29 juillet 2012 - 11 : 25

Je ne déteste pas grand-chose.

Peut-être bien que je ne déteste rien.

Détester est une émotion très passionnelle et je ne suis pas vraiment sûr de détester autant que ça de petites choses dans la vie. Je ne déteste pas les CD rayés ou l'engin de mort tacheté de soleil. Je ne déteste pas les enfants autour de moi qui prétendent ne pas avoir choisi la vie de voyou mais que la vie de voyou les a choisis. Ce n'est pas leur faute s'ils sont des branleurs.

Mais au fond de mon cœur je suis à peu près sur que je déteste les hôpitaux.

Je suis en train de flipper. Je tiens la main de ma petite-amie enceinte pendant que le médecin imprime une copie de l'échographie qu'elle vient de faire et je me demande si c'est la vraie vie.

C'est réel non ? Cela semble réel. Trop réel.

Cela a commencé par un battement de cœur.

La troisième vie à un battement de cœur et c'est tellement rapide que ça me terrifie. C'est plutôt cool mais bizarre et incroyable et j'ai l'impression que je vais vomir parce que nous donnons une vie à ce bébé…

Une vie avec quelqu'un d'autre.

Je me sens responsable et ça parait putain vraiment horrible. Qui savait qu'être intelligent pouvait vous faire vous sentir si stupide ?

"Tu sais," dit Renée brisant le silence. "Je sais que ça fait mal mais pense à ce que vous faites."

Nous le faisons mais putain qu'est-ce que ça fait mal.

Je n'ose imaginer les sentiments de Bella. Elle porte la vie, elle ne fait qu'un avec cette vie en ce moment. Tout ce que je ressens, elle le ressent. C'est tellement plus pour elle. Notre vie fait plus partie d'elle que je ne serais jamais capable de le comprendre et j'aurai aimé savoir comment faire pour que tout aille mieux mais je ne sais pas.

Alors je suis juste assis là, tenant sa main et me sentant stupide.

Ce battement de cœur est toujours dans ma tête. Battement, battement, battement - c'est si rapide. Les battements de cœur de mon bébé sont rapides et je ne peux m'empêcher de le fredonner dans ma tête.

"Ça ressemble vraiment à Canal 3," dit Bella à l'improviste.

Je me tourne vers elle et la regarde sourire, un sourire qui n'est pas sans effort.

Renée fronce les sourcils vers sa fille et je regarde Brightside comme si elle avait perdu la tête.

"Tu sais comme le bruit sur le téléviseur lorsque tu essaies de brancher le cordon HDMI." Elle regarde sa mère qui essaie de comprendre son esprit fou.

Elle rit un peu. Le son fait sortir un sourire de mon cœur.

Bien sûr elle rit, c'est la fille qui voit le bon côté. Même si elle sait ce qu'il va se passer, elle cherche la lumière dans notre situation. Elle le fait toujours. Sauf peut-être une fois. Mais même alors elle était Mlle positive.

"Je suis contente que ce soit drôle pour toi," souffle Renée, glissant une mèche de cheveux blonds sales derrière son oreille. "Je pensais que tu boudais."

Bella mord sa lèvre inférieure de couleur corail et soupire dans sa barbe. "J'essaie de ne pas le faire."

Je lui serre la main un peu plus fort parce que, honnêtement, je sais qu'elle essaie.

"J'ai trouvé ça drôle," j'interviens.

Bella se tourne vers moi, en levant un sourcil incrédule. "Alors, souris."

Je souris. Facilement.

Parce que canal 3 est un garçon et je suis Monsieur Brightside ces jours-ci.

Je me demande s'il va me ressembler. S'il va avoir mes yeux ou ceux de Bella... Mes cheveux ou ceux de Bella... Mon sourire ou celui de Bella.

J'espère celui de Bella.

Oh mon Dieu, s'il vous plaît, que ce soit celui de Bella.

Je fixe mes chaussures bon marché en tenant la main de Bella, en pensant que tout cela est tellement tordu mais que tout va bien en même temps. Ça craint mais c'est plutôt génial quand je pense à un garçon avec les yeux de Brightside.

Je suis en colère et puis je suis soulagé.

Je suis heureux mais ensuite je suis triste.

Je suis dans un état lamentable et puis je vais bien. Pour elle.

Paume contre paume, je tiens nos mains en l'air et je les secoue pour attirer son attention. Elle me regarde et soulève un sourcil. "Salut."

Je regarde la zone arrondie où la vie pousse et je pense que je veux lancer une autre balle en arrière avec Emmett.

"On n'est pas obligé de faire ça, tu sais." Je ne sais pas pourquoi je le dis... les mots sortent de ma bouche avant même de le réaliser. Je vois que Renée tourne la tête vers moi, au-delà de ma périphérie. "Nous ne sommes pas seuls."

Bella me fixe un instant avant de secouer la tête et de baisser son regard jusqu'à son ventre. "Non. Nous le faisons. Je vais bien, je le jure. C'est juste... réel. Je vais bien, ne t'inquiète pas."

Je secoue la tête, pensant que c'est impossible. Je ne peux pas ne pas m'inquiéter.

"Tu vas bien ?" demande-t-elle, en serrant ma main de toutes ses forces. "Tu es toujours... d'accord avec ça ?"

Je hoche la tête, en avalant le goût amer dans ma bouche. "Je vais bien."

Renée se lève alors, enjambant Bella et mes pieds. "Je reviens," murmure-t-elle d'une voix fragile. "Je vais trouver des toilettes."

Je me retourne vers Bella quand elle part. "Je vais vraiment bien, je le jure. Je suis un peu émotive mais reste avec moi, d'accord ?" Elle ne me regarde pas, alors qu'elle utilise sa main libre pour s'essuyer la joue.

"Bella, je ne vais nulle part." Je m'assois plus droit et j'essaie de voir son expression. "Ça craint mais tu dois me parler. Je sais que tu peux parler."

Elle hoche la tête et se retourne pour me montrer un sourire en coin. "Je voulais te dire que j'ai trouvé quelqu'un à Port Angeles, un couple. Ils semblent être de très bonnes personnes selon leur profil et ils ne sont pas si loin de la maison, tu sais ?"

Ma poitrine est serrée par l'anxiété. "Quelqu'un pour adopter Canal 3 ?"

"Oui..." dit-elle. "Quelqu'un pour adopter Canal 3."