Chapitre 12 : Le journal

Severus se tenait derrière la porte, immobile. Il était encore temps de partir. Ouvrir cette porte signifiait faire bifurquer le destin d'Ariane. Si elle choisissait d'être avec lui, il frissonna à cette pensée, une grande partie de ce qui aurait pu être disparaitrait. Et si elle le rejetait, pourrait-il tout de même garder le contrôle? Son appétit dévorant avait fait place à une lassitude si grande qu'elle le laissait parfois apathique. Sa soif d'Ariane ne s'était pas tue, mais elle était maintenant si lointaine… Resterait-elle ainsi une fois la porte ouverte, une fois la jeune femme devant lui?

Et, au fond, que voulait-il vraiment? Était-ce le Lien qui obscurcissait son jugement? Il repensa à Ariane, à toute sa rage, à cette colère qui s'était accumulée en elle au fil des années. Que deviendrait-elle? Il ne voulait pas qu'elle laisse sa puissance dicter sa vie, être un pantin entre les mains d'hommes puissants. Il n'était pas obligé de rester là pour toujours, il pourrait l'aider à se trouver elle-même et à choisir son propre chemin, puis partir. Il baissa les yeux tant cette pensée lui brisait le cœur. Il voulait être avec elle.

Il prit une grande inspiration et tenta d'ouvrir la porte, qui lui résista. Il essaya quelques contre-sorts avant de trouver le bon. Il entra, un air grave sur le visage. Se contrôler. Ariane était couchée sur le lit d'hôpital, sa peau laiteuse contrastait avec ses cheveux cuivrés et indisciplinés, beaucoup plus longs que ce qu'il imaginait. Ses yeux étaient des émeraudes magnifiques et les taches de rousseur sur son visage lui donnaient un air poupin. Sa peau était rosée à quelques endroits et il fut heureux de constater qu'elle était hors de danger et guérissait bien.

«Severus»

Ariane n'aurait pas dû connaître son nom. Il regarda Dumbledore avec irritation.

«Vous m'aviez dit qu'il était mort!» L'adolescente était courroucée, elle détestait qu'on lui mente. Quelles autres vérités son tuteur lui avait-il cachées? Elle reporta son regard sur Severus. Ses cheveux noirs étaient longs, sa peau était pâle et il était plus maigre que dans ses rêves. Était-ce la "dette" qu'elle avait envers lui qui lui procurait ce sentiment étrange, cette sensation de plénitude, comme si une partie d'elle-même longtemps oubliée faisait à nouveau surface.

«Je n'avais pas le choix… » Albus avait dit cela aux deux autres. D'abord, il ne croyait pas que Severus reviendrait un jour. Quoique l'adolescente s'était blessée très gravement… mais il n'avait rien à voir là-dedans! Il ne savait même pas qu'elle sortait de Poudlard! Severus ne pouvait rien lui reprocher, voilà. Et pour Ariane, il devait bien inventer quelque chose puisque lui dire la vérité était impossible.

«Laissez-nous, Albus»

Le mage ne se fit pas prier. De toute manière, peu importe ce qui allait arriver, il ne pourrait pas arrêter le Né-Vampire. Une fois la porte refermée, Severus prit sa baguette et murmura quelques incantations. Ce qui allait se dire dans cette pièce se devait de rester privé.

La peau d'Ariane piquait et tirait, mais elle était tellement concentrée sur Severus qu'elle relégua la douleur au second plan.

«Où étiez-vous?»

«J'ai d'abord voyagé un peu partout. J'ai quitté l'océan Arctique pour venir te rejoindre. Je craignais pour ta vie»

«L'océan?»

«J'y ai passé deux ans. J'ai sauté à la mer lorsque j'étais en Islande et j'ai nagé vers le Nord»

«Vous me prenez pour une idiote?»

«Jamais je ne te mentirai»

«Pourquoi je devrais vous croire? Vous me dites que vous venez de passer deux ans à nager avec les poissons! Personne ne vous croirait, encore moins lorsque vous jurez que c'est la vérité!»

Severus prit place dans un fauteuil face à Ariane.

«Laisse-moi te raconter mon histoire, après tu jugeras par toi-même»

Elle n'avait rien à faire de mieux de toute manière, alors elle acquiesça.

«Mon père était sorcier et ma mère moldue. J'étais le sixième enfant de la famille. Dans mon souvenir, six autres ont suivi ma naissance. Nous vivions dans un village à trois jours de marche de la ville. Nous n'étions pas riches, mais les terres dont mes parents avaient hérité étaient suffisantes pour nous nourrir, et la maison était confortable. Je me souviens que nous avions quelques chevaux, des moutons et des poules. La vie était dure, à peine sortie de l'enfance nous devions aller travailler à la ferme et aider avec les plus jeunes. Pour une raison inconnue, je suis né différent. Je refusais de manger et je m'enfuyais dans les bois tout le temps. Je me souviens que cela mettait ma mère en furie. J'étais si pâle et maigre que mes parents m'ont finalement amené voir l'aïeul, qui vivait à la ville. Il leur a dit que j'étais atteint d'une malédiction et qu'ils devraient aller m'abandonner. Heureusement, ils ont décidé de ne pas écouter ses conseils, mais ils m'ont laissé plus de liberté. Ils pensaient probablement que j'allais en mourir de toute manière. Peut-être se sentaient-ils coupable, on racontait que mon père avait envouté ma mère pour qu'elle l'aime lui au lieu d'un autre, enfin, c'est ce que mon frère m'avait dit à l'époque... Je ne sais pas si c'était vrai… J'avais peut-être huit ou neuf ans quand je suis parti. Je ressentais toujours cette soif intarissable, je rêvais que je tuais mes frères, mes sœurs, mes parents... Je voulais les mordre et boire leur sang, mais je devais me retenir. C'était ma famille et je les aimais. Avec l'âge, j'étais devenu tellement fort qu'ils ont commencé à avoir peur de moi. J'ai simplement rassemblé mes affaires et j'ai dit au revoir. Personne n'a cherché à me retenir. C'était il y a 4000 ans…»

«4000!» Severus eut un petit sourire en entendant le ton surpris d'Ariane.

«J'ai vécu dans la rue durant quelques années. Je n'avais pas vraiment besoin d'argent, puisque je n'ai pas besoin de manger. J'aimais bien cette vie simple, j'ai voyagé, puis je suis tombé par hasard sur un autre Né-Vampire. Il m'a tout appris et m'a présenté d'autres. Je savais que j'étais différent, mais savoir que je n'étais pas seul, c'était autre chose. Nous étions déjà rares à l'époque… Maintenant, nous sommes relégués à l'état de légendes. On ne sait ni pourquoi nous sommes nés ni comment nous sommes créés.»

Elle lui fit signe de continuer.

«Nous sommes très secrets sur notre identité et nous ne nous mêlons jamais des affaires moldues ou sorcières. Nous sommes peu nombreux et immortels, alors nous sommes très respectueux entre nous. J'ai vécu avec les miens durant des siècles. J'ai voyagé partout, connu tant de gens. Je me suis battu lors des guerres et j'ai célébré la paix. J'en étais venu à croire que j'avais tout vu tout vécu. Et pourtant, lorsque je t'ai vu dans le sous-sol des Dursley, je… je devais te sauver… »

Il fit une pause, essayant de rassembler ses pensées.

«Je t'ai donné mon sang pour te sauver. Je savais qu'il te guérirait, je l'avais déjà vu à l'œuvre… mais jamais un Né-Vampire n'avait donné de sang à un humain sans compléter l'échange de sang, ce que l'on appelle le Lien Éternel. En ne buvant pas ton sang, je croyais que cela n'aurait pas de conséquences, que le Lien disparaîtrait avec le temps… Mais ça n'a pas été le cas… »

«Et c'est quoi ce Lien?»

«Le Lien lie nos corps et nos âmes. Nous pouvons ressentir ce que l'autre ressent et savoir où il est. C'est une symbiose, l'humain devient plus fort, plus résistant… et immortel. En échange, il nourrit le Né-Vampire. Si l'un meurt, alors l'autre mourra aussi… C'est ce que j'en ai lu du moins.» Severus se rappela le goût du sang du moldu, la veille. Horrible. Des années d'éloignement et il n'avait soif que pour elle.

Ariane ne savait pas quoi dire. 4000 ans. Né-Vampire. Il lui avait donné son sang pour la sauver.

«Pourquoi vous n'avez pas bu mon sang?»

«Je t'ai sauvé pour que tu vives libre. Te lier à moi aurait été injuste, tu n'étais qu'une enfant»

Ariane prit un instant pour peser les paroles de Severus.

«Euh… Merci de m'avoir sauvée… euh Dumbledore m'a dit que j'avais une genre de… de dette magique…»

«Une telle chose existe réellement, mais ce n'est pas le cas entre nous»

Son cerveau n'arrivait pas à assimiler toutes les informations. La douleur irradiait dans tout son corps. Elle avait du mal à se concentrer.

«Je vais aller chercher quelqu'un» Severus avait parlé d'une voix neutre. Il ressentait ce qu'elle ressentait. Elle rougit à cette pensée. La médicomage entra, une fiole de liquide argentée à la main. Elle la regarda boire la potion

«Vous allez bien dormir avec cela»

«Non... je… je vou…» Elle voulait encore parler à Severus, pas dormir, mais la potion était tellement forte, elle avait tant sommeil.

Sur le toit de l'hôpital, Severus regardait le crépuscule. Après tous ces jours et toutes ces nuits, il ne se lassait pas de ce spectacle coloré. Il apaisait son âme et il en avait bien besoin. Il avait quitté brusquement Ariane. Son odeur était aussi divine que celle de la première neige, des feuilles à l'automne, de la rosée d'un matin d'été. Elle avait le parfum des fleurs et de l'océan. Elle était un miracle vivant. Serait-elle celle qui marcherait à ses côtés après ces millénaires de solitude? Non, que pensait-il à cet instant! Ariane avait sa propre vie à vivre, espérer autrement n'était que chimère. Combien de temps pourrait-il résister au Lien?

Ariane dormait profondément. Il transplana à Pré-au-Lard, puis marcha jusqu'à Poudlard. L'école n'avait pas changé du tout, même l'odeur était la même. Il croisa McGonagall qui sursauta à sa vue.

«Severus, que faites-vous ici?»

«Je dois parler à Dumbledore. Nous nous sommes croisés à Ste-Mangouste»

«Ah oui, la jeune Potter. Comment va-t-elle?»

«Bien, elle devrait être de retour d'ici quelques jours.»

«Et vous… où étiez-vous toutes ces années, si ce n'est pas trop demandé?»

«J'ai voyagé»

«Laissez-moi vous accompagner»

Ils se mirent en route. Visiblement, se dit McGonagall, Severus n'avait pas développé son sens de la conversation durant son périple. Ni sa bonne humeur. Dumbledore attendait l'homme dans son bureau.

«Minerva, je vois que vous avez croisé notre revenant!» Elle acquiesça.

«Je ne vous dérangerai pas plus longtemps, vous devez avoir beaucoup de choses à vous dire»

La sorcière referma la porte derrière elle.

«Vous ne deviez pas parler de moi à Ariane» Le ton de l'immortel montrait clairement son irritation.

«Je ne lui ai pas parlé de toi par plaisir, Severus. Elle rêvait de toi sans arrêt, un des professeurs a reconnu ta description et rendu au point où elle en était, je devais trouver quelque chose à dire»

Snape roula des yeux.

«Et toi, que lui as-tu dit?»

«La vérité, simplement»

Stupéfait, le mage se leva de sa chaise.

«Tu lui as tout dit? Pourquoi m'avais-tu interdit de lui parler de toi alors? Tu voulais garder le mystère?»

Severus resta silencieux devant cette provocation. Lui et Dumbledore connaissaient la réponse. À l'époque, il n'aurait jamais cru revenir. Et il avait confiance en Albus. Ce dernier alla se servir un verre de whisky pur feu.

«Que va-t-il se passer, maintenant»

«Ce n'est pas à moi de décider»

Dumbledore revint s'assoir et prit une gorgée, les yeux fixés sur Severus. S'il était aussi vieux qu'il le présumait, il aurait peut-être une idée

«Le pouvoir d'Ariane est altéré par quelque chose. Nous avons essayé plusieurs potions et sortilèges, sans succès j'en ai bien peur»

«Qu'avez-vous essayé?»

Severus écouta la longue liste de sorts et de potions, puis ce que Ariane avait dit à Dumbledore quant aux centaures.

«Je verrai ce que je peux faire» Il ne croyait pas qu'Ariane était victime d'un maléfice, sa magie était trop puissante pour cela, et, même si elle était vraiment sous l'emprise d'un sort, avec tous les tests qu'ils avaient faits, il l'aurait détecté. Il regarda Dumbledore, le vieil homme ne lui disait pas tout. Il prit son aise dans le fauteuil en face du sorcier et attendit.

Dumbledore but son verre d'une traite. Il expliqua les déboires du Ministère à Snape, qui, évidemment, n'était pas au courant des dernières nouvelles.

«Ce qu'Ariane a fait… le Ministère va s'en attribuer le mérite. Ils diront que les attaques faisaient partie d'un plan visant à affaiblir Voldemort… C'est tout ce que mon contact a pu me confirmer»

Severus n'était pas surpris de la tournure des événements. Dumbledore alla se resservir du whisky.

«Que vas-tu faire, maintenant?»

Severus garda le silence jusqu'à ce qu'Albus ne revienne s'assoir.

«Je vais rester auprès d'Ariane»

«Et…?»

Severus remettait tout en question. Avait-il bien fait de laisser la fillette à Poudlard? Dumbledore semblait avoir son propre agenda vis-à-vis Ariane. Il ne répondit pas à la question et se contenta de se lever et de quitter le bureau.

Dumbledore ne fit pas de cas de l'impolitesse de Severus. Non seulement il y était habitué, mais il savait que sa question était déplacée. Le Né-Vampire avait été clair à ce sujet des années plus tôt, et il n'était pas du genre à changer d'idée. Il devait se rendre à l'évidence, il était dépassé par les événements, il avait cru que la guerre serait résolue dans le sang et que le pouvoir de l'Alpha lui donnerait un avantage écrasant. Il avait eu tort. Un troisième verre de whisky pur feu devrait lui permettre de dormir un peu.

OoOoOo

Ariane laissa la médicomage l'examiner une dernière fois. Elle tâtait sa peau et la faisait tourner dans tous les sens.

«Et là, tu as mal»

«Nooon» Elle en avait plus qu'assez d'être à l'hôpital. Elle allait parfaitement bien depuis la veille et pourtant ils n'avaient pas voulu la laisser rentrer à Poudlard. En plus, Severus n'était pas revenu la voir. Elle avait tellement de questions!

«Tu es complètement rétablie» La femme bomba le torse de fierté, souriant à pleine dent. «Je vais contacter Poudlard pour qu'on t'envoie quelqu'un avec des vêtements.»

Quelques heures plus tard, à la grande surprise d'Ariane, Severus entra dans sa chambre, un sac de papier dans les mains et un sac messager en cuir qu'elle n'avait jamais vu auparavant. Il lui tendit le sac de papier et quitta la chambre sans un mot.

«Oh non» Ariane avait vidé le sac sur son lit. Une jupe. Des chaussettes longues. Une chemise blanche. Pas de pull, de veste, ni de cape.

Severus ressentait la colère, l'exaspération et la gêne de la jeune femme. McGonagall avait pourtant pris les vêtements dans sa commode, étaient-ils trop petits? La rouquine ouvrit la porte, un air abattu sur le visage. Severus la trouva superbe, mais il comprit rapidement qu'elle ne se sentait pas du tout à l'aise. Il détacha sa propre cape et la couvrit. Elle était trop longue, mais cela fut réglé d'un coup de baguette.

Elle sentait le rouge lui monter aux joues. Elle n'avait rien dit et pourtant il avait compris. C'était étrange et… agréable? Elle avait du mal à se comprendre elle-même parfois, peut-être Severus l'aiderait-il à y voir plus clair.

Ils prirent le réseau de cheminées jusqu'aux Trois Balais à Pré-au-Lard puis marchèrent en silence jusqu'à Poudlard. Le printemps arrivait doucement, et la neige fondait sur les toits, mouillant la chaussée. Un vent frais soufflait dans les rues.

«Vous n'avez pas froid sans votre cape?» Elle avait posé la question spontanément lorsque le vent avait soufflé. Sa chemise blanche assortie à un débardeur noir n'offrait que peu de protection.

«Je n'ai jamais froid»

«Et chaud?»

«Si je sautais dans un volcan j'aurais peut-être un peu chaud»

Elle le regarda, stupéfaite, avant d'éclater de rire. Il eut un sourire en coin.

«Pour vrai? Vous pourriez sauter dans un volcan et survivre»

«Un de mes congénères a déjà essayé. L'expérience n'a pas été agréable, mais il a survécu»

«Qu'est-ce qui peut vous tuer alors?»

«Un autre Né-Vampire. Peut-être une Alpha, mais aucun affrontement de la sorte n'est jamais arrivé à ma connaissance»

«C'est comment être aussi… vieux»

«Long»

Elle s'arrêta, un air agacé sur le visage. Il continua sa route et elle le rattrapa.

«Au début, c'est enivrant. Je pouvais tout faire et personne ne pouvait m'arrêter. Je resterais jeune éternellement» Il eut un petit rire. «Enfin, maintenant je sais que je vieillis, mais très lentement… Ensuite, j'ai réalisé que le monde changeait, mais je me sentais toujours décalé. J'ai quitté le monde des mortels pour vivre avec les miens. J'ai étudié, appris, voyagé.»

Ils passèrent le portail de Poudlard.

«Dumbledore m'a dit que vous pensez que ton pouvoir est… altéré»

Elle grommela quelque chose d'incompréhensible, honteuse que Dumbledore se soit confié ainsi à Snape.

«Ceci pourrait t'apporter des réponses»

Il lui tendit le sac messager. Il était plus lourd qu'elle l'aurait cru. Il lui fit signe d'entrer dans l'école.

«Vous ne venez pas»

Il lui fit signe que non. Elle lui tendit sa cape à contrecœur. Heureusement, les autres élèves étaient en cours, elle ne risquait pas de croiser personne. Elle se dépêcha d'aller à sa chambre lorsqu'elle croisa un groupe de Serpentards. Ce devait être leur période libre. Elle se maudissait intérieurement, les regards lubriques des garçons la dégoûtaient.

«C'est pas la fille de Dumbledore ça»

«Combien de fois il va falloir te le dire, Goyle, Dumby est son tuteur pas son père»

Ariane roula des yeux. C'était l'une des choses qu'elle détestait à Poudlard, tout le monde savait tout sur tout le monde. Le blond s'approcha d'elle.

«T'es pas mal quand tu te caches pas sous dix couches de vêtements» Il s'approcha encore en lui tendant la main

«Je ne crois pas que nous avons été présentés, Draco Malfoy»

Le fils de Lucius. Super. Elle regarda la main tendue avec dédain et reprit sa route vers sa chambre, lorsqu'elle sentit une main sur son épaule, l'obligeant à se retourner.

«Tu dois répondre quand je te parl…» Le blondinet fit un vol plané jusqu'à rejoindre ses amis. Décoiffé, il ne comprenait pas ce qui venait d'arriver.

«Ne me touche plus jamais»

Le cœur battant, la rouquine se dépêcha d'entrer dans sa chambre, verrouillant la porte derrière elle. Elle jeta rageusement ses chaussures dans un coin et enleva ses vêtements, les roulant en boule avant de les lancer où avaient atterri les chaussures. L'eau du bain coulait déjà à flots. Elle s'engouffra dans l'eau chaude. Elle avait la nausée juste à penser à ce qui était arrivé. Elle se frotta l'épaule, frissonnant d'horreur. Elle relaxa un moment dans le bain puis, d'un geste de la main elle fit flotter le sac jusqu'aux côtés du bain et en sortit son contenu. C'était un gros livre de cuir dont les pages étaient retenues par d'épais lacets. Le papier était épais et semblait encore plus vieux que Severus. Elle l'ouvrit, faisant attention de ne pas le faire tomber dans l'eau. Jamais elle n'avait vu une telle écriture, des pictogrammes, des lignes, des points… Ça ne ressemblait à rien, et pourtant, plus elle le regardait, plus elle voyait les mots, les phrases…

Je suis Meka, première auteure de ce journal qui, je l'espère, me survivra et sera donné à mes sœurs, qui à leur tour, pourront y inscrire ce qu'elles jugent digne d'être transmis. Je suis une sorcière Alpha…

La surprise fut si grande qu'Ariane faillit échapper le livre.

Je suis une sorcière Alpha, enfin, c'est ainsi que notre chef a décidé de m'appeler. J'ai longtemps combattu aux côtés de mon peuple, nous devions défendre nos frontières, trouver des ressources et asservir nos ennemis. Après trois décennies de combats, j'ai réalisé que nous n'avions pas évolué. Notre situation s'était même détériorée, car un grand nombre de guerriers étaient tombés au combat. En ma place de chef, j'ai tout fait pour ramener la paix et, maintenant que je suis une vieille femme, je sais que la guerre n'est pas une solution. Dans mon village, nous sommes tous égaux et chacun à son rôle. La sagesse que m'a apportée l'âge doit être partagée, ce sera ma dernière quête, mon héritage.

Ariane roula des yeux. Tant qu'à y être chantons Kumbaya en se tenant la main. Les paragraphes suivants expliquaient le mode de vie que la tribu de Meka avait adopté sous son règne. La fin du chapitre expliquait de son périple jusqu'à une autre sorcière Alpha.

Je suis Irina. La sorcière Meka m'a transmis ce livre au terme de son dernier voyage. Elle m'a dit qu'elle était une sorcière Alpha et que moi aussi j'en étais une. Je n'avais jamais entendu parler de cette appellation. Elle a été surprise de mon jeune âge, et du fait que j'avais déjà trois enfants. Les coutumes doivent être différentes où elle vit. Elle voulait discuter avec moi de ce que je faisais pour garder la paix, mais encore elle a été surprise lorsque je lui ai dit que je ne mêlais pas de la guerre, que c'était une affaire d'hommes. Elle m'a dit que de rétablir la balance était ma mission. Je ne comprends pas de quoi elle parle, je continuerai à écrire, mais je crois que ce sont les délires d'une vieille femme.

J'ai eu tort de douter de Meka, maintenant qu'elle est morte elle me manque plus que jamais. Je le sens maintenant, mon pouvoir. J'étais trop prise dans mon quotidien pour m'arrêter et écouter. Je sais ce que je dois faire. Les hommes ont ravagé nos terres et la plupart ne sont pas revenus, nous laissant sans défense contre l'ennemi. Alors je me suis levé et, devant ma force, les guerriers ont abdiqué. J'ai sauvé mon peuple et maintenant je dois le guider vers une nouvelle ère.

Ariane tourna la page rapidement. L'écriture avait encore changé.

Je suis Kiara, sorcière Alpha. Je régnais depuis plusieurs années lorsque la sorcière Irina est venue me donner ce journal. J'étais heureuse de parler à une égale, mais j'ai rapidement compris que notre vision du monde était différente. Elle n'est pas une grande guerrière comme moi. Elle dit que régner par la peur n'amènera rien de bon, que je dois gagner la confiance de mon peuple et faire de mon mieux pour le guider avec sagesse. Nous avons discuté toute la nuit. Je lui aie parlé de nos Dieux Guerriers, qu'ils se nourrissaient de nos victoires, que combattre était notre manière de les glorifier. En échange, elle m'a raconté son histoire, parlée de son peuple. Je lui ai dit de partir si c'était pour me faire la morale, que je n'avais pas besoin de ses conseils. Elle a eu l'air triste, et elle est partie, me laissant le journal.

Irina est revenue, je crois qu'elle a senti ma détresse. Mon dernier né combattait la fièvre depuis des jours lorsqu'il s'est éteint. Mon cœur s'est brisé et j'ai fait évacuer le château. Je voulais être seule avec mon fils. J'ai posé mes mains sur lui et j'ai essayé de le ramener quand de douces mains se sont posées sur les miennes. C'était Irina. Elle n'a rien dit, elle a seulement tenu mes mains, puis j'ai pleuré comme je n'avais jamais pleuré. Elle m'a pris dans ses bras et m'a bercée comme un enfant. Nous savions toutes deux qu'il est impossible de ramener ceux qui ont traversé le voile de la vie, mais je devais essayer. Mon cœur saigne, mais mon fils repose maintenant avec les Dieux.

J'ai voulu noyer ma peine dans le sang, mais en plein combat, j'ai senti mon pouvoir s'affaiblir. Est-ce parce que j'ai pratiqué une magie interdite en voulant ramener mon fils? Je crois que je vais aller voir Irina si cela ne se règle pas.

Une année a passé et mon pouvoir est toujours faible. J'ai fait un long voyage jusqu'au village d'Irina. J'ai été surprise de voir un peuple aussi différent du mien. Elle ne mentait pas lorsqu'elle m'a dit que tous avaient un rôle, et que les étrangers étaient accueillis comme des membres de la famille. Il n'y a pas de mendiant dans les rues, pas d'orphelins vidant vos poches. Les guerriers que j'ai vu patrouiller dans les rues n'avaient pas l'air grave qu'ont ceux de mon peuple, ils discutaient avec les villageois et riaient de bon cœur. Je les ai vus raccompagner des gens ivres vers leurs demeures, et chercher des enfants égarés dans la forêt. Irina m'a amené voir la cour de Justice, dans laquelle on écoute ceux qui commettent un crime. Une mère avait volé une miche de pain et quelques légumes. Au lieu de lui couper un bras, comme dans mon royaume, on a offert des victuailles à la femme qui avait plusieurs enfants dans un village voisin. On l'a invité à venir vivre dans le village et je l'ai vu travailler chez le tailleur quelques jours plus tard. Jamais je ne l'avouerai, mais je suis jalouse de voir son peuple aussi en paix et surtout heureux.

Irina ne sait pas pourquoi mon pouvoir est altéré, elle dit avoir vécu la même chose à la perte de son compagnon, plusieurs années plus tôt. Sa magie est redevenue normale après quelque temps, sans voir fait quoique ce soit de spécial. Peut-être la tristesse liée à la perte? Elle est une vieille femme maintenant, elle m'a dit sentir la mort rôder partout autour d'elle.

Je suis revenue chez moi depuis trois lunes, et j'ai senti Irina mourir ce matin. Être la seule Alpha devrait me faire sentir puissante, mais au contraire, je ne ressens qu'une grande solitude.

Le texte s'arrêtait là, mais sur la page de droite, un dessin au fusain montrait une femme habillée de peaux et dont le visage aux traits durs était peint de lignes et de points. Ariane tourna la page.

Je suis Eli, arrière-petite-fille de Kiara. Depuis son règne, le Royaume a grandement changé. Elle m'a souvent parlé du Conseil qui dura six jours et sept nuits. C'est lors de ce dernier qu'elle a réuni tous les chefs de clans et qu'ils ont négocié la paix. Chacun a trouvé de nouvelles manières d'honorer nos Dieux, et créé des arènes dans lesquelles les guerriers pouvaient démontrer leur force. Ce n'est pas parfait, qu'elle disait souvent, mais il faut avouer que tous sont bien heureux de ne plus perdre la moitié de leurs enfants.

Mon arrière-grand-mère m'envoie visiter le village d'Irina dans quelques jours, j'ai déjà hâte. Elle veut que je voyage le plus possible, que je vive des expériences qu'elle n'a jamais vécues. Elle répète toujours que notre peuple à la tête dure, qu'elle a compris bien tard que le discours d'Irina n'était pas moralisateur, mais bien un chemin vers un monde meilleur. Elle ne veut pas que je fasse les mêmes erreurs qu'elle. Voyager va m'ouvrir l'esprit, selon elle.

Ariane sortit de la baignoire dont l'eau était froide. Elle enfila rapidement un pyjama et continua sa lecture dans son lit, regardant les dessins qu'Eli avait laissés dans le journal.

J'ai voyagé durant des années. Kiara avait raison, j'ai rencontré tellement de gens merveilleux, vu des endroits magnifiques. J'étais en Asie lorsque j'ai senti sa mort, et je me suis isolée dans un temple dans lequel le silence régnait. Dans le jardin, alors que je retenais mes sanglots, l'un des hommes s'est approché de moi et m'a dit que je pouvais pleurer, que ce sont les émotions qui font de nous ce que nous sommes. Il m'a aidé à accueillir ma peine et l'accepter. J'entends encore sa voix lorsque j'y pense… Laisse-la couler en toi comme la rivière coule dans son lit. Je dois apprendre à lâcher prise, malgré toute ma puissance nous sommes tous égaux devant la mort.

D'autres dessins d'Eli illustraient différentes personnes, un homme et une femme asiatique, un homme hirsute qui réparait un filet de pêche, une ville, des monuments… Elle tourna la page et fut surprise de voir une nouvelle écriture.

Je suis Pandora. Un Né-Vampire nommé Viggo m'a apporté ce journal, dont il dit être le gardien. Il m'a raconté comment le Royaume d'Eli était tombé dans le chaos lorsqu'une étrange et dangereuse maladie avait emporté plus de la moitié de la population, plusieurs siècles auparavant. Je n'avais jamais entendu parler de sorcières Alpha, mais Viggo est convaincu que j'en suis une. À ma naissance, l'Oracle a dit à mes parents que mon destin serait grand si je faisais les bons choix. Je crois que je vais suivre les traces d'Eli et voyager. J'ai reçu une éducation de qualité, mais il est temps de tracer mon propre chemin.

J'ai été élue pour régner sur mon peuple et le guider dans ces temps difficiles. Cela n'a pas été facile, ce rôle est depuis toujours réservé aux hommes, mais ce qu'ils avaient fait par le passé n'était pas oublié. De l'autre côté de la mer, une armée marche sur nous. Le peuple me demande de les anéantir, mais en quoi cela aiderait-il? Il y aura toujours des conflits et détruire l'autre ne mènera à rien d'autre qu'une pile toujours grandissante de cadavres.

Le chef du clan ne voulait pas discuter, à mon grand étonnement. Il sait que ses hommes marchent vers une mort certaine et pourtant il refuse d'arrêter un instant. Mais j'ai été beaucoup plus surprise de voir son armée aux portes de la ville, le chef ligoté, et un nouveau chef fraîchement élu demander l'asile. Ils m'ont raconté comment leur Royaume avait été détruit lorsqu'un jour, le sol avait tremblé et que le ciel était devenu noir de cendres. Le feu avait coulé de leur montagne sacrée, engloutissant la ville et la plupart de ses habitants. Les femmes et les enfants attendaient le retour des hommes, car ils manqueraient bientôt de nourriture. J'ai fait quérir les derniers survivants et leur réunion m'a profondément bouleversée. Mon Royaume est maintenant le leur. Ils ont accepté avec gratitude cette nouvelle vie qui s'offrait à eux. Même le chef déchu a fini par s'y faire. Il travaille comme forgeron maintenant.

Jamais le monde n'a vu un Royaume si grand et prospère. Maintenir la paix n'est pas facile. Les hommes se languissent de combattre alors j'ai suivi l'exemple d'Eli et ouvert plus d'arènes. Le peuple se réjouit de ces combats.

Les Oracles m'ont confirmé qu'aucune autre Alpha ne marchait sur mes terres. J'aurai aimé rencontrer une égale, mais je vais devoir accepter de vivre dans la solitude. Les hommes se lancent à mes pieds, mais ce chemin n'est pas celui que je veux suivre.

Viggo est venu me visiter avec l'un de ses compagnons Né-Vampire. Leurs connaissances et leur culture m'a grandement impressionnée. Toujours aucun signe d'une autre Alpha, même aux confins du monde connu. Viggo m'a dit qu'il y avait un autre monde de l'autre côté de l'océan, un monde sauvage et magnifique. J'aimerai bien y aller un jour.

Viggo a partagé avec moi sa passion pour l'histoire, particulièrement celle des Alphas. Il m'a dit qu'au départ, la naissance des Alphas semblait aléatoire, seules Kiara et Eli partageaient le même sang. Il avait étudié des écrits provenant d'autres pays, écouter les légendes provenant de du continent sauvage. Il savait que Meka n'était pas la première Alpha, un millénaire avant sa naissance, il avait connu une sorcière particulièrement puissante qui avait régné pendant plus d'un siècle. Il croyait fermement qu'elle était aussi une Alpha, simplement elles n'étaient pas nommées ainsi avant Meka. Il a ri lorsque j'ai manifesté ma surprise devant son grand âge. Il m'a expliqué que les naissances de Né-Vampires étaient rarissimes, et qu'elles avaient eu lieu, pour la majorité, plus de deux millénaires auparavant. Il m'a confié avoir tenté de déceler le mystère entourant la naissance de Né-Vampires, en vain. Elles avaient lieu autant dans des palais que dans la rue et souvent, dans une fratrie, un seul était affligé de vampirisme. Malgré tous ses efforts et ses recherches, il avait abandonné et porté son attention sur les Alphas.

Il m'a ensuite montré la ligne du temps qu'il avait créé, montrant les naissances des dernières Alphas et les événements majeurs précédents leur naissance et ce qui revenait chaque fois étaient la guerre ou une montée de la magie noire. Il aurait été immoral de tenter de confirmer l'hypothèse, mais je crois bien qu'il a raison. Le territoire sur lequel mon peuple marche a été conquis à la suite d'une guerre qui a marqué l'histoire. Certaines terres sont si gorgées de sang que rien n'y pousse plus. Ce sont des monuments en mémoire de nos frères et sœurs. Si quelque chose a pu mener à ma création, c'est cela.

Viggo a salué ma sagesse, mais je n'ai rien pour me vanter. Je veux une vie heureuse dans laquelle mon peuple puisse s'épanouir en liberté. Bien sûr, nous avons des soldats, nous ne sommes pas parfaits, il y a des crimes. Mais le peuple a faim de paix. Ma sagesse les a gagnées et je les aie amenés dans une ère dans laquelle tous sont respectés, quels qu'ils soient. Il y aura toujours des rebelles, mais je crois que, même si cela m'attriste, ma puissance les gardes tranquilles. Ma naissance est en elle-même une tragédie, des milliers sont morts pour me permettre d'exister, mais je ne peux rien y faire, ainsi la nature est faite. Je ne puis que me montrer digne de ce fardeau qui est le mien en mettant les besoins de mon peuple avant les miens. Ils sont mes enfants, je les élève dans tout ce que l'humanité a de beau à offrir.

Voilà plusieurs années que je ne me suis pas confiée à ce journal. Ma vie a bien changé, moi qui croyais ne jamais connaître l'amour, je me suis laissée envoutée. Keiko est arrivée au cœur de l'été, amenant avec elle les soies les plus douces venant d'un pays lointain. Son regard rieur et ses cheveux aussi noirs que la plus noire des nuits ont fait fondre mon cœur. Je l'ai invitée à ma table et elle m'a amenée avec elle dans sa contrée, me racontant comment la mer salée était belle et infinie, les arbres courts et tordus, les temples colorés et les cultures si différentes des nôtres. Elle repartit bientôt, pour revenir quelques semaines plus tard avec de nouvelles couleurs qui me ravirent. Elle était gentille et douce, je crus d'abord que le pouvoir l'attirait, mais au fil de nos rencontres, je réalisai que ma peur n'était que cela, une peur. Nos sentiments étaient réels, et bientôt, Keiko accepta de rester à mes côtés pour toujours.

Nous avons visité les parents de Keiko, ils étaient très heureux de nous rencontrer. C'est difficile de croire comment nous pouvons être si différents et si semblables à la fois.

Nous sommes allés dans le Nord, chez Viggo. Jamais nous n'avions vu autant de neige. Pour quelqu'un qui ne mange pas, il cuisine très bien.

Le nouveau continent est aussi grand que beau. Les peuples qui y vivent sont fabuleux. J'ai rarement rencontré des gens aussi intéressants et en symbiose avec la nature.

Mon cœur se languit de la présence de Keiko à mes côtés. Cela fait déjà une lune qu'elle m'a quittée, mais la douleur est aussi vive qu'au premier instant. J'ai été trahie par l'un des miens et cela ne m'endeuille que davantage. Une décennie a passé durant laquelle notre amour fleurissait un peu plus chaque jour. Le Royaume connaissait une croissance sans précédent tant notre mode de vie était attrayant auprès des autres peuples. Notre économie, notre culture, notre grandeur ne cessaient de prospérer. J'avais donc créé le Grand Conseil pour m'aider à régner et prendre des décisions en mon absence. Moi et Keiko voyagions de plus en plus souvent ensemble, nous avions décidé de prendre du temps pour nous hors du Royaume. Je me souviens du vent salin au bord de la mer, des denses forêts et des déserts arides. Nous n'avions peur de rien, ensemble nous nous pensions invincibles. Mais vint la maladie. Nous avons fermé les frontières trop tard et rapidement la pestilence s'est rependue dans le peuple, laissant derrière elle cadavres et désespoir. L'un des membres du Grand Conseil accusait les païens d'avoir offensé les Dieux anciens et qu'ils devaient se convertir ou périr afin de chasser le mal. Nous avons essayé de le raisonner, de lui faire comprendre qu'il s'agissait d'un événement naturel et non surnaturel, mais jour après jour, il maintenait sa position. Je l'ai donc démis de ses fonctions. Quelques jours plus tard, on m'a rapporté qu'il prêchait dans les rues et rependait la peur et la haine. Je n'ai eu d'autre choix que d'ordonner son exil. Pendant ce temps, les Maîtres des potions travaillaient jour et nuit afin de trouver un remède, et, espérant un miracle, je contactais Viggo. Il arriva le lendemain accompagné d'un Né-Vampire nommé Severus, qu'il me présenta comme un grand Maître des potions. Ils confirmèrent mes pires craintes, il s'agissait de la même affliction qui avait emporté Eli et son peuple. Je m'entretenais avec eux, laissant à Keiko ma place au Grand Conseil. À l'avenir, lorsque je penserai à mes regrets, je repenserai à cet instant. J'avais le nez plongé dans un ouvrage que Viggo avait apporté, lorsqu'un cri attira mon attention. Keiko étouffait, le visage rouge, les lèvres violacées, les mains autour du cou. Je l'ai pris dans mes bras, l'entourant de ma magie, essayant de contrecarrer le poison, en vain. Keiko est morte dans mes bras.

Sonder la ville ne m'a pris qu'un instant. Le corps de Keiko dans mes bras, j'ai transplané auprès du traitre, cet homme que j'avais exilé. Les Né-Vampire sont arrivés alors que les cendres de ce qui avait été, un moment plus tôt, un homme, se dispersaient au vent. Puis je quittai la ville.

J'ai abreuvé de mes larmes la tombe de Keiko durant trois jours et trois nuits, mais je devais revenir. Mon peuple avait besoin de moi, je ne pouvais pas les abandonner. Lorsque le temps sera venu, je prendrai le temps de chérir mes souvenirs et je serai reconnaissante du temps que nous avons eu ensemble. Tuer le traitre était une erreur, j'ai laissé ma soif de vengeance guider mes gestes. Rien ne me ramènera mon aimée. Je resterai forte pour Keiko, et je l'aimerai à jamais. Dans mes moments difficiles, je me rappellerai ce que le moine avait dit à Eli il y a si longtemps. Laisse couler la tristesse en toi comme la rivière coule dans son lit

J'espère qu'un jour nous serons réunies, car ensemble, nous sommes invincibles.

Je t'aime Keiko.

Ariane chercha d'autres témoignages, tournant frénétiquement les pages. Elle trouva quelques petits dessins ici et là, mais sa recherche se révéla vaine. C'était tout ce que ses sœurs lui avaient laissé. Ses sœurs. C'était étrange et pourtant naturel.

Elle frotta ses yeux qui se fermaient de fatigue. Elle repensait à ces courts et rares instants où tout lui avait semblé si clair, si simple. Elle avait construit son existence autour de la guerre, de la mort, et c'est maintenant qu'elle découvrait ce journal qu'elle réalisait qu'elle avait eu tort. Pouvait-elle changer qui elle était? Cela lui semblait impossible, mais elle ferait des efforts, peut-être que Severus aurait d'autres réponses, pensa-t-elle alors qu'elle sombrait dans le sommeil.