*MARKARTH*

LA CREVASSE

BORDECIEL

Les gardes de la Châtellerie de la Crevasse ne surent jamais ce qui les avait attaqués. Des silhouettes sombres étaient sorties de l'ombre et nombre d'entre eux étaient tombés avant même qu'ils ne puissent sonner l'alerte. Un cri d'alarme étouffé surgit soudainement. Une patrouille dégaina leurs lames et commença à courir vers la porte. Avant qu'elle ne puisse faire dix pas, une masse imposante de fourrure, de dents et de griffes l'intercepta.

Les portes s'ouvrirent brusquement et encore plus d'intrus s'y infiltrèrent. Deux d'entre eux marchaient côte à côte au milieu de la panique et du chaos.

« Préservez autant de vie que vous le pourrez, » commanda l'Aigle Carmin, sa mâchoire décharnée remuait. « Nous sommes venus pour capturer la cité, pas pour en faire une ruine. »

Tala se rapprocha de lui et sortit ses deux épées.

« Comme vous le souhaitez, votre Majesté, » dit-elle, puis se tourna vers les silhouettes en armure derrière elle.

« Vous avez entendu le roi ! Tuez seulement si cela est nécessaire ! »

Le rassemblement se pressa en avant, les squelettes et les draugrs se précipitèrent afin d'atteindre les hauteurs. Des flèches dévièrent les trajectoires des contingents dans la ville qui, ici et là, tentaient de prendre position.

Dieux, c'est tellement PLUS grand que dans le jeu, pensait Tala. Elle a seulement deux rues dans le jeu et peut-être trois hauteurs de maisons.

D'innombrables rues se divisaient autour d'imposantes rangées d'habitations. Cà-et-là, des groupes de Parjures essayaient de forcer une porte ou de rentrer dans une maison pour en ressortir avec le fruit de leur pillage.

« Quittez les maisons ! »

Sa voix s'éleva au-dessus du brouhaha du conflit.

« Allez au Fort ! »

Le cri était repris par un groupe après l'autre, sur un ton d'autorité et de certitude :

« ALLEZ AU FORT ! »

« Peuple de Markarth ! » appela Tala alors que ses troupes se dirigeaient par le chemin de pierre vers la grande salle du Jarl. « Restez chez vous et personne ne sera blessé ! »

Il y avait une maison, cependant, où elle et ses vampires se jetèrent dans la mêlée pour donner un coup de main à leurs alliés Parjures.


« Bordeciel aux Nordiques ! » cria Thongvor Sang-d'Argent en brandissant sa hache de bataille et abatant deux Parjures. Soudain, une fille se glissa devant lui et le frappa d'un coup de pied, l'envoyant dans les airs et droit dans le mur de la Trésorerie. Désorienté, il leva son regard pour apercevoir une femme à la peau sombre neutraliser Yngvar et Reburrus, qui tentaient vainement de serrer leur gorge.

A sa droite, il vit son frère Thonar tomber face à la masse d'un Parjure. Il agrippa bien fort sa hache de bataille, déterminé à vendre chèrement sa propre vie. Puis, un froid s'empara de lui et le poignard se retira de ses côtes.

Sérana sourit et prépara un sort de résurrection en direction du grand Nordique qu'elle venait juste de tuer. L'imposante silhouette se releva dans des mouvements saccadés et hésitants. Partout autour d'elle, de nombreux nécrovampires faisaient de même, levant les corps des morts pour combattre ceux encore en vie. Les morts-vivants n'étaient pas individuellement de grands guerriers, il s'agissait plus de porter un coup au moral de l'ennemi qu'autre chose. Désormais, ils devraient se battre contre ceux qui arboraient le visage de leurs amis et de leurs parents.


*CHATEAU DE CŒUR-DE-ROCHE*

« Ils ont passé la porte, mon seigneur, » dit le Légat Emmanuel Admand à bout de souffle, se reposant sur son bouclier. « Nous avons tenté de sceller les portes, mais deux des soldats Thalmor ont soudainement tué les gardes et les ont ouvertes. »

Igmund se souvenait d'eux : ils faisaient partis d'un détachement de Thalmor qui était arrivé dans la cité il y a de cela une journée seulement.

« Est-ce que leurs yeux étaient rouges ou était-ce dû à la lumière des torches ? » demanda Emmanuel, à personne en particulier.

« Mon seigneur ! »

Faleen était à leur hauteur maintenant, elle lui remit un bouclier et boucla son armure. Il saisit l'épée d'acier qu'elle lui avait tendue.

« Avec moi, mes frères ! », cria-t-il. « Pour la Crevasse ! »

Les survivants fatigués et en loques de la première offensive des attaquants se levèrent, inspirés par l'exemple de leur Jarl. Leurs mains extenuées attrapèrent à nouveau leurs armes et ils se tinrent côtes à côtes, formant un skjoldveggen, un mur de bouclier.

La barricade formée par les gardes s'effondra et vint en premier un groupe de squelettes grinçants et de draugrs. Des prières murmurées et des serments criés tonnaient dans les rangs des Nordiques rejoignant la bataille. Le meneur draugr revêtait une armure Parjure, mais portait un antique bouclier qui arborait le symbole de Markarth.

Le Bouclier de Hrolfdir, pensait Faleen, le reconnaissant. Volé par les Parjures il y a de nombreuses années.

Le cri de rage à sa droite lui laissait savoir que son seigneur avait aussi reconnu le bouclier et Igmund Hrolfdirson, Jarl de Markarth et Seigneur du Trône Endeuillé surgit du mur de bouclier protecteur, croisant ses lames avec l'abomination morte-vivante.

« Protégez le Jarl ! » s'exclama-t-elle, maudissant en même temps son imprudence.

Les soldats et les gardes du Musée Dwemer s'empressèrent d'essayer de protéger leur seigneur, mais de plus en plus d'ennemis s'infiltraient depuis la porte détruite et ils n'étaient pas aussi facilement répartis que les squelettes ou les morts-vivants. Elle abattit un Parjure et se retourna juste à temps pour voir Igmund couper le draugr Parjure en deux, presque du crâne au sternum. Son cri de triomphe était prématuré, alors que le draugr, au lieu de tomber comme le ferait tout mortel, lança sa propre lame vers le haut, droit sur la cuirasse du Seigneur de Markarth.

« NON ! » cria Faleen, se précipitant vers son seigneur avec la rage qui l'avait précédemment fait gagner sa place en tant que Huscarl personnel du Jarl. Mais, une autre silhouette sombre brandissant deux épées lui bloqua la route.

Trop sombre pour être l'un de ces maudits Brétons… un Rougegarde ?

La fille semblait avoir une quinzaine d'années de moins qu'elle, mais pourtant, elle bloquait les attaques du vétéran sans presque aucun effort et Faleen s'efforçait de résister aux coups puissants qu'elle donnait en retour

Par les Dieux… comment… ?

Avant même que sa question ne soit complétée, l'air autour d'elle semblait se refroidir alors que la fille prenait une grande inspiration. Faleen avait ressenti un tel effet seulement deux autres fois dans sa vie :

La première quand le jeune Ulfric Sombrage avait balayé les rangs Parjures dans la confusion aux portes de Markarth, il y a tant d'années maintenant.

La seconde lorsque le jeune homme qu'ils connurent plus tard en tant que Llewellyn Né-Dragon envoya Madanach, le Roi en Haillons, à sa mort en dévalant les escaliers menant au Château.

La Voix…

« FUS RO DAH ! »


*QUELQUES TEMPS PLUS TARD*

L'antique carcasse décrépie de Faolan Aigle-Carmin s'assit sur le Trône Endeuillé. Le coup que le Jarl lui avait porté avait presque coupé son corps desséché en deux et ce n'était que grâce aux efforts des Harfreuses réunies autour de lui que son âme était maintenue.

« Mes enfants, » commença la voix sans bouche remplissant la Salle du Trône du Château Cœur-de-Roche. « Mon esprit est toujours fort, mais cette chair fragile et putréfiée m'emprisonne. »

Borkul s'avança.

« Mon seigneur, » dit le grand Orc d'un ton hésitant. « Peut-être que les Harfreuses… ou Dame Tala… »

La main de l'Aigle Carmin se leva et fit taire l'Orc.

« La magie n'est pas une béquille sur laquelle les faibles peuvent s'appuyer et la Mort ne peut pas être éternellement repoussée, puissant Borkul. »

Le regard impassible de l'antique Roi Parjure se tourna vers l'assemblée.

« Je suis revenu pour faire ce que j'avais promis : libérer mon peuple et les voir s'établir dans la maison de leurs ancêtres. Mon temps est venu et terminé, depuis longtemps. »

« Mon seigneur ! » intervint Kaie, prenant place aux côtés de l'Orc au pied du trône. « Nous sommes un peuple des vallons et vallées, pas des rues et des pierres. Nous n'avons pas été maîtres de nous-mêmes depuis si longtemps… Plus que jamais, nous avons besoin d'un roi pour nous diriger. »

« Aucune crainte, vaillante Kaie, » apaisa la voix. « Je ne laisserai pas mes enfants sans meneur ou dans le besoin. Tala Niwot, avancez ! »

Semblant presque surprise, la silhouette sombre de Dame Tala se rapprocha, suivie de ses commandants vampires et loup-garou.

« Vous avez versé votre sang pour me relever, » continua l'Aigle Carmin. « Et pour élever l'esprit du peuple de la Crevasse. Là où autrefois il y avait des tribus divisées, se disputant les os et les restes de terres, il y a maintenant un peuple fier, uni et fort. Vous n'êtes pas une enfant de la Crevasse par le sang, mais vous êtes de notre peuple par l'esprit et la foi. »

Avec un effort monumental, l'antique carcasse se leva.

« Agenouillez-vous, fille de la Crevasse. »

Tala ploya le genou, plaçant ses mains dans celles de l'Aigle Carmin.

« Promettez et jurez-vous solennellement de gouverner le peuple de la Crevasse selon les Anciennes Méthodes et les Anciens Dieux ? »

La réponse de la jeune fille était forte, claire et résonnait vraie dans le cœur de ceux qui l'entendirent :

« Je le promets solennellement. »

« Ferez-vous en sorte que le droit et la justice soient exécutés avec miséricorde dans tous vos jugements ? »

« Je le ferai. »

« Ferez-vous tout ce qui est en votre pouvoir pour maintenir les lois de la Crevasse, pour protéger et préserver ce peuple ? »

Les mains de Tala quittèrent celles de l'Aigle Carmin et elle les croisa sur sa poitrine.

« Les choses que j'ai promises précédemment, je les accomplirai et les protégerai : ainsi en témoigne la terre. Ainsi en témoigne le ciel. »

L'Aigle Carmin se tourna vers l'assemblée.

« Mes enfants ! Engagerez-vous votre métal en faveur de Tala Niwot, pour la protéger pendant la guerre et maintenir ses lois en temps de paix ?

Les Parjures dégainèrent leurs lames, levant haut leurs lances d'os, épées et haches.

« GLOIRE ! » crièrent-ils à l'unisson. « GLOIRE ! »

« Alors sachez qu'elle gouverne en mon nom, jusqu'à ce que tous soient réunis pour l'Appel Final et la Fin de Nirn. »

Avec un dernier effort, l'antique corps fit deux pas vers le Trône Endeuillé. Tala se tenait à côté de lui et tira sa lame.

« ENFANTS DE LA CREVASSE ! QUI EST VOTRE ROI ? »

« FAOLAN ! » acclamèrent les cris presque frénétiques. « FAOLAN ! »

L'Aigle Carmin se tenait avec les bras tendus et lentement depuis ses doigts, son corps antique commençait à s'éroder pour devenir poussière. Son ancienne armure tomba dans des cliquetis sur le sol de pierre devant le Trône Endeuillé. Nombre de Parjures pleuraient ouvertement, des larmes de joie pour la restauration de leur maison ou le trépas de leur dieu-roi.

Tala se remit lentement debout et inclina sa tête en une révérence solennelle.

« Allez vous reposer, Faolan de la Crevasse, Seigneur Aigle Carmin, » dit-t-elle doucement. Puis, elle se tourna vers les Harfreuses au pied des escaliers.

« Récupérez ses cendres, bonnes Mères, et déposez-les dans sa tombe. »

Elle prit l'épée du monticule de cendres, se retourna et se présenta à Melka avec la Furie de l'Aigle Carmin.

« Scellez-la avec lui et laissez-le reposer en paix, jusqu'aux Funestes Derniers Jours. »

Melka s'empara de l'antique épée avec ses serres et la serra contre sa poitrine tandis que les autres collectaient les cendres dans une urne que l'une d'elles avaient amenée, sans doute volée dans une pièce du Château de Cœur-de-Roche. Tous les spectateurs restaient silencieux, leur tête inclinée alors que les cendres étaient récupérées et portées avec honneur du château à destination du Cairn du Rebelle. Ensuite, lentement, Tala marcha et se tint en face du Trône Endeuillé.

« Je suis Tala Niwot, par le droit de la lame ainsi que de la parole et de la volonté de Faolan, connu comme l'Aigle Carmin, je revendique la couronne de la Crevasse et la seigneurie du Trône Endeuillé. Est-ce que quelqu'un ici voudrait remettre en cause cette revendication ? Qu'ils parlent maintenant et répondent par l'épée et la hache, au lieu de prononcer des paroles amères et des chuchotements durs derrière des portes fermées, comme les Nordiques le font. »

Personne ne bougea en réponse au défi. Lentement, mais délibérément, Tala s'assit sur le trône de pierre en observant la salle bondée. Tala acquiesça et ses prochains mots étaient emplis d'autorité qui ne pourrait pas être contestée.

« Seigneur Vighar. »

Un homme barbu avec de longs cheveux gris, vêtu d'une armure lourde Dwemer, fit plusieurs grands pas en avant.

« Ma reine ? »

« L'aube approche, vieil ami, » dit Tala, pointant les portes ouvertes du Château de Cœur-de-Roche. « Amenez notre peuple dans le Château. Sécurisez les profondeurs du Musée Dwemer et de Nchuand-Zel. »

Le vieil homme s'inclina bien bas, amenant son bras contre son torse.

« Cela sera fait, ma Reine. »

Movarth et Nestor s'inclinèrent et suivirent l'ancien Jarl d'Épervine. Icando commença à leurs emboiter le pas, mais un léger mouvement de Tala le fit attendre.

« Borkul, » continua la reine.

Le grand Orc s'avança.

« Sécurisez les portes et la cité. J'honorerai l'ordre de Faolan Aigle-Carmin : aucun habitant de la ville ne sera blessé, tant qu'ils ne lèveront pas leurs lames contre les nôtres. »

L'Orc s'arrêta un instant, puis copia la gestuelle de Vighar.

« Ma reine. »

« Dame Kaie ? »

La femme stoppa de suivre l'Orc et jeta un œil au trône. Quelque chose comme de la suspicion gardée figurait toujours sur son visage.

« Allez promptement à la Mine de Cidnha, » ordonna Tala. « Libérez ceux de notre peuple que vous trouverez. Plus aucun homme, femme ou enfant de la Crevasse ne sera enchaîné après ce soir. »

De la compréhension s'afficha sur la Crevassaise et elle la salua.

« A vos ordres. »

« Icando Rune-Damnée. »

Le vampire Dunmer s'inclina bas.

« Sécurisez les prisonniers dans les cellules des Galeries. S'il y a des habitants là-bas, trouvez-leurs un logement ailleurs. Il n'y aura plus de mendiants dans Markarth. »

Son inclinement s'approfondit.

« A vos ordres, ma reine. »

Il était le dernier à partir, les autres suivant les divers commandants sur la tâche qui leur parlait le plus. Tala se repencha en arrière et ses yeux virèrent soudainement en un bleu brillant.

ENFIN ! Je pensais que j'allais devenir FOLLE à force d'animer ce corps en putréfaction.

Cela a atteint son objectif.

Oui, j'ai pensé être plutôt convaincante, non ? Toutes ces idioties à propos de la justice, de la miséricorde et des Anciens ?

Et pourtant, j'ai juré maintenir ses principes.

Oh, chérie, je ne pense pas que Faolan soit en mesure de se plaindre de quelques promesses brisées.

Mais tu m'as fait les faire en face de témoins, qui se SOUVIENDRONT et se plaindront si elles sont brisées. Nous sommes liées à elles maintenant.

Pour l'instant, peut-être. Enfin, je pense que c'était une expérience exceptionnellement profitable. Nous avons découvert que je POUVAIS en fait posséder le corps de quelqu'un d'autre, par exemple.

Et pourtant pendant tout le temps où tu contrôlais ce corps, nous étions toujours liées, Reine-Louve. Nous sommes encore loin de pouvoir retrouver l'intimité de nos pensées.

Chaque chose en son temps, ma chère. Ah, cela fait du BIEN de s'asseoir à nouveau sur un trône. Même fait de pierre. Peut-être pourrions-nous y ajouter au moins quelques coussins et rembourrages ? Par les Daedra, c'est lugubre ici. Un homme typique, cet Igmund. Aucun sens de la décoration ou de l'utilisation appropriée de l'espace.

Je suis sûre que nous pourrons refaire la conception complète de l'intérieur à une date ultérieur.

Je planifie juste sur le long-terme, chérie. C'est ce qu'une Reine fait.

Tala se leva et marcha dans les couloirs du Château de Cœur-de-Roche. Dans le jeu, elle se souvenait que l'endroit était plus en ruine que cela. Là, les couloirs et les arches avaient été réparés et restaurés, autant qu'il était possible avec le savoir-faire des Nordiques en taillage de pierre.

Alors que le couloir s'ouvrait, Tala reconnut le passage menant à la Nécropole. Et là, se tenait en face de la table d'enchantement de Calcelmo Sérana. Tala s'avança, ses pieds balayaient le sol en pierre du château.

« Des roches et une vallée, des crevasses et cachettes, » dit Sérana à voix basse alors qu'elle approchait. « C'est le genre d'endroit où se terrent les ermites et les fanatiques. »

« Je suis désolée que nous n'ayons pas eu plus de temps pour parler, » intervint gentiment Tala. Elle se retourna et commença à analyser sans enthousiasme les différents parchemins et livres collectés par le mage de la Cour de Markarth.

« La terre semble… déformée, » continua la vampire, ne regardant toujours pas la fille à la peau sombre. « Je suis surprise que mon père n'ait pas voulu vivre ici. »

« La force de l'habitude, probablement, » répondit Tala, essayant de garder un ton clair. « Il est difficile de quitter un château ancestral. »

Sérana ne répliqua pas.

« Je sais que ce que vous avez traversé en tant que fille de Havreglace, » commença Tala.

Cela provoqua Sérana à se retourner brusquement et à la toiser.

« Vous n'en avez vraiment aucune idée. »

« Je n'ai PAS dit que je comprenais ce que vous aviez traversé, simplement que je sais, » clarifia-t-elle. La vampire cligna des yeux et son regard devint moins meurtrier. Tala se tourna pour faire face à la fille d'Harkon Volkihar.

« Mon père était un ivrogne sans valeur, qui n'a pas levé un doigt pour aider ma mère alors qu'elle s'acharnait au travail pour construire un futur pour mon frère et moi. Donc oui, je sais ce que c'est d'être oubliée par un père et négligée par une mère bien intentionnée. »

Sérana fit un pas en arrière, le choc traversait son visage.

« Perdue au milieu d'une guerre des gens qui sont censés vous aimer, » dit-elle doucement.

Tala acquiesça.

« Votre père était ivre d'alcool, » continua la vampire. « Le mien de pouvoir. »

« Les deux sont très facilement addictifs et servent à leur enlever leur part de douleur. »

« C'est ce que vous avez l'intention de faire ici ? » demanda Sérana, montrant l'espace autour d'elles, où des échos de combats lointains filtraient encore des couloirs de pierre. « Gagner du pouvoir et éloigner votre douleur ? »

Tala sourit et secoua la tête.

« Comme l'alcool, l'effet ne dure que quelques instants. Vous devez ensuite prendre une autre bouteille et votre père doit chercher à obtenir encore plus de pouvoir. »

Sérana arqua un sourcil et se retourna, bricolant les runes sur la table.

« Peut-être que vous comprenez, après tout. J'ai… J'ai parlé hostilement tout à l'heure. »

« Je ne suis pas offensée. »

Un groupe de guerriers passa, de Parjures et de vampires, dirigé par un loup-garou entièrement transformé.

« Cette alliance sera difficile à maintenir, » observa Sérana, visant le groupe. « Vos partisans vont maintenant se considérer entre eux comme des ennemis et les manipulations politiques vont commencer. »

Tala ne dit rien, mais acquiesça simplement en réponse. Le visage de Sérana devint de plus en plus sinistre alors qu'elle poursuivait :

« Mon père les encourageaient et en a même fomenté lorsqu'il pensait que ses vassaux s'entendaient trop bien. »

« Je n'ai pas le désire de gouverner un royaume brisé, » répondit Tala. « Chacun d'entre eux servira un objectif et aura un rôle à jouer dans ce royaume de parias. »

« Des parias, » releva Sérana. « Des parias et des égarés. Des oubliés et des parjures. Voilà tout ce que vous avez collecté. »

« Vous n'êtes pas quelques choses à collecter, » dit rapidement Tala, devinant le chemin de pensées de Sérana. « Je ne vous retiendrai pas contre votre volonté, mais j'espère chèrement que vous resterez. J'ai besoin de quelqu'un qui… qui a vu les conséquences d'une mauvaise gouvernance. Quelqu'un qui me gardera honnête. »

Sérana observa le sol pendant un moment, mais lançait un regard en biais à la jeune femme.

« Il est dit que les Empereurs Rémans du Second Age employaient un serviteur pour rester derrière eux tout le temps. Son seul travail était de se pencher en avant et de chuchoter à son maître… »

« Rappelez-vous, vous n'êtes pas un homme, » les deux partagèrent un rire dans la salle de pierre désormais calme.

« Je doute que beaucoup de rois aient de tels serviteurs aujourd'hui, » sourit Sérana.

« Je n'ai pas besoin d'un tel serviteur, » répliqua Tala.

La vampire déglutit et commença à s'en aller, mais Tala attrapa sa main dans la sienne. Il y eut un léger halètement au contact inattendu et les yeux rouges rencontrèrent ceux d'émeraude.

« Mais un grand besoin d'une telle amie. »

Tala serra la main froide dans la sienne. Les deux se tinrent là pendant un moment avant que celle de la morte-vivante se retire.

« Alors je pense que je resterai… pour l'instant; Voyons ce que je peux faire. »


ET VOILA ! Markarth est nôtre ! Tala du Wyoming est désormais Reine de la Crevasse, avec une armée de vampires et de loups-garous à diriger !

Et par-dessus ça, Sérana commence à se demander s'il n'y a pas quelque chose de plus chez cette femme à la peau sombre qui l'a ramenée dans ce monde.

Les prochains chapitres se porteront sur Tala sécurisant sa base dans l'ouest et également quelques réactions d'autres personnages.

N'hésitez pas à me partager vos pensées, vos rêves, vos critiques et vers où vous pensez que l'histoire se dirigera ! Et surtout : comment cela va affecter le reste de Bordeciel et l'Empire en général ! Je transmettrai tout ça à Tusken1602.

Merci à tous et à la prochaine !

Nephariel