Disclaimer: les univers de cette fanfic appartiennent au professeur J.R.R Tolkien et à Christopher Paolini.


Eragon retransmit les nouvelles, et l'air d'Eldarion se fit encore plus grave.

"Il nous faut faire demi-tour pour avertir Linhir."

"Attendez! ajouta la dragonne. Il y a des survivants. Ils se sont cachés en me voyant au loin."

Le prince prit un moment pour réfléchir, puis décida:

"S'il y a encore des survivants là-bas, l'attaque est récente. Des orcs doivent encore rôder dans les parages. Continuons jusqu'à Minas Brethil, et nous les emmènerons se réfugier à Pelargir. Linhir n'est pas capable de supporter une attaque d'orcs. Berthil, Ondoher, faites demi-tour et allez jusqu'à Linhir pour les prévenir. Nous n'avons pas croisé de groupe armé sur la route, mais cela ne saurait tarder."

Les deux soldats obéirent et repartirent sur leurs pas, tandis que le reste de l'équipée éperonnaient leurs montures. Quand ils arrivèrent en vue du village, des murmures horrifiés s'élevèrent dans la troupe: plus un seul bâtiment ne subsistait, à part la tour de garde, construite en pierre, plus loin. Ils mirent pied à terre, et Eragon retint une nausée; tous les villageois demeuraient étalés çà et là, le long de l'unique rue, éventrés, égorgés, découpé, dans une marre de sang. Il n'avait pas autant senti la mort depuis longtemps.

"Restez sur vos gardes, les prévint le demi-elfe. Où sont les survivants?

-Dans la tour, transmit Eragon. Ils sont deux."

Eldarion suivit les instructions, et entra dans la tour avec Aravir et un autre soldat... qui évita de justesse un coup de fourche. Eragon, alerté, se précipita lui aussi dans le bâtiment.

"Paix! signala le demi-elfe. Nous sommes là pour vous aider."

L'assaillant, un homme d'une quarantaine d'années, et une jeune adolescente, les fixèrent un moment, dubitatifs, encore sous le choc, puis l'homme hésita:

"P... Prince Eldarion?

-C'est moi. Quels sont vos noms?"

L'homme voulut s'incliner, mais le jeune homme l'en dispensa en secouant la tête. Il dit alors:

"Je m'appelle Herion, et c'est ma fille, Firìel.

-Herion, racontez-nous ce qu'il s'est passé.

-Il y a une semaine, environ, nous avons été attaqués par des orcs. Une petite armée. Ils ont tué tout le monde. Nous n'avons survécu que parce que nous avons mis du temps à rentrer des champs. Après cela, nous nous sommes réfugiés dans les bois. Nous sommes redescendus il y a deux jours.

-Pourquoi ne pas être allés vous réfugier à Echorost?

-Il ne reste plus rien non plus d'Echorost. Ils se sont faits attaquer avant nous. Un villageois est parvenu à en réchapper et à nous prévenir juste avant qu'on nous attaque. Et mon père ne peut pas se déplacer sur une si longue distance. Il a été blessé à la jambe, et depuis il a la fièvre.

-Emmenez-moi à lui."

Herion, étonné, inclina la tête, et les conduit en haut des escaliers, où un petit espace avait été aménagé avec une paillasse et des couvertures qu'ils avaient réussi à sauver. Un vieil homme y délirait, à moitié assis, le front en sueur. Sa jambe avait été sérieusement entaillée par une lame, et la blessure n'était pas belle.

"Les orcs utilisent des lames rouillées, sinon empoisonnées, expliqua Eldarion. Leur force leur permet de les rendre dangereuse, et quand elles ne tuent pas sur le coup, c'est l'infection qui prend le relais.

-Quelle sale race, ne put s'empêcher de marmonner le dragonnier.

-La jambe n'est pas encore perdue, mais il faut résorber l'infection."

Le demi-elfe posa une main sur le torse de l'ancien et ferma les yeux, se concentrant sur son état.

"Le coeur n'a pas encore été atteint, annonça-t-il en tirant une fiole d'alcool d'une petite bourse à sa ceinture. Eragon, pouvez-vous venir m'assister? Aravir, prenez cela et nettoyez la plaie, pour éviter que cela n'empire."

Eragon s'agenouilla à côté de lui.

"On ne peut pas risquer d'augmenter ses forces sans risquer qu'il ne les supporte pas. Il va falloir que je combatte le mal, et qu'il ait tout de même assez d'énergie pour supporter le combat.

-Je lui transmettrai de petites doses d'énergie, comprit le dragonnier. Allons-y."

Chacun commença ses incantations, se coupant du monde qui les entourait. Eragon prit soigneusement en compte l'état général du malade. Il se retint plusieurs fois de céder au corps du vieil homme qui, attiré par l'énergie contenue dans la ceinture de Beloth le Sage, réclamait tout d'un coup. Au bout de quelques minutes, Eldarion rouvrit les yeux et ordonna:

"Argonui, allez chercher la sacoche attachée à ma selle.

-Bien, mon prince.

-Tout va bien, seigneur Eragon?

-Tout va bien. Il revient à lui."

Ce fut au tour du vieil homme d'ouvrir lentement des yeux horrifiés.

"Comment s'appelle-t-il?

-Saelon, mon prince, indiqua Herion.

-Comment vous sentez-vous, Saelon?" demanda Eragon.

Le concerné eut du mal à revenir à lui, mais quand il retrouva partiellement ses esprits, il empoigna le bras du dragonnier.

"Dol Amroth! s'écria-t-il. Il faut prévenir Dol Amroth!

-Les prévenir de quoi, père? tenta Herion.

-Les orcs! Je les ai entendu. Ils vont attaquer... Ils ont été prévenus...

-Prévenus de quoi, l'ancien? demanda Aravir.

-Le prince, il va partir de Dol Amroth... et c'est là qu'ils vont attaquer! Il faut prévenir Dol Amroth!

-Nous sommes tous en vie, Saelon, intervint Eldarion. Ne vous en faites pas."

Saelon interrompit ses supplications pour se tourner vers le prince, et éclata en sanglots.

"Oh, doux Valar, vous êtes vivants! Qu'ils soient loués!

-Calmez-vous Saelon, il faut que je m'occupe de la plaie.

-Père, arrête de bouger. Le prince Eldarion et le seigneur inconnu essayent de soigner tes blessures.

-Béni soyez-vous, Votre Altesse!"

Après maintes louanges à l'égard du prince et du dragonnier, ces derniers, gênés au possible, parvinrent tout de même à refermer l'entaille. Eldarion fit bouillir plusieurs plantes séchées et tendit la décoction à Herion, ainsi qu'un petit paquet de simples.

"Vous lui donnerez cela tant que la fièvre demeurera. Comme l'infection a été annihilée de façon soudaine, il se peut que le corps ait besoin d'aide pour comprendre ce qu'il lui arrive. Dans quelques jours, il pourra se mettre debout, mais je ne veux pas vous laisser ici. D'après ce que vient de dire votre père, les orcs sont partis il y a une semaine pour le Dor en Ernil. Avez-vous de la famille à Linhir?

-Ma sœur et son mari, oui.

-Nous allons vous raccompagner là-bas.

-Prince Eldarion, intervint Eragon. Je prendrai la moitié du temps si on les emmène avec Saphira. La route est déserte, et nous pourrions nous cacher dans la forêt à proximité.

-Et Saphira ne serait pas offusquée de servir de bête de somme?" douta Eldarion.

"Je fais ce que je veux, le demi-elfe, répondit la dragonne à l'adresse de tout le monde. Et à l'instant même, il me plaît de sauver un vieil humain et sa famille."

Eldarion resta dubitatif, pendant que la famille de paysan cherchait partout d'où venait la voix.

"Herion, il va falloir que vous me fassiez aveuglément confiance."

Il fallut en effet plusieurs minutes pour expliquer aux paysans que Saphira, descendue devant la tour, n'allait pas les dévorer, que Eragon, qui avait soigné Saelon, n'était pas un sorcier, et qu'il ne fallait pas contre jamais parler de la dragonne aux gens de Linhir.

"Quand vous arriverez à Linhir, leur dit le demi-elfe en aidant Eragon à sécuriser le vieillard, racontez ce qu'il vous est arrivé, sans mentionner Saphira. Dites-leur que nous sommes allés chercher du secours à Pelargir, et qu'ils doivent faire preuve d'une vigilance accrue jusque là. Ce groupe n'était peut-être pas seul."

Il tendit une lettre à Herion.

"Donnez cette missive au Conseil de Linhir. Elle est destinée au seigneur Angbor du Lamedon. Il devrait bientôt passer par la ville en allant à Dol Amroth. Le Conseil se chargera de former une milice civile, et le seigneur Angbor y joindra ses hommes."

Se tournant vers Eragon, il l'informa:

"Si vous croisez Berthil et Ondoher, dites-leur de revenir. Ils ne doivent pas être loins.

-Entendu. Où doit-on vous rejoindre?

-Quand vous serez à Linhir, repartez vers le nord-est sur une journée. Nous devrions nous trouver non loin de la route entre Echorost et Pelargir. Que les Valar vous gardent.

-Et que le vent vous soit favorable."

Dans un formidable vrombissement, Saphira prit son envol. Quand ils furent assez loin à l'horizon, Eldarion décréta:

"Nous restons ici pour la nuit, le temps que Berthil et Ondoher nous reviennent. Ensuite nous irons jusqu'à Echorost, pour vérifier s'il y a d'autres survivants. Nous nous attarderons toutefois moins là-bas.

-Prince Eldarion, l'interpella Lupusänghren, vous savez ce que cela signifie? Les orcs que nous avons combattu étaient assez forts pour anéantir de grands villages.

-Et ils ont été lancés après nous, seigneur Lupusänghren. Mes soldats et moi vous devons la vie, à vous, seigneurs elfes, au seigneur Eragon et à Saphira. Nous n'aurions jamais été capables de venir à bout d'une telle armée sans votre concours. Il faut que j'arrive à Pelargir assez rapidement pour prévenir les autorités. Quelqu'un à Dol Amroth a voulu notre perte."