Attention, les thèmes abordés peuvent choquer.

Si vous êtes sensibles au sujet de la mort et/ou de la peine de mort et son exécution, vous pouvez passer ce chapitre.

J'en profite pour vous conseiller la lecture d'un classique de la littérature : "Le dernier jour d'un condamné" de Victor Hugo.

C'est un conseil qui peut sembler scolaire et sans rapport avec cette fanfiction (j'avoue que je ne pensais pas aborder ce sujet en la commençant...), mais c'est un petit ouvrage qui, malgré sa date ancienne, peut être toujours d'actualité.

Cela peut donner matière à réfléchir, notamment sur le sujet de la justice, même si la peine de mort a été abolie en France.

(Sachez que la peine de mort est toujours appliquée en Corée du Sud ; pour autant ce n'est pas une critique de cette sentence que je fais ici, mais une représentation de ce que pouvait être une exécution publique.)

D'ailleurs, si vous voulez vous pencher sur la question, je vous invite à lire le discours de Badinter présentant sa loi d'abolition devant le Parlement, c'est puissant.

N'oubliez pas que malgré ce que certaines voix peuvent clamer, la France est historiquement un grand pays de droit, et de droits !

(J'ai étudié le droit, moi ? Nooon pas du touuut)

C'était l'aparté du jour ! Bonne lecture


Elle avait froid. Elle avait mal. Elle sentait son corps s'engourdir, sa tête se vider de toute pensée. Elle se résignait à son sort ; elle avait mal agi, elle le savait, et que la fatalité la frappe lui paraissait évident.

Pour autant, elle ne ressentait aucune culpabilité : certes, le prince triton avait perdu ses souvenirs, mais elle lui avait fait don de jambes ! C'était un cadeau qui lui permettait de vivre auprès de Hoseok, elle ne l'avait pas tué !

Pour elle, aucun crime avait été commis. Pour elle, sa condamnation servait d'exemple pour mater le peuple, prouver que la royauté avait les moyens d'arrêter ceux qui voudraient attenter à l'État et à la famille royale.

Elle payait pour la trop grande ambition de son père, qui n'était même pas condamné à mort par demande du roi qui avait préféré pire sentence : la prison à vie !

Le désir de s'affranchir de son rôle étouffé de femme était-il si condamnable ? N'avait-elle jamais eu la possibilité d'entrevoir la liberté, même en se pliant à l'obligation sociale du mariage ?

Elle n'avait pas menti à Jeongguk au sujet de son besoin de liberté ; elle enviait ce domestique comme elle en avait pitié : c'était un servant, mais il obéissait à la famille royale et, surtout, c'était un homme. Voilà son plus grand privilège !

Elle se souvenait encore des rires et des regards condescendants des autres magiciens lorsqu'elle s'était présentée à eux pour proposer sa candidature au Grand Conseil. Ils avaient ri, des sons aigus de la méchanceté, des sons gras de la misogynie, des sons graves du mépris.

Pourtant, il y avait des femmes dans le Conseil, mais elles n'y participaient pas, ou si peu, et seulement pour émettre des remarques que personne n'écoutait ; le plus souvent, elles étaient "femmes de", à l'instar de la doyenne, écoutée car sage, ancienne et puissante, et son ventre avait donné de nombreux enfants.

Mais elle, pourtant "fille de", n'avait récolté que des refus. Elle n'y avait jamais été habituée, son père s'assurant qu'elle ne manque jamais de rien.

"Fais tes preuves, ma jolie, et peut-être pourras-tu entrer dans le troisième cercle", lui avaient-ils dit en ricanant, et il était certain qu'ils attendaient aussi à ce qu'elle s'offre à eux, à ces hommes qui ne voyaient en elle qu'une belle plante qui ouvrirait son corps, fermerait sa bouche, et resterait en décoration pour apprendre des sorts ménagers.

Elle songea à ce qui l'attendait dans cette cour carrée, la cour des exécutions, qui pourrait être pavée avec toutes les têtes que les rois précédents avaient pu faire tomber.

Elle imagina tous les gens qui devaient déjà être présents dans cette cour, avides de la voir brûler, impatients de voir la douleur sur le visage de la méchante sorcière qui avait osé commettre tous ces crimes contre la famille royale.

Ils porteraient une expression d'horreur sur leurs visages, qui seraient fausses et surjouées, tandis que leurs cœurs battraient fort, leurs yeux s'écarquilleraient du plaisir lugubre d'assister à une mise en scène si distrayante, leurs mains tiendraient fermement leurs enfants pour ne pas qu'ils bougent, pour ne pas qu'ils manquent le spectacle, et leurs oreilles seraient grandes ouvertes pour l'entendre hurler son agonie.

Halsey n'avait pas peur de mourir. Peut-être était-ce même un soulagement. Son cœur était tellement rempli de rancoeur, tellement aigri, une vie aussi amère n'était pas souhaitable.

Finalement, mourir était peut-être sa libération.


Fixés en cercle autour de cageots de bois et d'un petit poteau, d'importants ballots de paille laissaient s'échapper quelques brins emportés par le vent. Le lieu d'exécution n'attendait que sa victime.

Le roi fit signe d'amener la condamnée.

Étonnamment, celle-ci était calme, silencieuse, le visage grave et l'attitude digne alors que sa chevelure avait été détachée, sa toilette réduite à une longue robe grise de prisonnière, et ses mains ligotées dans son dos.

Elle s'avançait vers le bûcher sans que les gardes ne la pressent, d'une démarche lente et assurée, comme si la mort ne l'attendait pas, ou plutôt, comme si la jeune femme se dirigeait vers elle sans hésitation.

Le trajet jusque-là avait été long. Bien encadrée par des gardes, on lui avait fait longer de nombreux corridors, on l'avait faite attendre. On lui avait fait descendre et monter des escaliers, on l'avait faite s'asseoir.

On lui avait demandé de se lever, on l'avait déshabillée. On avait jeté ses vêtements dans des gestes négligents, comme on jetait des chiffons sales, et on l'avait recouverte d'une robe grise hideuse, d'un tissu qui se consumait rapidement par les flammes.

On l'avait poussée, on l'avait portée, on avait ouvert les portes devant elle, la lumière du jour l'aveuglant.

Elle y était. Sa fin, son lieu de mort.

On l'immobilisa sur la plateforme de bois, et alors que les gardes l'attachaient, une voix s'éleva parmi la foule :

"Sorcière !" hurla cette voix, et comme un déclencheur, d'autres suivirent.

Le peuple criait, les honnêtes sujets réclamaient sa mort, car ils étaient irréprochables, eux, ils n'étaient pas des démons, ils n'oseraient jamais faire de mal à quiconque.

Hoseok trembla, sa respiration se coupant momentanément, et il sentit la main de son cousin de glisser dans son dos pour la soutenir. Que des gens scandent, dans une rage exigeante et capricieuse, la mort de quelqu'un, lui donnait la nausée.

Yoongi regarda le prince héritier du coin de l'œil : il savait son cadet sensible, et il visualisait déjà les longues nuits qu'il passerait à lui parler pour atténuer le traumatisme de cette exécution, la première de sa vie, et certainement la dernière - ils l'espéraient tous les deux.

C'était aussi la première fois pour le jeune noble aux cheveux verts, mais il restait impassible : il serait fort pour deux.

Le roi dit signe d'allumer le bûcher ; des gardes s'emparèrent alors de torches pour enflammer la paille.

La condamnée était attachée au poteau, fixant un point visible, appréhendant la douleur, attendant l'agonie.

Elle n'entendait même plus les gens dans la foule s'exciter, vitupérer, pousser des beuglements, leurs instincts primaires les transportant.

Les premières flammes apparurent, consumant les premiers ballots de paille, et des exclamations de joie se firent entendre : le spectacle commençait !

"Sois fort, Hobi-ah" murmura Yoongi, mais son cadet tremblait déjà.

Les flammes grossirent de plus en plus, le bois et la paille étant d'excellents combustibles ; le feu devenait davantage virulent, comme celui dans les yeux des spectateurs.

Bientôt, presque l'entièreté du brasier fut consumé, un seul obstacle restait : le corps de la condamnée.

La vision de chacun était différente : pour ceux impatients de voir la menace maléfique disparaître, les flammes ne brûlaient pas assez vite.

Pour ceux qui redoutaient cette épreuve, le début allait trop lentement ; la scène se jouait au ralenti, l'air était lourd, le supplice n'en devenait que plus long, comme s'ils subissaient eux-mêmes le châtiment à la place de la condamnée.

Alors, lorsque cette dernière commença à gémir, les flammes gagnant ses pieds, ce fut comme si le cri provenait d'une voix intérieure au fond de chacun.

Yoongi resserra sa prise sur la taille du Prince, qui venait de tourner la tête, les poings serrés sur sa tunique.

À ses côtés, la reine avait aussi détourné son regard pour le poser sur son fils, inquiète, et elle se sentait coupable de lui imposer cette vision d'horreur, elle qui aurait voulu le protéger de tout, loin des atrocités du monde.

Des exécutions, elle avait assisté à plusieurs ; désormais, conjointement avec son époux, elle en avait ordonné une, et comme son propre père ne l'avait pas empêchée de regarder, elle ne pouvait pas masquer les yeux de son fils.

Les flammes parvenaient à la taille de la sorcière, et sa souffrance se faisait vraiment entendre.

Yoongi ferma les yeux.

Un hurlement recouvrit soudain le bruit assourdissant qui envahissait toute la cour carrée : ce n'était pas le cri de la condamnée, mais c'était le désespoir de son père qui se libérait de sa prison d'orgueil.

"Arrêtez ! Arrêtez ! Je vous en supplie, arrêtez !" répétait-il. "Vos Majestés, pitié !"

Il tombait à genoux, dorénavant, l'homme fier était enfin à terre.

"Je vous demande grâce ! Pardonnez-moi, pardonnez-nous ! Éteignez ce feu, épargnez ma fille !"

Il pleurait, le Premier ministre déchu, l'opportuniste vénal, l'homme qui ne s'était jamais remis du visage blafard et tordu de douleur de son épouse mourante, mais peu le plaignaient en vérité : épargner une sorcière !

Cet homme était fou, cet homme était un criminel qui convoitait le trône, cet homme avait conçu cette créature ignoble en train de brûler ! Il méritait aussi sa place sur le feu, ce vieux cochon gras, qu'il serait juteux à rôtir !

Yoongi maintint encore une fois Hoseok d'une poigne ferme, et celui-ci se retourna pour dévisager son cousin avec une certaine animosité mue par la pitié.

Le mentholé croisa le regard du roi, qui avait aussi perçu l'agitation de son fils : non, il n'y avait rien à faire. Une criminelle avait été jugée, elle représentait une menace que le royaume ne pouvait se permettre d'abriter. Il en allait de la sécurité de l'État, de l'autorité des souverains, du maintien des institutions : si le roi et la reine se rétractaient, la colère populaire gronderait, et le peuple gloserait sur la faiblesse de la monarchie.

Hélas, la jeune Halsey ne pouvait être sauvée : sa mise à mort était un symbole de dissuasion.

Le roi ordonna que l'homme se taise ; lui son collaborateur et conseiller qu'il avait tant écouté, il devait se taire, car cela faisait partie de sa sentence.


Il y avait désormais plus de fumée que de flammes, car les combustibles avaient désormais disparu.

La foule se calmait peu à peu ; les plus mesurés avaient baissé la tête comme pour prier, dans un pardon silencieux, et quelque part égoïstement salutaire.

Hoseok, fébrile, s'accrochait à son cousin, qui le maintenait puissamment dans ses bras dans le but de le rassurer le plus possible.

C'était fini. Enfin. Ils avaient envie de dormir pour oublier, mais ils savaient que le sommeil ne les visiterait pas pendant des jours entiers ; et si jamais il venait, un démon de feu l'accompagnerait.

Yoongi gardait les yeux fermés.

Au moins, Jeongguk et Taehyung n'avaient pas assisté à cet enfer.


La suite sera plus bien joyeuse, ne vous inquiétez pas...!

La fin approche !