Elle demanda ensuite où il logerait lorsqu'il quitterait l'hôpital, lui disant sur le champs qu'il lui fallait un autre endroit que la caserne.
- Les Hyughes seraient ravis de t'héberger si tu acceptais. Gracia et Maes aimeraient que tu les laisses s'occuper de toi, remarqua-t-elle.
- Ils sont formidables, sourit-il.
- La gamine t'adore, releva-t-elle. Tu lui manques.
- Elle me manque aussi mais elle a vraiment été traumatisé par les blessures de son père. Elle s'inquiète tout le temps pour lui maintenant quand il s'en va avec son uniforme sur le dos et elle fait pareil avec moi. Je ne veux pas qu'elle me voit blessé et qu'elle soit encore perturbée par ça.
- Je vois. Compréhensible. Mais tu ne vas pas aller à la caserne quand même ?
- Nan, je vais chez le général Mustang, confia-t-il. Il a une chambre d'ami et il a dis que je pouvais la prendre, dit-il doucement.
- Ah, dit-elle l'air étrange sans qu'il ne comprenne pourquoi. C'est très bien. Dans ce cas je peux rentrer tranquille mais tu as intérêt à appeler plus souvent quand tu n'es pas en mission. Ou je reviens te botter le derrière, menaça-t-elle.
- Ok la vieille t'enflamme pas tu vas nous claquer entre les doigts, ricana-t-il.
- Je vous enterrai tous, rétorqua-t-elle en s'en allant. Prend soin toi Ed, je suis très fier de toi.
Elle n'attendit pas de réponse et la porte se referma. Le jeune homme resta un moment figé, très touché par ces mots. Pour lui, ils n'avaient pas de prix. Ce fut quelques heures plus tard que Pinako fut à la gare pour prendre la route du retour, rassurée quand à l'état du blond. Il irait bien mais surtout, il était très bien entouré, cela la soulageant plus que tout.
- On m'a dit que vous partiez, fit une voix non loin.
Elle se tourna vers elle pour trouver le général Mustang venant vers elle. Elle sourit alors, scrutant un peu cet homme particulier pour son petit fils de cœur.
- Oui, dit-elle. Vous veillerez sur lui, ordonna-t-elle alors qu'il s'arrêtait à ses côtés.
- Bien sûr, approuva-t-il. Il n'est pas tout seul à Central.
- J'ai vu cela et c'est très bien. Il a besoin de ça. Vous savez, reprit-elle ensuite après un moment de silence, je vous ai vraiment détesté le jour où vous êtes venu à Resembool et que vous avez incité Ed à entrer dans l'armée, dit-elle sans détour.
Roy reçut la remarque sans broncher, comprenant aisément et ne pouvant guère répondre à cela.
- Aujourd'hui, je vous en remercie, dit-elle en le surprenant. Au delà de toute cette histoire de fin du monde et du nombre de vie qu'il a sauvé, de gens qu'il a aidé en prenant ce chemin, vous l'avez sauvé lui en le poussant sur cette voie. S'il n'était pas devenu alchimiste d'état, s'il n'avait pas eu ce choix et ce but, il n'aurait pas fallu longtemps pour qu'il meurt je pense. Il se serait laissé dépérir, rongé par tout ce qu'il avait vécu et enduré. Sa vie de soldat est difficile mais malgré ce qu'elle impose, elle lui permet de faire ce qui lui tient vraiment à cœur. Si vous n'aviez pas été là ce jour là pour le secouer, lui donner un but, il serait mort depuis longtemps. Vous avez été la raison pour laquelle il a continué à vivre et à avancer. Et aujourd'hui encore, vous pouvez être cette raison dont-il a besoin.
- Que voulez vous dire ?
- Ne jouez pas à l'imbécile avec moi je ne suis pas née de la dernière pluie, répondit-elle. Je vois clair sur beaucoup de choses général. Que ce soit de votre côté ou de celui d'Edward. Il y a bien des choses qu'il fait avec vous et avec personne d'autre. Il vous demande de l'aide même si ça peut être de manière détournée. Il vous fait confiance presque aveuglément, il se réfère à vous. Il ne fait cela avec personne d'autre pas même moi ou son maître. Pas comme avec vous. Il vous a parlé de ce qu'il s'est passé avec Alphonse et Winry et peu importe comment c'est arrivé ou dans quelles conditions, il ne l'aurait fait avec personne d'autre, jamais. Pas avec moi, pas avec son maître, personne. Il vous fait confiance à un point qu'il n'accorde à personne d'autre. Il m'a dit qu'il venait chez vous après l'hôpital ?
- Hors de question qu'il retourne à la caserne tout de suite et je sais pourquoi il ne s'accorde pas de se bâtir un véritable chez lui.
- Peut-être pourrez vous lui offrir ce foyer ? Quoi qu'il en soit, il doit se sentir vraiment bien et en sécurité avec vous, chez vous. Il n'aurait jamais accepté sinon. Il serait retourné à la caserne quoi que l'on dise. Vous savez comme moi à quel point il est têtu. S'il a accepté, c'est qu'il doit vraiment avoir besoin de vous et qu'il recherche votre présence. Il ne le dira jamais, il ne s'en rend peut-être même pas compte lui même. Vous êtes très important pour lui sur bien des points. Vous avez toujours été là pour lui, pour le soutenir, lui mettre du plombs dans la tête au besoin, le protéger... Vous êtes certainement le seul qu'il n'a jamais le sentiment de devoir protéger, de devoir porter. Le seul à ne pas lui demander la lune consciemment ou non, le seul à ne pas le voir comme autre chose que l'être humain qu'il est, a admettre qui il est vraiment dans sa tête et son cœur. Vous le connaissez mieux que personne je crois. Mieux que moi probablement. Vous comptez énormément pour lui, probablement bien plus que je ne le sais déjà. Veillez bien sur lui, prenez soin de lui. Vous êtes probablement le seul qui puisse une nouvelle fois lui donner une raison d'avancer. Je ne serais plus là très longtemps et lorsque je serais partis, il aura besoin d'une famille, de savoir qu'on l'aime.
Elle n'ajouta rien de plus, prenant sa valise pour monter dans le train dont on appelait les voyageurs. Roy la regarda partir, se jurant intérieurement de faire ce qu'elle demandait et qui n'était rien de moins que ce qu'il voulait lui même.
À suivre...
Audragon
