Platypus mes zoziaux ! J'avais écrit plein de bla bla mais j'ai accidentellement fermé mon onglet et ça n'a RIEN SAUVEGARDÉ DU TOUT. Donc, afin que je prenne le temps de répondre ENCORE aux reviews et que je ne poste pas à minuit, on va zapper cette partie. Résumons en disant que ce double chapitre aurait du en être un seul de 21 puis 24 pages et que je l'ai poussé à 30 puis coupé en deux. Faut pas espérer un chapitre toutes les semaines, désolé.

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Réponses aux reviews, encore ! (désolé je me calme)

Bonsoir Plume des Sorciers ! Alors c'est toi ! J'aime bien ton pseudo aussi, même si je le remixe un peu. Je le fait toujours, c'est plus intime.
Harry n'a jamais eu de vrai modèle, il ne sait pas ce que c'est d'être un père. Tout ce qu'il sait c'est qu'il ne veut pas incarner les deux extrêmes qu'a pu être Vernon Dursley, avec Dudley et avec lui.
Avatar c'est cool alors je prends ça comme un compliment… Mais pas du tout. La magie élémentaire a toujours existé, son existence dans l'univers HP est semi-canon, et elle ne se pratique pas du tout de la même manière.

Hello Filk ! Ça me fait très plaisir de te retrouver, sporadiquement. Tu as été la meilleure bêta dont on puisse rêver, et j'ai été très con…
Effectivement, ton œil perçant n'a pas raté le fait que le bras d'Albus n'était mentionné nulle part. Cela tient d'abord au fait qu'Albus évite d'y penser, parce que ça l'enrage et lui rappelle la mort de son frère, et au fait que ça ne l'a pas gêné jusqu'ici : il a surtout perdu en motricité et en sensibilité, et vu qu'il n'a plus de baguette et que les sorciers ne font pas grand-chose de vraiment physique, ça n'est pas un gros handicap au quotidien. Même pour la magie élémentaire, ça n'est pas trop un problème : comme je l'ai dit à la Plume ci-dessus, ça ne se pratique pas comme Avatar, avec des chorégraphies impressionnantes et super précises (enfin sauf la capoeira combattive, mais on n'est pas à la Perle de Bahia). Il s'agit plus d'un combat mental contre les flux élementaires naturels, pour les forcer à faire ce qu'on leur demande. En outre, le progrès d'Albus est extrêmement lent : il parvient à peine à maîtriser la neige, de l'eau ultra-légère, alors qu'il a une affinité à l'eau ET au vent. Mais encore une fois, il évite d'y penser.
Arthur est difficile à écrire, parce qu'il est très peu présent dans les livres et passe toujours un peu pour le "niais" de service. Alors j'ai essayé de concilier cette apparente nonchalance et le fait qu'il a quand même été dans les deux Ordres du Phénix et que dans le tome 2 il s'attaque physiquement à Lucius Malefoy quand celui-ci insulte sa famille. Je vois en lui un personnage extrêmement pragmatique, qui sait quand il doit intervenir et n'y rechigne pas, même au péril de sa vie, mais en parallèle fait face à des situations de crise dans lesquelles n'importe qui perdrait pied avec un aplomb et un sang-froid exceptionnel. Il comprend qu'Albus n'est pas heureux et sait que Lévine est un homme bon et fiable et un père peut-être plus digne que Harry, alors il ne voit pas de raison de s'y opposer.
En cela il contraste beaucoup avec sa femme qui est émotive et impulsive, et ils se complètent parfaitement. Elle est son étincelle de courage, il est son garde-fou.

Hola Tiph ! Je ne peux pas répondre à ça sans spoiler, mais je peux tout de même te confirmer que Ginny n'est pas oubliée, et que les rares mentions à elle ne sont pas du bashing gratuit (qu'il soit justifié ou non, elle y fera face).

Miaou, chAtllan ! C'est bien, grâce à moi tu prends deux bains par an !
Mince j'avais pas pensé à ça comme ça, maintenant tu me mets le doute. Vilain scientifique !
En fait, pour paraphraser Batman, elles sont grises très très foncé.
Parce que ça concerne des éléments du Code International du Droit Magique, que tous les pays accueillant une école ont signé. Albus est étiqueté élément instable, et on ne peut pas prendre le risque de mettre en danger le Secret en enseignant la magie à un élément instable.
Le capitaine Caverne, bien sûr !

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Dans ce chapitre… bah surtout Demy, du coup. Et encore un peu d'Albus.

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Et merci à vous, Djana, Yann, Emmaiwenn, et Ange de Larmes en MP ! Ça me fait plaisir de vous faire plaisir. Et la petite review est un bonus agréable !

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1) La tsarine

Le matin du 24 décembre, Scorpius trépignait d'impatience dans la chambre d'Anastasia Romanova.

– Rhaaah, j'en peux plus d'attendre !

– D'attendre quoi ? s'étonna Demetria, qui se faisait coiffer et maquiller par tout une armée. Tu n'as rien à faire, toi.

– Je déteste ce moment de calme avant la tempête, râla son frère.

– Moi aussi, intervint Hyperion.

– HA ! Tu vois ! s'écria L'Ankou. Même Hyperion est d'accord avec moi !

– Non, c'est parce que t'es toujours insupportable dans ces moments qu'il dit ça, répliqua Demy. D'ailleurs, tu ne veux pas aller visiter le musée avec Al' ?

Scorpius grimaça. Son meilleur ami n'avait pas été autorisé à entrer dans la chambre. Demetria, soulagée d'avoir un peu de calme (du moins le croyait-elle), n'avait guère insisté auprès des gardes.

– Mmmmh, non ! Je préfère profiter des derniers instants où je peux embêter ma sœur avant qu'elle ne devienne la reine du Monde.

– Pas du Monde ! protesta Hyperion d'un air innocent. Juste du plus grand pays d'Europe Magique.

– Mais la Russie n'est-elle pas le plus grand pays du Monde ? insista l'Ankou.

– En surface géographique contiguë, concéda Hyperion.

Les deux frères échangèrent un sourire narquois, et Demy retint un grognement :

– Merci, je n'avais pas déjà assez la pression…

– T'inquiètes, je plaisante ! Je continuerai à t'embêter jusqu'à ce que la mort nous sépare ! promit L'Ankou.

– J'aurais tendance à te croire ! grogna Demy. Tu sais si… НЕТ, НЕ ЭТА !

La maquilleuse sursauta, et reposa le tube de rouge à lèvre carmin.

– Prenez le pêche, ordonna Demetria. Rien de plus vif. Je ne suis pas une foutue poupée en porcelaine.

– B… Bien, votre Altesse, couina l'artiste.

– Ton titre c'est pas Majesté, normalement ? s'étonna L'Ankou.

Demetria, la bouche occupée, grogna pour signifier que la question tombait un peu mal.

– Elle sera Majesté après le couronnement, expliqua Hyperion. Pour l'instant, n'ayant qu'accepté l'héritage des Netaniev, elle n'est qu'une princesse, donc une Altesse.

L'intéressée acquiesça d'une onomatopée.

– C'est d'un compliqué ! râla L'Ankou. Bon, vous savez quoi ? Je vais voir si Reg est arrivé. Al' sera probablement avec eux, sauf si leurs parents ont ordonné à Aenor de le répudier parce qu'il s'est fait exclure…

Scorpius ouvrit les portes à la volée, manquant d'éborgner un garde. Celui-ci le fusilla du regard, mais quand Scorpius haussa un sourcil et fit mine d'ouvrir la bouche, le soldat se mit au garde à vous en regardant droit devant lui. La bouche de l'Ankou forma un sourire de satisfaction, et le petit prince par effet de cascade trottina gaiement dans les couloirs large de l'aile Romanov, interdite au public.

Le musée de l'Ermitage était déjà noir de monde, et il dût se frayer un chemin dans la foule. Il fut arrêté deux fois par des inconnus qui l'avait vu sortir de l'aile gardée, mais il les ignora princièrement, et fonça droit sur les Castle. Comme il s'y attendait, Albus était avec les deux adolescents, tenant la main d'Aenor sous le regard tiraillé de Richard Castle qui semblait avoir mordu dans une figue verte, tandis que leur mère Evangelina faisait mine de regarder ailleurs. Reginald avisa l'Ankou, et se dirigea vers lui pour le saluer. L'Ankou hésita un demi-instant, et, croisant le regard froid de Richard, embrassa son fils à pleine bouche au milieu de la foule.

La sensation était grisante, et l'Ankou oublia immédiatement tout se qui se trouvait autour, et même où il se trouvait. Tout ce qui comptait à cet instant, c'était les lèvres de Reg.

Richard se râcla bruyamment la gorge plusieurs fois, mais l'Ankou relâcha Reg uniquement quand il furent tous deux à bout de souffle.

Reg souriait jusqu'aux oreilles, l'air très fier de lui. Un an ou deux plus tôt, une telle démonstration d'affection (devant ses parents, en plus) l'aurait pétrifié. Mais le jeune Gryffondor avait gagné en courage, après toutes ces années à affronter les blagues, les brutes, et les dangers de Poudlard. Lorsqu'il se retourna vers ses parents, Reg se contenta de hausser un sourcil dans un geste très Malefoy-ien, comme pour les mettre au défi de protester.

L'Ankou allait dire quelque chose de sarcastique, quand Richard se râcla encore une fois la gorge. Il envisagea de lui proposer une pastille pour la gorge, mais se ravisa au dernier moment.

– Bonjour, Monsieur Castle, Madame Castle, salua poliment l'adolescent échevelé par-dessus l'épaule de Reg.

– Est-il vraiment nécessaire de vous donnez en spectacle ainsi, Mr Malefoy ? grogna froidement Richard.

Reg renifla avec amusement :

– On ne vous a pas prévenu ?! C'est pourtant justement un spectacle en l'honneur des Malefoy qui va avoir lieu ici, Père !

L'Ankou sourit d'un air ravi, tout fier de son petit-copain et de sa répartie. Richard Castle ne goûta pas le sarcasme.

– Je suis déjà assez ouvert pour tolérer ces fadaises, ce n'est pas la peine d'attirer l'attention sur votre… exubérance.

Cette fois-ci, le jeune Malefoy ne laissa pas le temps à Reg de répliquer. Il rendit son regard glacial à l'homme.

– Qualifier l'homosexualité de votre fils de "fadaise exubérante" n'est pas ce que j'appelerais une preuve d'ouverture. Vous devriez être comblé que le fils que vous cherchez à vendre depuis tant d'années se soit entiché d'un prince de sang impérial, et votre fille de son héroïque meilleur ami. C'est gagnant-gagnant !

Richard fit un grand geste, presque obscène après son propre appel à la sobriété.

– Albus Potter n'est pas un…

– Cousin Richard, quelle bonne surprise ! l'interrompit une femme.

Si c'était possible, Richard Castle se raidit encore plus, le bras tendu encore figé en l'air dans une position ridicule. Reg en profita pour marcher sur le pied de l'Ankou. C'était bien gentil de sa part de jouer les chevaliers en armure, mais Reg devait vivre avec ces gens, merci bien, alors s'il pouvait baisser le volume de ses provocations, ou du moins laisser à Reg le soin de gérer son propre père, ce serait parfait, merci

– Sérène, salua Richard avec froideur.

Il se retourna d'un pas raide, et tomba nez à nez avec une grande femme brune au visage couvert de cicatrices. Elle avait un œil crevé qui n'avait jamais été correctement guéri, mais qui ne la rendait pas moins magnifique. Sa robe noire échancrée laissait apparaître de nombreux tatouages runiques. Elle posa sa main droite ornée d'une gigantesque opale sur l'épaule de Richard, et l'Ankou constata que cette main était presque entièrement noircie d'encre. Il n'y connaissait rien en glyphes, mais reconnut plusieurs fois les runes de feu et de terre dans le motif, et se demanda s'il s'agissait d'une arme.

– Je t'entends râler à chaque fête ou je me rends, se moqua Sérène Castle.

– Il ne peut pas s'en empêcher, ricana une femme derrière elle.

C'était aussi une femme brune qui ressemblait à la première. Elle était au bras d'un homme barbu au regard d'émeraude, et à leur côté se tenait un adolescent qui était le portrait craché de sa mère.

– Kallistia et Athanasius Niafasen, mais quelle bonne surprise ! mentit effrontément Evangelina, qui semblait les mépriser de tout son être.

– Oh bonjour Aloïs ! esquiva Richard. C'est fou comme tu as grandi !

L'adolescent sourit d'une oreille à l'autre.

– Oncle Richard, tante Evangelina, je vous salue bien bas !

Il esquissa une révérence à la française, et s'esquiva d'une pirouette. Il se glissa derrière Aenor qui ne l'avait pas encore remarqué, et lui posa les mains sur les yeux, sous le regard circonspect d'Albus.

– T'as les mains glacées, Aloïs ! fit remarquer Aenor d'un ton neutre.

– Comment tu as su que c'était moi ?! s'étonna l'adolescent.

– Tu sens le sapin, fit remarquer Aenor.

– C'est pas une expression pour dire que quelqu'un va mourir ? s'étonna l'Ankou, qui avait profité de la distraction pour s'arracher à la malveillance de son beau-père.

– Non, il sent littéralement la sève de sapin.

– Hééé ! râla Aloïs. Moi au moins je ne sens pas le vieux château humide !

– Salut cousin, glissa sobrement Reg.

– Salut l'Ankou ! ajouta Aenor. Les gars, je vous présente notre cousin, Aloïs Niafasen.

– Aloïs Castle, corrigea l'adolescent.

– Ah, ça y est c'est fait ?

– Ouaip ! Dès que j'ai eu quinze ans, nous avons signé les papiers pour que j'hérite des titres de Grand-Père. Tante Sérène est ravie d'en être enfin débarrassée…

– Eh bien je te présente Scorpius Malefoy, frère de la princesse Demetria Netanieva.

– Et mon petit copain, sourit crânement Reg.

– Oh, un autre petit prince ! gloussa Aloïs en serrant la main du blondinet. Et toi tu dois être…

– Albus Potter, se présenta celui-ci en tendant la main.

– Ah oui, le fils de Harry Potter ! se souvint Aloïs.

La remarque effaça le sourire d'Albus. Avant que le malaise s'installe, Aenor ajouta :

– Et mon petit copain, singeant le ton et le geste de son frère.

– Hé bien hé bien ! sourit Aloïs. Je suis sûr que nous avons plein de choses à nous dire.

Et c'était effectivement le cas. Albus et l'Ankou apprirent ainsi qu'Aloïs avait lui aussi pris part active dans une conspiration en France, et ils s'échangèrent des tactiques de lutte contre l'oppression que ça soit depuis leur école… ou depuis l'extérieur. Quand Albus révéla à Aloïs qu'il avait été renvoyé de Poudlard, celui-ci avait répondu une phrase qui avait profondément marqué Albus :

"Tu as gagné l'honneur de ne pas avoir à faire partie d'un système corrompu, et la liberté de mouvement pour le détruire."

Chaque mot résonnait en lui, avec puissance. Ils discutèrent encore un moment, jusqu'à ce qu'un mouvement de foule les attire dehors.

Dylan les rejoignit en route, passant ses bras autour du cou d'Albus et Scorpius.

– Bah t'étais où ? s'étonna l'Ankou. On ne t'as pas vu de la matinée !

Dylan roula les yeux au ciel.

– Mon père a rencontré un chercheur russe. Apparemment le type est célèbre… Bref, je devais le surveiller pour l'empêcher de dire des bêtises.

Scorpius ricana. Avec l'âge, il était vrai que Dylan devenait plus mature que son père… Nathan était parfois tellement enthousiaste quand il rencontrait enfin quelqu'un à même de le comprendre, qu'il ne se rendait pas compte de la préciosité des informations qu'il révélait. C'est pour ça que Draco était beaucoup plus rassuré de le savoir dans son laboratoire…

– Quelque chose d'énorme bouge dans le fleuve ! s'exclama quelqu'un.

La Neva, entièrement gelée en cette période de l'année, semblait bouillonner sous la glace tandis qu'une ombre massive semblait s'amplifier. Les gens se rassemblaient le long de la berge, sans once de prudence. Soudain, dans une explosion de glace, un immense bateau surgit des profondeurs, avant de retomber dans un fracas assourdissant.

– C'est le bateau de Durmstrang ? s'étonna Albus, se souvenant des histoires de son père à propos du Tournoi.

– Je crois, hésita Scorpius.

– C'est le Morskoyvolk, confirma Aloïs, qui les avait accompagnés. Il est venu deux fois à Beauxbâtons sur la seule durée de ma scolarité…

Tandis que le bateau se stabilisait, un homme beaucoup trop grand pour sa fine charpente, et beaucoup trop torse nu pour le climat, surgit du bateau et déploya une immense passerelle de bois à la seule force de ses bras. Ses longs cheveux blonds furent rapidement pris dans le givre, mais il ne semblait pas le moins du monde souffrir du froid. Une à une, des personnes en cape de fourrure descendirent du bateau. Il y avait quelques adultes, mais une majorité d'adolescents. La plupart rejoignirent immédiatement des groupes d'adultes qui les attendaient, et l'un d'eux se dirigea droit vers Al' et l'Ankou.

– Aleksei ! le salua ce dernier. T'es un peu en avance !

– Le directeur est invité aussi, alors il s'est dit que ça passait mal de retenir les autres invités jusqu'à midi, expliqua le russe en guise de salutation.

– Le directeur Golovine, faire un truc sympa ? ricana Scorpius.

– Je pense surtout qu'il ne veut pas offenser Demetria dès le premier jour. En plus, je crois que c'est la première fois qu'il fichait les pieds sur le Morskoyvolk…

Effectivement, Albus reconnut Maksimilian Golovine qui descendait en dernier. Il l'avait vu assez souvent en photo : quand il posait pour la Gazette du Sorcier à l'occasion du Tournoi des Trois sorciers, Mocking s'était glissée derrière lui pour faire une grimace. La photo n'avait pas été publiée, mais elle l'avait rachetée au photographe de la Gazette pour l'afficher dans son bureau. Là, le directeur de Durmstrang devait souffrir du mal de mer car il se cramponna au bastingage, se retenant visiblement de vomir devant la foule.

oOoOoOo

Le navire n'était guère en avance, et midi sonna rapidement. Tous les invités retournèrent dans le palais, pour rejoindre leurs sièges dans l'immense salle de bal.

Dans la foule déjà assise, Albus croisa le regard choqué de Harry Potter. Il hésita un instant, puis adressa un signe de paix moldu à son père avant de se diriger à sa place au second rang. Demetria avait insisté pour que sa famille (incluant Albus, ce qui l'avait touché droit au cœur) soit au premier rang, mais Dame Lyuba Kallaalisz avait suggéré de laisser cet honneur aux dirigeants des Familles pour leur montrer que Demetria ne remettait pas en cause leur légitimité malgré la puissance restaurée des Netaniev.

Après tout, elle était couronnée pour être une figure de proue, et il fallait jouer le jeu. Quand elle aurait réellement le pouvoir, là, elle mettrait sa famille au premier rang autant qu'elle le voudrait.

Albus se demanda qui allait couronner Demy, puisque ça ne pouvait certainement pas être le patriarche orthodoxe Cyrille Ier. À sa grande surprise, c'est justement Dame Kallaalisz qui présida la cérémonie. Il n'était peut-être pas au fait de la politique sorcière russe, mais il n'eut guère besoin que Scorpius le lui chuchote pour comprendre que c'était une mauvaise chose.

Elle commença en russe, et le temps sembla très long à Albus. Mais heureusement, elle répéta en anglais ensuite, avec un accent à couper au couteau.

– Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue dans la très célèbre salle de bal où la princesse Anastasia Romanova fêta son ultime anniversaire. Aujourd'hui, nous reprenons le cours de l'Histoire là où les moldus l'avait pervertie avant de la confier aux mains de Grindelwald.

Alors que les russophones étaient restés silencieux, la phrase provoqua des chuchotements choqués parmi les anglophones.

– Nous sommes réunis ici pour assister au tout premier couronnement du troisième millénaire. Les candidats au titre de dirigeant de la nation sorcière russe auraient pu être légions. Mais une seule dynastie a historiquement toujour su servir les intérêts de notre grande et puissante nation : la famille Netaniev. La terrible erreur d'Andrei ne doit pas entacher ce bilan pluriséculaire. C'est pourquoi, quand la jeune princesse Demetria Drakovna, petite-fille d'Andrei Netaniev et héritière légitime de ses titres, nous avons tous ensembles, nous les membres du Conseil des Familles, de l'élire comme légitime souveraine. En tant que doyenne, il me revient l'honneur de présider cette cérémonie.

Elle marqua une pause, puis lança une exclamation en russe, et les gardes ouvrirent bruyamment la grande porte. Elle répéta en anglais :

– Mesdames et Messieurs, Son Altesse Impériale, la princesse Demetria Drakovna Netaniev-Malefoy.

La musique d'orchestre avait couvert la fin de sa phrase, mais l'Ankou gloussa :

– Princesse Malefoy !

À défaut de l'effrayer ou de le rendre jaloux, la situation de sa sœur et les répercutions sur sa famille et sur lui semblaient l'amuser. En fait, il venait de réaliser pleinement que désormais, lui aussi était une Altesse pour de vrai !

Drakovna ? chuchota Albus. C'est pas "Lesath", son second prénom ?

– C'est son patronyme, expliqua l'Ankou. Ça veut juste dire "fille de Draco". Le patronyme fait partie du nom légal, en Russie. Il est même plus commun d'indiquer uniquement son prénom et son patronyme que son nom de famille.

Demetria fit son entrée, encadrée d'une de jeunes filles blondes habillées en robes blanches qui se déployèrent le long de l'allée telle une envolée de colombes. Les voyant se positionner devant les sorties des allées, Albus comprit qu'il ne s'agissait pas tant de demoiselles d'honneurs que de gardes du corps. Demetria, elle, portait une immense robe rouge et argentée, ornée de minuscules saphirs qui miroitaient à la lumière. L'effet était très… impérial.

Elle était sobrement maquillée, et pour seul ornement, elle portait un arum glissé dans ses cheveux noirs, laqués mais lâchés. Malgré son jeune âge, et le fait qu'il la connaissait depuis des années, Albus sentait qu'elle dégageait une puissance immense. Demy semblait différente, plus grande, plus digne, plus adulte, d'un seul coup.

Voyant l'arum, Alva hoqueta de surprise. Elle-même avait arrêté d'en porter le jour où… Le jour où elle avait dit adieu à son passé. Mais c'était ce même passé qui rattrapait Demetria aujourd'hui, et il était logique qu'elle en porte un symbole si fort. L'arum n'était pas un symbole des Netaniev, mais c'était un symbole d'Alva, une fleur que tous les gens qui avaient connu Alva durant son enfance et son adolescence à Durmstrang pourraient reconnaître. Alva maudit les Koenig, qui avaient forcément dû mentionner l'arum devant sa fille pour qu'elle en ait eu l'idée, mais elle ne put s'empêcher d'écraser une larme.

Demy rejoignit Dame Kallaalisz, et la cérémonie bilingue et interminable put commencer. Dans le silence presque religieux de l'immense salle, on pouvait parfois entendre résonner un estomac gargouillant. Enfin, après ce qui parut être une éternité, Dame Kallaalisz brandit la couronne, qui était plutôt un diadème et ressemblait étrangement à celui de Rowena Serdaigle. Avec les saphirs, qui ne juraient pas sur la robe rouge mais étaient un choix étrange, ça faisait beaucoup trop de coïncidences. Il était facile de deviner que c'était Demy (ou plutôt Lévine et Alva) qui était derrière cette symbolique très poudlardienne.

La doyenne des familles esquissa un geste pour prendre l'arum ornant la chevelure de Demy, mais la jeune fille leva la main avec autorité. Puis, elle retira délicatement la fleur et la glissa dans la couture d'un gros saphir, au niveau de son cœur. Dame Kallaalisz fit la moue, mais ne se permit aucun commentaire. Elle posa la couronne sur la tête de Demy, et celle-ci lui tourna le dos pour faire face à la foule.

Une première phrase fut déclamée en russe, et tout le monde se leva pour applaudir. Puis elle fut répétée en anglais, et tout le monde applaudit à nouveau :

– Mesdames et messieurs, Sa Sérenissime Majesté Demetria Ière de la dynastie Netaniev, Tsarine de tous les Russies Magiques. Éternel soit son règne !

Demetria salua sobrement la foule quelques instants, puis derrière elle Dame Kallaalisz informa tout le monde :

– J'entends vos estomacs gronder. Aussi, avant de vous libérer pour accéder au fastueux buffet qui vous attends, je vous demanderai d'être patients une toute dernière fois tandis que Sa Majesté édicte ses édits de couronnement.

Puis Demetria prit la parole. Elle énonça quelques phrases en russes, qui provoquèrent des chuchotements agacés, puis déclama tous ses édits en anglais uniquement. Il était clair qu'elle ne renoncerait jamais à son ascendance britannique.

– Pour être une souveraine éclairée, je dois montrer le bon exemple. J'ai conscience de mon jeune âge et de mon manque d'expérience. C'est pourquoi je poursuivrai mes études à Poudlard, avant de rejoindre l'Université de Recherches Supérieures de l'Institut Durmstrang. Durant cette période de transition, la régence sera assurée…

Lyuba Kallaalisz sourit comme une lionne repue, et fit mine de s'avancer.

– … Par Lévine Mikhaïlovitch Koenig, désigna Demy d'un geste précis.

La foule explosa en protestation. Ça et là, on criait le déshonneur de laisser un Sang-Mêlé à la tête de l'État, et pire, le petit-fils de Grindelwald, quel scandale…

– SILENCE ! tonna Demetria.

Sa voix n'était même pas magiquement amplifiée, mais l'accoustique de la salle de bal couplée à l'autorité qu'elle avait mis dans son ordre glaça toute véhémence.

– Le gouvernement électoral ne sera pas destitué. Une réunion sera organisée avec le Ministre de la Magie afin de déterminer les prochaines prérogatives du Ministère.

L'édit ne plut pas plus que le précédent, mais personne n'osait plus broncher.

Demetria ajouta un dernier édit à propos de la souveraineté régionale maintenue pour les familles, et la ruée vers le buffet fut autorisée. Dans la foule affamée, une silhouette fendait la foule dans l'autre sens. Une des gardes blanches fit mine de l'arrêter, mais Demetria aboya un ordre et la jeune fille s'écarta. Harry Potter se dirigea droit sur son fils, qui se tenait aux côtés des Malefoy.

– Qu'est-ce que tu fiches ici ?! s'écria Harry.

– Bonjour Papa, ravi de te revoir aussi. Ça fait si longtemps ! J'ai cru que tu m'avais oublié ! répliqua Albus, qui ne fit même pas mine de se lever.

– C'est pas le moment de faire de l'esprit.

– Il me semble que si, pourtant ! ricana Albus, pince-sans-rire.

– Tu es complètement irresponsable ! Quitter clandestinement le pays, sans même me prévenir ! Je t'avais demandé de faire profil bas ! Je te rappelle que tu es sous le coup d'une sanction, et que le Ministère a les yeux braqués sur toi ! débita Harry, rouge de rage.

– Ça ne sera pas un problème longtemps, intervint Demy, qui s'était approchée. J'accorde dès à présent la pleine citoyenneté russe à Al', et lève ainsi toute sanction administrative britannique le concernant.

Albus écarquilla les yeux. Puis voyant que Demy était sérieuse il grimaça, et se recroquevilla sur sa chaise. Si c'était possible, le sourire de requin de l'Ankou le fit se tasser encore plus.

Поздравляю Albus, te voilà sujet des Malefoy ! ricana Aleksei.

– … T'étais au courant de ça ?! s'écria Harry.

– Mais non ! couina Albus.

Harry grogna, peu convaincu.

– Toi alors, tu étais au courant ! accusa Harry en pointant Draco du doigt.

– Éloigne cette saucisse grisâtre que tu oses appeler un doigt de mon mari, ordonna Alva. Nous n'étions au courant de rien, Demy a pris sa décision toute seule.

– Mais enfin, c'est complètement absurde !

Demy haussa un sourcil incrédule, derrière Harry qui l'ignorait avec insistance. Il fallait dire que le Survivant n'avais guère souvent fait cas des gens de pouvoir, si on exceptait le vieux barbu qui le manipulait…

– Pas tant que ça, fit remarquer Draco. Tu voulais que ton fils soit à l'abri, non ? Les Réfractaires ne s'en prendraient jamais à un citoyen russe, ils ne prendraient pas le risque de déclencher un incident diplomatique. Et le voilà libéré de toute sanction pesant sur lui !

– D'ailleurs à ce propos, faudra que tu me rendes ma baguette, Papa, fit remarquer Albus.

Harry perdait pied. Il détestait avoir tort, mais était raisonnable. En théorie. Il attrapa Alva par l'épaule. Celle-ci se raidit et s'apprêtait à le frapper, mais Harry l'ignora.

– Malefoy, je dois te parler en privé.

– Ça pourra attendre. Je viens de voir ma petite fille se faire couronner, et je n'ai même pas encore eu la chance de la féliciter, répliqua Alva avec flegme.

– Non, ça n'attendra pas, insista froidement Harry. Ça concerne Mocking.

– Qu'est-ce qui se passe, avec le professeur Mocking ? s'étonna Albus.

En guise de réponse, Draco posa une main paternelle sur son épaule. Alva roula des yeux au ciel, et attira Harry un peu plus loin dans l'allée. Elle attendit, agacée, mais Harry fit un geste circulaire avec les doigts. Elle comprit le message, et invoqua une bulle de silence ; les Malefoy faisait partie des rares personnes qui avaient été autorisées à rentrer avec leur baguette, la sécurité de leur fille étant leur priorité absolue de toute manière.

– Bon, tu la craches ta limace ? On ne va pas y passer la journée.

– Mocking fait passer de la contrebande depuis la France, énonça Harry.

– Est-ce que je ressemble à Mocking ? demanda Alva d'un ton moqueur. Si tu as quelque chose à lui reprocher, adresse-toi à elle.

– Te fout pas de ma gueule Alva, ta pote est aussi inoffensive qu'un boursoufflet.

Alva haussa très haut les sourcils mais ne dissipa pas les illusions de Harry. S'il voulait ignorer qu'Alyssa était systématiquement arrêtée pour une infraction ou une autre dès qu'elle allait dans un pays étranger, et que ses deux meilleures amies étaient Alva (meneuse d'une milice rebelle) et Astrid (chasseuse de loups-garous) et que ça ne trahissait certainement pas un grand amour du train-train quotidien… Ah. Tant pis pour lui.

Et tant mieux pour Alyssa, qui continuerait à passer inaperçue au milieu d'une foule malgré ses cheveux roses. En l'impliquant dans la Confrérie, Alva avait eu peur qu'elle en fasse un peu trop et se mette en danger, mais finalement c'était l'espionne parfaite. Tout le monde croyait qu'Alyssa était faite de sucre d'orge et d'innocence, comme si ses cheveux roses et ses expressions farfelues suffisaient à faire oublier aux gens que cette fille était un danger public.

– Elle ne mettrait jamais les pieds dans un bourbier pareil, à part pour te faire plaisir, continua Harry. Qu'est-ce qu'elle fait passer pour toi ? Des armes ?

Alva ricana :

– Quelle genre d'armes pourraient avoir besoin des sorciers ?

Alors Harry comprit. Il chancela presque, en réalisant la vérité.

– Elle fait passer des baguettes non-soumises à la Trace Généralisée. Alors c'est vraiment vous les Pyromanes !

– Wow, tu vas vite en conclusions, Potter !

– Ron m'a déjà expliqué que les Réfractaires sont derrière les Écorcheurs. Les grandes familles ne les soutenant pas sont leur plus gros talon d'Achille, et ils chercheront à tout prix à se débarrasser de vous. Je sais que des Écorcheurs ont attaqué Verteloutre et défoncé votre portail, je suis chef des Aurors, je te rappelle. Pourtant, vous semblez toujours plus puissants, comme si rien ne vous atteignait.

– Parce que nous sommes doués ! se moqua Alva.

– Parce que vous évoluez en dehors du système ! corrigea Harry.

Il se frappa le front.

– J'aurais dû comprendre que c'est toi, le Phénix. La plus puissante pyromancienne du Royaume-Uni, après Dumbledore.

Alva grogna.

– Je suis autrement plus puissante que le vieux barbu.

C'était un mensonge éhonté. Décidément, elle n'avait aucune modestie. Harry haussa les sourcils, incrédule.

– Il a vaincu Grindelwald, et je l'ai vu personnellement invoquer une tempête de feu sur un lac alors qu'il venait d'être empoisonné, fit remarquer Harry, avant de réaliser : Hé, tu ne nies pas !

Alva haussa les épaules. Elle échangea un regard muet avec Draco, qui acquiesça d'un signe de tête.

– À quoi bon nier. Tu comptes faire quoi, m'arrêter ou nous aider ? Dans le premier cas, je te ferai juste remarquer que nous sommes depuis maintenant vingt-sept minutes dans le palais des Netaniev, et que tu t'adresses à la Reine-Mère.

– Va chier, Malefoy.

– Je prends ça pour un peut-être.

– Je vais étouffer cette affaire, pour le reste on verra. J'attends une invitation chez vous sous peu.

– On fera du pudding ! gloussa Alva, levant la bulle de silence avant qu'il n'ait eu le temps de répliquer.

Puis Alva, plus guillerette que d'accoutumée, se tourna vers sa fille et s'exclama bruyamment :

– Votre Majesté, permission de vous embrasser solennellement ?

– Permission accordée à vie ! sourit Demy.

oOoOoOo

Le petit groupe de retardataires quittèrent la salle de bal pour aller manger dans l'immense salle de réception, dont les tables avaient été aménagées en buffets.

Comme on pouvait s'y attendre en une telle occasion, le buffet était d'un faste indécent. Des quantités de nourriture qui suffiraient à nourrir un pays entier, des hectolitres de champagne servi dans des coupes en cristal ornées d'or… Bien sûr tout cela n'appartenait pas aux Netaniev, c'était une part du patrimoine impérial moldu dont les Familles avait l'usufruit, mais il n'en restait pas moins que çà et là dans la foule on l'avait déjà renommé le "Palais Netaniev" puisque les Romanov n'existaient plus et que les prétentions étatiques moldues sur ce trésor n'étaient pas reconnues.

À propos d'État, le Ministre de la Magie de Russie venait justement d'arriver. Il se dirigea droit sur Lévine et Demy, et fut arrêté par des gardes armés de hallebardes en argent. Le Ministre aboya des invectives en russe, mais les gardes ne bronchèrent pas. Lévine sourit :

Gospodin Ministr, quelle agréable surprise ! Nous ne vous attendions pas avant la réunion programmée ce soir !

– C'est une plaisanterie ?! gronda le Ministre.

– Allons messieurs, laissez notre cher Ministre passer ! ordonna Lévine d'un ton nonchalant. Qu'est-ce qui est une plaisanterie, Gospodin Ministr ?

– Cette gamine ose me convoquer comme un vulgaire sous-fifre ! aboya le vieux russe.

Demetria se détourna de son père avec qui elle discutait, et prit un air sévère.

– Je vous demande pardon ?!

Sa Majesté vous a accordé une audience prioritaire, un honneur à la hauteur du prestige de votre fonction, corrigea Lévine.

Sa Majesté peut bien aller s'asseoir sur son honneur !

– Je vais mettre ceci sur le compte de la surprise, et ne pas vous en tenir rigueur, grinça Demy.

– Oh, Votre Majesté est si magnanime ! minauda le Ministre. Koenig, comment osez-vous me trahir ainsi ?! Vous m'avez servi si fidèlement toutes ces années ! Je vous considérait comme mon propre fils !

– Je servais la nation et le peuple russe, corrigea Lévine, et je continuerai à le faire. Et… c'est très flatteur, mais j'ai déjà un père, un homme d'honneur qui n'a jamais vendu de secrets d'État sorcier au gouvernement totalitaire moldu pour asseoir son pouvoir.

– Comment osez-vous, répéta le vieil homme qui fulminait. Lévine Koenig, vous êtes… Vous êtes… Vous êtes renvoyé !

Il sourit comme un fou, enhardi de sa victoire d'avoir le dernier mot. Demy grimaça quelques instants, mais ne put se retenir très longtemps et éclata d'un rire franc.

– Voilà qui va faciliter les négociations de ce soir, maintenant qu'il n'y a plus de conflit d'intérêt.

– Bien vu, Votre Majesté ! sourit Lévine. Merci beaucoup, Gospodin Ministr !

Le Ministre, qui voyait que les deux se moquaient ouvertement de lui se raidit comme un piquet, et tourna les talons. S'éloignant, il cria par-dessus son épaule :

– Il n'y aura aucune négociation ce soir !

– … Il sera là à 18h ? demanda Demy avec flegme.

– Dès 17h55, assura Lévine.

La fête continua à battre son plein pendant plusieurs heures, mais Demetria et Lévine s'éclipsèrent assez rapidement. Il retournèrent à la chambre d'Anastasia, et Lévine ordonna aux gardes de monter la garde, avant de verrouiller la porte derrière lui.

– Il faut que je te révèle quelque chose en urgence, souffla Lévine.

– Quelque chose de grave ? s'inquiéta Demy.

Lévine regarda autour de lui et sembla hésiter, puis il sortit sa baguette et invoqua une bulle de silence.

– Une information pour laquelle j'ai dû prêter un serment inviolable. Le serment de ne la révéler qu'au Chef d'État. Maintenant que tu es couronnée, ce titre te revient pleinement de droit.

– Tu es sûr et certain ?

– Non, mais cette information vaut plus que ma vie alors tant pis si je meurs en te la révélant. C'est bien plus qu'une question de vie ou de mort.

– Tu me fais peur, là, Oncle Lévine…

– Demetria, tu dois m'écouter attentivement, et ne révéler cette information qu'à des personnes de confiance, en prenant un maximum de précaution. Je ne peux pas le dire à tes parents, mais toi tu pourras…

Lévine marqua une pause, pesant le pour et le contre. Malgré ce qu'il venait de dire, il n'était pas si indifférent que ça à l'idée de mourir. Sa famille ne s'en remettrait pas. Mais en on âme et conscience, il décida que Demy était bel et bien la seule Cheffe d'État légitime, et se jeta à l'eau.

– Il existe un laboratoire spécialisé dans l'étude de la Magie Noire, dans les profondeurs de la Citadelle.

– La Citadelle ? releva Demy.

– C'est comme ça que tout les anciens élèves appellent Durmstrang, expliqua patiemment Lévine. Ce laboratoire est un gigantesque cube noir. Dans ce cube noir travaille un vieux savant fou à moitié démembré, le Professeur Sekhuraya. Ce qu'il reste de ce vieux bonhomme est extrêmement précieux.

Lévine marqua à nouveau une pause. Cette fois-ci, pour ménager son effet. Demy attendit patiemment qu'il reprenne.

– Sekhuraya a mis au point un remède instantané pour faire sortir un Écorcheur de sa forme bestiale. Il s'agit d'une poudre hautement volatile, et il est parvenu à la rendre presque inoffensive pour les humains. Disons que ça n'est pas plus dangereux que des gaz lacrymogènes moldus.

– Par les couilles rabougries de Dumbledore ! s'écria la jeune reine.

– Je devais te le dire avant la réunion de ce soir, dit sombrement Lévine. Le Ministre est la seule autre personne du Gouvernement à être au courant, et d'une manière ou d'une autre nous devons l'empêcher de le révéler aux Réfractaires.

oOoOoOo

Le soir même, alors que Demetria et Lévine assistaient à la réunion qui changerait la face du pays à jamais, les Malefoy et les Potter s'étaient réunis chez les Koenig pour souffler un peu.

Albus, Dylan et Aleksei s'amusaient beaucoup à appeler Scorpius "Votre Altesse l'Ankou", en imitant la révérence ridicule d'Aloïs Castle à chaque fois qu'ils le prononçaient. Hyperion se prêta au jeu à son tour, mais l'Ankou lui fit remarquer que lui aussi était un prince, et se mit à l'appeler "Ton Altesse l'Andouille". Les deux frères se mirent à se chamailler comme des gamins normaux, sous les provocations de leur cousin et le regard attendri d'Alva. Ces deux-là avaient encore bien le temps de grandir !

Aleksei entraîna Albus dans la bibliothèque, et lui jeta un grimoire. Albus fronça les sourcils, interrogatif, mais Aleksei lui fit signe de le lire. Al' l'ouvrit, et reconnut un manuel de cours de Runes.

– Pourquoi tu me donnes ça ? s'étonna Albus.

Aleksei ne répondit pas, répétant son geste. Alors Al' le feuilleta, et ne constata rien de particulier.

– Je ne comprends pas, avoua Albus. Enfin si, je comprends le contenu, mais du coup je ne comprends pas ce que tu cherches à me dire.

– C'est mon manuel de Runes à Durmstrang, révéla Aleksei. J'en ai traduit un exemplaire pour toi. Tu trouves ça difficile ?

Albus le feuilleta à nouveau, s'attardant sur quelques pages au hasard.

– Euh non, ça n'a pas l'air trop compliqué, pourquoi ?

– Je suis en septième année, rappela le russe. S'agissant d'une option réservée aux intéressés, vos cours de Runes sont plus avancés que les nôtres. Pour un élève suivant le cursus normal, sans être en classe d'élite, tu as un niveau supérieur.

– Euh, c'est cool ? hésita Albus.

– Tu ne comprends pas, soupira Aleksei.

– Euh, je t'avoue que non, là…

– En tant que citoyen russe et absous de tes "crimes", tu as maintenant le droit de terminer ta scolarité à Durmstrang. Je te faisais remarquer que même dans un cours optionnel chez vous où, d'après l'Ankou, tu n'es pas forcément très bon, tu as largement les capacités pour suivre. Peut-être même suffisantes pour entrer en classe d'élite de Runes, justement.

– Sérieusement ?!

– Suis-je du genre à plaisanter ?

Albus s'abstint de répondre. Aleksei n'était effectivement pas le plus gai luron de la famille. Il réfléchit à ce que ça impliquait. Tout n'était peut-être pas perdu, finalement ? Il pourrait être diplômé, et retourner dans son pays en adulte libre et certifié compétent ! Il y avait juste un tout petit problème…

– Mais je ne parle pas russe, fit remarquer Al'. Je ne vais pas pouvoir suivre les cours !

– Comme la plupart des élèves qui arrivent à la Citadelle de toute l'ex-URSS, rejeta Aleksei. Il y a des méthodes pour ça, ce n'est pas un problème !

– Je… je dois y réfléchir.

Effectivement, il y avait beaucoup à réfléchir. L'éducation, c'était important, mais à Durmstrang Albus n'aurait pas les mains libres pour agir contre les Réfractaires. Certes, il ne les avait guère de toute façon, même si son père était en train de faire l'allez-retour en cheminette pour lui rendre sa baguette, celle-ci était toujours soumise à la Trace que même le nouveau gouvernement Russe ne pouvait lever puisqu'il restait mineur.

Mais Aloïs Castle lui avait donné les outils de la "guérilla" dont il aurait besoin pour saboter les Réfractaires de l'extérieur. Et pour servir d'intermédiaire entre les proches du gouvernement qui cherchaient à faire changer les choses et les rebelles qui se battaient plus ouvertement, il n'avait besoin que d'être à l'abri. Ce qui était le cas chez les Koenig. Mais en même temps, le fait que lesdits rebelles soient pour part importante les Malefoy attirerait irrémédiablement l'attention sur eux s'il opérait depuis chez les Koenig. Il serait peut-être plus libre à Durmstrang, si bien sûr personne ne lisait le courrier des élèves.

Ça faisait beaucoup de "mais" et de "si". Et le messie c'était Harry, pas lui.

Dans la pièce voisine, il entendit Alva pester. En allant chercher la baguette de son fils, Harry en avait profité pour acheter le Sorcier du Soir. Accompagnée d'une photo du Ministre Hostilius, la Une faisait une annonce terrible :

– "Les Marchés McAllister, déclarés illégaux par le Magenmagot", relut Draco à voix haute.

Lévine souffla du nez.

– Ça y est, ils ont amassé assez de pouvoir pour cesser de prétendre ne pas être une dictature ?

– Maintenant que la Trace Généralisée est effective partout, ils peuvent savoir qui est responsable et étouffer toute forme de révolte dans l'œuf, déplora Draco. Ils n'ont plus rien à craindre.

– Sauf si les responsables ne sont pas soumis à la Trace, fit remarquer Harry, en fixant délibérément Alva.

– Tu es sérieusement en train de m'inciter à violer la loi, Mr le Directeur des Aurors ?

– Le Bureau des Aurors n'est pas la Police Magique, fit remarquer Harry. Mon boulot c'est de protéger la population des dangers de la Magie Noire, pas de faire respecter la loi. Or, le plus grand danger actuellement, c'est les Écorcheurs, pas les Marchés McAllister.

– Hostilius déclare justement que les Marchés McAllister représentent un danger pour la sécurité de la population, fit remarquer Draco, journal en main à l'appui.

– La stupidité d'Aymeric Hostilius n'affecte en rien mon jugement, répliqua Harry.

De manière imprévue, et jusqu'à ce que Demetria et Lévine ne rentrent de leur réunion, les adultes devisèrent sur la manière de damer le pion aux Réfractaires, non seulement en organisant les Marchés, mais aussi en sabotant la contre-organisation des Réfractaires qui ne manqueraient pas de lancer les Écorcheurs à leurs trousses.

Pas si surprenamment pour ceux qui la connaissaient bien, c'est la discrète et posée Kitty qui leur donna la solution. Elle semblait très réservée à côté des exubérantes Astrid et Alva, mais était d'une intelligence redoutable.

– Et si vous occupiez les Réfractaires en les chargeant vous-même de vous affronter, à vos conditions ?

– Je ne suis pas sûr de te suivre, avoua Alva.

– Harry, tu nous as bien dit que de plus en plus d'Aurors étaient favorables aux Réfractaires ?

– Plus que "favorables", déplora Harry. Je crois qu'il n'y a plus qu'à Ron que je puisse faire confiance…

Kitty sourit malicieusement.

– Organisez plusieurs lieux de rassemblement, et dans un délai raisonnable, signalez-les tous au Bureau des Aurors. Avant que les Aurors ne parviennent à se rendre sur place, redirigez le plus de personnes possibles vers le vrai marché. Harry, arrange-toi pour que ce soit l'équipe de Ron Weasley qui soit systématiquement affectée au vrai marché. Vous pourrez gagner plusieurs heures à chaque fois, c'est largement suffisant pour pérenniser les commerces des Marchés.

– Ingénieux, concéda Harry. Mais cela risque d'attirer l'attention sur lui, et je ne peux pas faire une chose pareille !

– Pas si tu lui accordes des victoires ! répliqua Kitty. Organisez des "sessions" de faux marchés où aucun n'est vrai. Organisez un vrai marché où aucun responsable n'est présent, et où Ron procède à des arrestations d'innocents volontaires, qui pourront témoigner sous veritasérum qu'ils ont été payés par la Confrérie pour faire perdre leur temps aux Aurors. Ron ne sera accusé de rien sinon d'incompétence, si son équipe fait encore plus chou blanc que les autres et qu'il passe pour un idiot.

– Le veritasérum est illégal en interrogatoire au Royaume-Uni, fit remarquer Nathan.

Kitty rejeta la protestation d'un geste.

– Encore mieux, s'ils ne peuvent pas le vérifier ! L'important, c'est de les faire tourner en bourrique, en se servant des Marchés qu'ils veulent tant combattre pour occuper leurs troupes, et laisser le champ libre à la vraie résistance de les saboter de l'intérieur…

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Voilà voilà ! Encore un chapitre avant la rentrée et le retour des Rôdeurs, que j'essaierai de poster cette année. Mon rythme est très lent et irrégulier, mais je vous promet que je n'ai aucune intention d'abandonner.

Et d'ailleurs, j'en profite pour vous informer qu'il n'y a pas une mais deux nouvelles fics pour le Multivers en préparation, dont une à Durmstrang !